REVUE INTERNATIONALE DE LITTERATURE

ET DE LINGUISTIQUE APPLIQUEES (RILLA)

 

 

 

 

RILLA

Vol 1, N°06 – Août  2015,   ISSN  1840 – 6408

Revue annuelle, publiée par :

L’INSTITUT UNIVERSITAIRE PANAFRICAIN (IUP)

Sous la direction du :

Pr Taofiki KOUMAKPAÏ &

Dr (MC)  Cyriaque C. S. AHODEKON

 

 

 

 

Editions Sonou d’Afrique,

01 BP 3950 Porto-Novo, Bénin

 

 

REVUE INTERNATIONALE DE LITTERATURE

ET DE LINGUISTIQUE APPLIQUEES (RILLA)

 

 

 

RILLA

Vol 1, N°06 – Août  2015,   ISSN  1840 – 6408

Revue annuelle, publiée par :

L’INSTITUT UNIVERSITAIRE PANAFRICAIN (IUP)

Autorisation : Arrêté  N° 2011 – 008 / MESRS /CAB / DC /SGM / DPP /DEPES /SP

Modifiée par l’arrêté N° 2013 – 044 / MESRS /CAB / DC /SGM / DPP /DEPES /SP

Courriel : iupbenin@yahoo.fr ; Site web : www.iup-universite.com

 

Sous la direction du :

Pr Taofiki KOUMAKPAÏ &

Dr (MC)  Cyriaque C. S. AHODEKON

 

Editions Sonou d’Afrique

01 BP 3950, Oganla, Porto-Novo, Rép. du Bénin

Tél : (+229)  97 29 65 11 / 95 13 12 84 / 97 98 78 10

 

 

Copyright : RILLA 2015

 

v   Tous droits de reproduction, de traduction et d’adaptation réservés pour tous les pays.

 

No part of this journal may be reproduced in any form, by print, photo-print, microfilm or any other means, without written permission from the publisher.

ISSN  1840 – 6408

Bibliothèque Nationale,

Porto-Novo, Rép. du Bénin.

 

Editions Sonou d’Afrique

01 BP 3950, Oganla, Porto-Novo, Rép. du Bénin

Tél : (+229)  97 29 65 11 / 95 13 12 84 / 97 98 78 10

 

Août  2015

 

COMITE DE REDACTION

  • Directeur de Publication :

Pr Taofiki KOUMAKPAÏ

Professeur Titulaire  des Universités (CAMES), Département d’Anglais,  Faculté des  Lettres, Arts et Sciences  Humaines, Université d’Abomey-  Calavi, Bénin.

  • Rédacteur en Chef : 

Dr (MC) Cyriaque C. S. AHODEKON

Maître Conférences des Universités (CAMES),

Département de la Sociologie et d’Anthropologie,  Faculté des Lettres, Arts  et Sciences Humaines, Université d’Abomey- Calavi, Bénin.

  • Rédacteur en Chef Adjoint :

Dr Julien K. GBAGUIDI,

Maître-Assistant des Universités (CAMES), Département des Sciences du Langage et de la  Communication,  Faculté des  Lettres, Arts et Sciences  Humaines, Université d’Abomey-  Calavi, Bénin.

 

 

  • Secrétaire à la rédaction :

Dr Raphaël  YEBOU,

Maître-Assistant  des Universités (CAMES), Département des Lettres Modernes, Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, Université d’Abomey- Calavi, Bénin.

  • Secrétaire Adjoint à la rédaction :

Dr  Mouftaou ADJERAN

Maître-Assistant des Universités (CAMES), Département des Sciences du Langage et de la Communication,  Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, Campus Universitaire  d’Aplahoué, Université d’Abomey-Calavi, Bénin.

  • Secrétaire à la documentation :

Dr Ibrahim YEKINI,

Assistant des Universités (CAMES), Ecole Normale Supérieure,  Campus Universitaire  de Porto-Novo, Université d’Abomey-Calavi, Bénin.

 

 

 

  • Secrétaire aux Relations Publiques :

Dr Théophile G. KODJO SONOU

Docteur ès-Lettres, Langue et  Didactique Anglaises, Traduction et Interprétation, Président Fondateur de l’Institut Universitaire Panafricain (IUP), Porto-Novo, Bénin.

 

COMITE SCIENTIFIQUE DE LECTURE

Président:

Pr  Akanni Mamoud IGUE

Professeur Titulaire des Universités (CAMES),                                                                 Département des Sciences du Langage et de la Communication, Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, Université d’Abomey- Calavi, Bénin.

 

Membres :

Pr   Augustin A. AINAMON

Professeur Titulaire des Universités (CAMES),                                                                 Département d’Anglais, Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, Université d’Abomey- Calavi, Bénin.

 

Pr  Ambroise  C. MEDEGAN

Professeur Titulaire des Universités (CAMES),

Département d’Anglais, Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, Université d’Abomey- Calavi, Bénin.

 

Pr  Médard Dominique BADA

Professeur Titulaire des Universités (CAMES),                                                                 Département des Sciences du Langage et de la Communication, Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, Université d’Abomey- Calavi, Bénin.

 

Pr  Gabriel C. BOKO

Professeur Titulaire des Universités (CAMES),                                                                 Département des Sciences de l’Education et la Psychologie, Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, Université d’Abomey- Calavi, Bénin.

Pr Laure C. CAPO-CHICHI ZANOU

Maître de Conférences des Universités (CAMES),

Département d’Anglais, Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, Université d’Abomey- Calavi, Bénin.

Pr Pascal Okri TOSSOU

Maître de Conférences des Universités (CAMES),

Département des Lettres Modernes, Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, Université d’Abomey- Calavi, Bénin.

CONTACTS

Monsieur le Directeur de publication,

Revue Internationale de Littérature et Linguistique Appliquées (RILLA),

Institut Universitaire Panafricain (IUP),

Place de l’Indépendance, Avakpa -Tokpa,

01 BP 3950, Porto – Novo,  Rép. du Bénin ;

Tél. (+229)  20 22 10 58 / 97 29 65 11 / 65 68 00 98 / 95 13 12 84

Courriel : iupbenin@yahoo.fr ; Site web: www.iup-universite.com

 

 

LIGNE EDITORIALE ET DOMAINES

DE RECHERCHE

  1. 1. LIGNE EDITORIALE

La Revue Internationale de Littérature Linguistique Appliquée  (RILLA) est une revue scientifique. Les textes que nous acceptons uniquement en français sont sélectionnés par le comité d’Administration de la revue après avis favorable du comité scientifique et de lecture en raison de leur originalité, des intérêts qu’ils présentent aux plans africain et international et de leur rigueur scientifique. Les articles que notre revue publie doivent respecter les normes éditoriales suivantes :

  • La taille des articles

Volume : 18 à 20 pages ; interligne : 1,5 ; pas d’écriture : 12, Time New Roman.

  • Ordre logique du texte
    • Un TITRE en caractère d’imprimerie et en gras. Le titre ne doit pas être trop long ;
    • Un Résumé en français qui ne doit pas dépasser 6 lignes ;

Les mots clés ;

Un résumé en anglais (Abstract) qui ne doit pas dépasser 6 Lignes ;

Key words ;

Introduction ;

Développement ;

Les articulations du développement du texte doivent être titrées et/ou sous titrés ainsi :

  • Pour le Titre de la première section

1.1. Pour le Titre de la première sous-section

Pour le Titre de la deuxième section

1.2. Pour le Titre de la première sous-section de la deuxième section etc.

  • Conclusion

Elle doit être brève et insister sur l’originalité des résultats de la Recherche

  • Bibliographie

Les sources consultées et/ou citées doivent figurer dans une rubrique, en fin de texte, intitulé :

  • Bibliographie.

Elle est classée par ordre alphabétique (en référence aux noms de famille des auteurs) et se présente comme suit :

Pour un livre : Nom, Prénoms (ou initiaux), Titre du livre (en italique)

Lieu d’édition, Editions, Année d’édition.

Pour un article : Nom, Prénoms  (ou initiaux), ″Titre de l’article″ (entre griffes) suivi de in, Titre de la revue (en italique), Volume, Numéro, Lieu d’édition, Année d’édition, Indication des pages occupées par l’article dans la revue.

Les rapports et des documents inédits mais d’intérêt scientifique peuvent être cités.

  • La présentation des notes
  • La rédaction n’admet que des notes en bas de page. Les notes en fin de texte ne sont pas tolérées.
  • Les citations et les termes étrangers sont en italique et entre guillemets « ».
  • Les titres d’articles sont entre griffes ″ ″. Il faut éviter de les mettre en italique.
  • La revue RILLA s’interdit le soulignement.
  • Les références bibliographiques en bas de page se présentent de la manière suivant :

Prénoms (on peut les abrégés par leurs initiaux) et nom de l’auteur, Titre de l’ouvrage, (s’il s’agit d’un livre) ou  ″Titre de l’article″, Nom de la revue, (Vol. et n°1, Lieu d’édition, Année, n° de page.

Le système de référence par année à l’intérieur du texte est également toléré.

Elle se présente de la seule manière suivante : Prénoms et Nom de l’auteur (année d’édition : n° de page). NB / Le choix de ce système de référence oblige l’auteur de l’article proposé à faire figurer dans la bibliographie en fin de texte toutes les sources citées à l’intérieur du texte.

Le comité scientifique et de lecture est le seul juge de la scientificité des textes publiés. L’administration et la rédaction de la revue sont les seuls habilités à publier les textes retenus par les comités scientifiques et de relecture. Les avis et  opinions scientifiques émis dans les articles n’engagent que leurs propres auteurs. Les textes non publiés ne sont par retournés.

La présentation des figures, cartes, graphiques…doit respecter le format (format : 15/21) de la mise en page de la revue RILLA.

Tous les articles doivent être envoyés à l’adresse suivante : iupbenin@yahoo.fr ou presidentsonou@yahoo.com

NB : Un auteur dont l’article est retenu pour publication dans la revue RILLA participe aux frais d’édition  par article et par numéro. Il reçoit, à titre gratuit, un tiré-à-part et une copie de la revue publiée  à raison de  cinquante mille (50 000) francs CFA pour les francophones ;  cent mille (100 000) francs CFA pour les anglophones  de l’Afrique de l’Ouest ; 180 euros ou dollars US.

 

 

  1. 2. DOMAINE DE RECHERCHE

La Revue Internationale de Littérature et de Linguistique Appliquées (RILLA) est un instrument au service des chercheurs qui s’intéressent à la publication d’articles et de comptes rendus de recherches approfondies dans les domaines  ci-après :

– langues, littératures et civilisations françaises et anglaises

– grammaire et stylistique françaises et anglaises ;

– littératures négro-africaine d’expressions française et anglaise ;

– français et anglais, Langues Etrangères;

– langues et littératures africaines ;

– sujets généraux d’intérêts vitaux pour le développement des études en langues française, anglaise et africaines au Bénin, en Afrique et dans le Monde.

Au total, la  RILLA se veut le lieu de rencontre et de dissémination de nouvelles idées et opinions savantes dans les domaines ci-dessus cités.

LE COMITE DE REDACTION

EDITORIAL

La Revue Internationale de Littérature et de Linguistique Appliquée (RILLA), publiée par l’Institut  Universitaire Panafricain (IUP), est une revue ouverte aux enseignants et chercheurs des universités, instituts universitaires, centres universitaires et  grandes écoles.

L’objectif du lancement de cette revue dont nous sommes à la sixième publication est de permettre aux collègues enseignants et chercheurs d’avoir une tribune pour faire connaitre leurs travaux de recherche.

Le comité scientifique de lecture de la RILLA est désormais présidé par le Professeur Médard Dominique BADA. Ce comité compte désormais sept membres dont cinq Professeurs Titulaires et deux Maîtres de conférences. Aussi voudrions-nous informer les lecteurs de la RILLA, qu’elle devient multilingue avec des articles rédigés aussi bien en français, anglais qu’en langues africaines.

 

Pr Taofiki KOUMAKPAÏ &

Dr (MC) Cyriaque C. S. AHODEKON

CONTRIBUTEURS  D’ARTICLES

Nom et Prénoms

Articles contribués

Adresses

1

Dr (MC) Cyriaque C. S. AHODEKON

Alphabétisation et Développement en Milieu Rural : Cas des Alphabétisés de la Commune d’Adjarra au Bénin

Pages 20 – 59

Laboratoire des Sciences de l’Homme et de la Société, INJEPS, Université d’Abomey-Calavi, Rép. du Bénin

 

2

Dr Leo Iyanda BALOGUN

Les vicissitudes de la vie d’adolescence:

une réflexion sur le rêve et la réalité à travers les frasques d’Ebinto d’Amadou Koné.

Pages 60 – 83

Enseignant-Chercheur

Nigeria French Language Village,

Badagry, Nigeria.

 

3

Dr Affin O.

LADITAN

L’expérience africaine en littérature: quand engagement rime avec traversées du désert et calvaires

Pages 84 – 115

The Nigeria French Language Village,

Interuniversity Centre for french studies

Ajara, Badagry, Lagos State, Nigeria

4

Dr Abraham Mahougbe OLOU

Etude sémantique de quelques préfixes en français : contribution a une meilleure appréhension de la préfixation

Pages  116 – 145

 

Département de la Linguistique,

Faculté des Lettres Arts et Sciences Humaines, Campus d’Aplahoué, Université de Lokossa, Rép. du Benin,

olouabram@gmail.com

5

Karen GANYE

&

Dr (MC) Dodji AMOUZOUVI

Les constructions socioreligieuses du divorce : entre déviance et normalité en milieu fon d’Abomey au Sud-Bénin

Pages  146 – 167

Département de la Sociologie-Anthropologie, Laboratoire d’Analyse et de Recherche: Religions Espaces et Développement, Université d’Abomey-Calavi, Rép. du Bénin,

(Site Web: www.info@larredbenin.com)

6

Dr Elisabeth E. OGINI

& R. LADIMEJI

L’engagement: La Culture Indigène Du Négro – Africain Dans La Tragédie  Du Roi Christophe De Césaire

Pages  168 – 196

Department of Languages and Lingustics,

Faculty of Arts,

Delta State University, Abraka, Nigeria

7

Dr Jean-Marc GNONLONFOUN

&

Julienne

HOUSSOU-KPEVI

 

Investigating the Effects of Class Environment on EFL Learners’ Achievements in Oueme Secondary Schools

Pages 197 – 255

Département d’Anglais, Faculté des Lettres Arts et Sciences Humaines, Université d’Abomey-Calavi, Rép. du Bénin

8

Dr Théophile G. KODJO SONOU

Impact de l’interprétation dans le développement d’une nation : cas du Bénin

Pages  256 – 287

Département d’Anglais,

Institut Universitaire Panafricain

Porto-Novo, République du Bénin

9

Victoria T. OTASOWIE

 

Poésie et politique, étude de cahier d’un retour au pays natal d’Aimé Césaire et liberté de Yves-Emmanuel Dogbé.

Page 288-309

French Department, School of Languages, College of Education, Ekiadolor, Benin City, Edo State, Nigeria

10

Victor Akaho BALOGUN

 

Traduire ou interpreter les compliments

en yoruba et en français

Page 310-333

Village Français du Nigeria,

Ajara – Badagry,

Lagos, Nigeria

 

 


ALPHABETISATION ET DEVELOPPEMENT EN MILIEU RURAL : CAS DES ALPHABETISES DE LA COMMUNE D’ADJARRA AU BENIN

Dr (MC) Cyriaque C. S. AHODEKON

Laboratoire des Sciences de l’Homme et de la Société, INJEPS, Université d’Abomey-Calavi, Rép. du Bénin

E-mail : drahodecyrcefad@yahoo.fr

RESUME

Le développement est un processus qui ne peut concourir à l’amélioration des conditions de vie des populations sans l’éducation. L’éducation est donc l’une des conditions essentielles du développement, qu’il s’agisse de l’éducation formelle que de l’éducation non formelle. L’éducation permet la participation de toutes les composantes de la société dont les adultes qui, pour la plupart, sont analphabètes d’où l’importance de l’alphabétisation et l’éducation des adultes. La commune d’Adjarra est l’une des communes ordinaires  béninoises dont où s’exécute des programmes d’alphabétisation. L’objectif de la recherche est de montrer que l’alphabétisation telle qu’elle est organisée au Bénin et particulièrement dans la commune d’Adjarra ne permet pas aux personnes concernées d’améliorer leurs conditions de vie afin de garantir leur développement. Les résultats de la recherche montrent que ces programmes d’alphabétisation ne sont pas toujours mis en place et exécutés dans les règles de l’art. Les bénéficiaires ne sont pas impliqués dans l’élaboration des programmes et les documents didactiques utilisés ne répondent pas à leurs besoins et aspirations.

Mots clés: alphabétisation, éducation des adultes, développement, plan de développement communal, commune d’Adjarra

 

ABSTRACT

Education is important in the development process and the improvement of the living conditions of people. It is one of the main conditions for development, whether it is formal and non-formal education. It allows the participation of all components of society including adults who, most of the time are illiterate; therefore the importance of literacy and adults education. Adjarra is a Beninese local town where run literacy programs. The aim of this research work is to point out that the way literacy is organized in Benin and mainly in the town of Adjarra, does not allow people to improve their living conditions so as to ensure their development.

The results show that these literacy programs are not always implemented and executed as expected to be. The beneficiaries are not involved in the developing programs and the used materials do not meet their needs and aspirations.

Key words: literacy, adults’ education, development, local development plan, town of Adjarra

INTRODUCTION

Le développement d’une nation est fonction des ressources humaines dont elle dispose. Aujourd’hui, l’importance et le rôle de l’éducation ne sont plus à démontrer. Toutes les nations l’ont comprise et consentent. Pour ASSIFA, (1998, 11) « tous les progrès réalisés par l’humanité  jusqu’ici résultent essentiellement ». Ainsi, toute nation qui ambitionne de développement doit savoir que seule l’éducation est l’élément permettant de rendre possible cette ambition. Dans le cadre de notre étude, un accent particulier sera mis sur l’alphabétisation et l’éducation des adultes.

ASSIFA (1998), poursuit en disant que « pour atteindre l’objectif du développement, le gouvernement successifs qu’a connu le Bénin ont mis en œuvre des politiques en matière d’éducations et d’alphabétisation des adultes en vue de rendre l’éducation universelle et d’accroître les capacités des ressources humaines du pays. C’est dans cette logique que le Bénin a opté en 1972 pour l’alphabétisation des masses qui a permis d’alphabétiser jusqu’en 1997, 213.000 personnes ». Ainsi, un accent particulier sera mis sur la qualité de la formation des hommes pour que ces derniers puissent accompagner dans tous les sens le processus de développement de leurs localités et celui de leurs pays. Le développement d’une nation est la somme des compétences, des capacités, des talents et savoir-faire de chacun des fils et filles de cette nation.

« Alphabétisation et Développement en milieu rural : cas des Alphabétisés de la commune d’Adjarra ». Il y a lieu de préciser que la présente étude se limite aux bénéficiaires des séances d’alphabétisation, formateurs et autorités politico-éducatives ayant en charge l’éducation des adultes dans ladite commune.

Notre préoccupation à travers cette recherche est de jeter les bases d’une analyse objective des besoins en formation dans la commune d’Adjarra au Bénin en vue de contribuer à l’amélioration des programmes d’alphabétisation ayant pour finalité le développement en milieu rural.

Ainsi, l’objectif général est de montrer que l’alphabétisation telle qu’elle est organisée au Bénin et particulièrement dans la commune d’Adjarra ne permet pas aux personnes concernées d’améliorer leurs conditions de vie afin de garantir leur développement.

  1. I. CADRE ET CONTEXTE DE L’ETUDE

1.1. La commune d’Adjarra et la situation de l’éducation

1.1.1. Brève présentation de la commune

La commune d’Adjarra, territoire du sud-est de la République du Bénin, est située dans le Département de l’Ouémé. D’une étendue de 112 km2, soit 0,07% du territoire national, elle se trouve à environ 7km de Porto-Novo (Chef lieu du Département de l’Ouémé et Capitale politique du Bénin), à environ 38 km de Cotonou (Capitale économique du Bénin) et à la frontière bénino-nigériane à l’est.

Elle est limitée au nord par la commune d’Avrankou, au sud par la commune de Sème-podji et à l’ouest par la commune de Porto-Novo. De par sa position, la Commune d’Adjarra est une zone de transit entre la République Fédérale du Nigéria et la Ville de Porto-Novo, considérée comme l’une des zones de concentration les plus importantes au Bénin des produits nigérians.

 

 

1.1.2. L’éducation formelle

Les enseignements maternel et primaire relèvent de la compétence propre de la commune conformément aux lois de la décentralisation notamment dans de la construction, de la réfection et des équipements. Il existe au total dans la commune, 57 écoles primaires et maternelles réparties dans 35 villages et quartiers de ville sur les 48 que compte la localité. Ces écoles abritent 322 classes dont 290 construites en matériaux définitifs et 18 en matériaux provisoires. Elles sont à certains endroits dans un état délabré, sans clôture, aires de jeu ou point d’eau. Le nombre de mobiliers, évalué à 4996 pour toutes les écoles est insuffisant selon la population. Il en est de même pour ce qui concerne le matériel didactique et pédagogique.

Du point de vue du personnel, les 14.710 écoliers (soit en moyenne 46 élèves par classe) que compte la Commune sont encadrés par 311 enseignants dont 121 communautaires souvent peu qualifiés. Il importe de noter ici que les mesures incitatives prises par le gouvernement pour promouvoir et encourager la scolarisation des jeunes filles, ont permis d’atteindre un taux de scolarisation 41,76% pour ces dernières

Pour atténuer quelque peu les problèmes qui minent l’enseignement public dans la localité, les Associations des parents d’élèves qui existent d’ailleurs dans toutes les écoles contribuent au recrutement des enseignants communautaires, à la construction des salles de cours et à leur équipement en mobiliers. Certain ONG et projet d’Etat se sont aussi investis dans la réhabilitation et l’équipement de certaines écoles en mobiliers et forages de puits. Il en est de même pour la Mairie qui n’est pas restée en marge de la promotion de l’éducation.

S’agissant de l’enseignement secondaire, il faut dire que la commune dispose de 06 collèges dont deux privés repartis dans cinq Arrondissements. Seul le collège d’Adjarra, le plus important de la zone, est doté d’un second cycle.

Les quatre collèges sont fréquentés par 2939 élèves, à 32,4% féminin, repartis dans 46  groupes pédagogiques dont 8 au 2e cycle. Ces élèves sont encadrés par 116 enseignants à dominance contractuels (85,34%) et peu qualifiés. Ils ont à leur disposition 722 mobiliers scolaires en bon état.

Il faut noter que le collège d’Adjarra ne dispose pas de laboratoire et abrite 22 salles pour 32 groupes pédagogiques. Dans les deux collèges publics, la rémunération des enseignants communautaires est assurée par l’Etat et aussi par les parents d’élèves constitués en Associations. Ces associations assistent d’ailleurs l’administration de ces collèges dans leur gestion.

La commune serait mieux pourvue en collège dans les prochains mois du fait de la construction en cours des collèges de Médédjonou et de Honvié. A ce niveau, la Mairie a beaucoup œuvré pour avoir l’autorisation de l’Etat et elle s’y investit aussi financièrement.

C’est grâce à ce dynamisme manifeste de la Mairie que la commune a été choisie pour abriter dans les années à venir des instituts universitaires ; des domaines des 50 ha sont réservés à cet effet.

1.1.3. L’alphabétisation

Il faut souligner l’existence des activités liées à l’alphabétisation dans la commune. Elles sont assurées par des alphabétiseurs locaux de la langue goun dont le nombre s’élève à 33. Parmi eux, seulement une quinzaine est en activité faute d’infrastructures. Les bénéficiaires proviennent principalement des organisations paysannes.

Du point de vue logistique, la commune compte seulement 15 centres d’alphabétisation dont 10 centres d’alphabétisation initiale et 05 centres post alphabétisation tous dépourvus de salles.

Les cours se déroulent dans les écoles, sur les places publiques ou au pied des arbres. Ces cours sont coordonnés par un seul coordonnateur appuyé financièrement par la Mairie. Les autres formes de soutien dont bénéficie ce secteur viennent des ONG, de l’Etat et des projets à travers des dons de matériels didactiques et pédagogiques et parfois même de rémunération des alphabétiseurs.

1.2. Contexte d’étude

L’une des causes de la pauvreté en Afrique en général et au Bénin en particulier est l’analphabétisme. Par conséquent, l’un des plus grandes priorités du gouvernement béninois est la lutte pour l’éradication de l’analphabétisme en permettant l’accès du plus grand nombre de béninois à l’instruction et à l’éducation.

C’est pourquoi au nombre des actions mises en exergue dans le document de stratégie de réduction de la pauvreté adopte par le gouvernement figure l’alphabétisation comme outil de renforcement et de développement.

1.2.1. L’alphabétisation au Bénin

A la faveur de la conférence de Jomtien sur « l’Education Pour Tous » et les nouvelles orientations démocratiques intervenues au Bénin, la nécessité de promouvoir le secteur de l’alphabétisation et l’éducation des adultes dont les fondements se trouvent clairement exprimés dans la constitution du 11 Décembre 1990, les différentes approches expérimentées par les acteurs (ONG, partenaires au développement, confessions religieuses, Etat, et autres) ont contribué à une accumulation des expériences et ont permis la formulation de réponses plus adaptées aux nouvelles demandes de produits éducatifs par les communautés à la base, notamment les organisations paysannes, les groupements coopératifs, les groupements féminins, etc.

Certaines approches andragogiques novatrices adoptées dans le cadre des réformes en cours depuis 1998 ont permis une meilleure adéquation des contenus des programmes avec les besoins des populations, au regard de l’utilité des acquis d’alphabétisation dans leur auto-développement et dans le développement de leur communauté.

Les activités d’alphabétisation ne se limitaient plus à la simple transcription et à la lecture mais elles intègrent d’autres contenus tels : le calcul, la gestion et autres programmes spécifiquement conçus en fonction de leur réalités et de leur besoin immédiat de développement. Par conséquent, la valeur  d’usage des acquis d’Alphabétisation étant mieux perçue, cette dernière représente désormais aux yeux des populations un véritable outil de développement qui suscite une plus grande motivation des participants. Les populations ont à nouveau repris conscience de la nécessité et du bien fondé des activités d’alphabétisation dans leur-être social et économique et dans le développement de leur communauté.

Cet engouement très fort pour les activités d’alphabétisation se traduit par l’inscription massive des populations à l’ouverture des centres dans les villages. Mais le constat est qu’en cours de chemin, on note que les effectifs pléthoriques observés en début de campagne, s’amenuisent complètement à la fin de la campagne ; en l’occurrence au moment de l’évaluation des centres. On remarque ainsi une forte déperdition dans le rang des apprenants.

La participation féminine aux activités d’alphabétisation reste problématique, les difficultés étant liées au contexte socio-économique dans lequel se déroule l’alphabétisation. Certaines de ces difficultés dépendent du statut et du rôle de la femme dans la société. Outre l’éloignement des centres et de la surcharge de travaux, on note la réticence de certains époux par rapport à l’alphabétisation de leur femme. Souvent très occupées et bien qu’ayant la volonté de se former, les femmes inscrites sont souvent absentes et n’arrivent pas à bien assimiler les cours.

Cependant, il est à noter que les politiques mises en œuvre au cours des dix dernières années n’ont par eu tout l’effet attendu. En effet, au forum national sur l’éducation, tenu en février 2007 sur l’initiative du Président de la République du Bénin, l’état des lieux dressé a révélé les constats ci – après :

  1. pléthore de structures étatiques en charge de la gestion et du pilotage du secteur ;
  2. absence d’une politique claire de promotion des langues nationales ;
  3. l’inexistence de programmes spécifiques à l’intention des femmes et les jeunes filles ;
  4. non prise en compte du volet « alphabétisation » de façon explicite dans les programmes d’action des gouvernements successifs ;
  5. insuffisance des ressources financières allouées à l’alphabétisation : moins de 1% des ressources consacrées à l’éducation sont réservées à l’alphabétisation ;
  6. absence de politique de spécialisation et de renforcement des capacités du personnel de l’alphabétisation et de l’éducation des adultes ;
  7. inadéquation des programmes de formation avec les réalités socio-économiques et politiques des bénéficiaires ;
  8. insuffisance et vétusté des infrastructures abritant les services d’alphabétisation aux niveaux départemental et communal ;
  9. insuffisance de locaux pour abriter les classes d’alphabétisation ;
  10. etc.

Le constat fait est qu’en dépit des investissements opérés par l’Etat, l’objectif de l’Education Pour Tous (EPT) est loin d’être atteint si des mutations sérieuses ne sont pas opérées. L’environnement actuel est caractérisé par l’existence du Plan Décennal de Développement du Secteur de l’Education (PDDSE), outil de référence en matière de planification des activités du secteur de l’Education en général et de l’alphabétisation en particulier, et le choix de la stratégie opérationnelle retenue pour la mise en œuvre du volet alphabétisation de ce plan, la stratégie du faire faire.

Le contexte nouveau marqué par la création en juin 2007 du Ministère de l’Enseignement Primaire, de l’Alphabétisation et des Langues Nationales (MEPALN) puis en Novembre de la même année du Ministère de l’Alphabétisation et de la Promotion des Langues Nationales (MAPLN) et enfin, en mai 2011 Ministère de la Culture de l’Alphabétisation de l’Artisanat et du Tourisme (MCAAT) ouvre des perspectives heureuses pour faire face aux enjeux de l’éradication de l’analphabétisme. Cette évolution institutionnelle consacre le rattachement voire l’intégration du sous secteur au système éducatif béninois, comme l’a recommandé le forum national sur l’éducation, et constitue donc une option sérieuse du Gouvernement béninois en vue de l’atteinte des objectifs de l’Education Pour Tous (EPT). Mais il est important de préciser que le sous-secteur, en 2016, est rattaché au ministère en charge de l’enseignement secondaire et de la formation professionnelle.

 

II. PROBLEMATISATION DE LA RECHERCHE ET DEMARCHE METHODOLOGIQUE

2.1. Problématisation

2.1.1  Cadre théorique

Pour comprendre notre thème d’étude et envisager une interprétation sérieuse et rigoureuse des résultats issus de nos enquêtes de terrains, il est important d’étudier ce thème à travers un modèle théorique adapté. Nous adoptons alors le modèle théorique intitulé ‘’les éléments d’une stratégie rationnelle’’ de Maurice CUSSON (1974) dans son ouvrage La resocialisation du jeune délinquant. Ce modèle d’analyse montre que toute action d’éducation doit être considérée comme une entreprise nécessitant une stratégie rationnelle visant à réaliser des objectifs. Pour ce faire, il faut commencer par distinguer les objectifs des moyens, puis analyser les composantes de ces deux dimensions.

2.1.1.1. Les objectifs

  • Les objectifs à long et à moyen terme

Nous considérons l’alphabétisation comme une action d’éducation rationnelle dont la mise en œuvre nécessite à priori que les objectifs soient définis ; c’est-à-dire, que soient clairement établis «  les but que l’on entreprendra de réaliser ». Ainsi posé comme postulat, il revient de déterminer les critères de l’objectif. Ainsi, selon Maurice CUSSON (1974) dans son œuvre La resocialisation du jeune délinquant « La première qualité d’un but est que sa réalisation soit observable. En effet, pour qu’un objectif  signifie quelque chose pour celui qui le poursuit (en l’occurrence l’éducation), il doit être suffisamment précis et concret (et même mesurable) de sorte que l’auteur sache jusqu’à quel point l’objectif qu’il poursuit est réalise par son action ».

Lorsqu’on se fixe des objectifs trop vagues ou trop lointains, l’on ne saura jamais si son action lui permet de réaliser ses objectifs, ceux-ci n’auront aucune réalité, ils resteront des souhaits, cautionnant l’action sans jamais l’orienter ou la modifier. Dans le cadre de la réalisation des campagnes d’alphabétisation, les objectifs que l’on reconnaît à celle-ci ne sont rien d’autre que « apprendre à lire et à écrire dans une langue » ; de sorte qu’après la formation, l’individu soit en mesure de réinvestir ses acquis dans des situations de la vie courante. Tout cela ne peut constituer un objectif tout simplement parce que, « le plus souvent, l’éducateur ne sait pas si cet objectif est réalisé et, dans les rares cas où il le sait, le temps qui s’est écoulé entre son action et la connaissance de ses résultats st tel qu’il ne peut savoir à quel type d’intervention il doit le succès ou l’échec dont il prend connaissance ».

Pour l’éducateur, le développement personnel qu’induit l’alphabétisation fonctionnelle n’est pas un but dont la réalisation soit observable ; ce critère ne lui sera donc pas utile pour évaluer l’efficacité de ses interventions et pour lui apporter la rétroaction dont il a besoin pour modifier son action. Dans ce cas, quels devraient être les objectifs de l’alphabétisation ? Les éducateurs devraient viser à transformer le comportement et les attitudes des personnes en situation d’apprentissage et faire en sorte que cette transformation permettre à ces néo alphabètes de s’adapter normalement dans la société. L’éducateur doit donc faire acquérir aux néo alphabètes des qualités, capacités, habitudes, comportement qui les rendent autonomes.

On pourra s’en assurer par « une démarche à la fois théorique et empirique » : théorique, en définissant les objectifs tout en tenant compte des conceptions les plus acceptées sur l’alphabétisation et le développement personnel ; empirique, en faisant des études follow-up (suivi) afin de déterminer jusqu’à quel point les sujets qui ont réalisé les objectifs d’autonomisation ont effectivement réussi à réinvestir sans difficultés leurs acquis.

  • Les objectifs à court terme

L’alphabétisation est généralement un travail de longue haleine qui se poursuit souvent sur une période relativement longue. C’est pourquoi l’objectif général de l’alphabétisation ne peut être réalisé que « progressivement, par étapes ». L’éducateur peut  difficilement attendre longtemps avant de savoir si ses efforts ont porté fruit et s’il est sur la bonne voie ; c’est pourquoi il est nécessaire que l’on définisse un certain nombre d’objectifs à court terme qui pourront être considérés comme les meilleurs moyens d’atteindre  les buts à moyen terme que l’on se propose.

L’observation périodique des néo alphabètes afin de déterminer si ceux-ci ont réalisé ces objectifs à court terme permet à l’éducateur de connaître dans de brefs délais leur niveau de progrès et d’agir en conséquence.

Les objectifs une fois définis, il revient alors de déterminer les moyens d’action qui puissent permettre de les réaliser.

2.1.1.2. Les moyens

Maurice CUSSON (1974) désigne par moyen « L’ensemble des intervention, les techniques d’actions dont on se sert pour réaliser les objectifs ». Généralement, ces interventions sont prévues et planifiées dans un programme d’alphabétisation qui rend explicite la stratégie que devront employer les éducateurs pour atteindre les buts visés.

Cependant, une étude complète des moyens d’intervention doit tenir compte de la manière dont le programme est appliqué par les éducateurs. Car « un programme n’est jamais parfaitement suivi et il est essentiel de tenir compte des modalités d’intervention » théorisait Maurice CUSSON (1974) dans son ouvrage la resocialisation du jeune délinquant.

Au niveau des moyens, il est possible d’isoler trois éléments distincts : « l’intervention individuelle, l’accueil de l’intervention par les personnes en situation d’apprentissage et le travail d’organisation » que suppose l’alphabétisation.

  • L’intervention individuelle

Par intervention, nous voulons dire l’action des éducateurs qui porte sur les adultes pris individuellement : encouragements, suggestions, directives, etc. que fait un éducateur, sur le plan individuel, pour transformer un sujet ? Telle est la question à laquelle il faut  répondre à ce niveau.

  • L’accueil des interventions des éducateurs par les personnes en situation d’apprentissage

Les personnes en situation d’apprentissage ne peuvent être considérées comme des objets qu’on peut manipuler sans tenir compte de leur volonté. Pour réaliser véritablement le plan d’intervention, les éducateurs ont besoin de l’acquiescement et de la collaboration de ces personnes. Pour que les interventions des éducateurs soient acceptées, pour que les activités fonctionnent tel que prévu,  pour que les groupes s’organisent comme on le désire, on a besoin de leur consentement et de leur contribution. C’est pourquoi l’accueil qu’elles font aux interventions du personnel est un élément clé dans l’implantation d’un programme d’alphabétisation. Cet accueil doit être considéré comme un moyen pour transformer l’adulte.

  • Le travail d’organisation

Le fait que nous traitons de l’alphabétisation en rapport avec le développement personnel nous oblige à tenir compte du contexte dans lequel évoluent les adultes en situation d’apprentissage. Le travail d’organisation revient alors à créer des conditions optimales d’apprentissage et mettre au point un programme d’activités qui soient propices à la réalisation des objectifs de l’alphabétisation.

Le modèle théorique étant défini, il convient à présent d’aborder la problématique en vue de mettre en exergue le problème que soulève notre étude.

2.1.2.  Problématique

Selon le Rapport National du Bénin sur tendances récentes et situations actuelles de l’éducation et de la formation des adultes en république du Bénin, produit en avril 2008 :

  • les centres d’alphabétisation et de post-alphabétisation sont les infrastructures d’accueil des apprenants. Leur nature varie d’un milieu à l’autre. Ce sont dans la plupart des cas, des infrastructures légères sommairement aménagées (sous l’arbre du village ou sous un hangar érigé en matériaux précaires par la communauté, etc.). Parfois, les domiciles privés et les salles de classe sont mis à contribution.

La théorie de Maurice CUSSON postule que toute action en éducation doit être considérée comme une entreprise ayant un objectif clairement défini et la durée nécessaire pour l’atteinte dudit objectif alors que selon le même Rapport National du Bénin sur tendances récentes et situations actuelles de  l’éducation et de la formation des adultes en république du Bénin, produit en avril 2008, au Bénin, les offres d’éducation et de formation des adultes sont plus ou moins variées  et se fondent pour l’essentiel sur le Programme National d’alphabétisation et d’Education des Adultes développé par le Gouvernement  depuis les années 1970. Ainsi, la formation et l’éducation des adultes au Bénin sont restées claquées sur un ancien Programme National d’alphabétisation et d’Education des Adultes (déjà 38 ans). Aucune formation de qualité ne peut être donnée à partir d’un document conçu depuis les années 70.

Selon le Plan Cadre des Nations Unies pour l’Assistance au Développement du Bénin (PCNUAD), le Bénin a enregistré depuis 1991 des progrès remarquables sur le plan macro-économique. Bien que certains indicateurs de développement se soient améliorés depuis le début des années 90, les progrès en direction des objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) sont encore lents. La croissance économique, qui était en moyenne de 2% par an dans les années 80, a connu une progression significative de 5% par an dans les années 90. Il convient cependant de noter que l’économie béninoise traverse depuis 2003 une phase de décélération avec une croissance moyenne de 3%, soit un niveau inférieur au taux d’accroissement de la population (3,25% par an). La pauvreté demeure encore un sujet de préoccupation majeure dans la mesure où 37,4% des Béninois vivent actuellement en dessous su seuil de pauvreté contre 28,5% en 2002 (année de préparation du premier Document de Stratégie de Réduction de la Pauvreté). La plupart des OMD  seront difficilement atteints à l’horizon 2015 si les tendances actuelles se maintiennent, notamment dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’accès à l’eau potable et de la réduction de la pauvreté.

D’après la feuille de route du Plan de Développement Communal (PDC) actualisé d’Adjarra, la vision de la commune est qu’à l’horizon 2025, « Adjarra soit une commune moderne et prospère dans laquelle il sera assuré et garanti un environnement sain, la paix et la sécurité des personne et des biens, la bonne gouvernance, le bien être social et l’identité culturelle ».

En somme, cette vision du niveau de développement de la commune d’Adjarra d’ici 2025 aura du mal à se réaliser si des précautions ne sont pas prises pour remédier aux insuffisances enregistrées tant au plan national,  qu’au niveau de la commune d’Adjarra : infrastructures éducatives précaires, une alphabétisation claquée sur le Programme National d’Alphabétisation et d’Education des Adultes développé par le Gouvernement depuis les années 1970 et enfin, la possibilité que la plupart des OMD ne soient pas atteints à l’horizon 2015 si les tendances actuelles se maintiennent, notamment dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’accès à l’eau potable et de la réduction de la pauvreté.

De ce qui précède, la principale question qui vient à l’esprit est de savoir si l’alphabétisation telle qu’elle est organisée au Bénin et particulièrement dans la commune d’Adjarra permet aux bénéficiaires d’améliorer leurs conditions de vie afin de garantir leur développement.

2.2.  Démarche methodologique de l’etude

La présente recherche s’est proposée d’étudier l’alphabétisation et le développement en milieu rural dans la perspective de participer à l’amélioration des efforts de développement tant à travers l’éducation des adultes qu’à travers les programmes d’alphabétisation afin d’optimiser les efforts de développement dans la commune d’Adjarra. L’objectif général de notre étude est de montrer que telle que l’alphabétisation est organisée au Bénin et particulièrement dans la commune d’Adjarra ne permet pas aux bénéficiaires d’améliorer leur condition de vie afin de garantir leur développement.

