REVUE INTERNATIONALE

DE LITTERATURE ET DE LINGUISTIQUE APPLIQUEES (RILLA)

Publiée par :

 

Le Centre Universitaire de Recherche et d’Etudes de Français (CUREF) de

L’INSTITUT D’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR SONOU D’AFRIQUE (IESSAF – UNIVERSITE)

Autorisation  N° 008 / MESRS /CAB / DC /SGM / DPP /DEPES /SP du 05 Janvier 2011

Sous la direction du :

 

Pr. Gabriel  C.  BOKO &

Dr. Cyriaque C. S. AHODEKON

 

 

Editions Sonou d’Afrique

Porto-Novo, République du Bénin

 

REVUE INTERNATIONALE

DE LITTERATURE ET DE LINGUISTIQUE APPLIQUEES (RILLA)

 

 

Publiée par :

 

Le Centre Universitaire de Recherche et d’Etudes de Français (CUREF) de

L’INSTITUT D’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR SONOU D’AFRIQUE (IESSAF – UNIVERSITE)

Autorisation  N° 008 / MESRS /CAB / DC /SGM / DPP /DEPES /SP du 05 Janvier 2011

Courriel : usafbenin@yahoo.fr Site web : www.iessaf-universite.com

Vol 1, N°02 – Juillet 2011,   ISSN  1840 – 6408

Sous la direction du :

 

Pr. Gabriel C. BOKO &

Dr. Cyriaque C. S. AHODEKON

 

 

Editions SONOU d’Afrique

01 BP 3950, Oganla, Porto-Novo, République du Bénin.

Tél : (+229)  93 99 30 29 / 97 29 65 11 / 97 98 78 10

Courriel : esafbenin@yahoo.fr

 

 

Juillet 2011

REVUE INTERNATIONALE DE LITTERATURE ET DE LINGUISTIQUE APPLIQUEES (RILLA)

Copyright : CUREF / IESSAF & ESAF

 

v   Tous droits de reproduction, de traduction et d’adaptation réservés pour tous les pays.

 

Dépôt légal, N° 5251, 3è Trimestre 2011,

Bibliothèque Nationale, Porto-Novo,

République du Bénin.

ISSN  1840 – 6408

Impression

Imprimerie Sauve-Documents,

03 BP 3689, Cotonou  République du Bénin

Tél. (+229) 21 38 74 65 / 97 98 19 23.

Editions SONOU d’Afrique

01 BP 3950, Oganla, Porto-Novo, République du Bénin

Tél : (+229)  93 99 30 29 / 97 29 65 11 / 97 98 78 10

 

 

 

 

Juillet 2011


1.0. Comité de Rédaction

1

Prince Théophile G. KODJO SONOU

Président de l’IESSAF- Université et Directeur de Publication

2

Pr Gabriel C. BOKO

Rédacteur en Chef

3

Dr Cyriaque C. S. AHODEKON

 

Rédacteur en Chef Adjoint

4

Dr Raphaël YEBOU

Secrétaire à la Rédaction

5

Dr Julien Kofi GBAGUIDI

 

Secrétaire Adjoint à la Rédaction

6

Dr  Elisabeth

DE CAMPOS

Secrétaire à la Documentation et

à la Traduction

7

M. Lucien Marcellin DOSSOU-KPANOU

 

Secrétaire aux Relations Publiques

 

2.0. Conseillers à la Rédaction

 

 

1

Pr Mamoud  Akanni IGUE

Département des Sciences  du Langage  et de la Communication,

Faculté des Lettres, Arts et Sciences  Humaines,  Université d’Abomey-Calavi, République du Bénin.

 

2

Pr Toussaint Y. TCHICHI

Département des Sciences  du Langage  et de la Communication,

Faculté des Lettres, Arts et Sciences  Humaines,  Université d’Abomey-Calavi, République du Bénin.

 

3

Pr  Philippe LEBENE BOLOUVI

Faculté des Lettres et Sciences Humaines, Université de Lomé, République du Togo.

