REVUE INTERNATIONALE DE LITTERATURE

ET DE LINGUISTIQUE APPLIQUEES (RILLA)

 

 

RILLA

Vol 1, N°05 – Août  2014,   ISSN  1840 – 6408.

Revue annuelle, publiée par :

L’INSTITUT UNIVERSITAIRE PANAFRICAIN (IUP),

 

 

Sous la direction du :

Pr Taofiki KOUMAKPAÏ &

Pr  Cyriaque C. S. AHODEKON


Editions Sonou d’Afrique,

01 BP 3950 Porto-Novo, Bénin

 

REVUE INTERNATIONALE DE LITTERATURE

ET DE LINGUISTIQUE APPLIQUEES (RILLA)


Vol 1, N°05 – Août  2014,   ISSN  1840 – 6408

Revue annuelle, publiée par :

L’INSTITUT UNIVERSITAIRE PANAFRICAIN (IUP)

Autorisation : Arrêté  N° 2011 – 008 / MESRS /CAB / DC /SGM / DPP /DEPES /SP

Modifiée par l’arrêté N° 2013 – 044 / MESRS /CAB / DC /SGM / DPP /DEPES /SP

Courriel : iupbenin@yahoo.fr Site web : www.iup-universite.com

 

 

 

Sous la direction du :

Pr Taofiki KOUMAKPAÏ &

Pr  Cyriaque C. S. AHODEKON

Editions Sonou d’Afrique

01 BP 3950, Oganla,

Porto-Novo, Rép. du Bénin.

Tél : (+229) 97 29 65 11 / 95 13 12 84 / 97 98 78 10

Copyright : RILLA 2014

 

v   Tous droits de reproduction, de traduction et d’adaptation réservés pour tous les pays.

 

No part of this journal may be reproduced in any form, by print, photo-print, microfilm or any other means, without written permission from the publisher.

ISSN  1840 – 6408

Bibliothèque Nationale,

Porto-Novo, Rép. du Bénin.

Editions Sonou d’Afrique

01 BP 3950, Oganla, Porto-Novo, Rép. du Bénin

Tél : (+229)  97 29 65 11 / 95 13 12 84 / 97 98 78 10

 

Août  2014

COMITE DE REDACTION

  • Directeur de Publication :

Pr Taofiki KOUMAKPAÏ

Professeur Titulaire  des Universités (CAMES), Département d’Anglais,  Faculté des  Lettres, Arts et Sciences  Humaines, Université d’Abomey-  Calavi, Bénin.

  • Rédacteur en Chef : 

Pr Cyriaque C. S. AHODEKON

Maître Conférences des Universités (CAMES),

Département de la Sociologie et d’Anthropologie,  Faculté des Lettres, Arts  et Sciences Humaines, Université d’Abomey- Calavi, Bénin.

  • Rédacteur en Chef Adjoint :

Dr Julien K. GBAGUIDI,

Maître-Assistant des Universités (CAMES), Département des Sciences du Langage et de la  Communication,  Faculté des  Lettres, Arts et Sciences  Humaines, Université d’Abomey-  Calavi, Bénin.

 

 

  • Secrétaire à la rédaction :

Dr Raphaël  YEBOU,

Maître -Assistant  des Universités (CAMES), Département des Lettres Modernes, Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, Université d’Abomey- Calavi, Bénin.

  • Secrétaire Adjoint à la rédaction :

Dr  Mouftaou ADJERAN

Maître-Assistant des Universités (CAMES), Département des Sciences du Langage et de la Communication,  Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, Campus Universitaire  d’Aplahoué, Université d’Abomey-Calavi, Bénin.

  • Secrétaire à la documentation :

Dr Ibrahim YEKINI,

Assistant des Universités (CAMES), Ecole Normale Supérieure,  Campus Universitaire  de Porto-Novo, Université d’Abomey-Calavi, Bénin.

  • Secrétaire aux Relations Publiques :

M. Théophile G. KODJO SONOU

Doctorant en Langue et  Didactique Anglaises, Traduction et Interprétariat, Président Fondateur de l’Institut Universitaire Panafricain (IUP), Porto-Novo, Bénin.

 

 

 

COMITE SCIENTIFIQUE DE LECTURE

Président:

Pr  Akanni Mamoud IGUE

Professeur Titulaire des Universités (CAMES),

Département des Sciences du Langage et de la Communication, Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, Université d’Abomey- Calavi, Bénin.

 

 

Membres :

Pr   Augustin A. AINAMON

Professeur Titulaire des Universités (CAMES),

Département d’Anglais, Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, Université d’Abomey- Calavi, Bénin.

 

Pr  Ambroise  C. MEDEGAN

Professeur Titulaire des Universités (CAMES),

Département d’Anglais, Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, Université d’Abomey- Calavi, Bénin.

 

 

Pr  Médard Dominique BADA

Professeur Titulaire des Universités (CAMES),

Département des Sciences du Langage et de la Communication, Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, Université d’Abomey- Calavi, Bénin.

 

Pr  Gabriel C. BOKO

Professeur Titulaire des Universités (CAMES),

Département des Sciences de l’Education et la Psychologie, Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, Université d’Abomey- Calavi, Bénin.

 

Pr Laure C. CAPO-CHICHI ZANOU

Maître de Conférences des Universités (CAMES),

Département d’Anglais, Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, Université d’Abomey- Calavi, Bénin.

Pr Pascal Okri TOSSOU

Maître de Conférences des Universités (CAMES),

Département des Lettres Modernes, Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, Université d’Abomey- Calavi, Bénin.

CONTACTS

Monsieur le Directeur de publication,

Revue Internationale de Littérature et Linguistique Appliquées (RILLA),

Institut Universitaire Panafricain (IUP),

Place de l’Indépendance, Avakpa -Tokpa,

01 BP 3950, Porto – Novo,  Rép. du Bénin ;

Tél. (+229)  20 22 10 58 / 97 29 65 11 / 65 68 00 98 / 95 13 12 84

Courriel : iupbenin@yahoo.fr

Site web: www.iup-universite.com

 

 

LIGNE EDITORIALE ET DOMAINES

DE RECHERCHE

  1. 1. LIGNE EDITORIALE

La Revue Internationale de Littérature Linguistique Appliquée  (RILLA) est une revue scientifique. Les textes que nous acceptons uniquement en français sont sélectionnés par le comité d’Administration de la revue après avis favorable du comité scientifique et de lecture en raison de leur originalité, des intérêts qu’ils présentent aux plans africain et international et de leur rigueur scientifique. Les articles que notre revue publie doivent respecter les normes éditoriales suivantes :

  • La taille des articles

Volume : 18 à 20 pages ; interligne : 1,5 ; pas d’écriture : 12, Time New Roman.

  • Ordre logique du texte
    • Un TITRE en caractère d’imprimerie et en gras. Le titre ne doit pas être trop long ;
    • Un Résumé en français qui ne doit pas dépasser 6 lignes ;

Les mots clés ;

Un résumé en anglais (Abstract) qui ne doit pas dépasser 6 Lignes ;

Key words ;

Introduction ;

Développement ;

Les articulations du développement du texte doivent être titrées et/ou sous titrés ainsi :

  • Pour le Titre de la première section

1.1. Pour le Titre de la première sous-section

Pour le Titre de la deuxième section

1.2. Pour le Titre de la première sous-section de la deuxième section etc.

  • Conclusion

Elle doit être brève et insister sur l’originalité des résultats de la Recherche

  • Bibliographie

Les sources consultées et/ou citées doivent figurer dans une rubrique, en fin de texte, intitulé :

  • Bibliographie.

Elle est classée par ordre alphabétique (en référence aux noms de famille des auteurs) et se présente comme suit :

Pour un livre : Nom, Prénoms (ou initiaux), Titre du livre (en italique)

Lieu d’édition, Editions, Année d’édition.

Pour un article : Nom, Prénoms  (ou initiaux), ″Titre de l’article″ (entre griffes) suivi de in, Titre de la revue (en italique), Volume, Numéro, Lieu d’édition, Année d’édition, Indication des pages occupées par l’article dans la revue.

Les rapports et des documents inédits mais d’intérêt scientifique peuvent être cités.

  • La présentation des notes
  • La rédaction n’admet que des notes en bas de page. Les notes en fin de texte ne sont pas tolérées.
  • Les citations et les termes étrangers sont en italique et entre guillemets « ».
  • Les titres d’articles sont entre griffes ″ ″. Il faut éviter de les mettre en italique.
  • La revue RILLA s’interdit le soulignement.
  • Les références bibliographiques en bas de page se présentent de la manière suivant :

Prénoms (on peut les abrégés par leurs initiaux) et nom de l’auteur, Titre de l’ouvrage, (s’il s’agit d’un livre) ou  ″Titre de l’article″, Nom de la revue, (Vol. et n°1, Lieu d’édition, Année, n° de page.

Le système de référence par année à l’intérieur du texte est également toléré.

Elle se présente de la seule manière suivante : Prénoms et Nom de l’auteur (année d’édition : n° de page). NB / Le choix de ce système de référence oblige l’auteur de l’article proposé à faire figurer dans la bibliographie en fin de texte toutes les sources citées à l’intérieur du texte.

Le comité scientifique et de lecture est le seul juge de la scientificité des textes publiés. L’administration et la rédaction de la revue sont les seuls habilités à publier les textes retenus par les comités scientifiques et de relecture. Les avis et  opinions scientifiques émis dans les articles n’engagent que leurs propres auteurs. Les textes non publiés ne sont par retournés.

La présentation des figures, cartes, graphiques…doit respecter le format (format : 15/21) de la mise en page de la revue RILLA.

Tous les articles doivent être envoyés à l’adresse suivante : iupbenin@yahoo.fr ou presidentsonou@yahoo.com

 

NB : Un auteur dont l’article est retenu pour publication dans la revue RILLA participe aux frais d’édition  par article et par numéro. Il reçoit, à titre gratuit, un tiré-à-part et une copie de la revue publiée  à raison de  cinquante mille (50 000) francs CFA pour les francophones ;  cent mille (100 000) francs CFA pour les anglophones  de l’Afrique de l’Ouest ; 180 euros ou dollars US.

  1. 2. DOMAINE DE RECHERCHE

La Revue Internationale de Littérature et de Linguistique Appliquées (RILLA) est un instrument au service des chercheurs qui s’intéressent à la publication d’articles et de comptes rendus de recherches approfondies dans les domaines  ci-après :

– langues, littératures et civilisations françaises et anglaises

– grammaire et stylistique françaises et anglaises ;

– littératures négro-africaine d’expressions française et anglaise ;

– français et anglais, Langues Etrangères;

– langues et littératures africaines ;

– sujets généraux d’intérêts vitaux pour le développement des études en langues française, anglaise et africaines au Bénin, en Afrique et dans le Monde.

Au total, la  RILLA se veut le lieu de rencontre et de dissémination de nouvelles idées et opinions savantes dans les domaines ci-dessus cités.

 

LE COMITE DE REDACTION EDITORIAL

La Revue Internationale de Littérature et de Linguistique Appliquée (RILLA), publiée par l’Institut  Universitaire Panafricain (IUP), est une revue ouverte aux enseignants et chercheurs des universités, instituts universitaires, centres universitaires et  grandes écoles.

L’objectif du lancement de cette revue dont nous sommes à la cinquième publication est de permettre aux collègues enseignants et chercheurs d’avoir une tribune pour faire connaitre leurs travaux de recherche. Cette édition a connu une légère modification au niveau du comité de rédaction où le Professeur Taofiki KOUMAKPAÏ devient le Directeur de Publication et le Docteur Julien Koffi GBAGUIDI,  le Rédacteur en Chef Adjoint.

Le comité scientifique de lecture de la RILLA est désormais présidé par le Professeur Médard Dominique BADA. Ce comité compte désormais sept membres dont cinq Professeurs Titulaires et deux Maîtres de conférences. Aussi voudrions-nous informer les lecteurs de la RILLA, qu’elle devient multilingue avec des articles rédigés aussi bien en français, anglais qu’en langues africaines.

Pr Taofiki KOUMAKPAÏ &

Pr  Cyriaque C. S. AHODEKON

 

CONTRIBUTEURS  D’ARTICLES

Nom et Prénoms

Articles contribués

Adresses

1

Dr.  Fatai Owolabi JAMIU

The impact of arabic on the linguistic and cultural life of yoruba people

Department of Religious Studies, Tai Solarin University of Education, Ijagun, Ijebu-Ode, Ogun State, Nigeria.

2

Dr Akanbi Mudasiru ILUPEJU

 

Vingt ans de pratique et d’enseignement du français au Nigeria : une revue de litteratures

Department of European Languages,

University of Lagos

3

Dr Ezekiel Oladele TANITOLORUN

Etude contrastive des systèmes prosodiques du français et du yoruba

Département du Français

Tai Solarin University of Education

Ijagun, Ijebu-Ode, Nigeria.

4

Dr. Chinyere B. EGWUOGU

Indigenous african languages and development in African.

 

English  Department

Tai Solarin University of Education,

Ijebu-Ode, Ogun State, Nigeria.

5

Dr Adebowale Mufutau TIJANI

&

Amos Damilare IYIOLA

Etude contrastive des adverbes français et yoruba

 

Ahmadu Bello

University, Zaria, Nigeria

&

University of Ibadan, Ibadan, Nigeria.

6

Dr Leo Iyanda BALOGUN

&

Musa M. ADAMU

La reinvention de la culture de l’oralite dans les romans d’Ahmadou Kourouma

The Nigeria French Language Village, Ajara,

Badagry, Nigeria

&

Ambroise Alli University,

Ekpoma, Nigeria.

7

Mr. Théophile G. KODJO SONOU

Analysis of teaching organizational climate and teachers’ performance in selected schools in Lagos State, Nigeria.

Département d’Anglais,

Institut Universitaire Panafricain (IUP), Bénin.

8

Mr. Oladele Sunday OLANIYI

The new development paradigm and the Nigerian public administrative system ; challenges and prospect

Department of Political science and International Relations, Crawford University, Igbesa, Ogun State, Nigeria

9

M. Akimou ASSANI

 

Le sexe á fleur de peau: une lecture de mémoire d’une peau de Williams Sassine

Département des Langues Étrangères,

Université de Jos,

Nigéria.

 

10

Mme Edith       Chikaodili OZUMBA

Le thème de la polygamie à travers  Une si longue lettre de Mariama Bâ

 

 

Departement de     Français, Kaduna State College of Education, Gidan-Waya, Kafanchan, Nigeria.


THE IMPACT OF ARABIC ON THE LINGUISTIC

AND CULTURAL LIFE OF YORUBA PEOPLE

 

Dr. Fatai Owolabi JAMIU

Department of Religious Studies,

Tai Solarin University of Education,

Ijagun, Ijebu-Ode, Ogun State, Nigeria.

 

 

ABSTRACT

This paper attempts to shed more light on the impact of Arabic language on the linguistic and cultural life of the Yoruba people. It also attempts to examine the ways and manners through which the impact of Arabic language has been felt on the linguistic and cultural life of the Yoruba people. It begins with an introduction and traces the manifestations of attaching seriousness to Arabic among Yoruba Muslims. This is followed by having a look at some of the relevance of Arabic to Yoruba Muslim Community. Specific examples of Arabic words and expressions used in Yoruba language such as news bulletins, Radio advertisement, Ewi write-ups and Yoruba Bible are provided. The paper also provides a list of common Arabic loan words in Yoruba language. It also examines the factors responsible for phonological and structural changes in Arabic loan words. It ends with a conclusion that Arabic, being the language of the Qur’an and Hadith, the language of learning and the vehicle of civilisation which preserved on cultural and historical heritage in the past, must not be left uncatered for in the present scheme of things, since the decline of Arabic may signal a collapse of Islamic heritage without which the existence of Muslims is in jeopardy.

Key words: Impact of Arabic, Yoruba Culture, Loan words, Linguistic relevance, Structural and Phonological changes.

RESUME

Cet article a pour but d’éclairer l’impact de la langue arabe sur la linguistique et la vie culturelle du peuple Yoruba. Il examine la manière dont l’impact de la langue arabe influence la vie linguistique et culturelle du peuple Yoruba. Ceci date de l’introduction des mouvements de manifestations et de l’effet de l’arabe sur les musulmans Yoruba. Cela continue avec un sentiment sérieux pour la pertinence de l’arabe sur la communauté musulmane Yoruba.

Des exemples des mots ou expressions spécifiques de l’arabe utilisés dans la langue Yoruba comme “new bulletins, Radio advertisement, Ewi, write-ups, même dans la bible Yoruba ont été donnés. Nous présentons aussi une liste des mots communs de l’arabe empruntés à la langue Yoruba. L’article examine aussi les facteurs qui déterminent des changements structuro-phonologiques aux emprunts arabes. Cet article tire sa conclusion sur le fait que l’arabe, étant une langue de coran et de l’Hadith, la langue de l’apprentissage et celle véhiculaire de civilisation, préservant la culture et l’héritage historique du passé, ne doit pas se laisser mourir, dans la mesure où le déclin de l’arabe pourrait signaler l’effondrement de l’héritage islamique sans lequel l’existence des musulmans est en péril.

Mots-clés: impact de l’arabe, culture yoruba, emprunts, rapport

Linguistique, changements structuro-phonologiques

 

INTRODUCTION

Yoruba land had been in existence long before Islam was introduced to its people and could be boasting of outstanding Arabic scholars whose works are held in high esteem. Their prose and poetic compositions attracted great attention from researchers who had translated and intensively studied them. It seems that the impact of Arabic on the language and culture of the Yoruba people has hitherto not been seriously appreciated by some Yoruba Muslims and the majority if not all non-Muslim Yorubas. Consequently, it has suffered considerably from religious prejudice and subjectivity. It must be emphasized at the outset that this paper deals mainly with the language and culture of the Yoruba people inhabiting the present Lagos, Ogun, Ondo, Ekiti, Oyo and Osun States as well as parts of Kwara State. These states are referred to in this paper as Yorubaland.

  1. 1. SKETCHY OVERVIEW OF HISTORICAL  ORIGIN OF ARABIC IN YORUBALAND

The term “Yoruba” is applicable to a linguistic group who occupies a large area which are conterminous with states such as Lagos, Ogun, Oyo, Osun, Ondo, Ekiti and parts of Kwara states of the Federal Republic of Nigeria. It spreads across different boundaries but the core area seems to be around Ibadan, the largest city in West and Central Africa.

Yoruba speaking slaves, according to Jamiu (2004:10), were referred to as Lucumi (variant form of Olukumi which means my friend), Anago (this is based on their mode of language) and Aku (this is born out as their mode of greeting form: Aku, E ku, Ooku; which literally means how are you? Eku + noun, e.g. E kuaaro means good morning) in Cuba, West Indies and Sierra-Leone respectively as explained by Hair (1967:6). The term Yoruba, according to Shaykh Adam al-Iluri (n.d:27-30), emanates from the word Ya’raba which had been used in the earliest Arabic works of the historians.

The first reference to Yoruba people and Yorubaland came about in the sixteenth century C.E. in the work of Ahmad Baba of Timbuktu (1556-1627) entitled: al-Kashfwal Bayan li asnafmajlub al-Sudan where Yorubaland was described as an area where unbelief predominates and Islam is rarely found (Fafunwa, 1982:57). This indicates that Muslim scholars of Timbuktu were acquainted with the existence of the Yoruba people. There is no record that Ahmad Baba visited Yorubaland, but his assertion is certainly not an improbable one. However, Al-Iluri (1971:61) has interpreted Ahmad Baba’s statement to simply mean that the Yoruba rulers were not Muslims at that time.

Another acclaimed scholar, Muhammad b. Masanih (1595-1667) carried out two works on Yorubaland in particular. The first is entitled: Azhar al-Ruba fi akhbarYaruba in which some wonderful things found in this area are mentioned as confirmed by Bello (1964:52). While the second work is entitled: Shifa’uruba fi tahrirFuqaha’ Yaruba which is deduced to be a reply to inquiries on the means of determining the precise moment of sunset received from Muslim jurists (Bivar&Hiskett, 1962:104-108).

The origin of the Yoruba is still controversial in the views of the historians due to different versions of written and oral evidences on the issue. Some scholars, however, have examined the details of those traditions and concluded that while it was possible that the Yoruba had contact with Makkah or other parts of Arabia before they migrated to their present place, their real place of origin, according to Atanda (1980:2), was either Egypt or Nubia. In any case, even those scholars did not deny the fact that Oduduwa was the leader of the migrants.

A close examination of how Islam got to Yorubaland reveals that towns and cities embraced the religion at different times and under different circumstances. Johnson (1976:26) asserts that Islam was introduced to this area towards the end of the eighteenth century. The religion was generally introduced to Yorubaland, as Clark (1982:166) opines, through the efforts of traders and merchants who came from Kanem-Borno and Hausa kingdom. Islam, however, had been firmly established in Yorubaland before the Fulani Jihad in 1804. It should be noted that wherever Islam spread, encouragement was given to the learning of Arabic language and to the establishment of both small schools for teaching the reading of the Qur’an and higher schools for advanced study of the Arabic language and Islamic literature especially the theological and legal literature. Hence, the history of Arabic in Yorubaland began with the history of Islam. Being the language of the Qur’an, Arabic has been inseparably inter-woven with Islamic religion.

  1. 2. MANIFESTATIONS OF SERIOUS INTEREST IN ARABIC IN YORUBALAND

There are convincing evidences that Yoruba Muslims have strong interest in Arabic Studies. These include the following:

  1. Thousands of Yoruba Muslim children attend unsupervised Arabic schools, thereby forfeiting their places in the recognised Government schools.

b.   Numerous Yoruba young men travel out of Nigeria into one of the Arab countries, with or without suitable means and preparations, for the sole purpose of gaining a proficiency in Arabic, unhindered by the dimness of their employment opportunities when they return to Nigeria.

c. For Friday prayer in Yorubaland as in other Muslim communities, the whole sermon (khatbah) or a significant part of it is rendered in Arabic, sometimes without any means of translation and sometimes with translation either into Yoruba or into English language.

d. Thousands of Arabic books come into Yorubaland by mail in response to requests sent out by Yoruba Muslims to various institutions in the Arab world, especially Egypt, Lebanon, Iraq, Iran, Kuwait and Saudi Arabia.

e.   The keen interest in Arabic schools was kindled by the reluctance of Muslim parents to send their children or wards to Christian Mission schools in the past owing to fear of possible conversion into Christianity.

2. 1. Significance Manifestations of Indifference towards Arabic in Yorubaland

Official circles in Yorubaland have always shown lackadaisical interest in or sympathy for Arabic. Some examples of these hostile attitudes are provided below:

1.It is on record that Mr Selim Hakim, a renowned Iraqi educationist paid a visit to Nigeria purposely, according to Abdul (1981:43), to study the problems of the teaching of Arabic in Nigeria. After sponsoring the visit, neither the Institute of Education, University of Ibadan nor the Ministries of Education in Ogun, Ondo, Ekiti, Oyo and Osun States (the then Western Region) nor, the Federal Ministry of Education in Lagos – all of which co-operated in sponsoring the visit- took any action on the recommendations contained in Selim Hakim’s report. Similarly, the deliberations and recommendations of the special Seminar on “The Teaching of Arabic in Nigeria” held at the University of Ibadan from the 11th to 15th of July, 1965 are completely ignored (Abdul, 1981: 44).

2. Failure of Ministries of Education in Yorubaland to give adequate attention to the teaching of Arabic in some schools under their supervision in spite of the fact that a large number of Muslim parents and pupils whose clear and legitimate interest in having the subject properly taught are neglected.

2.2. The Relevance of Arabic to the Yoruba Muslim Community

The relevance and importance of Arabic to Yoruba Muslim Community (like any other Muslim Community) cannot be over-emphasized. Whether they speak it or not, Arabic is the religious language of Muslims all over the world. It is expected of any Muslim who wants to recite the Qur’an to do so in its original Arabic. Particularly, the confession of Faith (Kalimat al-Shahadah) and other religious expressions which are constantly recited by the true believer be he Arab, Persian, Indian, Hausa or Yoruba are in Arabic.

The second cardinal principle of Islam is that Salat, which every good Muslim should say five times a day, is conducted in Arabic. This means that every Muslim must have some acquaintance with Arabic language. In fact, the muezzins who make calls to prayer do so in classical Arabic, whether in Makkah, Cairo, Pakistan, Lagos, Ijebu-Ode, Abeokuta, Akure, Ibadan or Oyo.

Moreover, Arabic is the language of the Hadith (the saying of Prophet Muhammad). The Hadith occupies the second position after the Qur’an in the foundation of Islamic law and theology. In order to benefit from the Prophetic sayings one needs to understand the rudimentary aspect of Arabic language. In the same vein, Arabic is the language used for the documentation of Islamic branches of knowledge based on the Qur’an and Tradition such as Tafsir al-Qur’an (commentaries on the Qur’an), Hadith- criticism, Islamic law, theology etc. For all the reasons stated above, Arabic is an inevitable to all Muslims in the globe irrespective of race, colour and class. It has become a part and parcel of their spiritual language.

The uses to which Arabic is put in Yorubaland attest to its relevance and importance to the Yoruba Muslim community. From the time Arabic found its way to Yorubaland until the present day, learned natives of Yorubaland have not only employed written Arabic for all sorts of purposes:

religious, educational and social, but many of them have produced sizeable works of great academic value in Arabic.

It should be made known that since the jihads of the 19th century, Arabic has become an increasingly widespread means of communication in West Africa in general. In Ilorin and Ibadan, the tradition of Arabic scholarship is still alive because there are many Islamic scholars who have large libraries and who correspond with each other in Arabic.

Another considered factor which indicates the relevance of Arabic to Yorubaland is that certain records were kept in Arabic especially the court’s proceedings.  Many families in parts of Yorubaland are called ‘alkali’ families because their forefathers were Shari’ah court judges. It is on record that a Shari’ah court was officially established in Ede, Osun State, at a quarter called Agbeni in 1913. The name of the first qadi (alikali) of the court was Sindiku (Siddiq) who recorded the proceedings of the court in the Arabic language. The Shari’ah was accorded official recognition by Oba Abibu Olagunju, the first Muslim Timi of Ede, who ruled in the second half of the 19th century in his domain (Makinde, 2002:11).

  1. 3. SPECIFIC EXAMPLES OF THE USE OF ARABIC WORDS AND EXPRESSIONS IN YORUBA LANGUAGE

The impact which Arabic language has made on linguistic and cultural life of the Yoruba people is noticeable in its loan words in Yoruba. The contact of Arabic with Yoruba through Islam, the encounter was not intensive enough to enable the former to supersede the latter, but it was effective enough to lend a great deal of Arabic vocabulary to it.

A.   Arabic Loan Words used in Yoruba News Bulletins

1.    Won da seriya fun awon ole naa.

The robbers were given the punishment they deserved in accordance with the law.

(Arabic: shari’ah – Islamic Law)

2.    A n tokaaleebusiawontowaniijoba

We pin-point the fault of those in Government.

(Arabic: al-‘Aib- fault, defect)

B.   Arabic Loan Words Used in Radio Advertisements

1.     E yee je haramu

Stop engaging in an illegal act

(Arabic: haram – illegal act, cheating).

2.    E yeegbaribamo

Stop taking bribe.

(Arabic: riba – usury, bribe).

C.   Arabic Loan Words Used in Ewi

  1. Iyanajaju lo n fasababiibinu

A continuous argument causes anger.

(Arabic: sabab – cause, reason)

  1. E da aniyantuntunninuoduntuntun

Make a new intention in the new year.

(Arabic: an-niyyah – intention)

D.   Arabic Loan Words Used in Various Editions of Yoruba Bible

Some examples of Arabic loan words as used in the Yoruba Bible are as follows:

  1. “O siwi fun won pe, E lo sigbogboaiye, ki e si ma wasuihinrere fun gbogboeda”. Mark 16:15

“And he said to them: go on to the nations and preach the gospel to people”.

(Arabic: wa’z – sermon, preaching)

2. “Bi a tikoninuiwewoli Isaiah” Mark 1:2

“As it is written in Isaiah the Prophet”

(Arabic: wali – saint, holy man)

List of Common Arabic Loan Words That Have Come Into Yoruba Usage

The Arabic loan words listed below are found in Yoruba Dictionaries:

Arabic Word in Yoruba

Arabic Source

Meaning

Adura/ adua

ad-du’a’

Prayer

Alaadi

al-Ahd

Sunday

Alaafia

al-‘afiyah

Good health

Alaaja

al-hajjah

Female pilgrim

Alaaji

al-hajj

Male pilgrim

Alamisi

Al-khamis

Thursday

Alamori

Al-‘amr

Matter, affair

Alaruba

Al-‘arbi’a’

Wednesday

Aleebu

Al-‘aib

Defect, fault

Alijonnu

Al-jinn

Jinn, spirit

Aleefa

Khalifah

Caliph

Alumogaji

Al-miqass

Scissors

Alubarika

Al-barakah

Blessing

Alubosa

Al-basal

Onion

Alumooni

Al-amanah

Trust, anything treasured as valuable

Alufaa

Allafa

To write, compose

Aniyan

An-niyyah

Intention

Ankali

Al-‘aql

Intelligence

Ara

Ar-ra’d

Thunder

Arisiki

Ar-rizq

Good fortune, provision

Asiri

As-sirr

Secret, private matter

Atalaata

Al-thulatha’

Tuesday

Atinii

Al-ithnain

Monday

Balaga

Balagha

To be of age

Biliisi

Iblis

Devil, satan

Dabira

Dabarra

To plan, organize

Duniyan

Dunya

This world

Faari

Fakhr

Pride, bluff

Fitina

Fitnah

Worry,trouble

Gaafara

Ghafara

To pardon, forgive

Halaka

Halaka

To destroy

Haramu

Haram

Cheating, forbidden thing

Jonmoo

Jama’ah

congregation

Jimoo

Jum’ah

Friday

Kadara

Qadar

Fate, destiny

Kalaamu

Qalam

Pen

Keferi

Kafir

Unbeliever, heathen

Labaari

Al-akhbar

News

Laluuri

Daruri

Necessary, necessity

Makaruru

Makruh

Dishonest act

Maleeka

Mala’ika

Angels

Musiiba

Musibah

Misfortune

Riba

Riba

Usury, bribe

Saa

Sa’ah

Time, hour

Sababi

Sabab

Cause, reason

Sakaani

Sakan

Neighbourhood, abode

Samaani

Zaman

Time, era, duration

Sanma

Sama’

Sky, heaven

Seria

Shari’ah

Islamic Law, judgement

Suura

Surah

Picture, shape, form

Suna

Sunnah

Tradition

Sina

Zina

Adultery, fornication

Taaka

Taqah

Power, force, ability

Tuuba

Taubah

Repentance

Tufulu

Tifl

Baby, child

Wakati

Waqt

Time, hour

Waasu/waasi

Wa’z

Sermon, preaching

Wolii

Wali

Saint, holy man

  1. 4. FACTORS RESPONSIBLE FOR THE PHONOLOGICAL AND STRUCTURAL CHANGES IN THE ARABIC LOAN WORDS IN YORUBA

If we properly examine the Arabic loan words listed above, we would see that most of them have undergone phonological or structural changes.  These changes are due to the interference of Yoruba language. On the phonological level, the factor responsible for the phonological changes is attributed to non-existence of certain consonant phonemes in Yoruba. Some such phonemes are plosives, while the others are fricatives.

  1. Plosive sounds – The pharyngealized dental alveolar plosives /t/ and /d/ as well as the uvular plosive /q/ are not found in Yoruba. In the Arabic loan words where these sounds occur, /t/ d/ or /l/ and /k/ are substituted for them respectively. Thus:

tifl         becomes       tufulu          “baby”

daruri    becomes       laluuri          “necessary”

qadar     becomes      kadara           “fate, destiny”

b.    The glottal stop /’/ is not exist in Yoruba. It is, however, dropped in the Arabic loan words. This is the reason why the following words appear thus:

ad- du’a’       becomes      adua            “prayer”

al-‘amr          becomes      alamori       “matter, affair”

Sama’            becomes     sanma          “sky”

c.      Fricative sounds – The dental fricative /th/ as well as the

pharyngalized dental fricative /z/ is not found in Yoruba.

The phonemes /t/ and /s/ are substituted for these sounds respectively. Thus:

al-Thulatha’      becomes      Atalaata       “Tuesday”

al-Ithnain           becomes     Atinii            “Monday”

wa’z                   becomes     waasu            “Sermon, Preaching”

Yoruba does not have the velar fricative /kh/ as well as the pharyngeal

fricatives /h/ and / ‘/ .  In Arabic loan words, these sounds are completely ignored. Thus:

al-khamis        becomes        Alamisi              “Thursday”

al-akhbar         becomes        labaari                “news”

Structural changes in the Arabic loan words are therefore caused by a tendency to either drop one of the consonants or insert vowel sounds between the Arabic clusters in order to make them conform to the syllable pattern of Yoruba. This is why:

fakhr            becomes           faari                  “pride, bluff”

waqt             becomes           wakati              “time, hour”

It should be noted that the degree of assimilation of Arabic loan words in Yoruba whereby the pronunciation of the former reflects that of the latter shows that the period of their introduction into Yoruba language must have been a long one. Indeed, the general distribution of Arabic loan words in Yoruba and their acceptability all over Yorubaland indicate that Arabic had played remarkable impact on the linguistic and cultural life of the Yoruba people.

CONCLUSION

Finally, Arabic, being the language of the Qur’an and Hadith, the language of learning and the vehicle of civilisation which preserved on cultural and historical heritage in the past, must not be left uncatered for in the present scheme of things, since the decline of Arabic may signal a collapse of Islamic heritage without which the existence of Muslims is in jeopardy.

Government on its part should give more recognition to the study of Arabic language, and bear in mind that Arabic has its own intellectual, cultural and political values, just like its counterparts namely English and French in the international and diplomatic circle.

  1. Since the written records of our history and literature in pre-colonial era are kept in Arabic, or in local language written in Arabic script, the proper study of our cultural and historical past requires competence in Arabic language.
  2. Encouragement must be given to the private Arabic institutions, by exchanging views and ideas with them on academic and research programmes.
  3. Establishment of more centres of Arabic and Islamic studies and seminaries should be encouraged and supervised by experts in Universities.

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VINGT ANS D’ENSEIGNEMENT DU FRANÇAIS AU NIGERIA : UNE REVUE DE LITTERATURE

 

Dr Akanbi Mudasiru ILUPEJU

Department of European Languages,

Faculty of Arts, University of Lagos, Nigeria

 

RESUME

Le français n’est  pas la langue officielle du Nigeria, pourtant le Gouvernement n’est pas ignorant de son importance pour la survie de l’Etat nigérian. Il n’est plus nouveau de définir la topographie du Nigeria comme une enclave francophone de par ses voisins. Le concours apporté au développement du français dans le pays par le Gouvernement est plus ou moins contradictoire vu sa pratique au sein même des fonctions administrative et politique. Si la politique linguistique prévoit le français en tant que deuxième langue officielle, il n’existe pas de textes administratifs pour renforcer son enseignement et sa pratique au sein de la population. Cette communication fait une  revue de littérature des contributions académiques visant les problématiques de l’enseignement du français au Nigeria ces dernières vingt années académiques du secondaire jusqu’au niveau universitaire.