Il s’agit d’une recherche qualitative qui se propose de recueillir les impressions des populations bénéficiaires des programmes d’alphabétisation qui sont menées à Adjarra. Aussi se propose t- elle d’aborder les autorités départementales et communales en charge de l’alphabétisation afin de recueillir leurs impressions sur les activités en cours dans la commune afin d’analyser la qualité de ce qui est fait à travers les apprenants et aussi de réaliser la pertinence des activités d’alphabétisation dans la commune d’Adjarra.

2.3. Population d’enquête

Dans le cadre de cette étude, la population d’enquête est composée de deux groupes cibles :

  • un premier groupe cible composé essentiellement des populations bénéficiaires ;
  • un deuxième groupe cible composé des autorités en charge de l’alphabétisation au niveau départemental et au niveau communal

Le choix des populations bénéficiaires s’explique par le fait qu’elles sont les premières personnes concernées et sur lesquelles s’exécutent les campagnes l’alphabétisation et puisqu’on ne développe pas mais on se développe, leurs impressions et avis sont très importants en ce sens qu’ils nous permettront d’apprécier l’efficacité de l’intervention des programmes d’alphabétisation dans leur localité.

Nous nous sommes intéressés aux autorités Départementales et Communales parce que ce sont elles qui sont les responsables avec lesquels les ONG mettent en œuvre les activités d’alphabétisation tant dans le département de l’Ouémé que dans la commune. Elles sont non seulement en relation directe avec les populations  à la base mais elles sont sensées connaître leurs réalités et donc indiqués pour accompagner les populations rurales à asseoir leur propre développement. Leur rôle s’avère indispensable dans le processus de développement en milieu rural.

La technique d’échantillonnage utilisée dans le cadre de la recherche es l’échantillonnage à choix raisonné qui nous a permis de retenir un total de quatre-vingt-et-un (81) sujets dont 03 autorités départementales et communales et 78 alphabétisés).

Pour collecter les informations auprès de l’échantillon, nous avons utilisé trois (02) techniques essentielles à savoir, l’enquête par questionnaire et entretien.

De façon générale, notre questionnaire se structure de la façon suivante :

  • le type d’alphabétisation qui est pratiqué dans la Commune d’Adjarra ;
  • le développement ;
  • la satisfaction des bénéficiaires par rapport aux programmes ;
  • la pertinence des programmes ou campagne d’alphabétisation.

Les données ont été traitées à partir des logiciels word et excel version 2007 après codification et vérification. Le dépouillement  a consisté à regrouper toutes les informations relatives aux variables respectives.

 

  1. III. PRESENTATION DES RESULTATS ET SUGGESTIONS

La mise en œuvre de la présente recherche a permis de collecter des données qu’il convient de présenter et d’analyser. A cette étape de notre étude, nous avons fait le point des informations que nous avons pu recueillir suite à notre descente sur le terrain. Nous avons d’abord formulé des thèmes que nous avons ensuite fractionnés en de petites questions en ce qui concernent le guide d’entretien et le questionnaire.

3.1. La situation de l’alphabetisation dans la commune d’adjarra

Ce premier thème regroupe, l’effectif des centres existants dans la commune d’Adjarra, l’écart entre les centres fonctionnels et les besoins en éducation non-formelle, le type d’alphabétisation en cours dans la commune d’Adjarra et le contenu des programmes en exécution.

3.1.1. Centres d’alphabétisation dans la commune

Selon nos enquêtés (le chef du service alphabétisation/mairie Adjarra, le directeur départemental de l’alphabétisation et le coordonateur communal de l’alphabétisation), la commune d’Adjarra compte vingt-cinq (25) centres d’alphabétisation dont : neuf (09) centres dans le cadre de la stratégie du ‘’faire-faire’’; douze (12) centres pour la direction de l’alphabétisation et de l’éducation des adultes et enfin, quatre (04) autres centres.

Le type d’alphabétisation actuellement en cours dans la commune.

Le graphique ci-dessous  présente l’opinion de nos enquêtes sur l’ensemble des apprenants que nous abordés en vue de savoir si c’est l’alphabétisation initiale, conscientisante ou fonctionnelle qui est en cours. Leurs réponses ont été unanimes. En effet, l’alphabétisation initiale a été désignée et reconnue par les bénéficiaires sur les soixante-et-dix-huit (78) questionnés  (Adjarra I : 29 ; Adjarra II : 30 ; Honvié : 19) et représentée par la couleur bleu, les couleurs rouges et verts représentent respectivement l’alphabétisation conscientisante et l’alphabétisation fonctionnelle.

 

 

 

 

 

Graphique I: Opinion des enquêtés sur le type d’alphabétisation en cours dans la Commune  d’Adjarra

 

 

Par ailleurs, les avis de nos enquêtés ont été multiples et divergents lorsqu’il a été question du type d’alphabétisation en cours dans la commune d’Adjarra. En effet, selon le Directeur Départemental en charge de l’alphabétisation et le chef Service Alphabétisation de la Mairie d’Adjarra, il s’agit d’une alphabétisation initiale. Par contre, le coordonateur communal de l’alphabétisation soutenait que c’était plutôt l’alphabétisation fonctionnelle. Quant à la question relative au contenu des programmes, les activités se déroulent avec les syllabaires tomes 1,2 et 3, et avec les manuels de calcul en langue Goun. En effet, que ce soit en lecture ou en calculs les notions tournent essentiellement autour de l’alphabet goun, l’écriture des lettres et des chiffres.

3.1.2. La mobilisation des ressources et moyens

A ce niveau, il nous a été confié que les moyens et les ressources qui alimentent le secteur de l’alphabétisation sont essentiellement constitués d’aides accordées par l’Etat, la mairie et les Partenaires Techniques et Financier (PTF). Cependant, il est à souligner qu’en matière d’alphabétisation, la mairie d’Adjarra évolue sans boussole en ce sens qu’aucune ligne budgétaire ne figure ni dans le plan de Développement Communal (PDC) première génération, ni dans le Plan de Développement Communal deuxième génération.

3.1.3. Alphabétisation et développement

La dernière partie de notre guide d’entretien a traité de la question relation à l’alphabétisation et au développement. Au regard des activités d’alphabétisation qui se déroulent dans la commune d’Adjarra, nos interviewés nous ont répondu que le type d’alphabétisation actuellement en cours dans la commune d’Adjarra ne peut conduire au développement. Aux dires de nos enquêtés (le chef service alphabétisation/mairie d’Adjarra, le directeur départemental de l’alphabétisation et le coordonateur communal de l’alphabétisation), tant que la formation ne pourra pas permettre aux bénéficiaires de faire le lien entre les notions reçues en alphabétisation et leurs activités, le développement aura du mal à être une réalité.

Vingt-et-sept (27) alphabétisés sur les soixante-et-dix-huit (78) ont répondu favorablement connaître ce qu’est le développement et cinquante-et-un (51) ont répondu ignorer ce qu’est le développement. Pour une bonne lecture des chiffres avancés, le graphique II présente la réponse obtenue en ce qui concerne le thème abordé.

Graphique II : Effectif des alphabétisés ayant connaissance de ce qu’est le développement

 

 

 

 

3.1.4. Avis des apprenants sur le processus conduisant à l’élaboration des programmes  d’alphabétisation

L’ensemble des bénéficiaires questionnés, tous sans exception, nous ont confié qu’ils n’ont jamais été associés aux différentes étapes conduisant à l’élaboration des programmes d’alphabétisation ; une attitude des autorités qu’ils déplorent. Le graphique ci-dessous montre les tendances suivantes :

1ère tendance : aucune participative

2ème tendance : demande d’approche participative.

Graphique III : Avis des alphabétisés sur la démarche menant à la conception des  programmes d’alphabétisation

 

 

3.2. Analyse des resultats

Cette partie de notre analyse porte sur les résultats issus de l’entretien avec les autorités communales et départementales en charge de l’alphabétisation. De cet entretien,  deux points ont retenu notre attention conformément. Il s’agit:

  • des infrastructures disponibles, besoins existants et couverture des besoins ;
  • de la mobilisation des ressources et moyens ;

La situation de l’alphabétisation dans la commune d’Adjarra n’est pas des plus reluisantes. Lorsqu’on parle de l’alphabétisation et du développement en milieu rural, plus précisément à Adjarra, la réalité est que l’alphabétisation qui devrait être un des leviers sur lequel devrait reposer le développement de ladite commune a du mal à prendre son envol. En effet, quel développement peut-il y avoir dans une commune où toutes les forces ne peuvent se déployer pour propulser la machine du développement ? La commune d’Adjarra est formée de six (06) arrondissements subdivisés en quarante huit villages ou quartiers de ville ; or nos descentes sur le terrain ont révélé qu’en réalité seulement quinze (15) centres fonctionnent normalement pour couvrir les besoins en formation.

Dans cette perspective, le chef Service chargé de l’alphabétisation au niveau de la mairie d’Adjarra et le coordonnateur communal en charge de l’alphabétisation nous ont confié, qu’aucune ligne budgétaire n’a été prévue dans le budget communal et que seules les actions sporadiques de l’Etat et l’appui des ONG permettent à ce sous secteur de l’éducation de fonctionner. Ainsi, au regard des réponses que nous ont servi les enquêtés, il est évident que le sous secteur de l’éducation que constitue l’alphabétisation est sous équipé en termes de matériels logistiques car l’alphabétisation à Adjarra n’est pas gérée sur ressources communales mobilisées et consacrées pour les besoins en alphabétisation ; alors il sera très difficile aux adultes  en situation d’apprentissage de bénéficier d’un bon encadrement et par conséquent de participer au développement de leur commune de façon significative.

Le manque accru des centres avec pour corolaire des salles de cours circonstancielles et les mauvaises conditions de formation doivent indisposer tous les décideurs politiques et toutes les autorités communales et les amener à faire de l’alphabétisation une priorité éducative orientée vers le développement. La couverture de toute la commune en termes de satisfaction de besoins des adultes en éducation non-formelle, n’est pas une réalité.

Parlant de l’alphabétisation et du développement H.M. PHILLIPS (1970) postule que « l’alphabétisation est un instrument de développement très utile et que tout dépend de la façon dont on s’en sert. Il faut que l’alphabétisation soit fonctionnelle et axée sur le travail pour que le désir de savoir lire et écrire subsiste et se réalise ». Cette affirmation de PHILLIPS soutient que l’alphabétisation est un instrument de développement nécessaire et que tout est dans la manière de se servir de cet instrument. Ainsi, pour que l’alphabétisation joue le rôle de vecteur de développement, elle doit être fonctionnelle et axée sur le travail ; ce qui n’est pas le cas dans la commune d’Adjarra où l’on exécute encore les programmes d’alphabétisation initiale.

A partir des graphiques I, II et III,  nous notons que l’alphabétisation initiale est ce qui en cours dans commune, au niveau des apprenants, le concept du développement n’est pas connu, et une frustration des adultes apprenants en situation d’apprentissage dans la mesure où ils ne sont pas associés dans le processus de la formation. En effet, le développement est un processus qui, dans sa mise en œuvre doit obéir à un certain nombre d’exigences dont la démarche participative et le respect des principes andragogiques.

CONCLUSION

Le succès des programmes d’alphabétisation est déterminé par le temps et le degré de précision consentis à la pré-planification, par la définition d’objectifs clairs et bien déterminés et de but échelonnés dans le temps, ainsi que par la répartition des tâches et l’organisation. Il faut un temps pour préparer les programmes d’alphabétisation fonctionnelle car ils demandent plus de recherche, de préparation et de mobilisation que les programmes d’alphabétisation traditionnels. Un programmes aurait une plus grande capacité de mobilisation et de réussite lorsque ses objectifs auraient été intégrés dans la politique et les plans de développement nationaux ; lorsqu’un organisme de coordination unique détient l’autorité et bénéficie de crédits continus ; lorsque la structure nationale a une contrepartie décentralisée ; et enfin lorsque le but visé est d’aider les gens à participer au changement de leur environnement.

Les principes d’organisation sur lesquels les programmes d’alphabétisation devraient être bâtis comprendront la participation des individus et des groupes à tous les niveaux ; une décentralisation maximum de la responsabilité de mise en œuvre ; une campagne de pré- alphabétisation par les médias : la mise en place d’une infrastructure pour la coordination intersectorielle entre les institutions nationales et locales, les organisations non gouvernementales et les groupes populaires.

Aujourd’hui, nul ne peut sous estimer l’importance qu’a le monde rural et son développement sur l’épanouissement de l’économie d’une nation. Le rôle que les citoyens du monde rural ont à jouer pour le maintien de la protection de l’environnement est d’autant plus important dans la mesure où, le milieu rural englobe le plus nombre de citoyens  de la population béninoise. CHAKOR (2005), affirmait que : « la vie rurale est le prolongement de celle des villes, car c’est l’espace de production de toute matière et le poumon des grandes métropoles ». De ce fait, nos gouvernements, sont tenus, aujourd’hui, d’œuvrer et de doubler d’efforts pour la sauvegarde du monde rural dont une grande partie est en proie à la misère. Le maintien d’une vie normale, équilibrée et saine est donc tributaire de la formation et de l’éducation des citoyens ruraux. C’est seulement avec cet esprit que l’on peut sauvegarder ce monde qui constitue la principale ressource de nos grandes villes.

Les campagnes  d’alphabétisation, de sensibilisation et d’information doivent être faites de manière continue et intensive. Ces campagnes doivent concerner tous les acteurs aux différents âges. Et donc, l’implantation des centres de formation et de sensibilisation s’impose avec acuité dans les milieux ruraux afin de promulguer cette culture (campagnes continues et intensives) et de permettre à tout le monde l’accès à une formation de base. Il est également important d’implanter des centres de formation dans différentes filières pour donner l’occasion aux acteurs de différents âges d’accéder, sur place, à une formation professionnelle adéquate et ciblée. Ce procédé va permettre la création d’un esprit de veille chez les populations et leur permettra de prendre conscience par exemple des effets négatifs d’un environnement mal entretenu dont la pollution des eaux, des espaces verts, etc.

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

1- Belloncle (G), 1984. La question éducative en Afrique Noire – Paris, Karthala, 281 p.

2- Belloncle (G.) et al, 1982. Alphabétisation et gestion des groupements villageois en Afrique sahélienne – Paris, Karthala, 269 p.

3- Bhola (H.S), 1992. Evaluation des projets, programmes et campagnes d’alphabétisation pour le développement – Institut de l’UNESCO pour l’éducation et Fondation Allemande pour le Développement International, Hambourg, 340 p.

4- Confintea I, 1949. Le lien entre l’éducation et le développement. Elseneur, (Danemark) : UNESCO Edition. 29p.

5- Confintea  II, 1960. L’éducation tout au long de la vie. Montréal, Canada : UNESCO Edition. 60p

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7- Cusson (M.), 1974. La resocialisation du jeune délinquant ; Paris, Kathala

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10- Forum national sur l’éducation, tenu en février 2007 sur l’initiative du Président de la République du Bénin

11- Meister (A.) ; Alphabétisation et développement : le rôle de l’alphabétisation fonctionnelle dans le développement économique et la modernisation– Paris, Editions Anthropos, 1973, 274p.

12- Muller (J.), 1973. Alphabétisation fonctionnelle dans le contexte de l’éducation des adultes – Institut International pour les méthodes d’alphabétisation des adultes, Berlin, 504 p.

13- Philips (H.M), 1970. Alphabétisation et développement – Paris, UNESCO, 63 p.

14- Paulo (F.), 1973. L’éducation, pratique de la liberté – Paris, Editions du CERF 160 p.

15- Paulo (F.) ; L’éducation des opprimés– Editions du CERF Paris : 1972, 270 p

16- Plan de Développement Communal (PDC) d’Adjarra, décembre 2004.

17- Monographie de la commune d’Adjarra, Afrique Conseil, Mars 2006.

18- La constitution Béninoise de 11 décembre 1990, le préambule

19- Azalou – Tingbe (A.) ; Alphabétisation fonctionnelle et développement socio – économique en Afrique : cas du Bénin, mémoire, UNB/Flash : 1981, 150 p.

LES VICISSITUDES DE LA VIE D’ADOLESCENCE:

UNE REFLEXION SUR LE REVE ET LA REALITE A TRAVERS LES FRASQUES D’EBINTO D’AMADOU KONE.

 

Dr Leo Iyanda BALOGUN

Enseignant-Chercheur

Nigeria French Language Village,

Badagry, Nigeria.

 

RESUME

‘L’homme est l’architecte de sa propre vie’.  Dès les plus tendres âges d’un individu, il est normal de rêver et de projeter dans l’avenir ce dont on espère être.  Tout engagement doit cependant s’orienter vers l’objectif que l’on se fixe afin d’assurer un accomplissement propice de son rêve.  A cet effet, il est évident qu’un rêve ne peut voir le jour à moins que les conditions  soient réunies pour sa réussite.  D’où l’importance de toujours faire la différence entre le rêve et la réalité dans toute entreprise humaine.  Ebinto, le  personnage principal du roman Les frasques d’Ebinto ne s’était pas aperçu à temps de ce qui l’attendait dans ses poursuites  illusoires.  Ayant manqué de faire une différence entre le rêve et la réalité de la vie, il réussit à ébranler tout son espoir et se réduit finalement à néant dans la poursuite d’une imagination utopique.  C’est dans cette perspective que nous allons tout d’abord examiner dans cet article le mot absurdité, un terme sur lequel se basera notre analyse et ensuite les différentes étapes de la vicissitude de la vie d’adolescence telle qu’elle est reflétée  dans Les frasques d’Ebinto d’Amadou Koné.

Mots clés : les vicissitudes, le rêve, la réalité, l’absurdité, l’adolescence.

 

ABSTRACT

A man is the architect of his own life. of the most tender whatevers he wants to be. Any engagement must neverstates be years it is normal to dream and project in to the future about which someone hope to be completely battle owes oriented towards the goals one sets for oueself in over to ensure a suitable accomplishment of ove’s dream. To this effect, it is obvious that a dream cannot befilfilled unless the conditions are gathered for its success. Merefore,it is important to make the distriction belseen the dream are the dream and the reality in any human enterprise. The main character of roman the nouvel ‘’Les frasques d’EBINTO’’ did not perceive in time what was waiting for him in his deceptive proceedings. Failing to make the difference befleen the dream ano the reality of life, he succeeded in fazing all of his hope ano was reduce to nottingues in thepursuit of utopian imagination. It’s in this prospect that we will first analyse in this paper the word absurdity, a term which will be based on our analysis and the different phases of the vicissitudes of such adolescent that is frasgues d’Ebinto reflected over the buffooneries of EBINTO of Amadou Kone.

Key words: the vicissitudes, the dream, the reality, absurdity, the adolescence.

 

INTRODUCTION

La période la plus turbulente de la vie d’un individu semble être la période d’adolescence.  Elle s’étend souvent  entre douze et dix-huit ans.  Pendant cette période, on apprend à découvrir la vie, à l’aborder de sa manière et à rêver de ce que l’on voudrait devenir sans prendre en compte les obstacles qui pourraient toutefois entraver sa réalisation.  C’est justement à ce phénomène que s’était donné Ebinto sans prévoir les difficultés pouvant émaner de son engagement.

Issu d’une famille pauvre et très tôt orphelin  de père, Ebinto, le personnage principal de Les frasques d’Ebinto a vite pris conscience du défi qui l’attendait dans la vie.  Il est d’avis que dans telle situation, seul le travail pouvait lui garantir l’avenir. ‘Mes parents m’avaient toujours dit que le travail, même s’il n’arrive pas à sortir l’homme de la misère, lui garantit sa dignité’. (Les Frasques …, 16).

Malgré son assiduité au travail et sa détermination de réussir coûte que coûte, Ebinto  trébucha sous l’influence d’une vie d’adolescence louche et vicieuse.  Pourra-t-il alors surmonter ces vicissitudes de vie d’adolescence à travers l’adoption d’une philosophie de vie fondée sur l’absurdité ? Les lignes suivantes nous permettront de vérifier la véracité de cette hypothèse.

 

1. L’ABSURDE : ESSAI DE DEFINITIONS

Dans  cet article, nous allons nous inspirer du concept de l’absurde dans l’analyse de notre sujet. Tout ce qui est contraire à la raison, à la logique, au sens commun peut être dit ‘absurde’.  Albert Camus, l’un des précurseurs de cette philosophie conçoit l’absurde comme suit :

Les cataclysmes  de l’histoire moderne, le sentiment qu’a un individu d’être jeté dans un monde incompréhensible et dont la représentation échoue par l’inadéquation du langage, telles sont pour lui les sources de la vision du monde profondément pessimiste qu’il  appelle l’absurde. (Lagarde et Michard, 720)

Selon le dictionnaire Le nouveau Petit Robert, le mot absurde vient du mot latin ‘’absurdus’’ et est perçu comme tout ce qui est contraire à la raison ; au sens commun, ce qui est déraisonnable, insensé, inepte et extravagant ; ce qui viole les règles de la logique. (Nouveau Petit Robert, 2008)

Par ailleurs, le dictionnaire Larousse définit  le mot « absurde » comme tout ce qui est contraire au sens commun, à la raison.  Se dit d’un personnage dont le comportement, le langage est déraisonnable, extravagant.  (Larousse – Grand dictionnaire de la langue française, 1986).

Les Frasques d’Ebinto réflète sans doute une peinture de la philosophie de l’absurde.  Néanmoins, dans ce roman d’Amadou Koné, on note que l’univers diégétique fait penser aux œuvres des existentialistes français telles que L’Être et le Néant (1943), La Nausée (1938) de Jean-Paul Sartre ; L’Etranger (1942), Le mythe de Sisyphe (1942) et Caligula (1945) d’Albert Camus.   Certes, il est évident qu’après la seconde guerre mondiale apparait une littérature pour laquelle la vie n’a ni sens donné, ni finalité.  La pensée des écrivains est dominée par des idées absurdes.  C’est en ceci que Jean Paul Sartre affirme que « Dieu n’existant pas, l’homme surgit dans un monde absurde qui n’a pas plus que lui de raison d’être ni de finalité, à sa naissance ». (Lanson et Tuffran, 851).

En général, on peut conclure que tout ce qui est absurde peut être dit aberrant, déraisonnable, illogique, incohérent, stupide, insensé, extravagant, irrationnel, etc…

Les grandes figures de cette philosophie de l’absurdité sont : Jean-Paul Sartre, Merleau-Ponty, Beauvoir, Camus, Mauriac pour ne citer que ceux-ci.  La littérature de l’absurde qui découle de l’existentialisme s’engage dans deux voies complètement divergentes.  Les uns mettent au service du thème métaphysique de l’absurde les moyens de la description réaliste.  Les autres nous mettent en présence d’une création artistique absurde, déréglée ou vaine, pour suggérer l’anarchie du monde ou la vacuité de l’existence. (Encyclopaedia Universalis, 1996 : 68-69).  C’est par rapport à cette dernière assertion que nous allons analyser l’absurdité de la vie d’Ebinto par rapport à ses activités dans le roman Les Frasques d’Ebinto.

Pour Camus, la vie est non-sens et absurdité.  L’homme se sent étranger dans un univers où ne se révèle aucun ordre ni providentiel ni rationnel et où règnent le mal, l’injustice et la souffrance.  Mais au moins, il ne peut douter de sa révolte contre le destin.  L’effrontement lucide de l’absurde lui permet à la fois d’assurer sa dignité et de sauver certaines valeurs.  Enfin, le mal peut être combattu et diminué dans une certaine mesure, si les hommes se comprennent et s’entraident.  (M. Peperstracte & R. Vasteels : Témoins de la prose française…)

 

  1. 1. EBINTO, UN REVEUR OU UN REALISTE

A travers la narration des événements contenus dans Les Frasques d’Ebinto, il n’est d’aucun doute que la création artistique de l’absurde se fait sentir sous la plume d’Amadou Koné.  Le personnage principal du roman, Ebinto (aussi appelé Ebin) est perçu comme un rêveur qui ne peut faire aucune différence entre le rêve et la réalité.  Pour lui, la vie n’a de sens que lorsque tout marche à souhait.

… Je l’écoutais et je me disais que ma vie serait ce que je voudrais qu’elle soit.  J’aimais rêver et la réalité n’avait pas une grande importance pour moi car je pensais pouvoir un jour transformer ce qui était en ce qui n’avait jamais été. (Les Frasques…, 7)

Ebin n’a jamais cherché à connaitre les contraintes qui peuvent entraver la réussite de ses rêves.  Quand il pense à quelque chose, il nourrit déjà l’espoir de son accomplissement.

J’aime la vie, une vie dont je rêve et que j’espère réaliser.  Rassure-toi, je suis un rêveur conscient.  Chez moi, le rêve côtoie la réalité et corrige ses côtés négatifs.  En fait, je ne rêve pas, je vois la vie autrement. (Les Frasques…, 19).

Evidemment, la perception de ‘la vie autrement’ dont parle Ebinto l’induit à tout ce qui est contraire à la raison, à la logique et au sens commun.  A travers ses interactions, Ebinto se lance la plupart du temps dans un monde incompréhensible.  Tout d’abord, on le voit dans une relation amoureuse avec Monique, la fille de l’ami de son tuteur.  Subitement, Ebinto dénonce son amitié à Monique et cherche résolument à s’accrocher à Muriel, son promotionnaire de classe.  Bien qu’il soit conscient de sa situation de famille, Ebinto cherche décidément à lier une relation conjugale avec Muriel, un rêve qui ne verra jamais le jour.  Il croit le plus comblé de ses rêves avec Muriel ; ainsi, il déclare :

… Muriel était une jolie fille, mais ce n’était pas seulement sa beauté qui m’impressionnait. Je crois surtout que je sentais chez elle quelque chose que j’avais rêvé chez ma « Sylphide ». […]. Pourtant, […] je n’arrivais à comprendre pourquoi sa seule vue me troublait au point de me rendre stupide. (Les Frasques …, 23)

Mais pourtant, Ebinto n’est pas sans savoir des lacunes de Muriel.  Il existe bien sûr des obstacles à ses rêves.  Tout d’abord, la jeune fille (fille d’un Député) n’est pas de la même classe sociale que lui.  Deuxièmement, elle est incorrecte et semble ne pas être sérieuse.  Ensuite ses prétentions d’amitié à Muriel commencent par l’affecter négativement en classe.  Malgré ces remarques, Ebinto est toujours de cœur avec Muriel.

Par ailleurs, Ebinto tisse une amitié entre lui et son professeur, M.L. … Avec celui-ci, des points de vue philosophiques sont souvent abordés.  Ebin, un rêveur avoué a toujours soif d’idéal.  Pour lui, ‘Convaincu de la médiocrité de la vie, j’essayais de m’accrocher au vain espoir qu’un jour tous les hommes seraient bons et que tout le monde serait bien’. (Les Frasques …, 36).

Suite à cette pensée d’Ebin, M. L. … cautionna en lui faisant savoir que ‘la vie réelle ne peut pas être comme tu (Ebin) veux qu’elle soit’.  ‘C’est très bien de vouloir toucher à l’idéal, mais puisque cet idéal n’existe pas’. (Les Frasques …, 37-38).

Le mal d’Ebin dans ce récit c’est de s’attacher inlassablement à ses rêves après s’être nourri des idéaux philosophiques de l’absurde dans différents romans tels que Les Misérables de Victor Hugo, Phédon de Platon, etc…

 

3. LES VICISSITUDES DE LA VIE D’ADOLESCENCE A TRAVERS LES FRASQUES D’EBINTO

La vie d’adolescence, une période à travers laquelle les jeunes sont confrontés à de multitudes problèmes est considérée comme la partie la plus turbulente de leur existence.  Il n’est d’aucun doute que les personnages principaux de Les Frasques d’Ebinto (Ebin & Monique) sont tous en âge d’adolescence.  Ce n’est donc pas étonnant que leur vie soit émaillée de problèmes qui dans le texte forment la préoccupation thématique d’Ahmadou Koné, l’auteur du roman Les Frasques d’Ebinto.

Après l’amitié qui s’est établie entre Monique et Ebinto, Monique ne s’est pas aperçue très tôt que cette amitié n’était pas réciproque.  Elle aimait éperdument Ebinto mais ce dernier témoignait son amour pour une autre fille (Muriel).  Il ne tenait pas compte des difficultés qui pouvaient entraver cette ambition.  Il rêvait d’une vie meilleure avec Muriel.

… je ne pouvais plus séparer la réalité du songe. Car ma vie, c’était Muriel et moi, dans notre maison avec notre enfant dans son berceau : c’était nous, pleinement heureux d’une réussite due au travail. (Les Frasques …, 76).

Ebinto est d’avis qu’avec Monique, il ne serait jamais un être comblé.  C’est pourquoi la première nuit qu’Ebinto et Monique ont passée ensemble a été selon lui le début des choses malheureuses à venir. ‘Une nuit, une seule nuit d’un bonheur de jeunes gens innocents et toute une vie d’enfer’. (Les Frasques …, 75)

Quelques mois plus tard, Monique prend conscience de son état de grossesse et informe le supposé mari à propos de la situation.  Ebinto accepte Monique malgré lui-même.  Mais bien avant cette acceptation, il réalise sa vaine infatuation à Muriel : d’une part, il n’est pas de la même classe sociale que la jeune fille, d’autre part, Muriel ne partage pas un amour réciproque pour Ebin et finalement Muriel était sur le point de voyager sur Paris.

Pour Ebinto, la grossesse de Monique devient un gros fardeau pour la réalisation de ses rêves.  Monique était sans doute considérée comme étant la cause du malheur d’Ebinto.  Muriel aurait pu être préférable à Monique dans la vie d’Ebinto.  C’est de là exactement que ressort l’absurde du personnel principal du roman.  Tous ses raisonnements sont contraires à  la logique.  On a l’impression qu’il s’est jeté dans un monde incompréhensible donnant ainsi naissance à une situation cacophonique. Il met en exergue une discordance symphonique de ce qui devrait être. Evidemment, l’intervention de sa mère et du père de Monique ont obligé Ebinto à accepter de vivre avec Monique malgré lui-même.

J’aime ardemment une jeune fille qui n’est pas de la même classe sociale que moi et qui ne m’aime pas ; j’ai eu une aventure avec une autre jeune fille que je n’aime pas et que je suis obligé d’épouser immédiatement sous peine d’aller passer cinq ans en prison. (Les Frasques …, 72)

Cette vie conjugale fera d’Ebinto une personne autre que lui-même.  Ebinto se métamorphosera de sa personnalité initiale et deviendra un être méchant voire cruel vis-à-vis de Monique.  Il cherchera toujours à défendre ses actes inhumains contre cette jeune fille innocente. Pour lui, Monique est la cause de son ennui.

Je crois qu’il n’y a rien de plus tragique que la vie d’un homme sérieux déçu dans ses ambitions par une réalité médiocre.  Blessé dans son amour propre, il peut se métamorphoser, devenir un individu peu recommandable.  […] il sombre alors dans le vice et arrive facilement au crime. (Les Frasques …, 79)

J’avais Monique pour me consoler et m’aimer.  Mais la jeune fille était la cause de ma blessure.  Et au lieu de voir en elle une amie, j’en fis une ennemie de qui il fallait se venger en même temps que d’un monde injuste. (Les Frasques …, 79)

Monique commence donc à mener une vie pénible et malheureuse avec Ebinto.  La vie était pour elle, un enfer.  Tous les soins médicaux que devraient suivre une femme en état de grossesse étaient négligés voire bafoués par Ebinto.  Monique était totalement mise à la quarantaine et sa vie ne concernait personne même son mari.  Malgré les conseils qui lui sont donnés par M. L. .., la situation de vie de Monique s’empirait au jour le jour.

… Ta femme, continuait-il, je te conseille de la respecter si tu ne peux l’aimer.  En tout cas, évite de lui faire du mal car je ne pense pas qu’elle soit responsable de ce qui est arrivé Ebinto, il te faut du réalisme, sans cela tu commettras de graves erreurs.  La vie, évidemment, est bien autre chose que le rêve. (Les Frasques …, 74).

Ebinto a déjà une idée arrêtée sur Monique.  Pour lui, la jeune fille a été la cause de son malheur.  Même sa maman qui lui a demandé d’arrêter ses études pour prendre soin de ses frères et sœurs n’en est pour rien.  Monique, la pauvre innocente, est maladroitement et injustement sanctionnée pour le simple fait d’avoir aimé celui qu’elle aime à un moment donné de sa vie.  Monique a tout donné pour aimer Ebinto mais malheureusement la réciprocité de cet amour n’est pas vérifiée entre les deux jeunes gens.  Ebinto déclare :

Je n’en veux pas à ma mère mais j’en ai après ma femme.  Elle a détruit mes rêves.  Ma mère m’aurait laissé continuer mes études si je n’avais pas été obligé de prendre femme.  Une chose est certaine : je n’aime pas cette femme, je ne peux donc vivre avec elle. (Les Frasques, 73).

Le maltraitement de Monique s’est empiré à telle enseigne que Ebinto refuse de l’emmener à l’hôpital pour la soigner.  Ebinto a toujours prétendu ne pas avoir  assez d’argent pour soigner Monique de ses fréquents maux de ventre et des démangeaisons. Malgré tous ces problèmes auxquels Ebinto était confronté, il se permet quelque fois d’emmener dans son foyer une autre fille que Monique. A sa connaissance, Monique piqua une crise mais plus tard fut ranimée.  Toutes ces complications rendaient difficile l’accouchement de Monique.  Finalement, elle accoucha d’un enfant mort-né.  L’agonie à la quelle elle était assujettie l’a conduite dans un état de coma.  Ebinto ne voit rien de grave en tout cela et croit que cette situation n’était qu’un bon débarras pour lui.

M. Rouget, le chef planteur et le patron d’Ebinto a su intervenir à temps et a finalement décanté la situation après de longues discussions.  Il conclut avec Ebinto en ces termes :

[…]  La vie est absurde.  Car voyez-vous,  eux que les personnes dites sensées appellent malheureux sont en fait heureux.  Les jeunes gens insouciants qui s’étourdissent dans les plaisirs sont heureux ?  L’ivrogne qui boit, tombe dans un fossé et y dort est aussi un bienheureux.  Oui, tous ceux-là, n’étant pas conscients de leur misère, croient à l’illusion d’être heureux et ils le sont, car qu’est-ce donc le bonheur ? Une illusion que nous poursuivons en vain.  La joie est du bonheur un peu plus éphémère et quoi qu’on dise, le bonheur n’est lui aussi qu’un état passager comme toute illusion.  Le bonheur est tout prêt de nous et savoir garder l’illusion d’être heureux, tout est là. (Les Frasques …, 89).

M. Rouget a pris son temps à expliquer à Ebinto la vanité de sa recherche.  Le bonheur qu’il cherche ailleurs ne peut être qu’absurde, illogique et incompréhensible.  Suite à l’intervention de M. Rouget, Ebinto changea de comportement vis-à-vis de Monique. Une nouvelle orientation dans les relations Ebinto/Monique naissa.  Un espoir de  vie conjugale commença à s’enraciner dans le foyer du jeune  couple.  Ebinto réalise sa folie et déclare :

O, absurdité de la vie ! Comment peut-on croire qu’il est un être conçu à notre mesure, près de qui seulement nous trouverions le bonheur ? Imagination, tu nous mènes tous dans la misère après avoir entretenu en nous des images irréelles et trompeuses.  Que de peines nous éviterions si nous prenions chaque être pour ce qu’il est et non pour ce que nous aurions préféré qu’il fût. (Les Frasques …, 108).

Ebinto a un mois de vacances et désire que sa femme et lui aillent les passer au village Akounougbé.  Le voyage commença très tôt un matin.  N’ayant pas réalisé la fatalité attachée à ce voyage, Ebinto et Monique se réjouissaient de leur amour retrouvé.  Ils ne pouvaient même pas cacher leur joie.  L’amour était devenu ardent pour l’un l’autre tout comme s’ils n’avaient jamais aimé.  Akounougbé se trouvait au-delà de la rive ainsi le couple devait traverser une rivière par bateau avant d’arriver à destination. Subitement, la fatalité troubla la joie qui se manifestait dans la vie du jeune couple.  Ainsi, au cours de leur traversée de la rivière la nuit, un orage violent se déclencha.  Les vagues s’étaient levées et grossissaient de manière inquiétante.  Aussitôt le bateau fut basculé et Monique tomba dans l’eau. Avant qu’on ne la fasse sortir, Monique s’était déjà noyée et morte.

Ce fut juste à cet instant précis qu’une grosse lame hurla la coque de flanc et fit basculer  violemment le navire.  J’entendis un cri, je me retournai : Monique n’était plus dans le bateau. […]  Monique déséquilibrée était tombée à l’eau.  […]  Noyée, non. Mais morte.  Je le regardai d’un air surpris.  Il retourna la tête de Monique :

–        Vois, me dit-il.

Je vis une mauvaise plaie tout juste sous la nuque. L’os du crâne devait être fracturé à cet endroit-là.  (Les Frasques …, 121-125).

Monique fut séparée éternellement mais de manière douloureuse d’Ebinto.  Ce dernier ne savait pas que Monique allait finir sa vie de cette façon.  Ebinto comprit enfin de compte que nul n’est à l’abri des vicissitudes de cette vie et qu’on ne découvre dans son cœur l’importance d’une personne que quand on la perd.

 

5. LES REVERIES D’EBINTO : QUELLES LEÇONS PEUT-ON EN TIRER ?

La période d’adolescence est toujours considérée comme un moment de turbulence dans la vie humaine.  C’est la période pendant laquelle un jeune homme s’engage dans différentes activités concernant sa vie.  Monique, une jeune fille d’à peine seize ans s’est lancée dans des aventures amoureuses avec Ebinto, un jeune collégien d’à peine dix huit ans.  L’amour de Monique pour Ebinto était sans équivoque.  Monique aimait Ebinto comme une mère aime son enfant.  Malheureusement, cet amour d’Ebinto n’était pas réciproque.  Il rêve à une amitié solide et réciproque avec Muriel et il ne le cache pas dans ses entretiens avec Monique.

Souvent j’avais fait ce rêve.  Mais maintenant je n’avais plus à rêver.  J’aimais et Muriel incarnait la femme que mon imagination avait souvent créée.  […]  Monique, tu m’avais demandé : « Tu m’aimes ? ».  Cette question, je l’avais saisie avec tout l’amour dont elle était empreinte.  Pourtant, je ne t’avais pas répondu.  […].  Je n’avais pas non plus le courage de te dire que je t’avais aimée pour une nuit, enfin que je t’avais simplement désirée.  (Les Frasques …, 24-41).

L’exemple de la relation Monique/Ebinto doit réveiller la conscience des parents aujourd’hui.  L’infatuation dans une amitié ne paie jamais.  L’amitié doit être guidée par une logique.  Nos jeunes filles d’aujourd’hui doivent  être bien surveillées par leurs parents et précisément leur mère.  Il n’est d’aucun doute que la maman est souvent la plus proche de sa fille en matière d’amour.  Monique aurait dès les débuts pris conscience de sa position auprès d’Ebinto, peut-être elle n’aurait pas fini de la manière dont elle  a fini sa vie.  Ses parents n’étaient pas sans savoir de sa relation avec Ebinto dès les débuts mais ceux-ci n’avaient rien dit pour l’informer des risques qu’elle courait.  En classe de sixième, l’étude devrait être la première préoccupation de Monique au lieu de se donner cette liberté infantile qui lui a souvent permis d’aller au cinéma à volonté  presque tous les week-ends.

Par ailleurs, nous devons faire beaucoup attention à ce que nous lisons et comment nous interprétons les différentes idées que nous acquérons.  Il est bon de rêver. Mais il serait avantageux d’accompagner ses rêves avec une part de réalité.  Dans Les Frasques d’Ebinto, Ebinto n’a pas pu différencier entre les rêves et la réalité.  Sa vie est contrôlée par une imagination que lui-même ne peut maîtriser.  Ainsi, il se lance dans des illusions, dans l’absurdité de la vie.  C’est pourquoi dès le début du roman, il se met à  poursuivre sa silhouette sans pouvoir jamais la rattraper.  Malgré l’amour de Monique pour lui, il n’a pas eu satisfaction et a cherché à s’accrocher coûte que coûte à Muriel qui n’est pas de la même classe sociale que lui.  Cette poursuite l’a tout d’abord affecté académiquement de manière négative.  Ensuite, il s’est longuement attaché à une philosophie absurde sans savoir comment s’en débarrasser jusqu’à ruiner sa propre vie.  De tout ceci, il n’est d’aucun doute souhaitable que les parents soient plus proches de leurs enfants surtout lorsqu’ils sont à l’âge d’adolescence.