 

4

Pr  Issa TAKASSI

Faculté des Lettres et Sciences Humaines, Université de Lomé, République du Togo.

 

5

Pr Grace Aduke ADEBAYO

Département des Etudes Européennes, Faculté des Arts, Université d’Ibadan, Nigeria.

 

6

Pr Urbain AMOA

Recteur, Université Charles Louis de Montesquieu, Abidjan, Côte-d’Ivoire.

7

Pr  Rodolphine Sylvie WAMBA

Université de Yaoundé 1, Cameroun

 

Comité Scientifique d’évaluation

 

1

Pr Adebola KUKOYI

Département de français, ‘’Tai Solarin University of Education’’, Ijebu – Ode, Ogun, Nigeria.

2

Pr Flavien GBETO

Département des Sciences du Langage et de la Communication, Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, Université d’Abomey-Calavi, République du Bénin.

3

Pr Albert NOUHOUAYI

Département de la philosophie, Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, Université d’Abomey-Calavi, République du Bénin.

4

Pr  Maxime Da CRUZ

– Directeur  du Centre de Linguistique Appliquée (CENALA), Cotonou, République du  Bénin

– Département des Sciences du Langage et de la Communication, Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, Université d’Abomey-Calavi, République du Bénin.

5

Pr Médard Dominique BADA

Département des Sciences du Langage et de la Communication, Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, Université d’Abomey-Calavi, République du Bénin.

6

Pr Pierre MEDEHOUEGNON

Département des Lettres Modernes, Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, Université d’Abomey-Calavi, République du Bénin.

7

Dr Jean – Euloge GBAGUIDI

Département des Sciences du Langage et de la  Communication, Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, Université d’Abomey-Calavi, République du Bénin.

8

Dr Mathias DOSSOU

Département des Lettres Modernes, Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, Université d’Abomey-Calavi, République du Bénin.

9

Dr Olu AKEUSOLA

Doyen, Faculté des Arts et Sciences sociales, ‘’ National Open University ‘’ (Université Nationale libre du Nigeria), Victoria island, Lagos, Nigeria.

 

 


DOMAINE DE RECHERCHE

La Revue Internationale de Littérature et de Linguistique Appliquées (RILLA) est un instrument au service des chercheurs qui s’intéresse à la publication d’articles et de comptes rendus de recherches approfondies dans les domaines  suivants :

– langue, littérature et grammaire françaises ;

– littératures négro-africaine d’expression française ;

– littérature comparée ;

– critique littéraire

– linguistique appliquée ;

– Français Langue Etrangère (FLE) ;

– Nouveaux programmes de l’enseignement du français à tous les niveaux ;

– Cultures et Civilisations françaises et francophones

– sujets généraux d’intérêts vitaux pour le développement des études françaises au Bénin, en Afrique et dans le Monde.

Au total, la  RILLA se veut le lieu de rencontre et de dissémination de nouvelles idées et opinions savantes dans les domaines ci-dessus cités.

 

Le Comité de Rédaction 
CONDITIONS DE PUBLICATION

Seuls les articles en français, saisis en double interligne (au recto seulement) sur papier standard et précédés d’un résumé ou d’un ‘’abstract’’ (résumé) en anglais d’environ cent mots seront acceptés.

Le volume d’un  article ne doit excéder quinze pages saisies.

La disposition des notes, des références et de la bibliographie doit être organisée selon la formule suivante : Auteur, Année d’édition,  Titre, Lieu d’édition, Maison d’édition, Numéros des pages et Collection.

Les textes publiés n’engagent que leurs auteurs. Le Comité de rédaction déconseille l’envoi des articles déjà publiés dans d’autres revues.

Les articles doivent être envoyés en trois exemplaires et accompagnés de leurs versions électroniques. A cette fin, faites la saisie sur Microsoft Word et utilisez une clé USB, un CD ROM ou envoyez directement l’article par nos contacts électroniques à savoir : usafbenin@yahoo.fr / theokos68@yahoo.fr

Tout auteur d’article publiable recevra une lettre lui confirmant l’acceptation de son écrit par le comité de  rédaction de la revue. En retour, il recevra gratuitement deux exemplaires du numéro dans lequel son article a paru.