Mots clés : enseignement, pratique, politique linguistique, attitude, perspectives

ABSTRACT

Although French is not the official language of Nigeria, the Government is not unaware of its relevance to the survival of the country. It is evident that Nigeria remains an enclave of Francophone countries by her geographical location. The assistance and encouragement provided by the Government for the teaching and learning of French are more or less contradictory if one takes note of the role it plays at the level of policy formation concerning its usage in administration. The language policy gives it the status of second official language; but no official documents reinforce this position in our schools and in our day to day life. This paper reviews academic papers and publications that are related to hindrances and constraints militating against the teaching and practice of French from secondary to tertiary institutions within these past twenty years.

Key words: teaching, practice, language policy, attitude, prospects

INTRODUCTION

Si j’enseigne le français ce n’est pas par manque d’ambitions. C’est le destin. Le droit et le journalisme me seraient plus adéquats comme professions et non pas l’enseignement du français. Et si je dois enseigner du tout, peut être à un niveau avancé. Voilà ma détermination quand en 1988 j’ai accepté l’offre d’admission pour trois ans en licence en science de l’éducation, option français-histoire, après trois années de formation dans une école normale supérieure fédérale.

L’histoire de vocations préférentielles de nombreux enseignants du français au Nigeria nous révélera beaucoup de témoignages intéressants. Mais, ce qui doit nous (enseignants du français) intéresser à ce point ne sera moins que la quantification et la qualification de ce que nous avons pu faire avec le français dans un milieu anglophone hostile tel que le Nigeria.

Les gouvernements successifs du Nigeria sont bien conscients de l’importance de la langue française pour la survie économique régionale (voir Njoku 1999 : 47), surtout, et internationale du pays de par sa situation géographique et sa population qui comprend le plus grand regroupement de la race noire du monde. Par conséquent, il abonde des textes administratifs sur les politiques linguistiques successives qui confèrent au français le statut de langue étrangère facultative et langue étrangère obligatoire sur la liste des matières scolaires au premier cycle du secondaire (Molu et al, 1999 :39-46, Osunfisan, 1999 :116). En réalité, son statut facultatif est plus conventionné et maintenu par les autorités éducatives dans les écoles publiques que dans les écoles privées où l’aptitude en français est un signe de prestige.

Dans cette communication, les observations et les suggestions des enseignant-chercheurs du français ces vingt dernières années sont mises en relief afin d’évaluer la situation sur le terrain vis-à-vis de la pratique et de l’enseignement du français au Nigeria. Les domaines qui nous ont intéressé se limitent aux publications sur l’acquisition de la langue et la traduction en tant que profession. Les autres domaines tels que la littérature et les études en linguistique appliquée, nous ont semblé très académiques. Néanmoins, notre chronologie couvre les années 1995 (l’année de notre première communication sur le français au Nigeria) à 2015 (l’année de la présente communication). Ilupeju, (1998 : 42-47)[1] parle de la prolifération  des méthodes (voir aussi Njoku, 1999 :48) dont on se sert pour l’enseignement du français langue étrangère au Nigeria. Pour lui, cela constitue un handicap pour l’acquisition adéquate du français, car elles ne répondent guère aux besoins quotidiens et aux aspirations des apprenants.  Pour remédier à ce phénomène, il propose la conception d’une méthode unique qui répondrait aux questions suivantes :

  1. A quel groupe d’élèves doit-elle s’adresser ?
  2. Que doit-être son contenu ?
  3. Quel rôle doit jouer les institutions de formation des professeurs du flé ?

Il ne s’arrête pas là. Il propose ensuite, une pédagogie pour[2] :

  1. L’enseignement de la grammaire structurale ;
  2. L’enseignement des niveaux de langue – des aspirations des jeunes et des besoins de la société ;
  3. L’enseignement de la littérature d’expression française ;
  4. L’enseignement de la culture et civilisation francophones. Il conclut en élucidant les mérites inhérents au choix d’une méthode unique.

La série NOUVEL HORIZON dirigée par Tunde Ajiboye a vu le jour dès 1998 pour les deux cycles du secondaire visant l’enseignement et l’apprentissage du français. Les tomes 1 à 3 sont destinés au cycle premier (Junior Secondary School 1-3) alors que seul le 4 est destiné au second cycle (Senior Secondary School 1-3). Ces manuels répondent plus ou moins aux exigences du contenu du syllabus de français de WASCE[3]. La série NOUVEL HORIZON 1-3 a été soumise à des révisions presqu’annuelles dès 1998 jusqu’en 2014. La révision du tome 4 s’est arrêtée en  2013. A part les contenus pratiques rédigés en français qui ne nuisent pas à la compréhension des apprenants, grâce à la popularité du chef d’équipe de la série ; elle a enregistré pas mal de succès et d’acceptation au sein des enseignants du français au Nigeria.  Comme l’a suggéré Ilupeju (1998 : 44-47) la série NOUVEL HORIZON met à la disposition des apprenants et des enseignants :

  1. Un livre du professeur ;
  2. Un livre de l’élève et
  3. Un cahier d’exercices pour chaque tome.

En 2001, Mojola et al. ont aussi conçu un manuel à trois tomes (« Je démarre », etc.) qui offre aux apprenants et aux enseignants :

  1. Un livre du professeur ;
  2. Un livre de l’élève et
  3. Un cahier d’exercices pour chaque tome.

Nous n’avons pas des données statistiques des écoles qui adoptent ce manuel, mais il est certain que son usage est restreint à une partie de l’ouest du Nigeria que couvrent les lieux de travail des auteurs. Une visite dans quelques grandes librairies populaires de Lagos montre l’indisponibilité de quelques tomes de la série.

Quant à Popoola (1998 : 69-77) il est d’avis que : … le professeur est tributaire du type de méthode utilisée et que sa démarche pédagogique est considérablement influencée par le manuel et les matériaux qui se trouvent à sa disposition. Pour faciliter la tâche de l’enseignant afin de répondre aux intérêts et aux besoins spécifiques de ses élèves, il lui propose la méthode communicative dont les avantages sur les autres méthodes sont élaborés.

Adesola (1999 :72-79) voit les années 1990 comme l’avènement de la prolifération des écoles privées spécialisées où le français est un outil de réussite professionnelle. Pour lui, l’enseignement du français dans lesdites écoles favorise la couche économique aisée des métropoles, où Lagos joue un rôle très dominant de par son statut de capitale économique… d’autres ville ne présentent pas… les possibilités de jobs pour les nouveaux diplômés du système de l’éducation du Nigéria.   Aujourd’hui, Abuja, la capitale politique concurrence Lagos de par son statut administratif, la présence des ambassades francophones, des centres culturels français et des instituts français entre autres.

L’analyse du texte du syllabus (WAEC, NERC, CFTD)[4] de français au deuxième cycle de l’enseignement secondaire fait l’objet d’étude dans Ilupeju, (2002 : 51-64). Il présente une analyse détaillée du programme de français du niveau Senior Secondary School (SSS) où il met en relief une bonne élaboration de texte en bon langage mais avec plein de lacunes au  niveau des intentions méthodologiques du contenu. Le contenu du syllabus est trop vaste à enseigner dans un lapse de temps insuffisant. Aux lacunes observées, il propose des solutions adéquates pour une application ‘rationnelle’ pour la pédagogie des aptitudes de langue exigées à savoir l’écoute, le parler, la lecture, l’écrit et la réflexion critique. Il ajoute que le document du CFTD : « Petit guide pédagogique pour la préparation des candidats au S.S.S.C.E » pour le français donne des précisions pour aborder chaque méthode choisie mais n’est pas encore disponible aux enseignants pour lesquels il est conçu. Aujourd’hui, seuls les enseignants boursiers de l’Ambassade de France au Nigeria ayant suivi des formations de recyclage aux trois centres situés à Jos, Ibadan et Enugu ont la possibilité de se munir d’un exemplaire de ce fameux document indispensable.

L’apprentissage du français dans un milieu hors de France nécessite toutes sortes d’interférences de contact de langue. Alabi, (2009 : 133-163), fait l’inventaire des points de langue qui provoquent des erreurs et des écarts syntaxiques, sémantiques, phonétiques et morphologiques chez les apprenants universitaires nigérians du français tel qu’il les a repérés au Village Français du Nigeria(VFN)[5]. Parmi les problèmes de structures repérés chez les apprenants, le plus frappant est celui dû à la multiple inscription de cours multidisciplinaires complémentaires au français. Il fonde sa crainte sur le fait que la majorité des étudiants qui ont servi d’échantillons n’ont pas fait preuve d’une base solide en français, ce qui s’ajoute aux différentiations ethniques. Il est à souligner que tous les problèmes d’interférences de langues fouillés, auxquels des suggestions ont été faites, persistent toujours chez nos étudiants. Soit les solutions proposées ne sont pas fiables ou réalisables, soit ceux à qui elles sont destinées n’en sont pas au courant, soit ils les ignorent. La preuve est que la majorité des étudiants du département où le français est enseigné dans mon établissement revient du VFN après une année académique sans aucune ou peu d’amélioration non seulement dans leurs productions orales, mais aussi à l’écrit.

Dans son analyse des erreurs temporelles dues au contact des langues française et étsàkọ,

Igbeneghu (2010 :239-260) propose aux enseignants de tenir compte des données fournies (3.0. et 4.0.) sur les divergences paramétriques du temps des deux langues ; surtout en ce qui concerne le déplacement des constituants temporels. Il est d’avis que cette mise en garde va permettre aux enseignants du français dans une classe multilingue de se munir de solutions face aux problèmes anticipés.

Dans la même optique, Gandu, (2011 :176-208) examine dans 30 écoles fédérales nordistes[6], les interférences phoniques et graphiques chez les étudiants haoussaphones face à l’apprentissage du français. Elle observe que des problèmes majeurs de prononciation n’ont été isolés chez les étudiants que dans la production des voyelles et des semi-voyelles qu’en groupes discrets ; celle des consonnes ne se réalise qu’en groupes syllabiques. Pourtant, prononcées isolement, aucune des voyelles et des consonnes examinées n’ont posé de problèmes d’articulation chez les locuteurs natifs haoussa (LNHAF). Néanmoins, les LNHAF éprouvent des difficultés d’articulation des voyelles en unités discrètes et en suites de sons. Elle remarque que l’anglais plutôt que l’haoussa est à la base de la majorité des problèmes d’articulation de certaines voyelles et consonnes en situations syllabiques et discrètes.

Ebine et Houenon (2013 :135-146) ont aussi observé des problèmes identiques d’articulation des phones français chez les yoroubaphones. Dans leurs examens des problèmes des composants segmentaux et suprasegmentaux, ils isolent les phonèmes présents en yorouba mais absents en français vis-à-vis de ceux présents en français mais absents en yorouba. Pour remédier à ce problème, Gandu, (2011 : 1999-2001) propose des stages de recyclage en phonologie et en phonétique corrective visant les langues majeures: l’igbo, l’haoussa et le yoruba aux enseignants du français des écoles secondaires. Ensuite, elle demande à ce que le temps alloué au français sur l’emploi du temps soit augmenté car, l’insuffisance du temps d’enseignement du français est (aussi) la cause des mauvaises performances des apprenants.

Malgré les observations et les recommandations, les difficultés d’articulation correcte des sons du français sont loin de s’améliorer non seulement chez les LNHAF mais aussi chez les étudiants yoroubaphones et ibophones. Nous témoignons de ce phénomène dans les thèmes des projets de mémoires de fin d’études universitaires (Alaya, 2014, Omaghoni, 2015, Adebayo, 2015).

Le handicap  qu’engendre le phénomène d’attribution de genres aux substantifs en français chez les apprenants ibophones a fait l’objet principal dans la communication de It eogu, (2013 : 116-124). Il remarque que …le français a trop d’incohérence dans la composition des règles de la grammaire française et de l’attribution arbitraire du genre aux noms. Pour lui, puisque l’attribution des genres aux noms n’existe pas en igbo, l’étudiant ibophone se voit devant une situation de contradictions de pratique linguistique, ce qui freine son élan pour la langue française après le premier cycle du secondaire. Cette remarque n’est pas limitée à la langue igbo car aucune des langues majeures du Nigeria n’a dans sa structure l’attribution de genres aux substantifs (Alabi, (2009), Emordi, 2004).

Si l’enseignement du français rencontre des problèmes de natures diverses, qui ne sont pas insurmontables, la compétence linguistique en français pour le Nigeria a produit des avantages pratiques sur les plans économique et social. Dans ces domaines il faut citer la pratique traductive et l’intégration  des personnes de la sous-région. Cette instance justifie les quelques articles et communications publiés durant la période que couvre notre présentation.

Johnson (1999 :81-85) fait savoir que l’art de traduire n’est pas seulement une vocation pour plusieurs enseignants du français; il est aussi une profession pratiquée dans des centres de conférences dans le pays et surtout pour des églises pentecôtistes qui ont des affiliées dans les pays francophones avoisinants. Pour répondre à ces attentes et obligations à rapport financier, le « Department of European Languages of the University of Lagos » a inclus dans son programme académique, après plusieurs années de tentatives, la formation des traducteurs et interprètes en 1991 pour la première fois. Elle n’a pas oublié de rendre hommage aux pères fondateurs de la professionnalisation de la traduction et de l’interprétation au Nigeria : Wole Soyinka, Ekundayo Simpson, Olga Simpson, John Olaoye Abioye, Modupe Bode-Thomas et le Gouvernement français qui a initié le programme de traduction à Okigwe/Uturu et L’Alliance Française pour les programmes de diplômes en traduction.

Il est à remarquer qu’après trois à quatre sessions de succès, la formation des traducteurs et des interprètes de l’University of Lagos n’a pas pu attirer assez d’effectifs anticipés. L’une des contraintes liées à l’échec du programme est le statut professionnel attribué à la maîtrise octroyée aux étudiants. Au contraire, les centres tels que l’Alliance Française et le Village Français du Nigeria  où des diplômes non-universitaires sont octroyés continuent à attirer assez de traducteurs voulant se professionnaliser. Le Nigerian Institute of Translator and Interpreters (NITI), sous la tutelle du Professeur Simpson Ekundayo, depuis une décennie regroupe des enseignants universitaires et des professionnels adhérés à la Nigerian Association of Translators and Interpreters pour des programmes de recyclage annuel pour combler le vide et répondre aux besoins et aux aspirations des pratiquants clandestins du métier.

Il nous est nécessaire de souligner que la traduction et l’interprétation (surtout anglais/français ou français/anglais) sont une vocation soit administrative soit professionnelle très nécessaire pour la survie de la diplomatie nigériane visant tous les axes internationaux. Obisakin (2012 :537-547) nous fait témoigner de son expérience de traducteur et d’interprète au service de son pays durant trente ans. Il a mis au profit sa maîtrise des langues européennes, y compris dans la plupart du temps le français, dans la tentative de rapprochement régional et intercontinental des Gouvernements successifs du Nigeria de 1981 à 2010. Ainsi, la pratique de traduction et d’interprétation (anglais/français ou français/anglais)  ne met pas seulement du pain sur la table des pratiquants nigérians, elle sert en plus d’outil d’ascendance diplomatique pour le peuple et son gouvernement au niveau international.

Les Anglophones et les Francophones n’arriveront jamais à se comprendre s’ils ne se forcent pas à mettre en place des structures d’une vraie intégration bilingue aux seins des communautés géographiquement homogènes telle que la sous-région ouest-africaine ou africaine. Pour Ariole (2011 : 264) : Pour que les … pays africains puissent bénéficier pleinement des bénédictions venant d’un tel arrangement, le français et l’anglais seront les deux langues qui serviront comme langues de communication et des recherches.

La menace linguistique vis-à-vis de l’enseignement et de la pratique du français est exprimée par Obieje et Adebisi (2012 :240-256) lorsqu’ils s’interrogent sur l’état de l’enseignement du français et du chinois au Nigeria. Ils ressortent que … les considérations économiques en sont prépondérantes, car elles ont facilité la pénétration du chinois au Nigéria contemporain. Il est démontré que même si le français reste incontestablement la deuxième langue étrangère du Nigeria, la présence du chinois qui est ancrée sur la puissance mondiale économique de la Chine prendra le devant si les acteurs et les partenaires de la promotion du français n’évitent pas la complaisance. Ajoutée à cette mise en garde est cette réalité à l’université de Lagos où le français enregistre un déclin considérable en faveur du chinois aux moments d’admission. Face à une présence faible des autorités françaises dans cette université, les autorités administratives ne cachent pas leur préférence à la propagande linguistique chinoise agressive dans l’établissement. La Chine, entre d’autres encouragements, sponsorise deux des quatre années d’études que couvre la durée du programme de licence en chinois dans une université chinoise. Enfin, tactilement l’unique programme d’année préparatoire qui permet d’encourager les études en français est découragé, car il n’est plus profitable à l’université (sessions 2013/2014 et 2014/2015).   

CONCLUSION

Les phénomènes exposés dans ce récit vis-à-vis de la pratique et l’enseignement du français au Nigeria persistent et font toujours objets principaux des thèmes de communications au cours des conférences académiques des associations des enseignants du français à tous les cycles de formations linguistiques. L’enseignement d’une langue étrangère est toujours structuré sur une base objectivable précise pour assurer la communication. La communication orale est surtout privilégiée ; l’environnement de ce qui manque pour la majorité des apprenants du français au Nigeria. L’approche communicative qui est souvent proposée dans les méthodes récentes de l’enseignement du français est ignorée par le Ministère nigérian de l’éducation nationale. La plupart des manuels conçus sans le concours des autorités compétentes chargées des établissements primaires et secondaires présentent une formule mécanique qui ne prévoit aucun matériel audio-visuel.  Même quand les aides sonores sont prévues, elles ne sont pas, dans la plupart du temps, mises au profit de l’apprenant.  La fin visée par l’enseignement du français au Nigeria ne sera atteinte que si tous les acteurs s’unissent pour la conception des méthodes de français pour tous les cycles d’enseignement et de formation en français. Les acteurs principaux tels que la Nigeria Association of French Teachers et l’University French Teachers’ Association of Nigeria doivent présenter un front commun pour l’avancement des arguments solides au profit de la mise en place d’atelier sponsorisé par l’Etat en faveur de la documentation et de la conception des ouvrages pratiques qui encourageront, à court terme et à long terme, les apprenants et les professionnels à communiquer en français. En plus, comme l’a suggéré Owhotu (1999 :38) : Nous estimons qu’il n’est plus question de se demander si l’informatique est désirable ou utile mais comment y former enseignants et élèves ; quels types de logiciel et de média seront les plus adaptables au plus large public d’apprenants suivant les besoins.

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Popoola, A. M. (1998) : « L’approche communicative : les moments de la classe » , in JONIFOELL, Vol. 1, N°1, 1998, pp. 69-77.

 

 

 

ETUDE CONTRASTIVE DES SYSTEMES PROSODIQUES DU FRANÇAIS ET DU YORUBA

Dr. Ezekiel Oladele TANITOLORUN

Departement du Français

Tai Solarin University of Education

Ijagun, Ijebu-Ode, Nigeria

 

 

RESUME

La prosodie est, d’une manière générale, l’inflexion, le ton, la tonalité, l’intonation, l’accent et la modulation que nous donnons à notre langue orale en fonction de nos émotions et de l’impact que nous désirons avoir sur nos interlocuteurs. En outre, c’est l’étude des traits phoniques, c’est-à-dire l’étude du rythme (vitesse d’élocution), l’accent et l’intonation. Elle est l’ensemble des phénomènes dits suprasegmentaux, c’est-à-dire échappant au découpage à savoir le rythme, l’accent, l’intonation et la quantité syllabique. Selon Martinet (1970 : 83), la prosodie est l’expression des faits phonétiques nécessairement présents dans tout énoncé parlé: que l’énergie avec laquelle on articule soit considérable ou limitée, elle est toujours là, à un degré quelconque; dès que la voix se fait entendre. Il est alors sine qua-non pour les locuteurs des langues, notamment du milieu scolaire d’avoir des connaissances approfondies du système des sons de ces langues en question. Cet article discute par conséquent, l’ensemble des phénomènes dits suprasegmentaux : l’inflexion, l’intonation, l’accent, la tonalité et la modulation de la langue française et du yorùbá.

Mots- clés : langue, prosodie, syllabe, accent, tonalité, oxyton, modulation.

 

INTRODUCTION

Pour parler une langue, il faut être capable d’émettre les sons et d’être ou non conscients des systèmes phonético-phonologiques qui la caractérisent. Selon Searle (1972 : 37), parler une langue, sur le plan verbal, c’est adopter un comportement, accomplir des actes de langage tout en respectant des règles complexes.  Lorsque les étudiants baignent dans un milieu purement plurilingue et que la langue à apprendre est étrangère – comme le cas des étudiants du Français au Nigéria – la maîtrise ou la pratique d’une telle langue étrangère devient un exercice souvent difficile. Dans une telle situation,  comme le suggère Tijani (2006 :14), le rôle primordial de l’enseignant  est de proposer des approches pédagogiques appropriées et capables d’aider les étudiants à surmonter leurs difficultés.

Notons qu’il est difficile de transmettre ces approches pédagogiques appropriées pour la pratique de la langue étrangère étudiée par les étudiants dans un milieu hostile où la langue maternelle, ici le yorùbá, est plus parlée que la langue étrangère étudiée  qu’est le français. Comment peut-on en milieu multilingue  amener les étudiants à développer des capacités et  habitudes afin de  mieux communiquer, écrire et lire en  français ? Cette question s’inscrit dans le cadre de notre communication : étude contrastive des systèmes prosodiques du français et du yorùbá.

 

  1. 1. STRUCTURE SYLLABIQUE DU FRANÇAIS

D’après Guelpa (1997:119), la syllabe est l’unité prosodique par excellence. Une syllabe est une combinaison de sons prononçables d’une seule émission de la voix. La langue française distingue entre la syllabe ouverte (syllabe terminée par un phonème vocalique); et la syllabe fermée (syllabe terminée par un phonème consonantique) Ainsi, toutes les syllabes des mots de la phrase suivante sont fermées: ‘il sort par une porte sur l’autre cour’. Le français a une tendance marquée pour les syllabes de type CV. Du point de vue de Léon Pierre (1992:96), il est possible d’indiquer la structure quantitative des syllabes, c’est- à-dire le nombre maximal de phonèmes à l’attaque et à la coda. Selon lui, la syllabe théorique la  plus lourde est de la forme CCCV ou VCCC, par exemple dans le mot ‘strict’ et ‘dextre’.

 

  1. 2. STRUCTURE DES ACCENTS EN FRANÇAIS

Le français fait partie des langues à intonations, comme d’ailleurs la plupart des langues européennes. Selon Guelpa (1997 : 119), l’accent par nature, est une augmentation de l’intensité (énergie articulatoire) de la parole et de la hauteur de la voix qui frappe une syllabe du mot et met le mot en relief. Martinet (1970 :  89) quant à lui indique que l’accent est la mise en valeur d’une syllabe et d’une seule dans ce qui représente, dans une ligne déterminée, l’unité accentuelle. Dans la plupart des langues, selon lui, cette unité accentuelle est ce qu’on appelle couramment le mot. En français selon Grevisse et Goosse (1980 :  20), Martinet (1970 :  90),  Gbeto (2000 :  20), Guelpa (1997 : 120), Léon Pierre et Léon Monique (1997 : 30), l’accent frappe invariablement la dernière syllabe: lycée [li′se], intention [Ttã′sjS], université [ynivεRsi′te]. Le français du point de vue de Guelpa (op.cit) est une langue à oxytons. Selon Léon Pierre et Léon Monique  (op.cit), il ne sagit pas de l’accent que l’on utilise dans l’orthographe, c’est-à-dire de l’accent orthographique, mais d’un accent phonétique. Selon eux, la voyelle accentuée est plus longue et généralement plus forte. Elle peut aussi être mélodiquement plus haute ou plus basse. L’accent porte sur toute la syllabe où se trouve la voyelle finale prononcée et il est noté par une barre oblique devant cette syllabe accentuée comme dans des exemples précités. Les voyelles non finales sont dites inaccentuées. Elles sont normalement prononcées avec moins d’énergie que les voyelles accentuées. Le résultat est que leur timbre est alors moins net. Nous pourrions dire lorsque nous parlons, on ne place pas un accent sur chaque mot mais nous ne mettons un accent qu’à la fin d’un groupe de mots formant un groupe rythmique parce que l’accentuation crée un rythme dans un énoncé.

1.1. Intonation

Lorsque nous parlons, nous notons une modulation au niveau de la voix. La ligne musicale de notre discours constitue une mélodie.

Léon Pierre et Léon Monique (1997 :  87), nous proposent ce dialogue illustratif:

–          Vous partez?

–          Oui.

–          Je vais avec vous.

–          Dépêchez- vous.

–          Formidable!

Ils notent qu’en considérant ce dialogue nous entendons monter notre voix pour la question, descendre pour la réponse, monter puis descendre pour la phrase suivante, descendre nettement pour l’ordre et enfin faire un saut brusque, généralement très haut pour l’exclamation. L’intonation est alors selon Grevisse et Goosse (1980 :  20), les variations de hauteur que l’on observe dans la phrase. En outre, l’intonation est la structuration mélodique des énoncés en groupes rythmiques; des modulations provoquées par des changements de hauteur dans la fréquence fondamentale autrement dit la courbe mélodique. D’après Rigault (1971  :  27-37), Léon Pierre et Léon Monique (1997  :  89-98), le français a quatre niveaux de hauteur intonative:

 

1.2. Les niveaux intonatifs de base

Niveau 4: question ou continuité majeure

Niveau 3: continuité mineure

Niveau 2: fondamental usuel de la voix

Niveau 1: finalité et incise

 

 

 

 

Source: Léon Pierre et Léon Monique (1997  :  90)

Selon eux, au niveau 1, le patron de finalité descend de 2. Il est aussi, celui de l’incise qui est une sorte de parenthèse dans l’enoncé. Le niveau 2 montre la hauteur moyenne des vibrations de nos cordes vocales. Le niveau 3 montre un patron montant de 2 à 3. Le niveau 4 montre plusieurs patrons de question par exemple le plus courant est celui de la question totale de forme grammaticale  affirmative comme “tu viens?”, qui monte abruptement de 2 à 4. Nous présentons un exemple de chacun de ces patrons placés dans l’ordre des énoncés du point de vue de Léon Pierre et Léon Monique (op.cit).

1.3. Exemples des modalités intonatives.

Continuité   mineure  majeure  incise      finalité question totale

4

3

2

1

 

Ils doivent partir en voiture,  je crois à cinq heures. Vous restez?

 

Source: Léon Pierre et Léon Monique (1997  :  90).

Quant à Grevisse et Goosse (1980 : 105-110), les modalitiés intonatives du français se répartissent á partir des particularités de  divers types de phrases:

Enoncé déclarative (ligne mélodique descente)

4

3                            ssé

2        Je suis pa-                    par la –

1                                                          ville

La phrase déclarative ou énonciative est prononcée avec une intonation d’abord ascendante puis descendante.

Énoncé de la forme impétative (chute Mélodique)

4               Fer

3                            me

2                                                la

1                                                               porte

La phrase impérative est marquée d’habitude per une intonation descendante

Enoncé de la forme interrogative

(ligne mélodique montante)

4                                                main?

3                                          de –

2      Viens – tu

1

La phase interrogative est caractérisée par une intonation  montante.

Enoncé exclamatif

4          comme

3                             elle

2                                      est

1                                             pâle!

La phrase  exclamative  est, quant à la nature du message, une phrase énonciative, mais dans laquelle le locuteur exprime ces sentiments avec une force particuliève.

Du point de vue de Delattre (2007  :  1-7), le français a dix intonations de base. Il présente les quatre niveaux comme suit:

 

Finalité

Continuation majeure

Continuation mineure              déclarative

Implication

Commandement

interrogatives

Question

Interrogation

parenthétiques

Parenthèse

Echo

Exclamation               exclamative

A titre illustratif, Delattre nous présente un texte que voici:

Si ces oeufs  ______  continuation mineure

étaient frais, ______ continuation majeure

J’en prendrais. _____ finalité

Qui les vend? ______            interrogation

C’est bien toi, ______           question oui? Non?

ma jolie? ___________          écho

Evidemment,  ______           implication

monsieur. __________          parenthèse

Allons donc! _______           exclamation

Prouve-le-moi ______           commandement

A partir de cette illustration, Delattre a aussi établi la forme des courbes en présentant schématiquement les dix courbes de ces intonations fondamentales dans  un ordre gradué et les range de haut en bas de la plus ascendante à la plus descendante:

Les dix intonations du français les plus fréquentes et leur  représentation schématique à l’aide de quatre niveaux de hauteur.

2-4+                                          Question

 

2-4                                            Continuation majeure

 

2-4_                                          Implication

 

2-3                                            Continuation mineure

4-4                                            Echo

 

 

1-1                                            Parenthèse

 

 

2-1                                            Finalité

 

4-1                                            Interrogation

 

4-1                                             Commandement

 

4-1                                              Exclamation

Source : Delattre (2007 :6)

Ces figures schématiques ci-dessus sont faites pour rappeler ces formes phonétiques réelles des courbes afin de mettre en évidence le rapprochement entre les figures schématiques et les formes réelles des courbes. Ce propos illustratif de Delattre s’oppose aux données de Grevisse et Goosse. Il est évident que les langues en général manifestent plusieurs niveaux de courbes intonatives.

 

Structure syllabique du yorùbá.

En yorùbá, la structure de base de la syllabe est CV. Cependant, on remarque que certains nominaux  peuvent avoir comme structure de base VCV. Les exemples suivants sont assez illustratifs:

ilé  [ile]     ‘maison’

oko [oko] ‘ferme’

ọjà   [ɔʤà]  ‘marché’

omi  [omi]   ‘eau’

igi    [igi]     ‘arbre’

àga  [aga]   ‘chaise’

Aussi avons-nous remarqué  que la plupart des verbaux simples du yorùbá ont CV comme structure de base. Les éléments suivants exemplifient bien nos propos.

[ʤɛ]              ‘manger’

jó [ʤó]  ‘danser’

ṣe [ʃe]    ‘faire’

sùn [sũ]  ‘dormir’

lọ  [lɔ]    ‘aller’

pa [kpa]  ‘tuer’

Les monosyllabes

En yorùbá, parmi les monosyllabes, nous distinguons les mots de structure V, CV et une consonne nasale syllabique. Les termes de structure V comportent seulement des pronominaux sujets [Ó], et des termes des pronominaux objets [ɔ]. C’est ce qu’illustrent les exemples suivants:

Ó ti lọ [ó ti lɔ] il est parti

Mo rí ọ [mo ri ɔ] je t’ai vu

Les termes de structure CV qui comportent largement des verbaux ont été précités.

La consonne nasale syllabique

Il ressort qu’en yorùbá que la consonne nasale /n/ est syllabique et porteuse de ton tout comme les unités vocaliques. Par exemple, nous avons :

[ògoǹgo] ‘‘Ogòǹgò’’             –           autruche

[ó ń lɔ] ‘‘Ó ń lọ’’                   –           il part

[mò ń rĩ] ‘‘mò ń rìn’’  –           je marche

[kɔńsóńáǹtì] ‘‘Kóńsóńáǹtì’’ –           consonne

Le système tonologique du yorùbá

Contrairement à la langue française, le yorùbá est une langue à tons. Ces tons ont une valeur distinctive. Le yorùbá  a un système tonologique qui lui est spécifique et dont l’inventaire se présente comme suit:

Inventaire des tons en yorùbá

Types de tons

Représentations

Exemples

Ton bas

[ \ ]

Ton haut

[ / ]

Ton moyen

[  ] (non marqué)

Le

Distribution des tons dans le système verbal et nominal du yorùbá

Selon Gbeto (2006  :  90-92), la distribution des tons varie du système verbal au système nominal. Ce propos est justifiable particulièrement dans les langues à tons comme le yorùbá.

Nous illustrons cette distribution comme suit:

Distribution du ton [ \ ]

Le ton bas apparaît au niveau des verbaux monosyllabiques simples á  l’infinitif, sur la voyelle radicale des verbaux, quelle que soit la nature de la consonne. Nous illustrons cette règle par les exemples suivants:

tà                    [tà]      ‘acheter’

kà                  [kà]       ‘compter’

fà                    [fà]      ‘tirer’

gbà                 [gbà]    ‘prendre’

rà                    [Rà]     ‘acheter’

Distribution du ton haut [ / ]

Le ton haut apparaît au niveau de la voyelle finale du nominal de structure VCV. C’est ce qu’illustrent les exemples suivants:

ilé        [ilé]      ‘maison’

iṣé       [iʃɛ]      ‘travail’

adé      [adé]   ‘couronne’

igbó    [igbó]  ‘brousse’

Aussi, observons-nous que cette structure commence par une voyelle syllabique porteuse de ton moyen.

Distribution du ton moyen [  ] non marqué                       

Nous avons constaté que le ton moyen apparaît notamment lorsque les verbaux monosyllabiques sont en contexte. C’est ce que nous présentons dans les exemples suivants :

Ó ra ẹja           [ó Ra ɛʤa]                 ‘Il a acheté du poisson’

Mo jẹ ẹran      [mo ʤɛ ɛRã] ‘J’ai mangé de la viande’

Mo ju òkò   [mo ʤu òkò]      ‘J’ai lancé de la pierre’

Ọmọ gba ẹkọ [ɔmɔ gba ɛkɔ]             ‘L’enfant a reçu de la connaissance’

Approche contrastive des deux systèmes phonético-phonologiques des deux langues.

Notre approche contrastive s’articulera autour des systèmes vocaliques et consonantiques. Nous aborderons en premier lieu les systèmes vocaliques.

Au niveau des systèmes vocaliques

D’un point de vue phonétique, le français comporte 16 voyelles tandis que le yorùbá en comporte 12. On se rend à l’évidence que les deux langues ont des voyelles en commun mais également des voyelles différentes. C’est ce que nous montrent les tableaux suivants:

Présentation des voyelles françaises en comparaison avec celles du yorùbá

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’observation des deux  tableaux met en évidence les ressemblances suivantes:

en français :                                      en yorùbá :

/i/ lit [li],                                             bí /bi/   ‘accoucher’

/e/ thé [te],                                          dé [de]            ‘arriver’

/ɛ/ tête [tɛt],                                     ẹja [ɛʤa]          ‘poisson’

/T/ fin [fT],                                        ìyęn [ijT]           ‘cela’

/ã/ chant [ʃã],                                     pàṣán    [paʃã]  ‘chicotte’

/u/ vous [vu],                                    bú [bu] insulter

/o/ dos [do],                                      jó [ʤó] danser

/S/ bon [bS],                                     ìbọn [ibS]           ‘fusil’

/ɔ/ dot [dɔt],                                   aṣo [aʃɔ] ‘tissu’

/a/ date [dat],                                  àdá [àdá] ‘coupe-coupe’

Les voyelles du yorùbá et du français peuvent, du point de vue distributionnel, apparaître en position initiale, médiane et finale. Les exemples suivants les démontrent :

en yorùbá:                                                    en français :

[alága] alága    ‘président’                  élevé       [eləve]

[ìjàwó] ìyàwó ‘femme’                      allée        [ale]

[ìgò]    igo                   ‘bouteille’                   moto        [moto]

[ìʃesí] iṣesi                   ‘manière’                    péché       [peʃe]

L’observation des deux tableaux met en évidence les dissemblances suivantes:

Le yorùbá comporte 12 voyelles;7 orales et 5 nasales tandis que le français en comporte 16; 12 voyelles orales et 4 nasales. D’une part, le yorùbá ne partage pas les phonèmes [i͂] et [u͂] avec le français et d’autre part le français ne partage pas les phonèmes [y], [ø], [ə], [œ], [œ͂] et [ɑ] avec le yorùbá.