 

CONCLUSION

Les Frasques d’Ebinto est un roman philosophique, tragique et émouvant.  C’est un roman qui relate les vicissitudes de la vie d’adolescence.  Nous avons pu apprendre à travers le récit de la vie d’Ebinto que la période d’adolescence est une période de vie émaillée de problèmes.  Lorsque ces problèmes ne sont pas bien gérés, ils conduisent certainement à la dérive et pire encore, à la destruction.  Ebinto, le personnage principal du roman n’a pas pu gérer à bon escient les problèmes auxquels il s’est confronté.  Il s’est lancé dans une imagination illusoire dans une vie de débauche à telle enseigne que la raison n’a plus de sens chez lui.  Bien sûr qu’Ebinto lui-même a eu les conséquences néfastes de ses actions, Monique son compagnon d’infortune a payé le prix capital.

 

 

BIBLIOGRAPHIE

Amadou, Koné (1980) : Les Frasques d’Ebinto. Paris. Editions Hatier International Article « Nouvelle » in Encyclopaedia Universalis, t. XVI.

Camus, Albert (1963) : (Essais 1 (Le Mythe de Sisyphe). Paris. Seuil.

Camus, Albert (1942) : L’Etranger. Paris. Gallimard.

Encyclopaedia Universalis (1996), France, Encyclopaedia Universalis, Corpus 19.

François & Paul Gerbod (1986) : Introduction à la vie littéraire du XXè siècle. Paris. Bordas.

Larousse – Bordas (2000) : Dictionnaire Encyclopédique, Larousse. Paris. Bordas

Lagarde A. & Michard, L. (1969) : Lagarde & Michard, Le XXè siècle. Paris, Bordas.

Le Nouveau Petit Robert (1993), Montréal, Canada, Dico-robert Inc.

Le Nouveau Petit Robert (2000), Dictionnaires Le Robert, 1993, Mise à jour, juin, 2000.

Sitographie

www.philosophy-index.com/absurde.ph..platostanford.edu/camus

www.larousse.fr/dictionnaires/français/absurde/309

L’EXPERIENCE AFRICAINE EN LITTERATURE: QUAND ENGAGEMENT RIME AVEC TRAVERSEES DU DESERT ET CALVAIRES

 

Dr Affin O. LADITAN

The Nigeria French Language Village,

Interuniversity Centre for french studies

Ajara, Badagry, Lagos State, Nigeria

RESUME

S’il y a des traces difficiles à effacer, ce sont celles que laisse le mot: l’impact destructif qu’elle cause sur sa cible, les séquelles indélébiles qu’elle occasionne, la longue portée de cet effet dans le temps et l’espace est craint par tous. Sinon, comment justifier le déplacement de la lutte pour les indépendances du terrain de l’affrontement aux canons à la plume ? Comment justifier la lutte acharnée des colons contre les premiers intellectuels africains ? Comment justifier la persécution, l’emprisonnement, l’exil ou même l’assassinat pur et simple des écrivains dits engagés et dont les présidents héritiers des indépendances ont si peur? La problématique fondamentale de cet article est une réflexion sur le sort dramatique des écrivains africains que nous nous proposons d’analyser en puisant des exemples dans l’histoire littéraire récente du continent. Nous situons la littérature dans son rôle socio-politique, en tant qu’instrument de lutte contre les tyrannies de tout bord. Il s’agit d’une part, de passer en revue la littérature africaine pendant la période coloniale, la période postcoloniale y compris ces premiers temps de balbutiement et d’apprentissage de la démocratie que traversent actuellement beaucoup de pays africains, d’autre part, de discourir sur le destin malheureux des écrivains dits engagés qui subissent les foudres des dirigeants d’hier ou d’aujourd’hui, imbus de pouvoir. Dans notre propos énumératif, pour des raisons d’espace, nous ne pouvons que nous contenter de quelques cas pour illustrer nos analyses. Le manque de liberté d’expression constitue une gangrène qui menace perpétuellement la croissance de la littérature africaine avec pour conséquence, un malaise qui freine son envol en causant un déclin inquiétant de sa partie révolutionnaire.

Mots clés : africain, africaine, auteurs, écrits, écrivains, français, littérature, persécutions, noirs.

 

ABSTRACT

If there are traces difficult to erase, they are the ones left by written words  the destructive impact they cause on their targets, their indelible scars and long term effects are feared by all. How else should we justify the shift of the struggle for independence from the battlefields, the roaring of guns to the pen? How do we justify the fierce repression of the first African intellectuals by the colonizers?  How can we justify the persecution, Imprisonment, exile, or even outright murder of committed writers in independent African states whose presidents are afraid of intellectuals? The fundamental problem of this article is a reflection on the plight of African writers, drawing examples from recent literary history of the continent Literature is placed in its socio-political role as an instrument of struggle against tyranny of all kinds. This is firstly, to review African literature during the colonial period, the post-colonial period including the early days of democratic staggering and learning so many African countries are still going through, and secondly, to talk about the unhappy fate of committed writers who continuously suffer the wrath of power drunk leaders. Some few examples of ill fated acts forced on writers are mentioned here to illustrate the analysis which ends with the observation that lack of freedom of expression is a gangrene that perpetually threatens the growth of African literature with a consequent malaise hampering its take off and causing a worrying decline in its budding revolutionary characteristics.

Key words:

INTRODUCTION

S’il y a eu euphorie dans le parcours de la littérature africaine en général, cette période faste correspondrait sans aucun doute à l’époque de la négritude où l’évocation des noms d’écrivains africains créait un état d’esprit de joie, de fierté non seulement chez les africains, mais autant chez les noirs de la diaspora que chez les européens africanophones. En France métropolitaine, les intellectuels étaient fiers de s’identifier aux intellectuels africains bourgeonnants et les exhibaient fièrement comme une réussite de la colonisation qui a permis de polir les noirs communément appelés jusque-là nègres pour en faire des écrivains de talent, reconnus dans le monde entier. Nous devons reconnaitre avec Michel Hausser que la publication en 1949 de L’Anthologie de la poésie nègre et malgache de Léopold Sédar Senghor élogieusement préfacée par Jean Paul Sartre reste « le tournent et l’élan de départ de la littérature africaine d’expression française » (35). Toutefois, il faut aussi retenir que les heurts entre les autorités coloniales et les élites africaines n’étaient pas rares. Ces heurts témoignent de la nature même de la colonisation qui n’a jamais ouvertement toléré les entreprises de conscientisation des peuples jusqu’à l’heure des indépendances. Avec les indépendances africaines, vient la descente aux enfers. Les nouveaux dirigeants, par expérience et en tant que connaisseurs de l’effet dévastateur et à long terme de la parole écrite, deviennent allergiques à la littérature, à la chose écrite en général puisque journalistes  et hommes de lettres deviennent du jour au lendemain les ennemis de la république, les traitres à abattre. Ainsi, l’euphorie de départ ayant caractérisé la littérature africaine se métamorphose en dysphorie généralisée réservant des destins terribles aux écrivains qui s’exilent ou qui finissent le plus souvent pendus, noyés, emprisonnés ou assassinés. Souvent la stratégie d’élimination des hommes de lettres est plus subtile et plus insidieuse.  Alors qu’ici, nous nous proposons d’analyser en puisant des exemples dans l’histoire littéraire récente du continent, il faudrait des milliers de pages pour faire le point sur les terribles traitements et violences exercés contre les écrivains africains. Dans ce qui suit, nous avons essayé de passer en revue dans un premier abord, les persécutions endurées par les écrivains d’avant la négritude, dans un deuxième temps, nous allons nous focaliser sur les souffrances infligées aux écrivains des périodes post-négritude et contemporaine.

 

 

1. LA LITTERATURE ECRITE : DES PRECURSEURS ET PERSECUTIONS INHERENTES

Dans le monde entier, le métier d’écrivain ne reste pas sans comporter des risques qui ont  mis en danger la vie des auteurs d’œuvres littéraires. Par rapport aux supposés offenses de la littérature,  les procès en justice abondent et ne se ressemblent pas. Un regard éclair à la littérature française montre que les exemples sont légion au pays de Voltaire. Ce dernier a d’ailleurs plusieurs fois essuyé la foudre de ses détracteurs qui se sont acharnés contre lui, même après qu’il ait été enterré. Quant à Jean-Jacques Rousseau, auteur du Contrat social, la persécution ne l’a pas laissé indemne. Elle lui a fait développer la paranoïa qui l’a rendu graduellement moins incisif et acerbe.

La littérature africaine écrite contemporaine est en partie un héritage colonial dont les principes fondateurs proviennent de l’Occident. Comme les auteurs européens, leurs confrères et écrivains africains subissent la foudre de leurs ennemis, notamment celle des pouvoirs en place, par rapport aux prises de positions politico-sociales ou idéologiques.

Parmi les auteurs pionniers de la littérature noire africaine moderne d’avant 1945 se détachent les suivants : Thomas Mofolo, Sud-Africain ; il est le premier romancier moderne du continent à atteindre une reconnaissance internationale avec trois importants ouvrages de fiction en sotho du sud : Moeti oa bochabela, récit de la vie africaine dans l’ancien temps et de la conversion des africains au christianisme ; Pitseng, une histoire d’amour relatant l’éducation et l’amour entre deux jeunes gens ; le plus célèbre des trois reste Chaka , une romance de la biographie de la grande figure héroïque de l’histoire zouloue, publiée pour la première fois en 1925, avec par la suite de nombreuses traductions dans plusieurs langues européennes. Ce que les trois romans ont en commun, c’est non seulement l’expression de la culture chrétienne de l’auteur, mais c’est aussi la révélation d’une identification profonde de Mofolo avec son propre peuple et ses traditions culturelles.

Resté longtemps au service des missionnaires qui l’encourageaient à écrire ses romans apologétiques du christianisme, Mofolo quitte la mission, probablement déçu des obstacles opposés par les missionnaires à la publication de son roman Chaka dont le ton est différent des trois premiers. À la suite de son départ, Mofolo s’essaie à plusieurs professions. Il devient  successivement recruteur pour des mines, propriétaire d’un comptoir commercial, puis fermier. Après la Première Guerre mondiale, il adhère à une association de défense des droits des Basotho, la Basutoland Progressive Association. À la fin de sa vie, il se fait confisquer ses terres, achetées à un fermier blanc en 1937, et meurt probablement dans la misère.

La vie du Malgache Jean-Joseph Rabéarivelo est un exemple tragique de l’impact du colonialisme sur un esprit imaginatif, impressionnable, mais naïf. Rabéarivelo par amour pour la langue française, l’apprend en autodidacte avec pour rêve intime la rencontre des poètes français qu’il admire de loin. Bien qu’il tire son inspiration des poètes de France dont il se veut modèle, il fait ressortir naturellement dans son œuvre les caractéristiques de la forme poétique orale malgache, et met en exergue la technique de la métaphore filée doublée d’une licence poétique qu’il n’oublie pas de développer tout au long de ses poèmes. L’essentiel de son œuvre se compose de quatre volumes : Sylves, Volumes, Presque-songes et Traduit de la nuit.

La licence poétique qu’il s’octroie dans ses oeuvres devient le substitut de la liberté de voyage qu’il n’a pu se donner ou dont il  a été simplement privé. Proche des milieux coloniaux, et lié d’amitié avec de hauts fonctionnaires en poste à Madagascar qui sont aussi connaisseurs de la littérature, il n’est pourtant ni reconnu, ni apprécié à juste titre par les administrateurs coloniaux de Tananarive. La société coloniale l’utilise seulement comme faire-valoir, l’exhibant comme un exemple de réussite de sa politique d’assimilation. Rabéarivelo croit dans les promesses d’assimilation. Il sera probablement  déçu.

L’année 1937 est  d’une double humiliation qui l’anéantit. D’une part il est jeté en prison pour n’avoir pu s’acquitter de ses impôts, affront qu’on n’aurait pu lui éviter  en vertu de son statut de collaborateur de l’administration. D’autre part il est berné par une promesse non tenue : celle de représenter officiellement son pays  en France métropolitaine à l’occasion de l’exposition universelle. N’ayant pas les moyens de sortir de son pays qui est devenu pour lui une prison physique, morale et intellectuelle, ruiné et maintenu dans la déchéance, il tente une ultime et dernière fois d’entrer dans l’Administration coloniale qui lui oppose un refus catégorique le 20 juin ; il est conduit au désespoir,  puis au suicide le 22 juin 1937.

Il a préféré mourir, plutôt que de vivre sans honneur, ni dignité. Cette déchéance programmée du poète à coups d’intrigues camouflées et de trahisons à peine voilées reste une arme secrète, mais létale dont l’administration coloniale s’est servi pendant des années contre les intellectuels, surtout contre les écrivains dont le sort ne pouvait que rimer avec l’adage : « quand on veut pendre son chien, on l’accuse de rage ».

La publication du livre de Lylian Kesteloot portant sur la naissance de la littérature négro-africaine en 1963 reste incontournable en tant que document de référence pour l’histoire littéraire africaine. Si Lylian Kesteloot considère Paris comme le berceau de cette littérature, elle n’a probablement pas entièrement raison. Approuver son assertion, c’est ignorer ce qui se passait sur le plan littéraire au niveau du continent noir comme nous l’avons mentionné plutôt avec Mofolo ou Rabéarivelo ou Fagunwa le Nigerian qui sont tous des auteurs qui se sont développés sur le continent africain sans avoir pu connaître l’Europe. Même Senghor, le président poète et chantre de la Négritude a reconnu l’existence en Afrique avant la négritude, d’une littérature qu’il a qualifiée de « scientifique » et dont les auteurs sont, selon lui, des « frères ainés » devant qui il devrait s’incliner. Il rend ainsi hommage à tous ces auteurs dont les détails des ne pouvaient lui parvenir, faute de circulation d’informations et de diffusion des connaissances. Cette situation n’avait rien d’anormal au début du 20e siècle.

Nul doute que la littérature de la période pré-négritude se situe avant 1935. A en croire Hausser et d’autres sources, notamment Lylian Kesteloot, la négritude est née en 1935 avec l’utilisation du mot pour la première fois par Aimé Césaire. Pour Hausser, la négritude en tant que concept culturel et civilisationnel voire politique a été découverte par le grand public seulement au terme de  la Seconde Guerre Mondiale. En effet c’est avec la publication de L’Anthologie de la poésie nègre et malgache en 1949, que le concept a été repris et débattu par les intellectuels, les universitaires et autres afrophiles.

Les prouesses de l’Afrique Occidentale française en matière de littérature en cette période pré-négritude ont été vite découvertes avec l’octroi de prix littéraires comme le premier Grand Prix Littéraire de l’AOF remporté par Secrets des sorciers noirs de Dim Delobsom et dont l’écho a retenti à travers les frontières du Continent Noir: il s’agit toujours ici d’une littérature qui n’a pas vu le jour à Paris,  mais sous les tropiques arides, à Bancoville précisément, de l’ancien nom que le colonisateur a donné à Ouagadougou en raison de la totalité des maisons, toutes construites en terre battue. Bancoville à l’époque était une Sibérie, une terre hostile où les fonctionnaires indisciplinés étaient envoyés. C’était l’autre bout du monde où l’isolement, la rudesse du climat, les privations et l’hostilité des Mossis pouvaient anéantir les fonctionnaires les plus coriaces.  Robert Arnaud d’origine algérienne et de mère Kabyle, Birago Diop, Amadou Hampâté Bâ, Fily Dabo Sissoko ont tous connu Bancoville de force.

Dans son anthologie Écrivains francophones du Maghreb Albert Memmi consacre une place importante aux écrivains algériens d’expression française. Pour Jean Bogliolo cité par Kantagba, Robert Arnaud dit Randau est le plus grand écrivain africain de son époque. Les nombreux ouvrages qu’il a publiés lui ont fait valoir le surnom de « Rabelais africain». Déjà en 1920 à Alger alors que l’Algérie était toujours française, il a créé la première école littéraire africaine où la revendication d’une liberté d’usage de la langue française et de l’autonomie esthétique en matière de création littéraire était déjà à l’ordre du jour. Cette indépendance esthétique se retrouve dans ses œuvres au grand mécontentement des autorités coloniales qui pour punir le rebelle, l’envoient à Bancoville. Heureusement pour Randau, Bancoville où il s’attendait à l’enfer devint pour lui un terrain de délices où il allait trouver un milieu intellectuel, pareil à celui qu’il a créé à Alger.

Les Secrets des sorciers noirs a propulsé Dim Delobsom à la proéminence avec son ouvrage qui fut couronné du Grand prix littéraire de l’AOF en 1934. Ce premier écrivain récompensé sur le plan international a été aussi le premier écrivain africain à avoir été foudroyé par  un triste sort, ouvrant le bal des mauvais sorts à beaucoup d’écrivains en Afrique. Une quarantaine de jours après sa consécration, on le trouva décédé à 42ans, avec une bouteille d’alcool à son chevet. Sa mort a été suivie d’une série d’accusations mutuelles entre traditionnalistes et l’administration coloniale. Selon les uns, c’était le « nasara ram » l’alcool, le péché des Blancs qui l’aurait intoxiqué à mort ; selon les autres, sa mort était une vengeance des sorciers dont il avait révélé les secrets. La controverse a même conduit à une exhumation de son corps pour une autopsie qui n’a rien donné. La certitude d’un crime crapuleux non élucidé et commandité par des inconnus n’a fait de doute jusqu’à aujourd’hui. Sa mort était le prix de son succès qui le rendrait célèbre et en ferait un danger potentiel.

L’écriture de la plupart des récits d’Amadou Hampâté Ba s’est réalisée dans le même cercle littéraire vers les années 1920 même si les ouvrages l’Étrange Destin de Wangrin, Koumen, Amkoullel, l’enfant peul, Oui mon commandant ! ont été publiés plus tard. L’auteur de l’étrange destin de Wangrin n’a pas échappé à la persécution, sorte de destin commun réservé aux intellectuels bourgeonnants de l’époque. Bintou Sanakou affirme que sa persécution a commencé bien avant qu’il eût rêvé de devenir homme de lettres pour s’être opposé à rejoindre l’école William Ponty pour une formation d’instituteur. Bancoville, sorte de bagne pour fonctionnaires de l’époque comme expliqué était le seul lieu digne pour un indiscipliné. Il fut forcé d’y aller à pieds, couvrant ainsi plus de mille kilomètres de distance de Bamako à Bancoville. Sa rencontre avec Randau et autres « intellectuels punis » à Bancoville lui a été bénéfique tout en rendant son jour plus fructueux que pénible. C’est là où il a écrit l’ébauche ou fini la plupart de ses ouvrages. Ses récits sont parsemés de nombreux témoignages sur Randau que l’auteur décrit comme protecteur des indigènes. Ce n’est qu’après les indépendances que la plupart de ses œuvres ont pu être publiées et connues du grand public. Cette reconnaissance ne reste pas sans lui attirer de nombreuses persécutions de la part des nouvelles autorités dont il devait se protéger, notamment grâce à l’exil. C’est dans ce contexte qu’il faut situer son long exil en Côte d’Ivoire auprès de son ami Houphouët Boigny. Pour ce musulman croyant, la franc-maçonnerie à laquelle il s’est converti aurait été plus un lieu de refuge qu’une profession de foi puisque Amadou Hampâté Ba déclare plus tard cette confrérie incompatible avec sa  foi religieuse. Sa personnalité et sa plume on fait peur aux autorités de son pays qui ne lui ont jamais permis de regagner son Mali natal jusqu’à son dernier souffle. Hampâté Bâ est mort en exil en Côte d’Ivoire, situation qu’il avait toujours redoutée de son vivant car pour lui, la mort souhaitée, c’est celle qui survient lorsqu’on est chez soi, entouré de ses amis, de ses proches.

Fily Dabo Sissoko, pour sa part, a connu un sort plus triste. Comme la plupart des autres élèves de Randau, il a été lui aussi affecté à Bancoville par punition pour avoir été remarqué comme élève indiscipliné au cours de sa formation d’instituteur. Modibo Halassi Sidibé dans un ouvrage qu’il consacre à cette personnalité donne beaucoup plus de détails sur sa vie. Il nous apprend que Fily Dabo Sissoko forgea sa plume d’écrivain à Bancoville pour être affecté plus tard à Dori où il publia en 1934 La Savane rouge, un ouvrage à grand succès. Il toucha à tous les genres littéraires et produit beaucoup d’autres publications aussi bien en roman qu’en théâtre et poésie. À la mort de son père, il remplaça ce dernier comme chef de canton pour entamer ainsi une fulgurante carrière politique parallèlement à l’écriture littéraire. Son succès politique était tel qu’il était toujours tête de liste, représentant son pays au parlement comme dans le gouvernement français. Au lendemain des indépendances, tout le monde espérait qu’il fût le premier président du Mali. Contrairement aux attentes, son parti fut battu à plates coutures suite aux tripatouillages électoraux savamment exécutés par des envoyés français, experts dans le bourrage des urnes. Fily Dabo Sissoko se retrancha dans l’opposition radicale. C’est au cours d’une démonstration de l’opposition qu’il conduisait contre la création du franc malien qu’il fut arrêté en 1963 et incarcéré dans la prison de Kidal. Il est mort en prison sans qu’on ait retrouvé son corps ni sa tombe.

Les circonstances de l’arrivée de Birago Diop à Bancoville ne sont pas différentes de celles de ses prédécesseurs selon Roger Mercier dans Birago Diop, une biographie consacrée à l’auteur. Face à la vision coloniale qui percevait alors l’Afrique comme un continent sans culture, les contes de Birago Diop n’ont pu trouver d’éditeur parce qu’ils n’appartenaient à aucun des trois genres canoniques de la littérature française. Les écrits de l’auteur ont été rejetés par tous les éditeurs de l’époque faisant de lui un homme frustré dont la prolificité a été bloquée. Le succès a été immédiat suite à l’intervention et sa publication par Présence Africaine avec à sa tête à l’époque un certain Léopold Sédar Senghor.

Si beaucoup d’autres exemples de persécutions et de guerres sournoises caractérisées de coups bas émaillent la période post-négritude, nous ne pourrons les citer tous pour raison de manque d’espace.  Il faut toutefois retenir une double caractéristique frappante par rapport à ces écrivains pionniers de la littérature africaine : dans un premier abord, on croirait qu’un mauvais sort commun leur fut réservé : celui qu’est la difficulté d’être intellectuel émergeant face à l’homme blanc, aux premières heures de l’émancipation du continent. Ils devraient aussi apprendre à leurs dépens qu’intellectuels et politiques ne font pas bon ménage. Deuxièmement, un ostracisme absurde et injustifié a pesé sur leurs écrits qui exhalaient un autre souffle, une autre manière inédite de raconter, d’autres thèmes, la défense d’une autre culture jusque-là dénigrée par l’homme blanc (Laditan a).

Avec ces pionniers de la littérature africaine, le principal combat qui reste d’ailleurs encore d’actualité et se poursuit de nos jours a été lancé. Ce combat consiste à imposer un style inné, hérité de la longue expérience de l’oralité inhérente à nos ancêtres. Ce combat, c’est l’acceptation du greffage de ce style à la langue d’emprunt. Ce combat, c’est la reconnaissance que l’Afrique a une personnalité littéraire avec en arrière fond, des cultures diverses et aussi importantes les unes que les autres. Face aux « modèles blancs » qui n’ont pas été suivis à la lettre, l’expérience littéraire des premiers écrivains africains n’a pas été une tâche facile. Si leurs persécutions visaient surtout à leur faire passer l’arme à gauche pour jouir de leur collaboration, passer de la vie à trépas n’était pas une solution inenvisageable pour écarter ceux qui persistaient à s’accrocher aux sujets tabous. Voilà ainsi présentée la problématique du sort très peu enviable des premiers écrivains africains.

La période post négritude aurait pu commencer dans une totale euphorie et de liberté littéraire pour les écrivains africains mais malheureusement, il n’y a eu aucun revirement dans la mentalité des colons, des éditeurs et hommes de lettres français vis-à-vis des écrivains africains. Quant à la nouvelle élite politique africaine émergeante, elle ne porte pas plus d’espoir ; elle mettra d’ailleurs les bâtons dans les roues des hommes de lettres africains plus que ne l’a fait l’homme blanc. La naissance de Présence Africaine était insuffisante pour satisfaire les besoins de publication des Africains. Seul Amadou Hampâté Bâ a pu publier L’Étrange Destin de Wangrin et ses autres récits autobiographiques une cinquantaine d’années après leur écriture après les avoir remaniés. Pour le reste des autres productions de l’époque pré-Négritude, il faudrait les chercher dans le panier à oubliette. Les années 1950 ont vu l’émergence d’une nouvelle génération d’hommes de lettres, les romanciers dont le genre narratif va révolutionner l’histoire de la littérature africaine francophone.

 

 

2. PERSECUTIONS DES ECRIVAINS DE LA PERIODE POST NEGRITUDE

Parmi ces romanciers de l’époque coloniale qui domineront la scène littéraire post Négritude, il faudrait placer au premier plan le prolixe Alexandre Biyidi qui pour échapper à la persécution s’est caché derrière des pseudonymes Eza Boto, Mongo Béti pour signer ses écrits.

Sans aucun doute, son exil en France et son mariage avec une Française lui ont procuré pendant un certain temps une meilleure protection contre ceux qui en voulaient aux écrivains anticolonialistes et anticléricaux. Alexandre Biyidi pouvait se vanter de détenir la première position parmi ces derniers. Mais le combat littéraire de Biyidi a pris un tournant après les indépendances. Ce tournant était nécessaire en raison du fait que la cible avait aussi changé. Les nouveaux dictateurs qui ont hérité du pouvoir et qui se sont vus de facto à la tête des nouveaux pays sont devenus la nouvelle cible. Les mêmes stratégies d’hier – son mariage à une Française faisant de lui un Français s’il le désirait, ses noms de plume, différents de celui que porte son passeport – lui  ont servi de remparts parfois infranchissables en vertu de la loi contre ses nouveaux ennemis. Sous le coup de l’interdiction de rentrer dans son pays natal, le Cameroun, pendant des années, il a vécu la plupart du temps en France pendant tout le règne du premier président du pays, Ahmadou Ahidjo.

Dans le monde entier, le Guinéen Camara Laye jouit d’une grande popularité grâce à son roman l’enfant noir, toujours considéré comme le premier classique francophone provenant d’un Noir. Mais s’il a été immédiatement célébré par les critiques blancs pour avoir su imiter les modèles français. Il n’a pas échappé à la rancœur de ses homologues africains qui ont traité son écrit de « littérature rose ». Parmi ses critiques les plus virulents, il faut compter un certain Alexandre Biyidi qui n’a pas du tout été tendre envers lui et qui a traité l’enfant noir de littérature non engagée. A l’époque, tout auteur Africain digne de ce nom devrait être engagé, en d’autres termes, il devrait refléter les préoccupations des populations. En réalité, ces préoccupations telles que le besoin d’indépendance, l’émancipation des Africains, l’égalité entre le Blanc et le Noir brillaient par leur absence dans l’enfant noir. La critique à l’encontre de Camara Laye n’a pas fait mouche. L’auteur a peut-être écrit son deuxième roman Le regard du roi en réaction aux opinions défavorables contre l’enfant noir. Le regard du roi est jugé complexe, dépassant la compréhension du lecteur moyen. Dans ce cas, personne ne pourrait le considérer comme une littérature pour enfants; d’ailleurs très peu de lecteurs saisissent vraiment le message de l’auteur. Le roman passa presque inaperçu jusqu’à la publication du troisième roman de l’auteur Dramouss en 1966. C’est dans ce dernier roman où il critique sévèrement le régime de Sékou Touré que l’auteur répond au qualificatif d’écrivain engagé. C’est aussi avec Dramouss qu’il se tire les foudres les plus virulentes du Dictateur président Sékou Touré qui le voulait vif ou mort.  Alors ambassadeur de la Guinée auprès du Ghana et du Nigéria au moment de la publication du roman, il eut à peine le temps de faire ses bagages pour trouver asile tour à tour en Côte d’Ivoire et au Sénégal. Sa femme qui rentra en Guinée pour des raisons de famille fut arrêtée et incarcérée et servit d’appât pendant sept longues années pour attirer l’écrivain dans les griffes de Sékou Touré. Camara Laye savait que s’il rentrait en Guinée, il subirait la pire des tortures et disparaitrait en prison comme tous les opposants au régime de Sékou Touré. Il se résigna, ne pouvant rien pour aider sa femme. C’est dans cet exil où il vivait dans le dénuement, la souffrance émotionnelle, la peur d’être assassiné et la solitude qu’il a été atteint par le cancer dont il n’a pu se remettre. C’est donc avec Dramouss que commença la traversée du désert de l’écrivain, son calvaire qui ne prit fin qu’à sa mort. Sékou Touré avait réussi son coup en précipitant Camara Laye à la déchéance et à la mort. On ne pouvait s’opposer à ce dictateur sans payer le prix fort. C’était là aussi le prix à payer pour être devenu écrivain engagé.

Yambo Ouologuem est peut-être la personnalité qui sort de l’orthodoxie littéraire africaine. Avec Le Devoir de violence, il bouleverse la tradition en se donnant la liberté de jeter un regard autocritique sur l’histoire avant la colonisation. Avec son roman, il est le premier africain à remporter le prix Renaudot, une gloire qui sera vite ternie par une accusation de plagiat. Cette « accusation », rapporte Michel Hausser a été « amplifiée » (95) par plus qu’elle ne le méritait pour devenir un scandale, un litige, une honte personnelle pour l’auteur qui n’a pu s’en sortir indemne. Aujourd’hui, reclus dans la folie, cet auteur n’est plus que l’ombre de lui-même. L’Europe a réussi à faire d’une des meilleures têtes africaines, une loque humaine.

Dans cette liste de persécutés, on ne restera pas sans citer Nazi Boni, le Voltaïque contraint à fuir la Haute-Volta d’alors pour se réfugier au Sénégal de Senghor lorsque le premier ministre de son pays imposa le parti unique et recherchait avec d’innombrables alibis des boucs-émissaires. C’est lors de son exil que Nazi Boni a écrit Crépuscule des temps anciens. De retour dans son pays après la chute de la première république, il était alors pressenti pour devenir le futur président. Il mourut subitement dans un accident de voiture. Les analystes et observateurs de son époque, ses compatriotes intellectuels et admirateurs ont inscrit cette tragédie dans la suite logique des persécutions qu’il a traversées pour penser que cet accident était dû à un sabotage plus qu’à une faute humaine ou mécanique.

Dans son roman, il ne fait aucun doute que la présence de nombreux africanismes, la surabondance des formes orales renforcent la légitimation de la personnalité africaine au grand mécontentement de certains critiques Français comme Robert Cornevin. En conséquence, Crépuscules des temps anciens n’a pas reçu l’accueil escompté.

C’est dans la même logique de pensée qu’Ahmadou Kourouma a écrit Les Soleils des indépendances. Ce dernier contient par excellence les dites «lacunes» pour lesquelles Crépuscule des temps anciens a été amèrement critiqué. Les soleils des indépendances avait déclenché la colère des croisés de la langue française. Ceux qui défendaient la pureté de cette langue ont réussi à éloigner le lieu de naissance de ce chef d’œuvre des terres françaises. Pour leur part, les Éditions Naaman du Québec se sont hâtées de publier le roman tout en reconnaissant les africanismes comme des apports linguistiques, des pensées originales africaines reformulées en français, des contributions qui enrichissent et dont bénéficie la langue.  L’argument des Editions Naaman qui rimait avec ceux des écrivains de Bancoville était que le français devrait devenir une langue plurielle, apte à exprimer les différentes cultures des différents locuteurs. Il devrait devenir une langue universelle, un outil de l’écriture qui à son tour devrait cesser d’être une parodie obligatoire de la littérature française. Les éditions Le Seuil ont été vite convaincues, peut-être davantage pour des raisons commerciales, de la validité de ces raisons. La réédition des Soleils des indépendances par Le Seuil est donc une victoire à plus d’un titre. Cette réédition marque le début de la reconnaissance de la personnalité littéraire africaine. C’est aussi une victoire de tous ceux dont les manuscrits ont été rejetés à cause de la présence des spécificités linguistiques et langagières africaines. Enfin, c’est le dépassement d’une ancienne période et l’ouverture sur une nouvelle ère. Celle de la liberté d’écrire la pensée africaine, celle de l’innovation, celle de la création littéraire tant en poésie, prose ou théâtre.

Selon l’auteur de les Soleils des indépendances, déjà habitué au rejet et au mépris, l’élément déclencheur de l’écriture de les Soleils des indépendances reste en premier lieu la persécution. Selon l’auteur, son mariage à une française était perçu comme une menace. Ce statut lui conférait des privilèges, un rang social différent et au final, il représentait une menace potentielle pour le dictateur en place qui le voyait comme un compétiteur de rechange. Ahmadou Kourouma n’a donc pu échapper au scenario typique des coups habituellement fomentés de toutes pièces contre les intellectuels Africains (Borgomano, 139). Le président d’alors, un certain Houphouët Boigny l’accusa de complot contre l’état et l’emprisonna. C’est à sa sortie de prison, lors de son exil en Algérie que l’auteur a écrit Les soleils des indépendances en s’inspirant de ses désillusions à l’aube de ces indépendances tant souhaitées, des déboires politico-sociales et l’atmosphère d’état policier régnant en Côte d’Ivoire.

Avec En attendant le vote des bêtes sauvages, entre autres dictateurs, feu Eyadema est la cible de l’auteur. Les manigances et tripatouillages de constitutions pour se maintenir au pouvoir, les pratiques occultes et mystiques, la violence inouïe et les assassinats ayant caractérisé le règne du dictateur sont dénoncés (laditan (b)). Le roman a été du coup interdit au Togo. C’était là aussi le prix à payer pour avoir écrit et décrit les choses telles qu’elles étaient.

Dans, Allah n’est pas obligé, le réalisme de Kourouma déborde des voiles de la fiction (Laditan (c)). Ici l’auteur met tout à nu. Aucun flou n’entoure les noms des présidents de même que leurs pays. L’auteur les traite de bandits et de fauteurs de troubles, de parrains des guerres tribales. Avec Allah n’est pas obligé, la guerre est ouvertement déclarée contre les dictateurs Blaise Compaoré, Kadhafi, Eyadema, Houphouët Boigny etc. chez qui l’auteur, de son vivant, n’était plus le bienvenu.

Son dernier roman posthume lui attire encore la foudre de toute la classe politique favorable à la politique d’ivoirité au détriment des vrais bâtisseurs de l’économie ivoirienne (Laditan d). Sous le régime de Laurent Gbagbo et au cours du drame ivoirien, Ahmadou Kourouma n’était pas le bienvenu en Côte d’Ivoire.

 

CONCLUSION

De tous les temps, écrire en Afrique n’est pas une mince affaire. Dénoncer le rhume est considéré comme un crime par tous les morveux qui refusent de se moucher. De la période coloniale à nos jours, l’écrit a joué un rôle de premier plan dans la dénonciation des pratiques oppressives perpétrées par les différentes administrations. Il va de soi que l’intellectuel qui a le pouvoir de la plume, notamment l’écrivain engagé est perçu comme un ennemi potentiel à abattre. C’est alors dans cette perspective qu’il faudrait aussi comprendre la peur des dictateurs qui ne veulent en aucun cas perdre leurs privilèges. Les écrivains engagés qui verbalisent ce que les populations désirent, libèrent dans le courant vibratoire de l’univers, des faits, des actes et actions. Dans notre ère moderne, on joue beaucoup sur les mots. Nous vivons à une époque de guerres des mots. Les mots changent les masses, réveillent et influencent leur conscience. Ils ont un fort impact quand ils ont une grande connotation émotive. En fait, le pouvoir de la littérature réside dans cette connotation émotive. Ceci explique cela. La guerre contre la littérature est un effort d’empêchement du réveil des consciences. Similairement, la traversée du désert et le calvaire des hommes de lettres deviennent des situations favorables permettant d’atteindre ce but. Mais cet effort d’empêchement est vain car la virulence de la littérature engagée en Afrique va crescendo.

 

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ETUDE SEMANTIQUE DE QUELQUES PREFIXES EN FRANÇAIS : CONTRIBUTION A UNE MEILLEURE APPREHENSION DE LA PREFIXATION

Dr Abraham Mahougbe OLOU

Département de la Linguistique, faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, Campus d’Aplahoué,

Université de Lokossa, Rép. du Bénin,

olouabram@gmail.com

 

RESUME

Plusieurs  préfixes n’ont pas été mis en évidence parce qu’ils ne sont pas théorisés à leur juste mesure. Cet article  propose alors une étude du sens de quelques préfixes en français. Pour ce faire, nous nous sommes basé sur un dictionnaire et des textes. Cette étude  a mis en évidence divers préfixes dont les plus homogènes  indiquent la manière, l’intensité, le lieu, le temps, la fréquence, le nombre, le total, la diminution, la privation, la qualité, l’attaque, la défense, la protection, la possession, la cause, la conséquence, le but, la similitude, le contraire. Le mot préfixé représente le condensé d’une expression phrastique et peut être envisagé comme une opération syntaxique.

Mots clés : préfixes, manière, lieu, temps, similitude

 

ABSTRACT

Several prefixes have not been displayed because they are not precisely theorized so, this article proposes a study about the meaning of some prefixes in French. To do it, we based on a dictionary and some texts. This study has displayed  various prefixes , most of which indicating the manner, the intensity, the place,  the time, the frequency, the number, the total, the reduction, the deprivation, the quality, the attack, the defence, the protection, the possession, the cause, the consequence, the intention, the similarity, the opposite. The prefixed word covers up the summary of a sentence phrase and can be parsed like a syntactical operation.

Key words: prefixes, manner, place, time, similarity

INTRODUCTION

Notre travail s’inscrit dans le prolongement d’une série de monographies consacrées depuis quelques années à la description et à l’interprétation de préfixes du français, signe incontestable du renouveau d’intérêt que connaît la morphologie dérivationnelle. Son objet est la description du mécanisme général de la préfixation en français qui, comparé aux autres mécanismes en jeu dans la formation des mots construits -composition, mais surtout suffixation-, a souvent été relégué au second plan. Le champ d’étude n’est pas bien exploré et la voie était libre pour une description plus complète des préfixes. Mais, nous ne saurons nous étendre à tous les mots pour mettre en évidence tous les préfixes. Nous nous attardons principalement sur quelques préfixes non identifiés jusque-là afin d’en offrir une vue plus large. Il y va davantage de notre intérêt quand on sait qu’une telle étude nous aide d’ailleurs à mieux comprendre la préfixation et à en faire meilleur usage.

A en croire D. Corbin (1999, 2001) et H. Galli (2006), une idée déjà ancienne alimentée par une série d’auteurs variés tels Lehmann & Martin-Berthet, Guilbert, Martinet, Gardes-Tamine, Dubois, Béchade, Niklas-Salminen, Gerhard-Krait, Amiot,  laisse croire que les préfixes en français, par rapport aux suffixes, sont en nombre très limité, donc pauvres en créations préfixales ; n’ont pas un pouvoir catégorisateur, par conséquent, un sémantisme très limité. Ceci fait que l’analyse de la préfixation  a pris du retard dans les études en morphologie dérivationnelle et a été menée de façon moins détaillée. C’est en tout cas le constat liminaire que font D. Amiot (1997, p.12) et F. Gerhard-Krait (2000, p.34) :

En fait, peu d’études particulières ont été menées sur la préfixation et celles qui l’ont été concernaient en général des préfixes intensifs comme archi-, extra-, sur-, super-, ultra-, hyper– (cf. Dubois, J. & Guilbert, L.  (1961)), des préfixes négatifs comme a-, -, in– et leurs variantes (cf. Boons, J.-P. (1984), Corbin, D. (1976, 1980), Gary-Prieur, M.-N. (1976), etc.), ainsi que des préfixes particuliers comme re– ou anti– (cf. Corbin, D. (1987a), Dubois, J. (1969), Mok, K.I.M. (1964)).

Par ailleurs, des auteurs comme J. Peytard (1971, p.7)  a recensé environ 80 préfixes d’origine latine et environ 150 d’origine grecque (soit près de 230 unités), D. Corbin (1992, p.27) en a comptabilisé  116 (contre 134 suffixes). Même si des listes de préfixes ont été établies, leur somme paraît très variable, car des facteurs viennent en perturber le calcul : ambigüité de certains préfixes proches des prépositions, très polysémiques, préfixes soit disant non productifs. Les préfixes ont ainsi de la peine à trouver un statut au sein des études morphologiques :

Les préfixes, que l’on a souvent traités comme des éléments hybrides – ce sont de mauvais exemplaires de composition, des avatars de prépositions ou d’adverbes [qui sont des unités autonomes ou des mots se manifestant parfois par des traits d’union ou des apostrophes] et de mauvais exemplaires de dérivation – ont un comportement qui n’est pas théorisé à sa juste mesure. (F. Gerhard-Krait, 2000, p.35).