Le comité de rédaction se réserve le droit de ne publier que les articles évalués et jugés publiables.

 

Tout article doit être envoyé au :

Rédacteur en chef,

Revue Internationale de Littérature et de Linguistique Appliquées (RILLA),

Centre Universitaire de Recherche et d’Etude de Français (CUREF), Institut d’Enseignement Supérieur Sonou d’Afrique (IESSAF – Université),

01 BP 3950, Porto-Novo, République du Bénin.

 

Directeur de publication


EDITORIAL

La Revue Internationale de Littérature et de Linguistique Appliquée (RILLA), publiée par le Centre Universitaire de Recherche et d’Etude de Français (CUREF) de l’Institut  d’Enseignement Supérieur  Sonou d’Afrique (IESSAF – Université), est un acte osé. Il faut oser et se  libérer des ordinaires, des conformismes intellectuels pour concrétiser ses rêves. Oui, oser ! C’est un engagement mais pas à la légère. Il faut sortir de l’ordinaire, de la peur de mal fait, de la hantise et se libèrer. C’est ainsi que l’équipe dirigeante de l’IESSAF-Université a agi. Elle s’est donnée pour objectif de se battre au côté des universitaires, ces chercheurs infatigables, pour être leur porte-parole.

Comme ces chercheurs ne parlent presque pas souvent, alors qu’ils exaltent fortement les vertus du travail ; ils doivent se faire entendre. Ah ! Oui ! la RILLA est née pour faire connaître ces femmes et ces hommes universitaires et les faire parler.

Alors, chers amis universitaires ‘’oser lutter, oser vaincre…’’

Faites-vous connaître à travers les pages ouvertes de la RILLA.

Aujourd’hui, l’auto route de l’espoir, donc de l’ascension professionnelle est toute construite.

Allez ! Oser !

Allez-vous décharger de vos manuscrits !

Allez-vous libérer de l’ordinaire !

Venez à la RILLA et vos rêves sont concrétisés.

Merci et

A Bientôt.

Pr  Gabriel  C.  BOKO

&

Dr Cyriaque C. S. AHODEKON
Contributeurs  d’Articles

 

Nom et Prénoms

Articles contribués

Adresses

 

 

1

Pr Urbain AMOA

Mécanismes traditionnels et infrastructures

de paix en Côte d’Ivoire

 

 

Université Charles-Louis de…Montesquieu,

Grand Bassam, Côte d’Ivoire,

Courriel : urbain_amoa@yahoo.fr

 

 

 

2

Dr Kizito Abayomi FOLORUNSO

 

Pronoms et indices en français et en yoruba

 

Departement of Languages and Linguitics,

College of Humanities and cultures, Osun State University, Ikire Campus, Nigeria.

 

 

 

 

3

 

 

Dr. AKEUSOLA Olu,

la méthode communicative :

avantages et faiblesses

 

Faculty of Arts and social sciences,

National Open University,

Victoria Island, Lagos,

République Fédérale du Nigeria.

 

4

 

Dr Jean-Euloge GBAGUIDI,

 

Réflexion sur la liberté de création

et d’expression Littéraires au Bénin

 

Département des Sciences du

Langage et de la communication,

Faculté des lettres, Arts et Sciences Humaines,

Université d’Abomey-Calavi,

République du Bénin

 

 

5

Dr Akanbi  M. ILUPEJU

La création sémantique par

dérivation et par composition :

le cas du français de rue, abidjanais.