Au niveau des structures syllabiques

Pour ce qui concerne les structures syllabiques, les deux langues comportent aussi bien des syllabes de structure similaire que des syllabes de structure différente.

S’agissant des syllabes de structure similaire, nous avons identifié celles qui suivent:

–          Les syllabes ouvertes, c’est-à- dire, terminées par une voyelle, comme le montrent les exemples suivants:

en yorùbá :                                               en français :

[ɔkɔ] ọkọ        “mari”                         [su]      ‘‘su’’

[ìdòdó] ìdòdó             ‘‘nombril’’                  [vy]     ‘‘vu’’

[ilé]  ile            ‘‘maison’’                   [sale]   ‘‘salé’’

–          Les syllabes fermées, c’est-à-dire terminées pas une consonne.

Les syllabes fermées n’existent qu’en français. Elles sont  soit monosyllabiques, bisyllabiques ou plurisyllabiques. Le yorùbá n’admet pas de syllabes fermées. En voici quelques exemples illustratifs en français :

[fis]                 ‘‘fils’’

[lyt]                 ‘‘lutte’’

[klasik]            ‘‘classique’’

[sãs]                ‘‘sens’’

Des syllabes au niveau desquelles soit la même consonne appartient à deux syllabes (consonne ambisyllabique), soit elle n’appartient à aucune syllabe (consonne extrasyllabique). C’est le phénomène d’ambisyllabicité et  d’extrasyllabicité qu’on ne rencontre qu’en yorùbá et où une voyelle peut représenter deux syllabes. En voici quelques exemples illustratifs:

bẹẹni [bέὲni]  “vrai”

bọọlù  [bɔɔlù] “ballon.”

Le français est une langue accentuée alors que le yorùbá est tonale. Que pouvons-nous retenir du système consonantique des deux langues ?

Au niveau des deux systèmes consonantiques des deux langues.

D’un point de vue phonétique, nous avons constaté que le yorùbá comporte 18 consonnes et le français en comporte 21. Lorsqu’on  observe bien l’inventaire des consonnes du yorùbá et du français, on se rend à l’évidence que ces deux langues ont des consonnes identiques et des consonnes différentes. C’est ce que nous montrons dans les tableaux suivants:

Présentation des consonnes françaises en comparaison avec celles du yorùbá

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’observation des tableaux met en évidence des ressemblances au niveau des consonnes des deux langues. S’agissant des consonnes orales identiques nous avons:

-L’occlusive bilabiale voisée (b) ;

-les occlusives alvéolaires et non-voisées (d, t) ;

-les occlussives vélaires voisées et non-voisées (g, k) ;

– les fricatives labiodentales non-voisées [f, ʃ] ;

-la fricative alvéolaire non-voisée [s] ;

-la fricative palatale [j] ;

– la fricative voisée [l] ;

-la vibrante alvéolaire [r] ;

la fricative palatale [w].

En ce qui concerne les consonnes nasales qui leur sont communes, nous avons:

-la nasale bilabiale [m] ;

-la nasale alvéolaire [n].

L’observation des deux tableaux met en évidence les différences au sein des consonnes des deux langues. En effet, les consonnes orales et nasales qui n’existent qu’en yorùbá se présentent comme suit:

-les occlusives labio-vélaires voisées et non-voisées [gb, kp] ;

-la fricative glottale non-voisée [h] ;

-l’affriquée [ʤ].

S’agissant des consonnes spécifiques au français, nous avons:

-la bilabiale palatale [p] ;

-les fricatives voisées [ʒ, v, z] ;

-la nasale vélaire [ŋ] ;

-la nasale palatale [ɲ] ;

-la fricative voisée [ɥ].

Nous mentionnons que les consonnes n’apparaissent pas en position finale en yorùbá mais le français est caractérisé par plusieurs types de séquences consonantiques qui se présentent comme suit:

homme [ɔm]

dette [dɛt]

sale [sal]

développement  [devəlɔpmã]

possible [pɔsibl]

lettre    [lɛtR]

après       [apRɛ]

accent     [aksã]

simple     [sTpl]

adresse   [adRɛs]

Les traits distinctifs des sons français et yorùbá

Les traits distinctifs selon Yamaro (2005) nous permettent d’écrire d’éventuelles règles rendant compte de certains changements phonétiques dans la prononciation de sons. Ces derniers sont essentiellement articulatoires.

Tous les phonèmes s’opposent les uns aux autres et forment un système nécessaire à la communication linguistique. Les tableaux des voyelles et des consonnes du français et du yorùbá que nous avons présentés plus haut nous ont montré l’ensemble des éléments phonologiques de ces deux langues.

Nous pouvons remarquer que chacun de ces éléments prononcés tout seul n’a pas de sens. Si nous prononçons /n/, /t/, /s/, / ʃ / du français ou du yorùbá, isolément, cela ne veut rien dire. Les phonèmes, voyelles ou consonnes, n’ont de valeur qu’en s’opposant les uns aux autres. Ils ont par conséquent une fonction oppositive ou distinctive.

Lorsqu’il s’agit de comparer les voyelles aux consonnes, nous notons aussi d’autres traits comme strident, coronal, continu, haut, bas etc.

Matrice phonologique des voyelles du français

i

e

ε

T

a

y

ө

œ

W

α

u

o

ɔ

S

ã

Haut

+

+

+

+

+

Bas

+

+

+

+

+

+

+

+

+

+

+

Avant

+

+

+

+

+

+

+

+

+

Arrière

+

+

+

+

+

Fermé

+

+

+

+

+

+

Ouvert

+

+

+

+

+

Arrondi

+

+

+

+

+

+

+

+

+

Nasal

+

+

+

+

Source: Léon Pierre et Léon Monique (1997:54)

Voyelles

Matrice phonologique des voyelles du yorùbá

Traits distinctifs

i

e

ε

T

ĩ

a

ã

ɔ

u

S

ũ

o

Haut

+

+

+

+

+

+

+

Bas

+

+

Avant

+

+

+

+

+

Arrière

+

+

+

+

+

Fermé

+

+

+

+

Ouvert

+

+

+

+

Arrondi

+

+

+

+

+

Nasal

+

+

+

+

+

Source: Owolabi Kola (2009:140)

Ces deux tableaux de traits distinctifs des voyelles du français et du yorùbá nous montrent que ces voyelles se prononcent avec la même aperture sauf dans le cas où certaines voyelles n’existent pas dans une langue ou dans l’autre.

Les voyelles /y/, /ɵ/, /¶/, /œ/, /W/ appartiennent uniquement à la langue française alors que les voyelles / ῖ /, /ũ/ appartiennent au yorùbá.

 

 

Matrice phonologique des consonnes du français.

p

b

M

t

D

n

k

g

ɲ

ŋ

f

v

s

z

ʃ

ӡ

ɭ

r

j

w

Sonant

+

+

+

+

+

+

+

+

+

Voix

+

+

+

+

+

+

+

+

+

+

+

+

+

Labial

+

+

+

+

+

+

Antérieur

+

+

+

+

+

+

+

+

+

+

+

+

+

+

Postérieur

+

+

+

+

+

+

Coronal

+

+

+

+

+

+

+

+

+

Continu

+

+

+

+

+

+

+

Strident

+

+

+

+

+

+

Nasal

+

+

+

+

Source: Léon Pierre et Léon Monique (1997:56-57)

 

 

 

 

Matrice phonologique des consonnes du yorùbá

p

b

m

T

d

n

k

g

gb

ʃ

r

y

f

j

ɭ

s

W

h

Sonant

+

+

+

+

+

+

+

Voix

+

+

+

+

+

+

+

+

+

+

Labial

+

+

+

+

+

+

Antérieur

+

+

+

+

+

+

+

+

Postérieur

+

+

+

+

+

+

+

+

+

Coronal

+

+

+

+

+

+

+

+

Continu

+

+

+

+

+

+

+

Strident

+

+

+

+

+

Nasal

+

+

Source: Owolabi Kola (2009:140)

Il ressort de ces tableaux que les consonnes du français et du yorùbá présentent la même matrice phonologique sauf dans le cas où nous avons des consonnes différentes qui ne s’apparentent pas dans les deux langues.

Les consonnes /ɲ/, /ŋ/, /ӡ/, /z/ ne figurent pas dans la liste des consonnes yorùbá. Les consonnes /gb/, /h/ ne font pas parties des consonnes du français. Le son /ɲ/, du français dans des mots comme igname, digne, pagne etc. pourrait se réaliser en consonne /y/ du yorùbá dans des mots comme táyà (pneu), aya (femme), ayọ̀ (joie) etc.

CONCLUSION

Nous constatons que sur le plan phonético-phonologique, le français compte trente sept phonèmes dont vingt et un phonèmes consonantiques et seize voyelles dont douze orales et quatre nasales. Le yorùbá compte trente phonèmes dont dix huit phonèmes consonantiques et douze voyelles dont sept orales et cinq nasales. Ces phonèmes présentent des ressemblances et des dissemblances. Nous concluons que le français est une langue caractérisée par l’intonation et l’accent alors que le yorùbá est une langue tonale.

 

 

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INDIGENOUS AFRICAN LANGUAGES AND DEVELOPMENT IN AFRICAN.

Dr. Chinyere B. EGWUOGU

Department of English,

Tai Solarin University of Education,

Ijebu-Ode, Ogun State, Nigeria

ABSTRACT

All over the world, developmental issues have always occupied the central stage of not only learned and intellectual discourse but also in governance. The extent to which countries of the world have been able to tackle challenges of development has given rise to their categorization into developed, developing and or underdeveloped. African countries are usually categorized as underdeveloped because of the enormous developmental challenges facing the continent. Even in this 21st century digital age, Africa is still being ravaged by socio-economic and health problems, political instability, conflicts, insecurity, and numerous social vices. Most of the measures adopted by African leaders towards solving the problem have not yielded the desired results as Africa still remains underdeveloped. However, one veritable tool of development which most African governments have not thoroughly explored is the use of African languages which are the languages of the people’s culture, in which they think and communicate effectively. Instead, exoglossic languages which are spoken only by a low percentage of the people are used. Consequently, education delivery is not effective and political  followership is poor as government policies and actions are not understood. There is the need for a comprehensive language policy that will ensure that indigenous languages are used alongside exoglossic languages for effective education delivery and adequate political  mobilization.  This paper examines the prospects of utilizing indigenous African languages for development in Africa.

Keywords: indigenous Languages, education, Language policy, good governance, development.

INTRODUCTION

All over the world, issues of development have occupied the central stage in both intellectual and administrative discourse. Leaders of governments of various countries have always sought ways of improving the well-being of the citizens of their countries by effecting positive changes that would transform the society. These they have done through making policies and implementing such to elevate the quality of life of the people. They make developmental efforts aimed at providing solutions to the numerous socio-economic, cultural, educational and political challenges facing the people. The extent to which a country has been able to successfully tackle the problems of development has given rise to the categorization of the countries of the world into developed, developing and undeveloped or underdeveloped countries. While most European countries such as Britain, America, Australia, Spain, Canada etc are termed as developed, African countries such as Nigeria, Ghana, Kenya, Cameroon, Morocco, Niger, Chad etc are designated as either developing or underdeveloped. This is in spite of the huge endowments of human and material resources available to the African continent.

Africa is endowed with abundant natural resources that are, if well harnessed, capable of facilitating the developmental process and transforming the continent. There is oil in Nigeria, Cameroon, Egypt, Angola, Libya, etc, diamond in Botswana, gold in South-Africa, Iron in Liberia, Cocoa in Ghana, Ivory Coast etc, Copper in Gambia, tea and coffee in Kenya and Ethiopia, respectively. Apart from these, Africa is also rich in cotton, seafood, animals, uranium etc. In addition, Africa is also multilingual and shows a richness of cultural heritage that is enveloped in their wisdom, language and worldview. Yet, despite all these, the continent is still faced with a lot of developmental challenges. Massive illiteracy, ignorance, hunger, poverty, diseases, ethnic and religious conflicts, communal rivalries, insurgency etc are ravaging the continent. Added to these are numerous social vices such as massive corruption, armed robbery, trafficking in human persons, prostitution, drug abuse, teenage pregnancies and internet fraud. In addition, unemployment, lack of  social amenities such as good roads, good healthcare delivery, electricity, pipe-borne water, shelter have also taken their toll in the challenges of development in Africa. This is after several years of independence of most African countries. World Bank (1989) observed that African countries still lack developmental indicators but indicators of underdevelopment such as political confusion, leadership crisis, poor education and low literacy level, ethnic and religious conflicts, poor health facilities, poor transportation system, lack of quality water supply, low technological awareness, low power supply and poor management of human and natural resources are rife and abound in Africa (Adegbite, 2011).

Various African countries have adopted various measures aimed at tackling some of these problems and placing Africa on its rightful place in the comity of nations. In Nigeria for example, there have been programmes such as the Structural Adjustment Programme (SAP), Better Life for Rural Women, Operation feed the nation, Poverty Alleviation Programme and Millenium Development Goals (MDGs), etc. Yet, meaningful development has not been achieved. The Gross National Product (GNP), Gross Domestic Product (GDP) and external reserves are still low. One is therefore left with no option than to search for unexplored alternative means to the developmental issues facing the continent.

One veritable tool of development which has not received much attention is language generally and indigenous African languages in particular. Simply defined, language is a medium of communication. It is a facilitator of human essence and it plays an unquantifiable role in the development of a nation. There is no human activity that can actualize its goals without language since every activity requires communication and information to flow. So for such an activity to actualize its goals, information must be transmitted from one person to the other. This is what Moody (1970 :15) regards as the principal function of language. This function can best be performed by the language of the people’s culture. In it, the people can express themselves effectively, thus making communication of meaning easy. Language and culture are closely related. The close relationship is explored in the next segment of this paper.

  1. 1. LANGUAGE, CULTURE AND COMMUNICATION

Culture refers to the totality of life of a people. It includes their customs, traditions, ideas and perceptions, art, values and language (Omole, 2011). Every culture exists within the limits to which it is  propagated by a language. Language is culture specific. It cannot name an object, express an idea or describe an entity that does not exist within a particular culture in which it exists. It is a repository of culture and the meaning of an expression can only be best interpreted within the context of the culture in which the language is used. Therefore, it is only the language of a given community that can effectively communicate the experience of that community and bring out the knowledge and wisdom encapsulated in that wisdom. This theory is aptly explored by the Sapir/ Whorfian linguistic relativism which states that the experiences of a particular community can only be expressed by the language of that community. An attempt to use an alien language will lead to the loss of vital information contained in the message. That is the reason translation and transliteration have been a problem over the years. As much as great writers like Achebe, Soyinka etc have tried to manipulate and bend the English language to suit their purposes, it is still doubtful whether they actually achieved their aims most satisfactorily as it would have been if expressed in the indigenous languages of their cultures.

As noted by Bodoma (1993), the symbolic function of language relates it to the culture of the environment in which it exists. Bodoma is of the view that indigenous languages have the capacity of exploring and revealing the wisdom in the African mind. Through this revelation, the society can be transformed and the continent will be developed. This was the case during the Nigerian/Biafran war in which the Igbo of Eastern Nigeria employed the wisdom of their culture to manufacture the ‘Ogbunigwe’ (killer of millions at once) with which they fought the war with a considerable success.

Man is a social animal. Through language, he interacts with others and strikes a bond of unity. It is through language as an interactive tool that society is bonded. The bond becomes effective when there is effective communication. Africans must therefore communicate in indigenous languages in their countries for unity and to preserve and promote indigenous culture.  Erosion of culture through neglect or disregard for the language of the culture is tantamount to the conquest of identity of the owners of the culture. A people without identity are non-entities. They are difficult to identify and define (Egwuogu, 2009).

Man communicates his needs, desires, emotions, feelings, goals, ideas, aspirations and activities to his fellow man through the instrument of language. For the communication to be effective, both parties involved in the communication activity must share the codes or symbols used so as to understand what is communicated and to respond appropriately. The signs and symbols, that is the words, sentences, drawings etc, must be recognized and accepted by both the encoder who is the conveyor and the decoder who is the interpreter of the idea being passed across. Therefore, for the perfect understanding of information, ideas, government programmes, policies and decisions, a responsible government desiring good followership must reach the people and disseminate information in the language they share and understand. They must be addressed in the language that portrays their thoughts and perceptions, a language that captures their world views.   In line with this position, it is pertinent to say that most of the problems facing African countries particularly at the political terrain emanate from lack of the proper use of indigenous languages to reach the grassroots, to educate and mobilize them for good governance. Communicating to the people in their own language can influence their thoughts and act as a social link within and between communities even for purposes of networking.

Effective communication is a panacea for peace. Development thrives better in an atmosphere of peace and tranquility. The tribal wars, communal conflicts, suspicion and lack of trust that characterize the lives of the citizens of a country can be minimized with effective communication in the people’s language.

However, as important as communication is, it poses some challenges arising from what to communicate and the medium to use. In a continent in which illiteracy rate is high and education is conducted mainly in a second language rather than the mother tongue as in the case of Nigeria, the choice of the medium of communication becomes crucial. Obviously, many Africans lack competence in English language which has become a very important world language. Most local and international communications especially in Anglophone countries are carried out in English. Great Linguists like De Saussure, Hymes and Chomsky have posited that grammatical and communicative competences are necessary if one must use a language to do things. This knowledge is more pronounced among Africans in the indigenous languages which the people have intuition of and can communicate more effectively in them with ease. Communication in a language that is not properly understood leads to misinterpretation, misunderstanding and conflict. Misunderstanding and misinterpretation have no doubt contributed to the challenges of development in Africa.

  1. 2. THE LANGUAGE SITUATION IN AFRICA.

Africa, a continent that occupies about a quarter of the land surface of the earth with a population of about 460 million people (Abdulaziz, 1993) is a highly multilingual continent. It is estimated that about 2000 indigenous languages exist in Africa (Babatunde, 2009). In Nigeria alone, the indigenous languages are estimated at over 450 (Jowittt 1991) while in Ghana it is estimated that over ten groups of languages are spoken (Prah, 1993). These languages are competing with European languages which were introduced and implanted during the scramble for Africa in the 19th century. In the course of the scramble, the colonial masters drew arbitrary boundaries of the continent and lumped together people of heterogeneous linguistic backgrounds without any recourse to the linguistic, cultural, religious and historical experiences and relationships of the people.

Scholars are of the view that the complex multilingual character of Africa has created enormous communication problems not only in education in terms of choice of language of instruction but also in politics and human relations (Babatunde, 2009, Akere, 1995). Part of the unpleasant consequences of this is the perennial ethnic rivalries and conflicts that have been the architect of wanton and despicable destruction of life and property. This has in turn contributed to the developmental problems facing Africa today.  Often times, destruction of life and property has led to regression of developmental efforts in many countries in Africa. It has been one step forward and several steps backwards. With the colonization of Africa and the introduction of colonial languages, indigenous African languages became submerged and through political power and assignment of roles, the colonial languages became important national languages at the expense of indigenous African languages. Thus, English became the national language or lingua Franca in Anglophone countries, French in Francophone countries, Portuguese in Lusophone countries and Arabic in Arabiphone countries. Abdulaziz (1993) records that 19 African countries use English, 22 use French, 5 use Portuguese, 1 uses Spanish while 7 use Arabic as official languages. Efforts to replace them have not been successful. The use of Swahili in what has come to be described as Swahiliphone African countries is a relatively recent development orchestrated by the search for an endoglossic African language that would communicate the people’s experiences effectively and at the same time guarantee linguistic and cultural pride. However, it can be argued that the choice of the hitherto colonial languages as Lingua Franca is tied to economic reasons and international or wider communication to avoid exclusion in globalization.

  1. 3. LANGUAGE POLICIES IN AFRICA

Language is a tool for socio-economic, cultural and political development, if properly planned and implemented. But if not properly planned and carefully implemented, it can also act as an impediment to development in these areas. It can slow down developmental activities. As discussed by Adegbite (2011), various African countries have adopted either monolingual or bilingual approaches, whereby they choose one or two languages to serve as national language(s) but this has not solved the language problem plaguing Africa.  There is need for a multilingual approach to language policy in Africa considering the plurilingual nature of the continent. A multilingual approach will be able to tackle most of the language issues such as language pride, language shift, cultural identity and maintenance, participation in governance vis-à-vis mobilization and education. A comprehensive policy that will take into consideration the complex language situation of Africa is required if the potential of language for development is to be harnessed. The policy must take into account the centrality of indigenous language for education, information transmission, cultural pride and identity as well as grassroot communication. In addition, it must account for the indispensability of second languages for education, decoding information and for off-shore communication since most of the text books used in schools are written in the exoglossic languages and scientific discoveries and inventions are mostly recorded in them.

Furthermore, the policy must account for unity, integration and belongingness. These purposes can be fulfilled through assignment of specific roles to specific languages according to the needs of the society.

 

  1. 4. EXOGLOSSIC AND ENDOGLOSSIC LANGUAGE POLICIES.

As pointed out earlier on, Africa has a heterogeneous linguistic characteristic. Although all the languages should be recognized and respected, they can by no means enjoy equal status. While some enjoy prestigious status because of the number of speakers and the level of modernization as well as the role they play, others are less important for the same reasons. Given the situation of heterogeneity, the problem arises as to which language should be developed as the national or official language of the country. A national or official language is a language widely spoken in a country, a language used in administration and in writing and publishing the laws of a country. It has the political and official stamp of the government. This makes the language prestigious, important and powerful. It is used more often in the mass media both print and electronic, for public mobilization and enlightenment campaigns and for instruction in schools.

The linguistic heterogeneity of the continent has made it almost a difficult task for governments of nations in Africa to make language policies that are easily acceptable to the people.

The speakers of minority languages are suspicious and afraid of domination while the speakers of major languages may want to impose their culture and power on the minority group. Moreover, every group will like to maintain its linguistic pride and culture as a people. For these and for other reasons, most African countries resort to a language policy that favours the use of  exoglossic languages which are non-indigenous as official languages or lingua franca.

Language has been found effective as an instrument of integration, unity and economic mobility. For example. Francophone African countries use French and Anglophone African counties use English. English and French are two world languages that can guarantee integration of people of diverse cultural backgrounds, ensure access to socio-economic mobility and participation in globalization.

However, in Nigeria for instance, English is formally learnt in school and since the level of illiteracy in Africa is high, not many people have competence in it (Omoniyi, 2012:11). There is therefore the need to look inwards for an endoglossic language that will strengthen the cultural being of the people and give them a sense of belonging, not alienation. An endoglossic African language will also be able to interpret and describe the people’s experiences better than an exoglossic language. In addition, it will promote linguistic pride, encourage language growth and development and also resist incursion from foreign cultures. Again for political success, use of an endoglossic language will ensure better understanding of government programmes and policies for good followership. If given the opportunity to function in this capacity, endoglossic African languages will grow, develop and accommodate new developments in lexis and structure. When a language is used, it grows, develops, expands in scope and acquires prestige.

It is therefore the submission of this paper that in formulating a language policy for African nations, a comprehensive multidimensional approach should be adopted. The approach will entail a combination of the exoglossic and endoglossic policies in a new policy to be known as Inxoglossic policy. Inxoglossic policy will ensure recognition and respect of every language while adopting an indigenous language that is widely spoken and captures the cultural values and perceptions of the people without distortion. However, it must recognize the second language used in the country and the responsibilities assigned to it. Such responsibilities should not supersede those assigned to the endoglossic language. With this type of policy, every African language will be promoted, African cultural values will be preserved and access to wider communication and upward economic mobility will be guaranteed. The endoglossic languages will also function as languages of instruction in schools along with the exoglossic languages which should be introduced at higher classes.

  1. 5. LANGUAGE, EDUCATION AND DEVELOPMENT.

As noted by Stubbs (2001:155), issues of language, education and development have been debated over hundreds of years and are embedded in the cultural life and attitudes of the people. What knowledge to impart and how to impart it has always been a source of concern to governments of nations. Education is the training of an individual for the acquisition of skills that will enable him to function as a useful member of his society. It is the bedrock of any meaningful development and no nation can rise above the level of education of its citizens. Education equips individuals with the necessary skills and competences to live and contribute to nation building. With education, the challenge of development in cultural, social, economic, political, scientific and technological spheres can be successfully tackled.

Language is a tool of education. Without it, educational goals cannot be achieved because it is the vehicle for the transmission of knowledge. Language is a medium of communication while education deals with the communication of ideas. Therefore, they work together for:

–          The training of the nation’s workforce;

–          Integration of the citizens;

–          Mobilization for good governance, and

–          Participation in wider communication, etc.

Seen from this perspective, it is obvious that education and language are interwoven. None is independent of the other. Both work together for the development of a nation. Hence, it is often said that a high standard of language depicts a high standard of education and a fall in the standard of language is a fall in the standard of education (Egwuogu 2012). In a country in which the language of instruction is not the one understood by the learners, if it is not the one in which the learners can think and express themselves effectively, educational goals may not be achieved. For this reason, scholars like Fafunwa have advocated for mother tongue medium schools.

Development on the other hand is the process of improving the quality of the life and economy of a country. This can be done by increasing the business activities that operate in that country. It entails the provision of social and essential amenities such as good roads, pipe-borne water, good health delivery system, shelter, education, electricity, food, etc for the improvement of the people’s life. This takes a combination of various endowments, both natural, human and physical resources channeled towards the emancipation of the people from ignorance, disease and low quality of life. Development is a continuous process towards modernity and it is indicated by the level of the people’s per capita income and a country’s Gross Domestic Product (GDP), Gross National Product (GNP), External Reserves, gainful employment of the citizenry and aesthetic awareness of the people. It is only when people are enlightened on the concept or entailment of development that they can accept to pursue it vigorously.

Therefore, to a great extent development is dependent on success in education which itself is dependent on the language of education. Many African countries use exoglossic languages as the languages of instruction despite the fact that most of the learners lack proficiency in them. Observations and experiences have shown that the use of L2 as language of instruction in some countries of Africa has not yielded the desired positive effects. Thus, the goal of education has remained largely unachieved. Lack of education is associated with poverty, crime and disease etc but education provides good quality life, socio-economic and political development and it is associated with an individual’s cognitive development and a society’s socio-economic and cultural transformation. Because education has not been effectively delivered in Africa, poverty, diseases, hunger, ignorance, political instability etc are still prevalent; massive corruption which is a product of the aridity of the mind arising from ‘uneducatedness’ is a colossal cankerworm eating into the fabrics of development in Africa. To date, Africa still depends on the outside world for the harness and management of its rich natural resources and African leaders still stack away in foreign banks, huge sums of money that would have been used for the development of the continent.

According to the former South African president, Nelson Mandela, education is one of the most potent weapons for fighting poverty, corruption and ignorance but it is most effective when rendered in the language that is mostly understood by the people. Mandela as quoted in Omoniyi (2012) is of the view that when you talk to a man in the language he understands, that goes to his head. But if you talk to him in his language, it goes to his heart. Labor (1969) has opined that denying children to learn in the language they understand amounts to a linguistic and cultural deprivation. This makes education in mother-tongue a necessity. Bodoma (1993) has argued that:

if development involves the appropriate transformation of the socio-cultural, political and economic systems of the society,and if language is seen as a repository and tool for the expression and communication of these socio-cultural, political and economicbelief systems of the society, then it goes without saying that a successful conceptualization of the societal transformation can only be achieved through the use of the mother-tongue or languages indigenous to the people.

However, it can be argued that exoglossic languages like English and probably French are indispensable as world languages in which discoveries and inventions are documented. English in particular is the language of the computer and internet; it is the language of science and technology. Therefore, hardly can any country go far in developmental steps without it.

Even China that has been using English as a foreign language is developing more interest in it mainly for participation in globalization. It must be pointed out that China had done well with Chinese as an endoglossic language, people are now learning Chinese in order to participate in trade and international relationships with China. One factor that has helped China to achieve this is their productive capacity whereby they produce goods and services and export to other countries of the world. This is a lesson for Africa. Development is directed at higher learning, industrialization, quality standard of living, expansion of social services and cultural activities, exploitation of mineral and natural resources which can be manufactured, labelled in African languages and exported to the world. African wisdom and knowledge should be explored through African languages. The outcome will be packaged and exported to the world.

 

CONCLUION

This paper has examined the issues of development in Africa as it relates to language, culture, education and communication. It has posited that education and language especially indigenous languages are two indispensable tools of development that any country desiring to develop should pay great attention to. Language plays a vital role in education delivery and no nation can rise above the level of education of its citizens. Therefore, African nations should adopt language and educational policies that are suitable and capable of harnessing the rich natural resources and values of African culture as portrayed in African wisdom and knowledge. While paying attention to both exoglossic and endoglossive languages in a comprehensive policy to be referred to as inxoglossic policy, more attention should be paid to indigenous languages which the people understand more and can, with it decode government messages, learn more effectively in school and be able to express themselves more freely and more effectively. With this, they will be able to participate in governance and contribute their own quota to the development of their nations. This if adhered to will facilitate faster growth and development of the African continent.

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ETUDE CONTRASTIVE DES ADVERBES

FRANÇAIS ET YORUBA

Dr Adebowale Mufutau TIJANI

Ahmadu Bello University, Zaria

&

Amos Damilare IYIOLA

University of Ibadan, Ibadan Nigeria

 

 

RESUME

La langue est généralement définie comme un système linguistique constitué de signes vocaux, gestuels et / ou graphiques utilisés par les membres d’une société donnée. Elle sert à la fois de moyen de communication et d’identification ou d’appartenance au sein de la société. Chaque langue possède des traits caractéristiques qui lui sont spécifiques au niveau de la phonétique, du lexique, de la morphologie, de la syntaxe, etc. qui permettent de la décrire et de la différencier des autres langues. Pour toute personne qui apprend une langue seconde ou étrangère, le contact avec la nouvelle langue est souvent caractérisé par des phénomènes d’interférences diverses. C’est pour cette raison qu’on a pu constater que la plupart des apprenants nigérians de langue maternelle yoruba qui apprennent le français ont des difficultés en ce qui concerne l’identification, la formation et l’utilisation des adverbes français. Nous avons présenté dans le travail, les points de convergences et de divergences entre les deux langues ainsi que les phénomènes pouvant faciliter la compréhension et l’utilisation des adverbes français par les apprenants dont la langue maternelle est le yoruba.

Mots clés : langue française, langue yoruba, analyse contrastive, adverbe

INTRODUCTION

La langue est un système abstrait constitué de conventions reconnues et utilisées comme instrument de communication par un groupe de personnes ou une société donnée. Chaque langue, tant au niveau de l’oral que celui de l’écrit, possède une structure et des traits caractéristiques qui lui  sont spécifiques. Selon les linguistes, la langue est composée de divers constituants et éléments (Bloomfield, 1973)  ou d’unités linguistiques (Saussure, 1976),  qui permettent de l’étudier et de l’analyser. Ils ont ainsi identifié, par exemple, dans la langue diverses classes d’éléments dont les déterminants, les substantifs, les verbes, les adjectifs, les adverbes, etc. Chacun de ces éléments ou unités contribue, non seulement à la structuration de la phrase,  mais aussi à donner du sens à ce qui est dit ou écrit dans une langue donnée. Dans le cadre du présent travail, c’est l’adverbe qui  nous intéresse.

D’une manière générale, l’apprentissage d’une nouvelle langue est souvent associé à diverses difficultés relatives aux connaissances précédemment acquises dans la / les langues antérieure (s). Parmi  les problèmes souvent identifiés on distingue ceux d’interférence linguistique, de généralisation des règles de formation et d’emploi des éléments linguistiques, etc. Dans l’exercice de notre profession d’enseignant de la langue française, nous avons pu constater des erreurs d’identification, d’emploi et même de formation des adverbes chez les apprenants nigérians en général et ceux de langue maternelle yoruba en particulier. Or, comme le souligne Meillet (1921 : 82), les systèmes grammaticaux de deux langues ne sont pas interpénétrables.

Ainsi, à travers une analyse contrastive de deux langues, notamment le français et le yoruba, ce travail vise, non seulement, à mettre en relief les points de convergences et de divergences en ce qui concerne la formation et la place de l’adverbe  dans les deux langues, mais aussi et surtout à aboutir à des propositions pouvant faciliter ou améliorer la compréhension et l’emploi des adverbes par les apprenants nigérians de langue maternelle yoruba qui étudient la langue française.

 

 

  1. 1. LES FONDEMENTS DE L’ANALYSE CONTRASTIVE

On doit beaucoup à la linguistique comparée d’avoir favorisé la comparaison des langues. Elle a permis, à travers la comparaison des différents éléments d’une même langue ou des langues différentes,  de relever les similarités formelles phonétiques, syntaxiques voire lexicaux et sémantiques entre les langues. Cependant, c’est surtout grâce à la linguistique contrastive que beaucoup d’avancées ont été faites dans la résolution des difficultés d’apprentissage et de pratique de langues secondes ou étrangères. En effet, alors que la linguistique comparée adopte une approche plus théorique en focalisant principalement sur la comparaison des structures de deux ou plusieurs langues, apparentées ou non, la linguistique contrastive adopte plutôt une approche pratique dans la mesure où elle compare les éléments de deux langues en focalisant sur les différences plutôt que sur les ressemblances.

En partant de l’hypothèse selon laquelle une analyse  attentive et complète des systèmes de L1 et L2 permettrait aux linguistes d’être en mesure de prévoir et d’expliquer les erreurs qui pourraient survenir lors de l’apprentissage d’une langue seconde ou étrangère, les précurseurs de la linguistique contrastive ont donc entrepris d’opposer deux systèmes linguistiques différents afin de pouvoir repérer les interférences qui surgissent lorsqu’elles sont en contact dans une société ou chez un individu.

Une autre hypothèse est que les erreurs se produiraient au point où les deux systèmes linguistiques sont dissemblables. Selon Weinreich (1953:1), « plus la différence entre les deux systèmes … le plus grand est le problème d’apprentissage et la zone potentielle d’interférence. »  Ainsi, s’appuyant sur les fondements théoriques de la Grammaire Structurale, il postule que pour identifier les phénomènes langagiers et analyser les interférences, il est nécessaire d’adopter une approche structurale basée sur la comparaison des structures de deux langues les unes avec les autres (cf. Weinreich, op. cit. p. 8). Dans cette perspective,  il préconise alors une analyse contrastive des deux langues en contact sur les plans  phonique, grammatical et lexical.

Par ailleurs, c’est dans l’optique d’une recherche de solutions aux problèmes d’erreurs que Lado, l’un des initiateurs de l’analyse contrastive, propose également une analyse systématique des deux langues afin de surmonter cette interférence de L1. Selon lui (Lado, 1957 : 2),  « la comparaison de deux langues et cultures [aide] à découvrir et à décrire les problèmes que les locuteurs de l’une des langues auront à apprendre de l’autre …. » Il ajoute davantage   que « les individus ont tendance à transférer des formes et du sens et de la répartition des formes et du sens de leur langue et culture d’origine à la langue et à la culture étrangère, à la fois productive lorsque l’on tente de parler la langue … et réceptive lorsque l’on tente de saisir et de comprendre la langue … tel qu’il est pratiqué par ses indigènes. » On peut alors comprendre pourquoi, par exemple, les apprenants du français dont la langue maternelle est le yoruba on des difficultés par rapport à l’emploi des adverbes en français.