Le peu d’études qui lui sont consacrées, au regard de celles qui portent sur la suffixation, laisse sans doute augurer de sérieuses difficultés dans son traitement. On peut signaler, à cet égard, la faible proportion des préfixes étudiés dans le cadre des recherches de l’équipe lilloise Silex. A notre connaissance, on ne peut comptabiliser, outre le travail d’envergure de D. Amiot (1997) sur les préfixes dits d’antériorité temporelle et ses recherches actuelles sur le préfixe re-, que ceux programmatiques de D. Corbin (1992, 1997) sur le traitement du préfixe dé(s)– et d’un certain nombre d’autres préfixes évoqués ponctuellement. (F. Gerhard-Krait, 2000, p.35).

Certes, plusieurs mots comme les prépositions, les adverbes et autres, dont l’origine est souvent grecque ou latine, servent de préfixes et conservent ainsi une certaine autonomie, ce qui trahit les caractéristiques d’un affixe. Mais, étant donné qu’ils sont des préfixes, leurs propriétés sémantiques et syntaxiques ne peuvent que différer de celles des unités auxquelles ils remontent. D’ailleurs, l’idée selon laquelle les préfixes sont pauvres en créations lexicales semble sujette à des intuitions plus qu’à des faits établis. C’est aussi l’avis de D. Corbin (1999), M. Riegel et al. (1999). En réalité, la notion de préfixe n’est pas appréhendée de façon aussi précise que celle du suffixe, ce qui amène à le limiter le plus souvent aux idées d’opposition, de privatif, d’intensif, de diminutif, de temporel, de locatif, de quantifieur, de comparatif, d’itératif, de retour, de contre. Or, le préfixe couvre un champ sémantique plus vaste. Nous analysons donc, sur le plan sémantique, quelques types de préfixes (et leurs variantes) pour la plupart non identifiés en commençant par les plus homogènes.

Eu égard à la nature de notre travail, nous optons principalement pour le modèle sémantique et associatif de Danielle Corbin dont la première version  (la plus dure) datée de 1987 a été revue et adoucie par la suite, d’abord en 1991, puis de façon plus ponctuelle en 2001. D’abord, à en croire H. Galli (2006), c’est actuellement le seul cadre théorique réellement productif dans le domaine de la description du système préfixal du français. Ensuite, selon cette théorie: «…le sens d’un mot construit est construit en même temps que sa structure morphologique, et compositionnellement par rapport à celle-ci, et  la représentation grammaticale doit refléter cette construction simultanée de la structure et du sens » (D. Corbin, 1991a, p. 9). Elle permet ainsi de rendre exactement compte du sens de chaque morphème dans sa contribution respective au sens global du mot construit.  Selon la dernière version du modèle, D. Corbin (2001, p.58) rajoute que :

L’instruction sémantique dont les affixes sont porteurs à la fois détermine leur instruction catégorielle, et donc la catégorie des mots qu’ils servent à construire, en connexion avec les types sémantiques et catégoriels de bases sur lesquelles leur instruction sémantique les autorise à s’appliquer.

Cette précision est importante et a une répercussion sur l’entreprise de l’étude préfixale, puisqu’il ressort in fine que son étude ne diffère pas de l’étude suffixale qui requiert un rapport sémantique entre l’affixe et la base. Nous nous accordons avec le fait que plusieurs préfixes du français sont tirés du grec et du latin, mais nous n’allons pas les préciser ici car notre travail ne relève pas de l’étymologie. Elle leur accorde les mêmes propriétés définitoires, à savoir une combinatoire, une instruction sémantique et un pouvoir catégorisateur. A propos de la combinatoire, nous nous accordons  avec l’auteur qui met en évidence une combinaison concomitante entre le préfixe du verbe et sa marque de l’infinitif (affoler : rendre fou) et où la base adjectivale (fou) ou nominale est verbalisée par le préfixe en complicité avec la marque infinitive. Mais, nous remarquons que cette combinatoire n’est pas vérifiable au niveau de tous les verbes. Par ailleurs, nous nous accordons avec   J. et F. Dubois (1962, p.19) qui considèrent la marque de l’infinitif comme un suffixe dérivationnel quand il permet de dériver un verbe d’un nom ou d’un adjectif (jaune/jaunir, fouine/fouiner). A propos du sens, D. Corbin (2001, p. 56) reconnaît au moins qu’il existe une répartition sémantique globale des préfixes et des suffixes assez nette : alors que les préfixes s’emploient dans les opérations sémantiques de type : « localisation spatiale et temporelle », « « négation », « privation », « opposition  » », « quantification », « comparaison », les suffixes entrent davantage dans les opérations de type : « mise en relation », « évaluation », « collectivisation », « dénomination d’un procès », «dénomination de l’argument d’un procès ». F. Gerhard-Krait (2000, p. 107)  précise que si les suffixes véhiculent des instructions sémantiques variées, comme « le collectif dans feuill –age, le péjoratif dans vin –asse, le processuel dans vampir –is– (er) […].», l’instruction sémantique des préfixes semble se focaliser principalement sur des relations de repérage avec le référent de base. Bien que le préfixe ne possède pas de fonction dénominative, il participe de façon décisive à la construction du sens  du mot construit qui permet d’accéder à son référent. Dans ce sens, il donne des informations sur la manière de construire le référent du mot qu’il construit, à partir de la base (et du référent de la base) à laquelle il s’ajoute. D’après F. Gerhard-Krait (2000, p. 105), le préfixe véhicule une instruction sémantique, sorte de « sens codé, conventionnel » ou « information » qui caractérise « le type d’opération sémantique à effectuer sur le sens de la base pour construire le sens global de la forme dérivée » (M. Riegel et al., 1999, p. 542). L’instruction sémantique du préfixe opère sur le sens de la base ; le résultat de cette combinaison entre par la suite, en partie du moins, dans le sens du mot construit.

Pour analyser le sens des préfixes en français, nous sommes partis de quelques dérivés  préfixaux et parasynthétiques (Préfixe+Racine+Suffixe), extraits du Dictionnaire français Le Petit Larousse illustré (Editions Anniversaire La Semeuse, 2016) et de quelques textes.

 

1. PREFIXES COMPARATIFS ET CONTRAROTATIFS

Des préfixes comparatifs composés d’un préfixe imitatif comme ‘para-’ dans ‘paramédical/paramilitaire (qui imite la structure et la discipline de l’armée)’ ; de préfixes de similitude (idée de ‘identique, même’)  comme ‘iso-’ dans ‘isotherme’, ‘uni- (forme tronquée de ‘unique’) dans ‘uniforme‘, mono-’ (même) dans ‘monotone’, ‘équi-’(même) dans ‘équivalence’, ‘homéo-[homo-]’ (même) dans ‘homéopathie/homosexuel’, ‘syno-’(idée de ‘même signification’) dans ‘synonymes (noms de même signification), paréo-[paro-, para-]’ (idée de ‘proche par la forme’) dans ‘paraphrases/paronymes (noms proches par leurs formes graphiques), ‘inter-’ (idée de ‘ de partage’) dans ‘interlocuteur’.

Des préfixes contrarotatifs composés de préfixes contrarotatifs à sens négatif comme ‘a-[ab-]’ dans ‘absent’[opposé à ‘présent’]’, ‘-[dif-/dis-/dys-] (qui serait issu de la forme tronquée du verbe ‘défaire’)’ dans ‘détruire (défaire la structure) [opposé à ‘construire’]/délacer/tacher [opposé à ‘attacher’]/difforme/disgrâce/dysfonctionner’, ‘contre’ (idée de’ irrégulier’) dans ‘contrefaçon(reproduction irrégulière d’une œuvre)’, ‘en-[em-]’ dans ‘s’embrouiller’ [opposé à ‘se brouiller’], ‘in-[im-]’ dans ‘insuccès/immoral’, ‘mal-’ dans ‘maldonne (une donne des cartes contraire à la norme)’, ‘-’ dans ‘méfiance [opposé à ‘confiance’]/fait [opposé à ‘bienfait’], malveillance [bienveillance];  de préfixes contrarotatifs à sens positif comme  ‘dé-[dés-,dis-]’ dans ‘déjeuner(défaire le jeûne)/se délasser/déverbal (nom dérivé d’un verbe)/désengager/dissuader[opposé à ‘persuader’], ‘inter-’ dans ‘interdire’, ‘hétéro-’ dans ‘hétérosexuel’ [opposé à ‘homosexuel’] ; de préfixes contrarotatifs à sens neutre comme ‘anti-[anto-]’ dans ‘antonyme’ [opposé à ‘synonyme’], ‘allo-’ dans ‘allomorphes‘ (morphes différents d’un même morphème) [opposé à ‘homomorphe’], di[dis-]’ (troncation de ‘différent’) dans ‘divergence/dissemblance’[opposé à convergence/ ressemblance], ‘hétéro-’ dans ‘hétérotherme’ (température variable) [opposé à ‘isotherme (température identique)’], ‘ob-’ (notion de ‘subir l’action’) dans ‘objet/objectif’[opposé à ‘sujet/subjectif’], ‘syn-’ (idée de ‘précis’ dans ‘synchronie’ [opposé à ‘dia-’ (‘évolutif’) dans ‘diachronie’].

 

2. PREFIXES PRIVATIFS ET DIMINUTIFS

Des préfixes privatifs à sens négatif comme ‘a-[ac-, ab-]’ (idée de ‘sans/ignorer’) dans ‘amoral/acculturé (sans culture), ‘dé-[des-, dés-]/é-’ (idée de ‘ ôter/enlever’) dans ‘desquamer/désosser/ébrancher (ôter des branches)’ ; des préfixes privatifs dépourvus de sens négatif comme ‘a-’,‘in-[im-]’ (idée de ‘sans’) dans ‘apolitique (sans position politique)’, ‘imberbe (sans barbe)’ , ‘-’ dans ‘détartrer’, ‘di-’ (privé de l’idée de ‘université/académie/établissement religieux’) dans ‘directeur’, di-[dis-] (‘privé de notion liée à l’objet indirect qu’il régit) dans ‘dispenser  quelqu’un de sport’ (opposé à ‘compenser’),‘syn-’(idée de ‘fixe’) dans ‘synchronie’ [opposé à ‘diachronie (évolution temporelle)].

Des préfixes diminutifs comme ‘dé-’[de-] dans ‘dépression /débattre un prix (se battre pour une diminution du prix )/descendant (qui va en baissant)’, ‘mini-’ (idée de ‘minime/le plus petit’) dans ‘mini-ordinateur/minibus/minijupe/ minicassette (cassette audio de petit format)’, ‘micro-’ (idée de ‘microscopique/très petit’) dans ‘micro-ordinateur/microclimat/microcosme (image réduite  de la société)’, ‘hypo-’ dans ‘hypotension’, ‘sous-’ dans ‘sous-équipement’, -’ dans ‘mévente’ (forte chute des ventes) ;    un préfixe diminutif de qualité comme ‘dé-’ (idée de ‘rendre moins) dans ‘déniaiser(rendre moins niais).

 

3. PREFIXES DE QUALITE ET PREFIXES SUPERLATIFS

Il s’agit des préfixes attributifs de qualité traduite par leurs racines comme ‘ren-[rem-]’ (idée de ‘rendre/accorder’) dans ‘rembourser’ variant en  ‘en-, é-’, ‘re-’ dans ‘enivrer (rendre ivre)/ ennoblir/ enfiévrer/ entassé/ éborgner/ élargir/ refroidir’ et en ‘a-[ac-, af-,an-, ap-, at-]’ dans ‘anoblir (accorder de la noblesse à)/annuler (rendre nul)/amasser(rendre massif)/aplatir/apprécier (accorder du prix à) / adorer(rendre doré)/accumuler (rendre cumulé)/affoler/attendrir’ et comme ‘ren-[rem-]’ (idée de ‘se rendre’) dans ‘remporter la victoire (se rendre le port de la victoire)’;  des préfixes augmentatifs de qualité traduite par leurs bases comme ‘ren-’ (idée de ‘rendre plus’) dans ‘renforcer (rendre plus fort)’ variant en ‘ra-’(ré-[valeur augmentative : plus]+a-[rendre]) dans ‘rapprocher (rendre plus proche)’, en ‘a-[ap-, ag-, al-, as-] dans ‘adoucir/améliorer (rendre meilleur) /amoindrir/approfondir/aggraver/allonger/assurer’, et en ‘é-, en-, con-, pro-’ comme dans ‘enjoliver/étendre/confirmer (rendre plus ferme)/prolonger’.

Des préfixes superlatifs ou intensifs (idée de ‘exagération/débordement/au- delà de, au-dessus de’) comme ‘a-’ (idée de ‘supériorité absolue’, ‘influence’) dans ‘abattre (battre jusqu’à mort)/ascendant (signe influent)’, ‘archi-[arche-]’ (idée de ‘au-dessus de’, ‘grand’) dans ‘archiprêtre’ (prêtre qui a la prééminence sur les autres prêtres d’un diocèse) et ‘archevêque’ (évêque à la tête d’une province ecclésiastique qui a plusieurs autres évêques pour suffragants), ‘-’(idée de ‘au-delà de’) dans ‘dépasser (passer au-delà de)’, ‘outre-’ (idée de ‘au-delà de) dans ‘outre-mer (au-delà des mers)’ et ‘outrepasser (aller au-delà de)’, ‘hyper-’  dans ‘hypertension/hypermarché(marché permettant une superficie consacrée à la vente supérieure à 2500 m2)’, ‘ultra-’ (notion de ‘extrêmement/extrême’) dans ‘ultrasensible’, ‘extra-’ dans ‘extraordinaire’ (au-delà de l’ordinaire)’, ‘pré-’ dans ‘prédominer (dominer par le plus d’influence, la plus grande quantité)’, ‘sur[sub-]’ dans ‘subvenir (venir à bout)/surmonter/subsister/surnager’, ‘trans-’ dans ‘transocéanique (au-delà de l’océan)’, ‘para-’ dans ‘paranormal (au-delà la normalité)’ou  ‘paramètre’ (instrument mesurant au-delà du métrage),  ‘sur-[sub-]’ dans ‘surpopulation/surpasser/surendetté (qui a contracté des dettes excessives)’, ‘maxi-’ (idée de ‘le plus élevé’) dans ‘maximum’, ‘macro-’  (idée de ‘macroscopique, très grand, très haut, très gros’) dans ‘macroséisme’, ‘super-’ dans ‘supermarché/superbe (très beau)’, ‘supra-’ dans ‘supranational’, ‘auto-’ (idée de ‘très grand’) dans ‘autobus’, ‘pluri-’ (idée de ‘ au pluriel/plusieurs’) dans ‘pluriséculaire/pluripartisme’, multi-’ (idée de ‘multiple’) dans ‘multimédia/multimètre’, ‘poly-’ (idée de ‘plusieurs’) dans ‘polyglotte’, des préfixes extensifs dont la racine traduit l’objet comme ‘par-, é-’ (idée de ‘répandre’) dans ‘ébruiter’(divulguer le bruit)/‘parsemer’ (répandre des semences).

 

 

4. PREFIXES QUANTIFIEURS

bi-[bis-, di-]’ (idée de ‘deux’)  dans ‘digramme/bipède/(qui a deux pieds)/bissecteur’, ‘tri-’ (idée de ‘trois’) dans ‘triangle/trimestre’, ‘quadr-’(idée de ‘quatre’ et ‘entre quarante et quarante-neuf’) dans ‘quadrige/quadrichromie/quadrille/quadriennal’ et ‘quadragénaire’, ‘tétra-’ (idée de ‘quatre’) dans ‘tétraplégie/tétraèdre/tétrapode/tétralogie’,‘penta-’ (idée de cinq) dans ‘pentamètre/pentagone’, ‘sexa-’ (idée de ‘six’ et de ‘entre soixante et soixante-neuf) dans ‘sexagone’ et ‘sexagenaire’, ‘se-’  (idée de ‘six’) dans ‘semestre’, ‘sept- [septa-]’ dans ‘septagone/septain’, ‘octo-’ (idée de ‘huit’ et ‘entre quatre-vingt et quatre-vingt-neuf’) dans ‘octogone’ et ‘octogenaire’, ‘nona-’ (idée de ‘neuf’ et ‘entre quatre-vingt-dix et quatre-vingt-dix-neuf’) dans ‘nonagone’ et ‘nonagenaire’, ‘déca-’ (idée de ‘dix’) dans ‘décamètre/décagone/décaèdre’, ‘cent-’ dans ‘centenaire’, mill(e)-’ dans ‘millénaire (qui a mille ans et un peu plus)’, ‘multi-’ dans ‘multiplex’, ‘pluri-’ dans plurivoque, ‘poly-’ dans ‘polyglotte’, ‘auto-’(idée de ‘double’) dans ‘autoroute (double voie)’.

 

 

 

5. PREFIXES DE MANIERE

a-’ (idée de ‘confusément/rapidement’) dans ‘apercevoir’ (percevoir confusément/rapidement), a-[ad-] (idée de ‘par hasard’ et de ‘avec étonnement’) dans ‘advenir’ (venir par hasard) et ‘admirer (mirer avec étonnement), ‘con-’ véhiculant l’idée de ‘suivant des fragments de formes définies’ dans ‘concasser (casser suivant des fragments de formes définies)’, un préfixe régissant l’idée d’un état d’origine à un état d’arrivée comme ‘de’ dans ‘devenir laborieux (venir de l’état de paresse à l’état d’un homme laborieux)’,  des préfixes d’idée de surprise comme ‘sur-’ (idée de ‘par surprise’) dans ‘surprendre/survenir (venir par surprise)’ et ‘a-[ap-]’ (notion de ‘tout à coup’, ‘à l’esprit’, ‘à l’évidence’) dans ‘apparaître’(paraître tout à coup, à l’esprit, à l’évidence ) ; ‘-’ (idée de ‘sans secours’) dans ‘délaisser’ (laisser  sans secours), ‘-’(idée de ‘avec énergie et résistance’) dans ‘se débattre’ (se battre  avec énergie et résistance), ‘-’ (idée de ‘par abandon’ dans ‘déposer’ (poser en abandonnant), ‘dis-’ (idée de ‘en ordre’) dans ‘disposer (poser en ordre)’, ‘é-’ (idée de ‘expérience servant de’) dans ‘épreuve’ (expérience servant de preuve), ‘é-’ (idée de ‘à disposition’) comme dans ‘ émettre (mettre à disposition) des billets de banque’ , ‘ex-’ (‘à l’extérieur/ à découvert’) dans ‘exposer des marchandises(les poser à découvert), des préfixes de manque de certitude comme ‘hypo-, sur-[sup-]’ dans ‘hypothèse/supposer(poser avec réserve)’, un préfixe d’idée de ‘ fusion’ comme ‘syn-’ dans ‘synthèse’ (thèse émanant d’une fusion d’idées diverses) ; des préfixes d’idée de ‘à travers, par l’intermédiaire de’ comme par-[per-]’ dans ‘parvenir (venir par l’intermédiaire de)/persuader/partout’,‘trans-’ dans ‘transgresser/transcrire’/transparaître (paraître à travers)’, ‘télé-’ dans ‘téléspectateur (celui qui regarde à travers la télé)’. Nous avons aussi manu-’ (idée de ‘manuellement’) dans ‘manuscrit (écrit manuellement)’, ‘pro-’(idée de ‘selon soi’) dans ‘proposer’ (poser selon son avis), pro– (idée de‘ avec force et au loin’) comme dans ‘projeter (lancer avec force et au loin) une pierre, ‘pro-’ (idée de ‘avec force et rapidité’) comme dans ‘des images qui nous projettent (jettent avec force et rapidité) dans une situation ou dans un lieu’, ‘pro-’ (idée de ‘avec force ou violence’) comme dans ‘projeter (jeter avec violence ou force ) son assaillant au sol’ , ‘pro-’ (idée de ‘dans l’espoir de’) comme dans ‘ ce feuilleton nous promet ( met dans l’espoir de ) de nombreux rebondissements’, ‘pro-’ (notion de ‘à la place de/dans la peau de’) comme dans ‘pronom (à la place d’un nom)’, ‘pro-’ (notion de ‘ in vivo, dans l’organisme’) comme dans ‘procréer’ (créer in vivo), ‘pro-’ (idée de ‘en avant’, ‘de l’avant’) dans ‘propulser (pousser en avant)’, ‘progresser’ (aller de l’avant). Nous distinguons en plus -’ (idée de ‘ de l’arrière’) dans ‘régresser’ (aller de l’arrière),  super-’ (idée de ‘l’un sur l’autre’) dans ‘superposer (poser l’un sur l’autre)’, ‘sous-’ (idée de ‘par-dessous de/par adresse/ par fraude’) comme dans ‘soustraire’ (extraire par-dessous de /par adresse)’, ‘sous-[sou-, sub-]’ (idée de ‘sous autorité/jugement’) comme dans ‘soumettre (mettre sous)/subordonné (ordonné sous)‘, ‘entre-’ (idée de ‘rapidement/confusément’,‘bien’) comme dans ‘entrevoir (voir rapidement)’, ‘entretenir’ (tenir bien), ‘main-’ (idée de ‘dans un état fixe/dans le même état’) comme dans ‘maintenir’ ; un préfixe d’idée de force comme ‘in-[im-]’ dans ‘imposer (poser de force)’,‘in-, en-’[im-, em-]’(idée de ‘en, dans’) dans ‘engager (mettre en gage)/incarner (entrer dans la carnation de)/emmerder’(mettre dans la merde)’, ‘ex-(idée de ‘clairement/sans équivoque’ et de ‘à découvert’) dans ‘explicite (dit clairement)’ et dans ‘exposer un produit ou un travail’ (le poser à découvert), ‘in-[im-]’ (idée de ‘de façon voilée) dans ‘implicite (dit de façon voilée)’, un préfixe de moyen de rencontre comme ‘entre-[inter-]’ dans ‘interarmées (point de rencontre des          armées)’, un préfixe mélioratif comme ‘par-[per-]’ dans ‘parfaire/ perfection/ parachever (achever complètement et avec le plus grand soin)’, des préfixes de simultanéité et d’accompagnement comme ‘con-[co-, com-]’(avec ‘cum’ en latin renvoyant à ‘avec’ ) dans ‘construire’(structurer avec) /confiance/contexte/coévolution/ commode (mode allant avec)’, ‘a-[ap-]’(idée de ‘avec soi’) dans ‘apprendre’(prendre avec soi) et ‘multi-’ (forme tronquée de ‘multiple’ dans le sens de simultanéité) comme dans ‘multimètre/multiprise’, des préfixes d’idée de ‘à moitié’ comme ‘entre-[entr-]’ dans ‘entr’ouvert’ et ‘demie-[demi-, semi-, mi-]’ dans ‘demi-bouteille’ ; ‘semi-conserve/semi-fini’ et ‘mi-clos (clos à moitié)’.

 

6. PREFIXES LOCATIFS

Il s’agit des locatifs spatiaux et des locatifs temporels.

Parmi les spatiaux , nous pouvons citer : ‘a-[ap-, af-]’(idée de ‘vers/rapprochement du lieu’) dans ‘apporter/amener’ , ‘a-[ap-,an-] et ‘en-[em-]’ (idée de ‘sur’ ou ‘mettre sur’) dans ‘apposer/annoter/endosser/embrocher (mettre sur une broche)’ , sur-[sup-] (idée de ‘sur’) dans ‘supporter(porter sur)’, ‘a-[ad-, af-, ap-]’ (idée de ‘appuyer…contre/à’ ou ‘avant ou après’) dans ‘adosser (appuyer le dos contre)’ ou ‘affixe (fixé avant ou après)/adverbe (avant ou après le verbe)/apposer’, ‘sous-[sub-]’ (idée de ‘au bas de/ à la périphérie de’) dans ‘souscription (signature au bas d’un acte pour l’approuver)/subsaharien(qui est sous le Sahara)/suburbain (à la périphérie de la ville)’, ‘dé-’ (idée de ‘changer de’) dansdéplacer (changer de place)’, ‘a[at-]/en-[em-]/’, ‘dé-’, (idée de ‘vers/éloignement du lieu’) dans ‘attirer/emporter/déporter’ ; ‘de-[des-]’ (idée de ‘vers’) dans ‘dedans (vers ‘dans’ [l’intérieur])/dessous (vers ‘sous’[la position inférieure])’, ‘in- et en-[im-, em-]’ (idée de ‘mettre[…]dans/sous’, ‘dans’) dans ‘inhumer/empoisonner/enlever(lever de l’intérieur de)’ et dans ‘intérieur(dans le lieu)/ensuite (dans la suite)/enfin (dans la fin)’, ‘intra-’ (idée de ‘à l’intérieur de’) dans ‘intra-muros (à l’intérieur de la ville)’, ‘intramusculaire ; ‘épi-’ (idée de ‘  véritable milieu /point focal’) dans ‘épicentre (centre en son point focal)’, demie- [mi-] (idée de ‘centre’) dans ‘milieu (lieu en son point central)/à mi-chemin’, ‘entre-’(idée de ‘au milieu de’) dans ‘entresol (sol entre le rez-de-chaussée et le premier étage’), un préfixe extractif à sens négatif et dont la racine traduit l’origine d’extraction comme ‘ex-[extra-, hors-]’ (idée de ‘extraire de/hors de/loin de’) dans ‘excommunier (extraire de la communion)/exclure (extraire de l’enclos)’, excentré (loin du centre)’, ‘extérieur’ (hors du lieu), ‘extra-utérin (qui est hors de l’utérus)’, ‘hors-jeu’ (hors du jeu) ; un préfixe extractif dépourvu de sens négatif et dont la racine traduit l’origine d’extraction comme ‘dé-’ (idée de ‘[s’]extraire de’) dans ‘défection/dégainer(extraire du gan)’ ; ‘in[im-]’ (idée de ‘sur/dans’) dans ‘inscrire(écrire dans/sur)’, pré-’ (idée d’antériorité dans l’espace : avant) dans ‘préface (publicité ou louange en tête d’un livre)’, ‘préfixe’ (fixé avant la racine), ‘post-’ (idée de postériorité dans l’espace : après) dans ‘postface (remarque ou avertissement à la fin d’un livre)’, ‘para-’ (idée d’antériorité dans l’espace/aux extrémités) dans ‘paratexte (ensemble des préliminaires [titre, dédicace, remerciement, préface, sommaire] en tête d’un ouvrage)/parasynthétique’, ‘re-’ (idée de ‘de quelque part’) dans ‘retirer son vélo’, sur-[suf-] (idée de ‘après’) dans ‘suffixe’ (fixé sur ou après le radical),  ‘sur-[sus-]’ (idée d’‘en haut’) dans ‘suspendre (pendre en haut) un voleur’.

Quant aux préfixes temporels, nous pouvons citer : ‘a-’ (idée de ‘période future) dans ‘avenir’ (période à venir) , ‘a-[at-]’ (idée de rapprochement vers un temps défini) dans ‘attendre (tendre vers)’ ‘aussi-’ (idée de ‘immédiatement dans le temps’) dans ‘aussitôt’, ‘avant-’ dans ‘avant-guerre’, ‘après-’ dans ‘après-guerre’, ‘ex-‘ (idée de ‘ancien/précédent’) dans ‘ex-femme’, sur’ (idée d’antériorité et de postériorité) dans ‘surpassé/surlendemain’, ‘pré-[aupar-,a-] (idée d’antériorité dans le temps) dans ‘prévoir/auparavant/ascendants(parents dont on est issu)’, ‘de-/post-/re/ et ‘sursis [sus-]’ (idée de postériorité dans le temps) dans ‘descendants/postcure (période de repos après une cure)/suspendre (pendre pour une remise à une date ultérieure)/reporter un match’, ‘en-’ (dans la…) dans ‘ensuite/enfin’, demie-[mi-]’(idée de ‘milieu/ moitié’) dans ‘mi-saison’, entre-[inter-] dans ‘interclasse (moment séparant deux cours)/interclubs’, un préfixe augmentatif de temps comme ‘pro-’(idée de ‘rendre plus’) dans ‘prolonger’ (‘rendre plus long’ dans le sens de ‘faire durer plus longtemps’).

 

7. TYPES DE PREFIXES HETEROGENES

Un préfixe fréquentatif comme bi-[bis-] (idée de ‘deux fois’) dans ‘biscuit (cuit deux fois)’ ; des préfixes possessifs comme ‘dis-’ (idée de ‘avoir en sa possession…à’) dans ‘disposer d’argent (avoir en sa possession de l’argent à poser ) et ‘appar-’ (idée de ‘à titre de possédé’) dans ‘appartenir à’ (tenir à titre de possédé à); des préfixes totalisateurs comme ‘omni-/tout[tou-]’ dans ‘omniscient( qui sait tout )/toujours’ ; des préfixes  à effet de neutralité comme ‘contre’ dans contrepoids (poids servant à équilibrer un autre poids) et ‘in-’ dans ‘indifférent (que rien n’émeut)/inoffensif(incapable d’être dangereux) ; des préfixes d’attaque comme ‘anti-’, ‘contre’, o-[op-] (idée de ‘contre’ dans le sens d’une action menée contre le risque désigné par la racine pour le neutraliser) dans ‘antirides’/antisepsie (contre les microbes)’, dans ‘contredire/contre-exemple (exemple qui contredit une affirmation ou une règle)’ et dans ‘opposer’ (poser contre) ; des préfixes défensifs comme ‘para-’ et ‘a-’ (idée de ‘contre’ dans le sens d’une protection de soi-même du risque désigné par sa racine sans effet de neutralisation) dans ‘paratonnerre (contre le tonnerre)/asepsie (contre les microbes)’ ; des préfixes protecteurs en faveur de l’objet désigné par la racine comme ‘sur-’, ‘épi-’ (idée de ‘sur’) dans ‘surface (sur la face )’, dans ‘épiderme (sur le derme )’ et ‘par-’(idée de ‘protecteur de’) dans ‘paravalanche ( protecteur d’avalanches) ; des  préfixes de cause comme ‘con-[com-]’  véhiculant l’idée de ‘par droit ou par privilège du destinataire’ dans ‘concéder (céder par droit du destinataire)’ et véhiculant l’idée de ‘par ordre devant un tribunal’ dans ‘comparaître (paraître par ordre devant un tribunal) et ‘a-[ad-]’ (idée de ‘à juste titre’) dans ‘admis (mis à juste titre)’ ; des préfixes de but comme ‘a-[at-]’ (idée de ‘vers’ ou de ‘atteindre’ [une chose, un lieu]‘) dans ‘atteindre’ (tendre vers), ‘atterrir’ (atteindre la terre), ‘é-’ dans ‘élève’ (préparé pour être levé), ‘in-’ (‘atteindre[quelque chose]’) dans ‘innerver’ (atteindre un nerf [nerv-]); des préfixes de conséquence comme ‘ré-’ (‘en réponse à’) dans ‘réagir (agir en réponse à)’ et ‘a-’ (‘susciter’) dans ‘apitoyer (susciter la pitié)’.

A tout ceci, s’ajoutent un préfixe connectif comme ‘a-[at-]’ dans ‘attacher’ ; un préfixe annihilatif comme ‘in-’ dans ‘infirmer’ (réduire à néant la fermeté) ; un préfixe de réussite comme ‘ob-’ dans ‘obtenir’ (parvenir à tenir) ; ‘é-’ (idée ‘de sortir de’, ‘réciprocité’) dans ‘émerger (sortir d’un état/d’un milieu)/‘échanger (changer une chose pour une autre entre un destinateur et destinataire)’ ; un préfixe d’idée de menace comme dé- dans ‘détenir une bombe’ ; un préfixe défini comme ‘ra-’ (idée de ‘ défini’) dans ‘raconter’ (conter le récit de); un préfixe d’idée de protection dont la racine désigne l’objet servant à la protection comme ‘en-[em-]’ dans ‘empierrer (couvrir de pierre)’ ; en-[em-] (idée de ‘zèle’) dans ‘s’empresser’ ; un préfixe à valeur itérative à sens de modification issu de la troncation de ‘répéter’ : ‘ré-[re-, r-, res-] (idée de nouveau, voire avec modification)’ dans ‘organiser/reprendre/rallumer/ressemblance’; un préfixe re-[res-]’ comme idée de ‘en retour’ dans ‘revenir (venir en retour)’ ; comme notion de ‘destinataire’ dans ‘remettre quelque chose’ ; comme notion de ‘matière’ dans ‘ressource (source contenant une matière)’ ; comme notion de ‘symbole/mandat’ dans ‘représenter un député’ ; un préfixe d’idée de clémence comme ‘par-’ dans ‘pardonner’ (donner sa clémence) ; un préfixe de ‘courage’ comme ‘-’ dans ‘défier’ (oser se fier à) ; un préfixe d’idée de duel comme ‘con-[com-]’ (idée de ‘cum’ en latin correspondant à  ‘avec’) dans ‘combattre (se battre avec)’ ; un préfixe à sens réfléchi comme ‘auto-’ dans ‘autodidacte/autodictée (exercice scolaire consistant à retranscrire de mémoire un texte)’ et un préfixe régissant l’objet indirect comme ‘a-[ad-]’ (idée de ‘à/pour/ assumer…en faveur de’) dans ‘adjoindre (joindre… à)/administrer (assumer un ministère en faveur de)’.

 

CONCLUSION

Il ressort plusieurs types de préfixes : les préfixes de manière, similitude, contrarotatifs, locatifs spatiaux et locatifs temporels, fréquentatifs, quantifieurs, diminutifs, intensifs, diminutifs, privatifs, attributifs et augmentatifs de qualité, possessifs, totalisateurs, d’attaque, de défense, de cause, de but, de conséquence, à effet de neutralité, un annihilatif, un protecteur, un connectif, un à sens réfléchi, un à valeur itérative et de modification, un de notion de retour, d’objet indirect, de menace, de clémence, de duel, de destinataire, de courage, de symbole/mandat, de défini, de réussite… Ces types de préfixes regorgent de sous-types montrant que le préfixe est très polysémique, productif et semble plus diversifié que le suffixe. Même si plusieurs préfixes se confondent aux prépositions/adverbes, leurs propriétés sémantique et syntaxique diffèrent en fonction des racines avec lesquelles ils forment un bloc. Il y a aussi des préfixes qui remontent à d’autres types de mots sous des allomorphes. Parallèlement, d’autres ne se rattachent à aucune catégorie syntaxique. En fonction du sens des préfixes, la préfixation peut être envisagée comme une opération syntaxique. 

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LES CONSTRUCTIONS SOCIORELIGIEUSES DU DIVORCE : ENTRE DEVIANCE ET NORMALITE EN MILIEU FON D’ABOMEY AU SUD-BENIN

Karen GANYE[1] & Dr (MC) Dodji AMOUZOUVI[2]

Département de la Sociologie-Anthropologie, Laboratoire d’Analyse et de Recherche: Religions Espaces et Développement, Université d’Abomey-Calavi, Rép. du Bénin, (Site Web: www.info@larredbenin.com)

RESUME

Avec la mutation des sociétés observée de par le monde en général et au Bénin en particulier, le recul du mariage, l’accroissement de l’instabilité conjugale, la banalisation du divorce et des unions successives constituent un phénomène de plus en plus important autour des rapports sociaux entre les acteurs. Cette recherche apporte des éléments de réponse à la question qui est de savoir les différentes perceptions socioreligieuses individuelles et collectives autour du divorce en milieu fon d’Abomey. Elle postule que c’est la conception sociale et religieuse du divorce qui explique sa recrudescence, tendant à faire du phénomène un fait normal, routinier. Dans une perspective systémique, la recherche est menée sur un échantillon de cent douze personnes à l’aide d’échantillonnage à choix multiple. Auprès de cet échantillon de recherche, des informations sont produites à l’aide de technique de recherche que sont l’étude documentaire, l’entretien, le questionnaire et l’observation directe. Les données produites et analysées renseignent sur le fait que les sources et facteurs qui structurent le divorce s’inscrivent entres autres dans les repères endogènes du divorce et dans le statut social du divorcé qui envisagent non seulement le divorce comme une déviance mais aussi relevant de la normalité.Aussi, les résultats rendent compte d’une diversité d’acteurs dont l’intervention répond à des logiques parfois contradictoires du fait des vécus dans les ménages.

Mots clés: construits sociaux – normalité – divorce – déviance –Abomey

 

ABSTRACT

With the change in society observed in the world in general and Benin in particular, marriagerecoil, increased marital instability, how commonplace divorce and successive unions are a springboardgrowingaround social relations betweenactors. This researchprovidessomeanswers to the question is to know the differentindividual and collective socio-religious perceptions about divorce in the middle of his Abomey. From a systemic perspective, researchisconducted on a sample of one hundredtwelve people with multiple choicesampling. Fromthisresearchsample, information isproducedusingsearch technique are that the literaturereview, maintenance, survey and direct observation. The produced and analyzed data provide information on the factthatgerms and factorsthat structure the divorce fit in amongotherendogenous markers of divorce and the status of the divorce not onlyconsidering divorce as deviant but alsowithin the normality. Also, the resultsreflect a diversity of actorswhose intervention responds to the sometimes contradictory logics

because of lived in households.

Key words: social built – normality – divorce – deviance – Abomey

INTRODUCTION

L’étude des interactions entre conjoints à l’intérieur des ménages offre l’opportunité de découvrir la recomposition des systèmes de valeurs et de contre valeurs. Elle renseigne sur l’évidence de nouvelles orientations, de nouveaux enjeux et de nouvelles références ou tout simplement sur les formes expressives d’une société en « reconstruction ». Or, construire la vie conjugale comme une réalité sociale dynamique, c’est aussi admettre que le lien conjugal, son maintien et ses instabilités ne répondent nécessairement plus aux mêmes lois que dans le passé. C’est fort de cet état de chose que Singly, de, (1999) soutient que la relation élective conjugale a supplanté tous les autres liens de parenté et est devenue le lieu d’une quête d’émancipation personnelle.Cette conception de la cellule sociale de base qu’est la famille et les valeurs fondamentales qui la sous-tendent traduisent un idéal de famille dont la pérennité constitue une préoccupation majeure (à l’échelle macro) comme l’exprime un dicton fon selon lequel « même si le monde s’écroule, il n’entraîne pas dans sa chute le « « hεnnu » c’est-à-dire la famille ». Ce dicton traduit l’attachement de la société « fon » d’Abomey à l’unité, à la consolidation de liens sociaux et à la stabilité durable du ménage en dépit de l’éclatement des repères qui jalonne le XXIème siècle. Or, l’observateur le moins averti constate aujourd’hui une déstabilisation progressive de la dynamique familiale et communautaire béninoise frappée par toutes sortes de dissociations et de « déviances ». Les mutations sociales, qu’a connues le Dahomey au lendemain de son indépendance et qui se sont accélérées sous l’effet de la sédentarisation massive des populations, ont bouleversé les modes de vie et changé les rapports sociaux. Cette évolution n’a pas épargné la structure de la famille. Elle a produit un effet en agissant sur l’un de ses fondements les plus profonds : le mariage.Le divorce devient donc non seulement une source de problèmes sociaux mais aussi et surtout une menace pour la santé physique et mentale. Chez certains sociologues, il s’agit de s’occuper de l’impact de la précarité professionnelle et du chômage sur le couple (Herpin, 1990 ; Paugam, 1994). Tout ceci renforce l’inquiétude que soulève l’accroissement des divorces.Aujourd’hui, « on ne s’interroge plus sur ses causes spécifiques mais sur ses effets, à court et moyen terme, le mode de vie qu’il engage, les recompositions familiales qu’il va engendrer » (Théry, 1993:945).

L’autre axe est donc d’en rechercher les causes profondes. Pour Quéniart& Hurtubise (1998 :12), « Depuis les années 1970, l’accroissement de l’instabilité conjugale constitue l’un des traits saillants des transformations des formes familiales ».Lorsque les satisfactions tirées du mariage sont plus faibles que les gains espérés de la désunion, c’est-à-dire lorsqu’il y a désutilité, les conjoints ont intérêt à rompre leur union. La décision de divorcer constitue, de ce point de vue, le fruit d’un arbitrage (Lemennicier, 1980). L’alliance conjugale se construit donc sur des bases rationnelles et chaque partenaire est à la recherche d’un gain particulier.