 

 

 

Department of European Languages,

Faculty of Arts, University of Lagos, Nigeria

 

6

M.Olusegun Adegboye GBADEGESIN

Espèces de modulation dans la traduction anglaise de mission terminée (mission to kala) de mongo Bêti

 

Department of Modern

European Languages,

The University of Education,

Ikere-Ekiti, Nigeria

gbadesegy@yahoo.com

 

 

 

7

M. Olasebikan WENDE

Grammaticalité et Poésie : Le cas du Poème Coups de Pilon de David Diop

 

Departement of Languages and Linguitics,

College of Humanities and cultures, Osun State University, Ikire Campus, Nigeria.

 

8

M. Olufemi BABATUNDE,

Techniques d’animation et d’enseignement du Français Langue Etrangere aux  grands groupes

 

Depatement du Français ,

Tai Solarin University of Education,

Ibagun, Ijebu- Ode, Nigeria

 

 

 

 

9

James   i.  ASIKA,

 

 

Acceptabilité du francàais  au Nigeri

 

Department of Modernes Languages,

Faculty of Arts, Ambrose ALLI UNiversity Ekpoma, Edo,Nigeria

 

 

10

M. Théophile G. KODJO SONOU

La place de la culture dans l’enseignement du français langue étrangère dans l’espace non francophone

Centre Universitaire  de Recherche et d’Etude de Français (CUREF), Institut d’Enseignement Supérieur Sonou d’Afrique (IESSAF) -Université, Avakpa-Topka, Porto-Novo, République du Bénin.


Sommaire :

MECANISMES TRADITIONNELS ET INFRASTRUCTURES

DE PAIX EN COTE D’IVOIRE

Pr Urbain  AMOA

Université Charles-Louis de…Montesquieu,

Grand Bassam, Côte d’Ivoire,

courriel : urbain_amoa@yahoo.fr

 

Résumé

Abstract

Introduction

En interrogeant l’inconscient de l’expression «infrastructure de paix », l’on se surprend à méditer sur la perception de l’objet, le principe de l’élévation et un champ lexical architectural qui suggère deux réalités en l’architecture : la solidité et l’art. Sur la perception de l’objet, la préoccupation majeure peut consister dans l’idée qu’un objet peut être pensé en idée sans l’objet lui-même ou dans celle selon laquelle aucune pensée sur l’objet (un objet) ne peut s’effectuer efficacement, qui ne parte de l’objet visible. L’objet visible ainsi saisissable se métamorphose en pensée jusqu’à devenir idée par lui-même. Il s’agit ici de l’immatérialité de l’objet pensé. Cette dimension de l’objet fait alors appel à une puissance intérieure qui, à son tour, conduit à l’élévation, une élévation qui conduit, elle aussi à produire la pensée sans l’objet pensé. Or ici, notre aventure intellectuelle nous renvoie à des réalités tantôt conflictuelles tantôt complémentaires. Il s’agit de la structure de l’infrastructure (construction+art) et de la superstructure (métaphysique). Aussi, associer « infrastructures » au groupe nominal « de paix » diffère de l’association « infrastructures » et « pour la paix ». Ainsi, s’il est, par exemple, admis que la Basilique Notre Dame peut être appelée «Basilique Notre Dame de la Paix », cette basilique n’a pas forcément pour but d’œuvrer à l’avènement de la paix. Pour ce faire, il aurait fallu alors préférer « Notre dame pour la paix » à « Notre Dame de la paix » même si pour la pensée collective l’une des appellations est perçue comme étant synonyme de l’autre. Sur cette base de la généralisation de la perception retenons que « infrastructure de paix en Afrique » est loin de signifier que ces infrastructures ont été réalisées pour la recherche de la paix (dans le dessein de).

Retenons aussi que l’objet « paix » dans sa perception est si difficilement saisissable qu’il pourrait paraître illusoire d’envisager de l’enfermer dans des édifices ainsi que le seraient les infrastructures routières et économiques.