Développée dans une optique d’application à l’enseignement des langues et partant de l’idée que les apprenants ayant des langues maternelles / premières différentes ont différents problèmes quand ils apprennent une même langue seconde / étrangère, la linguistique contrastive a pour objectif  principal de faciliter le passage d’une langue à une autre à travers l’identification des traits communs et différents entre les langues ainsi que les problèmes qui peuvent surgir au cours de l’apprentissage d’une deuxième langue. Aussi qualifiée de linguistique différentielle, elle a favorisé la réalisation des méthodes les mieux adaptées pour répondre aux difficultés spécifiques que rencontrent les apprenants surtout dans l’étude des langues étrangères. Elle constitue selon Perrot (1981 : 5)  « un instrument précieux pour la linguistique générale, pour la connaissance des structures des langues et l’appréciation de la diversité qui peut exister entre les langues utilisées par les différents groupes humains. » En d’autres termes, non seulement l’analyse contrastive permet d’identifier et de mieux comprendre les structures des langues comparées, mais elle permet aussi d’identifier les aspects distinctifs susceptibles de constituer des zones de difficultés de communication pour les locuteurs cherchant à acquérir une langue seconde ou étrangère. Les démarches de l’analyse contrastive étant  la description de la langue en employant des principes de la grammaire formelle, elle est très utile dans ce travail qui focalise sur la grammaire, principalement une des parties de discours, l’adverbe.

Cependant, force est de constater que malgré les critiques dont elles ont été l’objet,  les recherches  axées sur l’analyse contrastive des langues ont permis aussi bien aux linguistiques qu’aux didacticiens d’identifier, de prévoir, de décrire et d’expliquer les erreurs et les difficultés d’apprentissage ou de pratique de langue dues à l’influence d’une langue sur une autre. Les recherches en linguistique contrastive ont également eu des conséquences positives dans l’enseignement des langues, la traduction voire même la linguistique appliquée. Les résultats des descriptions contrastives ont beaucoup servi de bases fondamentales à partir desquelles des manuels pédagogiques ont été élaborés en vue de mieux aider les apprenants à corriger leurs erreurs et à surmonter leurs difficultés.

De ce qui précède, on peut donc comprendre l’intérêt d’une étude contrastive de la langue française et du yoruba pour les linguistes et didacticiens. Car, les linguistes et les chercheurs, qui travaillent sur l’apprentissage en langue seconde, ont mis beaucoup d’accents sur l’analyse contrastive comme démarche d’identification, d’explication et de compréhension des difficultés associées à l’acquisition d’une langue seconde ou étrangère.

Avant de procéder à l’analyse contrastive qui nous concerne, il est nécessaire de présenter les deux langues  dont il est question dans cette étude.

 

  1. 2. LE FRANÇAIS ET LE YORUBA

Certes, l’origine, la structure, l’étendue, et le statut de la langue française ont fait l’objet de plusieurs publications sur lesquelles nous ne pouvons  pas revenir ici. Citons néanmoins entre autres Le français ordinaire de Gadet (1997) et Le français. Histoire d’un dialecte devenu langue de Lodge (1997). Précisons, cependant, que le français, langue romane, est la langue maternelle, langue seconde ou langue officielle de nombreuses populations en France, en Belgique, au Québec, au Canada, en Suisse et en Afrique Elle est également la langue de travail de nombreuses organisations internationales, celle du commerce, de la diplomatie, de la science, de la technologie, etc. Elle est aujourd’hui la deuxième langue la plus parlée et la plus enseignée dans le monde. Grâce à son origine latine et à son appartenance à la classe de langues indo européennes, le français, comme le portugais, l’espagnol ou l’italien dérive la plupart de ses caractéristiques lexicales et structurelles du latin. Il se caractérise à l’oral et à l’écrit par un ensemble de traits syntaxiques, morphologiques et phonétiques qui le distinguent d’autres langues.

Le yoruba est la langue maternelle ou première langue (L1) de la majorité des populations du Sud-Ouest du Nigeria, principalement dans les Etats de Lagos, Oyo, Osun, Ogun, Ondo, Ekiti, Kwara et Kogi. Le yoruba est aussi la deuxième langue de certaines populations de l’état d’Edo qui partagent les mêmes origines et traits culturels avec les Yoruba. On estime aussi à plus d’un million le nombre de personnes de langue maternelle yoruba au Bénin et au Togo. Langue à ton, appartenant au groupe des langues Benoué-Congo, le yoruba est aussi une langue écrite. Sa forme écrite a vu le jour au début du XIXème siècle avec la publication, en 1819, de la première liste de mots yorouba par Bowdich.

(cf.http://www.councilnet.org/pages/CNet_Spotlight.htlm)

 

  1. 3. DÉFINITION DE L’ADVERBE

Adoptant une approche étymologique, Babylon et Fabre (1978 :52)  considèrent l’adverbe « comme une fonction d’une catégorie grammaticale » et ajoutent que  «la dénomination de l’adverbe est fonctionnelle : ad-verbe, dérivé de ‘ad verbum’ qui signifie qu’il est incident à un verbe. Il est l’adjectif du verbe, il détermine ou caractérise un procès ». Pour ces auteurs, comme on peut le constater, l’accent est mis ici, d’une part,  sur la spécificité de l’adverbe comme élément linguistique et d’autre part sur sa fonction dans une structure grammaticale.  Ainsi, l’adverbe est un élément grammatical qui accompagne et modifie le verbe.

Pour Grevisse (1993 :1346), l’adverbe est «un mot invariable qui est apte à servir de complément à un verbe, à un adjectif, à un autre adverbe » alors que Robert et Nathan (1995 :55) le définissent, d’une manière générale comme « un mot ou locution invariable qui a pour rôle de modifier ou de préciser le sens d’un  verbe, un adjectif, un autre adverbe ou une phrase ». Ces auteurs reconnaissent en cela la nature et la fonction de l’adverbe comme élément grammatical  dont la présence dans une structure est capable d’entrainer une modification sémantique. On peut donc dire que l’adverbe est un mot invariable, une catégorie de mot ou encore un segment qui modifie le sens d’un adjectif, d’un verbe ou d’un autre adverbe. Non seulement, l’adverbe s’adjoint à un verbe, à un adjectif,  à un autre adverbe ou à un nom,  mais il joue aussi le rôle de catalyseur pouvant entraîner soit la modification soit  la précision du sens de l’élément grammatical auquel il s’associe. Par rapport au verbe, l’adverbe français peut servir de complément d’objet direct  ou de sujet.

En somme,  nous pouvons donc définir l’adverbe comme un mot invariable qui accompagne et complète le sens d’un verbe, d’un adjectif qualificatif, d’autres adverbes ou d’une phrase. La particularité de l’adverbe consiste au fait que, contrairement aux autres parties du discours, il demeure la seule partie du discours qui modifie ou précise le sens d’un verbe et d’un adjectif. Son importance comme élément grammatical est renforcée par le fait qu’il sert à donner plus d’information sur un verbe, un adjectif, un autre adverbe, une proposition principale ou une phrase. Bien que sa présence dans une phrase soit facultative, l’adverbe demeure cependant un élément indispensable dans la communication orale et/ou écrite d’une langue.

En somme, l’adverbe se présente sous forme de mots simples (fort, vite, bien, etc.) ou de locutions adverbiales (tout de suite, en vain, pas mal de, etc.) et répond, le plus souvent  aux questions telles que : Comment ? Quelle intensité ? Dans quelle mesure ? Quand ? Où ? etc.

  1. 4. LES TYPES D’ADVERBES EN FRANÇAIS ET EN YORUBA

Grevisse Maurice et Gosse André  (1994 : 302 – 303) distinguent trois grandes catégories d’adverbes  en français: les adverbes de manière auxquels on joint les adverbes d’aspect et de degré, les adverbes de lieu et de temps et enfin les adverbes marquant une logique. Pour d’autres groupes de linguistes, les adverbes français sont catégorisés d’une façon générale en deux groupes : d’une part, les adverbes de circonstance et d’autre part, les adverbes d’opinion. Les adverbes de circonstance comprennent les adverbes de manière, de quantité, de temps, de lieu, de cause et de conséquence ainsi que des adverbes d’intensité et d’insistance. Les adverbes d’opinion, quant à eux, comprennent les adverbes de doute, d’affirmation, les adverbes de négation, adverbes d’interrogation, adverbes de comparaison, adverbes d’exclamation et les adverbes de liaison.

En français, les adverbes de manière expriment comment un acte est fait ou comment une action s’est déroulée. Ils remplacent un complément de manière ou modifient l’action exprimée par le verbe. La plupart des adverbes de manière se terminent en «-ment » et ils sont formés  à partir des adjectifs qualificatifs. Ils répondent aux questions « Comment ? » et « De quelle manière ? ». Les exemples sont : calmement, doucement, rapidement, heureusement, facilement, directement, assidûment, prudemment, hardiment, complètement, etc. Soulignons qu’il existe aussi d’autres adverbes de manière qui ne se terminent pas en « -ment ». Ce  sont : mal, bien, aussi, comment, comme, debout, après, mieux, pire, vite, volontiers, faux, clair, de bon gré, à gauche, etc.

Toujours en français, les adverbes de quantité indiquent la quantité ou le degré d’une chose, d’un acte ou l’état de quelque chose. Ces adverbes peuvent être suivis d’une proposition subordonnée de comparaison quand  ils expriment le degré. Ils sont généralement utilisés avec les verbes, avant les noms précédés par « de », avant les comparatives et les adverbes comme plus, moins, trop. Ils servent à donner les informations sur la quantité des choses, des personnes ou des idées exprimées par les noms. Ils montrent aussi la quantité de l’information donnée par des verbes, des adjectifs et d’autres adverbes. Ils peuvent répondre à la question « Combien ? ». Dans cette catégorie, citons : suffisamment, extrêmement, beaucoup, peu, trop, assez, autant, aussi, si, à peine, à moitié, peu à peu, moins, etc.

En ce qui concerne les adverbes de temps en français, ils expriment le temps de déroulement d’un acte ou d’une action. Ils répondent à la question « quand ? » et permettent d’exprimer le passé, le présent ou le futur. Ils marquent aussi une période par rapport à une autre et assument la fonction de complément circonstanciel de temps. Les exemples sont : à ce moment, maintenant, bientôt, d’abord, dès lors, lorsque, longtemps, parfois, demain, hier, autrefois, soudain, souvent, à jamais, alors, après, toute de suite, tout à coup, de temps en temps, tout à l’heure, désormais, déjà, aujourd’hui, aussitôt, toujours, de nouveau, ensuite, pendant ce temps, en ce moment et ainsi de suite. Ajoutons  que plusieurs adverbes de temps peuvent avoir des comparatifs et superlatifs comme dans les exemples suivants : souvent, moins souvent, plus souvent, très souvent, le plus souvent.

En français, les adverbes de lieu servent à  indiquer ou faire une précision du lieu où se déroule une action, un événement ou encore l’endroit où se trouve une personne, une place ou une chose. Les adverbes de lieu ont le sens d’un complément circonstanciel de lieu. Les exemples sont : partout, auprès, proche, avant, autour, nulle part, dehors, dedans, loin, là-bas, ici, où, là, à gauche, à droite, derrière, dessus, dessous, y, en, au-dessus, quelque part, ci-après, de toute(s) part(s).

Les adverbes de cause et conséquence indiquent la cause  et  la conséquence de certaines actions ou certains événements (Exemples : par conséquent, en conséquence, pourquoi, etc.) alors que les adverbes d’intensité et d’insistance peuvent être utilisés comme adverbe de quantité (Exemples : à peine, assez, combien, plus, presque, peu, seulement, comme, moins, vachement, tellement, beaucoup, tant.)

De même, tandis que les adverbes de doute servent à exprimer le doute (exemples : vraisemblablement, peut-être, apparemment, probablement, sans doute, etc.), les adverbes d’affirmation servent à exprimer, renforcer ou atténuer une affirmation. (Exemples : oui, certes, évidemment, sans doute, peut-être, assurément, vraiment, soit, fort bien, voire, certainement, précisément, si). Les adverbes de doute peuvent modifier un verbe, un adjectif, un autre adverbe, une proposition principale ou une phrase et peuvent également être utilisés indépendants comme une phrase complète. En ce qui concerne l’adverbe d’affirmation « si», il peut aussi être conjonction de subordination, adverbe interrogatif et adverbe de quantité.

Les autres types d’adverbes français servent à remplir les fonctions indiquées par leur nom. Ainsi, nous avons les adverbes de négation (exemples : Non, ne…pas,  ne…pas du tout, ne…goutte, ne…point, ne…plus, ne…guerre, jamais, aucun(e), personne, rien, ne…que, ne…ni…ni, ne…ni…ne, nul.), les  adverbes d’interrogation  qui  portent sur le temps, le lieu, la manière, la cause, la quantité et le prix (exemples : Quand, d’où,  comment, où, pourquoi, combien), les adverbes de comparaison (exemples : mieux… que…, autant… que…, moins… que…, plus… que…, comme, aussi, non plus, de même et ainsi de suite), les adverbes d’exclamation (exemples: que, combien) et les adverbes de liaison (exemples: c’est-à-dire, par conséquent, en revanche, en effet, toutefois, cependant, néanmoins, c’est pourquoi, pourtant, non seulement…, mais encore…, au contraire) contrairement à la langue française, on distingue 5 types d’adverbe en yoruba à savoir : les adverbes de manière ou de qualité, les adverbes de temps, les adverbes de lieu, les adverbes de fréquence et les adverbes de conjonction.

Tout comme en français, les adverbes de manière ou qualité en yoruba indiquent la manière dont une action ou un évènement se déroule. De même, ils décrivent et donnent plus de sens et plus de précision à un verbe ou un adjectif. Ils répondent aussi à la question « Comment ?» et « De quelle manière ? » Les exemples sont : tete, pèlépèlé, dáadáa, tipátipá, tayòtayò, dandan, díèdíè, lápapò, lemólemó, tokàntokàn, gidigidi, gàràgàrà, lópòlopò, etc. (Leurs équivalences en français sont ; rapidement, lentement, bien, énergétiquement, heureusement, obligatoirement, graduellement, entièrement, profusément, sans réserve, sérieusement, n’importe comment, abondamment).

En guise d’illustration, voici quelques exemples d’emploi d’adverbes de manière en yoruba :

3. Ó súré tete – Il court rapidement

4. Mósè jeun pèlépèlé – Moïse mange lentement

5. Àdùké mòó jó dáadáa – Aduke sait danser bien

En ce qui concerne les adverbes de temps en yoruba, ils répondent aussi à la question « Quand ? » et expriment  la période ou le temps où un acte ou un évènement s’est passé que ce soit au passé, au présent ou au futur. Comme exemple, nous avons : t’óbáyá, oní, ola, wéréwéré, nígbàyen, etc. (Leurs équivalences en français sont : à plus tard, aujourd’hui, demain,  tout de suite, à ce moment-là). Voici d’autres exemples dans des phrases en yoruba:

  1. Ààre rin ìrìn àjò l’àná – Le president a voyagé hier
  2. Èrù n bàmí nísinsìnyí – J’ai peur maintenant

En yoruba également les adverbes de lieu  répondent à la question « où » et servent à indiquer l’endroit où se déroule une action ou un évènement comme on peut le voir dans les exemples ci-dessous :

8. Olú n jeun níwájú ilé ìdáná                 – Olu mange devant la cuisine

9. Ìyá mi féràn láti rìn káàkiri láràárò      – Ma mère aime se  promener partout

Les adverbes de fréquence servent à décrire la fréquence d’une action ou d’un évènement. Les exemples en yorùbá sont : lóòrèkóòrè (fréquemment), gégé bí ìse (comme d’habitude), sábà (souvent), etc. Voici quelques exemples en guise d’illustration.

10.  Ègbón mi obìnrin má n bè mí wò lóòrèkóòrè –  Ma sœur me rend visite fréquemment

11.  Arákùnrin náà máa n sábà korin                      –   L’homme-là chante souvent.

En langue yoruba, les adverbes de conjonction  ne modifient pas mais aident dans la transition à l’oral ou à l’écrit. Parmi les exemples de ces adverbes, nous avons ; Bákan náà (aussi), Fún àpeere (par exemple), síbèsíbè (cependant/pourtant), àsèyìnwá àsèyìnbò (par conséquent) bótiwùkórí (néamoins), etc.

En somme,  on constate que par leur nature, les adverbes français et yoruba sont généralement invariables dans la phrase. Ils ne possèdent ni genre (masculin/féminin) ni nombre (singulier/pluriel).   Par contre, les deux langues n’ont ni le même nombre ni les mêmes types d’adverbes. Cette différence constitue, à notre avis, une des causes des difficultés d’identification des adverbes en français par les apprenants de langue maternelle yoruba.

  1. 5. LA FORMATION DES ADVERBES EN FRANÇAIS ET EN YORUBA

Généralement dans les livres de grammaire française, on note que les adverbes sont formés en ajoutant le suffixe « -ment » à la forme féminine de l’adjectif. Exemples : doux —  douce      — doucement ;  lent —  lente            —  lentement, etc.

Cependant, en ajoutant le suffixe « -ment » à certains adjectifs qui se terminent par « e », on opère un changement du « e » final de l’adjectif en  « é » comme dans les exemples suivants : aveugle – aveuglément ; commode        —   commodément ;  énorme  —  énormément, etc.

De même, en ajoutant le suffixe « -ment » à la forme féminine de certains adjectifs, on observe un changement du « e » final en « é » comme dans les exemples suivants : commun  —  commune – communément ; précis         —  précise        —  précisément ; etc.

La grammaire française stipule également que l’adverbe se forme aussi en ajoutant le suffixe « -ment » à la forme féminine de certains adjectifs qui se terminent par une voyelle comme dans les exemples :        joli             —    joliment ;  aisé      —   aisément ;  vrai      —   vraiment ; etc.

Par ailleurs, en ajoutant le suffixe « -ment » à la forme masculine de la plupart des adjectifs qui se terminent par « u » après avoir mis l’accent circonflexe sur le « û » ; L’accent circonflexe prend la place de « e » qui est la terminaison habituelle de la forme féminine. Exemples : nu         –  nûment ; assidu      —  assidûment ; congru    –       congrûment ; etc. Les exceptions à cette règle sont : résolu —   résolument ; ingénu            —   ingénument ; ambigu  —    ambigument ; etc.

La grammaire française stipule également que l’adverbe se forme en changeant les terminaisons « -ent » et « -ant » de certains adjectifs à la forme masculine ou des participes présents à « -emment » et « -amment ». Voici quelques exemples : violent           — violemment ; élégant – élégamment ; courant       —  couramment ; conscient         — consciemment ; intelligent –intelligemment ; puissant      — puissamment ; notant —  notamment ; etc. Les exceptions à cette règle sont  lent   — lentement ; présent – présentement ; véhément        — véhément, etc.

Il existe aussi des cas spéciaux de formation d’adverbes en français comme on peut le voir avec les exemples suivants :     bref     —  brièvement ; gentil   —   gentiment ; prodigue —  prodigalement, grave    —  gravement.

Certains adverbes sont formés à partir des noms. Comme exemples, il y a  grief     – grièvement ; traître —  traîtreusement ; diable  —  diablement ; vache —  vachement ; nuit            –nuitamment, etc.

Enfin, en français il existe des adverbes qui sont apparemment différents des adjectifs à partir desquels ils sont formés. C’est le cas avec des exemples suivants :    bon / bonne     — bien ; mauvais / mauvaise   —  mal ; petit / petite    — peu ; moindre / moindre —  moins ; meilleur / meilleure —  mieux ; etc.

Il convient de souligner, cependant, qu’en français tous les mots qui se terminent par « -ment » ne sont pas des adverbes. Quelques exemples sont : remerciements, piment, tremblement.

Face à cette longue liste de règles grammaticales régissant la formation des adverbes en français,  l’apprenant de langue maternelle yoruba est certainement confronté à des difficultés énormes. Car, en contraste avec  la situation en français, la formation des adverbes en yoruba se réalise généralement à partir d’une seule technique : la réduplication ou le redoublement du mot. La réduplication peut être partielle ou totale. En fait, la plupart des adverbes de lieu sont formés par redoublement du nom. Voici quelques exemples qui illustrent clairement la formation des adverbes en langue yoruba.

  1. ojúmó (jour) + ojúmó (jour)  = ojoojúmó (tous les jours) (Notons ici l’ellipse de mó)
  2. alé (nuit) + alé (nuit) = alaalé (toutes les nuits)

En yoruba, certains adverbes sont formés aussi par redoublement du verbe comme dans l’exemple : dógba (être égal) + dógba (être égal) = dógbadógba (également). La technique de formation d’adverbe par dédoublement se réalise également avec des adjectifs en yoruba comme l’illustrent les exemples suivants :

  1. díè (peu} + díè (peu) =  díèdíè (peu à peu)
  2. dèé (doux) + dèé (doux) + dèédèé (doucement)
  3. dájú (évident) + dájú (évident) = dájúdájú (évidemment)

Comme on peut le constater, une des différences frappantes entre les adverbes français et yoruba réside au niveau de leur  formation. Alors que la formation des adjectifs en français est régie par une liste de règles ayant des exceptions – ce qui constitue aussi un domaine de difficultés pour les apprenants de langue maternelle yoruba- les adverbes yorubas sont formés uniquement par réduplication ou redoublement. Exemples:

  1. En yorùbá, pèlé (soigneux) + pèlé (soigneux) = pèlépèlé (soigneusement)
  2. En français, soigneux — soigneuse + ment = soigneusement
  1. 6. LA PLACE DES ADVERBES EN FRANÇAIS ET EN YORUBA

On constate qu’en français, le placement de l’adverbe n’est pas fixe. Il varie selon le type de phrase ou le style. Ainsi, alors que dans les phrases simples, l’adverbe suit le verbe (exemples : Tu mangeais bien ;  Parlez assez fort ; Elle fait mieux les achats), l’adverbe se place généralement après l’auxiliaire, entre l’auxiliaire et le participe passé (exemples : Ils ont beaucoup aimé le spectacle ; Maman est vite descendue)

Par ailleurs,  les adverbes de temps comme  « aujourd’hui, demain, tôt, tard, tout de suite, etc. » et les adverbes de lieu comme « ici, là, dehors… » viennent généralement après le participe passé (exemples : Nous l’avons rencontré hier ; Vous avez dansé dehors ; Je suis allée tout de suite ; Vous êtes arrivés avant-hier ? ; Elles ont travaillé ailleurs.).

Cependant, lorsque les adverbes de temps  sont mis en valeur, ils peuvent être placés au début de la phrase. C’est le cas aussi avec les adverbes  interrogatifs et d’exclamation ainsi que d’autres adverbes  (exemples : Hier, nous sommes allés à la bibliothèque ; Demain, nous irons à la gare ; Heureusement, nous serons ensemble au cinéma ; Ainsi, ils finissent leur formation au village français ; Demain, je me promènerai ; Comment vont-ils ? ;  est cet enfant terrible ? ; Comme tu es jolie !)

De même, lorsque le participe passé est court et que l’adverbe en « -ment » est long, l’adverbe se place souvent après le participe passé, pour des raisons de rythme. (Exemple : Il est parti rapidement.). Aussi, l’adverbe précède souvent l’adjectif ou l’adverbe qu’il modifie. (Exemples : Ce film est admirablement bien tourné ; Cette pièce est très drôle ; C’est certainement incroyable ; Ce travail est extrêmement dur). Par rapport au verbe à l’infinitif, l’adverbe se place soit avant soit après comme dans les exemples suivants : Trop manger n’est pas bon  / Manger trop n’est pas bon ; Elle sait bien nager / Elle sait nager bien

Contrairement à la langue française, les adverbes yorubas sont en majorité placés immédiatement après les verbes qu’ils décrivent et les adjectifs qu’ils modifient comme l’illustrent les deux exemples suivants :

19.   Ègbón mi obìnrin má n bè mí wò lóòrèkóòrè – Ma sœur me rend visite fréquemment

20.  Omo náà ga fíofío – L’enfant-là est très grand !

Cependant, tout comme en français, certains adverbes  yorubas sont placés au début de la phrase quand ils jouent le rôle de prédicat  ou que l’accent est mis sur l’adverbe lui-même. Ainsi, nous avons, par exemple :

21.  Dájúdájú, omo náà mòwé                             – Evidemment, l’enfant-là est intelligent.

22.  Lésèkesè, Kábíyèsí dájó ikú fún  ogbéni náà            – Immédiatement, le roi a condamné l’homme à mort.

La différence fondamentale en ce qui concerne la place de l’adverbe dans le deux langues, c’est que les adverbes yoruba se placent toujours après le verbe ou l’adjectif qu’ils modifient  alors que les adverbes français peuvent être placés soit avant soit après le verbe, l’adjectif ou un autre adverbe qu’ils modifient ou précisent.

 

  1. 7. LES FONCTIONS DES ADVERBES EN FRANÇAIS ET EN YORUBA

En français, l’adverbe sert à compléter, modifier ou préciser le sens d’un verbe, d’un adjectif ou d’un autre adverbe comme l’illustrent les exemples de phrases suivants :

  1. Tu t’es levée tôt. (L’adverbe « tôt » complète le verbe « es levée »)
  2. Le marché est très grand.  (L’adverbe « très » modifie l’adjectif « grand »
  3. Il mange moins vite que moi. (L’adverbe « moins » complète la préposition « vite »)

Dans certains cas, l’adverbe joue le rôle de prédicat  et permet de mettre en relief ce qui est exprimé. Exemple :

  1. Ainsi, ils finissent leur formation au village français.

Tout comme c’est le cas avec le français, les adverbes en yoruba modifient ou précisent le sens d’un verbe, d’un adjectif et d’un autre adverbe. Exemples:

  1. Adé a máa jeun pèlépèlé –           Ade mange lentement.
  2. Fèyísayò rewà lópòlopò –           Feyisayo est très belle.

De même, comme en français, l’adverbe yoruba  joue parfois le rôle de prédicat. Dans ce cas, il est placé au début de la phrase pour mettre l’accent sur l’adverbe. Exemples:

  1. Lósè t’ókojá, Oba w’àjà! –     La semaine passée, Le roi est décédé!
  2. Kíákíá, Ayò gbé erù náà           –        Vite, Ayo a porté le bagage.

On peut conclure sans hésitation que les adverbes des deux langues (le français et le yoruba) assurent les mêmes fonctions grammaticales dans les phrases, à savoir, la précision, la complétion ou la modification du sens du verbe, de l’adjectif, d’un autre adverbe ou d’une phrase. Pour ce qui est donc de la fonction des adverbes en français, il est évident que les apprenants de langue maternelle yoruba n’auront pas ou auront peu de difficultés à les comprendre et à les utiliser.

Par ailleurs, dans les deux langues l’usage des adverbes peut être également facultatif. Autrement dit, la présence de l’adverbe bien qu’elle soit importante pour renforcer le sens d’un verbe, d’un adjectif, d’un autre adverbe ou d’une phrase, peut ne pas être du tout obligatoire comme on peut le voir dans les exemples suivants :

  1. Le chauffeur sait conduire (sans adverbe)

Le chauffeur sait conduire bien (avec adverbe)

  1. Awakò náà mo okò wà (sans adverbe)

Awakò náà mo okò wà dáadáa (avec adverbe)

CONCLUSION

Cette étude contrastive des adverbes en français et en yoruba, nous a permis d’examiner les adverbes français et yorubas au niveau des types d’adverbe, de leur formation, leur place ainsi que leur fonction dans la phrase. Bien que les deux langues ne soient pas de même niveau d’utilisation dans le monde (la langue yoruba étant une langue locale africaine, la langue française est une langue internationale),  notre analyse a mis en relief le fait que les adverbes français et yorubas jouent presque le même rôle de modification,  de description et de précision du sens d’un verbe, un adjectif, un autre adverbe ou une phrase. Cependant, des différences existent surtout au niveau de la formation et du placement des adverbes. Ces différences constituent des zones de difficultés d’identification, de formation et d’emploi des adverbes français par les apprenants de langue maternelle yoruba. Pour aider ces apprenants à surmonter leurs difficultés et faciliter leur compréhension et emploi des adverbes en français, l’accent doit être mis sur les points de divergences telles que nous les avons mis en exergue dans cette présentation.

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SITOGRAPHIE

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www.quizlet.com/14829361/4th-grade-unit-7-language-arts-grammar-adverbs-flashcards/

www.yorubaworldview.blogspot.com/

 

 

 

 

LA REINVENTION DE LA CULTURE DE L’ORALITE DANS LES ROMANS D’AHMADOU KOUROUMA

Dr Leo Iyanda BALOGUN

The Nigeria French Language Village,

Badagry, Nigeria

&

Musa M. ADAMU

Ambroise Alli University,

Ekpoma, Nigeria.

 

RESUME :

En Afrique subsaharienne, la génération d’auteurs négro-africains d’expression française des années soixante ne va nullement oublier l’influence d’Ahmadou Kourouma sur le style adopté par les romanciers pendant cette période.  A part la thématique de son premier roman (Les Soleils des Indépendances) qui lui a valu le Prix de la Francité, le Prix de la Tour-Landry de l’Académie Française et cetera, Jacques Chevrier(1990 :115) classe ce roman dans la catégorie des romans de désenchantement. Kourouma s’est ainsi inscrit, à travers  ses œuvres, dans le rang des premiers écrivains africains (tout en se montrant) les plus inventifs, de ceux qui ont réussi à faire du neuf sans renier l’ancien.  Pour répondre donc à ce défi qui est de reinventer la culture de l’oralité, Kourouma fait recours aux forces du langage.  Il croit profondément à la puissance à  la fois destructive et salvatrice du verbe.  Ainsi, dès son premier roman, écrit à une période où les écrivains africains privilégiaient pour la plupart le message, Kourouma, qui pourtant n’a pas de formation littéraire, invente un langage nouveau.  Il ne s’agit pas dans un premier temps de reproduire des divers idiomes parlés en Afrique, mais de faire l’élaboration d’un langage métissé et par là même significatif, fruit du mariage entre la langue française et le malinké.  Dans un entretien accordé à Yves Chemla (1993 :53), Kourouma avoue la raison-d’être de ce mariage du français à sa langue maternelle, le malinké.

INTRODUCTION

En Afrique subsaharienne, la génération d’auteurs négro-africains d’expression française des années soixante ne va nullement oublier l’influence d’Ahmadou Kourouma sur le style adopté par les romanciers pendant cette période.  A part la thématique de son premier roman (Les Soleils des Indépendances) qui lui a valu le Prix de la Francité, le Prix de la Tour-Landry de l’Académie Française et cetera, Jacques Chevrier classe ce roman dans la catégorie des romans de désenchantement. Chevrier (1990 :115). Kourouma s’est ainsi inscrit, à travers  ses œuvres, dans le rang des premiers écrivains africains (tout en se montrant) les plus inventifs, de ceux qui ont réussi à faire du neuf sans renier l’ancien.

Pour répondre donc à ce défi qui est de reinventer la culture de l’oralité, Kourouma fait recours aux forces du langage.  Il croit profondément à la puissance à  la fois destructive et salvatrice du verbe.  Ainsi, dès son premier roman, écrit à une période où les écrivains africains privilégiaient pour la plupart le message, Kourouma, qui pourtant n’a pas de formation littéraire, invente un langage nouveau.  Il ne s’agit pas dans un premier temps de reproduire des divers idiomes parlés en Afrique, mais de faire l’élaboration d’un langage métissé et par là même significatif, fruit du mariage entre la langue française et le malinké.  Dans un entretien accordé à Yves Chemla (1993 :53), Kourouma avoue la raison-d’être de ce mariage du français à sa langue maternelle, le malinké.

Je n’ai pas le respect du français qu’ont  ceux qui ont une formation classique. […]  Ce qui m’a conduit à rechercher la structure du langage malinké, à reproduire sa dimension orale, à tenter d’épouser la démarche de la pensée malinké dans sa manière d’appréhender le vécu.

Kourouma, pour ainsi dire, crée un nouveau cheminement de la langue française et qui a pour genèse l’hybridation de sa langue maternelle fondée sur l’oralité africaine.

  1. 1. UNE ECRITURE A CARACTERE ORAL

Allah … et En attendant sont des romans influencés par le caractère oral de leur récit.  Cette oralisation de la langue française est rendue possible grace aux phénomènes d’approximation, d’autocorrection, de parenthèses, des guillemets et cetera.  Ces phénomènes permettent au narrateur de donner à l’énoncé une traduction/interprétation plus ou moins juste de la réalité, tout en évitant la monotonie du récit, et d’être soucieux de rendre le discours attrayant et accessible à tous.

Pour exprimer l’approximation, le narrateur fait usage de l’épanorthose qui est « la forme de correction la plus légère, simple retouche (d’une manière explicite) ».  En grec, ce terme signifie « redressement » ; il est synonyme de rétraction, au sens rhétorique. Loue (2000).  Cette figure est souvent introduite par des adverbes ou des locutions telles que « ou plutôt », « et même », « voire », « c’est-à-dire », « disons-le », …  Elle permet de revenir sur un propos pour le modifier, de manière à faire comprendre que l’idée exprimée est le fruit d’une certaine réflexion, d’une certaine élaboration que l’on veut faire ressentir au lecteur.  Elle permet aussi de renforcer ou d’atténuer une idée.  Pour illustrer ce phénomène, on peut se référer aux pages 29 et 111 (En attendant) et aussi aux pages 80 et 87 (Allah …) qui offrent des exemples particulièrement appropriés.

1-         Disons-le tout de suite.  Jamais l’eau ne manque l’ancien chemin de son cours ;  l’antilope cob ne bondit pas pour que son petit traîne.  Koyoga, à sa manière    propre, obtint dans les rizières la même distinction qui avait honoré son père  Tchao dans les tranchées de Verdun.  Comme son père, il sera décoré et rapatrié    sanitaire. (En attendant, 1998 :29)

2- Le Colonel Papa le bon a eu vent des propos que tenait Tête brûlée.  (Avoir vent              de quelque chose, c’est être informé de la chose.  Le Petit Robert (2000 :80)

Dans le premier exemple tiré de En attendant, (p.29), le récit présente un caractère d’oralité rendu possible grâce à l’expression ‘Disons-le tout de suite’.  Cette expression suivie de deux adages puise son fondement dans la tradition africaine et permet au narrateur de donner une interprétation plus ou moins juste de la réalité tout en évitant la monotonie du récit.  L’objectif du narrateur est d’être soucieux de son lecteur en faisant de son discours quelque chose d’attrayant et accessible à tous.

Dans le deuxième exemple, il s’agit là d’une exploitation lexicale du mot clé d’une phrase.  Pour faire ce travail, le narrateur s’est muni de plusieurs dictionnaires.  Il prononce sa phrase et ensuite il se sert du dictionnaire pour expliquer le mot clé afin que le lecteur puisse mieux le comprendre.  On dirait une situation d’oralité.