 

  1. 1. METHODES ET MATERIAUX

Les exigences méthodologiques soumises à la production des données rapportées dans cette recherche dénote de l’étroit lien entres aspects techniques et éthiques. Pousser la curiosité sur le divorce, l’adultère, des faits  qui peuventêtre jugés de « caché », c’est alterner les statuts de chercheur et de membre de la société sans pour autant heurter les susceptibilités notamment la distance scientifique.La collecte de données  s’est faite essentiellement selon des méthodes de recherche qualitative fondées sur des entretiens avec des informateurs clés et des discussions en groupes ciblés. A travers le statut de membre, il est arrivé d’accepter « affronter » le risque de l’observation que Bourdieu (2000) considère comme déterminante dans l’étude des rituels. En effet, de « dehors », certaines pratiques étaient inaccessibles quoique importantes pour rendre compte des lois qui les organisent. Mais dans le statut de membre, « tout ce qui est vu, ne saurait être publié» affirmait un chef de collectivité approché en début de recherche. Aussi, fallait-il s’éviter toute immersion totale revenant sur les pas de  Melhuus, (2002) pour réduire l’impact du séjour sur les informateurs tel l’énonce si bien Hastrup, (1995). Selon Amouzouvi (2008 :14), rappelant les propos d’Angers M., «une technique d’échantillonnage est l’ensemble des opérations permettant de sélectionner un sous ensemble d’une population en vue de constituer un échantillon». Ainsi, l’échantillon et son mode de sélection est à plusieurs degré pour lequel on a utilisé une méthode d’échantillonnage par choix raisonné, accompagné de la technique de boule de neige.Au total 112 personnes ont été approchées à savoir les femmes et hommes divorcés, les couples, les sages, les responsables religieux et les célibataires.

 

  1. 2. QUAND L’ALLIANCE CONJUGALE ENTRETIENT LA TENDANCE AU DIVORCE A ABOMEY !

Les mutations sociales, qu’a connues le Dahomey au lendemain de son indépendance et qui se sont accélérées sous l’effet de la sédentarisation massive des populations, ont bouleversé les modes de vie et changé les rapports sociaux. Cette évolution n’a pas épargné la nature des alliances conjugales. S’il est convenu d’admettre que le mariage est, essentiellement, une union entre deux familles plutôt qu’une union entre deux individus (Adepojou, 1997), c’est de moins en moins le cas à Abomey. L’importance de cette raison d’être du mariage s’exprime dans de nombreuses sociétés particulièrement celle fon, par le versement d’une compensation matrimoniale ou d’une dot par une famille ou un lignage. Ainsi, les nouvelles conditions et les formes de mariage à savoir l’union libre, le mariage forcé, le mariage non accepté par les parents, le mariage non accepté par la société, le mariage improvisé, la polygamie, le concubinage, le mariage par correspondance sont fait uniquement entre les deux individus sans l’implication de leur différente famille tel l’exige la tradition. Ces unions sont très présentes à Abomey, et sont devenues « monnaie courante » de la génération montante qui par colportassions, pressée de se mettre en couple et vue la lourdeur selon eux des exigences familiales, se retrouvent dans ces alliances purement nommées unions par « contrat »et/ou engagement personnel. Ceci ne nécessite pas grande chose, mais, il suffit juste que les deux acteurs se comprennent et déjà ils vivent ensemble sans aucune sécurisation pour la survie de leur union dans le futur lors des passages de moments de crise conjugale, mais il faut noté que cela détériorent les rapports entre les deux individus et leur entourage proche mieux leur famille, et fragilise les liens sociaux car l’homme peut à tout moment laisser la femme sans avoir une contrainte, une obligation de rendre compte à la famille de la femme où à la sienne ou à la société dans laquelle ils évoluent vue qu’elle n’a aucune preuve officielle, ni traditionnelle de leur union. Dès lors la famille de chaque acteur de ce couple n’a plus rien de solide à dire comme défense pour sauver l’inévitable : leur séparation, le divorce. Donc les formes d’alliances recensées à Abomey n’assurent aucune sécurité, garantie de couple à long terme aux individus qui s’y engagent qui se retrouvent séparés, et obligés de se trouver d’autres partenaires ce qui est déjà une issue d’existence du divorce et sa présence par le biais de ces différentes et diverses formes de nouvelles alliances. Outre les modalités d’établissement des liens conjugaux, il y a la situation des rôles sociaux dans les ménages à Abomey.

2.1. Le divorce entre déviance et normalité : les motifs de base

  • L’adultère et l’infidélité

Les deux variables à savoir l’adultère et l’infidélité, sont régulièrement citées comme faisant l’objet d’une demande de divorce. Mais elles ne sont pas tout de même importantes au même titre. A Abomey, l’infidélité masculine n’est pas toujours mauvaise mieux l’expression « Sunnuglégbénu », leur donne la pleine confiance ou aisance de justification après avoir commis cet acte d’infidélité (l’homme ne peut connaitre une seule femme sauf s’il veut être vue comme un faible ou un impuissant). Les attentes relatives à la femme de ménage (reproduction sociale), la satisfaction de la libido de l’époux, l’accompagnement de l’homme dans le cadre de l’écoulement ou la gestion de ses activités de production apparaissent comme de trop au regard de certains enquêtés. Ils y découvrent l’ « inévitable recours à l’infidélité » masculine. Mais cette infidélité entretient le divorce dans certains cas de plus en plus fréquents. Il s’agit des cas d’infidélité menée à l’intérieur du réseau relationnelle directe de l’épouse (sœur, cousine, voisines, amies…). Quant à l’infidélité de la femme ou à son adultère, cela est proscrit en milieu fon, car la femme « gnonnuhwési » est considérée comme faite pour la maison et un  seul homme. L’adultère chez la femme est admis comme une source d’instabilité et de malédiction pour le « Hennu » (la collectivité).  Toutefois dans certaines familles, le mari demande la clémence de la famille partageant la responsabilité de l’acte posé par sa femme. Ceci interpelle l’engagement des sages et autres épouses de la collectivité en faveur du rituel « affolilè » pour la purification de la femme et des membres de la collectivité.

  • Stérilité-Impuissance

En général, la finalité d’une vie de couple est sanctionnée  par l’évidence des progénitures. Ceci est tout aussi important pour les conjoints que pour les belles familles respectives. Une femme racontait à cet effet (ma belle-mère a exigé une grossesse avant le mariage). C’est aussi pour soutenir une telle position qu’uns des hommes célibataires enquêtés affirmait « il y a certaines familles où les femmes font rarement de garçons ». C’est dire que la fertilité en général est un critère déterminant dans le choix des conjoints et la consolidation des liens conjugaux. Le sexe des progénitures est aussi important et la naissance d’un garçon est plus valorisée que celle d’une fille. Parmi les femmes divorcées enquêtées, douze (12) soit les 30% d’entre elles doivent cette situation au fait qu’elles n’ont pas pu donner naissance à un fils hérité que désiraient le mari et sa famille élargie. La situation est aussi bien importante pour l’homme que pour la femme. Un homme impuissant a du mal à se plaindre de l’infidélité de sa femme ou de la demande de divorce de sa part.

2.2. Quand l’option du divorce renvoie aux déviances sociales

La phrase  « L’homme et la femme s’unissent pour la vie » est plusieurs fois revenue dans les propos des sages rencontrés à Abomey. Pour eux, les conjoints s’unissent aussi pour l’union de deux familles. Dieu unit et personne ne doit  séparer. Donc si séparation arrive, c’est donc la volonté de Dieu.De ce fait, le divorce est aussi perçu comme la source de désunion des familles, source de clivages inter ethniques. Les ruptures de liens conjugaux remettenten cause, pour certains garants de la tradition, la légitimité sociale de certaines institutions sociales notamment la dot, le « Asangni« .

En effet, les aspects symboliques sont tout aussi importants que ceux non symboliques. Sur quatre sages enquêtés, trois mettent en relief l’ancrage symbolique et religieux des liens conjugaux. Référence est faite aux paroles bibliques, au coran et aux normes relatives aux divinités traditionnelles. En ce sens les référents religieux (cultuels) s’accordent sur le statut de déviance pour tout recours au divorce quel que soit les réponses. L’alliance matrimoniale chez les fon d’Abomey, entraine un transfert de certains nombre d’attributs à chaque conjoint. Ces attributs s’ouvrent non seulement à des responsabilités à l’intérieur de la famille nucléaire mais aussi à celles du niveau de la famille élargie. A l’occasion des rites funéraires ou cérémonies de mariage, certains rôles sont spécifiquement réservés aux femmes légitimement mariés sur l’ordre d’entrée en mariage. Ces rôles attestent d’une position sociale et donc d’un ensemble d’attentes en direction de la femme mariée. La socialisation des nouvelles épouses, la reproduction de certaines pratiques rituelles et donc la survie du système social reste donc intimement liée à la stabilité et la présence régulière des épouses au domicile conjugale. Elles prennent donc une part active dans l’intronisation d’un nouveau roi, dans le mariage des jeunes et le déroulement de certains rituels de purification. Pour les femmes tantes ou encore appelées « tangninons » rencontrées, le recours au divorce renvoie à porter atteinte à l’honneur de la famille d’appartenance. Certaines d’entre elles se prononcent en ces termes « si tout le monde devait retourner chez son père lorsqu’on rencontre un peu de difficulté, je pense qu’il aurait plus de place chez nous, et qu’il aurait même plus d’enfants à marier ». Les résultats des investigations au sujet de la perception sur le divorce se résument à la question de savoir si le recours au divorce est un acte de déviance ou non. Sur les vingt-quatre hommes approchés au sein de cette catégorie, vingt admettent que le divorce présente un statut de déviance. La tendance est pratiquement la même chez les femmes de la même catégorie sociale. Seules deux femmes sur les dix rejettent l’idée de déviance. Au total, 82, 36 % des avis enregistrés au sein de cette catégorie admettent que le divorce relève d’une déviance contre 17, 64 %. Les avis qui rejettent le statut de déviance mettent moins le focus de leur discours sur les aspects religieux. Les porteurs de ces discours souhaitent que les avis tiennent compte des raisons qui participent de la déviance contrairement au radicalisme enregistré chez les autres répondants. Se présente alors d’autres discours tendant à admettre le divorce comme recours inévitable à conseiller dans certaines circonstances.

2.3. Le  divorce relève aussi de la normalité à Abomey!

Autrefois, prévalait l’idée de famille, de l’unité sociale et du collectivisme. Aujourd’hui, ce n’est plus toujours le cas notamment chez certains jeunes mariés et célibataires. La famille est passée d’un système patrilinéaire composé de grandes unités caractérisées à un système d’unité conjugale relativement instable. Voici ce qu’affirment quelques-unes de nos enquêtées divorcées : « Si j’avais à redevenir jeune fille, je ne me marierai pas », « ce n’est pas ce que j’attendais de mon mariage que j’ai eu… ». Les multiples déceptions enregistrées dans l’expérience de vie conjugale suscitent de plus en plus l’idéal selon lequel la vie conjugale est une « promesse de bonheur ». Ce dégoût pour le mariage est en lien direct avec la banalisation du divorce. Ce dernier apparaît pour certains comme la « clé de libération » pour un conjoint « lié par une vie conjugale improductive ». De ce part, le divorce est un recours comme tout autre recours en situation de déception ou de difficulté. Selon les femmes qui admettent que le divorce relève d’une normalité, au sein de la vie familiale, existe des modèles de comportement admis dans la formation de la personnalité de chaque conjoint. Ces derniers s’articulent autour du respect de la personne, la morale, la tolérance, les devoirs des conjoints les uns envers les autres. Mais si le respect de ces différents paramètres ne permet pas la survie d’un ménage agréable, le divorce devient la meilleure des alternatives à conseiller. Parmi les tantes questionnées, certaines affirment qu’à Abomey, la fille issue d’une dynastie royale, dont le panégyrique atteste qu’elle n’est pas destinée à un seul homme : « Nan man gnin min do kpo ton », ne peut souffrir dans un couple. Dans l’imaginaire populaire, l’interprétation associée à cette formule, traduit l’idée selon laquelle l’épouse maltraitée ou souffrant au domicile conjugal, peut, importe la dot acquise en son nom, rejoint la famille d’appartenance. Certaines femmes, après avoir raconté l’expérience qu’elles jugent « douloureuse au domicile conjugale » concluent : ‘‘J’aurais dû le faire depuis….car à présent je me sens revivre’’.  Pour les hommes divorcés rencontrés par contre le divorce est normal dans la mesure où il intervient comme une libération. Les expériences conjugales varient d’un conjoint à un autre ajoutent-ils. A suivre ces propos, la vie conjugale est plutôt appréciée dans l’intérêt direct des conjoints. La famille élargie, le monde symbolique ou les considérations religieuses apparaissent au second plan.

2.4. La question du divorce à Abomey : la preuve d’une société en crise de repère!

L’analyse sociologique actuelle du divorce, a le mérite de se situer entre la pathologisation de ce dernier et sa pure et simple banalisation qui consisterait à voir le divorce tel un évènement, comme un drame d’une vie. Elle  se place plutôt dans une compréhension des conséquences que le divorce engendre. Ainsi, dans cette même logique, eu égard à nos résultats, nous pouvons dire que Abomey, cité royale des ‘ahovi’, gardiens des traditions ancestrales, et garant des normes et valeurs, se retrouve de nos jours face à un fait social mettant sur tapis,  son titre : le divorce. En effet, Abomey a été et est une ville encore rattachée aux coutumes ancestrales, aux respects des normes et valeurs de vie, mieux accorde une place particulière à la famille, au mariage, qui y est considéré comme un acte symbolique, un remaniement  de la structure sociale réglée par la coutume.

A Abomey, dans la famille traditionnelle, les liens internes se caractérisent par une emprise presque totale des parents sur leurs enfants. La catégorie d’âge qui semble avoir le plus d’influence sur la vie sociale et familiale est celle qui correspond au rang des parents, des grands-parents ou des frères aînés. Vivant selon le modèle de la famille étendue, où la responsabilité d’assurer la continuité des traditions et la prise des décisions importantes incombe toujours aux membres les plus âgés, les jeunes résidant sur place, n’ont d’autre choix que de s’y adapter. Qu’ils soient célibataires ou mariés, les fils sont tenus, à tout moment, de prendre en considération l’autorité du père sans laquelle rien ne peut être changé ou décidé. Leurs épouses sont également tenues de se conformer à la répartition des rôles telle qu’elle est décidée par la belle-mère. La forte présence de la famille élargie éclipse l’opérationnalité des  couples  dont les décisions concernant leurs propres enfants sont largement influencées par la gérontocratie familiale et clanique. Les couples  peuvent certes avoir des attentes et des préférences dans divers domaines de la vie quotidienne, mais ils ne sont pas socialement habilités à décider tout seul de l’attitude à adopter sans passer d’abord par le consentement des parents et des grands-parents. La répartition du pouvoir entre les sexes est telle qu’une femme ne peut prendre une décision qui la concerne directement avant de passer d’abord par le consentement du mari, et parfois même de sa belle-famille. En plus, les relations de couple subissent l’effet de la séparation des sexes, et de l’appauvrissement systématique de leur dimension intime et privée. Ces relations intrafamiliales se caractérisent aussi par une forte autorité du mari sur l’épouse. La femme y est souvent identifiée à ses fonctions d’épouse et de mère. Sa mission essentielle est d’enfanter, d’élever des enfants et d’assurer des services domestiques quotidiens aux membres de sa famille. On lui inculque, dès sa prime enfance, l’idée que le mariage est sa raison d’être et son paravent essentiel face aux multiples dangers qui la guettent. Plus encore, on lui impose de se marier à un âge précoce, en lui insinuant l’idée que son statut dépend d’abord du nombre de ses enfants, notamment de sexe masculin. L’éducation qui y est pratiquée tend à cultiver la peur du châtiment, à initier l’enfant à obéir aux plus âgés, et à l’inciter à imiter les adultes tout en décourageant chez lui le sens de l’initiative. La peur est à l’origine de la moralité et l’éducation est très associée à l’idée de contrôle et de modèle. Ce sont les parents qui prennent les décisions principales concernant le mariage de leurs enfants. En matière de mariage, l’endogamie, l’arrangement par les parents et l’absence de toute interconnaissance préalable en sont les règles majeures. En vue d’assurer la cohésion et la continuité familiale, les parents prennent toutes les mesures nécessaires pour éviter, ou du moins, restreindre la mobilité de leurs fils. Par  crainte du déshonneur, la famille avait tendance à préférer le mariage précoce de la fille. Tout se fait comme si l’honneur de toute la famille dépendait du seul comportement féminin. Les risques de déviance, dit-on, sont si élevés, que les parents n’ont plus d’autre choix que de contrôler plus étroitement la mobilité et le comportement des filles, car le souci majeur des familles demeure toujours de garder à leurs filles les chances de contracter un bon mariage. La « fragilité » et le « manque de raison » généralement, attribués aux femmes, qui suscitaient, encore plus, les craintes familiales, craintes d’être châtier par les ancêtres les amenaient à être fidèles et obéissantes et justifiaient le renforcement du contrôle sur leur mobilité. Mais aujourd’hui, de nos résultats du terrain, découle la présence de multiple cas de divorce, mettant ainsi en exergue  que le développement conduit de manière universelle à une transformation des modèles familiaux allant dans le sens d’une famille nucléaire en général et qu’Abomey en particulier est soumis à un violent processus de changements sociaux rapides. Cette situation se caractérise ainsi par le bouleversement des références traditionnelles et l’appropriation des valeurs importées. Cette situation a eu un impact sérieux sur la stabilité conjugale et familiale à Abomey, vu qu’elle entraine à sa suite des conséquences telles les séparations des couples. Ceci montre le fait qu’Abomey court à une perte de ses valeurs, normes, donc crise de repères tels beaucoup d’autres milieux l’ayant précédé.

 

CONCLUSION

L’union autorisée entre l’homme et la femme est un événement sociologique. Loin d’être un contrat entre individus, le mariage est un processus de socialisation. La famille se présente comme une entité caractéristique de l’existence sociale. Elle renferme en son sein toutes les composantes d’un cadre de vie organisée pour l’individu, un cadre fait de solidarité et de protection sociale. Avec les mutations liées à la modernité et à l’économie de marché, le constat fait aujourd’hui est que la famille contemporaine est en proie à de nouvelles dynamiques : les relations « chaudes » fortement chargées d’affectivité vont céder progressivement la place à des relations « froides » où apparaissent la diversité des intérêts et des calculs multiformes. Or, deux êtres s’unissent pour le meilleur et le pire dit-on. Les dérives dans les couples pouvaient être évitées si chacun des parties se conscientise et considère le mariage comme sacré. Ainsi, au sein du foyer parfois les attitudes trop sexistes tendant à assujettir les femmes dans le partage des rôles au sein du ménage enveniment davantage les conflits au niveau des couples.  Certes, nous devons faire la part des choses et dégager ce qui  ne profite pas au développement, mais les valeurs intrinsèques de notre culture doivent soutenir les liens du mariage et montrer une autre facette de la perception du divorce.

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

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  • AMOUZOUVI  M. 2008, Le rapport du C2 de mémoire présenté à mon étudiant, Cotonou : PIE.
  • Bourdieu, P., 2000, Méthodologie de l’observation sociale, Paris : Dunod.
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  • Quéniart, A.,  et Hurtubise, R., 1998, Nouvelles familles, nouveaux défis pour la sociologie de la famille, article publié dans la revue Sociologie et sociétés, vol. XXX, no 1, printemps, 133-143. Montréal.
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L’ENGAGEMENT: LA CULTURE INDIGÈNE DU NÉGRO – AFRICAIN DANS LA TRAGÉDIE  DU ROI CHRISTOPHE DE CÉSAIRE

Dr Elisabeth E. OGINI & R. LADIMEJI

Department of Languages and Lingustics,

Faculty of Arts, Delta State University,

Abraka, Nigeria

 

RESUME

L’engagement reste catégoriquement une idée a priori dans la  littérature. Ce n’est pas un développement superflu au niveau scolaire en Afrique et ailleurs à cause de l’incertitude socio- culturel, économique et politique à l’époque actuelle. Un texte littéraire doit avoir un message à transmettre. C’est un role didactique.  Le discours littéraire écrit ou oral a des valeurs, de communication et ésthetique. La Tragédie du Rol Christophe d’Aimé Césaire est une pièce de théâtre ou le dramaturge passe son message au peuple pour l’amélioration du peuple, le corps de la nation et la société. Nous allons montrer comment il essaie de faire un écho sonore dans la dimension naturelle. La conception de Victor D. Zotov concernant la crise, la lutte, et le développment de la société sert comme la théorie de base.

Mots clés: engagement, écho, développement.

ABSTRACT

Commitment in literature has a preferential rating in value. Such theme is not superfluous in Africa and beyond. This is due to the chaotic condition in socio-cultural issues including economic and political affairs in this era. Literary discourse, written or oral has communication and esthetic values, a didactic role of passing messages for correction, progress and development. Aimé Césaire’s La Tragédie du Roi Christophe is a drama, a play, a literary composition of striking actions and events widely staged.  In this paper, we shall show how the echo, the opinion is relevant in progressive manner in the society. Victor D. Sotov’s conception concerning crisis and struggle and nation-wide development in The Marxist – Leninist Theory of Society serves as the theoretical background.

Key words: commitment, echo, development

 

INTRODUCTION

Dès la naissance de la  littérature africaine, elle a été engagée en luttant premièrement pour l’affirmation de l’identité culturelle du Noir et en deuxième lieu pour l’épanouissement de la culture et du peuple aficain.  Les étudiants noirs africains et antillais installés à Paris comme Etienne Léro, Léopolde Sédar Senghor, Aimé Césaire, Léon Damas sont parmi les champions de la littérature africaine. Ils sont les members du groupe négritude, un terme crée par Césaire en 1939, défini par Césaire comme la conscience d’être Noir, la simple reconnaissance d’un fait qui implique acceptation, prise en charge de son detin de noir, de son histoire et de sa culture.

Evidemment, le groupe a été inspiré par des écrivains et artistes noirs d’Amérique comme W.du Bois, C. Cullen, C. Mackay, Langston Hugnes. Notamment, des écrivains et artistes noirs en Amérique ont déjà revendiqué “leur négritude et  denoncé la discrimination raciale”. A Huannou et A. Bogniaho soulignent dans La Littérature Africaine (1993:123) que la négritude est un programme et une philosophie. “Elle prône, entre autres, le retours au source pour revaloriser les cultures africaines bafouées”. Les genres  littéraires sont le roman, la nouvelle, la poésie, le théâtre, le conte, la legende, l’épopée, le mythe, le proverbe ete. La préoccupation dans cet article est basée sur L’engagement dans La Tragédie du Roi Christophe, une pièce de théâtre d’Aimé Césaire. Sa valeur didactique s’impose progressivement. Nous allons montrer comment le dramaturge essaie de faire un écho sonore dans la dimension naturelle.

 

  1. 1. QU’EST-CE QUE L’ENGAGEMENT?

On dit qu’un écrivain est engagé quand-il se préoccupe des problèmes, méfaits socio-politiques de son peuple. Cet écrivain aussi cherche  à donner une  prise de conscience à son peuple exposant les maux de sa société. L’engagement se définit comme le fait pour un écrivain ou un artiste de ne pas considerer l’art comme un jeu gratuit, ayant pour seul but la beauté mais comme  un moyen de servir un idéal humain. C’est-à-dire le fait de se consacrer aux choses. D’apres Wellect et Warren, “l’art ne doit pas se contenter de dulche, il faut aussi qu’il se préoccupe d’utile” c’est- à-dire une  oeuvre littéraire doit avoir un message à transmettre, elle doit jouer le  role didactique. Il ne s’agit plus de l’art. Voilà pourquoi Aimé Césaire explique: Ma  bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point bouches, ma voix la liberté de ceux qui s’affaissent au cahot du désespoir.   Cahier d’un retour au pays natal. (1971: 22).

Ainsi Aimé Césaire se révele le héros et le porte-parole du peuple antillais en particulier et en général du peuple africain. L’engagement selon Césaire a pour but de réveler au peuple africain sa véritable identité et de l’exhorter à se ressaiser en vue d’en faire l’artisan de la nouvelle société à édifier. Le terme de l’engagement est tellement important dès 20ème siècle Presque tous les écrivains cherchent à parler dans leurs oeuvre littéraires des éveneménts qui se passent dans la société. Un  écrivain qui ne se préoccupe pas des activites de la société de son temps risque d’être condmné. C’est pourquoi Alexandre Biyidi  dont le pseudonyme est Mongo Beti a critiqué Camara Laye de n’avoir rien dit sur la colonization dans son premier roman L’Enfant Noir paru pendant la periode coloniale. De la même manière, Flaubert avait critique Balzac d’avoir négligée ou bien de ne rien dit concernant la commune de France de 1870 dans son roman écrit à cette époque- là. Tout ceci montre I’importance que la société attaché à ce terme de l’engagment.

Dans quelle mesure peut-on donc considérer Aimé Césaire comme un écrivain éngagé dans la pièce La Tragédie du Roi Christophe? Avant de relever dans cette pièce de théâtre des éléments de l’engagement, il faut tout d’abord faire un petit résumé de la pièce. Il s’agit dans la pièce l’histoire du Roi Christophe qui cherche à bâtir sa nation en faisant construire une citadelle. Pour arriver à ce but, il exige beaucoup de son peuple. Il entre en conflit avec le mulatre Petion qui s’occupe du gouvernement central au sud du pays alors que le Roi Christophe établit son royaume au nord du pays. D’après Jacques Chevrier dans la Littérature nègre, (1984:159):

Parce qu’il veut redonner confiance à son peuple, parce qu’il entend mètre en terme à son amnésie culturelle, Christophe exige beaucoup des Nègres et les Nègres l’abandonnent. Incompris du peuple et trahi par son entourage corrompu Christophe échoue donc à édifier la citadelle qui devait symboliser la renaissance du peuple  Noir.

Nous allons montrer l’écrivain et ses oeuvrages, la prise de conscience concernant des activités socials et politiques, les problèmes du nouveau monde,  le couronnement, le problème d’identité, le problème de l’unité nationale, la démocratie, le refus du compromis et ensuite la conclusion. Puisque tout ce qui s’est déroulé dans cette pièce était dés évenements authentiques qui se sont passés à Haiti et qui se passent toujours à l’heure actulle dans la pulpart des pays africains, nous avons des raisons profondes qui ont précédé ce choix du sujet. Comme nous le savons, la littérature est l’ensemble des connaissances sociales et culturelles voire économiques d’une société, c’est-à-dire les reflets des faits des événements et des idées dans des oeures créatrices.

  1. 2. QUI EST AIME CESAIRE?

Lilyan Kesteloot dans Aimé Césaire, (1962:9) dit que, parler         des oeuvres d’Aimé Césaire sans parler de l’homme est “une enterprise tout a fait impossible” Césaire est né le 26 juin 1913 au nord de la Martinique. Il obtient une bourse entrangère afin de poursuivre ses études à Paris au lycée Louis le grand, ensuite à l’école normale supérieure.  Son amitié avec Léopold Sédar Senghor lui a donné une prise de conscience à l’époque coloniale.  Césaire est le premier à utiliser le mot négritude dans son recueil de poème Cahier d’un retour au pays natal publié en 1939. C’est lui-même qui a créé le mot “négritude” pendant ses séjours en France.

Césaire est l’auteur de plusieurs textes dans lesquels il se montre ami de son peuple. Dans son recueil de poèmes, Cahier d’un retour au pays natal. Césaire met l’accent sur Ia dénonciation de Ia situation coloniale. Un autre texte de Césaire, Et les chiens se taisaient publié en 1956 donne au peuple opprimé une sorte de prise de conscience. Ses autres oeuvres comme: Discours sur le colonialisme, 1950, où Césaire exprime ses sentiments sur Ia civilisation coloniale, Un Tempête, Seuil, 1970. La Tragédie du Roi Christophe a quoi nous avons affaire dans cette étude et Une saison au Congo paru en 1963, c’est une pièce théâtrale comme La Tragédie du Roi Christophe. Les deux pièces traitent des histoires authentiques des pays négro-africains. Une saison au Congo porte sur le complot qui a renversé le régime de Patrice Lumumba le premier Ministre du Congo (le Zaïre actuel) après son indépendance. La Tragédie du Roi Christophe est une véritable histoire haitienne. Evidemment, Aimé Césaire est un vrai écrivain engagé.

Il faut noter que Césaire avait débuté comme poète. Il en reste toujours. Il abandonne Ia poésie pour le théâtre. A travers le théâtre, Césaire joue complètement son role d’éducateur. Au fait, il est accessible pour Ia poésie. Dans Aimé Césaire l’homme et l’oeuvre. (1973:131) de Kesteloot et Kotchy, Césaire indique: Il faut parler clair, parler, net, pour faire passer le message. C’est Ia prise de conscience qui pousse les écrivains colonisés à écrire d’une façon engagée.

 

  1. 3. LA PRISE DE CONSCIENCE DES INTELLECTUELS COLONISES

Il est à noter qu’il y a une evolution dans le processus de la prise de conscience des intellectuels colonisés. L’évolution se caractérise par trois grandes étapes.  Dans Ia première étape, Ies intellectuels colonisés montrent qu’ils ont assimilés Ia culture des colonisateurs. En d’autres termes ils écrivent comme les Blancs, des poètes Français tel que Victor Hugo. C’est une période d’assimilation intégrale. La deuxième, témoigne que les colonies ont laissé tomber l’assimilation. Ils se souviennent de leurs pays et peuples. Cette période correspond au moment où les Noirs écrivent le poème, prose, d’épisode d’enfance avec le terme de nostalgie. Par exemple le texte de Camara Laye Enfant noir est une littérature de pré-combat.

La troisième période marque Ia période de Ia littérature du combat, les intellectuels invitent le peuple à Ia lutte contre Ia domination des Blancs. Ainsi Aimé Césaire devient un guide, un réveilleur du peuple noir. Par exemple dans le Cahier d’un retour au pays natal, sa premiere oeuvre poétique, l’attention de Césaire est principalement basée sur Ia race noire. Ce poème est violent parce qu’il expose Ia soufftrance et I’oppression du Noir pendant Ia colonisation et le commerce des esclaves. Césaire fait appel aux Noirs de lutter violemment pour reconquérir leurs valeurs et leur dignité. Il montre que l’homme Noir a le passé à annuler, une nation à bâtir et un meilleur lendemain à vivre tranquillement.

 

 

 

4. LES PROBLEMES DU NOUVEAU MONDE

Les problèmes du nouveau monde dans La Tragdie du Roi Christophe sont plutôt des problèmes socio-politiques. Des le prologue on remarque des tas de problèmes socio-politiques. Le combat des deux coqs ou les noms des deux hommes politiques Pétion et Christophe sont utilisés pour représenter les adversaires en combat. C’est ce combat qui ouvre Ia pièce et il signifie une rivalité politique. Le coq noir représente Pétion. Ecoutons le présentateur-commentateur:

L’essentiel est de comprendre Ia situation et de connaitre les personnages dont les coqs portent les noms. Qui est Christophe? .Qui est Pétion?

Tout mon role consiste à vous le dire.

La Tragedie… P.14.

4.1. Le couronnement

Dès le couronnement du Roi, il se met au travail en pleine forme. Comme on la déjà signalé, il témoigne beaucoup de problèmes pendant la colonisation et Ia traite en Haiti. On remarque que Ia culture a été détruite et les valeurs haitiennes bafouées. Le Roi est un grand nationaliste qui n’estime que la véritable liberté de son peuple; mais veut restituer le sens de Ia dignité humaine. Le Roi lutte pour le meilleur du peuple car selon le secrétaire d’état:

Le monde entier nous regarde, citoyens,

et les peuples pensent que les hommes

manquent de dignité! Un roi, une cour, un royaume, voilà si nous voulons être respectés, ce que nous devions leur monter.

La Tragédie… P.28.

________________________

(1) La Tragedie… siginifie La Tragedie du Roi Christophe dans ce contexte

Après le couronnement le Roi Christophe décide de créer les membres de son palais. Son intention est de travailler ensemble, en solidarité nationale. Mais malheuresement après quelques temps, ils ne sont plus honnêtes avec Iui. C’est comme si le Roi n’a pas fait un très bon choix et on a l’impression qu’ils sont trop nombreux. Ce n’est pas au sujet du roi seulement, c’est une caractéristique des nouveaux dirigeants africains. A peine sont-ils au pouvoir qu’ils s’encombrent de protocoles. Le Roi cré une cour et une noblesse afin de travailler en solidarité pour un but commun. Ainsi, il accorde aux citoyens des titres d’honneur par exemple: le duc de Ia limonade, le duc de plaisance, le marquis de l’Avalasse, le duc Dondon, le duc de Ia Marmelade, le comte de Trou Bonbon, le comte de sale-Trou le comte de Ia Bande du Nord, les Marquisses, les duchesses, Ia Serinque, Madame du Tape-o-l’oeil. Des Ecuyers comme Jean-Louis Lamour tonton cimetière, des officiers du Royal-Dahomet : Monsieur le Jupiter, Monsieur Pierre ponipée: Voyons des problèmes liés à l’indépenclance.

4.2. Le problème d’identité

Dans la pièce, le Roi parle des méfaits de la colonisation. Il veut rendre au peuple Noir sa propre valeur. Comme Césaire, le Roi aime Ia culture Noire. Il préfère Ia culture noire à Ia culture européenne. C’est Ia raison pour Ia quelle il se charge de Ia restaurer.

Le Roi crie:

Jadis

On nous vola

Nos noms!

Notre fierté

Notre noblesse, on je dis

On nous les vola

Pierre, Paul, Jacques, Toussaint!

Voilà les estampilles humiliantes

Dont on bliera nos noms de vérité.

La Tragedie… P.37

Le Roi veut Ia liberté de son peuple mais pas Ia liberté “facile”. Il veut que le peuple sorte de sa cachette, de son état d’esclavage et prennent de nouveaux noms. Mais le Roi va d’abord effacer les noms d’esclavage:

Allons

De noms de gloire

Je veux couvrir

Vos noms d’esclaves.

La Tragédie… P.90

C’est ainsi que le Roi et son peuple prennent de nouveaux noms que le Roi désigne par Ia “nouvelle naissance”. Ce problème d’dentité est un phénomène général surtout parmi les sociétés africaines. Dès l’indépendance la plupart des pays africains s’engagent à changer leurs noms par exemple, le Gold-Cost, devient Ghana, La Haute-Volta  devient Burkina Faso, le nord et sud Rhodésie devient Zimbabwe. Certains individus ont change leur nom. Comme Fela Ransome Kuti, devient Anikulapo Kuti, James Ngugi devient Ngugi wa Thiong’O, Désiré Mobutu devient Sese Seko.

4.3. Le problème de l’unité nationale

Après Ia lutte pour Ia restauration de I’identité perdue, au cours de Ia traite, c’est Ia recherche, d’une unité nationale. Comme nous avons signalé, le Roi est un grand nationaliste. Il veut intensifier l’unité parmi les Haitiens. On remarque que le Roi n’est pas le seul qui incarne cette notion. C’est pareil chez les leaders des pays Noirs décolonizés. Dès l’indépendance, ils se chargent de travailler pour un but commun, en vue de bâtir la nation. En effet, c’est un nouveau monde où tout le monde sera libre et heureux dans la nation qu’ils sont en train de bâtir. Mais il faut d’abord travailler.

Le Roi cherche une véritable liberté pour le peuple. Alors il decide de dépécher un émissaire à Pétion pour l’avenir qu’il est moment de finir avec leurs querelles. Comme dit Vastey “Le monde entier nous regard”. Ce qui signifie que leur exemple doit être un modèle pour Ie monde entier. Pour accomplir cette idée, il va se servir de la force de la parole.

4.4. La démocratie

Césaire met en lumière des problèmes des nouveaux dirigeants africains dont l’ambition est de construire une nation démocratique. Dans Ia pièce, le Roi veut motiver le peuple haitiens au travail. Pour que ces derniers exécutent son programme, le Roi se sert de la force de la parole. La force de la parole est l’un des principaux themes chez Aimé Césaire. On rernarque dans Ia pièce que la force de la parole devient faible. C’est difficile de motiver un peuple ignorant. Ainsi le Roi commence à exiger trop des Haitiens tant qu’iIs deviennent inertes et Ia citadelle en question pose des obstacles

Cest vrai que le peuple n’est pas éduqué pour être mobiliser facilement par le Roi. Il est à noter qu’il y a aussi d’autres problèmes. Ce sont des problèmes d’influences externes, même des problèmes internes c’est-â-dire qu’il y a une division entre le peuple. Le Roi Christophe déteste l’influence de la France sur son pays. Il dit à Franco Medina qui apporte un message du roi de France, Louis XVIII de lui faire savoir que leur “liberté, droits et indépendance” sont immuables. Ce qui signifie que la France n’est pas permise de s’ingérer dans les affaires Haltiennes. Il faut noter que ces crises socio-politiques s’observent presque partout en Afrique, et ailleurs, immédiatement après l’indépendance. Les colonisateurs veulent toujours contrôler leurs colonies même après l’indépendance et on voit toujours une division parmi le peuple. II y a les cas du Nigéria pendant la guerre civile de 1967 à 1970, le conflit au sujet de la péninsule de Bakassi, entre le Caméroun actuel et le Nigéria; le Congo de Patrice Lumumba fait aussi son experience. Dans La Tragédie du Roi Christophe, nous voyons ces problèmes socio-politiques. Comme nous l’avons déjà signalé dès le commencement de notre étude, il y a une rivalité politique, le combat des deux coqs dont les noms portent Pétion et Christophe.

Le Roi aime sincèrement le peuple Haïtien. Il veut une véritable liberté pour son peuple. Cela veut dire une indépendance dégagée de tout contrôle extérieur. Voici un véritable leader qui se sent concerné par le sort de son peuple. On remarque que cette idée du Roi a un problème racial sur le peuple. D’abord il y a au moins quatre races sur Ia terre, les Blancs, les Noirs, les Métis et les Rouges. On retrouve une hiérarchie entre les races. Nous voyons que les Blancs s’estiment très supérieurs aux Noirs, et les Métis tel que Pétion représentant une ligne entre le Blanc et le Noir. Le Roi n’aime pas les influences extérieures. Il a peur d’un néo colonialisme Français. La France cherche à dominer les Haitiens ou à contrôler des affaires du pays mais le Roi ne veut pas que la France contrôle son pays comme une poupée. Voilà Ia crainte du Roi. Dans Ia pièce, nous voyons sur la place publique “le bateau du Roi’ de France. Ce bateau représente la domination totale de la France sur l’économie haitienne. Nous remarquons que le Roi refuse que ce bateau vienne chez lui, mais les métis sont contre cette idée. Cela aboutit à une grande opposition: l’Etat devient instable. Alors quelques paysans et des noblesses de la cour commencent à trahir le Roi. Ils ne veulent plus le soutenir et ne lui donnent plus de bons conseils, par exemple, le baron Vastey, le secrétaire du roi et certains peuples demandent au Roi du repos. Cela expose l’analphabétisme du peuple haitien. Certains d’entre eux manquent d’adaptation relative. La situation est non seulement triste mais alarmante! Puisque le Roi  n’est pas au courant des problèmes du peuple (la paresse et l’analphabetisme) alors il continue aveuglement avec son programme.

Le Roi  cherche Ia liberté du peuple. Il ne veut pas que le peuple se retire du travail car selon lui “l’agriculture d’Haiti a besoin de soldats, ce qui signfie qu’on n’a pas le droit d’être las” La Tragédie… P.60. Pour réaliser ses programmes, le Roi est obligé d’aller très vite puisque c’est précisément le temps qui les prend à Ia “gorge”. Voilà l’erreur du Roi. Car il ne sait pas jusqu’à quel point il peut compter sur le peuple. Un autre heros de Césaire, Lumumba dans Une saison au Congo est aussi obligé d’aller trop vite.

Le Roi a une grande vision pour son peuple. Il veut montrer au peuple qu’ils peuvent se réhabiliter seul, et pouvoir édifier une “fameuse citadelle’ pour eux. Selon Lilyan Kesteloot cette citadelle est Ia liberté et Ia revanche du peuple noir: “édifier une fameuse citadelle, cette citadelle est Ia revanche de l’esclavage, l’antithèse du négrier”. La Tragédie… P.62

Le peuple va donc bâtir la citadelle de ses propres mains:

Precisement, ce peuple doit se procurer, vouloir, réussir, quelque chose d’impossible contre le sort, contre l’histoire contre Ia nature, ah ah. Porté par nos mains blessées, Ie défi insens! Sur cette montagne, Ia rare pierre d’angle … imaginez, sur cette peu commune plate-forme, tournée vers Ie nord magnétique, cent trente pieds de haut, vingt d’épaisseur  les murs, chaux, et cendre de bagasse, chaux et sang de taureau. Une citadelle! Pas un palais. Pas un château fort pour proteger mon bien tenant. Je dis Ia citadelle, Ia liberte de tout un peuple. Bâtie par le peuple tout entier, hommes et femmes, enfants et vieillards … à chaque peuple ses monuments qui Ie mit debout. La Tragédie…. P.86 – 87

 

Jusqu’ici nous voyons que le peuple n’arrive pas à comprendre les grands réves du Roi et le roi non  plus, il ne comprend pas son peuple. Plus  loin, Ie Roi exprime au peuple ses rêves: de les faire redresser du passé, de les libérer de leur peur de vivre de leur rendre le sens de Ia dignité d’homme ainsi il declare carrément:

Messieurs, comprenez bien Ie sens de ces sanctions. Ou bien on brise tout, ou bien on met tout debout. On brise, cela peut se concevoir … il faut porter: de plus loin j’ai choisi moi. Il faut porter. Il faut marcher. La Tragédie…. P. 76.