Pour l’intelligence de notre texte, nous ne retenons que le concept « infrastructures de paix » qui se définit comme étant « l’ensemble des mécanismes existants et/ou mis en œuvre par un Etat ou une communauté en vue de maintenir, prévenir, gérer les conflits et construire (construction) la paix ». Cette définition peut encore paraître insuffisante. Aussi pourrait-elle englober non uniquement les mécanismes qui relèvent de la méthode et des techniques, mais aussi et surtout, les structures dont les institutions coutumières d’Afrique, véritables réceptacles pour l’éducation à la culture de paix. De là provient l’équation : Infrastructure (Paix) = Architecture + Articité ➔ Paix permanente.

 

1.  Du principe des institutions coutumières comme infrastructures de paix

 

Denrée de plus en plus rare, la paix fait l’objet d’une convoitise exceptionnelle tant la cruauté et la violence se généralisent et tant l’humain œuvre, à son insu, l’anarchie et le non-respect des règles établies, à l’émergence de la bestialité ou de l’animalité qui, en lui somnole. Dans cette logique « La raison du plus fort, écrit la Fontaine, est toujours la meilleure », même si le plus fort n’est pas toujours celui que l’on croit être le plus fort : la raison du plus fort indiscipliné aussi, hélas ! Dans un pays qui se caractérise par l’Union, la discipline et le travail. De nombreuses pratiques déroutantes, aussi bien dans la jungle des plus pauvres qui s’évertuent à se faire reconnaître et admettre comme tels (PPTE), que chez les riches qui, pour se maintenir, ont besoin de fabriquer des armes toujours plus puissantes dans le dessein d’inciter les plus pauvres à s’entretuer, troublant ainsi la conscience humaine. Dans ces conditions, les plus pauvres doutent même de la pertinence de leurs institutions et des mécanismes de régulation sociale.

 

1.1 : Les infrastructures de paix

 

L’Afrique noire dispose de trois types d’institutions au moins:

– la nature et les astres : la terre, l’eau, le vent, le soleil, la lune…

– les institutions humaines (physiques) : la famille, le clan, la chefferie…

– les institutions spirituelles métaphysiques : le bois sacré, le royaume des ancêtres, le royaume de Dieu (celles-ci à l’univers magico-religieux).

Sur les institutions que sont la terre, les eaux, l’air, les astres et le village, un trait dominant en détermine l’usage : le sentiment d’appartenance. Selon les civilisations, dans la gestion du village, il est tantôt un chef de village à la fois chef de terre, tantôt un chef de village et un chef de terre. Dans l’un ou l’autre cas, un seul principe gouverne : la terre n’appartient ni au chef de village qui avec ses notables, coordonne les actions et les activités des différentes familles (approche fédérative), ni au chef de terre qui en assure la gestion spirituelle, mais aux familles. La terre ne saurait, dans ces conditions, appartenir à qui la met en valeur. Quant au village, c’est une unité de production de l’Humain et de mesure existentielle gérée généralement sous forme de gouvernance par alternance (d’une famille

fondatrice à une autre) et au cœur de laquelle les décisions se prennent par concertation par cercles concentriques et par consensus. Consultations populaires ou palabres africaines (brainstorming), sondage d’opinions et référendum en sont les méthodes privilégiées. S’agissant des institutions spirituelles ou métaphysiques animées par la mystique, elles se déclinent en bois sacrés, en cérémonies initiatiques, rites et rituels, en royaumes des ancêtres (blôlo) et royaume de Dieu. Dans ces civilisations, il n’y a qu’un seul Dieu (monothéisme) représenté sur terre par des symboles visibles qui font l’objet d’adoration et ce, dans un rôle bien précis : celui d’agent de relais. Ainsi, le simple respect de ce qu’il a été convenu d’appeler « divinités » constitue – jusqu’à leur démystification – des infrastructures de paix par le fait du sacré donc de l’invisible régulateur et de l’inaccessible (respect par le fait de la conscience de la peur). Ces infrastructures sont visibles : ce sont la case familiale (haut lieu de confidentialité), la cour du chef ou la cour royale, les attributs de la gestion de l’autorité, le sanctuaire familial, le siège (ou adja bia), le bois sacré. De ces infrastructures (physiques) découle la pensée abstraite (principe de l’élévation) qui conduit au métaphysique, univers magico-religieux, de la sanction positive (bénédictions) et de la sanction négative (maladie,

malédictions, décès), voire à la superstructure, haut lieu des illusions, des superstitions et de la géomancie (les institutions des comians ou du vaudou), champ de prédilection du bossonisme de Jean-Marie Adiaffi.