A travers d’autres exemples, nous pouvons aussi parler de l’utilisation des guillemets et des parenthèses.  Dans les deux romans, l’auteur fait  un usage abondant de guillemets et de parenthèses.  Ces paramètres employés dans le récit de chacun des deux romans montrent la détermination du narrateur à expliquer d’avance ce qui peut constituer une nuance au lecteur.  Kourouma par ce style artistique veut que tout Africain, même n’ayant pas une étude trop poussée et se trouvant en possession de ces deux œuvres, puisse lire et comprendre avec une certaine aisance le contenu du récit.  Il peut y avoir aussi guillemets /entre-parenthèses lorsque le narrateur juge un mot ou une expression moins importante mais nécessaire pour la compréhension de l’énoncé.

Justifions ces raisonnements à travers les exemples suivants.

1.1. L’utilisation de la parenthèse dans En attendant et Allah …:

Les paléos sont provisoirement dispensés du portage et des travaux forcés.

(Les travaux forcés étaient les prestations obligatoires et gratuites que les autres indigènes accomplissaient chaque année pour les colons blancs). (Allah …, 12)

Il y avait le capitaine Koyoga (le sergent s’était fait conférer le grade de capitaine après l’assassinat). (En attendant le vote des bêtes sauvages, 102)

Me voilà présenté en six points pas un de plus en chair et en os avec en plume une façon incorrecte et insolente de parler. (Ce n’est pas en plume qu’il faut dire mais en prime.  Il faut exprimer en prime aux nègres noirs africains indigènes qui ne comprennent rien à rien.  D’après Larousse, en prime signifie ce qu’on dit en plus, en rab.) (Allah …, 12).

C’était un camarade de groupe d’âge, un camarade d’initiation donc un très vieux ami.  (Dans les villages noirs nègres africains, les enfants sont classés par groupe d’âge.  Il font tout par groupe d’âge.  Ils jouent et sont initiés par groupe d’âge.) (Allah …, 41-42).

Considérant les exemples  énumérés, nous remarquons que les énoncés mis entre parenthèses ne sont qu’un éclaircissement fait par rapport à ce qui est précédemment dit.  Dans tous les exemples ci-dessus cités, le narrateur a un objectif commun : éclairer le lecteur sur un énoncé qui pouvait lui paraître confus et incompréhensif.

Cependant, d’autres exemples d’énoncés mis entre parenthèses n’ont pas le même objectif que ceux  énumérés ci-dessus.  Examinons quelques-uns :

1-                  Elle s’occupait du choix de ses loisirs (des films, de dessins animés pour enfants), de son pèlerinage à la Mecque s’il était musulman. (En attendant, 36).

2-                  Le guérisseur avait, en signe de reconnaissance, proposé à l’infirmier-  guérisseur (c’est la règle dans les montagnes) de choisir entre un cochon  et sa première fille. (En attendant, 45).

3-                  Pour caser les nombreuses femmes, il a acheté plusieurs concessions (plusieurs cours) à Anyama et autres lieux perdus pleins d’assassins d’Abidjan comme Abobo. (Allah …, 39).

4-                  Il lui avait demandé en désespoir de cause (en dernier ressort) de rechercher dans le fichu pays de Libéria-là sa mère, la tante Mahan. (Allah …, 211).

Pour le narrateur, ces quatre exemples  diffèrent des quatre autres cités auparavant.  Pendant que ceux cités en avance dans les parenthèses expliquent les énoncés qui les précèdent ou bien apportent plus d’éclaircissement aux énoncés, les parenthèses dans les quatre derniers exemples sont pour le narrateur moins importants mais quelquefois nécessaires pour la compréhention de l’énoncé.  Le lecteur peut toutefois omettre ou ignorer l’expression entre parenthèses et comprendre quand même l’énoncé.

Par ailleurs, les guillemets sont utilisés dans les deux romans comme preuve de citation provenant d’une autre source et insérée dans un énoncé.  Les exemples suivants sont retrouvés dans les deux romans.

1-         Il aimait, une fois par semaine avec passion, érudition et une voix vibrante, une rubrique qu’il avait dénommée : « Mémoire de la terre des aïeux. » (En attendant, 120).

2-         Des phrases plates comme « Pendant que nous nous occupions de la famine et du peuple, eux, ils s’en mettaient plein les poches » sont familières et populaires […]. (En attendant, 121).

3-         « Arrête les larmes, arrête les sanglots, disait grand-mère. […]  Il (Allah) te fait souffrir sur terre pour te purifier et t’accorder demain le paradis, le bonheur éternel. » (Allah …,17).

4-         « C’est trop, trop, dix mille dollars américains. Où les trouver ? Où les décrocher ? » hurlait le général Onika. (Allah …, 114).

 

1.2. Narration imagée :  une prolifération de la comparaison

La  comparaison, plus que la métaphore, paraît bien adaptée au mode de représentation de la réalité africaine.  Nous remarquons en effet une prédominance de la comparaison dans les deux romans.  La comparaison est classée par Fontanier (1977 :377) parmi « les figures de style par rapprochement ».  Contrairement à la métaphore, la comparaison explicite le plus souvent la relation entre le comparé et le comparant à l’aide des locutions telles que :  « comme », « de même que », « ainsi que », « pareil à »,  …  ou d’un verbe exprimant la ressemblance.

La comparaison met en jeu à l’intérieur d’une syntaxe phrastique, la relation d’analogie.  Elle rentre, elle aussi, dans le processus d’africanisation de la langue française puisqu’elle s’intègre à la fibre du texte en tant que mode de représentation spécifique de la réalité africaine sans que cela nuise à l’harmonie globale du texte.  On rencontre différents phénomènes mettant en jeu des réalités africaines comme:

1-         Les Français n’allèrent pas comme des Nègres consulter les devins ; ils allaient voir les ethnologues.  (En attendant, 17).

2-         Comme les autres tirailleurs, et même souvent mieux que les ressortissants de certaines ethnies des plaines, Tchao le montagnard avait su porter le chéchia rouge, […].  (En attendant, 16).

3-         Maman hurlait comme l’hyène dont les pattes sont coïncées dans les dents d’un gros piège à loup. (Allah …, 17).

4-         Leurs boubous étaient dégoûtants, ils étaient vilains et sales comme l’anus de l’hyène. (Allah …, 26).

Dans les deux premiers exemples, le narrateur met en scène la pratique culturelle des uns comparée à celle des autres.  Premièrement, il est question d’un groupe de personnes (les Français) qui,  du point de vue de leur culture ou  croyance ne consultent pas les devins comme le font les Nègres.  Les deux pratiques ont été donc présentées grâce au processus de comparaison choisi par le narrateur. Deuxièmement, on remarque dans le deuxième énoncé, une situation de comparaison mettant en scène des tirailleurs ou des ressortissants de certaines ethnies des plaines et Tchao, le montagnard.  Ici tout comme dans le premier exemple, il s’agit de la mise en oeuvre de la pratique culturelle entre différents personnages de l’énoncé.

Quand aux deux derniers exemples, il s’agit d’une comparaison qui met en jeu d’une part une situation de souffrance et de l’autre une situation de dégoût.  Il existe à travers les deux romans choisis beaucoup d’images empruntées à l’univers animal ou fournies par la nature.  L’auteur s’en sert dans de nombreuses descriptions dont nous avions fait mention dans les exemples précédents.

Kourouma, à travers ses œuvres, répond à un souci d’authenticité culturelle.  L’originalité de ses oeuvres se situe au niveau du processus d’une hybridation résultant d’une rencontre de deux cultures et de deux langues (le français et le malinké).

1.3. Des marques énonciatives visant à établir un contact avec le lecteur

Le narrateur établit avec le lecteur un véritable dialogue qui donne l’impression que le texte se construit au fil des pages en fonction des réactions que peut manifester ce lecteur pour qui le roman est destiné.  Le narrateur-conteur n’hésite alors pas à interpeller son public qui est pris à partie et convié à participer à l’échange.  Cela s’illustre par l’usage de nombreuses formules ; quelquefois le pronom personnel de la deuxième personne du pluriel se révèle être l’indice de la communication directe.  Le pronom « vous » sous entend la présence physique d’un individu ou d’un groupe de personnes auquel le message est destiné.  Ces formules adoptent la modalité d’une énonciation interactive ou bien celle d’une interrogation qui implique par là une réponse de la part du récepteur.  Ainsi le narrateur peut intervenir pour interroger son auditoire, soucieux de  l’adhésion de chacun à son discours.  Il anticipe les éventuelles questions que pourrait se poser son public et y apporte des réponses faisant progresser son récit, tout en captivant son attention.

1-         Comment empêcher les élections libres ?  Comment empêcher le deuxième tour ? (Allah …, 170).

2-         Asseyez-vous et écoutez-moi.  Et écrivez tout et tout.  (Allah …, 12).

3-         Peut-être je vous parlerai plus tard de la mort de ma maman.  […].  Je ne vous ai rien dit encore de mon père. (Allah …, 28-29).

4-         Déjà, Koyoga, vous aviez fléché et tué une panthère et, les nuits de veillées, vous dansiez dans les rangs des maîtres chasseurs lorsque les Blancs vinrent vous chercher pour leur école. (En attendant, 23).

5-         Car vous le savez, vous êtes sûr que si d’aventure les hommes refusent de voter

pour vous, les animaux sortiront de la brousse, se muniront de bulletins et vous plébisciteront. (En attendant, 381).

Dans le premier exemple, nous remarquons une interpellation du lecteur par le narrateur à réfléchir sur un certain  nombre de questions qui nécessitent une réponse après avoir exposé préalablement le point essentiel du problème.

Dans les quatre autres exemples qui suivent, il s’agit des formules d’énonciation interactive avec l’utilisation fréquente du pronom personnel « vous ».  Ce pronom personnel peut, des fois, remplacer un individu ou bien un public donné.  A partir de ces exemples, le narrateur s’adresse à son lecteur tout comme un conteur s’adresserait à un groupe d’enfants qui l’écoutent.  Ici, la narration peut toutefois s’adresser à un individu ou à un public donné.  Il arrive des fois au narrateur de familiariser le lecteur à la culture du peuple dont il parle dans son récit.

Ne disait-on pas que le peuple des Agnis n’égorgerait jamais un étranger sans l’avoir au préalable intronisé au roi ? (En attendant, 141).

Toutes les marques énonciatives que l’on peut relever de la surface textuelle des deux romans Allah … En attendant sont comme autant de clins d’oeil de l’auteur lui permettant de restituer ainsi la vie et la complaisance caractéristiques de la tradition orale qui s’établissent entre le narrateur/conteur et son lecteur/auditoire.

 

  1. 2. L’AFRICANISME EN LITTERATURE AFRICAINE DE LANGUE FRANÇAISE

L’africanisme est un terme littéraire qui a fait son apparition dans la littérature

négro-africaine du début des années soixante.  Après les indépendances des pays africains, les écrivains africains d’expression française se sont donnés la tâche de créer un nouveau cheminement de la littérature négro-africaine dont l’une de ses caractéristiques est l’africanisation de la langue française.  L’africanisme en littérature africaine peut alors signifier une stratégie artistique qui permet à l’auteur de parler sa langue maternelle dans une langue européenne, en particulier, le français.  Parmi ces écrivains, nous pouvons citer Ahmadou Kourouma dont le premier roman, Les soleils, a boulversé le milieu académique du point de vue de l’injustice qu’il a faite à la langue française :

1-         Il y avait une semaine qu’avait fini dans la capitale Koné Ibrahim […]. (Les

soleils, 5).

2-         Il alla saluer, se courba, se pencha à la porte de la case où les veuves asseyaient le deuil  (pendant quarante jours elles restaient cloitrées …).  (Les soleils, 128).

3-         Fama salua, et avec quels larges sourires ! planta sa grande taille parmi les

pilotis, assembla son boubou et ensuite se cassa et s’assit sur un bout de

natte.  (Les soleils, 13).

Dans le premier exemple, l’emploi du verbe ‘finir’ comme un verbe intransitif sort du commun.  Nous pouvons dire que cet emploi est relatif à ce qui se dit dans la langue maternelle de l’auteur.  Pour l’auteur, ‘finir’ prend la valeur sémantique de ‘mourir’.

Dans le deuxième exemple, il va sans dire qu’un non-malinké trouvera de la peine à comprendre ce que c’est qu’ « asseoir un deuil ».  Autrement dit, Kourouma voudrait sans doute dire que les veuves observaient le deuil […] mais il a préféré le dire tel que cela se dit dans sa langue maternelle tout en utilisant la langue française comme moyen d’expression.

Dans le troisième exemple, « assembler le boubou » veut dire qu’il s’agit là d’un geste qui consiste à ajuster un boubou que porte un malinké avant de prendre la parole au cours d’un palabre ou de se courber pour les prières quotidiennes.

Dans les deux romans, nous rencontrons cependant une utilisation abondante de l’africanisme. Voici quelques-uns des exemples tirés des deux romans :

1-         Mon école n’est pas arrivée très loin, j’ai coupé cours élémentaire deux.

(Allah…, 9).

2-         Ils m’ont demandé de refroidir le coeur.  (Allah …, 28).

3-         Ça brûle mon coeur quand je pense à la mort de maman.  (Allah …, 32)

4-         Le matin commençait à arriver et nous continuons à marcher.  (Allah …, 47).

5-         […] le saint homme vivait ses derniers moments.  Il devait avant la fin du jour dormir du doux sommeil des élus.  (En attendant, 57).

6-         Le vieil oeil finit, la vieille oreille ne finit pas. (En attendant, 50).

7-         Le proverbe est le cheval de la parole ;  […]. (En attendant, 42)

A partir de ces exemples  tirés des deux romans, nous verrons que, d’une manière intentionnelle, Kourouma fait des tournures volontaires de la langue française pour ainsi restituer un souffle africain dans la littérature nègro-africaine.  Tel que l’a remarqué Laditan (2006 :81):

Ces prouesses stylistiques de Ahmadou Kourouma, des tournures volontairement fautives marquant du même coup l’audace intentionnelle de s’écarter des normes de la langue française, la volonté farouche de transposer le ‘dialecte africain’ dans une langue étrangère polie par l’usage de l’écriture constituent pour nous assez de preuves pour attester qu’Ahmadou Kourouma va encore plus loin au-delà de la recherche d’un style personnel.

Lorsqu’on considère les diverses formes d’africanismes de la langue française auxquels Kourouma a souvent soumis son récit, on a l’impression que cet écrivain ivoirien ne fait que se donner quelque fois à de pures traductions de quelques expressions dialectales de sa langue maternelle en français.  Mais l’auteur ivoirien, à travers l’interview accordée à Lise Gauvin (1997 :55) révèle :

Je crois que d’abord, il faut penser dans sa langue maternelle.  Et ce n’est pas traduire parce que traduire, ce n’est pas cela.  Il s’agit de refaire le cheminement, de retrouver comment on raisonne en malinké.  Dans chaque langue, il y a une façon de voir les choses.

A partir du commentaire de Kourouma, nous pouvons dire que les écrivains africains d’expression française ont décidé après les indépendances des pays africains d’afficher une volonté artistique permettant à leurs confrères qui n’ont pas une éducation aussi poussée qu’eux,  l’accessibilité à leur roman.

2.1. Le petit-nègre

Allah … est un roman émaillé du petit-nègre.  Le petit-nègre est un français de la caserne, ou bien un français populaire parlé dans les ghettos et qui se fonde sur l’oralité et la tradition africaine.  Le petit-nègre se reconnaît aisément dans Allah … par la présence des verbes non conjugués, des verbes sans sujet, des phrases incomplètes et quelquefois sans verbe etc… et qui sont peu acceptables dans le milieu académique.  Bien que le petit-nègre soit de nos jours un français africain, il est le plus parlé dans la plupart des villes africaines d’où la relance avec vigueur de la part des écrivains africains francophones pour son acceptabilité comme variété de la langue française parlée en Afrique.  En voici quelques exemples :

1-         Sûr qu’elle était excitante et irrésistible. (Allah …, 44)

Corrigé : Je suis sûr qu’elle était excitante et irrésistible.

2-         … M’appelle Birahima.  (Allah …, 9).

Corrigé : Je m’appelle Birahima.

3-         Suis p’tit nègre (Allah …, 9)

Corrigé : Je suis un petit-nègre.

4-         On ignore géogaphie.  (Allah … , 10).

Corrigé : On ne connait pas la géographie.

5-         Suis dix ou douze ans et je parle beaucoup  (Allah …, 10).

Corrigé : J’ai dix ou douze ans et je parle beaucoup.

6-         C’é comme ça.  (Allah …, 9).

Corrigé : C’est comme ça

7-         On connaissait pas exactement la religion de Kid. (Allah …, 62).

Corrigé : On ne connaissait pas exactement la religion de Kid.

8-         Impé, impé ! (Allah …, 74)

Corrigé : Un peu, un peu.

9-         Toi, je connais, tu es avant à Abidjan, moi connais toi tu appelé Yacouba. (Allah …, 131)

Corrigé : Je te connais, tu étais à Abidjan, je te connais, tu t’appelles Yacouba.

10-       Le 4  X  4  passero.  (Allah …, 232).

Corrigé : Le 4  X  4   pajero.

A partir de ces exemples, nous pouvons dire que l’auteur a fait un choix délibéré pour épargner de la bouche de son narrateur un français académique et opter

pour un petit-nègre fondé sur l’oralité.

 

2.2. L’emprunt et le néologisme dans la littérature africaine d’expression française

(a) L’emprunt

Dans la plupart des romans africains francophones de la période post-indépendance, il existe une prédominance de l’utilisation des mots provenant d’une langue outre la langue d’expression de l’auteur.  Ce style artistique appelé emprunt figure dans En attendant et  Allah … .  Tout d’abord ce sont des emprunts provenant du malinké, de l’arabe, de l’anglais … pour s’imposer dans la langue d’expression de l’auteur qu’est le français.  Ces emprunts sont utilisés pour  maintenir la couleur locale dans l’énonciation du narrateur.  Comme  quelquefois, il est difficile de trouver une équivalence juste du mot à emprunter au français, Kourouma préfère le restituer par souci d’authenticité et de réalisme.  A travers ces emprunts, Kourouma évoque le fait que la langue française n’est pas faite pour exprimer toutes les réalités africaines et qu’il faut nécessairement faire appel à ces mêmes mots dans leur originalité pour exprimer l’exactitude de ce que l’on veut  dire.

Examinons quelques exemples d’emprunt dans Allah n’est pas obligé:

  • Mots empruntés du malinké :

–  Les gnamas (Allah …, 12): l’ombre qui reste après le décès d’un individu.

–  Un bilakoro  (Allah …,13): un garçon non circoncis.

–  Gnamokode  (Allah …,13): bâtardise ou bâtard

–  Djoko – djoko  (Allah …, 17): de toute manière

–  Un koroté  (Allah … , 23): poison opérant à distance sur la personne visée

–  Un djibo  (Allah … , 23): fétiche à influence maléfique

–  Faforo (Allah …, 43): sexe de mon père

  • Mots empruntés de l’arabe

–  Allah koubarou  (Allah …, 43): Allah est grand

–  Walahé  (Allah …, 64): au nom d’Allah

Examinons aussi ces exemples d’emprunt dans En attendant le vote des bêtes sauvages:

  • Mots empruntés du malinké

–  Un donsomana  (En attendant, 12): un récit purificatoire ; une geste (un

exploit) d’un héros ;  un  chasseur par exemple

–  Eyélema  (En attendant, 13): le champion de luttes initiatiques

–  Evélas  (En attendant, 13):  les luttes initiatiques

–  Le yowo  (En attendant, 52): un Blanc ou un mulâtre qui porte les qualités

d’un Blanc.

  • Mots empruntés de l’arabe

–  Allama  (En attendant, 53): par la volonté d’Allah

–  Allah  (En attendant, 55): mot arabe qui fait référence à Dieu

–  Allakoubarou (En attendant, 55): Allah est grand

–  Sourate kouhouha (En attendant, 62): un verset du coran

–  Rhirib de icha  (En attendant, 62): une prière spéciale provenant du coran

–  Sarafoulahi  (En attendant, 101): le pardon d’Allah

(b) Le néologisme dans les romans de Kourouma.

Le néologisme est le fait de créer un mot quelconque, qui n’existait pas en français et auquel le créateur donne une signification.  Des néologismes sont des créations savantes et conscientes de l’écrivain.  L’objectif de la création et de l’emploi d’un néologisme est de permettre à l’écrivain de trouver un mot juste qu’il cherche à utiliser mais qu’il ne trouve pas dans sa langue d’expression (le français en l’occurence).  Relever l’ensemble des néologismes dans les deux romans serait un travail trop vaste, mais un échantillonnage permettra de montrer à quel point Kourouma parvient à remodeler la langue française de façon à rendre plus concrète la réalité qu’il décrit.  Il arrive ainsi à créer une langue qui porte une certaine charge affective, une langue évocatrice dans la mesure où elle fait naître dans l’esprit, des idées, des images et des sentiments.

Examinons quelques échantillons du néologisme dans En attendant :

–  Casa  (En attendant, 36): abréviation du mot Casablanca

–  Deux dondons de pouffiasses marocaines  (En attendant, 38):  Kourouma utilise cette expression pour  remplacer la cheftaine Fatima et son adjointe.

–  Le mariage-fiançailles  (En attendant, 41): le mariage normal  qui s’établit entre un homme et une femme  dans  le respect absolu de la tradition.

–  Le mariage – rapt  (En attendant, 41): le type de mariage pratiqué par les hommes nus pendant lequel la fille vierge doit être violée par l’homme, son prétendant.  Le  viol généralement, se limite  à une résistance symbolique de la fille.

–  Les Hommes-panthères (En attendant, 44): groupe de personnes qui servaient pour des rites réligieux et des sacrifices humains destinés à attirer la bienveillance des dieux et des mânes  des ancêtres.

Il existe également dans Allah … des mots et expressions néologiques :

–  Le gnoussou gnoussou : partie privée de la femme  (Allah …, 59).

–  Faire makou : garder le silence  (Allah …, 60).

–  Le liriki : le fric, l’argent (Allah …, 174)

–  Une calabassée :  le plein d’une calebasse (Allah …, 180)

–  Africain noirs nègres et sauvages  (Allah …, 25)

–  Des nègres noirs afro-américains (Allah …, 99)

–  Les nègres noirs africains indigènes  (Allah …, 99)

–  Les Afro-Américains colonialistes et arrogants colons (Allah …, 100)

–  Les deux nègres noirs africains indigènes (Allah …, 100)

Le souci de Kourouma dans toutes ces stratégies de communication (qu’elles soient à travers les emprunts, le petit-nègre, l’africanisme, le néologisme, et cetera.), c’est de se rapprocher étroitement de la communication de ceux à qui ses romans sont destinés.  Sans aucun doute, la moitié de la population africaine pour qui ses romans sont en premier lieu adressés est en mal d’éducation.  En s’identifiant à eux, il leur donne l’opportunité de rehausser leur voix et de dénoncer certains vices de notre société.  Ce genre de français parlé dans Allah … et En attendant est caractéristique du français de la rue ou bien du français parlé dans la plupart des grandes villes africaines.

(c) Le proverbe

Le proverbe peut être perçu comme un adage ou un aphorisme constitué de mots condensés et pleins de significations.  Selon « LE ROBERT », le proverbe est défini comme «une formule présentant des caractères formels stables, souvent métaphorique ou figurée et exprimant une vérité d’expérience ou un conseil de sagesse pratique et populaire, commun à tout un groupe social ».  Ici, les proverbes expriment la sagesse et la maîtrise de la parole, dans un contexte traditionnel purement africain.  Ils ne trouvent leur sens complet que s’ils sont confrontés à une situation d’emploi.  Les proverbes contribuent, au même titre que les autres littératures orales, à l’éducation des enfants et des jeunes gens.  L’acquisition d’un grand nombre d’entre eux conduit progressivement à la maîtrise de la langue et de la culture.  Pour Chinua Achebe cité par Okpewho, « les proverbes sont l’huile de palme dont on assaisonne les mots » et c’est bien cela qui fait dire que les proverbes sont le sel de la conversation. (Okpewho, 1992 :85). Comme partout dans le monde, les proverbes africains sont des joyaux de sapience venus de l’observation de la nature, de la culture, un condensé des vérités de la vie tiré de la nature environnante et de l’expérience sociale de l’homme.

Les proverbes peuvent se présenter sous forme déclarative ou interrogative, comme ceux que nous venons de voir, ou bien sous forme de citations comme le suivant :  « Je mourrai pour quelque chose de grand, dit la fourmi, en te mordant le gros orteil ».  Les proverbes africains sont brefs, économes dans leur expression.  Ils usent de métaphores où ils enferment une somme de sagesse et on les emplit dans des situations de la vie publique et privée pour donner de la saveur à la parole ou pour faire valoir un argument.  Dans nos deux romans  les proverbes sont utilisés pour des objectifs différents.  Dans Allah … par exemple, les proverbes sont utilisés pour exprimer certaines réalités de la vie auxquelles le narrateur fait allusion.  Par exemple, en parlant de la responsabilité de vie reservée aux vieux  et qu’un jeune ne devrait prendre en charge, le narrateur dit : « le genou ne porte jamais le chapeau quand la tête est sur le cou ».  Il y a également des proverbes pour expliquer certains faits.  Lorsque Birahima parlait de la perte de valeur de l’éducation et que rien ne valait la peine d’aller à l’école, il dit : « L’école ne vaut plus rien, même pas le pet d’une vieille grand’mère ». (Allah …, 9)

Par contre dans En attendant, les proverbes ponctuent  (mettre fin à) la parole.  A la fin de chaque récit ou bien de chaque veillée, l’utilisation des proverbes résume tout ce qui y est raconté.  Disons alors qu’il existe une pléiade de proverbes dont le narrateur a fait mention pour justifier la prédominance de l’oralité dans sa parole.  C’est pour cette raison qu’on peut dire à juste titre que les proverbes malinké insérés au coeur du texte sont l’écho d’une parole ancestrale, d’une culture africaine que ces mots que l’on perpétue illustrent particulièrement bien.

Les proverbes malinké fréquemment employés par Kourouma participent à une esthétique de biculturalisme et contribuent à renforcer le réel.  Les proverbes donnent également une importance toute particulière dans les palabres, puisque c’est grâce à eux que celui qui a la parole donne force à son discours.  Les proverbes ayant une valeur de vérité générale, celui qui les connaît et les manie avec art aura toujours raison.  C’est ce qu’illustre parfaitement ce proverbe zaïrois qui nous dit que « quiconque ne connait aucun proverbe, ne connaît rien du tout, c’est un homme perdu, un homme mort » ou encore le proverbe yoruba qui dit : « Le proverbe est le cheval de la parole, quand la parole se perd, c’est grâce au proverbe qu’on la retrouve. »  Autrement dit, qui ne connaît pas les proverbes ne connaît pas sa culture.  Leur connaissance est donc indispensable dans l’art de la parole.

 

CONLUSION

Nous venons d’examiner à travers notre analyse, les différents moyens mis en œuvre par Kourouma pour ressusciter la culture de l’oralité dans ses œuvres romanesques. Ayant pris conscience de la détérioration, de la négligence et de l’oubli de la culture de l’oralité, l’auteur a frayé à travers différents moyens, un nouveau cheminement à la littérature africaine d’expression française. Parlant d’une narration imagée aux différentes utilisations de la langue française pour exprimer les réalités africaines, Kourouma a réinventé une culture africaine qui dès lors qu’il a emprunté le chemin de son instruction. C’est une piste que peuvent explorer les jeunes écrivains africains.

BIBLIOGRAPHIE

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Chemba, Yves. Interview accordée par Ahmadou Kourouma in Le Serpent à plumes 8. Paris, 1993.

Fontanier, D. Figures du discours. Paris. Flammarion, 1977.

Gauvin, Lise. L’écrivain africain à la croisée des langues.  Paris.  Katharla, 1997.

Kourouma, Ahmadou. Les Soleils des indépendances. Paris. Editions du Seuil, 1970. Montréal, Presses de l’Université de Montréal, 1968. « Points », 1995.

Kourouma, Ahmadou  En attendant le vote des bêtes sauvages. Paris. Seuil, 1998. « Points », 2000.

Kourouma, Ahmadou.  Allah n’est pas obligé, Paris. Edition du Seuil, 2000.

Laditan, O.A. Comprendre Allah n’est pas obligé, Ahmadou Kourouma, publication du département de Littérature, Culture & Civilisation, Village Français du Nigéria, Avril. Ibadan. Agoro Publicity, 2006.

Loue, Sophie.  Les Soleils des Indépendances d’Ahmadou Kourouma, un Roman  Marqué par Hybridation.  Mémoire préparé en vue de l’obtention de la maîtrise de Lettres Modernes sous la direction de Madame Andrée Chauvin.  Université de Franche – Comté.  Faculté des Lettres et Sciences Humaines.  Session de Juin, 2000/2001.

Okpenwho, Isidore. Littérature orale en Afrique subsaharienne traduit de l’anglais par Micheline Pouteau.  Mayenne.  Editions Mentha, 1992.

Robert,  Paul.  Le Nouveau Petit Robert.  Dictionnaire Alphabétique et Analogique de la  Langue Française.  Nouvelle Edition remaniée et amplifiée sous la direction de Josette Rey-Debove et Alain Rey. Paris. 

Dictionnaire Le Robert, 1993.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

ANALYSIS OF TEACHING ORGANISATIONAL CLIMATE AND TEACHERS’ PERFORMANCE IN SELECTED SCHOOLS IN LAGOS STATE, NIGERIA.

Mr. Théophile G. KODJO SONOU

Département d’Anglais,

Institut Universitaire Panafricain (IUP);

Porto-Novo, Bénin

 

ABSTRACT

The study focused on teaching organizational climate and Teachers’ performance in selected private and public schools in Lagos State of Nigeria, in examining teaching organizational climate variables of School characteristics which include: Classroom Size and School facilities, in relation to Teachers’ Performance. Three instruments, namely, Teaching Organizational Climate Description Questionnaire for Teachers (OCDQT), Organizational Climate Description Questionnaires for Principals (OCDQP) and the Teacher’s Job Performance Assessment Questionnaire (TJPAQ), were used in gathering data on important variables under study. A multi-stage cluster sampling technique was adopted.

Key words: Teaching, Organizational, Climate, Performance, School, Education.

 

RESUME

L’étude est centrée sur l’organisation du climat de l’enseignement et la performance des enseignants dans les  écoles privées et publiques sélectionnées dans l’Etat de Lagos au Nigéria. L’étude a examiné les variables du climat organisationnel de l’enseignement par rapport aux caractéristiques de l’école dont : dimension de la salle de cours et les facilités, de l’école  en relation avec la performance de l’enseignant. Trois instruments à savoir : Le Questionnaire relatif à la Description du Climat Organisationnel de l’enseignement pour les Enseignants (QDCOE), le Questionnaire relatif à la Description du Climat Organisationnel de l’enseignement pour les Directeurs (QDCOD) et le Questionnaire relatif à l’Evaluation de la Performance du Travail des Enseignants (QEPTE), ont été utilisés pour collecter les données. La technique quantitative a été adoptée pour faire ce travail de recherche.

Mots clés : Enseignant, Organisationnel, Climat, Performance, Ecole, Education.

 

INTRODUCTION

Education is essential for its utilitarian role in empowering people and permitting rapid economic and social mobility, particularly in developing countries like Nigeria (National Policy on Education, 2004). According to Adepeliyi (1993), <<the demand for education is insatiable and so high that efforts made by the federal government to provide adequate education for the citizens, especially the youth, are often out sipped  by an ever-rising demand. He insisted that government should for such reason spend an appreciable amount of its annual budget on education>>. Schooling in every society is regarded as a crucial vehicle for development of the individual, the structure, the process and the social institution. This could be a major reason for school operators to keep emphasizing the type of working harmony or otherwise that pervades Nigerian schools in order to bring about increase and proficient job commitment, involvement and effectiveness among others.

 

1. NATIONAL POLICY OF EDUCATION

Generally, The National Policy on Education is regarded by experts to be the policy thrust upon which the primary, secondary and tertiary levels of education are rooted in Nigeria. Teachers, whether in private or public schools, are saddled with the responsibility of performing the basic roles under a conducive and harmonious organizational context. Suffice it to say that this is why the National Policy on education provided a watershed upon which the primary, secondary and tertiary levels are rooted.

2. OBJECTIVES OF SECONDARY SCHOOL EDUCATION

Specially, the objectives of secondary education include inculcating a spirit of self reliance, industry, versatility, and  self-discipline in youth; equipping students to live successfully in our  modern  age of science and technology; and developing and projecting Nigerian culture, Art and Language as well as the world’s cultural heritage, NPE (2004). If secondary education is to achieve the objective stated above, attention must not only be paid to the human resources earmarked to impact knowledge in order to realize those objectives but also on the context in which they perform their duties. The foregoing situation calls for interest in those elements that impact on work behavior, Job involvement and Job accomplishment of secondary school teachers as a very important level in Nigerian educational system. <<Thus, a study of school organizational climate as perceived by different scholars in relation with student and teacher characteristics, Lane and Menzies (2005) has become major concern. >> The organizational climate of the school therefore becomes important. <<Research has demonstrated that teachers as individuals, and schools as units of instruction, can produce extraordinary learning, if all relevant variables, classified under school characteristics,>> are present, Wagner, and Davis, (2006). It is the set of internal characteristics that distinguish one school from another and influence the behavior of each school member. It also refers to the working condition among super-ordinates (Head teacher) and subordinates (Teachers) in a bid to achieve the objectives of the school. Three of the principal agents in secondary school education – principals, vice principals and teachers should be our concern.

3. ELEMENTS OF TEACHERS PERFORMANCE

School characteristics denote the typical notable features or elements which impact on teacher performance, and invariably student performance. These include class size, (Student- Teacher- Ratio) and policies of school administration. Class size determines the organization of the classroom as a major determinant of a school success or failure while school policy refers to a course or a principle of action proposed and/or approved by the management of a school to facilitate the achievement of the set goals of that school. In addition, leadership style, morale and motivation are considered to be contributory factors in school processes. Motivation, according to Merrick, (2006), <<is expected to perform three primary functions, which are: a directing function which steers an individuals behavior towards or away from specific goals, an activating function that energizes action in pursuit of goals, and an organizational function which influences the combination of behavioral component into coherent, goal-oriented behavioral sequences.>> Lagos state, which is the focus of this study, has many educational institutions both private and public, including polytechnics, colleges of education and universities. The government of the state has made many attempts to improve the morale of the movers in the education sub-sector in the state and also made qualitative and functional education a matter of priority. As an incentive to teachers, the government enacted a new post-primary education law designed to take care of principals and teachers in public secondary schools in the state. The reform offered them an opportunity to reach the position of permanent secretary, just like their counterparts in the civil service.

4. LAGOS STATE ADMINISTRATION

The administration of the incumbent governor, Babatunde Raji Fashola, has also taken some bold steps towards the improvement of the Education sector in the state. For instance, the administration rehabilitated and upgraded several public schools infrastructure and facilities in order to enhance the teaching/learning environment in the schools. The administration has sponsored 1500 teachers in various in-house, professional and ‘Train the Trainers’ courses. Forty (40) French teachers were trained on how to teach WAEC French literature syllabus. Over five hundred (500) teachers were trained on how to use instructional materials for science and technology practical in the classroom at the Educational resources centre, and over 1000 teachers were trained on basic programming in computer and e-library (Lagos State Government, 2006).