Comme quelques dirigeants africains, le Roi Christophe trouve Ia tâche de bâtir Ia nation plus difficile que Ia lutte pour l’indépendance. Dans le texte, il demande au peuple noir de beaucoup travailler et d’avoir beaucoup de foi, tant d’enthousiasme pour bâtir Ia nation. En fait, le Roi est très énergique. On peut dire qu’il  est voué à mourir pour le but d’instruire.

 

 

5. LE ROl CHRISTOPHE ET LES GENDARMES

Le Roi établit un corps de gendarmes; les Royals-Dahomey qui motivent et inspirent des paysans aux travaux. Dans ce sens le peuple peut se mettre au travail. A Ia suite de cette création des Royals-Dahomey, nous voyons apparaître des décrets du Roi Christophe dans lesquels le Roi ordonne très positivement des ordres suivants:

Article premier

Tous les gérants, conducteurs et cultivateurs

seront tenus de remplir avec exactitude,

soumission et obéissance leurs devoirs

comme le font les militaires.

La Tragédie… P. 89

Article deux

Tous les gérants, conducteurs et cultivateurs

qui ne rempliront pas avec assiduité les

devoirs que leur impose la culture seront

arrêtés et punis avec la même sévérité

que les militaires qui s’écartent des leurs.

La Tragédie… P. 89

Article trois

Chargeons les généraux et officiers

supérieurs de surveiller l’exécution du

présent règlement de laquelle je les

rends personnellement responsables.

J’aime à me persuader que leur dévouement

à me seconder pour …, Oue la liberté

ne peut subsister sans le travail. Signé:

Christophe. La Tragédie… P. 89

On a l’impression que le Roi devient dictateur vers Ia fin de son règne. En effet, il est poussé au mur par le comportement de son peuple et il devient dur et très difficile. Le Roi Christophe continue à travailler. II y a un moment ou le Roi veut marier les gens ‘illico” en espérant maintenir un Etat stable avec des familles stables comme il le dit lui-mêne

Notre Etat a besoin d’une gîte stable et

il n’y a pas d’Etat stable sans famille stable, pas de famille stable sans femme stable, … Alors, j’ai décidé que vous vous marierez illico.

La Tragédie…. P.94

Il ne faut pas oublier les bouleversements des hommes noirs de leur famille pendant Ia traite et Ia colonisation. Cela peut arracher le désir du mariage des négro-africains. Alors il faut une “famille stable’’ pour sortir de cette situation célibataire. Cependant des femmes africaines sont séduites par des Blancs. Cela aboutit non seulement à Ia naissance des métis, mais aussi à I’arrët du mariage parmi les Négro-africains seulement.

Ensuite, nous apprenons I’histoire de Ia mort de I’envoyé du Roi de France, il est tué à cause de l’affrontement que Louis XVIII a fait à Christophe.  Christophe dit:

…Monsieur Franco de Médina sera debout auprès de son cercueil et écoutera sa propre messe de requiem … Bon voyage, monsieur France de Médina.

La Tragédie… P.74.

Comme toujours, on entend le cadre d’histoire d’un pauvre homme qui dormait à une heure “indue’’ contraire à l’ordre du Roi. Cet homme est tué suivant l’ordre du Roi. La deuxième dame nous en raconte:

…mon histoire à moi est plus triste: c’est

I’histoire d’un pauvre homme. II dormait parait-il, sur sa veranda, à une heure indue. Je veux dire à une heure non prévue par le code Henry. Le Roi l’aperçoit du haut de sa lorgnette. Mes aieux !

Quelle colère! Il appelle un officier ils  entre dans la galerie aux canons. Vous devinez Ia suite!

La Tragédie…. P. 83.

Il y a un instant ou l’un des paysans dépasse sa position il rencontre sa mort avec I’ordre du Roi:

…je l’ai fait comte de mont-Roui, lui ai donné en effet des chapelles et j’apprends qu’il fait fouetter les paysans … j’ai mis à sa disposition des travailleurs, je ne lui ai pas donné d’esclaves Dépêchez la-bas une section de Royal-Dahomey.

La Tragédie…. P. 58

Comme nous l’avons déjà signalé le Roi devient très dur avec son peuple mais le peuple n’arrive pas à comprendre son idée. Voyons maintenant le refuse du compromis.

 

 

 

6. LE REFUS DU COMPROMIS

Les héros Césairiens se passent des conseils. Le Roi refuse de suivre les conseils de sa femme. S’il avait écouté les conseils, il naurait pas tant de problémes. Lumumba dans Une Saison au Congo ne suit pas les conseils de sa femme Pauline. Dans  La Tragdie du Roi Christophe madame Christophe donne des conseils à ce dernier: elle lui conseille de ne pas trop demander aux homes: “Christophe!Attention! Christophe! Christophe, ne demande pas trop aux hommes et à toi même pas trop. La Tragdie” … P. 59.

Le Roi  n’écoute pas sa femme, il se defénd en lui expliquant Ia raison pour laquelle il doit demander trop aux hommes. Le Roi explique:

Je demande trop aux hommes mais pas assez aux Nègres ! Madame! S’il y a une chose qui autant que … les propos des esclavagistes, m’irrite, c’est nos

philanthropes clamer, dans le meilleur esprit sans doute, que tous les hommes sont des hommes et qu’il n’y a ni Blanc ni Noir, tous les hommes ont même droit. La Tragdie. P. 58

Et madame Christophe a peur que ses enfants ne souffrent pas après Ia mort du Roi.  “Nos enfants, Christophe Songer à nos enfants.  La Tragdie”… P. 93

Voilà la prudence de la femme chez Césaire. Encore le Roi refuse tout compromis avec la France qui l’oppresse. Le Roi declare: “faites savoir à Ia France que libre de droit et indépendant de fait, nous ne renoncerons jamais à ces avantages” A partir de ce refus de compromission, le Roi devient solitaire à l’écart du peuple. Ce peuple qui le veut roi, commence à vouloir se débarrasser de lui.

 

CONCLUSION

Dans La Tragédie du Roi Christope, Aimé Césaire se révéle un dramaturge engagé qu s’intéresse au sort de son pays, de ses peuples et de Ia race noire. Ce qui est bien connu, c’est que ses activités combattantes et son amour pour Ia race noire sont bien prononcés.

Dans la pièce, Aimé Césaire nous fait entrevoir son rêve de lumière et de la liberté pour son peuple. Il souhaite avoir un pays bien stable. En effet il veut le meilleur pour son peuple. Pour cette raison, il expose les problémes de gouverner un nouvel Etat et comment résoudre les problèmes. Parce que c’est comme si c’est plus facile d’arracher l’indépendance que de se gouverner. Dans Ia pièce Césaire expose les problèmes du leader qui est terriblement seul, mal soutenu, mal compris, en butte aux jalousies, aux machinations voire aux complots d’après Kesteloot et Kotchy, (1973: 136).

Ce problémé se manifeste aujourd’hui dans certains pays africains: le Nigeria, le Gabon, le Togo, la Republique du Bénin, le Sénégal etc. Aimé Césaire lutte non seulement contre Ia voracité étrangère, mais aussi contre Ia lâcheté des siens. Il expose cette idée non seulement dans La Tragedie du Roi Christophe mais aussi dans Et les chiens se taisaient.

Après l’indépendance, les pays Noirs ont le devoir de la solidarité nationale mais c’est le contraire qui s’observe presque partout. Le leader noir devient violent et parfois  c’est le bouleversement total qui suit.

 

REFERENCES

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Césaire, A. (1963). Et les Chiens se taisaient, Paris: Présence Africaine.

Césaire, A. (1946). Les armes miraculeuses, Paris: Guallimard.

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INVESTIGATING THE EFFECTS OF CLASS ENVIRONMENT ON EFL LEARNERS’ ACHIEVEMENTS IN OUEME SECONDARY SCHOOLS

Dr Jean-Marc GNONLONFOUN & Julienne[1]

HOUSSOU-KPEVI

Département d’Anglais, Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, Université d’Abomey-Calavi, Rép. du Bénin

ABSTRACT

This study aimed at investigating the influence of class environment on EFL learners’ achievements with reference to the Ouémé region in Benin. 200 students and 40 teachers were randomly selected from 10 secondary schools of the region. In addition, observations of the conditions prevailing both in classes and the schools were also observed. The results demonstrated that the existing material conditions are not conducive for learning and teaching activities. Teachers’ salaries, lack of motivation, bad working conditions, the state of class buildings, lack of class equipment, students’ financial and family difficulties and the use of strikes as a means of claiming due rights by teachers are other key inhibitors of students good achievements in the schools. Then, one can assume that the classroom environment in Benin bas harmful drawbacks on students’ achievement. Therefore, we advise that the government take actions to improve these situations by building schools away from sources of noise and nuisances and by training teachers. The teachers are remembered that it is their responsibility to create a suitable and conducive atmosphere. Parents are advised to see to provide didactic materials to their children and avoid considering assignments such as mathematics, physics or biology as more important than English. Other recommendations have been made in relation to further studies to be carried out to investigate the aspects that have not been taken into account in this one.

Key words: EFL, class environment, learners’ achievement, secondary schools, Benin context

RESUME

La présente étude a exploré l’influence de l’environnement sur la performance des élèves en Anglais langue étrangère (ALE) dans les collèges du secondaire du département de l’Ouémé au Bénin. A cet effet, 200 élèves et 40 enseignants ont été sélectionnés au hasard dans dix collèges de ladite région. Des observations ont aussi été faites sur l’environnement général de la classe et de l’école. Des résultats obtenus, il ressort que les conditions actuelles sont défavorables au processus d’enseignement et d’apprentissage. Les bas salaires des enseignants, le manque de motivation des enseignants, le recours aux grèves comme moyen de revendication, les mauvaises conditions de travail, l’état des bâtiments, le manque d’équipements didactiques, les difficultés financières et familiales des élèves, le positionnement des infrastructures scolaires à des endroits tels que les bords de route, de marché, à coté des fétiches, etc, sont les principales raisons invoquées. Il est donc recommandé que le gouvernement prenne les mesures nécessaires pour pallier à ces situations adverses.

Mots-clés: ALE, environnement de la classe et de l’école, performance des apprenants, CEG, Bénin.

INTRODUCTION

In the teaching and learning process, the key expectation of any teacher is to facilitate student learning styles. They clearly put the stress on the teachers’ ability, their experiences to model the learners with a view to obtaining an expected outcome. But when the students’ performance is analysed, they seem not to be really performing well. This is due to several factors including material conditions, teacher’s background and experiences, the obvious will of the learners and teachers’ attainment, etc. In such a situation, what can be done to put an end to the downfall of English language in Beninese secondary schools, mainly in terms of the material environment in which learning and teaching occurs? Indeed, this material environment is made of the classroom environment and surroundings as well as teachers and students’ living environment and conditions too. And it is important to study such issues so as to have a good idea of their influence on students’ performance in the EFL class.

1. THE STATEMENT OF THE PROBLEM

The  primary  purpose  of  teaching  and  learning  process  is  to  bring  a  significant  change  in behavior through active participation and critical thinking of the learner. This cannot take place without  the  availability  and  proper  use  of  school  facilities  and  other environmental aspects and resources. Indeed, the quality of education that students receive depends on the availability of an overall school facilities in which teaching and learning takes place. Quality, relevance and access to education can be attained if and only if  educational  materials  are  properly  available  and  utilized  in  an  educational  institution, if the school is built in an appropriate environment and if other human and material resources are for use. This is because such overall resources are the only means through which organizational activities, service and satisfactory ends are attainable.  School facilities and school environment consist  of  all  types  of  buildings that  are used  for  academic  and  non-academic    purpose such as equipment,    classroom    facilities,    furniture,    instructional materials, audiovisual aids, toilet, ICT, library  and laboratory  materials  and other aspects. They play a pivotal role to smoothly run teaching and learning process. They enable the teacher to accomplish his/her task as well and help the learner to learn and achieve effectively. Additionally, they emphasized that the availability and proper use of school facilities  can  affect  the  interest  of  the  teacher  to  teach  effectively  in  turn  that  positively  affects student’s  academic  achievement.  Therefore,  the  school  facilities  in  the  school  needs  a  proper attention as they have a great value in the support of teachers and students morale, motivation and plays a significant role to improve the quality of education. However, this is not the case with Beninese secondary schools. The inadequate school facilities found in most of them have a negative impact on teachers motivation    that    in turn    negatively    affects    students achievement. Regarding the availability of textbook and other reading materials, observations reveal that there seems to be a big gap. School resources such as electricity, water, computer rooms, and laboratories are the common problems of all the regions. This shows that the quality of education is questionable. There is a necessity of carrying out research to understand the different aspects underpinning this issue.

2. THE PURPOSE OF THE STUDY

The major purpose of this research is to investigate the effects of class environment on EFL learners’ achievements in OUEME secondary schools. More specifically, the current study aims at seeking answers to questions such as what are the effects of class environment, teacher-related, facility-related, and parental economic status on students’ achievements in Beninese schools. This means that the research questions to be explored include aspects such as (i) the issues related to the level of the teachers’ acquaintance and the impact of their social status on their learners’ performance; (ii) the effects of social and material conditions on students’ achievements and (iii) the impact of classroom atmosphere on student’s achievements. In this regard, I have assumed that there is a correlation between language teaching method and the effective and efficient learning of English as a foreign language on the one hand and the implication of the parents on the other hand.

 

3. LITERATURE REVIEW

3.1. The physical environment of the classroom

Although Talton and Simpson (1987) comment that ‘the classroom is the basic structural unit of our educational system’, the nature of the classroom is clearly affected by the school design and objectives adopted at the school level. Moos’ (1979) model of the learning environment includes ‘school context’ as a factor affecting ‘classroom climate’, but he argues that the classroom is the appropriate level to observe and evaluate. There is reason to expect the classroom environment to affect behaviour: Maslow and Mintz (1956) found that participants in an ‘ugly’ room made significantly less positive judgments about photographs than did the participants doing the same task in a ‘beautiful’ room. In an American college in the 1970s, Sommer and Olsen (1980) found that a renovated room, including soft furnishings and designed to be more friendly and attractive, seemed to increase student participation. They report that student participation rates in discussions and in asking questions during classes were ‘two or three times as high’ (1980:13) as in comparable classes taught in traditional rooms.

However, it is difficult to extrapolate from these observations to identify requirements for a school classroom. Rutter’s (1979) pupil conditions scale attempted to measure student working conditions and was positively related to exam success. In Heshong’s (2003) study, teachers were reported to desire more space, a good location and quiet environment, and have lots of storage and water in the classroom. Teachers preferred classrooms with windows, daylight and views, but these were not a top priority.  It is worth noting that much research on open offices suggests that employees find them unsatisfactory (Brennan et al., 2002), which might be relevant given that in many ways a secondary school classroom resembles an open office, in particular the lack of personal, or personalized, space.

ü  Furniture and equipment

The examination of ergonomic seating and positioning has been well researched in the workplace, but it has tended to be ignored in classrooms (Yeats, 1997). However, some children contributing to The School I’d Like (Burke & Grosvenor, 2003) mentioned inadequate furniture and there is some literature relating to classroom furniture (Marschell et al, 1995). Given the difference in size between school children, adjustable furniture might seem sensible and in fact has been advocated for some time: Donovan (1921) has a design for an adjustable desk and seat. However, any observation in schools demonstrates the failure of such ideas to become accepted wisdom. Here is the potential for this to change if, as has been suggested, adjustability forms part of the European Standard on School Furniture which was published at the end of 2004.

Knight and Noyes performed a study on classroom furniture in relation to children’s behavior and sitting positions between traditional classroom furniture and ergonomically designed furniture. They found that children showed a ‘significant improvement in on-task behaviour and a marked change in sitting positions following the introduction of the newly designed furniture’ (1997:747).  In relation to sitting positions, Linton et al (1994) did not observe any different sitting positions in the children in their study when using ergonomically designed furniture. The children did comment that the ergonomically designed furniture was more comfortable, as did children in a further study conducted by Troussier (1999). Linton et al.(1994), however, suggest that students need guidance on proper use of ergonomically designed furniture.

Troussier (1999) also investigated levels of back pain when children use traditional classroom furniture and ergonomically designed furniture; however, it was concluded that there was no significant difference in prevalence of back pain. It has been argued that back pain does exist among school children (Murphy et al, 2004) but some researchers emphasize that back pain is not solely due to inappropriate classroom furniture but that other factors are relevant. A major factor that has been highlighted is gender, with girls more likely to experience back pain than boys. Milanese & Grimmer (2004) argue that the taller the student, the more likely they are to experience back pain.

From the literature reviewed up to now, it can be concluded that, overall, there is preference for the ergonomically designed furniture in the studies (Yeats, 1997). Molenbroek et al, (2003) argued that the design of classroom furniture should be based on the student’s political height rather than body height. A study which used this idea and took anthropometric measurements of students’ body dimensions (Parcells et al, 1999) concluded that there was a substantial degree of mismatch between student’s body dimensions and furniture that they use.  Such a mismatch was also found by Panagiotopoulou et al (2004).

A further issue that relates to physical discomfort, and which could be solved through design, is that of students carrying books and equipment. Periodically, concerns are raised about students carrying too much and sometimes lockers are installed to minimise the problem.

ü  Arrangement and layout

One of the more basic variables that can be altered in the classroom is the arrangement of the students’ desks and chairs, and this issue has been quite well researched and debated by educationalists. Rows of desks are considered to be appropriate to individual work and increase time on-task (Galton et al, 1999).  The research which specifically compares rows and tables (Hastings, 1995) suggests that less attentive and less successful pupils are particularly affected by the desk arrangement, with their on-task behaviour increasing very significantly when seated in rows instead of at tables. It is pointed out by these authors that the vital mediating element between the physical environment and improved classroom climate could be the reduction in negative interactions between teacher and student, since the student in the rows arrangement is able to concentrate and so provokes fewer admonishments. This plausible chain of events has relevance for any alteration to the physical environment.

Within the rows arrangement, there seem to be differences in student involvement dependent on position, with an ‘action zone’ of increased involvement across the front and down the middle of the room. There is some discussion about whether this is more accurately characterised as a ‘T’ shape or as a triangle (Marx et al, 2000) but there is agreement about the existence of such a zone.  This is observed even with the random allocation of seats (Gump, 1987; Weinstein, 1979) and Moore and Glynn (1984) found evidence that the differences originate in the questioning and attentiveness of the teacher rather than the students’ behaviour.

To allow for the possibility of group work, primary school children are mostly sat around tables, although McNamara and Waugh comment that ‘group size often seems to be determined by the furniture and its arrangement’ rather than by ‘educational or pedagogical considerations’. (1993:44). They go on to recommend a ‘horseshoe’ formation where students can see each other and the teacher.  This arrangement is also commended by Galton et al (1999) and Alexander (1992). Although Horne-Martin (2002) argues that it is a very controlling and teacher-dominated approach, Marx et al. (2000) found that more questions are asked by children when seated in this arrangement than when they are in rows.

Considering the classroom arrangement more generally, Nash (1981) found that the thoughtful organisation of an infant classroom to fulfil educational aims instead of for organizational convenience, facilitated learning and enhanced cognitive development. In a similar study, Moore (1986) argues that the arrangement of pre-school environments seems to affect behaviour. Loughlin and Suina argue that the arrangement and positioning of material is a ‘tool to support the learning processes. (1982: xv).

Especially within more open classrooms, concerns about privacy are sometimes voiced by children (Rivlin & Rothenberg, 1976).  Ahrentzen & Evans (1984) argue that teachers could help by arranging furniture to produce private areas. However, they also found that an increased number of such places in a classroom seemed to coincide with the children being less satisfied with provision of privacy.

ü  Temperature and air quality

Earthman (2004) rates temperature, heating and air quality as the most important individual elements for student achievement. Two studies (Young et al, 2003; Buckley et al, 2004) mention the importance of these issues in reports which address the needs of particular US states’ schools, while Fisher (2001) and Schneider (2002) similarly rate these factors as likely to affect student behaviour and outcomes.

Within the studies there are some reasonably clear findings but also some disagreement. Much of the earlier work, in the USA, emphasized comfortable temperatures and, therefore, given the climates of some of the districts studied, advocated an increased use of air conditioning. There has been questioning of some of the assumptions made about maximum comfortable temperatures (Wong & Khoo, 2003) and about the necessity of using air conditioning to achieve ventilation (Khedari et al., 2000; Grams et al., 2003). Furthermore, it is notable that air conditioning, ventilation and heating systems are found to contribute quite distinctly to the level of classroom noise (Shield & Dockrell, 2004). This is considered too noisy by many researchers in that area and suggests the potential for conflict between demands for certain physical elements to be prioritized over others.

However, the importance of ventilation in educational establishments continues to be emphasized (Kimmel et al, 2000; Khattar et al, 2003), while the inadequacies of indoor air in schools continue to be reported (Lee & Chang, 2000; Kimmel et al, 2000; Khattar et al, 2003) and linked to ill-health (Ahman et al, 2000).  Smedje and Norback (2001) argue that since irritants and allergens collect in dust, it might be advisable to avoid particular sorts of ‘fleecy’ furnishings and open shelving and to increase the frequency of cleaning.  It is evident that the demands of clean air might come in to conflict with the teacher’s desire to provide a comfortable, cosy and welcoming classroom.

Most of these studies work on the basis that air-related health problems are self-evidently problematic, but the study of Rosen and Richardson (1999) went further by linking poor air quality to absenteeism.  They found that reducing the number of particles in the air, and so improving air quality, in a nursery school resulted in reduced child absence. Clearly this has implications for learning and academic achievement. In contrast, the Heschong Mahone Group report (2003) argues that operable windows and air conditioning have no effect on absenteeism.

ü  Noise

There is considerable literature considering the effect of noise on human functioning, quite a lot of it relating to children learning in noisy environments. This can be seen as developing from laboratory- based cognitive psychology experiments (eg, Salame & Wittershiem, 1978), which attempted to understand the effect of noise on cognitive functioning through examining performance of narrow tasks, often involving memory.  However, even these experiments, in situations which are considerably more restricted than in a classroom, allow for some argument about the precise cognitive mechanisms for the results they obtained (Poulton, 1978).

However, they do advocate explanatory elements that recur in the ‘real world’ literature, such as noise annoyance, distraction and direct masking of cognitive processes, as well as revealing a general tendency for noise to be disruptive, therefore impairing performance. Cohen et al. (1980) argue for combining field and laboratory methodologies when considering the effect of raised levels of ambient noise on children and they conclude that there are consistencies in the findings of the two approaches.

The research into the effect of living or learning in noisy surroundings was initially driven by concerns about exposure to chronic external noise, such as that due to aircraft or road traffic. In a review of the area, Stansfeld and Matheson discuss the possibility of health and psychological problems and conclude that: ‘The evidence for effects of environmental noise on health is strongest for annoyance, sleep and cognitive performance in adults and children.’ (2003: 253).  Cohen et.al. (1980) found evidence of raised blood pressure and signs of learned helplessness due to noise, although these problems have not been found by other studies (such as Haines et al, 2001a).  A more reliable finding is that chronic noise exposure impairs cognitive functioning and a number of studies have discovered noise-related reading problems, deficiencies in pre-reading skills (Maxwell & Evans, 2000) and more general cognitive deficits (Lercher et al, 2003). As a result, reviews of the consequences of aspects of the physical environment tend to conclude that acoustics and noise are important factors in a school environment (Fisher, 2001; Schneider, 2002; Earthman, 2004). Schneider comments that in general the research is ‘consistent and convincing: good acoustics are fundamental to good academic performance’. (2002: 6).

There has been some discussion about the mechanism for the widely reported reading deficits. It has been observed that teachers pausing during bursts of external noise leads to an effective reduction in teaching time (Weinstein, 1979), which has been put as high as an 11% loss in teaching time (Rivlin & Weinstein, 1984). Although there is interest in noise annoyance and links to mood (Lundquist et al, 2002, 2003), it seems there is also a more direct cognitive mechanism (Haines et al, 2001a). Hygge (2003) reports that various noises (recordings of aeroplanes, road traffic and trains) appear to interfere with the encoding stage of memory and that this is not mediated by distraction or mood. Evans and Maxwell (1997) argue that the reading deficits result from problems with language acquisition and, specifically, with speech perception. A related suggestion is that, in general, impairment in performance is partly explained by the interference of any noise with inner speech (Poulton, 1978), while Knez and Hygge (2002) found that irrelevant speech is a particularly distracting noise.

All this evidence fuels concern that many have about internal or ambient noise levels in classrooms, even where there is not particularly loud external noise. Shield and Dockrell (2004) found that external noise levels did not generally affect levels of classroom noise, which were mainly dependent on internal factors such as the nature of the classroom activity, number of children etc. It must be noted, though, that they measured the noise levels with the classroom windows closed, and that when the children were engaged in silent reading the external noises became more significant and possibly distracting. However, they found that background noise in unoccupied classrooms was above guideline levels.

Other researchers have drawn attention to these problems of inadequate acoustics (Addison et al, 1999; Lundquist et al, 2002) and proposed various solutions such as increased carpeting (Tanner & Langford, 2002), sound amplification systems (McSporran et al, 1997) and ceiling hangings to dampen reverberation (Maxwell & Evans, 2000).  As Seaborne (1971) describes, this last solution was in use in the 1830s.

Another line of research interest relates subjective perceptions of noise and noise annoyance to objective measures of noise.  Dockrell and Shield (2004) conclude that the judgments of both adults and children correlate well with background noise, while noise annoyance is more related to peaks of noise and some noises are perceived as more annoying than others. Other researchers (Stansfeld & Matheson, 2003; Kjellberg et al, 1996) have noted that factors such as predictability, control and judged necessity influence how annoying people find particular noises.

However, there are limits to the judgments about the effect of noise with several studies finding that participants can be apparently mistaken about the effect of the noise situation on their performance (Knez & Hygge, 2002). In addition, there are some limited suggestions that some individuals might be more sensitive to noise than others (Belojevic et al, 2001).

ü  Lighting

There is a considerable amount of literature relating to lighting in the classroom. There is research relating to different kinds of lighting, from daylight to artificial, and there is a disagreement among researchers on which form of lighting is the most suitable for the classroom. In relation to student achievement it is argued that day lighting offers the most positive effect (Earthman, 2004; Heschong Mahone Group, 2003) as daylight produces biological effects on the human body (Wurtman, 1975). However, having solely a daylight source in the classroom is not practical or possible.  Benya suggested that for ‘lighting to be effective, daylight must be supplemented by automatically controlled electric lighting that dims in response to daylight levels’ (2001:1). Barnitt (2003) suggests that good lighting can only be achieved by a combination of direct and indirect lighting.

There are different kinds of indoor lighting and differences in the intensity depending on colour temperatures. Jago & Tanner argue that ‘the visual environment affects a learner’s ability to perceive visual stimuli and affects his/her mental attitude, and thus, performance’ (1999). Knez (1995) found evidence that lighting conditions that induced negative affect reduced performance, and therefore, lighting conditions that induced positive affect improved performance. Veitch (1997), however, argued that lighting has no effect on mood or performance. In another study, Knez studied the effect of lighting and gender and found that females were more perceptive to light than males. Furthermore, Knez (2001) found that males and females performed differently in different kinds of lighting. Differences in performance and mood under different kinds of lighting in relation to gender and age were studied by Knez and Kers (2000).

Another line of research that relates to lighting is concerned with health issues. The most common complaints of inappropriate lighting are headaches, eyestrain and fatigue. To overcome these complaints, Karpen (1993) suggests the use of full spectrum polarized lighting as it is glare-free and flicker-free. As there is an increased use of computers in schools the idea of creating glare free lighting is important. However, concerns about glare and suggestions for overcoming it are not new: Donovan (1921) includes advice about the alignment of desks and the use of blinds.

One way of determining the health of students is to examine absenteeism. The Heschong Mahone Group (2003) argues that physical classroom characteristics, including lighting, do not affect student attendance, while other researchers, for example, Hathaway (1990) argue that there is a correlation between absenteeism and lighting. Hathaway goes further on the aspects of lighting than other researchers, linking lighting to incidence of dental cavities and gains in height and weight.

3.2. Other design issues

A major design issue of the last few decades has been that of open-plan schools but, as other writers have argued (Gump, 1987; David, 1975; Proshansky & Wolfe, 1975), the resulting environment should be understood far more in terms of the interaction of social and physical elements than other physical factors.

Issues in the design and layout of the whole school are mentioned in the literature but have not been as exhaustively researched as the above elements. Ahrentzen & Evans (1984) found that higher ceilings in classrooms produce decreased perceptions by both teachers and children of crowding, with the height of the classroom ceiling correlating significantly with teacher satisfaction with the room. However, higher ceilings may cause other problems. Read et al (1999) found that ceiling height affected co-operative behaviour among pre-school children, with the children displaying higher levels of cooperative behaviour in classrooms with lower ceilings. Earthman argues that a particular problem with older schools is that their high ceilings ‘may negate the benefit of better lighting’ (2004, p.20), while higher ceilings can also increase acoustic problems due to reverberation.

Tanner (2000) provides a number of suggestions of elements of school design which might be particularly important. Among the four features of his school design assessment scale which correlate with student achievement, are ‘pathways’ and ‘positive outdoor spaces’. The former refers to buildings and ground which encourage ease of movement, presumably avoiding feelings of crowding.  With reference to the latter factor, Tanner is convinced of the benefit of well-designed and maintained outdoor spaces and his findings do suggest that they might contribute to student academic performance. Certainly outdoor areas are noticed:  Maxwell’s (2000) student respondents criticized the rather inadequate outdoor area at their school.

To conclude, it is possible to consider the fundamental aspects of the physical environment, such as heating, lighting and acoustics, as well as the overall design of the school which encompasses the previous aspects. Since some of these physical ‘basics’ have been researched in isolation, it seems reasonable to look at them first in this manner. Many reviews of the effect of the physical school environment on learning consider previous research in a similar way and point out that some of the more definite conclusions within this area can be drawn about the effects of these underlying physical characteristics. However, it is important to remember that all these features contribute to the educational environment and, in addition to concerns about possible interactions; there is the problem that recommendations regarding certain physical factors may, and often do, conflict with each other.

 

4. RESEARCH METHODOLOGY

4.1. Research Approach

In this study, a descriptive approach to research (as defined in Gnonlonfoun, 2014) has been used. The tools implied were questionnaire and class observation.

 

 

4.2. Research Population

The total number of students involved in this study is 200 selected from 10 secondary schools of the Ouémé region which are CEG Dangbo, CEG Akpro-Missérété, CEG Djègan-kpèvi, CEG Avrankou, CEG Adjarra, CEG Anavié, CEG1 Sèmè-Kpodji, Lycée Béhanzin, Lycée Toffa, and Collège Application. In terms of teachers, they were 40 of them selected from the same schools. The subjects of this study were EFL teachers as well as post-beginner learners of English. These post-beginners have completed at least four years in secondary schools. Generally, the student participants had been exposed to English since they attended their first year (Sixième) in secondary school. In this sense, the student participants in this study could be regarded as forming a homogeneous group.

Members of both target population were chosen randomly. Unfortunately, it was not possible to have an even number of male and female subjects. But this is not a problem since it is not the intention of this study to investigate effects arising from gender differences.

 

 

 

4.3. Research Instruments

Data collection has been made by the means of questionnaire and observations.

ü  Questionnaires

Indeed, two questionnaires (teachers’ questionnaire and students’ questionnaire) were used to gather the quantitative data necessary to reach the purpose of the study. The indications given in Gnonlonfoun (2014) were followed.

The questionnaire addressed to students was made of thirteen questions. It investigated several aspects such as learners’ interest in English language, their understanding of this language, their ideas on going to libraries and surfing on the internet, their possession of student English book, the view on the importance of English language, tutorage as well as their living conditions. On its part, the teachers’ questionnaire comprised thirteen questions too. These were asked to uncover the environment issues which include teachers’ status, the availability of educational materials, their ability to research in library and in internet, the teachers’ wage (well paid or not), their probable second job and how the strikes may impact learning and teaching.

 

ü  Observations

While carrying out research, there are four types of observational research that can be done: detached observation with no participation on the observer’s part (complete observer) to the full and complete immersion of participants in the environment (complete participant). For the purpose of this study, the researchers have chosen to endorse the role of observer as participant. In such a role, the researcher is known and recognized by the participants. These participants also know the research goals of the observer. There is some interaction with the participants but the interaction is limited. The researcher’s aim is to play a neutral role as much as possible. The focus, during observations, was put on aspects such as classroom management, teacher’s clothing, the way the teacher is conveying his message, classroom atmosphere, classroom materials, classroom setting, classroom decoration, the students attitudes and the building.

4.4. Data collection procedures

The data collection procedures took place during the 2015-2016 academic years. Before the data collection, prior contacts were established with authorities in the 10 different secondary schools selected. In addition, a main contact person (a friend or a teacher administrator who worked at the same school or area) was assigned to be in charge of all communications between people of authority and participants on the one hand and I, the researcher, on the other hand.

The data were collected in two stages. In stage one (From November 2015 to December 2015), the questionnaires were administered to the 200 students and 40 teachers at the rate of 20 students and 4 teachers per each of the secondary schools selected throughout the region. Of these, 150 students’ questionnaire and 38 teachers’ questionnaire were handed back.

In stage two which took place from January 2016 to March 2016, the class and school observations were made on the field to add some other data to those previously collected. It is important that I mention that before the beginning of data collection, I have introduced myself and my research topic, explained the purpose of the study and requested participation to the study. It took approximately twenty to twenty-five minutes complete the questionnaire. Most of the participants seemed happy to participate in the study.

Data analysis has been done through the use of Microsoft Excel® 2007 set up on a computer provided with Windows 7 Professional operating system.

5. FINDINGS OF THE STUDY

5.1. Presentation of results

5.1.1. Results from students’ questionnaire

Diagram L1: Student opinions about their interest in English

 

 

Diagram L2: Student opinions about their understanding of English language.

 

Diagram L3: Students appreciation about library and internet

 

Diagram L4: Student opinion about their English book

 

Diagram L5: Students opinions about the importance of English language

 

Diagram L6: Student’s opinions about English tutor

 

Diagram L7: Student’s opinions about their living condition

 

5.1.2. The analysis of teacher questionnaires

Diagram T1: Teachers’ Level

 

Diagram T2: Teacher’s status

 

Diagram T3: Teachers’ opinion about didactic material

 

Diagram T4: Teachers’ opinion about going to internet and library

 

Diagram T5: Teachers’ opinion about their salary

 

Diagram T6: Teachers’ opinion about second job

 

Diagram T7: Teachers opinion about strike

 

5.2. Discussion of Results

The results of the findings indicated that there are a number of factors that affect the academic performance of students. One of these is school location or the site on which the school is built. This is so because in a situation whereby the school is sited in a noisy area like in the heart of a city or near a road or a market, activities going on are bound to disrupt the teaching/learning of the students. In the same line, it is also unimaginable to build a school in a fetish place. There are some secondary schools which are built near the fetish house. It is known but not scientifically proven that fetish and witchcraft go together. Some people attribute the death of students and teachers in such schools to the fetish. One will not expect such students working in this area to be doing well academically. A conducive environment enhances learners’ growth and development. They feel happy in a peaceful and friendly environment whereas schools located in noisy streets or places are associated with deficits in mental concentration leading to student’s poor performance. The government must then revise its policy of school location and of the school granting permission to the private promoters.

Noise is anything that interferes with teaching/learning process. Noise produces influence on children’s information  processing  strategies,  feelings  of  personal  control  as  well  as  their  level  of  arousal. The ability to understand isolated speech material consisting of single words or sentences in an acoustic environment with varying amounts of background noise and reverberation has been well studied in laboratory settings and documented in the literature for persons with normal hearing, persons with impaired hearing and EFL students for whom. All of these auditory challenges exist in the school classroom with an environment for which the most significant speech communication can be connected discourse or, for the learners, new words or phrases containing unfamiliar sounds or phonemes.

Social unrests which in Benin, often manifest in the form of strikes also influence students’ achievement in class. Over the last decade, schools activities are disrupted by strikes organized by teachers’ union leaders. Because of this, academic activities do no more last for the time they should. And when the end-of-year examinations come around, students are strongly expected to demonstrate a comprehensive view of what was not taught over the year in a short period. They get in one to six weeks the bulk of the class they are expecting to have as courses in nine months. There are many claims for the improvement of the teachers teaching and living conditions. Each time and every time, the government turns a deaf ear to these claims. Are teachers right or wrong to claim good living conditions? To answerer to these questions, it can be said that, as human beings, the teachers are looking for decent conditions to devote themselves to teaching. On the other side, the question is whether the government on its behalf, is able to satisfy all the claims of the teacher. When we analyze all around, we can say that the government is guilty since all the time authorities on certain level misappropriate the state funds, which brings the state to be unable to satisfy the teachers’ claims.

Also culture influences student’s academic performance. The  cultural  environment  influences aspiration  because  culturally  based  explanations  of  behavior tend to focus on  the  moral  codes  that  function within  particular  families,  communities  or  groups.  Indeed, culture is related to beliefs, values, norms and socialization. There are evidences that  the  environment  whether  urban , rural or industrial  contribute to what a  student learns  and  how  it  is  being  learned.  Some  families  have  a  history of formal  education  and  modern  education  influences while  some  are  not  so  well  equipped. The material resources and facilities available to learners in both types of community will influence the learning processes of the child. Students cannot achieve their goals alone. Therefore, they need to and have to be equipped with adequate facilities such as textbooks, computer, visual and audio-visual aids, photographs and posters, etc.

Instructional materials are any devices with instructional content or function that is used  for  teaching  purpose,  including  books,  supplementary  reading  materials,  audio-visual  and  other  sensory materials, scripts for radio and television instrumentation programs for computer management packaged sets of materials for construction or manipulation. As such, they are anything that can be profitably used to ease the teaching and/or learning processes. Therefore, going to classroom without learning materials, as is often the case of most of the student participants in this study, can lead to the poor academic performance often noted. Once in the room, they do not have the basic materials they need to work with.

The results also show that one of the key physical characteristics of classroom is lighting. Indeed, there is a strong and urgent necessity to consider appropriate visual environment for learning task in Beninese school classes. This is because the visual environment affects a learner’s ability to perceive visual stimuli and affects his/her mental attitude and thus, performance. Most of the schools have limited lighting equipment that is not renewed even in the rooms. A large majority of schools work on the electricity grid of the national company in charge of the distribution of electricity. As such, they are subject to frequent power cut-offs which deteriorate their equipment. Most rooms are dimly lit and do not favor good reading especially when the learners have class from 05:00pm to 07:00pm. It is therefore important to insist that the lighting of a school should be considered an active element of the total educational environment.

Good lighting contributes significantly to the aesthetics and psychological character of the teaching space. And students will certainly perform well in an enlightened class than in a dark classroom. This may be explained by the fact that the ability of individuals in school to concentrate on instructions seems to be strongly influenced by factors such as lighting. Students cannot study unless lighting is adequate.  The  effectiveness  of information  collection  is  reduce  in  bad  light  seeing  and  bad  light  can  lead  to  the  development  of  ineffective programming of the information collection process which may become habitual. Bad light leads to discomfort and poor academic performance.

Color choice  can  also  impact  the  teaching-learning  process because colour tends to influence  students  attitudes,  behaviors  and  learning.  This  is  because  color  affects  a  student’s  attention spent  and  affects  a  student  and  teacher’s  sense  and  time.  Paints color in schools especially carefully planned color schemes positively affects academic achievement of students. Therefore, the presence and/or the absence of colors in schools can convert an atmosphere that is depressing and monotonous into one that is pleasing, exciting and stimulating.  Change in color schemes in schools reduces absenteeism and promotes positive feeling about schools. Therefore, lighting and color choice lay a significant role in the achievement of student’s academic performance.

Another important factor is the school climate. In effect, the physical structure of a school building and the interactions between students and teachers, are two main diverse factors that both affect and help to define the broad concept of school climate. School climate has been researched for many years and continued to be examined and redefined as a result of its significant influences on educational outcomes.

Attending  a  new  school  can  be  frightening  for  students  and  this  apprehension  can  adversely  affect  student’s perceptions  of  their  school’s  climate  and  learning  outcomes.  Therefore, providing a positive and supportive school climate for students is important for a smooth and easy transition to a new school. Furthermore, the interaction of various school and classroom climate factors can create a foundation of support that enables all members of the school community to teach and learn at optimum levels. A  school  positive  climate  can  yield  positive  educational  and  psychological  outcomes  for  students  and  school personnel. Similarly, a negative climate can prevent optimal learning and development. School  climate  including trust  respect,  mutual  obligation  and  concern  for  others  welfare  can  have powerful effect  on  educational  relationships  as  well  as  learners’ academic achievement and overall school progress.