1.2 : Les mécanismes de prévention et de résolution des conflits

 

S’il est vrai que le chef est visible, l’organisation sociale elle, peut paraître abstraite. Il en va ainsi des sept types de fonctions principales du chef que sont :

– les fonctions politiques ;

– les fonctions juridiques ;

– les fonctions administratives ;

– les fonctions sociales ;

– les fonctions économiques ;

– les fonctions spirituelles ;

– les fonctions militaires.

Les fonctions de magistrat sont un élément d’apaisement car le chef ou son représentant préside les juridictions primaires, une étape indispensable à toute résolution de conflit dans un village. Son efficacité et sa respectabilité proviennent de son aptitude à observer et à se soumettre aux quatre vérités suivantes, condition sine qua non de construction et de validation d’une paix permanente symbolisée par la sentence : nul n’a le monopole de la violence :

– la vérité intérieure (être vrai dans l’absolu) ;

– la vérité scientifique ;

– la vérité divine ;

– la vérité collective, relative ou conventionnelle.

Au centre de ces vérités se trouve la parole qu’il faut gérer avec intelligence et art ainsi que l’indiquent le schéma de méta-communication, les funérailles, les parentés à plaisanterie, les cérémonies initiatiques et les cérémonies de purification, eux-mêmes d’autres infrastructures de prévention et de maintien de la paix qui peuvent, à tout moment et en toute circonstance, être mis au service de la guerre.

Les systèmes éducatifs d’Afrique noire en voie de modernisation n’ont pas su exploiter ces aspects positifs même si certains de ces aspects transparaissent dans certains textes de référence, qui sont superficiellement réinvestis en situation didactique dans les curricula.

2. Du principe de la théorisation sur la ‘‘Route des Reines et des Rois ‘’, une institution de paix au service de la paix

 

La route, c’est une voie construite et suffisamment élaborée que l’on emprunte d’un point de départ A à un point d’arrivée Z. L’humain, dans son évolution, va à la rencontre de l’Autre qui, progressivement, se noie en lui et vice versa. Tel est le voyage auquel nous invite la cité, et que Léopold Sédar Senghor théorise autour du concept de « métissage culturel ». Ainsi lorsqu’un peuple prend conscience de ce que ses valeurs et ses richesses disparaissent

ou se noient en d’autres peuples, ce peuple pour ne pas périr, fait volte-face et s’oblige à quérir ce qui constitue la substance de son être et de son existence. Tel est, en théorie, l’objet de l’énonciation du concept de la Route des Reines et des Rois. Rois et Reines renvoient idéalement à trois réalités :

– le Roi et la Reine en situation réelle pour les peuples qui pratiquent la royauté ;

– le Roi et le Reine, symboles du chef avec ses méthodes de gouvernance ;

– le Roi et la Reine, symboles de managers, de leaders ou de personnes de référence.

Ce disant, le Roi et la Reine ne réduisent nullement les réflexions théoriques à un peuple. Quant au groupe nominal « la route » il se comprend de trois manières, au moins :

– la route (espace physique) qui mène au royaume et à la chefferie traditionnelle (institutions coutumières) : c’est un pèlerinage qui conduit vers les royaumes ou les cités de gouvernances traditionnelles ;

– la route (espace idéel) qui fonde la pensée ;

– la route (univers spirituel, mystique et métaphysique) d’où le Chef ou le Roi tire ses ressources : c’est une voie mystique, parfois mystérieuse, qui rayonne dans le cosmos.