Despite the aforementioned, there are still some concerns about the deplorable state of public schools in the state. Deji-Folutile (2004: 52), lends credence to this while lamenting that <<there has been a decline in enrolment in public schools in recent times.>> Also according to Ajayi (2004:50), <<the status report on education (2004), submitted to the joint consultative committee on education (JCCE) as at January, 2004 out of 2,539 primary schools in Lagos state, 1;597 were owned by  private proprietors, while the number of pupils in private primary schools in Lagos state was 730,175 as against 496,798 in public schools.>>  The general assumption is that private schools in Lagos state are better than public schools because some of them are perceived to be better managed, and have better paid or motivated staff, better and cleaner environments and educational facilities which aid teacher performance on their job. As a result of aforementioned, many parents in Lagos state will only send their children to public schools if they cannot afford the fees charged by private schools. This assumption, which may not necessarily be correct, requires a careful and comprehensive investigation. This study sets out to achieve this. Owens (2004) related organizational climate to such terms as <<atmosphere, tone or ethos>>, the foundational work in school climate is generally recognized as that of Halpin and Croft (1963) who roughly related their definition of climate and morale. Their research examined teacher disengagement from the teaching-learning process, the extent to which the principal burdens teachers with routine duties and demands, teachers’ perceptions of the satisfaction of their personal needs and positive accomplishment in their work, teachers’ enjoyment of friendly social relations with one another, principals’ aloofness and reliance on rules and polities rather than informal contacts with teachers, closeness to and supervision of teachers by the principal, teachers’ perceptions that the principal is working to move the organization in positive directions, and teacher perceptions that the principal treats them humanely. All of these factors combine to help define the climate of a school.

 

 

 

  1. 5. THEORETICAL FRAMEWORK

The social systems theory relevant to this study is mainly concerned with problems of relationships, of structures, and of interdependence, according to Ejiogu (1990) ‘system’ irregularities of relationships to a similar type of interdependency between such a complex and its surrounding environment. According to Katz and Kahn (2003) and Scott (2001:10), <<all systems are characterized by a combination of parts whose relations make them interdependent, even though they also suggest the bases for the differences among them. >> Systems may be closed or open. The type of system can be characterized on the basis of the definition of the boundaries. As observed by Kodjo Sonou (2009), <<whether a system is opened or closed depends on how much of the universe is included in the system.>>  A closed system is not related to its environment, just as it does not exchange matter with its environments. A closed system is entirely self-supporting, autonomous, enclosed and sealed off from the outside world. It can function without the consumption of external resources. On the other hand, an open system model views organizations as not only influenced by environments, but also dependent on them. The social systems theory is able to facilite interaction between organizational climate variables of available facilities, class size, school policies, leadership style, motivation and the dependence of teacher job performance on such context not excluding the role of the outer environment.

6. STATEMENT OF THE PROBLEM

The quality of schools in terms of learning facilities available, class size, their sense of commitment and motivation, as well as the management style of the leadership of the schools among others are generally considered to be major incentives for teachers to teach and impart quality knowledge, thereby facilitating the achievement of the set organizational goals and objectives of the school. Thus, both government and non-government owners of schools invest resources in the attempt to improve quality and standard of schools. Ibukun  (2001) however observed that in some public schools, infrastructure have depreciated remarkably, libraries are either non- existent or poorly equipped, teachers are poorly paid, and students are seen in public places during school hours, loitering or engaged in non-educational activities. Also according to Igbinedion (2004), lack of good infrastructure and other facilities alone does not account for the disenchantment with public schools. Others include reduced teaching and learning time, absenteeism and lack of accountability on the part of teachers. Many parents have therefore expressed serious concerns and opted for private schools for their children even if they could barely meet up with the financial implication. The basic assumption underlying this is that private schools, for which parents mostly pay high tuition fees to enroll their children, are better equipped, and assure adequate attention by the teachers to the learning and psychological needs of their children to grow as useful citizens of the country. Private schools are believed to offer better incentives to teachers, and it is also believed that strict rules of conduct enhance their performance. Against the foregoing backdrops, this study assesses the organizational climate of public and private schools in Lagos state as essential predictor of the essence and quality of teacher productivity. It investigates the extent to which internal school climate differs by school type (public or private). In doing this, the study assesses school characteristics and processes in order to establish the type of relationship existing between public and private schools class size, available facilities, school polities, leadership style, motivational strategies and teacher morale.

The study addresses the two issues of context and performance as complementary variables that must be inherently interactive to ensure a healthy educational system. This research therefore, in a methodical and scientific way, seeks to investigate the differences between public and private schools in terms of the quality of factors of school climate which include school characteristics, school processes and teacher job performance. There is need for a structure that will not only address the issue of context and teacher job performance in public and private schools in Lagos state but also offer solutions to problems inherent in the present system.

 

7. METHODOLOGY

7. 1. Research questions

The research questions are as follows:

–          Are facilities available for teacher job performance in public schools better than that of private secondary schools in Lagos state?

– Is the relationship between class size and teacher job performance in public schools better than that of private schools?

7. 2. Population

The target population for the research comprises students and teachers of junior secondary schools in the six education districts in Lagos state.

 

7. 3. Sample and Sampling Techniques

Multi-stage cluster sampling technique was employed in this study. The local education districts are statutorily divided into six clusters, Directorate of public schools in Lagos state, (2008). A sample of three clusters was randomly selected using simple random sampling technique. At the second stage, the three selected clusters were sub-divided into local government education authorities (LGEA) and a sample of one (LGEA) was selected were then stratified into two according to whether they are public or privately owned. The outcome of the first stage of the sampling procedure resulted in district 3,5 and 6 being selected. The local government areas (LGEA) in the three districts are shown below.

Table 1: Categorization of the selected districts according to local Government Education Authorities

 

District 3

District 5

District 6

Epe, Eti-osa, IbejuLekki, Lagos Island

Ajeromi/ Ifelodun, Amuwo-odofin, Badagry, ojo.

Ikeja, Mushin, Oshodi- Isolo.

Source: Adopted from central office of statistics, Lagos State Ministry of Economic Planning and Budget, 2001.

Random sample of the local government area each drawn from table 5 resulted in IjebuLekki, Ojo and Ikeja LGEA, being selected. In Ojo, a sample of 4 public schools and 3 approved private schools was drawn from the 42 public and 34 approved private schools in LGEA. Also in Ikeja, 3 public school and 3 approved private schools were randomly selected from the 30 public and 37 approved private schools in the area. In ibejulekki, out of a total  of the 36 public and 15 approved private schools, a random sample of 3 public and 2 approved private schools were selected, it should be noted that in all cases, 10% was used as sample size for each of the sub-population unit.

A total of 18 schools consisting of 8 privately owned and 10 public schools were selected in all. These consist of boys and girls schools (co- educational) which were also categorized according to large and small classes.

Going by the National policy on education (1981) recommendation which stipulates ratio of 35 students to a teacher, Iba Housing Estate Junior Secondary School has a student-teacher ratio of 1:51, while Oto-Awori Junior Grammar School has a student-teacher ratio of 1:46. These are examples of schools with large classes. Most sampled private schools however have smaller class sizes, examples are Rita college, Ikeja which has ratio 1:10 (ten students to one teacher) and Odofa secondary school, Ojo which has a ratio of 1:15 (fifteen students to a teacher).

 

Table 2: Selected L.G.E.A’s and number of public and approved private schools.

Total no. of sampled schools =18

S/N

Local government Area Administration (LGEA)

Public Schools

Approved private Schools

Sample selected public and approved private

Ojo

42

34

4         3

Ikeja

30

37

3          3

Ibeju-Lekki

36

15

3          2

Total

108

86

10        8

Source: Lagos State Ministry of Education, Directory of Secondary Schools of Lagos State, July 2008. Volume 1

7.4. Research Design

The correlational survey research design was adopted for the study. This methodology was used because the study is based on the description of the relationship between school organizational climate and teacher job performance. The purpose was to ascertain the extent of relationship between schools climate variables of available facilities, class size and teacher job performance.

7.5. Instrumentation

The major instrument is a questionnaire that was used to collect data. The following questionnaires were designed for the survey to elicit information relating to the objectives of the study.

7. 5. 1. The Principal and Teacher Questionnaires

Organizational climate description questionnaire (OCDQ) was developed to survey the application of some school climate variables in both private and public schools in Lagos state. The questionnaire was divided into two sections, namely section A and B.

Section A deals with bio data of respondents such as sex, age, school, years of experience and qualification of the teachers, principals and vice principals while section B was designed to elicit responses from teachers, vice-principals and principals on facilities, motivational strategies, leadership style, school policies, class size and teacher morale.

Both the teacher and principal questionnaires consist of thirty-six statements each adapted from Halpin and Croft (1963) eight dimensions of school organizational climate. The first version of Halpin and Croft OCDQ was used by Aina (2005) and the items discriminated accordingly.

The rating scale for teachers and principals using the researchers adaptation:

  • Strongly disagree;
  • Disagree;
  • Strongly Agree;
  • Validity of instruments.

According to Kerlinger (1966), <<content validity is the responsiveness or sampling adequacy of the substance, the matter and the topic of measuring the instrument>>. In order to ascertain the extent to which the instruments used for this study measure what it purports to measure.

The first draft of the OCDQ and the TJPAQ were personally given to five specialists for comments and suggestions. Two of the specialists, who are the researchers supervisors, are in the department of educational administration, university of Lagos, two specialists from Adeniran Ogunsanya College of Education, Otto-ijanikin, Lagos and one from Lagos State University, Ojo, Lagos. On the basis of their comments and suggestions, the instruments were modified. Thirty-six (36) items were used to cover the Halpin and Croft eight dimensions of school organization climate and the Halpin and Croft 36 item questionnaires which were adapted for the study.

 

7. 5.2. Administration of Instruments

– Organizational Climate Description Questionnaire (OCDQ)

The OCDQ used for this study was personally administered on 240 teachers including thirty-six (36) principals. The number of questionnaires returned was 238 (99.2% return rate). A total of 18 questionnaires were also returned by principals (100% return rate). Out of the 1804 students questionnaires issued, 1540 questionnaires were returned (85.4% return rate) by students in the selected core subject areas in the following order: English (462), Maths (462), Social studies (231) and integrated science (385).

–  The Teacher Job Performance Assessment Questionnaire (TJPAQ)

The  TJPAQ (for Students) was administered on the 1804 sampled students with a return number of 1540 from the eighteen (18) selected public and approved private schools in Lagos state. The administration of the instruments was done immediately after the last class preceding the break time. This enabled the students to be able to rate their teachers accordingly in the area of lesson presentation.

–  Data Analysis Procedure

Apart from descriptive statistics of demographic characteristics of the respondents, hypotheses were tested using X2 and Z statistics. A log-liner model was fitted to examine the existence of higher order interactions (more than two variables) among variables.

–       Presentation of Results

Research question 1

Research question 1 help to verify if facilities are available for Teacher job performance in public schools better than that of private secondary schools in Lagos State? Tables 3 and 4  are used to answer this question.

Table 3: Availabilities of Facilities and Teacher Job Performance

 

Variable

Response  School Type

Strongly Disagree

Disagree

Agree

Strongly Agree

Total

Unavailability of needed facilities hinders my ability to work

Public

 

 

 

Private

22

 

 

 

23

43

 

 

 

13

 

48

 

 

 

16

53 (31.9%)

 

 

20 (27.8%)

166 (100%)

 

 

72 (100%)

The analysis of table 3 shows the response of Teachers to the suggestion that unavailability of needed facilities hinder their ability to work. About 60.8% of the teacher in the public schools was of the opinion that unavailability of facilities hinders their ability to do their work. This is in contrast to 50 in private schools.

The study proceeded to find out if the teacher’s response is significantly associated with type of school. Using the X2 test, it was discovered that teacher’s response to unavailability of facilities in their school is significantly associated with whether such teacher works in a public or private school (X2=10.680, and X2 critical = 7.81, α=0.1).

 

 

Hypothesis 1:

Relationship between availability of facilities and teacher job performance in public schools is not significantly better than that of private secondary schools in Lagos state.

The result of the Z test shows that Z calculated = 1.411, Z critical at 1.282 at α= 0.1

Therefore the hypothesis that relationship between availability of facilities and teacher job performance in public schools is not significantly better than that of private secondary schools in Lagos state is rejected, which implies that teachers in private schools feel that availability of facilities enhance performance on their job than the public school teachers.

Table 4: Availability of facilities as observed principals

Variable

Response School Type

Strongly Disagree

Disagree

Agree

Strongly Agree

Total

Unavailability of needed facilities hinders my teachers’ ability to work

Public

 

 

Private

 

 

5

(62.5%)

 

 

3

(37.5%)

 

 

10

(100%)

 

 

10

(100%)

 

8

(100%)

Table 4 indicates that 100% of public school principals as against 0% of private school principals consented that facilities were most of the time not available for use while a percentage of 62.5 of principals of private schools and 0% of public school principals opined that it rarely occurred for unavailability of facilities to hinder their teachers’ ability to work. This indicates that facilities are more available in private than public school due to the fact that most private school owners will want to give the best to their students to justify a value for the special fees paid and to meet up with competition from other private schools around.

Research question 2

Research question 2 is used to verify if the relationship between classroom size and Teacher job performance in public schools better than that of private schools?

 

Table 5: Classroom Size as Reported by Teachers

 

 

 

Variable

Response School Type

Strongly Disagree

Disagree

Agree

Strongly Agree

Total

Class size in my school is relatively large (above ratio 1:35)

Public

42

(25.3%)

36

(21.7%)

52

(31.3%)

36

(21.7%)

166

(100%)

Private

24

(33.3%)

14

(19.4%)

21

(29.2%)

13

(18.1%)

72

(100%)

Class size in my school is relatively small (between ratio 1:35)

Public

56

(33.7%)

40

(24.1%)

41

(24.7%)

29

(17.5%)

166

(100%)

Private

16

(22.2%)

16

(22.2%)

15

(20.9%)

25

(34.7%)

72

(100%)

The relatively large number of students I need to contend with hinders the performance of my duties

Public

24

(14.5%)

49

(29.5%)

29

(17.4%)

64

(38.6%)

166

(100%)

Private

24

(33.3%)

14

(19.4%)

21

(29.2%)

13

(18.1%)

72

(100%)

 

The relatively small class size in my school makes teaching purposes and objectives easily achievable

Public

40

(24.1%)

56

(33.7%)

41

(24.7%)

29

(17.5%)

1666

(100%)

Private

11

(15.3%)

16

(22.2%)

21

(29.2%)

24

(33.3%)

72

(100%)

I believe I could achieve teaching purposes and objectives whether or not class size is large

Public

56

(36.7%)

41

(24.7%)

40

(24.1%)

29

(17.5%)

166

(100%)

Private

25

(34.7%)

16

(22.2%)

16

(22.2%)

15

(20.9%)

72

(100%)

Table 5 shows that about 53% of teachers in public schools feel that class size in their school is relatively larger than normal (Above ratio 1.35) whereas, this is 47% amongst teachers in private schools.

8. INTERPRETATIONS

8.1. Unavailability of Facilities and teacher job performance in public Schools in Lagos State

The result of the analysis of hypothesis 1 showed that there is a significant relationship between availability of facilities and teacher job performance. The findings of the research revealed that the majority of public schools do not have the required facilities for teacher job performance. This is evident with the fact that 37.9% of teachers and 100% of principals respondents in public schools opined that it very frequently occurred for facilities not to be available for them to use. On the contrary, the same high percentage of 31.9 of private school teachers and 66.7 of principals indicated that it was rare for them to lack the facilities to use in the discharge of their duties. Facilities are therefore more available in private than public schools.

The situation in most Lagos state public schools is contrary to the recommendation of the Lagos state ministry of education (1989) which states as follows:

“Facilities are needed for the smooth running of a school. These facilities are expected to be available in the right number, functional and put to the right use”.

 

8.2. Large class size of schools in Lagos state

The result of analysis of hypothesis 2 showed that large class size has no significant effect on school type in relation to class size and teacher job performance that is class size has equal impact on teacher job performance, irrespective of whether such teacher works in a private or public school environment.

For both public and private schools, 100% of principals opined that smaller classes allow more time for instruction and require less time for learning. Higher percentages of teachers and principals of  both public and approved private schools opined that it is rare to achieve teaching purpose and objectives when class size is large. The evidence of large class size of most public schools is in contrary with the National Policy of Education (1981) recommendation of ratio 1:35 (1 Teacher to 35 Students).

 

CONCLUSION

The study revealed that availability and adequacy of facilities in schools enhance the performance of Teachers. It showed the necessity of providing enough facilities and ensuring the good condition of those facilities in order to aid teacher productivity.

The result of this study indicated that facilities are more available and adequate in private than public secondary schools in Lagos state. This study also showed that the absence of these facilities endanger teachers’ productivity. The adequate provision of classrooms in schools is highly necessary. In a situation where a standard classroom with appropriate number of students is provided for a teacher, the teacher is able to give his/her best.

The study showed that most private schools have enough and adequate classrooms with appropriate number of students while most public schools lack the provision of adequate classrooms. Most private schools in Lagos state consider the provision of these facilities a top priority in order to be able to give the best to their students and ensure that parents get value for their money. As the study showed virtually all private school owners are more concerned about the results of their students when they sit for external examinations such as, SSCE, WASSCE, NECO etc. therefore, private schools are charged with the task of providing adequate facilities to enable teacher performance while most public schools lack the adequacy of such facilities. Facility such as school farm, special workshops and special rooms which improves students’ latent skills are considered highly necessary for use in private than public schools. Also, facilities such as school library, stores and offices, regular water supply, toilet facilities, fire control equipments, fence with gates and sick bay are considered more necessary in private than public schools. The result of this finding implies that teachers are highly productive when they are provided with the necessary facilities. It also implies that there is tendency that students learn at a very fast rate when schools are fully equipped with necessary and adequate facilities. Arising from this study, are some practical implication of class size for teacher job performance.

Most public schools failed to follow the recommendation of N.P.E (1981) which allocates thirty-five students to a teacher. This has definitely affected the level of productivity of public school teachers. As shown in the study, schools like community junior secondary school, Ojo and oto-Awori grammar school are examples of public schools where we find teacher-student ratio of 1.44 and 1.61 respectively compared to private schools like Royal Bell Comprehensive High school, Ojo and Beautiful Gate College (junior) of teacher-student ratio of 1.17 and 1.10 respectively. Teacher efficiency is encouraged when class size is on the low side.

The implication of classroom size to performance of teachers as realized in this study is that most private schools are relatively small in terms of class size therefore, enabling a stress-free atmosphere and ensuring a highly productive effort. On the other hand, most public schools are large in classroom size and this affects the performance of their teachers.

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THE NEW DEVELOPMENT PARADIGM AND THE NIGERIAN PUBLIC ADMINISTRATIVE SYSTEM; CHALLENGES AND PROSPECT.

Mr. Oladele Sunday OLANIYI

Department of Political Science

and International Relations,

Crawford University, Igbesa,

Ogun State, Nigeria.

 

ABSTRACT

The Nigerian public administration has evolved over the years with its inherited structures from the British before and after independence playing the pivotal role of managing the economic growth of the Country. With the attendant contradictions in the continued relevance of state owned enterprises and their shortcomings, it became necessary to consider new thinking on how the system could be properly managed for maximum development. The focus of the paper is the examination of the impact of the new development paradigm on the public administration system in Nigeria.

The paper reveals the various challenges that emanated from the implementation of the strategies of privatization and commercialization as the new developmental paradigm. It emphasizes its strengths and weaknesses and reiterating that the aims for the adoption of the privatization strategy has remained largely unfulfilled.The paper therefore advocates for the strengthening of the various agencies involved in the implementation of the policy and better commitment from the civil society who are the direct beneficiary of the policy.

Keywords: Development, privatization beneficiary, implementation.

RESUME

L’Administration publique nigériane a connu une évolution durant des années avec des structures britanniques héritées après l’indépendance qui ont permis une forte croissance économique du pays. Avec les préposées contradictions des possédées initiatives et leurs défauts dans les entreprises d’un état. Il est devenu nécessaire à penser  sur comment le système peut être correctement  surveillé pour une valorisation maximale. L’objectif  du papier est d’examiner l’impact du paradigme du nouveau développement sur le système public administratif  au Nigeria. Le papier révèle  divers défis qui ont émané  l’implémentation des programmes de privatisation et de commercialisation comme le prototype du nouveau développement. Il souligne ses puissances et impuissances et de réitérer que les intentions pour l’adoption du programme de privatisation qui est restée pour la plupart irréalisable. Le papier fortifie des délégations diverses pour l’exécution de la politique et meilleure allégeance de la société civile qui sont les bénéficiaires directes de la police d’Assurance.

Key words : Développement, privatisation bénéficiaire, exécution

INTRODUCTION

The Nigerian Public Administration evolved from the colonial service which was established by the British authorities as the administrative machinery for governing Nigeria. The amalgamation of the then Northern and Southern protectorates as Nigeria in 1914, under Lord Fredrick Lugard, led to the establishment, for the first time, of what seemed like a unified service. The upper echelon of the colonial service was dominated by Europeans on who had concentrated executive, judicial and legislative powers. Traditional rulers were also co-opted into the colonial power structure. With the creation of three Regions, North, East and West in 1954, were three Regional Civil Services. A Public Service Commission was also established at the centre and in each of the three regions within the same period. The Federal and Regional Services thereafter nurtured a Career Civil Service within their respective domains.

At Independence, the role of the Civil Service shifted from the colonial mould of maintaining law and order to that of facilitating the realization of the nation’s development aspirations. Consequently, the Civil Service became more visible and active both in the formulation and execution of development policies and programmes. With increased oil revenues in the 1970s, and the successful prosecution of the Nigerian Civil War (1967 – 1970), greater commitment to the expansion of the economy and the creation of States to replace the Regions, (12 in 1967, 36 plus FCT since 1996 to date), the Federal Civil Service and its State counterparts witnessed unprecedented growth to match the increased responsibilities of the Federal and State Civil Services. Military incursion into governance and their inexperience in governance especially between 1966 and 1975 allowed Permanent Secretaries to become more visible and powerful. Such visibility, however, created resentment for the Service by subsequent Administrations and the Service suffered for it.

The Nigerian Public Administration has witnessed diverse reforms from its inception, all in the name of securing efficiency among administration. Administrative reforms have always been instituted by successive governments, to improve the overall efficiency and effectiveness of the Civil Service. From 1945 to date, there have been 11 of such reviews with varying focus and complexity of coverage, in terms of their attempts to install more appropriate structures and conditions of service and the need to improve the efficiency of service delivery. However, the commencement of the fourth republic ushered in a New Development Paradigm, so as to implement factors that will improve the Public Service. The most prominent strategy of the new paradigm was privatization and commercialization. . Thus, the objective of this paper is to examine the New Development Paradigm and its contribution to Public Administration in Nigeria.

  1. 1. THEORETICAL AND CONCEPTUAL CLARIFICATION DEVELOPMENT

Development means different things to different people. This may be the reason for Idode (1989) to describe development a problematic concept. According to him, development has been used in many different ways including political, economic and social. In other words, development is a construct of many applications.

 

In a view expressed by Okobiah (1984), development involves a process of economic, political and social change in a progressive direction towards a better social wellbeing for the member of the society. According to Nwana (1998) development involves harnessing of the resources for the realization of their major objectives, solving their major problems. This means that, development from the foregoing consists of activities required in improving the attitudes and potentials of people. Probably, this justifies the view of Boateng (1990), which describes development as the process aimed at improving the living conditions and circumstances of human beings both directly and indirectly. Considering the various views, national development encompasses social, economic, cultural and political development. In other words, the components of national development include social development, economic development, political development and cultural development.

Social development refers to positive social change. According to Adeniyi (1995) social change is the process through which the patterned network rules and institutions are modified in the course of time. In other words it refers to the process of transformation of the ways of life and structures of society over-time. The transformation or modification should lead to new behaviour which reflects improvement on the old attitude.

The term economic development refers to the improvement in the general standard of living of the people of the society. Falodun, Omogiator and Ezeaku 1997; observed that economic development is the attainment of ideals of modernization such as the rise in productivity, social and economic equity, improved institution and values. This means that economics development is concerned with the improvement in the quality of life of the people.

Political development refers to the process of evolving an acceptable political behaviour that would facilitate the achievement of the national objective such as a free and democratic society. It is also the attainment of a just and egalitarian society. In other words, there is the development of civilized and refined political culture that corresponds with the objective of the country. Culture refers to the total way of life of the people. Cultural development involves a process of improving the culture of the society. Since culture is dynamic, it is expected that the culture of the society should reflect the socioeconomic requirement of the people from time to time. Adeniyi (1995) noted that improvement in culture involves making the culture relevant and in line with the prevailing and future needs, interests, values, and aspiration of the society. This can be noted in the religion and political. Development has been conceived generally as a value word used to describe the process of economic, social and political transformation, concepts about how to realise development have seen as progressive shift over the past five decades.

It has therefore been observed that so many debate and perhaps controversial interpretations have evolved in the process of providing acceptable definitions of the term. Development explains the act of developing or process of being developed; it connotes “an increase, propagation, expansion, improvement or change for the better”. This places emphases on the discontinuous and spontaneous change in stationary state, which for ever alters and displaces equilibrium state previously existing. Because of the emphasis on change, development has often been perceived synonymous with growth, economic growth “with emphasis on increases in labour productivity and in total output, with technological progress and industrialization”. Emphasis here is not only placed on economic growth through increase in labour productivity or capital accumulation but also on the condition in which “people in a country have adequate food and job and the income inequality among them is greatly reduced”. In other words, emphasis is placed “on the service of the well-being of people by concentrating on indices of standards of living such as poverty, income distribution, life expectancy, infant mortality, nutrition, literacy, education and access to social services and amenities”. In the final analysis development is defined as a process of economic and social advancement which enables people to realise their potential, build self-confidence and lead lives of dignity and fulfilment, it is a process aimed at freeing people from the evils of want, ignorance, social injustice and economic exploitation.

Seers (1977) went further to identify certain requirements that are pertinent in the process of understanding what development is all about. These, he presents to include adequate educational level (literary) participation in government and belonging to a nation that is truly independent both economically and politically in that the views of the other government do not largely predetermine one’s own government decision. Whatever way we may have looked at development, it is necessary to state that development whether in terms of the economy, polities or social, implies both improve and increase output and changes in the technical and institutional arrangement by which it is produced. Development is essentially used in an exclusive economic sense; this is basically because economy is in itself an index of other social features. Hence development is used as a synonymy for economic development. To this end, therefore all societies have experienced development at some points but the level of development differ from continent to continent and within each continent different pads/units increase their command over nature at different rates.

 

  1. 2. CONCEPTUALIZING PUBLIC ADMINISTRATION

There is no sharp point in history where the story of public administration begins (Stillman, 1976). In the United States, there were two general textbooks on the subject matter of public administration which were regarded as the first attempt at presenting the discipline. These books were written by two scholars, White and Willoughby and published in 1926 and 1927, respectively (Stillman, Ibid). Although the publication of these books marked the birth of public administration as a discipline, it should at the same time be noted that there had been several decades of preparation for the birth of the discipline ever before they were published. For example, the works and efforts of some United States political leaders such as Thomas Jefferson and Alexander Hamilton cannot be underestimated in the attention which these leaders gave to the problems of public administration in a futuristic manner. Despite these efforts and their relevant to the growth and maturation of public administration, one cannot also down-play or ignore a remarkable essay by Wilson (1887) which serves as the symbolic beginning of the discipline in such a perceptive, persuasive and influential way. In any political setting, the making of policy decisions compared to its implementation is very easy. This is so because any policy decision made without proper implementation is not worth its conjuration. This Wilson corroborate in his argument that it is getting to be harder to run a constitution than to frame one (Waldo, 1953). In the same vein, he noted that the study of Public administration has been characterized by normative approach (political philosophy, law-making and constitutional arrangements) up till the 19th century. According to him, as socioeconomic life becomes more specialised and complex and, as well as there continues to be an increase in government functions and responsibilities, there is a need for the diversification of efforts towards a more empirical analysis of events. He equally opined that there should be a science of administration which shall seek to straighten the paths of government, to make its business less un-business like, to strengthen and purify its organisation, and to crown its duties with dutifulness. These initial practical and theoretical efforts coupled with that of those who might be called the founding fathers of public administration and, who were initially trained as political scientists, led to the genesis of public administration as a field of inquiry under the umbrella of political science (Stillman op cit).

However, the discipline acquired certain distinctive characteristics by the mid-1920s. The public administration of the 1920s had certain “core-orienting beliefs”. Centrally, its leaders thought of their enterprise as an attempt to achieve the republican-democratic ends of freedom and equality by making government simultaneously strong and efficient, responsible and responsive (Stillman, Ibid). Hence, the need at that time for some expertise that can efficiently carry out the functions of administration (Agagu, op cit), without any political coloration or bias. This gave birth to the ideological persuasion called the orthodoxy of public administration ,the period of existence of which was characterized by the strands of politics-administration dichotomy. It should be noted however that regard must be given to the work of Goodnow’s (1900) politics and administration vis-à-vis the genesis of the politics-administration dichotomy. In this work, Goodnow emphasized the “will of the state” and, he identified politics with expression and administration with the execution of this will. Goodnow’s initial effort was complemented by Leonard, D. White’s work; Introduction to the study of Public Administration (1926) and Willoughby’s principles of public administration (1927). Although, these work differ significantly with regard to the constitutional authority to control public administration. While White regarded the president as the Chief administrator by constitutional right, Willoughby regarded the congress (stillman op cit). But this notwithstanding, their core belief was that government could be divided into functions or process, decision and execution (Akindele, 1994). The foregoing discussions point to the fact that the issue of politics-administration dichotomy constitutes one of the developments that could be identified with the growth of the field of public administration since it originated. And, there is no gainsaying the fact that the issue of politics administration dichotomy has attracted a lot of attentions over the years as far as the theory and practice of public administration are concerned (Akindele, 1994). In fact, its resultant debate has practically affected and continues to affect the physiology of the administrative machineries in most polities of the world. The roots of this debate are according to Santos (1969) traceable to the 1887 classical work of Wooodrow Wilson earlier cited herein. In this pioneering work, Wilson saw no symmetry between politics and administration (Stillman, 1976: 269). This belief existed at a period when the scholars in public administration took for granted the responsibility of administrative agencies to popular control (Akindele, 1994, op. cit). And, this period, argued Sayre (1966: 1-2) represents the orthodoxy of public administration which reached its zenith in the 1930s before its challenge by the post-world war II dissenting intellectual development tagged heterodoxy of public administration (Akindele, 1994 Ibid.) This challenge which is later discussed gave birth to the notion of “public administration as politics” (ibid). It rejected politics-administration dichotomy as a progeny of misleading and meaningless generalisation about politics and administration brought about by the events of the 1930s (e.g. the depression, new deal, the rise of big government and the 1950’s new intellectual development etc.).

More interestingly, it was argued by Harold Stein (1970) that, factors like the separation of power, and political neutrality of the civil service contributed in no small measure to the fertilization of the dichotomy. This dichotomy and its notion of political neutrality argued Akindele (1994 op cit) had been embraced wholesale by many developing nations Nigeria inclusive. In most of these nations, the idea of political neutrality of the public bureaucrats has been incorporated as an accompanying condition of the merit principles, political impartiality in the decision of Civil Servants and a mechanism for avoiding bureaucratic pathologies, conflict of interest and abuse of powers by the public officers. For example in Nigeria, civil servants are prohibited from partisan politics. Apart from the fact that this is constitutionally stipulated, it has become a practice in Nigeria since 1979 Muritala/Obasanjo’s transition programme that civil servants and public officers must resign their appointments before going into partisan politics. The attractiveness of this development notwithstanding, it has, as earlier stated, been fatally challenged by the new thinking which treats public administration as politics. This new thinking argued, Akindele (1994 op cit) places emphases on the political character of public administration thus, propelling through the introduction of new methodological approach, the field of public administration in a new direction of scholarship and intellectual inquiry. The philosophy of public administration as politics which represents a paradigm change in public administration recognises the ubiquity of politics within the physiology of the governmental processes. And it took off as a completely different orientational belief from the pre-world war II basis of public administration. Various factors have been identified as the precursor of the paradigm change. These include among others, the conceptualised non-separability of politics and administration, impracticability of the conservative undertone of the classical separation of power theory and the rigorousness of the policy process.

  1. 3. AN APPRAISAL OF  THE NEW DEVELOPMENT PARADIGM

This new paradigm at inception had a telling effect on the fraternity of public administration scholarship and, it has been so since then, particularly in the areas of research and teachings of public administration. In fact, a great number of scholars in public administration had since then been influenced by the paradigm change. Some of these scholars as identified by Akindele (1994 ibid) included: Paul Appleby, Harold Stein, Herbert A. Simon, Donald W. Smithburg, Victor A. Thompson, Charles Jacob, Santos, Robert Presthus, John Merriman Gaus, Nicholas Henry, Dwight Waldo, Fred Riggs, Fritz Morstein, Marx and a host of others. However, apart from the above scholarly identified criticisms on politics-administration dichotomy, various other evidences had shown that the division is just a mere artificial boundary. Not only this, the increasing use of systems theory and functional analysis tends to emphasise the inter connectedness of politics and administration rather than their division. The systems approach emphasizes the interrelatedness of all parts of the political system of which administration cannot be isolated (Agagu, op cit), Akindele (1995), Akindele et al. (2000). Thus, according to Watson and Montjoy (1991) the dichotomy between politics and administration as a strict institutional separation cannot be realistically sustained. And, this is the situation in most of today’s political systems.

In Nigeria, privatization came as an integral part of adjustment credits and the policy was aimed at enhancing the efficiency of resource allocation of government. In the words of Mahamoud (2005), the core objectives of the privatization policy are to reduce fiscal deficits, building a broader tax base, attracting more investment and growing of the private sector. He went further that public enterprises sector had played an increasingly dominant role in the Nigerian economy accounting for over 50% of the GDP and over 60% of modern sector employment. He asserted further that, as at 1986, the estimated number of state owned enterprises (SOEs) in Nigeria was 1,500 out of which 600 were owned by the Federal government and the rest were managed by the states and local governments. According to the author, Nigeria adopted the policy of privatization in 1986 and Technical Committee on Privatisation and Commercialization was established in 1988. The committee, he said was able to privatize about 34 firms cutting across several sectors through public floatation. The enterprises that have been wholly privatized were mainly in manufacturing and insurance subsectors. The privatization of utilities such as power and telecommunication seems to have made little progress in Nigeria. The second phase of the privatization programme started on the 20th July, 1998 when the National Council on Privatisation was established with Bureau of Public Enterprises as its secretariat in Abuja. It was on record that the first phase of the privatization policy implementation made the following achievement between 1988 and 1993:

  • The creation of 800,000 new shareholders;
  • Over N3.3 billion of privatization proceeds realized;
  • 1,486,772,063 billion shares were sold;
  • 280 board seats ceded by the Federal government;
  • Treasury funded SOEs reduced, and
  • The Nigerian capital market broadened and deepened (Mahmoud 2003).