Motivating  students  to  achieve  their goals  in  school  is  of  great  concern  to  teachers,  parents  and researchers.  A  learner’s  first  educational  experiences  are  centered  in  the  homes;  his  ideas,  attitude  and  general pattern  of  behavior  are  as  a  result  of  his  childhood  rearing.  The variation in the academic success of students could be related directly to differences in the home and its influence. Following the results of this study, it appears that learners from extended family situation were influenced by grandparents, aunts and uncles in discipline at home. Most of them complained of being  unable  to  study  at  home  because  of  their  being  sent  on errands by relatives. The study also found out that they needed to lie in order to get some study time and as a means of escaping blames and punishments from all sides. Family size tends to determine the relative amount of physical attention and time which each child gets from his parents. Too many children in the home entail less amount of attention in terms of time available for each child. On the whole, the learner’s background affects the school’s success.

CONCLUSION

The main purpose of my study was to carry out an investigation on the effects of class environment on EFL learners’ achievements with a specific focus on the Ouémé region. To succeed in doing this, 200 students and 40 teachers were selected from 10 secondary schools of the region. In addition, observations of the conditions prevailing both in classes and the schools were also observed. The participants are selected from several secondary schools across the region. The results of the study demonstrated that there are a great variety of factors in the environment that affect adversely students’ achievements. Indeed, the existing material conditions are less favourable for learning and teaching activities. There is no policy to entice the students to like the language. Teachers’ salaries, lack of motivation, bad working conditions, the state of class buildings, class equipment and lack of these, students’ financial and family difficulties and the repletion of strikes as a means of claiming their due rights by teachers are some of the key inhibitors of students good achievements in our schools. Then, one can assume that the classroom environment in Benin bas harmful drawbacks on the student to favour English learning and prevent the students’ achievement.

To address these issues raised, the government is advised to further improve teachers’ working conditions for these to be as desirable as possible. The number of students per class should be reduced. Language immersion trips should also be organized. Appropriate lights, furniture and other equipment should be provided. In addition, the government should take all necessary steps to ensure that schools are built away from sources of noise and other nuisances of related nature and the buildings are to be made with all appropriate materials. Training sessions should be organized so as to equip the teachers with all the practical skills necessary to use new technologies with students. English teachers are suggested to keep in mind that the motivation of the learners is fundamental to the success of any teaching / learning activity. As such, it is the teacher’s responsibility to create a suitable atmosphere that would make students feels eager to communicate in the English language. They can implement any strategy deemed appropriate by taking into consideration the needs of the students. Last but not the least; they have to know how to apply strategies to raise their learners’ ability and efficiency. Parents are advised to see to provide didactic materials to their children and avoid considering assignments such as mathematics, physics or biology as more important than English.

The scope of the present study is limited because it has to do with post-beginners. Thus, the results of the present study cannot be applied to students of other levels such as students of beginner and intermediate levels. In addition, the present study is a case study. As such, the results are necessarily limited to the region where the schools are located and cannot be generalized to settings that do not possess these characteristics. Further studies could be carried out to investigate the effects of specific classroom components such as lighting, ceiling, room colors, gender-related differences in reactions, materials, or the lack thereof on students’ achievements. Longer studies of both qualitative and quantitative nature are needed to investigate other aspects of the present theme that are beyond the scope of the present study.

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IMPACT DE L’INTERPRETATION DANS

LE DEVELOPPEMENT D’UNE NATION : CAS DU BENIN

Dr Théophile G. KODJO SONOU

Département d’Anglais,

Institut Universitaire Panafricain

Porto-Novo, République du Bénin

RESUME

Le problème de la communication effective entre deux interlocuteurs de langues différentes se pose, vue la  pluralité des langues. Pour que les peuples de langues différentes puissent communiquer et se comprendre aisément tant oralement que par écrit lors de leurs différents échanges communicationnels, ils doivent faire recours indiscutable aux interprètes et aux traducteurs. L’interprète sert de pont pour la compréhension du message entre l’orateur et les auditeurs lors des rencontres internationales entre des interlocuteurs de langues différentes. Sans l’interprétariat il n’y aurait aucune compréhension entre deux partenaires au développement qui ne parlent pas la même langue. Notre communication fait le point de l’impact de l’interprétariat dans le développement du Bénin et pose le problème de la gestion du multilinguisme dans un pays comme le Bénin.

Mots clés : impact, interprétation, développement et nation

ABSTRACT

The problem of effective communication between two people who speak different languages is a dilemma because of the language plurality. For these people to effectively communicate both orally and by written, they need the assistance of an interpreter and a translator. An interpreter is a bridge for better comprehension between people who speak different languages during international exchanges. Without an interpreter no comprehension could be established by partners of development. This communication stands to analyse the impact of interpretation on the development of Benin are poses the problem of the management of multilingualism in a country like Benin.

Key words: impact, interpretation, development and nation.

INTRODUCTION

Il est évident de faire reconnaître une véritable prise de conscience de l’impact de l’interprétariat  dans le développement d’une nation, surtout le cas du Bénin. Donc après avoir examiné divers aspects particuliers du processus du développement du Bénin par rapport à son émergence économique, politique, culturel et touristique etc. nous sommes parvenus au constat que la profession d’interprétariat occupe une place privilégiée compte tenu de son importance sur l’échiquier national et international comme outil de coopération et de gestion des relations internationales en vue d’un développement radieux. Après examen et analyse des documents parcourus, nous avons constaté que jusqu’ici aucun véritable travail d’intellectuel n’a été effectué sur l’interprétariat au Bénin.

Il nous paraît aussi important de relever à l’attention des futurs interprètes que les rôles et les fonctions qui sont les leurs revêtent un caractère socio-culturel et intellectuel d’une très grande portée pour le développement d’une nation. Le Bénin est une évidence compte tenu de la place qu’il occupe en Afrique occidentale, au centre des pays de l’interland et le géant Nigeria. C’est ce qui justifie les nombreuses rencontres avec les autres pays frontaliers et internationaux. Il y a beaucoup de bailleurs de fonds qui veulent investir dans différents secteurs de développement du pays. Par conséquent, le pays a besoin de cet instant indispensable pour vendre ses potentialités.

Pour répondre aux exigences de cette communication, il nous a plu d’aborder et de développer les thèmes et sous thèmes suivants :

1- Un aperçu général sur l’interprétation

2- Différentes types d’interprétation

3-Les exigences de l’interprète dans le développement du Bénin

4- L’impact de l’interprétation dans le développement d’une nation : cas du Bénin

5- Analyse pratique du travail d’interprétation.

Enfin la conclusion nous donne une vue globale sur les impressions qui dégagent de cette communication.

 

  1. 1. APERÇU GENERAL ET  FONCTIONS DE L’INTERPRETATION

Certains voudraient voir l’interprétation come le « plus vieux métier du monde », car les ancêtres des interprètes sont sans doute apparus lorsque les langues ont commencé à se diversifier à une époque bien lointaine. Le terme « interprétariat » vient du latin et c’est au XIVème siècle qu’on lui attribue pour la première fois le sens qu’il a aujourd’hui. Dans ce travail de recherche, nous n’allons pas nous intéresser à l’interprétation au sens large mais à l’interprétation de conférence. Que signifie donc interprétation de conférence ? Quelles sont ses grandes formes? Qu’appelle-t-on interprétation simultanée ou consécutive ?

L’interprétation de conférence consiste à traduire oralement des propos prononcés par un orateur, dans les domaines les plus variés. L’interprète travaille sur les messages fugitifs qu’il doit restituer quasi instantanément, ou de façon consécutive avec peu de temps pour la réflexion et la recherche de style. Il doit assurer la restitution aussi fidèlement que possible des interventions dans les différentes langues. Il doit faire preuve de souplesse, de capacité d’analyse et d’une parfaite maîtrise des langues concernées. Les connaissances linguistiques ne sont que la partie du message n’est pas énoncée mais demeure implicite.

1.1. Fonctions de l’interprète

L’interprète doit compléter le puzzle en s’appuyant sur une solide culture générale et en insérant ici et là les pièces spécifiques du sujet abordé. Plus importante encore est sa capacité à saisir l’intention de l’orateur au-delà des simples mots. Dans un environnent multilingue, cela exige une connaissance intime non seulement des langues, mais des cultures représentées ainsi que de leurs différences. Dans une réunion multilingue, les interprètes œuvrent afin qu’elle se déroule comme si chacun parlait la même langue.

Même si elle s’exerce dans des conditions normales, la tâche de l’interprète est exigeante et ardue. Si l’on y ajoute les textes débités à des vitesses hallucinantes, les discours d’orateurs étrangers à la syntaxe approximative, on en arrive même à une situation invraisemblable que Claude Piron, un ancien traducteur à l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), raconte dans un article publié dans LE DEFI, p. 17 :

‘’Quand dans une réunion internationale un délégué asiatique s’exprime en anglais, on entend de petits cliquetis qui indiquent que les délégués Anglophones se branchent sur l’interprétation française, espérant comprendre ainsi quelque chose, la prononciation de l’orateur le rendant inintelligible.’’

En fait, ils prêtent à l’interprète des capacités surhumaines car il arrive que celui-ci ne comprenne pas mieux, si bien qu’il en est réduit à imaginer plus ou moins ce que raconte celui qui doit interpréter. La tâche de l’interprète est en outre rendue encore plus difficile par les problèmes techniques comme les microphones accrochés autour du cou de l’orateur et qui viennent frapper son épingle de cravate, le micro ouvert posé sur la table à côté du ventilateur d’un projecteur, les coups portés par l’orateur sur le micro de table pour appuyer ses dires ou encore le frottement de papiers devant le micro, etc. la liste est longue. Mais quelles sont les formes d’interprétation que nous avons ?

 

  1. 2. DIFFERENTS TYPES D’INTERPRETATION

Il existe plusieurs types d’organisations du travail de l’interprétariat de conférence à savoir : le simultané, la consécutive, de liaison, le chuchotement etc.

2.1. Interprétation simultanée

L’interprétation simultané, comme son nom l’indique, se pratique au fur et à mesure que la conférence se déroule ; l’interprète reçoit le message du conférencier grâce aux écouteurs (casques) puis il interprète en même temps ce qu’il écoute après compréhension et analyse (simultanément) en parlant dans un micro alors que les participants reçoivent le message interprèté à travers les écouteurs aussi. Lorsqu’il est bien fait, les participants qui reçoivent le message dans différentes langues autre que celle parlée par le conférencier réagissent de la même façon presque en même temps. Notons que tout le travail de l’interprète se déroule en cabine et très souvent avec un collègue.Mais s’il est facile de dire que le simultané doit s’inspirer des mêmes principes que le consécutif, il faut comprendre une pensée et s’exprimer à partir de cette pensée. Pour y parvenir, il faut rejeter les mots de l’original, car l’omniprésence auditive de l’autre langue est un handicap considérable. Elle gêne l’expression au point que le consécutif qui débute en simultané donne parfois à l’interprète l’impression de ne plus savoir parler sa propre langue.

En simultané, la dissociation des deux langues, tant prônée comme condition indispensable à la réalisation de l’interprétation, ne s’accomplit pas spontanément. Les étudiants interprètes ne sont plus aidés par l’évanescence naturelle des mots ; dégager les idées de leur gangue verbale, autre devenu si naturelle en consécutive, exige un effort conscient aux débuts de la simultanée. Les mots du discours original sont constamment présents à l’oreille et il faut un travail délibéré pour que l’interprétation ne saute pas l’étape du sens et, passant directement d’une langue à l’autre, ne sombre pas dans du calque permanent. En traduction écrite le traducteur, lui aussi entravé par la présence de l’autre langue, peut remettre l’ouvrage sur le métier, jusqu’à ce que sa traduction se détache des formes originales devenant à la fois fidèle au sens et respectueuse des contraintes de la langue d’expression. Le traducteur peut, comme le disait Valery Larbaud, peser chacun de ses mots.

Rien de tel chez l’interprète de simultané. Les mots de l’original sont là, il n’a ni le bénéfice de leur évanescence ni le temps de peser longuement ce qu’il va dire. Il doit trouver les mots justes, ceux qui correspondent à la pensée d’un orateur sans pouvoir se soustraire à la langue étrangère qui tend à lui imposer ses formes et son mode de fonctionnement.Tout le problème du simultané est là : lutte constante contre l’autre langue, effort délibéré de s’exprimer par rapport à la chose entendue.

2.1.1. Mécanismes du langage

Les interprètes vont être astreints à surmonter ce système : au lieu de dire des signifiants pour des signifiants, ils devront dire une pensée ; mais au lieu de pouvoir la dire après la déverbalisation des formulations premières, ils devront la dire pendant que les mots étrangers résonnent encore à leurs oreilles.

En interprétation consécutive les interprètes arrivent à retrouver l’aisance de la parole qui rend leur interprétation immédiatement intelligible car les idées dont ils se sont saisis ont perdu leur forme étrangère. En interprétation simultanée ils devront s’élever au-dessus d’un système conçu pour une traduction calque et retrouver les normes universelles du langage et le respect des contraintes de leur propre langue. La présence constante de la langue étrangère constitue un gros obstacle qu’il leur faudra apprendre à surmonter. Ne pouvant pas compter faire jouer sans effort leur capacité d’expression naturelle, ils doivent retrouver les éléments qui la composent et les mettre en œuvre délibérément.

Il s’agit pour eux :

– d’avoir en tête une idée et non seulement des mots, au moment où ils ouvrent la bouche pour prononcer des mots, au moment où ils ouvrent la bouche pour parler,

– de fournir une interprétation marquée par la continuité de la pensée,

– d’adapter leur discours aux connaissances supposées de leurs auditeurs qui, ignorant la langue de leurs interlocuteurs, en ignorant de plus souvent la culture,

– de s’exprimer dans leur langue maternelle en respectant toutes ses caractéristiques ;

– d’adopter un registre de langue et une prosodie  propres à faire passer toutes les nuances de la pensée de l’orateur.

2.1.2. Opérations de la simultanée

Dans son ouvrage la Traduction simultanée, fondements théoriques, Marianne Lederer (1981), étudie seconde par seconde une heure d’interprétation d’allemand en français réalisé en séance.

Elle repère huit opérations dans ce qui pourrait sembler n’en n’être qu’une : au total, huit opérations peuvent être détectées à l’écoute de l’interprétation simultanée, chacune d’elles pouvant intervenir en même temps que plusieurs autres. Il est clair que l’interprète ne les accomplit pas toujours toutes dans une même unité de temps et qu’il effectue d’incessants va et vient entre plusieurs d’entre elles.

a) Audition ;

b) Compréhension de la langue ;

c) Conceptualisation (constitution d’un souvenir cognitif par intégration des fragments successifs de Claire parlée à des connaissances antérieures)

d) Enonciation à partir de la mémoire cognitive

D’autres sont permanentes, mais leur manifestation n’est qu’intermittente :

e) Conscience de la situation

f) Contrôle auditif

D’autres enfin ne se produisent que de façon intermittente et leur manifestation est ponctuelle :

g) Transcodage ;

h) Evocation de signifiants spécifiques

Ces opérations font également toute partie de la consécutive, à la différence près qu’en simultanée elles se télescopent alors qu’en consécutive elles s’étalent plus largement dans le temps.

Nous ne rentrerons pas ici dans le détail du processus de l’interprétation simultanée car seuls nous intéressent des problèmes qui se posent aux apprentis-interprètes et les méthodes qu’il convient d’adopter pour qu’ils les surmontent. En apprenant la consécutive, on peut peu à peu rencontrer, surmonter puis maîtrise les difficultés de mise en pré-rencontre, surmonter puis maîtriser les difficultés de mise en pratique posées par ces diverses opérations.En simultanée les interprètes vont devoir effectuer les mêmes opérations mais en un temps moindre, percevoir la chaine sonore, comprendre la langue et en dégager le sens. L’analyse qui produit des sens joue de la même façon en simultanée et en consécutive ; ils n’auront pas à prendre de notes, mais ils construiront leurs interprétation autour des mêmes mots clés et transcoderont les mêmes termes transcodables.

2.2. Interprétation consécutive

L’interprétariat consécutif qui se définit par le fait que l’orateur parle pendant cinq (05), dix (10) ou quinze (15) minutes au plus pendant que l‘interprète restitue de façon fidèle le message dans la langue cible. L’interprète est parmi les participants. Il est dit par D. Seleskovitch (1977) que pour que les étudiants interprètes parviennent en fin de formation à produire une interprétation simultanée réussie, il faut qu’ils sachent appliquer les méthodes interprétations pour les quelles la pratique de la consécutive est la plus sure des formations. Celle-ci sera donc enseignée dans un double but : d’une part faire acquérir un mode d’inter prestation encore nécessaire dans l’exercice de la profession car moins onéreux pour les utilisateurs que la simultanée et plus fiable pour les discussions très techniques, et d’autre part réparer à une simultanée, les discours à interpréter consécutivement pouvaient durer 15, 20, 30 minutes. Aujourd’hui dans les réunions d’experts où la consécutive se pratique encore, les interventions sont en général plus courtes mais peuvent néanmoins atteindre plusieurs milliers de mots. On ne saurait restituer une information de cette longueur sans avoir mis sur le papier quelques repères. Traditionnellement appelée « prise de notes » la pose de ces quelques repères dont la maîtrise n’est pas facile à acquérir, s’avère pour l’interprète chevronné d’une importance minime par rapport à l’effort constant qu’il accomplit pour analyser les interventions, en retenir le sens et le restituer dans la totalité voulue, mais elle constitue au départ une béquille indispensable.

Thiery (1981 : 31) donne à la prise de notes sa juste place lorsqu’il écrit :

« il est commode… de distinguer les trois temps de l’interprétation consécutive.

  • 1er temps fort : L’écoute,
  • 2ème temps fort : l’assimilation du sens, de la totalité du sens.
  • 3ème temps fort : le discours de l’interprète temps accessoire : la prise et l’utilisation des notes »

En soulignant que les notes sont accessoires alors que le travail mental d’assimilation et de restitution est essentiel, C.A.J. Thiery combat avec raison d’opinion du profane selon laquelle l’art de l’interprète est dans la prise de notes. Aucun « Systèmes » de prise de notes ne peut se substituer à l’écoute du sens d’un discours ; bien au contraire plus les notes seraient systématiques, plus elles seraient prises automatiquement… et plus l’interprétation serait mauvaise. Il faut en convaincre nombre d’étudiants, trop enclins à incriminer leur « système » de notes lorsqu’ils ont manqué de concentration, de connaissances ou d’intelligence. Nier l’utilité d’un « Système » complexe de notes ne signifie pas qu’il ne faille pas expliquer aux interprètes professionnel et à nos collègues étudiants la fonction des notes et leur donner quelques principes sur ce qu’il faut noter, comment il faut de noter et comment ils doivent se servir de leurs notes pour interpréter.

2.2.1.  Prise de  notes en Interpretation

La prise de notes est une activité très importante dans le processus d’interprétation.

D. Seleskovitch (1975) à consacré un ouvrage à l’étude de la prise de notes en interprétation consécutive. Nous ne répéterons pas ici de qui y est dit ; nous nous bornerons à étudier les aspects intéressants l’enseignement.

Noter pour une interprétation consécutive n’est pas encoder de l’oral en écrit ; l’interprète ne prend pas à la dictée ; il ne prend pas non plus  ses notes comme lorsqu’il assistait à un cours magistral où, tout en omettant bien des choses, il rédigeait en phrases relativement complètes les informations qu’il voulait pouvoir relie facilement plus tard ; il ne prend pas non plus des notes comme le procès-verbaliste qui doit, pour donner de l’authenticité à son compte-rendu, conserver un certain nombre d’expressions originales.

Les notes de l’interprète ne sont utilisables que dans les minutes qui suivent l’interprétation une fois achevée, celle-ci est plus présente dans l’esprit de l’interprète que dans les notes, qui ravivent certains souvenir plus qu’elles ne reproduisent le discours ; les notes ne sont utilisables que par l’auteur lui-même ; un collègue qui aurait entendu le même discours ne pourrait s’en servir et leur auteur lui-même ne retrouverait plus quelques jours plus tard toutes les associations idées quelles lui suggéraient sur le moment.

C’est dire que les notes de consécutive sont par nature personnelles et fugaces, support de souvenirs et non transcription d’informations leur fonction est d’aider l’interprète à se concentrer au moment où il note et de lui servir de rappel au moment où il les utilise. Les notes sont, a-t-on dit souvent, des aide-mémoires individuels, des nœuds dans le mouchoir servant à ne pas oublier ce que l’on sait.

2.2.2. Que faut-il noter ?

Les indications données aux étudiants établissent un nette distinction entre les termes transcodables qu’il faut noter (bien que cette règle souffre toujours quelques exceptions) et les autres parmi lesquels chacun reste libre de choisir selon son tempérament, ses connaissances, sa tournure d’esprit, les indices qui lui rappelleront au moment opportun la portion du discours a restituer.

Seront obligatoirement notés, sauf dans certains cas d’espèces, les chiffres, les noms propres, les termes dits techniques. Les chiffres possèdent deux attributs qui justifient leur rétention par écrit : d’une part symboles plutôt que signes, ils se notent de la même façon dans toutes, les langues (du moins dans toutes les langues occidentales) ; ils peuvent donc être notés directement, sans transcodage.  D’autre part, peu de significatifs en dehors de l’ordre de grandeur qu’ils désignent, ils échappent facilement à la mémoire. Faciles à noter, difficiles à retenir, il faut les fixer par écrit. Maintenant sur quoi faut-il mettre l’accent dans la notation ?

Les noms propres : au contraire des chiffres, il n’y a en général rien ou presque à traduire dans les noms propres en dehors d’un léger infléchissement de la prononciation. Le caractère indissoluble de leur signifié / signifiant est un avantage pour l’interprète, mais la perception d’un nom ignore est d’une difficulté considérable et sa rétention mnésique pratiquement impossible. Il devra donc être noté chaque fois qu’il n’est pas courant, et noté de façon aussi proche que possible de la prononciation perçue. Souvent, lorsqu’il n’aura pas été saisi avec certitude, il faudra, plutôt (que de) le noter il n’y a pire vexation à infliger à une personne présente que d’écorcher son nom !), choisir un hypéronyme, une désignation générique en lieu et place du nom propre : le représentant de la Grande-Bretagne (ou du Togo, de la Corée, etc…) ou : le secrétaire général.

Les termes transcodables : En plus des chiffres et des noms propres, Il faut faire noter les termes transcodables, mono référentiels dans le contexte du discours. Ce sont essentiellement les termes dits techniques : il en existe des milliers dans chaque langue mais ils sont dans les discours moins nombreux que les mots courants. Dans l’enseignement, on ne les fera apparaître que très progressivement et ils n’abonderont qu’au stade où, la méthode étant maîtrisée, on fait progresser les difficultés et aborder des descriptions de machines, d’ouvrages d’art, d’opérations chirurgicales, etc.

Les énumérations : alignement de mats non intégrés dans des phrases qui font sens, surchargeraient la mémoire ; elles doivent être notées de même faut-il retenir le mot voulus par un orateur en tant que mots et non seulement en tant que porteurs d’une idée réexprimable a volonté par d’autre expressions, les mots qui relevant d’une certaine rhétorique, qui dénotent le registre du discours choisir par l’auteur, qui nuancent, etc. On notera aussi certains mots en raison de leur fréquence particulière dans un discours, cette fréquence signifiant qu’ils désignent un thème central. Seront également notés de façon générale les temps des verbes, pour situer l’action, les charnières qui permettront de dérouler logiquement le fil du discours ; on entre ici dans une autre catégorie de notes.

Les idées : Il s’agit de retenir par écrit un signe, quel qu’il soit (mot, symbole, dessin…), qui ravivera le souvenir de tout un pan de discours. Plus subtil que tel ou tel vocable que l’on retient par écrit pour le redire, est le choix de ce que les interprètes appellent « les mots clés », que l’on note pour retenir l’idée que l’on formulera ensuite librement.

 

2.2.3. La quantité et le caractère asystématique de notes.

Le rapport quantitatif entre les notes et les discours est variable à l’infini ; plus on sait de quoi il s’agit, mieux on comprend ce qui se dit, et plus la mémoire peut se passer de rappel extérieur. Un texte informative nombreuse et complètes que les faits rapportées parleront peu ; mais pour peu que l’information soit connue, un seul mot peut souffre : Bhopal par exemple à quelques jours de l’accident survenu dans l’usine indienne de Union Carbide a suffi à faire resurgir l’ensemble de l’information. Un texte descriptif contenant de nombreux termes techniques sera note de façon très complète car les détails marquent moins la mémoire que les faits. En revanche un texte argumentatif bien structuré se prêtera à une prise de notes très aérée, où ne figureront quasiment que les charnières et quelques rares indices.

Rien dans tout ceci qui permette un quelconque système de conversion de chacun des éléments d’une langue à mettre sur le papier en signes correspondants. Chaque signe noté relève de ce qu’il faut avoir compris dans un discours : l’ordre de grandeur d’un chiffre, la fonction ou l’appartenance au-delà du nom propre, le concept de la chose derrière le met monoréférentiel, le fait évoque dans tel passage ou l’argument de tel autre, la volonté d’utiliser délibérément un mot, celle de produire un effet rhétorique que l’on sent à la répétition d’un mot, ou de choisir une tonalite particulière pas des mots qui marquent moins la mémoire que les faits. En revanche un texte argumentatif bien structuré se prêtera à une prise de notes très aérée, où ne figureront quasiment que les charnières et quelques rares indices.

Rien dans tout ceci qui permette un quelconque système de conversion de chacun des éléments d’une langue à mettre sur le papier en signes correspondants. Chaque signe noté relève de ce qu’il faut avoir compris dans un discours : l’ordre de grandeur d’un chiffre, la fonction ou l’appartenance au-delà du nom propre, le concept de la chose derrière le met monoréférentiel, le fait évoque dans tel passage ou l’argument de tel autre, la volonté d’utiliser délibérément un mot, celle de produire un effet rhétorique que l’on sent à la répétition d’un mot, ou de choisir une tonalité particulière pas des mots qui marquent un niveau de langue, le souci de ne pas blesser ou au contraire de marquer nettement une position… innombrables sont les aspects d’un discours qu’il faut saisir, apprécier, comprendre, analyser, sentir et retenir pour les restituer fidèlement. C’est cela la tâche de l’interprète – les notes lui rappellent la subtilité de son appréhension, elles ne la transcrivent ni ne l’expriment.

 

 

 

2.2.4. Comment faut-il noter ?

Dire quelles éléments du discours il faut noter ne suffit pas. Il faudra également connaître des indications sur la façon de les noter.

Les notes servent à retenir le contenu du discours mais elles servent aussi à le réexprimer. Ces deux rôles se confondent dans la fonction d’aide-mémoire qu’elles assument, mais chacun d’eux mérite d’être distingué dans la mise en pratique car chacun doit être maîtrisé pour répondre à un besoin distinct : celui de la fixation des repères qui découlent de l’analyse du discours, et celui de la réactivation des souvent qui permettant la réexpression.

 

  1. 3. L’INTERPRETATION DE LIAISON

L’interprétation de liaison se déroule lors des visites de sites de hautes personnalités (des chefs d’Etats, des diplômâtes ou autres hautes de marques distinguées) au cours desquelles l’interprète prend notes de toutes les informations exprimées puis fait le résumé à ces personnalités de marques. Mais signalons que le premier cahier de notes de l’interprète est sa mémoire, et c’est ce que nous essayerons d’élucider après dans un chapitre de notre recherche.

 

  1. 4. LE CHUCHOTAGE

Le chuchotage se fait lorsque deux ou trois participants ne comprennent pas la langue du message ; dans ce cas l’interprète est assis à côté d’eux pour chuchoter dans leur langue ce qui est dit par l’orateur au fur et à mesure que ce dernier parle. Mais quelle est le mécanisme de l’interprétation avant de penser à sa pratique ?

 

  1. 5. MECANISMES DE L’INTERPRETATION

Avant de fournir quelques éléments théoriques sur des mécanismes de l’interprétation id importe de mentionner que l’interprétation est différente du transcodage. Autrement dit la tâche de l’interprète n’est pas source par ceux de la langue cible. Une telle pratique serait du charabia, rendrait intelligible et incompréhensible par l’auditeur. Ainsi, l’interprétation est caractérisée par un « triangle de communication » qui se présente comme suit :

La phase d’écoute au cours de cette période, l’interprète discipline ses Oreilles pour recevoir dans une langue l’information qu’il est appelé à restituer dans une autre langue autre que celle dans laquelle il a reçu l’information.

La phase de compréhension et d’analyse, au cours de laquelle l’interprète fait appelle à ses connaissances : ‘’bagage cognitif’’, essaie d’oublier la structure de la langue dans laquelle l’information lui est parvenue et adopter la structure de la langue dans laquelle le message sera transmis tout en décryptant et en assimilant l’information à traduire ! C’est cela qu’on appelle aussi la déverbalisation.

La phase de la réexpression, Au cours de cette période ; l’interprète restitue l’information de façon fluide et la plus transparente que possible, tout en utilisant sa voix dans le micro.

La deuxième phase est très capitale ; en ce sens que quand c’est bien réussit, la troisième phase ne souffrira pas ; mais un passage direct de la première phase à la troisième est voué à l’échec, car si l’interprète ne fait pas l’effort de comprendre et d’analyser les contours du message et ne fait qu’aligner une liste de mots, il passe donc à côté de l’objectif de la profession.

Quel que soit le type d’interprétation auquel fait face l’interprète, les trois phases de la démarche interprétative sont les mêmes.

Parlant aussi de l’interprétation simultanée, les contraints de la langue sont les mêmes, mais le choix des variables est toujours moins conscient. La trace du sujet émetteur est la plupart du temps beaucoup marquée par les caractéristiques physiologiques et l’appartenance dialectale et sociale et par le fait que de la vie est presque toujours en situation d’interaction communicative.

A la lumière de ce qui précède, l’interprète est celui là qui se sert de sa voix, de ses oreilles, de son aptitude et de sa capacité dans son travail en se servant des mots oraux (prononciation, articulation qui sont les domaines de la phonétique) pour transmettre le message d’un communicateur à un auditoire, un groupe d’individus. Il fait usage non seulement de sa voix (production) mais aussi de ses oreilles (audition) pour faire passer son message et aussi pour des prises de notes (écrit sur papier) lors de l’interprétation consécutive.

Il est chargé de faire connaître les volontés et les intentions de celui qui émet un message lors d’une conférence, d’un colloque ou d’une conversation ; il traduit, exprime et représente telle ou telle façon une œuvre artistique tout en suivant les normes et les méthodologies du travail.

En somme c’est celui-là qui est capable de saisir le message réalisé par quelqu’un, le comprendre et l’analyser pour enfin le transmettre à l’auditoire : il communique. S’il communique, il revient alors à montrer la portée de cette communication sur son travail d’interprète. Quel est son mécanisme dans le développement d’une nation ? Pour des pays en voie de développement comme le Nigeria, quels sont les rôles et les fonctions de l’interprète ?

 

CONCLUSION

En somme, l’interprétation et a traduction étant toutes des professions qui facilitent l’échange entre deux parties ne parlant pas la même langue, son rôle et sa fonction dans l’essor du développement du Nigeria s’avère très important et indispensable surtout que ce pays est entouré des pays francophones et aujourd’hui par rapport à l’ère de la mondialisation, l’interprétation et la traduction sont incontournables pour un réel développement.

Au vue de notre développement, la traduction et l’interprétation sont des professions très importantes et recherchées aujourd’hui sur l’échiquier mondial. Sans les interprètes et les traducteurs au Nigeria, vue les multiples réunions régionales ou internationales qu’il organise sur son territoire, il connaîtra à cours sur un peu de problème par rapport à son décollage économique. De même sur le plan de l’agriculture, de tourisme le pays ne peut pas atteindre ses objectives sans la contribution des interprètes et traducteurs, puisque d’ailleurs les participants sont des hauts cadres de l’administration venant de différentes zones africaines.

Aussi sur le plan politique, les interprètes ont facilité les échanges entre le Chef d’Etat Nigérian et ceux des pays étrangers. Des échanges ont donné lieu à des prêts, des dons et même des conseils pour améliorer soit sa production soit son système éducatif etc. … Les interprètes ont su aussi sur le plan social servir d’intermédiaire pour qu’il y ait des logements, des toilettes, des cliniques, des médicaments antipaludéens.

Enfin sur les plans économique et touristique, les traducteurs ont joué un rôle capital, car leur aide a beaucoup contribué au développement du pays. Aussi, des réunions ont permis au Nigeria de bénéficier de beaucoup d’investissements étrangers (arabes, français et chinois…) sur le plan touristique, les hôtels ont fait beaucoup de bénéfices grâce à la médiation des interprètes. Les interprètes de liaisons quant à eux, ont servi d’interprètes aux touristes venus des Etats-Unis pour la visite des sites touristiques d’Ile Ife, mêmes aussi pour ceux qui sont venus des pays Européens, Asiatiques et même du continent africain. Ce qui a valu au Nigeria pour le compte des années 2009 – 2011 deux cent mille (200 000) touristes pour vingt six milliards de Naïra de recettes (Cabinet d’interprètes de conférence. [En ligne, http://www.cic.on.ca/ (Page consultée le 19 MARS 2012).

Signalons aussi, par manque de compétence, on peut assister à des déroutes. Ceci dit, l’interprétation peut contributeur malheureusement à des malentendus, synonyme de conflits des guerres, et même réduire le taux de chance d’achats des produits et services quand celle-ci est mal faite. Un seul mot mal placé de l’interprète peut changer le sens de l’information du départ. Donc la responsabilité de l’interprète requiert d’avoir une compétence linguistique bien assise et connaître des normes de la profession. Mais tous ces cas d’échecs énumérés sont négligeables comparées aux multiples avantages qu’elles offrent puis qu’elle est source de développements social, économique, politique, cultural et touristique. Nous pouvons-nous dire qu’il y a une interprétation parfait, ou sans faille ? Certainement pas.

Donc de tout cela, il faut que l’Etat Nigérian encourage ce métier en dotant comme institutions comme le Village Français du Nigeria des matériels et des locaux adéquats pour son immersion et la recherche documentaire à la bibliothèque du centre. Aussi-est-il nécessaire de mieux former et encourager les enseiganats en traduction et interprétation. Renforcer la capacité des enseiganats dans les universités afin de mieux former les étudaints et les mettre à la disposition de la vacation pour son développement sur le plan de la coopération nternationale.

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POÉSIE ET POLITIQUE, ÉTUDE DE CAHIER D’UN RETOUR AU PAYS NATAL D’AIMÉ CÉSAIRE ET LIBERTÉ DE YVES-EMMANUEL DOGBÉ.

Victoria T. OTASOWIE

French Department School of Languages

College of Education Ekiadolor,

Benin City, Edo State, Nigeria.

RESUME

Notre tâche dans cette présentation serait de présenter la poésie et la politique africaine. La poésie comme nous le savions est l’un des genres littéraires. En quoi constitue la poésie dans le fonctionnement de la politique de tous les jours? Nous essayerons de présenter deux poètes : africain et antillais en particulier les précurseurs de la poésie africaine vis-à-vis leurs rôles vers la libération politique. Notre propos dans cette étude est d’illustrer le rattachement de la poésie à la politique africaine et à la politique en générale.

 

INTRODUCTION

Le Dictionnaire Universel définit la poésie comme: “forme d’expression littéraire caractérisée par une utilisation harmonieuse des sons et des rythmes du langage (notamment dans le vers) et par une grande richesse d’images”. (p.943)

A en croire Balogun dans Initiation à la littérature Africaine d’Expression Française: “La poésie peut être définie comme l’art du langage visant à exprimer ou à suggérer par le rythme (surtout le vers), l’harmonie et l’image. (p.36) Les caractéristiques de la poésie sont les suivantes:

  1. On écrit le poème en vers et en strophe.
  2. Le poème n’est pas toujours très long par rapport au théâtre, au conte, à la nouvelle et à la prose.
  3. On emploie des vers libres ou des vers rimés.
  4. On le récite sans conventions de le jouer devant un public.
  5. Il utilise des mots courts, ayant des significations parfois difficile à comprendre.

D’après  la définition de Césaire cité par Chevrier dans son œuvre Littérature Nègre, la poésie c’est “une force qui au tout-fait, au tout-trouvé de l’existence et de l’individu oppose le tout à faire de la vie et de la personne” (p.183-184).

Lautréamont cité aussi par Chevrier  présente son point de vue:

La poésie commence avec l’excès, la démesure, les recherches frappés d’interdit, dans le grand tam-tam aveugle, dans l’irrespirable vide absolu jusqu’à l’incompréhensible pluie d’étoiles. Il affirme la nécessité d’une poésie qui soit insoumission totale et refus d’un monde oppressif et réducteur. (p.85)

Dans Literary Criticism, a practical approach, Aihevba définit la poésie comme:

“A piece of imaginative composition in literature that is rhythmic expression of man’s deep passionate and intense emotional feelings through a unique reordering of language, sound devices and structure.” (p. 40)

Selon William Wordsworth cité par Aihevba dans son livre, la poésie veut dire “the imaginative expression of strong feelings, usually rhythmical… the  spontaneous overflow feelings recollected in tranquility”(p.40).

Théodore Watts-Dunton cité par Shashi dans Essentials of Drama for Schools présente la poésie comme “the concrete and artistic expression of the human mind in emotional and rhythmical language” (p.6)

Dans toutes ces définitions citées en anglais, le même sens parcourt les idées de ces écrivains. D’après eux, la poésie évoque une forme de composition imaginative littéraire ou expression toujours rythmées se rappelant en tranquillité à travers la langue, le son et la structure. Le contenu de la poésie évoque beaucoup de sentiments forts. Il présente les émotions du poète suscitées par ses expériences, son attachement.

Notre préoccupation dans cette étude serait d’analyser l’importance de la poésie dans la politique. Nous essayerons de montrer sa contribution au développement de la société dans le sens qu’elle aide à modeler la société à travers les propositions positives. Le poète étant penseur est aussi la voix du peuple, le miroir de la société et la conscience de la nation. Ses pensées s’envolent vers la vision sociale et tous les problèmes de sa société à travers l’empathie. Il partage le sentiment de son peuple, il prend une position avec un sens de l’engagement et de l’objectivité.

La poésie commence chez les Africains pour montrer son mécontentement contre l’esclavage et la colonisation. Selon Makouta M’Boukou dans Introduction à l’étude du roman négro-africain de langue française:

La véritable cause de la poésie nègre…, c’est l’existence effective de la douleur éprouvée par le monde noir ou de l’humiliation qu’il a subie. Et la souffrance, qu’elle soit subie par le Noir ou par le Blanc, s’exprime toujours,même en dehors de mots articulés. Et cette expression est essentiellement poétique, c’est-à-dire qu’elle révèle l’âme humaine (p.27).

Les écrivains nègres et poètes comme Aimé Césaire, Léon Gontran Damas, Léopold Sédar Senghor, Birago Diop, David Diop et beaucoup d’autres ont revendiqué contre les Blancs. D’après Makouta M’Boukou: “l’occident est accusé d’avoir violé le sol nègre, d’avoir profané la culture négro-africaine, d’avoir humilié la race noire en le faisant un objet de vente. Cette oppression a duré près de quatre siècles (p.28).

A travers les œuvres et la poésie de tous ces auteurs et poètes, ils ont pu révolter pour pouvoir regagner les valeurs africaines perdues. Les écrivains Anglophones ont aussi réagit à leur manière pour l’émancipation de leur peuple. Au paravent, la plupart d’écrivains écrivent parce qu’ils ont une mission de reconstruction de leur histoire, mais à l’heure actuelle, on présente la société telle qu’elle est. Ses forts et faibles, ses problèmes, ses ordonnances en mettant ceux-ci dans une œuvre d’art. Cette affirmation se basant sur le thème de la colonisation et de la décolonisation en même temps nous montre le besoin de la réforme de l’ordre dans la société.

La structure totale du monde de l’écrivain influence sa vision et sa créativité. La poésie, un moyen de communication intellectuelle et imaginative est une forme de conscience sociale, un outil important dans l’idéologie de la lutte des classes. Les images dont évoquent les écrivains influencent la conscience des lecteurs. A travers la lecture, la poésie pourrait  contribuée à l’éducation et au développement de la conscience des masses. C’est un moyen de démentir les comportements peu rentables de notre classe dirigeante.