Discussing the background of SOEs and circumstances that called for privatization of the SOEs, Mahmoud (2005) remarked that the Federal Government of Nigeria had invested more than US$100billion in SOEs between 1975 and 1995. He exposed further that:

  • These enterprises drain a lot of resources from the Federal Government leading to a recent huge transfer of US$3 billion, 0.8 billion, 1.4 billion and 44 billion in 1998, 1999, 2000 and 2001, respectively;
  • About 5,500 board appointments exist in these nonperforming firms;
  • Over 50% of all non-performing public sector debts in Nigeria were generated by these SOEs. For example, NICON Hilton – US$300 and Sheraton Hotel – US$250 million;
  • SOEs in Nigeria returned only about 0.5% in profit. Without NICON Hilton and Central Bank of Nigeria (CBN), they would have provided negative returns, and
  • They control over N1 trillion more than an average federal government budget.

The foregoing lends credence to Omoleke (2007) when he asserted that N265.00 billion were spent on public enterprises in Nigeria without adequate return to investment while Obadan (2000) said: Public enterprises in many developing countries, as in Nigeria, have been attacked for being economically inefficient and wasteful of resources. They make significant demands on government resources, as well as on domestic and foreign credit. Yet these demands have been associated with low profitability and inefficiency.

Finally, Nassar and Akinola (1999) also affirmed that poor performance of Nigerian public enterprises in the 1980s called for policy of privatization and commercialization by the promulgation of Decree No. 25 of 1988 establishing the privatization policy while the Technical Committee on Privatisation and Commercialisation was organizing and monitoring the deinvestive programme. As at March 1993 a total of 55 public enterprises had been privatized by the T.C.P.C. The two scholars went further that, with the sale of government equities, investment in seven banks and private company, all involving 866.5 million ordinary shares with a market capitalization of N1,064.4 million, the proceeds, from the 55 enterprises offered for sale as at the end of 1992 were N3.3 billion. This, when compared with the original investment of N652.0 million in these enterprises since the inception of the programme showed roughly 500% capital gains. However, this is inconclusive as the depreciated value of the domestic currency arising from the adoption of floating exchange rate system has not been taken into consideration. Ostensibly, a major gain/development from the privatization exercise is the drastic reduction of reliance of public enterprises on the government for finance, thereby government realizing funds for development of other sectors of the economy. However, the question is: How has this gain from privatization policy been evenly utilized for the benefits of the grassroots remains a different issue entirely in Nigeria? Apart from reducing the scope of political patronage in form of Board and Commissions appointment, the policy has, in addition, helped in stimulating the growth and expansion of the Nigerian capital market from N8 million in 1988 to over N30 billion in September 1992 (United Bank for Africa Monthly Business and Economic Digest February to August, 1993). Conversely, in spite of the seemingly positive developments aforementioned, the policy is still facing a lot of problems.

First, while the profit level of the privatized companies has increased the same thing cannot be said of the quality of their services. The services produced by most of these companies fall far below expectation. This obviously portends falling standard of living as customers now pay higher prices for inferior or low quality services. In the same manner, this tends to cast doubt on the expectation that privatization will, in the long run, lead to reduction in government deficit. This is because; it is only when an enterprise is run efficiently and profitably in the private or even public sector that the budget benefit from privatization policy will be on a permanent basis. The low-income earners have not been involved in the privatization policy as they are not financially empowered to either buy share or enjoy the quality of product from the privatized companies as prices of their products are beyond the reach of the poor.

Furthermore, the harsh economic conditions coupled with the low per capita income of a greater percentage of Nigerians have eroded the economic power of the grassroots. This condition, if not checked may accentuate the existing inequality gapssss in the Nigerian Society. The implementation of the privatization policy has led to retrenchment in some privatized organizations. Some of the retrenchment cases are due to economic exigencies. With privatization, the functional and operational restructuring within the enterprises has to be made in order to realize the economic goal of the policy. This restructuring rendered some positions redundant adding to the unemployment problem in Nigeria. Hitherto most of these public enterprises were overstaffed due to heavy politicization before the privatization exercise, due to influence of the Nigerian political elite. Thus, if the facts are considered in relation to needs for these enterprises to be efficient, then the issue of retrenchment arising from the implementation of privatization policy might not be very important but it becomes important when social welfare consideration comes in. This, therefore, raises the issue of trade-off between economy and social/welfare consideration in the implementation of privatization policy. Perhaps the two necessities must be properly balanced to achieve maximum benefits from the policy and to avoid offensive relationship of the privatization policy and constitutional provisions of 1999 Constitution (Section 16 –Subsection 1 (a – d)) as earlier stated. The privatization policy also faced the problem of workers’ resistance through their union on the presumption that the implementation of the policy will lead to retrenchment of workers and pauperization of the working class and enhancement of the ‘political and economic hegemony of the political and economic elite who have the economic power to buy all the companies. In addition, several other interest groups such as labour and student unions and some intellectuals are also apprehensive of the policy. Their apprehension is founded on the arguments that the programme/policy will lead to high inequalities of resources as the shares will be hijacked by the few rich ones, reduction in the living standard through inflation and misappropriation of the proceeds from the privatization policy implementation. To some extent, some of the apprehensions have been justified in the Nigerian case. Most of the enterprises were bought by the economic elite e.g. Benue Cement factory was bought by Dangote Company. What should be done to allay the fears of these people is for the Federal and State governments to encourage institutional owners (public investors) in which local communities, villages, cities, foundations are allowed to establish and run companies. The case of community bank is relevant here. To get around these problems and others relating to privatization policy implementation, there is need for public enlightenment and governments should ensure high transparency and accountability in the sale of public enterprises. Finally, government may try to contract out part of the production and distribution operations of public enterprises like Power Holding Company of Nigeria Plc. (PHCN). A few advantages are realizable from this approach. For example, more people are likely to be found to take over the provision of the components services required by the enterprises rather than outright sale of the enterprises to few rich hands. In like manner, government can go into unit ventures with the private entrepreneurs and employers. Yet, government will still have decisive influence on the ventures.

  1. 4. CHALLENGES THAT EMANATED FROM THE IMPLEMENTATION OF THE NEW DEVELOPMENT PARADIGM

As it has been pointed out earlier, the establishment of the publicly owned enterprises was at a time considered as a sound economic policy for socio economic development, hence governments of Nigeria invested in statutory corporations and state owned companies. It was also argued that state owned companies were better options for stimulating and accelerating national economic development than the private capital. The result was a proliferation of state owned enterprises covering a broad spectrum of economic activities from steel plants, petro-chemical, health boards, commissions, banks and hotels to mass transit and abattoirs. However, the performance of these enterprises was impressive in the early 70s and 80s until the beginning of 90s when their performance started to decline and failed to meet the aspirations of socio-economic development targeted (Musa, 2005; Omoleke and Adesepo, 2005).

Consequently, some of them collapsed in Nigeria. Examples of such enterprises are National Bank, Allied bank, Castel Breweries, (NNSC) Nigerian National Supply and African Continental Bank just to maintain a few (Omoleke, 2008). This assertion of declining performance and failure to meet their set objectives for which they were established lends credence to former President of Nigeria’s remarks on the occasion of the inauguration of the National Council on privatization on Tuesday July, 20 1999. President Obasanjo said:

It is estimated that successful Nigerian Government have invested up to 800 billion Naira on public owned enterprises. Annual returns on this huge investment have been well below ten percent. These inefficiencies and in many cases, huge losses are charged against the public treasury. With declining revenues and exclaiming demands for effective and affordable social services, the general public has stepped up its yearnings for the state owned enterprises to be more efficient.

The president went further to assert that state owned enterprises suffer from fundamental problems of defective capital structure, excessive bureaucratic control or/and intervention, inappropriate technology, gross incompetence, mismanagement, blatant corruption and crippling complacency which monopoly engender. Invariably, these shortcomings, take a heavy toll on the national economy, he concluded. Ostensibly, there are over-whelming facts and figures in support of the absolute necessity to realign Nigeria with the global trends. There are over 1000 state owned enterprises in Nigeria. Many of these enterprises gulped billions of Naira as asserted by President Obasanjo without yielding more positive results in terms of customer’s satisfaction. This situation, perhaps led to clarion calls to privatize them in order to guarantee a better performance. The privatization policy seems to have liberalized the participation of alien or foreign company to carry on business in Nigeria. This looks like a policy reversal of indigenization policy of the 1970s, where foreign companies were sent packing while indigenous companies were being encouraged. The Nigerian legal frame work now allows an alien or a foreign company to join Nigerians in forming a company in Nigeria subject to the provisions of any law regulating the right and capacity of alien to engage in trade or enterprise in Nigeria. This is a pointer to foreign direct investment, meaning that an alien can come directly to invest in Nigeria under the law. This is a by-product of the privatization policy. The deterministic factor of this research is analysis of the inherent challenges of privatization policy.

 

  1. 5. PRIVATIZATION AS A NEW DEVELOPMENT PARADIGM IN NIGERIA

Many counties of the world have embarked on privatization programmes at different times. Chile introduced privatization programme in 1974. The United Kingdom implemented a rigorous privatization programme during the regime of Margaret Thatcher in the 1980s. As Iheme has argued, the British decision to embark on privatization programme was largely informed by the need to cut back on public spending rather than the need to promote efficiency and competition. The 1990s witnessed the implementation of privatization programmes in many countries of the former eastern bloc like Russia, Romania, Czechoslovakia etc. It has been documented that more than 8,500 State owned enterprises in over 80 countries have been privatized in the past 12 years. Privatization in Nigeria was formally introduced by the privatization and commercialization Decree of 1988 as part of the Structural Adjustment Programme (SAP) of the Ibrahim Gbadamosi Babangida administration (1985-93). As McGrew argued, SAP is a neoliberal development strategy devised by international financial institutions to incorporate national economics into the global market: The vision of a “global market civilization” has been reinforced by the policies of the major institutions of global economic government namely up to the mid-1990s. Underlying them structural adjustment programmes has been a new-liberal development strategy – referred to as the washington consensus which prioritizes the opening up of national economics to global market forces and the requirement for limited government intervention in the management of the economy.

 

One of the main objectives of SAP was therefore to pursue deregulation and privatization leading to removal of subsidies, reduction in wage bills and the retrenchment of the public sector ostensible to trim the state down to size. The Privatization and Commercialisation Decree of 1988 set up the Technical Committee on Privatization and Commercialisation (TCPC) under the chairmanship of Dr. Hamza Zayyad, his mandate, to privatize 111 public enterprises and commercialize 34 others. In 1993, the TCPC concluded its assignment and submitted a final report having privatized 88 out of the 111 enterprises listed in the decree. Based on the recommendation of the TCPC, the Federal Military Government promulgated the Bureau for Public Enterprises Act of 1993 which repealed the 1998 Act and set up the Bureau for Public Enterprises (BPE) to implement the privatization programme in Nigeria. In 1999, the Federal Government enacted the Public Enterprise (Privatization and Commercialization) Act, which created the National Council on Privatization under the chairmanship of the vice President. The functions of the council included:

• Making policies on privatization and commercialization.

• Determining the modalities for privatization and advising the government accordingly.

• Determining the timing of privatization for particular enterprises

• Approving the prices for shares and the appointment of privatization advisers.

• Ensuring that commercialized public enterprises are managed in accordance with sound commercial principles and prudent financial practices.

• Interfacing with public enterprises, together with the supervising ministries, in order to ensure effective monitoring and safeguard of the managerial autonomy of the public enterprises.

The Act also established the Bureau of Public Enterprises (BPE) as the secretariat of the National Council on Privatization. The functions of the bureau include:

  • Implementing the council’s policy on privatization and commercialization
  • Preparing public enterprises approved by the council for privatization and commercialization.
  • Advising the council on further public enterprises that may be privatized or commercialized
  • Advising the council on capital restructuring needs of the public enterprises to be privatized.
  • Ensuring the update of accounts of all commercialized enterprises for financial discipline.
  • Making recommendations to the council in the appointment of consultants, advisers, investment bankers, issuing houses, stockbrokers, solicitors, trustees, accountants and other professionals required for the purpose of either privatization or commercialization.
  • Ensuring the success of the privatization and commercialization exercise through effective post transactional performance monitoring and evaluation.
  • Providing secretarial support to the council.

 

  1. 6. CRITICAL ISSUES THAT EMANATED FROM THE NEW DEVELOPMENT PARADIGM

Civil society in Nigeria is not homogenous. It is made up of different kinds of people who became civil society activists for different reasons. There are at least five categories of people in the civil society movement in Nigeria:

First, there are those who are interested in transforming society and they see civil society activism as an avenue to accomplish this.

Secondly, there are those who build their careers as civil society workers. They therefore see civil society activism as a career or profession just like any other career or profession.

Thirdly, there are those who utilize civil society activism as a means of survival. They have no job and have no option but to hang on to civil society work as a means of survival. They are prepared to leave civil society work as soon as they find a good job. Fourthly, there are stooges who utilize NGOs to promote the interest of government (GONGOs) or individuals.

Finally, there are quasi-government NGOs formed principally by wives of President, vice- President, Governors and Local Government Chairmen. The concern of particular civil society organisation is therefore dependant on the category of civil society and their orientation. For instance, NGOs formed by the wives of Chief Executives are not likely to be opposed to any government policy such as privatization.

In this section, critical issues of concern to civil society about privatization in Nigeria will be discoursed under three headings:

  1. Concerns about the philosophical and constitutional basis of privatization
  2. Concerns about Equity and Gender Issues
  3. Concerns about implementation problem.

6.1. Concerns about the philosophical and constitutional basis of privatization

There are civil society activists who are concerned about the philosophical basis of privatization. They argue that privatization is a neo-liberal approach to development, which is imposed by the Brettons Woods institution as part of globalization that can only favour rich countries and individuals. They argue that privatization is anti-labour and will always lead to unemployment. In addition, privatization is always anti-poor. It is clear that in most cases, privatization particularly of public utilities like road, electricity, water etc. will always lead to increase in prices. Meanwhile, it has been documented that whenever user fees are introduced in the provision of social services, the utilizations by the rich increases while utilization by the poor decreases. This is compounded by the fact that there is a lot of double talk and hypocrisy in the whole business of privatization. While the government is busy selling off public enterprises on the one hand, it is simultaneously investing in old/new public enterprises e.g. Ajaokuta Steel Complex and Railways. Only recently, the Delta State Government announced the purchase of African Timber and Plywood (A.T and P) Sapele, while the Osun State Government announced that it will soon start the production of drugs. There is also concern for the disregard for the constitution and rule of law in the whole privatization process. The 1999 constitution not only provides that the state operate in a way to prevent the concentration of wealth or the means of production and exchange in the hands of few individuals or group, but also that the state should operate and manage the major sectors of the economy (section 16). The privatization process in Nigeria is only a fragment of the abuse experienced by this provision of the constitution. This means that the privatization of public enterprises is being pursued with scant regard to the laws of the country.

6.2. Concerns about Equity and Gender Issues

Civil society actors in Nigeria are concerned that the privatization exercise will lead to further widening of the gap between the rich and poor in Nigeria. Already, Nigeria is among the 20 countries in the world with the widest gap between the rich and the poor. The Gini index measures the extent to which the distribution of income (or in some cases consumption expenditure) among individuals or households within an economy deviates from a perfectly equal distribution. A Gini index of zero represents perfect equality while an index of 100 implies perfect inequality. Nigeria has one of the highest Gini index in the world. The Gini index for Nigeria is 50.6. This rates poorly in comparison with other countries such as India (37.8), Jamaica (37.9), Mauritania (37.3) and Rwanda (28.9). There is the real fear that privatisation will further widen the gap between the rich and the poor.

One argument that has always been used to promote privatization and to counter the argument for equity is the argument that the private sector is more efficient. But the Senior Staff Association of Statutory Corporations and Government Owned Companies showed that the experience of Nigeria’s Ports authority (NPA) does not support this claim. According to them: The case of RORO Port when it was in private hands is still fresh in our minds as a glaring testimony of the anathema of privatization. The RORO terminal, which was for many years managed by a private company, claimed to have generated paltry monthly revenue of fifty four million naira (N54, 000,000.00). Out of this amount, it claimed that about forty eight million naira (representing about 80 percent of the total income) was used to pay salaries and other sundry expenses. This left a profit of six million naira (N6,000,000.00) about 50 percent of which was paid to the NPA as profit. However, when the NPA took over operations, NPA recorded a staggering sum of sixty million naira as revenue. Out of this amount, only six million naira was used for payment of salaries and other overhead cost leaving a total of fifty four million naira in the coffers of government. The Consultants in Port Management that operated in both Apapa and Tin Can Island Ports are equally glaring examples of the folly of privatized operations in Port management.

In view of the foregoing, we hereby submit that anybody advocating for the privatization of the Nigerian Ports Authority (NPA) is a saboteur to the socio-economic growth of this country. There are also concerns that the privatization programme will reinforce male dominance and ownership of property in Nigeria. In fact, it can be argued that women were excluded from the privatization process from the start. When the TCPC was set up in 1988, it had fifteen members all men.

6.3. Concerns about implementation problems

There are concerns in civil society circles that the economic environment of Nigeria as presently constituted, as well as the way the privatization programme has been implemented cannot lead to success. According to the World Bank, the Chief architect of privatization:

Most privatisation success stories come from high income and middle-income countries. Privatisation is easier to launch and more likely to produce positive results when the company operates in a competitive market and when the country has a market-friendly policy environment and a good capacity to regulate. “The poorer the country, the longer the odds against privatisation; producing its anticipated benefits, and the more difficult the process of preparing the terrain for sale”. From the above quotation, four conditions must be met for the success of any privatisation programme:

First, the country should be either be in high or middle income bracket. In contrast, Nigeria, despite its vast human and natural resources is a poor country. The Human Development Index ranking placed Nigeria in 148 out of 173 countries in 2002. Nigeria hosts the third largest number of poor people after China and India. Statistics show that the incidence of poverty using the rate of US$I per day increased from 28.1 percent in 1980 to 46.3 percent in 1985 and then to 65.6 percent in 1996. The incidence increased to 69.2 percent in 1997.xv If the rate of US$2 per day is used to measure the poverty level, the percentage of those living below poverty line will jump to 90.8 percent.

The second condition is that the country should operate a competitive market. The third is that there should be a good policy environment, and finally, a good capacity to regulate it. Any keen observer of Nigeria’s economic environment will know that these conditions are completely absent. A sincere privatisation programme will therefore begin by creating the necessary environment. This is why apologists of privatisation insist that any privatisation programme should be a part and parcel for a comprehensive public sector reform package.

However, it has been argued that the Nigerian Privatisation exercise is not accompanied or preceded by an articulated and properly phased public sector reform and it will therefore not result in more efficient production of public goods, nor will it make any significant positive impact to fiscal balance.

It is instructive to note that the World Bank gives eight key lessons on the experience of privatisation.

  • Privatisation works best when it is a part of a larger programme of reforms promoting efficiency
  • Regulation is critical to the success of monopolies.
  • Countries can benefit from privatising management without privatising the ownership of assets.
  • The sale of large enterprises requires considerable preparation.
  • Transparency is critical for economic and political success.
  • Government must pay special attention to developing a social safety net.
  • The formerly socialist economies should privatise in all possible ways that encourage competition, and they should experiment with all available methods that go beyond a case-by-case approach to privatisation.
  • In changing the public-private mix in any type of economy, privatisation will sometimes be less important than the emergence of new private business.

The study concludes that:

Privatisation is not a blanket solution for the problems of poorly performing state owned enterprises. It cannot in and of itself make up for a total lack of competition, for weak capital markets, or for the absence of an appropriate regulatory framework. But where the market is basically competitive, or when a modicum of regulatory capacity is present, private ownership yields substantial benefits. Civil society activists in Nigeria are concerned that the lessons above are not taken into consideration in the implementation of Nigeria’s privatisation programme. As noted above, the privatisation programme is not a part of a comprehensive public sector reform agenda, and the question of providing an appropriate regulatory environment is not taken seriously. The implementers of the programme are in a hurry to sell off all state owned enterprises even without adequate preparation to take into consideration labour, gender and equity issues. Both the political leadership and the implementers of privatisation are carrying on as if privatisation is the only solution to poorly performing state owned enterprises, smuggling, and effective distribution of goods and services.

In addition, the standard procedures for privatisation are not followed as can be seen from the scandals that followed the aborted sale of Nigerian Airways to Airwing of the UK, which had neither a solid capital base, nor the required experience to merit taking over the national carrier.

Finally, people are concerned that there is no effective monitoring and evaluation of the privatisation programme in Nigeria. For instance, it has been documented that fifteen years after the initiation of privatisation programme in Nigeria, there has not been a comprehensive assessment of the post-privatisation performance of affected enterprises.

 

  1. 7. RECOMMENDATION AND CONCLUSION

The Nigerian State has been participating in public enterprises from the colonial era onward. This trend continued until 1988 when the privatisation programme was officially initiated. The initiation of the programme in Nigeria coincided with the trend toward the renewed ascendancy of capitalism and neo-liberalism. The policy of privatisation and its particular implementation in Nigeria has created some concerns for civil society. In particular, they are concerned about the philosophical basis which can only favour rich countries and individuals; the scant regard for the constitution and laws of the country; the widening gap between the rich and the poor and the possibility of reinforcing male dominance and gender inequity.

The initiation and implementation of privatisation in Nigeria places a lot of challenges on civil society organisations to among other things:

• Study the implications of privatisation for the economy, ordinary people and the future of the country;

• Expose all the deals, corruptible transactions and inconsistencies in the conceptualisation and implementation of the privatisation programme in Nigeria;

• Promote consumer rights;

• Promote workers’ rights;

• Advocate for pro-poor reforms instead of this pathological fixation on privatisation as the only solution to the country’s economic problems;

• Join forces with democratic anti-globalisation and anti-privatisation forces to rescue our nation from rapacious, parasitic and rascally ruling elite.

If civil society organisations in Nigeria can rise up to the above challenges, they would have made enormous contribution to the protection of the poor and the development of Nigeria.

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LE SEXE A FLEUR DE PEAU:

UNE LECTURE DE MÉMOIRE D’UNE PEAU

DE WILLIAMS SASSINE

 

M. Akimou ASSANI

Département des Langues Etrangères

Université de Jos, Nigeria

RESUME

L’homme est un produit croisé de sa biologie et de son environnement. Son existence est déterminée en grande partie par ces deux facteurs. Se sentir bien dans sa peau dans tous les sens du mot et vivre en harmonie avec son environnement sont essentiels à l’épanouissement physique, moral et psychique de tout être humain. Mais, lorsque l’individu en vient à éprouver un sentiment de malaise dans son être et de déréliction vis-à-vis de son entourage à cause de la nature de son épiderme, comme c’est le cas de Milo Kan dans Mémoire d’une peau de Williams Sassine, il s’ensuit que la société n’a plus d’emprise sur lui. Alors, être de sang et de sentiments, de pulsions et de sensations, il risque de se laisser aller à toute sorte de déviation, voire de dégénérescence en guise de compensation. C’est sur ces prémisses que nous souhaitons aborder, sans en faire l’apologie, la salacité de Milo Kan, narrateur à la première personne du roman fortement érotique de l’écrivain guinéen. Notre article fait, dans un premier temps, le constat, sur le plan formel, d’une sexualité abondante dans ce roman et, dans un deuxième temps, analyse le rôle de la libido dans la quête d’identité du narrateur.

Mots clés : Sexualité – Paraphilie – Albinisme – Identité.

 

ABSTRACT

Man is arguably the cross product between his biology and his environment. His existence is mainly determined by those two elements. To feel good in one’s body and to live in harmony with one’s environment are key to the physical, moral as well as psychic well-being of every human being. When it happens that an individual is discomforted with himself and feels rejected by people around him/her because of the nature of his/her skin as is the case with Milo Kan in Mémoire d’une peau (Memory of a Skin) of Williams Sassine, the society loses control over him/her. So, as a being made of blood and feelings, of drives and sensations, he or she may choose deviance or even outright degeneracy as way of compensation. It is, therefore, on these premises that we wish to view, without justifying it, the sexual propensity of Milo Kan, the narrator in the first person singular of the highly erotic novel of the Guinean writer. This article takes a look at the forms of the abundant sexuality in the novel in the first instance and then analyses the role of libido in the identity quest of the narrator.

Key words: Sexuality – Paraphily – Albinism – Identity.

 

INTRODUCTION

À la lecture de Mémoire d’une peau de l’écrivain guinéen Williams Sassine, on ne peut s’empêcher de se demander s’il s’agit vraiment d’un roman ou d’une pièce de théâtre, car l’œuvre repose sur les trois principes cardinaux du théâtre classique à savoir la règle des trois unités que sont l’unité d’action, l’unité de temps et l’unité de lieu. Effectivement, toute l’action du roman est construite autour d’une concentration inouïe de débauche sexuelle sur fond de quête d’identité. Milo, un albinos, en mal d’identité et animé par un esprit insatiable de vengeance, décide, avec les encouragements  de « Monsieur Charles », son père adoptif, de baiser toutes les femmes qui passent sur son chemin. Alors, à la manière d’un tireur d’élite, il dégaine la braguette et va à l’assaut sans discrimination de tout ce qui est en jupon. C’est un « lundi 9 novembre et cinq heures du matin » (7) que commence l’histoire réelle du roman qui finit le lendemain avant l’aube. C’était un jour ordinaire, « un lundi comme un autre » ainsi que le narrateur nous l’assène tout au long du roman, avec des activités à priori ordinaires : boulot le matin, visite en fin de matinée à sa mère qui l’a fait venir pour lui révéler que son père n’est pas son père et qu’elle-même, sa mère, n’est pas sa mère ; puis retour au boulot l’après-midi. Le gros de l’action a lieu sous le couvert de la nuit entre le crépuscule et l’aube. Une nuit de bazar alcoolique et d’orgie sexuelle où l’auteur nous dévoile chacun des trois principaux protagonistes (Christian, Rama et Milo) du roman dans sa nuit. C’est aussi par le truchement des événements de cette journée de lundi que nous prenons connaissance, par bribes rétrospectives, d’autres détails de la vie de Milo ; une vie en réalité licencieuse passée en quête d’une identité plutôt problématique portée par une soif de vengeance qui sous-tend une sexualité abondante, complétement débridée et protéiforme. Enfin, toute cette action surabondante est confinée dans un même espace géographique représentée par une ville non nommée. Nous allons à présent nous intéresser à la sexualité dans Mémoire d’une peau puisqu’elle en constitue la quintessence.

  1. LES FORMES DE SEXUALITE DANS MEMOIRE D’UNE PEAU

Dans un article intitulé « Writing and Erotism in Williams Sassine’s Mémoire d’une peau (Memory of a Skin) » écrit en 1999 et publié trois ans plus tard dans Selected Essays and Reviews on African Literature and Criticism, le Professeur Victor O. Aire (2002) identifie un certain nombre de pratiques sexuelles qui tombent dans la catégorie de ce qu’on appelle « paraphilie j’y » qu’il définit, sous l’autorité de A. R. Allgeier et E. R. Allgeier, comme « the love of an unusual or atypical sexual activity » (140). On ne saurait donc parler des formes de la sexualité qu’on trouve dans le roman de Williams Sassine sans ressasser quelque peu l’inventaire presque exhaustif qui en est fait dans l’article susmentionné. Toutefois, nous ne pouvons nous empêcher d’y revenir pour les besoins de la cause dans le cadre de ce travail. Commençons déjà par être d’accord avec Aire que dans le roman le « thème le plus prévalent est l’érotisme » (139). Effectivement, l’érotisme, voire la pornographie, domine dans le roman de bout en bout et l’auteur nous y expose à profusion sans état d’âme à l’occasion d’une sortie nocturne avec des amis un lundi soir. En gros, Aire recense sept pratiques sexuelles relevant du domaine des paraphilies dont nous nous proposons de faire une revue commentée avant d’en chercher d’autres.

Les deux premières pratiques ou formes de sexualité recensées sont des pratiques sexuelles buccogénitales, autrement dit l’excitation des organes génitaux par la bouche. Il s’agit plus précisément du cunnilingus (caresse buccale des organes génitaux femelles) et de la fellation (succion par la bouche du pénis), deux actes qui se combinent souvent pour donner ce qu’on appelle communément la « position soixante-neuf ». Illustrée par la graphie numérique du chiffre 69, cette position schématise la pratique simultanée du cunnilingus et de la fellation. Bien que nous n’ayons pas d’instance avérée de la « 69 » dans le roman de Sassine, on y retrouve quand même des actes séparés de cunnilingus et de fellation. Par exemple, on voit Milo faire la minette (appellation familière du cunnilingus) à Rama dans le passage suivant : « Elle se souleva, s’approcha, son sexe au bord de mes lèvres. Déjà je l’écartai et avançai ma langue » (111-112). La réponse de la bergère au berger ne se fait point attendre puisque deux ou trois pages plus loin, c’est au tour de Rama de tailler la pipe à Milo :

–          Tu as encore mal en bas ?

–          Vérifie.

Elle vérifia de sa bouche, de sa langue. J’appuyais contre sa nuque. J’ai fermé les yeux. Une main se promenant sur ses tempes frôlait ses joues creuses dans la succion… Et elle me but (115).

La troisième pratique sexuelle identifiée dans l’article est l’homosexualité masculine et l’homosexualité féminine ou lesbianisme que l’on retrouve respectivement aux pages 138 et 124 du roman. Vient ensuite la sodomisation pratiquée par Milo sur Rama au cours de leurs rapports sexuels adultères  de cette nuit orgiaque du lundi :

Je la baisai dans le cou, ses fesses entre mes mains. Ses doigts creusaient le matelas. Je la repoussai un peu pour chercher à nouveau du pouce son trou secret. Elle tourna la tête et me sourit de ses grands yeux noirs.

– Attends. J’ai de la vaseline.

Je me penchai de l’autre côté du lit et pris un tube.

– Ne me fais pas mal.

Je m’introduis tout doucement ; elle avait mal malgré le lubrifiant. Elle avait tourné la tête pour mesurer mon avancée. Je poussai d’un coup jusqu’au fond (96).

Cette sodomisation est sans doute pour Milo la réalisation en fin de compte d’un désir longtemps contenu puisqu’on le voit menacer d’enculer sa femme déjà à la page 36. On a ensuite des scènes de masturbation pratiquée par Hadja Fatou notamment à la page 104 du roman. Aire identifie pour finir deux autres paraphilies en l’occurrence le masochisme (recherche du plaisir sexuel dans la douleur) aux pages 101 et 113 et le sadisme (recherche de l’orgasme par l’affliction de la douleur à l’objet du désir sexuel) aux pages 33 et 103 de Mémoire d’une peau. On assiste par ailleurs à la combinaison de ces deux actes, c’est-à-dire au  sadomasochisme, lors des  rapports entre le petit Milo et Hadja Fatou au cours desquels le jeune garçon affirme avoir mordu et frappé Hadja avant de passer « le reste de la nuit à lui faire plaisir et à la faire pleurer » (91).

Toutefois, en sus de ce tableau assez élaboré nous avons recensé trois autres pratiques sexuelles ou paraphilies tout aussi vicieuses que celles mentionnées plus haut. D’abord l’échangisme. Comme son nom le suggère, il s’agit d’une pratique qui consiste à s’échanger des partenaires sexuels. Cette pratique a lieu entre le capitaine Kali et Milo. Ce dernier nous en donne témoignage : « Il me donnait le droit de cuissage sur toutes ses conquêtes. Selon mon appréciation, il gardait ou se débarrassait de la fille » (38).

La seconde paraphilie que nous ajoutons à la liste de notre éminent aîné est la pédophilie. Définie par Le Petit Robert comme « attraction sexuelle pour les enfants », la pédophilie est classée parmi les troubles mentaux de la préférence sexuelle par la Classification Internationale des Maladies (CIM). Pourtant, au sens purement étymologique, la pédophilie ne se réfère à aucune perversion sexuelle, mais est simplement un amour-amitié pour les enfants puisque « philia », l’un des radicaux grecs qui le composent et que l’on retrouve dans beaucoup d’autres mots comme philosophie, francophilie, philanthropie, etc., signifie « amitié » sans aucune connotation péjorative, encore moins érotique. Par contre, le terme pédérastie, composé de deux vocables grecs, « paîs » (enfant) et « érôs » (amour sexuel), est beaucoup plus approprié au phénomène qui nous intéresse ici mais n’exprime que le « commerce charnel entre un homme adulte et un jeune garçon » (Le Petit Robert). Raison sans doute pour laquelle on a longtemps adjoint au terme « pédophilie » l’adjectif « érotique » pour palier au sens un peu trop limitatif de la « pédérastie ». Ainsi, la « pédophilie érotique » ou tout simplement « pédophilie » depuis la fin des années soixante désigne, lato sensu, selon Larousse toute « Attirance sexuelle d’un adulte pour les enfants, filles ou garçons ; relation physique avec un mineur ». Milo nous raconte très brièvement une velléité de pédérastie de la part de Maurice, un petit commandant de cercle amant de sa mère, qui a voulu se faire la pipe par notre narrateur :

La première fois qu’il vint à la maison, il me dit : « Petit, comment tu as fait pour être si blanc avec une mère noire ? » […]

Il m’a dit : « Je ne me suis jamais fait sucer par un albinos. » Il m’a fait monter dans sa voiture et s’est débraguetté à la sortie de la ville. J’avais ma lime. Je lui ai tranché le peu qu’il avait dans son pantalon (33).

Par contre, nous avons recensé pas moins de six cas de pédophilie dans Mémoire d’une peau. En effet, on voit quatre femmes adultes dans des rapports sexuels avec le petit Milo en commençant par la sœur Angélique (41) suivie de la mère Michèle (41-42), de la femme du maire (42) et enfin et surtout  de Hadja Fatou dont la première nuit amoureuse avec notre narrateur a été une combinaison de pédophilie et de sadomasochisme :

Avec Hadja. Notre vraie première nuit. […] Cette nuit-là je me suis levé. Elle s’est soulevée sur son lit, m’a attrapé un bras et l’a tordu en grondant : « À genoux !  Je n’ai pas été à la Mecque pour qu’un petit albinos me fasse mal… » Je la mordis. Quand j’ai compris qu’elle ne pouvait pas crier, je l’ai frappée de toutes mes forces, des mains et de la tête. Elle m’attira contre elle … elle était beaucoup plus forte… Je passai le reste de la nuit à lui faire plaisir et à la faire pleurer. Vingt ans de différence. Mais j’étais plus vieux qu’elle dans son corps. […] Elle pouvait être ma mère (91-92).

L’érotisme pédophile d’Hadja avec Milo  revient d’ailleurs en filigrane tout au long de la narration de la rencontre adultère de ce dernier  avec Rama, sans doute parce que, comme Rama, Hadja est une femme mariée, le goût du fruit défendu en quelque sorte, mais aussi peut-être parce que c’est avec elle qu’il a connu ses premières folies érotiques. Les deux autres actes de pédophilies  sont le mariage du député Laye avec « une petite de quatorze ans » (57) et le viol de cette dernière par Milo : « Le député Laye adorait sa jeune femme, mais je l’avais prise devant lui sans qu’il ait cherché à la défendre par les aveux qu’on lui demandait » (58-59).