Les poètes sont les gens doués de vision et de sensibilité et alors ils voient plus que les autres membres de la société. On les voit comme porteurs de message divin. On ne peut pas sous-éstimer l’importance et l’utilité de la poésie. Ils emploient des images et des symboles qui font référence à la vie. La poésie parle de l’inconnu et aussi de ce qui se passe dans la société à travers les images. La situation au Nigeria se rapportait à la dictature. La société nigériane continue à s’effondrer à cause de la négligence.

Selon Jean-Paul Sartre cité par Elaho dans Yves-Emmanuel Dogbé ou le reveil des consciences:

Un homme qui a peur de crever comme un rat ne peut être totalement sincère s’il se contente d’écrire des poèmes sur les oiseaux. Il faut que quelque chose de l’époque se reflète, d’une manière ou d’une autre, dans son œuvre (p.49).

Les poètes refusent d’être insincères. Ils refusent d’écrire sur les oiseaux: Ils écrivent des poèmes sur les hommes, sur la race opprimée par les maîtres dictateurs dans les pays d’Afrique. La poésie occupe une place primordiale dans la production littéraire négro-africaine. On ne peut pas négliger ce fait parce qu’on utilise la poésie pour critiquer ce qui se passe dans la société. On l’utilise aussi pour opposer à un système en désordre. En effet, la vie littéraire négro-africaine a été longtemps dominée par la poésie surtout avant les indépendances.

 

  1. 1. LA RENAISSANCE NEGRO-AMERICAINE A LA RENAISSANCE NEGRO-AFRICAINE

C’était la renaissance Négro-Américaine de 1918 à 1928 qui naissait la renaissance Négro-Caraïbes et puis Négro-Africaines. La poésie a secoué la Nouvelle Orléans et Harlem vers 1920. Les nègres dormant semblent réveiller d’un long sommeil; ils éprouvent le besoin d’une nouvelle manière de sentir et même d’être. Ils veulent exprimer leur “âme”, leur origine, leur personnalité. Ils ont eu une prise de conscience ce qui est le début de la renaissance nègre. Ce mouvement est né à Harlem et appelé New Negro. Parmi les écrivains poètes négro-américains, nous avons Jean Toomer, Langston Hugues, James Weldom Johnson, Claude Mac Kay.

Pendant que les Négros-Américains s’épuisent prématurement, les Négros-Caraïbes comme Aimé Césaire, Le Docteur Sajous, Léon Gontran Damas, les sœurs Andrée et Paulette Nardal et puis les Négros-Africains Léopold Sédar Senghor, Birago Diop, David Diop et les autres se réveillent. A travers eux, ils ont pris le relai de la Négritude née à la Nouvelle-Orleans où elle passe de Fort-de-France et Port-au-Prince, pour prendre forme et corps à Paris. C’était ce lieu où se rencontrait tous les intelligentsias nègres. Le New Negro étouffé à Harlem donne naissance à ses étudiants à savoir Césaire, Senghor, Damas, Maran, Eboué etc. Ils étaient toujours au Quartier Latin pour se rencontrer et affirmer la personnalité nègre; pour rejeter la prétendue mission civilisatrice de l’occident et pour revendiquer une littérature authentiquement nègre à travers leurs poèmes et d’autres œuvres.

 

  1. 2. LA RELATION ENTRE LA POESIE ET LA POLITIQUE

Hans Magnus Enzensberger cité par Chevrier dévoile les rapports qui existent entre la politique et la poésie en faisant à cet égard trois remarques intéressantes:

La poésie est première et que sa mission est de refuser toute mission politique au sens étroit du terme… Poésie et domination sont inconciliables dans la mesure où la poésie est nécessairement inquiétude, donc anarchie… La poésie est anticipation, non parce qu’elle prévoit l’avenir comme si l’avenir était possible, comme s’il était possible de parler librement parmi ceux qui ne sont pas libres. (p.182).

Dans cette étude nous essayerons de dresser une analogie entre le cœur de l’homme  et l’importance de la poésie à la politique. Comme le cœur de l’homme organe musculaire creux contenu dans la poitrine circule du sang pour la partie du corps, la poésie joue un rôle très important dans le processus socio-politique de l’homme. Dans ce style, si le cœur ne fonctionne plus, l’homme meurt mais quand il n’y a pas de poésie, la société s’atrophie.

Selon Aristote, chaque individu est un animal politique. Il y a une supposition que dès le commencement, l’homme fait face au problème de la moralité et les questions fondamentales sur le mal et le bien des actions humaines. Ici vient la relation entre la politique et la poésie. La politique est simplement une fonction de la poésie. Selon le Dictionnaire Universel, la politique veut dire “Science ou art de gouverner un Etat; conduit des affaires publiques. Ensemble des affaires publiques d’un Etat, des évènements les concernant et des luttes des partis” (p.1274).

Le pari de tous les écrivains c’est d’éveiller les Africains ou les Antillais sur tout ce qui ne va pas bien dans leur société soit au plan économique, culturel sociale ou politique. Selon Yves-Emmanuel Dogbé cité par Elaho dans son livre Yves-Emmanuel Dogbé ou le Reveil des consciences:

Le rôle de l’écrivain dans la société contemporaine doit être de sensibiliser les gens à la nature réelle des problèmes qui les préoccupent, en mobilisant les forces pensantes pour réfléchir et dégager des solutions, tout en produisant des œuvres esthétiques où il est question d’émotions, d’armour et de beauté (p.19).

La plupart d’écrivains ou poètes écrivent pour éveiller la conscience de ses compatriotes, de tous les Noirs et de tous les opprimés partout dans le monde. Nous pouvons dire que le thème-clé des écrivains ou poètes après les indépendances est la dénonciation de gouvernements des pays africains indépendants. L’homme africain avait l’esprit fou que puis après les indépendances et le départ du maître colon, nous pouvons nous gouverner mais  jusqu’aujourd’hui, il existe toujours l’exploitation économique des Africains par les Africains, la corruption, la dictature, le terrorisme, la pauvreté, l’instabilité politique, le chômage, la transition du père (Président) au fils (Président), abus du pouvoir, Président à perpétuité, l’injustice, l’intolérance, Immigration clandestine, enfant soldat, violences urbaines, drogue, bourreaux génocidaires et beaucoup d’autres.

Le rôle du poète en particulier est de reconstruire l’ordre dans la société. La  plupart du temps, c’est la décadence morale dans la société qui permettra au poète de prendre son encre en écrivant pour effectuer une prise de conscience chez ses compatriotes et pour mettre de  l’ordre dans une société anormale. Chaque activité de l’homme a une conscience politique. Toutes ses affaires journalières  sont gouvernées par l’instinct socio-politique. Le poète, un animal politique essaye toujours de présenter de temps en temps ce qui se passe autour de lui. Comme le remarque Rimbaud, “le poète est celui qui est “en avant” (Chevrier, p.182).  C’est permet de dire que les poètes qui s’engagent à la politique sont là pour représenter le peuple. Il est le porte-parole de sa communauté. Le poète utilise sa poésie pour montrer les vérités fondamentales qui se rapportent au monde. Il essaye de présenter ces vérités à travers l’image. Victor Hugo cité par Chevrier dit que le poète “devait être le guide et l’écho sonore de son peuple” (p.182).

La vie littéraire négro-africaine a été longtemps dominée par la poésie avant les indépendances. La poésie est née de la politique. Le poète emploie ses poèmes pour combattre l’injustice. Accidentellement, la poésie est un moyen de présenter le mode de vie d’un peuple. Pour les poètes, le mot est un instrument puissant comme le stylo et le feuille, plus puissant que l’épée pour le changement socio-politique.

2.1. Aimé Césaire et cahier d’un retour au pays natal

Aimé Césaire est né le 26 juin 1913 à Basse-Pointe, dans le nord de la Martinique. Il était le deuxième enfant d’une famille de sept. En 1924, il obtient une bourse pour s’inscrire au Lycée Victor-Schœlcher à Fort-de-France. Après avoir obtenu son baccalauréat, il entreprend un voyage à Paris au Lycée Louis-le-Grand pour s’inscrire en Hypokhâgne. Il était aussi reçu à l’Ecole Normale Supérieure. On l’a élu Président de l’Association des Etudiants Martiniquais. Ceci devient en 1935 L’Etudiant noir, animait par Léopold Sédar Senghor et lui-même.

En 1937, Césaire épouse Suzanne Roussi. En 1939, l’œuvre poétique  majeure d’Aimé Césaire Cahier d’un retour au pays natal a été publiée quelques jours  avant son embarquement pour la Martinique. Dans ce long poème, Aimé  Césaire essaye de présenter sa révolte et sa quête. Le poème est divisé en trois grandes parties où, au premier abord, il essaye de présenter une peinture accablante de la Martinique prise dans deux aspects. Ceci est visible sur le point de vue physique et moral. Voilà la raison pour laquelle, il évoque “le tableau sinistre anti-exotique des isles” à sucre et il proclame son intention de crier et de donner une voix à ce malheur sans nom qui déshumanise son peuple.  Césaire affirme dans Cahier d’un retour au pays natal en disant que: ”Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n’ont point de bouche, ma voix, la liberté de celles qui s’affaissent au cachot de désespoir” (p.22).

Deuxièmement, le poète revient au pays natal pour montrer son mécontentement à cette injustice: “J’ai longtemps erré et je reviens vers la hideur désertée de vos plaies” (p.22). Ce retour à son pays est une coïncidence avec une descente aux enfers qui permettra à Aimé Césaire de s’identifier avec les siens lui l’intellectuel et le professeur, pour partager de leurs humiliations et de leur peines. Il revendique contre les occidentaux: “Nous vous haïssons, vous et votre raison, nous nous réclamons de la démence précoce, de la folie flambante, du cannibalisme tenace…” (p.69).

Troisièmement, enfin apparaît la lumière. Le poète devient le prophète en criant pour le redressement de la race noire et il s’offre à en être le porte-parole du peuple déshumanisé. Puis qu’il est le porte-parole des opprimés, c’est à travers sa poésie que l’homme antillais et africain en particulier a pu avoir la prise de conscience de leur situation. Il est l’un des auteurs caraïbes les plus connus. A travers son recueil de poème, il a stigmatisé la passivité et la docilité de la race noire face à l’oppresseur. Il exprime l’opposition entre le Nègre et l’Occident. Il y critique la politique et il veut que sa poésie soit être lue et comprise par tous comme un acte d’insurrection.

D’après  André Breton, cité par Romuald Fonkoua dans Aimé Césaire:

Et c’est un Noir qui manie la langue française comme il n’est pas aujourd’hui un blanc pour la manier. Et c’est un Noir celui qui nous guide aujourd’hui dans l’inexploré, établissant au fur et à mesure, comme en se jouant, les contacts qui nous font avancer sur des étincelles. Et c’est un Noir qui est non seulement un Noir mais tout l’homme, qui en exprime toutes les interrogations, toutes les espoirs, toutes les extases et qui s’imposera de plus en plus à moi comme le prototype de la dignité.(p.87)

Aimé Césaire a bien lutté pour corriger le sort fait aux Noirs par ses mots et de son art pour dénoncer les impostures politiques et les injustices dans le monde. Il figure au Panthéon des personnalités qui ont fait le XXe siècle. C’est un écrivain, poète, dramaturge et militant politique qui a écrit beaucoup de choses sur la politique. La poésie est un outil à travers duquel on présente l’expérience de l’homme et avant tout l’expérience du poète.

2.2.Yves-Emmanuel Dogbé et “liberté

Yves-Emmanuel Dogbé est né le 10 mai 1939 à Lomé, Togo. Il a fait ses études primaires et secondaires au Togo, au Ghana et au Bénin. Il s’inscrit à l’école catholique d’Amoutiévé. En 1955, Dogbé était à Evangelical Presbyterian Middle School à Aflao au Ghana. C’était au cours de ses études qu’il a découvert les écrivains de langue anglaise comme Charles Dickens, William Shakespeare, Oliver Goldsmith et des autres. Il est rentré à Lomé en novembre 1959 et à Porto-Novo (Benin) pour chercher du travail. De 1960 à 1967, il était professeur de lettres modernes au Collège Saint Augustin à Porto-Novo, au CC de Kpélé-Goudévé (Palimé, Togo), au CC de Dassa-Zoumé (Bénin) et à l’Ecole Protestante de Dohoua près de Porto-Novo.

En 1967, il entreprend un voyage en France pour continuer ses études où il obtient un diplôme en Semiology de 1971 à 1972. Le 1er juin 1973, il a soutenu avec succès sa thèse de doctorat de 3ème cycle en Etudes africaines à l’Université René Descartes, Sorbonne Paris V.

Dogbé est un écrivant, poète, enseignant et militant à travers son œuvre traduite qui s’intitule “Civilisation noire et devenir de l’Afrique”. Il a pris sa fuite et il vivait en exil en France. Aujourd’hui, il est en retraite et il est aussi le porte-parole des opprimés à travers ses œuvres. Il a écrit beaucoup d’anthologies mais en particulier “Liberté” qui est notre poème de critique publié dans Le divin amour. Il a eu le prix de poésie Charles Vildrac en 1979. “Liberté” est le plus court poème de Dogbé:

O Afrique

Terre mienne

Que de souffrances j’ai endurées

Pour te mettre autour un pagne bien à toi?

Que de renoncements, de sacrifices

Et de tourments

Pour te voir libre!

J’avais d’abord pensé

Que le Destin était irréversible! … (P.48)

Le divin amour est le titre du troisième recueil de poèmes publié en 1979 par Yves-Emmanuel Dogbé. Cette édition que nous utilisons s’intitule Le divin amour publié par les Editions Akpagnon bien que l’autre Le divin amour suivi de Paix et Bonheur est publié à Paris aux éditions P. J. Oswald.

“Liberté” c’est le vingtième poème dans  Le divin amour de Dogbé. Le thème de la réalité sociale et politique africaine est évoqué dans le poème. Le poète nous dit à travers ce poème que pour atteindre la liberté, il faut endurer beaucoup de souffrances, de renoncements, de sacrifices et de tourments. Pour lui, l’amour est l’arme la plus efficace pour renverser la dictature et pour éliminer l’oppression. Sans amour, les africains ne peuvent pas endurer toutes les souffrances, tous les tourments. C’est à travers l’amour de Dieu, de soi-même, de son voisin et même de ses ennemis (les oppresseurs) qu’ils ont pu avoir la liberté pour pouvoir couvrir leur nudité avec “un pagne”. Dogbé est un poète optimiste qui prévoit la liberté totale de l’homme et la fin de l’injustice en Afrique, son continent. Voilà la raison pour laquelle, il dit:

O Afrique

Terre mienne! … (P.48).

CONCLUSION

Pour conclure, ce serait impossible de divorcer la politique de la poésie parce que les thèmes de la plupart des poèmes sont basés sur la religion, la société, la culture, l’économie et la politique. Les poètes doivent essayer de reconstruire la société à travers leur imagination. Pour faire allusion à Yves-Emmanuel Dogbé cité par Elaho, il pense que pour permettre une progression thématique dans tous les productions littéraires, chaque écrivain ou poète doit avoir la “simplicité, la clarté, la concision, le rythme et la musicalité” (p.86).

Les œuvres de Dog    bé et celles de Césaire essayent de présenter le besoin du peuple pour briser les chaînes de l’oppression socio-politique, de l’exploitation et pour mettre fin à l’esclavage, à la corruption et à la dictature par les dirigeants. Les poètes parlent de leur continent, de leur problèmes, de leurs joies et peines, de leur relation au monde extérieur, à l’Afrique et aux Antilles. Ils sont le porte-parole des Africains et des Antillais. Les deux sont poètes révolutionnaires parce que leur poésie essaye de dévoiler quelque chose de nouveau. Ils présentent  ce long cri contre l’oppression et l’aliénation au sens implicite pour engager tous les membres du peuple et de la race opprimé.

RÉFÉRENCES

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TRADUIRE OU INTERPRETER LES COMPLIMENTS

EN YORUBA ET EN FRANÇAIS

Victor Akaho BALOGUN

Village Français du Nigeria,

Ajara – Badagry,

Lagos, Nigeria

RESUME

Nous désignons par compliments, les salutations utilisées conventionnellement dans des situations déterminées. Ces unités sont, dans la plupart des cas, difficiles à traduire. Ces compliments, bien que compositionnels pour la plupart, doivent être traduits non en tant que suites libres, mais en tant que stéréotypes discursifs propres à chaque langue. Dans cet article nous traduisons quelques-unes de ces unités du yoruba en français. Mais le besoin de traduire les compliments d’une langue à l’autre nécessite plus que jamais un  gros travail de traduction. Le traducteur est souvent confronté à une question : comment transférer les  facteurs  culturels abondants d’une langue A à une langue B ? Se rappeler que la  traduction  n’est pas un  simple  travail  sur  les mots,  mais  que c’est  plutôt  un  travail  sur  le  message, sur le  sens, la Théorie interprétative, ou Théorie du sens, pourra fournir des éléments de réponse à cette question. En effet, pour Seleskovitch et Lederer (1984), auteurs  de cette théorie, la traduction consiste à déverbaliser puis  à  reformuler ou ré-exprimer un message. Pour ce faire, le traducteur doit  disposer d’une bonne connaissance de la langue du texte, la compréhension du sujet, la bonne maîtrise de la langue de rédaction, mais aussi une méthode judicieuse, des réflexes adéquats, qui lui permettront de saisir pleinement le message ; ainsi il pourra faire une bonne traduction par la recherche d’équivalences, sans se laisser enfermer dans les simples correspondances.

Mots clés: compliments, traduire, interpréter, équivalences, acte de langage, théorie du sens, compréhension, déverbalisation, réexpression, fidélité.

ABSTRACT

We consider as compliments, greetings conventionally used in specific situations. These units are, in most cases, difficult to translate. These compliments, although compositional mostly need not to be translated, as word for word, but as specific discursive language stereotypes. In this article we are translating some of these units from yoruba to french. But never than before, the need to translate these compliments from one language to the other requires a big effort. The translator is often confronted with a question: “How to transfer the abundant cultural factors of a language A to a language B?” Remembering that translation is not a simple work on words, but rather a work on the message and meaning; the interpretative theory or theory of meaning can provide answers to this question. Indeed, for Seleskovitch and Lederer (1984), the authors of this theory, translation is to “déverbaliser” and then to reformulate or re-express a message. To do this, the translator must have a good knowledge of the language of the text, understanding of the subject, good command of the language of writing, but also a sound approach, appropriate reflexes which will allow him to fully grasp the message; then he can make a good translation by searching for equivalences, without being caught up in single matches.

Key words: compliments, translate, interpret, equivalence, language act. interpretative theory, understanding, deverbalisation, re-expression.

INTRODUCTION

Les compliments sont, selon Le Petit Robert (2005) des salutations, des paroles louangeuses ou de petits discours que l’on adresse à une personne pour la féliciter ou pour lui faire honneur. Utilisées conventionnellement dans des situations déterminées, les compliments désignent un large groupe de formulations qui, la plupart du temps, ne peuvent être traduites qu’en faisant référence à la situation de leur énonciation. Ces formulations peuvent se manifester sous formes de mots, de mots-phrases, de locutions-phrases, d’expressions ou formules poly-lexicales…etc. Comme le signale Bariki (2010 : 38) : « les mots ont de pouvoir. » Les expressions de Toomey (in Bariki, 2010 : 38) résument en quelque sorte notre point de vue des compliments:

Words can inform our minds, caress or comfort our feelings, excite and thrill our spirit or warm and kindle the flame of our hearts. They can also slap our face, punch us in the stomach, rattle, or destroy our self-confidence[2].

Nous sommes d’accord que les compliments caressent et confortent nos sentiments, excitent notre esprit, réchauffent les flammes dans nos cœurs et engendrent en nous un « sentiment de bonheur ». Ainsi cet article privilégie l’importance des mots dans la production des compliments. Le mot peut être parfois l’élément clé d’un énoncé dans la production d’un compliment. Nous avons inclus parmi ces compliments des expressions telles que Ẹ káàárọ̀ o, ọ ma t’ọjọ mẹta : (Bonjour, il y a trois jours / ça fait longtemps), mais aussi des constructions lexico-grammaticales, poétiques plus compliquées comme par exemple Ẹ kú ìgbéyàwó, eyin ìyàwó o ni m’ẹni o : (félicitations pour le mariage, la mariée ne sera pas stérile) mais littéralement (eyin ìyàwó o ni m’ẹni signifie le dos de la mariée ne connaitra pas la natte[le lit]) ; ou encore des compliments comme Ẹ kú ewu ọmọ ; Ẹ kú ọwọ l’omi : (bon accouchement et bon entretien du bébé ; littéralement Ẹ kú ọwọ l’omi signifie [vous avez] vos mains dans l’eau car il faudrait de ‘‘l’eau’’ ‘froide’ ou ‘tiède’ pour laver ou nettoyer continuellement le nouveau-né). Ẹ kú aáyán !, littéralement bonne persévérance : (bon courage !)… etc.

Le yoruba étant une langue très riche en compliments, traduire les compliments du yoruba en français ou vice versa présente des défis énormes. Cependant, une traduction de qualité nécessite comme toujours une prise en compte de toutes les structures préfabriquées de la langue, qu’elles soient compositionnelles ou non. Voilà pourquoi Bourquin (1993 : 29) affirme que :

Il faut tenir compte de toute une tradition de formulations, rechercher tout ce qui, à force de se répéter, tend à se scléroser, à se figer, faire l’inventaire de stéréotypes discursifs de tous ordres. C’est alors seulement qu’on peut localiser les écarts de langue à langue, et construire les procédures nécessaires pour les réduire.

Les compliments sont en grande partie des stéréotypes discursifs ou expressions figées et de ce fait, ils doivent être analysés en vue d’une bonne traduction. Nous avons limité notre objet d’analyse à un groupe de compliments sélectionnés et classés selon quelques actes de langage dits sociaux : le remerciement, l’excuse, la requête, la proposition, la salutation d’ouverture et la salutation de fermeture, les félicitations, les louanges, les paroles d’honneur. Ce choix a été dicté par le fait que ces actes semblent être universels ou quasi universels, tout en prenant des formes particulièrement déterminées par les facteurs socio-culturels. Les critères syntaxiques ou sémantiques ne suffisent pas pour obtenir une bonne compréhension, interprétation ou/ et traduction des compliments. Il faut aussi prendre en compte d’autres informations notamment celles qui spécifient la nature de l’acte de langage réalisé par chaque compliment. Dans ce travail, nous allons aussi mettre l’accent sur les éléments (socio)linguistiques et culturels des compliments. Nous avons non seulement fait de comparaison des compliments de français à ceux du yoruba, mais nous avons de même décidé d’enrichir le répertoire du Yorubaphone francisant tout en fournissant des synonymes ou variantes de certains compliments traités. II est important de signaler que les compliments sont plus utilisés à l’oral qu’à 1’écrit.

Le français des apprenants nigérians est le plus souvent livresque car ils n’ont pas 1’occasion d’entendre parler longuement et naturellement le français pour éventuellement s’habituer aux compliments. Dans l’intérêt de l’apprenant Yorubaphone qui ne lit guère des expressions de compliments, signalons que ce sont des expressions qui peuvent enrichir le vocabulaire des apprenants de la langue. Seulement, le Nigérian qui ne vit pas en France ou qui n’a pas fait la France ou les pays francophones et qui veut parler un bon français se voit priver souvent du riche univers des compliments, d’où notre désir de vouloir enrichir l’esprit intellectuel du francisant yorubaphone en particulier dans ce domaine. I1 faut souligner que l’univers des compliments est très large ; il englobe des aspects culturels et (socio)linguistiques. Alors comment les traduire en prenant soin de leurs riches aspects culturels ?

Aujourd’hui plus que jamais auparavant, les traductologues s’intéressent de plus en plus aux problèmes dits “culturels”. Ceci a été bien souligné par Lederer:

“Parmi les difficultés de la traduction les plus souvent mentionnées, on trouve les problèmes dits culturels. Les objets ou les notions appartenant exclusivement à une culture donnée ne possèdent pas de correspondances lexicales dans la civilisation d’accueil et si on arrive à les exprimer néanmoins, on ne peut compter sur le lecteur de la traduction pour connaître avec précision la nature de ces objets et de ces notions; les habitudes vestimentaires ou alimentaires, les coutumes religieuses et traditionnelles mentionnées par l’original ne sont pas évidentes pour le lecteur de la traduction. Il ne s’agit pas seulement de savoir quel mot placer dans la langue d’arrivée en correspondance à celui de la langue de départ, mais aussi et surtout de savoir comment faire passer au maximum le monde implicite que recouvre le langage de l’autre.” (Lederer, 1994 : 122)

Les traducteurs sont de plus en plus conscients des difficultés d’ordre culturel lors de l’exercice de la traduction. Mais le résultat de beaucoup de traductions montre que des réponses satisfaisantes à la question “Comment traduire la culture?” se font toujours attendre. Or, de même que l’écart linguistique, l’écart culturel sont inhérents au processus de traduction: c’est à la fois la raison d’être de la traduction et la source des difficultés qu’elle comporte. Ceci dit, traduire la culture n’est pas facile mais, est-il impossible? Si ce n’est pas le cas, que faudrait-il faire pour surmonter les difficultés d’ordre culturel dans la traduction? Des éléments de réponses à ces questions pourront se trouver dans la théorie du sens qui s’attache à montrer que d’une part, tout énoncé mobilise chez le traducteur une double connaissance, linguistique et cognitive, et d’autre part, traduire, c’est restituer dans une autre langue le sens partiellement explicité dans le texte/message. Ces  réponses seront étayées d’exemples tirés des compliments de notre corpus en yoruba et en français.

 

  1. 1. LA THEORIE INTERPRETATIVE DE LA TRADUCTION OU THEORIE DU SENS

Théorie interprétative de la traduction ou Théorie du sens, que l’on appelle aussi parfois Théorie de l’École de Paris, repose sur un principe essentiel: la traduction n’est pas seulement un travail sur la langue, sur les mots, c’est aussi un travail sur le message, sur le sens. Traduire ou interpréter se compose toujours de deux étapes: comprendre et dire. Il s’agit de déverbaliser, c’est-à-dire de rechercher le sens, puis de ré-exprimer le message. Le grand mérite de Seleskovitch et de Lederer (1984), les deux auteurs de cette théorie, est d’avoir démontré l’importance et le caractère naturel de ce processus dans lequel le traducteur doit disposer d’un certain savoir: la connaissance de la langue du texte, la compréhension du sujet, la maîtrise de la langue de rédaction, mais aussi une méthode, des réflexes  bien  éduqués, qui  vont lui permettre  d’adopter  à  l’égard  du texte, l’attitude  qui aboutira  au  meilleur résultat par la recherche d’équivalences, sans se laisser enfermer dans les simples correspondances.

 

 

 

1.1. Les notions de sens et le processus de la traduction (compréhension – déverbalisation – et réexpression)

Les traducteurs sont de même avis pour dire que ce qui compte le plus dans la traduction c’est le sens. Mounin (1963) a montré jusqu’à quel point les langues et la culture peuvent poser des obstacles à la traduction. En  effet,  pour Sartre, “le sens n’est pas la somme des mots, il en est la totalité organique.” (Sartre, 1985 : 50). Le sens n’est donc pas à confondre avec la signification des mots d’une langue; il naît dans une situation de communication où s’unissent le savoir linguistique et le savoir extralinguistique (composé de connaissances relatives à cette situation et de connaissances générales) pour permettre la compréhension.

Un des points forts de la théorie interprétative de la traduction c’est qu’elle dissèque le  processus de la  traduction  en  différentes  phases (la  compréhension,  la  déverbalisation et la réexpression), et rendant ainsi la traduction tout à fait opérationnelle. Et voilà pourquoi elle permet au traducteur de mieux comprendre le mécanisme de l’opération traduisante et, par conséquent, d’être lucide dans la recherche des solutions pour transmettre les facteurs culturels dans la langue d’arrivée.

Dans Le Robert, Dictionnaire de la langue française (2005), on peut lire: Compréhension : « Faculté de comprendre, d’embrasser par la pensée ». Pour Lederer, “Comprendre un texte c’est faire appel à une compétence linguistique et, simultanément, à un savoir encyclopédique.” (Lederer, 1994 : 32).  L’intérêt de  la  définition  faite  par  les  auteurs  de  la Théorie interprétative de la traduction est de souligner l’importance du “savoir encyclopédique” dans la compréhension. Quant à “comprendre”, d’un point de vue du traducteur, nous proposons de fusionner la définition  donnée dans Le Robert avec celle  faite par Lederer. Aussi on peut dire que la compréhension d’un message est un processus dynamique et intuitif. Pour  Seleskovitch (1984 : 12) toute compréhension, que ce soit par un interprète ou un traducteur repose sur une “interprétation”: celle-ci correspond au traitement des données linguistiques par les compléments cognitifs.

L’existence de la phase de déverbalisation confirme la nécessité de la dissociation effectuée entre la forme linguistique et le sens, dont l’importance est fondamentale dans la théorie de la traduction: elle explique que le sens résulte du processus interprétatif opéré par le traducteur/ l’interprète et que le passage d’un message d’une langue à l’autre s’effectue par ce sens non-verbal et non par des  mots. La déverbalisation permet ensuite l’expression de  ce  contenu inédit dans une autre langue d’une manière spontanée et naturelle. Ainsi, le traducteur ne doit pas être obsédé par la forme linguistique du texte original car, l’objet de son activité de traduction est le sens.

Se trouvant en dernière position, la réexpression n’est que le fruit de la compréhension et de la déverbalisation. Dans cette phase d’expression, le traducteur doit pouvoir trouver l’expression juste. Alors comment énoncer clairement ce que l’on a bien compris? Ainsi, lors de la réexpression, le traducteur doit toujours garder à l’esprit que le point de départ de la réexpression n’est pas la langue du texte original mais le sens non-verbal qui est devenu le vouloir dire. D’autre part, dans la phase de réexpression, le traducteur doit faire comprendre en s’exprimant dans les formes admises par la communauté linguistique dans laquelle le texte est traduit. En effet, comme le disent Seleskovitch et Lederer: « les mêmes idées peuvent être exprimées dans toutes les langues mais doivent l’être dans le respect des conventions de chacune. » Seleskovitch et Lederer, (1984 : 34). Concrétisons ces phases à l’aide des exemples tirés des compliments.

 

  1. 2. LA DIVERSITE FORMELLE ET CULTURELLE DES COMPLIMENTS

Tout d’abord, passons en revue quelques exemples de divergences culturelles et linguistiques à travers les réalisations d’actes de langage en yoruba et en français: nous verrons ainsi comment les stratégies sémantiques varient d’une langue à l’autre et à quel point la prise en compte de ces variations est importante pour la compréhension – déverbalisation – et réexpression de ces compliments. Mais Comment reconnaître les compliments ? Les compliments  peuvent être sous formes de mots, de mots-phrases, des locutions-phrases, des salutations … etc.

Les compliments sous formes de salutation varient d’une société à l’autre et, pour un apprenant de la langue ou un locuteur non natif, elles sont parfois difficiles à décoder en tant que salutations. En yoruba (riche en salutations), certaines formes de salutations dépendent de la situation de leur énonciation. Par exemple, les formules de salutations portant sur la situation météorologique sont souvent mal comprises par des non locuteurs : Ẹ kú òjò (salutation qui porte sur la pluie), Ẹ kú oòrùn (salutation qui porte sur le soleil), Ẹ kú atẹgun (salutation qui porte sur le vent chaud ou froid), Ẹ kú ọgbẹ̀ ilẹ̀ (salutation qui porte sur la sècheresse: …etc. De telles salutations sont quasi inexistantes en français et peuvent donner lieu à de mauvaises interprétations ou traductions. Il existe aussi des formules de salutations très métaphoriques, voire poétiques, qui seraient probablement impossibles à décoder pour un non natif : Ẹ kú ewu ọmọ ; Ẹ kú ọwọ l’omi : (des salutations portant sur l’accouchement et l’entretien d’un bébé). Le français n’a pas de compliment pour Ẹ kú ọwọ l’omi  pour l’accouchement, on dira tout simplement : félicitations pour l’accouchement.

 

  1. 3. DIFFICULTES / DIVERGENCES D’INTERPRETATION OU / ET DE TRADUCTION DES COMPLIMENTS

Les divergences d’interprétation que les usagers de différentes langues attribuent à un acte ou à une situation peuvent parfois donner lieu à des malentendus. Des expressions comme : Ẹ kú òǹgbẹ (salutation pour une abstinence de repas et de boisson, pendant le carême par exemple). Ẹ kú ìdajì  (salutation portant sur le réveil de « bonne heure » ; Ẹ kú ọyaya « salutation portant sur la bonne humeur »). Le français manque de compliment pour de telles situations. La traduction directe de tels énoncés du yoruba vers le français serait impossible ou donnerait lieu à une fausse interprétation. Ainsi pour rendre en français de telles salutations, il nous faut chercher des significations approximatives, faute d’équivalences exactes. Certaines divergences culturelles sont importantes mais aussi difficiles à traduire ou à interpréter. Il est vrai que, même à l’intérieur de ce groupe de compliments, certains sont spécifiques à une langue donnée et correspondent à des situations bien précises : par exemple l’expression yoruba Ẹ kú ìgbéyàwó, eyin ìyàwó o ni m’ẹni o (compliments donnés à l’occasion d’un mariage pour souhaiter que la mariée ne soit pas stérile mais qu’elle ait une progéniture). Il serait difficile de trouver la traduction française exacte correspondante à de tels compliments. Il arrive aussi que là où une langue donnée dispose d’un énoncé propre à une situation, d’autres langues ne proposent aucune solution verbale : en yoruba, l’obtention ou l’acquisition d’un nouvel objet (tel un vêtement, une voiture, une nouvelle maison…etc.) est normalement commentée par un acte de vœu : Ẹ kú ìnáwó, mi a lo o (bon achat, utilisez-le de votre vivant). Il n’existe aucune formule équivalente en français. L’expression yoruba « Ẹmi a lo o » (pour quelqu’un qui vient de faire un nouvel achat), est inconnue dans la culture française. De telle traduction ou interprétation serait alors impossible. Si la traduction d’une telle expression sera mal comprise dans la langue cible, il est mieux de ne pas la traduire. A la lumière de ce qui précède, notre analyse se base sur la traduction/ l’interprétation et l’usage que l’on fait de ces compliments: car, il est vrai que la traduction ne saurait fournir de solutions concernant les règles de savoir-vivre. Autrement dit, s’il faut interpréter ou traduire de tels compliments d’un texte source, notons que de tels compliments « ne seront pas générés dans le texte cible » Dziadkiewicz A. (2007 : 11) ; parce que de tels compliments n’existent pas dans la langue cible.

Comme le remarque Fonagy (1982: 69):

One of the central problems in contrastive analysis is the relation between form and function in language. If we know how to say, I’m sorry, in another language, we still don’t know when and to whom we should say it according to the norms of interaction of the respective community[3].

De même, une formule employée dans le texte source, qui dans certaines conditions pourrait paraître impolie aux usagers de la langue cible mais traduisible, ne devrait pas non  plus être traduite dans le texte cible. Mais tout contre fait, en toute occasion, le traducteur/ l’interprète doit chercher des équivalences en tenant compte du contexte de l’énonciation pour traduire une expression ou une autre.

  1. 4. EMPLOI DES COMPLIMENTS

Certains compliments sont propres à la langue écrite : c’est le cas notamment des formules écrites qui n’apparaissent jamais à l’oral avec la même fonction, comme par exemple les formules finales des lettres dans la langue française : Amitiés ou Cordialement. Certes, les mots amitiés (ọ̀rẹ́ / àwọn ọ̀rẹ́) et cordialement (gba álejò dáadáa / fìfẹ́ gba álejò/ Tọ̀yàyàtọ̀yàyà) fonctionnent également dans la langue orale, mais jamais en tant que compliments et jamais en tant que salutations. Généralement, ils font alors partie d’une suite plus longue et il est rare qu’ils forment un énoncé à eux seuls, à l’oral. Alors pour traduire de telles expressions nous devons chercher des équivalences en tenant compte du contexte de leur énonciation. Par conséquent, nous distinguons que certains compliments sont propres à la langue écrite et d’autres non. Ẹ kú àfẹ́rẹ́ yìí! (Quel bon moment !) ; Ẹ kú àlejo ! (quelle bonne réception !) ; Ẹ kú akitiyan ! (Merci pour la ténacité!); Ẹ kú àkíyèsí ! (Merci pour votre attention!); Ẹ kú àtìlẹ́yìn (Merci pour votre support) ; Ẹ kú ànawọ́sí ! (Merci pour votre aide !) ; Ẹ kú àpọ́nlé ! (Merci pour votre courtoisie !) ;  Ẹ kú àeyọrí ! / Ẹ kú àeyege! (bonne réussite/ bon succès). Comme le montrent les exemples précédents (souvent utilisés en yoruba), il faudrait chercher des équivalences à ces expressions selon l’emploi ou l’usage.

D’autre part, il est important de souligner que l’acte de réexpression comme celui de compréhension doit mobiliser l’ensemble de l’appareil cognitif du traducteur mais aussi de l’association de son savoir extralinguistique. Comme dans la compréhension, la  connaissance de la situation, du milieu récepteur, du contexte verbal, la connaissance cognitive ainsi que l’association du savoir pertinent et du savoir partagé par les interlocuteurs jouent un rôle de première importance dans la réexpression de l’énoncé. Tout en étant conscient de ce phénomène, le traducteur doit pouvoir ré-exprimer le vouloir dire du message de la même façon que l’original. A l’aide de ses connaissances sur la situation d’énonciation, il doit chercher dans la langue d’arrivée les moyens adéquats pour établir des équivalences entre les deux langues pour pouvoir transmettre le message. Avec les compléments cognitifs dont il dispose, le traducteur doit chercher des équivalences entre les deux langues pour transmettre le vouloir dire original.

L’intérêt du modèle interprétatif, conçu à l’origine par Seleskovitch  et Lederer (1984),  et repris  ensuite  par leurs  disciples, est de montrer  que  le processus de la traduction est  une  opération beaucoup plus complexe qu’un simple transfert de valeurs  linguistiques. Voilà pourquoi Herbulot (2004 : 35) signale que : “[…] le plus souvent, c’est la prise en considération du contexte et des circonstances de l’énonciation qui permet de déterminer leur pertinence et de leur assigner une valeur spécifique’’. Cette déclaration est d’autant  plus  vraie  quand  il  s’agit  du  transfert  des notions culturelles des compliments. Les tenants de la Théorie interprétative de la traduction ne nient pas non plus l’importance des connaissances linguistiques dans le processus de la traduction. Pour eux, “Seule une excellente connaissance de la langue de départ donne directement accès  au  sens;  seule  une  excellente maîtrise de la langue d’arrivée permet la réexpression adéquate de ce sens.” (Lederer, 1994 : 34).

Conclusion

Dans le développement de cet article, nous avons montré l’intérêt que représente la  Théorie interprétative dans la traduction des compliments. Par des exemples tirés du corpus, examinés à la lumière de cette théorie, nous avons aussi prouvé que les difficultés d’ordre culturel liées aux compliments sont difficiles mais pas intraduisibles. L’analyse  du  processus  de  la  traduction  faite  par  les  auteurs  de  la  Théorie interprétative de la traduction a permis de démontrer que ce processus en trois phases : compréhension, déverbalisation et réexpression, signifie comprendre et réexprimer. Nous croyons avoir de même démontré que, en raison de la grande diversité des compliments, leur interprétation ou transposition mot à mot pouvait conduire à des traductions incorrectes, maladroites ou à des contresens. Il est vrai que de nombreux compliments dans une langue donnée peuvent parfois trouver d’équivalents exacts dans l’autre langue. Mais néanmoins, ces unités méritent un traitement particulier dans la traduction d’une langue à l’autre. Une équivalence parfaite, où chaque compliment de la langue source correspond à un compliment de la langue cible, n’existe pas du fait de la diversité des langues. Les compliments varient d’une langue à l’autre. En tenant compte des propositions mentionnées plus haut, lors de la traduction des compliments de yoruba en français ou vice versa, on ne peut qu’aboutir à une bonne traduction d’une langue à l’autre. Dans le cas du yoruba et du français, un dictionnaire bilingue bien structuré yoruba / français, français / yoruba, s’avère nécessaire pour pouvoir accomplir une bonne traduction de tout genre dans les deux langues, l’une vers l’autre. Notre article tient compte des différents critères aussi bien interprétatifs que culturels. Nous avons ainsi cherché à définir ce que les langues : yoruba et français peuvent partager en commun et à utiliser cette qualité des langues lors de la traduction ou de l’interprétation.

Bibliographie

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Sitographie

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http://lewebpedagogique.com/ouvrir-un-blog-pedagogique (Consulté le 26 septembre 2016)

 


[1] Corresponding author : jhoussoukpevi@yahoo.fr

[2] Self confidence : avoir confiance en soit.