Nous passons enfin au voyeurisme qui est la troisième paraphilie que nous souhaitons ajouter à l’inventaire du professeur Aire.  Le voyeurisme peut être défini comme le comportement d’une personne qui prend du plaisir à assister sans être vu à une scène érotique (Le Petit Robert). Toutefois, dans le roman de Williams Sassine, nous avons identifié deux cas qui, bien que ne relevant pas d’un acte volontaire et conscient, ne demeurent pas moins des actes de voyeurisme. Le premier se produit lorsque « Monsieur Charles », le père adoptif de Milo, pour compléter la formation sexuelle libertine de celui-ci, l’amène cyniquement assister à ses ébats adultères avec Hadja Fatou, une de ses innombrables maitresses :

J’étais derrière la porte. J’observais la tyrannie, la dissimulation, la discrète existence parallèle d’une femme qui ne sortait que voilée et dont il était interdit de serrer la main. Elle a voulu éteindre ; avant qu’elle n’achève son geste, il l’avait fait tomber dans le lit qui s’est mis à grincer. Je regardais. Ses jambes autour des reins d’un autre, elle avait fermé les yeux, savourant les plaisirs du péché et je découvrais qu’un plaisir peut être infiniment plus vaste, pouvait contenir le monde entier, ses arbres, ses rivières, ses déserts, son soleil, sa lune… (43)

Le deuxième cas de voyeurisme est celui dans lequel Milo est le témoin secret d’une scène de masturbation de la même Hadja Fatou :

Hadja s’est levée avec une bûche. Je croyais que c’était pour moi. Elle alluma. Je fis semblant de dormir et face à un miroir, son corps nu encore jeune, écartelé par le bâton qui entrait et sortait, en métier de tisserand, qui l’écartelait davantage. Elle se contractait, se crispait, toutes les extrémités tendues. Les grimaces, les spasmes… J’avais mal… Et soudain. Elle commença à se détendre, à s’assouplir tout doucement. Je découvris le pouvoir du plaisir… (104).

Cette grande variété des pratiques sexuelles et de paraphilies témoigne, s’il en est encore besoin, de l’abondance d’une sexualité plutôt débridée qui domine littéralement d’un bout à l’autre du roman. On ne peut s’empêcher alors de s’interroger sur l’importance ou le rôle de cette sexualité à la limite du pornographique.

  1. 2. SEXUALITE ET IDENTITE

Une lecture superficielle de Mémoire d’une peau nous donne l’impression que le roman n’est qu’un étalage gratuit de libido et de crimes d’autant plus que le narrateur lui-même nous annonce son intention d’écrire « Un bouquin plein de baise, de sperme et de bagarre. » (149). Pourtant un regard plus inquisiteur nous amène à l’évidence que l’accent mis sur la sexualité n’est pas fortuite car le sexe y participe de la problématique existentielle du narrateur. En effet, Milo Kan, le principal protagoniste et narrateur du roman, découvre un beau jour les circonstances particulières de sa naissance :

– J’ai commis un grave péché… Voilà la vérité. Je ne suis pas ta mère et Charles non plus n’est pas ton père. […] Je ne pouvais pas avoir d’enfant. Charles Kan et moi on s’aimait, on en voulait un. J’étais sage-femme. Un jour, j’ai fait accoucher une fille. Vingt-quatre heures après elle disparaissait. C’était ta mère. Je n’ai jamais cherché à savoir ni son nom, ni d’où elle venait. J’ai gardé le bébé. De peur d’être découverts nous sommes venus nous installer ici et tu es devenu notre enfant. Tu étais si mignon ! Avec les semaines, les mois, tu restais tout blanc (24).

Voilà donc, Milo est albinos et bâtard de surcroît. Deux « crimes » impardonnables qui constituent un passeport assuré à la discrimination et au rejet :

Je revoyais en un éclair mon enfance. Les camarades qui m’insultaient ou me brutalisaient, les maîtres qui ne m’envoyaient jamais au tableau, les filles qui avaient peur de m’approcher. Je ne retrouvais un peu de fraternité qu’en courant derrière le ballon dans lequel je tapais comme un fou. On prit pour un don ce qui n’était qu’agressivité défoulée et volonté de me faire accepter ; mais après le dernier coup de sifflet de l’arbitre… (25).

En effet, la société est un lieu d’échanges et d’interactions entre les humains, un espace de partage par excellence, de « donner et de recevoir », pour emprunter les mots de Senghor. Malheureusement, du fait de son albinisme et de son extranéité, Milo voit sa participation à ce brassage humain limitée. Étranger sur cette terre où ces parents apparents ont élu refuge pour dissimuler leur forfait, il l’est aussi dans sa peau comme dans son intérieur car sans essence, il ne saurait prétendre à une existence d’où ce sentiment de solitude et d’exclusion qu’il exprime lui-même en ces termes : « Si jamais vous me lisiez jusqu’au dernier mot, sachez qu’elle exprime la solitude d’un homme en plusieurs versions, de la race de ceux à qui on a arraché l’enfance et qui n’ont pas d’avenir. Je ne suis ni un Noir bon à servir, ni un Arabe punching-ball » (156).

Donc, comme nous l’avons dit plus haut, sa double tragédie identitaire (peau et origine) lui pose un véritable problème existentiel et un sentiment d’abandon. Pour faire face à la déréliction, il ne reste à Milo qu’une seule chose : son sexe. C’est par lui qu’il essaie de se construire une existence, d’effacer les stigmates accumulés depuis l’enfance. D’ailleurs, on voit que Milo n’entretient aucune équivoque quant au caractère vital du sexe dans sa quête d’identité lorsqu’il affirme avec force conviction que « Mieux vaut rater sa vie que son sexe » (70). Le sexe devient donc le pilier de la vie, un substitut à l’identité, ce qui reste lorsqu’on a tout perdu, pour paraphraser un penseur dont nous avons oublié le nom. C’est dire qu’il reste la seule chose qui lui donne encore un sens d’appartenance, un semblant d’humanité. Il représente pour lui l’ultima ratio, c’est-à-dire  sa raison d’être, son unique identité, un élément fondamental, vital,  aussi bien essentiel qu’existentiel. Pour  cause, la sexualité transcende plus facilement les questions de race et d’origine. Effectivement, dans l’immense océan des plaisirs sensuels, une certaine osmose des corps est souvent nécessaire à la plénitude de la jouissance. Ceci est encore plus vrai dans le monde des paraphilies où curiosité, phantasme et perversité sont des clés de voûte. Dans ce contexte tout ce qui sort de l’ordinaire comme l’albinisme par exemple devient une épice potentiellement aphrodisiaque, vecteur de phantasmes concupiscents. Milo en est bien conscient et en use à son avantage jusqu’au cynisme :

Quand j’entre en elles, c’est à la façon d’un créancier. En général, je ne leur laisse rien, seulement le souvenir de remonter d’une chute, la peur rétroactive d’avoir pu être découvert. En public, je les retrouve par un sourire, un geste caché, un clin d’œil et je les sens prêtes à recommencer leur quête du vide dont je suis l’un des meilleurs vides (61-62).

Il est à noter que cette connivence étroite entre sexe et quête d’identité n’est pas une exclusivité chez Williams Sassine. Ken Bugul, Calixthe Béyala, Florent Couao-Zotti et bien d’autres abordent plus ou moins directement le même sujet. On voit, par exemple, Dior, la protagoniste et narratrice de Mes hommes à moi, s’adonner, comme Milo, à une sexualité abondante pour régler sa crise identitaire dont elle n’a pu venir à bout qu’en devenant la vingt-huitième épouse d’un marabout. De même, Nono dans Notre pain de chaque nuit est une prostituée venue de nulle part dont les profondeurs intimes représentent la seule identité. Quant à Irène Fofo, c’est dans la kleptomanie et la libido qu’elle va aussi essayer de se donner une vie dans Femme nue, femme noire de Calixthe Béyala. La lubricité, cyniquement tragique quelquefois, qu’on retrouve dans tous ces romans n’a pour toile de fond que l’affirmation de soi, le rejet de la chosification pure et simple. Parias ou laissés pour compte par la société pour la plupart et d’origine miséreuse ou inconnue, ces personnages ont recours au sexe comme pour se venger de l’injustice de leur sort. Le sexe est donc, à en croire « Monsieur Charles », père adoptif de Milo et son « grand prof des choses sexuelles » (42), l’arme ultime des « damnés de la terre » qu’ils sont : « Nous sommes pauvres, nous n’avons que ce morceau de chair entre les cuisses… » (42-43).

 

CONCLUSION

Somme toute, Mémoire d’une peau est un roman à forte charge érotique et assez licencieux. Du début à la fin du roman, l’auteur nous amène, à travers une multitude de paraphilies, dans les firmaments d’un univers sexuel tout à fait débridé. Cet univers, c’est celui de Milo, un albinos sans père, ni mère, donc sans origine qui souffre de sa condition de mis au ban de la société à cause de son albinisme et de sa bâtardise. En réalité, il ne demande  qu’un peu d’amour et de respect pour mener une vie normale. Mais puisque la société est incapable de lui offrir ce brin d’humanisme, il recourt à sa braguette comme ultime palliatif aux stigmates qu’il a vécus et qui lui collent à la peau. Ceci plonge notre narrateur dans un monde érotique lubrique qui donne l’impression que l’auteur s’adonne à une apologie de la pagaille sexuelle sous prétexte de quête identitaire où le narrateur nous expose sans retenue à toutes sortes de déviations sexuelles imaginables faisant ainsi du roman une sorte de bouillabaisse d’amour sans amour servie dans un bouillon de sperme, d’alcool et de crimes sur des tranches d’aventures libidineuses complétement libertines. Pourtant, Mémoire d’une peau, c’est aussi la mémoire d’une nuit d’orgie qui lève le voile sur la nuit qui habite un peu tout un chacun de nous. Mémoire d’une peau, c’est aussi la tragique histoire d’un albinos qui nous révèle l’albinisme enfoui au plus profond de tout un chacun de nous et qui oblitère notre altruisme. Mémoire d’une peau, c’est un cri désespéré d’amour qui interpelle notre conscience et notre humanité.

BIBLIOGRAPHIE

Aire, Victor O. “Writing and erotism in Williams Sassine’s Mémoire d’une peau (Memory of a skin)” in Selected Essays and Reviews on African Literature and Criticism. Jos: St Stephen BookHouse Inc, 2002.

Assani, Akimou. « Pérégrinations dans le jardin intime d’une auteure : un compte-rendu de lecture de Mes hommes à moi de Ken Bugul » in Women Novelist in  Francophone Black AfricaViews, Interviews and Reviews-, Porto-Novo : Editions Sounou d’Afrique, January 2011, pp. 77-90.

Béyala, Calixthe. Femme nue, femme noire. Paris : Albin Michel, 2003.

Bugul, Ken. Mes hommes à moi. Paris : Présence Africaine, 2008.

Couao-Zotti, Florent. Notre pain de chaque nuit. Paris : Le Serpent à Plumes, 1998.

Robert, Paul. Le Petit Robert 2013. Paris : Éditions Le Robert, 2012.

Sassine, Williams. Mémoire d’une peau. Paris : Présence Africaine, 1998.

 

WEBOGRAPHIE

www.wikipedia.fr/CIM-10; « Troubles de la préférence sexuelle » ; F65.4 « Pédophilie », consulté en Juillet 2014.

www.larousse.fr/dictionnaires/…/pédophilie/,   consulté en Juillet 2014.

 

 

 

LA POLYGAMIE A TRAVERS

UNE SI LONGUE LETTRE DE MARIAMA BA

Mme Edith Chikaodili OZUMBA

Departement de Français, Kaduna State

College of Education, Gidan-Waya,

Kafanchan, Nigeria.

 

 

RESUME

La présente étude a pour objectif principal d’élucider l’importance de l’instruction de la femme africaine pour faire ressortir leur souffrance dans une famille  polygame. A travers Une si longue lettre de Mariama Bâ, on a vécu  les conséquences désastreuses du mariage polygame dans lequel vit  Ramatoulaye. Le roman nous amène aussi dans la souffrance qu’elle a subit après la mort de son mari. Heureusement, grâce à son éducation, elle peut s’occuper d’elle-même et de ses enfants. Cet article nous fait revivre avec des analyses pertinentes les problèmes liés à la polygamie au Sénégal en particulier et en Afrique en général.

Mots clés : polygamie, femme africaine, éducation, enfants.

 

ABSTRACT

The main objective of this study is to explain the importance of African woman as to expose her trouble in a polygamous family. Thought the novel Une si longue lettre of Mariama Bâ, the disastrous consequences of the polygamous marriage in which is Ramatoulaye is exposed. The novel took me to know the difficult life that she passed throught after the death of her husband. But, due to her education, she can take care of herself and her children. This article recall with serious analysis the polygamous problems in Senegal in particular and Africa in general.

Key words: Polygamy, African woman, education, children.

 

INTRODUCTION

Le mot “polygamie” est composé des termes “polus” et”gamos”. C’est le fait “d’épouser de nombreuses” (femmes, maris ou plusieurs époux). Mais l’usage populaire lui donne le sens d’union composée d’un seul mari et de plusieurs épouses; il serait plus exact, dans ce cas, de dire polygamie et lorsqu’une femme a plusieurs époux, polyandrie. Tout en étant conscient que, du point de vue linguistique, il n’est que partiellement correct, on utilisera pour des raisons de convenance, le terme “polygamie” dans son sens populaire.

Ainsi, la polygamie est l’institution du droit coutumier qui permet à un individu de se marier et de vivre avec plusieurs épouses. Cette pratique a existé et existe encore dans la quasi-totalité des sociétés africaines. Elle a connu une existence législative tumultueuse permanente pendant la période coloniale, mais la tendance générale aujourd’hui est de triompher des hésitations marquées par le colonisateur face à ces institutions traditionnelles en leur substituant de nouvelles, ou à défaut en les consolidant à travers une législation rénovatrice, donnant toutefois l’impression de limiter ses effets.

La polygamie est très commune en Afrique parce qu’elle est une représentation de la culture et de la religion des pays africains. La polygamie est acceptée parce qu’elle fait une partie de la religion musulmane. Les mariages polygames sont très fréquents dans l’histoire de l’Afrique. La polygamie est considérée comme un facteur d’agrandissement de la famille. Elle permet d’avoir une grande famille c’est-à dire une famille dans laquelle il y a de nombreux enfants rapidement. Mais alors, qu’elles sont les formes de polygamies qui existent en Afrique ? Quels sont ses fondements ? Et, enfin quelle est la part de la réligion dans la polygamie ? Cette communication tente de donner une reponse à chacune de ces questions.

  1. 1. DIFFERENTES FORMES DE POLYGAMIE

Il y a deux formes essentielles de l’institution. On citera  la polygamie ouverte et la polygamie clandestine. Chacune de ces deux formes a une particularité qu’il nous plait de définir sur les lignes à suivre.

1.1. La polygamie ouverte

Au regard de la définition de l’institution, c’est la polygamie ouverte qui est visée. Autrement dit, la polygamie consiste à choisir plusieurs femmes à la fois. Elle n’est pas contraire à la loi. Elle devient une institution légale. Celui qui veut être polygame peut le devenir. Dans ce cas, il sera lié à chacune de ses femmes par un mariage. Toutefois, ramener la polygamie à sa seule forme ouverte serait restreindre les formes de sa manifestation. L’institution au lieu d’être ouverte peut être clandestine.

1.2. La polygamie clandestine

C’est l’état d’un monogame qui entretient des  relations de concubinage avec d’autres femmes. Si le mariage monogamique par lequel il est lié à son épouse établit une communauté de destin entre eux, il n’y a pas de différence quant à leurs effets entre le commerce polygamique et les concubinages permanents ou renouvellés. Sur le plan du développement, le concubinage produit les mêmes effets que la polygamie par la dispersion des possibilités économiques de l’homme. Dans ce cas, on parle d’adultère de l’homme

  1. 3. LES FONDEMENTS ORIGINELS DE LA POLYGAMIE

Parlant des fondements originels de la polygamie, on peut s’offrir le plaisir d’interpeller les causes sanitaires et  historico-éconimiques. Ces causes sont présentées dans ce travail de recherche avec leur particularité.

2.1. Les causes sanitaires

Elles sont de deux ordres : la protection de l’enfant et  la mortalité infantile.

2.1.1. La protection de l’enfant

Les rapports sexuels entre la nourrice et son mari peuvent entrainer une grossesse prématurée. Le lait de la mère devenant malsain constituera alors un danger pour la santé de l’enfant. Pour pallier à une telle situation le mari s’éloignera de sa femme pour deux ans et pour éviter tout libertinage, il prendra une autre femme.  La polygamie prend alors un caractère protecteur et constitue par là même un facteur d’accroissement de la communauté. C’est la première raison de la polygamie. La médicine moderne ne partage pas ce point de vue. La nourrice bien qu’étant enceinte peut continuer d’allaiter son enfant.

2.1.2. La mortalité infantile

“N’a d’enfants que celui qui a été enterré par eux” dit un dicton populaire africain. Mais, les épidémies, les famines, la syphilis, la tuberculose qui menacent la santé des enfants ne permettent à aucun homme d’être sûr que les quatre ou six enfants d’une seule femme pourront lui rendre les pieux honneurs dus à sa mémoire. Pour se rassurer, il prendra une seconde femme. C’est la deuxième raison de la polygamie.

2.2. Les causes historico-économiques

Elles se répartissent en deux groupes: facteur historique.

et facteur économique

2.2.1. Le facteur historique

Les sociétés traditionnelles avaient pour caractéristique essentielle les guerres intertribales et interrégionales. Hormis quelques rares exceptions, seuls les hommes allaient au combat. Ces guerres se soldaient par de lourdes pertes en hommes alors que les femmes et les enfants étaient protégés ou bénéficiaient de traitements peu sévères. Ceci entrainait une inégale répartition de la population entre les deux sexes. Le nombre de femmes dépassant  celui des hommes, la nécessité s’impose de repartir l’excédent féminin aux hommes. En effet les mœurs africaines n’acceptent le principe de femmes libres.C’estlatrois                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                            ième raison de la polygamie.

2.2.2. Le facteur économique

Les activités rurales constituaient presque exclusivement la base de l’économie de nos sociétés. L’homme à lui seul ne peut s’occuper de ses vastes étendues de terre. Capable de féconder plusieurs femmes, il utilise cette possibilité pour avoir beaucoup de bras. La recherche d’une main-d’œuvre abondante ouvre donc la voie à la polygamie. C’est la quatrième raison de l’institution. Toutefois, on ne saurait expliquer la polygamie par ces seules raisons. C’est le fruit d’une superstructure, la coutume.

La coutume est ce que l’on peut appeler la mère de la polygamie. En effet, lorsqu’on tient compte de la condition de la femme dans la coutume africaine, on peut dire sans se tromper que la coutume a mis en place toutes les structures pour conditionner la femme africaine à accepter la soumission absolue à la volonté de son mari. C’est dans cet ordre d’idée que Grégoire GBENOU disait: “La femme est considérée comme sa chose et plus tard, les enfants lui appartiendront comme le fruit de sa chose. Le résultat de cette situation est que sous la pression diffère de la coutume, la femme africaine librement a consenti à la polygamie, mieux, elle l’exige: “ Les femmes ne manifestent aucun sentiment de jalousie entre elles. Si un homme ne possède qu’une seule femme, cette dernière trouve très naturel d’engager son époux à prendre une seconde femme au cas où elle devient mère de façon à pouvoir s’éloigner de son mari pendant qu’elle nourrit son enfant”. Mais au-delà de ces facteurs nous retrouvons d’autres non moins importants qui semblent expliquer l’institution. Ce sont les facteurs apparents.

 

  1. 3. LES FACTEURS APPARENTS

Les facteurs apparents des fondements de la polygamie sont aussi d’une importance caractéristique dans l’analyse des causes de la polygamie. Ce sont des facteurs relactifs aux problèmes  économiques et religieux.

Parlant du facteur apparent relactif à l’économie, il est important de noter que c’est la tendance généralisée à croire que les polygames sont toujours riches. Autrement dit, le fait d’être polygame est un signe extérieur de richesse. En réalité, cette conception se justifie dans la logique des choses.

En effet, ce qui caractérise le mariage, ce sont ses implications financières. D’une part, il y a la dot puis les divers frais que le jeune homme qui se marie engage afin d’entretenir l’amitié. Si l’on prend en considération toutes ces dépenses, il apparait que ne peut avoir plus d’une femme que celui qui a des moyens financiers suffisants. Mais, il ne s’agit que d’une apparence; le mariage traditionnel ne nécessitait pas tout le faste dont on l’entoure actuellement.

La dot par laquelle on explique la polygamie était à l’origine un échange de jeune fille entre la famille des futurs époux. Dans d’autres coutumes, elle prêchait la forme de prestations de services faites pendant un certain temps par le futur époux au profit de ses beaux-parents. Progressivement, quand l’échange a commencé par devenir impossible, la tradition s’est instaurée de remplacer la jeune fille qu’on ne pouvait donner par des cadeaux. Avec l’apparition de la monnaie, on a pris l’habitude de remplacer une partie de ces cadeaux par l’argent. Il apparait qu’on ne peut à l’origine justifier la polygamie par la richesse. Il s’agit d’une déformation due à la primauté  que l’homme semble accorder à l’argent.

Parlant des fondements réligieux ont fait allusion à l’Islam et au Christianisme qui sont des religions importées. On dégage ici le rôle qu’elles ont joué vis-à-vis de la polygamie dans les sociétés africaines.

  • L’Islam

Selon le prophète Mahomet, l’homme peut avoir autant de femmes qu’il veut sans toutefois dépasser quatre pourvu qu’il puisse les nourrir et les aimer également = du même amour (Coran Sourate 4 verset 3). Ce faisant, l’Islam ouvre la voie de la polygamie à ses fidèles. Mais, il s’agit d’une polygamie limitée.

Au demeurant, s’il est juste de dire que l’Islam autorise la polygamie, il n’en fait pas une obligation; mieux, il pose une condition qui en réalité  est fondamentale; celle d’être capable de les nourrir et les aimer du même amour. Agir autrement serait contraire à la morale du bon musulman. Mais quel est en réalité le rapport entre la parole sainte et la pratique de la polygamie dans les sociétés africaines?

Il ne fait aucun doute que la polygamie existait déjà dans les sociétés africaines avant l’Islamisation. Celle-ci n’apparait donc pas comme une cause directe de l’institution. Toutefois, n’aurait- elle pas incité d’une manière  ou d’une autre à la pratiquer?

Si Mahomet, quant à lui, a eu le mérite d’être précis sur la question, ni Jésus, ni Moise n’en ont fait mention. Cependant, lorsqu’on prend en considération certains passages par exemple de la Bible, on ne peut douter que l’écriture sainte a mis en place une idéologie favorable à la pratique de la polygamie.

  • Le Christianisme

La Bible a gardé une neutralité  face à la polygamie mais à travers certains de ses passages, il semble jeter les bases de l’institution. Dans la Genèse, l’écrivain  sacre écrit

“Alors l’Eternel Dieu fit tomber un profond sommeil sur l’homme qui s’endormit; il prit une de ses côtes, et referma la chair à sa place. L’Eternel Dieu forma une femme de la côte qu’il avait prise de l’homme, et il l’amena vers l’homme. Et l’homme dit: voici cette fois celle qui est os de mes os et chair de ma chair! On l’appellera femme parce qu’elle a été prise de l’homme”.

Plus loin, Dieu dit à la femme; “Tes désirs se porteront vers ton mari, mais il dominera sur toi”. Pour Saint-Paul, les femmes doivent être soumises à leur mari comme au Seigneur, car le mari est le Chef de la femme, tout comme le Christ est le Chef de l’Eglise. De même que l’Eglise est soumise à Christ, les femmes aussi doivent l’être à leurs maris en toutes choses. Saint Ambroise de son coté affirme: “ Adam a été conduit au péché par Eve… Celui que la femme a conduit au péché, il est juste qu’elle le reçoive comme son souverain” et Saint Thomas déclare qu’il est constant que la femme soit destinée à vivre sous l’emprise de l’homme et n’ait de son Chef aucune autorité.

Selon la Bible, la femme n’est pas créée par elle-même. Elle est faite pour aider l’homme. Elle est son complément. Elle a été créée pour le sauver de sa solitude. Les uns après les autres, tous les dignitaires de l’Eglise Catholique ont soutenu la même chose. A travers donc l’écriture sainte, les hommes trouvent une justification pour asservir la femme car c’est Dieu même qui a dit: “Il dominera sur toi”. Alors, on peut se demander pourquoi l’Eglise Catholique répudie la polygamie alors que la Bible qui constitue sa superstructure a mis en place une théorie défavorable à la femme.

Examinons maintenant comment le roman Une si longue lettre a traité le thème de la polygamie et sa pratique. Tout d’abord, essayons de résumer le roman.

  1. 4. LE ROMAN UNE SI LONGUE LETTRE

Une si longue lettre est en quelque sorte une autobiographie où la narratrice Ramatoulaye se confie à une amie d’enfance sous prétexte que la confidence noie la douleur. Veuve et mère de douze enfants, Ramatoulaye entreprend, après la mort de son mari Modou Fall, la rédaction d’une longue lettre destinée à sa meilleure amie Aissatou. La période de réclusion de quarante jours imposée par la tradition musulmane la plonge dans de profondes réflexions qui lui permettent de faire un bilan de sa vie. Ainsi, elle relate avec tendresse et nostalgie les différents moments ayant marqués leur enfance et leur amitié commune. Elle raconte à Aissatou son désarroi après que Modou ait pris une deuxième femme du même âge que sa fille, Daba pour être sa coépouse. C’est aussi l’occasion de revenir sur les circonstances du décès de son mari, sur ses déboires conjugaux, sur le comportement de sa belle-famille, mais également de faire une comparaison entre l’expérience d’Aissatou qui a suivi la voie de la modernité face à la polygamie et sa propre expérience. Elle se souvient qu’après vingt – cinq années pleines de quiétude et de Bonheur passées auprès de son mari, elle se voit imposer la présence d’une seconde épouse; Binetou (jeune lycéenne et amie de sa première fille Daba) pour qui Modou Fall ne représente qu’une source de biens matériels. Aveuglé par son amour pour la jeune fille, ce dernier abandonne son premier foyer et bafoue ainsi la tradition musulmane. Triste et malheureuse, Ramatoulaye décide cependant de ne pas divorcer. Elle se retrouve donc toute seule à assumer les multiples problèmes à la fois économiques et moraux que pose l’éducation des enfants.   Contrairement à Aissatou qui a abandonné Mawdo lorsque celui-ci avait agi de la sorte auparavant, elle, Ramatoulaye consent à rester au nom de la foi (musulmane) et de son appartenance à la même échelle sociale-la noblesse-que Modou. Mais elle finit par être abandonnée sans être divorcée par Modou. Les nouvelles confrontations, les souffrances et les expériences amères de son abandon constituent l’essence de sa narration.

4.1. La polygamie dans Une si longue lettre

Une si longue lettre est écrite sous la forme d’une longue lettre comme le titre le dit. Après la mort de son mari appelé Modou Fall, Ramatoulaye écrit la lettre à sa meilleure amie Aissatou pour lui raconter sa vie et réfléchir aux problèmes de la société sénégalaise. Elle parle de sa vie de femme, du comportement de son mari. Pour cela, elle évoque leur rencontre, leur mariage heureux, l’éducation des enfants, leur engagement social, l’arrivée d’une seconde femme, les relations difficiles avec les parents de son mari. Après vingt cinq ans de vie ensemble, son mari épouse une amie à sa fille ainée, tante Nabou.  Donc, Ramatoulaye était dans un mariage polygame. Au début, elle voulait quitter son mari mais après réflexion, elle resta pour s’occuper de l’éducation de ses enfants et surtout ses filles. Aissatou a divorcé de son mari parce qu’elle n’a pas aimé la polygamie. Son mari Mawdo suit la tradition musulmane de la polygamie et s’est marié avec une jeune fille, Nabou, qui était aussi sa cousine. Le mari de Ramatoulaye est mort donc elle doit s’isoler pendant quarante jours, selon la tradition musulmane. Au début du livre, elle commence à écrire à Aissatou après la mort de son mari parce qu’elle s’adapte à sa nouvelle vie de veuvage.

La polygamie est le déclencheur autour duquel se rallient d’autres thèmes d’Une si longue lettre. La polygamie se définit comme l’état d’un homme qui est marié simultanément à plusieurs femmes. Comme nous le savons, elle est permise par la foi islamique à tout musulman voulant la pratiquer à condition qu’il soit en mesure de les traiter efficacement. Ce sont des règles et des principes auxquels tout musulman polygame est appelé à obéir. Cette règle permet aux hommes de pratiquer la polygamie sans appliquer la loi islamique. Ceux – ci se résument par l’appel d’Allah aux fidèles  dans le verset suivant :

Et si vous craignez de n’être pas exacts envers les orphelins, eh bien prenez des épouses, par deux, par trois, par quatre, parmi les femmes qui vous plaisent, mais, si vous craignez de n’être pas justes, alors une seule, ou des esclaves que vos mains possèdent. Cela, afin de ne pas vous aggraver la charge de famille.’’ (Hamidullah, 1989:S.4:V.3)

L’on se demanderait pourquoi de nos jours la polygamie semble donner du fil  à retordre à toute femme se trouvant dans cette situation. Est-ce qu’elle présente un problème fondamental, constitutif ou bien un problème fonctionnel pour la pratique de ses règles et pratiques? Sans biais, en nous appuyant sur la phrase: “Mais, si vous craignez de n’être pas justes, alors une seule,…” du verset ci-dessus, on admet clairement que le problème n’est pas fondamentalement constitutif mais plutôt fonctionnel à cause du refus des adhérents polygames d’honorer en pratique les règles et les principes de la polygamie. D’ailleurs notre narratrice l’atteste quand elle dit:

“Dès lors, ma vie changea. Je m’étais préparée à un partage équitable selon l’Islam, dans le domaine polygamique. Je n’eus rien entre les mains.” (Bâ, 1979:69).

Mais elle parait être problématique fonctionnellement, comme nous le remarquons dans les paroles suivantes de Ramatoulaye:

L’abandon de sa première famille (mes enfants et moi) était conforme à un nouveau choix de vie. Il nous rejetait. … Et Modou me fuyait. Les tentations amicales ou familiales, pour le ramener au bercail, furent vaines… il ne vint jamais plus; son nouveau Bonheur recouvrit petit a petit notre souvenir. Il nous oublia. (Ba, 1979 -1969)

Ici, la présence d’une problématique fonctionnelle s’affirme catégoriquement dans la pratique de la polygamie. Cela est dû à l’incapacité ou à l’inefficacité des fidèles polygames de pratiquer la polygamie comme elle est recommandée par l’Islam. L’insoumission des adhérents polygames aux règles et principes de la pratique de la polygamie selon l’Islam trouverait sa raison ou ses raisons dans la société imaginaire de notre romancière, voire dans toute société qui la pratiquait avant l’arrivée même  de l’islam.

Ramatoulaye est le portrait des thèmes d’injustice et de trahison de l’homme parce que son mari Modou Fall n’a laissé presque rien de son héritage de la famille pour elle et ses enfants après vingt cinq ans du mariage heureux. Il a donné tout à sa mère et à la deuxième femme Binetou. L’arrivée de Binetou comme la coépouse de Ramatoulaye a vraiment volé le Bonheur de son mariage de vingt cinq ans. Grâce à sa scolarisation, la vie continue après la période de son veuvage. On apprécie chez elle son courage. Elle est vraiment une femme courageuse et respecte beaucoup la culture et la tradition. Voila pourquoi elle est restée dans la famille de Modou pour quarante jours pendant les cérémonies de la mort de son mari.

4.2. Les vertus d’une femme scolarisée

Ramatoulaye est une femme scolarisée et très intelligente. Elle est enseignante. Grâce à son instruction, à la mort de son mari qui ne lui a rien laissé  pour son héritage, elle a pu prendre en charge toute sa famille.

Au contraire, Binetou qui est orpheline depuis longtemps et qui est devenue la deuxième épouse de son mari dans la vie polygamique est le vrai exemple de la vie des femmes d’aujourd’hui qui ne sont pas bien développées, bien civilisées et bien scolarisées. Elle est, comme ces femmes pauvres d’aujourd’hui,  la mère et l’épouse entourée de ses enfants, le plus petit parfois au dos et s’occupe du ménage et de l’élevage, du battage et de l’épluchage. C’est elle qui cultive, récolte et vend les produits pour faire vivre la famille. Elle n’a ni congé ni retraite. Elle est une femme inférieure servant comme une domestique que la société ne connait pas, contrairement aux femmes comme Ramatoulaye et Aissatouqui sont bien scolarisées, bien développées et très célèbres dans la société.  En effet, elle reste une femme esclave qui est limitée seulement dans la vie au foyer tandis que Ramatoulaye évolue bien même après la mort de son mari grâce à son éducation.

CONCLUSION

Dans ce travail, nous avons tenté d’élucider le thème de la polygamie dans Une si longue lettre de Mariama Bâ. On a aussi examiné les formes et les causes de la polygamie. On a cerné les mesures à prendre pour en sortir. Bien que l’Islam l’approuve mais avec une bonne éducation, on peut éviter la douleur, la souffrance, le mépris, le manque et tout ce qui s’associe à la polygamie. A travers Ramatoulaye, Binetou et Aissatou, les trois personnages qui se trouvent dans le mariage polygamique,  les femmes peuvent s’aider.

Mariama Bâ évoque le scepticisme de l’opinion publique à l’égard des femmes éduquées qui sont appelées des «écervelées”, des “diablesses” ou encore des “courtes robes”. Aujourd’hui, ces arguments formulés contre l’éducation de la fille ne sont plus valables. Ce travail sensibilise le public sur les méfaits des mariages précoces qui mettent en péril l’éducation des filles. Ramatoulaye considère l’école et la famille comme la source de son épanouissement

 

BIBLIOGRAPHIE

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Bâ, M. (1989), Une si longue lettre. Dakar-Abidjan-Lomé. Les nouvelles éditions africaines.

Darby, J. N. (1985), La Sainte Bible. Imprimerie-Reliure Jongbloed, Leeuwarden Pays Bas.

Ekedum, M.C. (2013), « Importance de l’instruction à travers Une si longue lettre de Mariama Bâ », Un mémoire de Licence en étude de la langue Française, soutenu à l’Institut Universitaire Panafricain (IUP).

Gbenou, G. Cité  par Deguenon, V. (1978), « Egalite de l’homme et de la femme: Implications socio-juridique en République Populaire du Bénin », Un mémoire de maitrise, p.58

Gresillon, M. (1986), Une si longue lettre de Mariama. Editions Saint Paul, Paris.

Mokwenye, C. (1983), « La polygamie  et la révolte de la femme africaine moderne: Une lecture d’Une si longue lettre de Mariama Bâ « . Peuples Noirs, Peuples Africains,   31: 86-94

Muhammad, H. (1989), Le Saint Coran. Amana Corporation, Maryland, Lagos.

 


[1] Rédigé en 1995, présenté à un colloque en 1996 au Village Français du Nigeria et accepté pour publication (CAPFUA ,1996), mais enfin publié en 1998 dans JONOFOEL vol. 1, N° 1.

 

[2] En 1983, déjà, Adelekan avait propose des méthodologies pour l’enseignement du français sans en prévoyant aucun manuel.

[3] West African School Certificate Examination.

[4] WAEC-West African Examination Council; NERC-National Educational Research Council; CFTD-Centre for French Teaching and Documentation.

[5]Centre universitaire d’études françaises qui sert de lieu d’immersion et de bain linguistique pour les étudiants du français ; fondé en 1991 pour remplacer l’année d’immersion dans un pays francophone.

[6] L’étude a couvert le Nord-Ouest, le Nord-Central et le Nord-est du Nigeria de 2007 à 2008 progressivement, couvrant deux promotions d’étudiants de même niveau.