De cette route, l’on peut retenir aussi que l’organisation sociale établit une typologie de la chefferie, elle-même soumise à des exigences internes. Ce sont :

– les chefs de quartier ;

– les chefs de communauté ou de tribu ;

– les chefs de village ;

– les Rois.

De cette route aussi est issue la maîtrise des méthodes et mécanismes de prévention et de résolution des conflits qui peuvent se résumer en neuf mots à l’issue des sept premières éditions du Festival-colloque dénommé :

« Festival International de la Route des Reines et des Rois » qui propose la mise en place d’une institution appelée :

Chambre des Institutions coutumières d’Afrique, organe panafricain de prévention et de résolution des conflits. Ce serait une chambre consultative dans chaque Etat et auprès de l’Union Africaine. Ces neuf mots sont : accueil, écoute, communication, palabre, analyse, décision, pardon, réparation et remerciements.

 

Méthodes et mécanismes de prévention et de résolution des conflits en neuf mots

(Fiche pédagogique A.U. 10-10-2010)

N° Stratégie/méthode/technique Objet Espace Objectif Risques

1 Accueil – Salutations de bienvenue Apaisement Dans la case (huis clos)

Préparer la personne – en – situation à tout dire (s’ouvrir)

– Fuite de l’information

– Violence verbale et discours désobligeant

2 Ecoute Information Dans la case (huis clos)

Mettre en confiance pour enregistrer le maximum d’informations

– Fuite de l’information (rumeur)

– Parti pris

– Influence extérieure au problème

3 Problème

Communication par cercles concentriques par communication ascendante / communication descendante

Investigations

(Consultations populaires)

Dans la case (huis clos)

– Identifier le nœud du problème

– Identifier les sources réelles et cachées, prochaines et lointaines du conflit

– Enoncer des hypothèses de résolution consensuelle

– Fuite de l’information (rumeur)

– Impatience

4 Palabre africaine (brainstorming)

Confrontation (le procès populaire)

– Place publique – mariage

– Cour du roi ou du chef

– Arbre à palabres – lieu des funérailles

– Fêtes de génération

– Identifier, par la libération de la parole, les enjeux et les non-dits

– Analyser les consignes éventuelles

– Anticiper en exorcisant la parole

– Dégénérescence

– Mauvais arbitrage

5-  Analyse de la situation Témoignages

– Dans la case (huis clos)

– Place publique

– Analyser

– Psychanalyser

– Enoncer les hypothèses

– Précipitation

– Non prise en compte du temps de réceptivité

6- Décision (verdict)

Consensus (quête ou gestion collégiale / fédérale)

– Dans la case (huis clos)

– Place publique

Harmoniser les points de vue en se soumettant à la règle des quatre vérités

– Refus de la décision

– Non respect de la décision

– Mauvaise foi

7 Pardon et engagement solennel Acceptation

– Dans la case (huis clos)

– Place publique

Harmoniser les points de vue en se soumettant à la règle des quatre vérités

– Hypocrisie

– Rancune

8- Rituel de réparations recours au sacré ou aux mânes des ancêtres (le recours à

Dieu, à la Déesse Terre des ancêtres et aux sacrifices ou libations)

Libation / certification publique/consultation populaire

Place publique

– Réconcilier les personnes en situation

– Apaiser les esprits

– Refus réel

– Refus stratégique

– Conflits et bagarres

9 – Remerciements et salutations finales

– Immédiates

– suivi réconciliation Place publique

– Célébrer la réconciliation

– Se préparer à l’oubli

– Exemplarité

10- Commentaires désobligeants

Retenons, pour conclure, que le Chef doit, en tout lieu et en toute circonstance, s’obliger – avec ses notables, ses grands conseillers – à gérer avec intelligence, finesse, courtoisie et discrétion ses sept (7)

pouvoirs :

– le pouvoir spirituel et mystique ;

– le pouvoir exécutif ;

– le pouvoir législatif;

– le pouvoir judiciaire ;

– le pouvoir militaire (défense et sécurité);

– le pouvoir de la Connaissance (cognition) ;

– le pouvoir de la parole (lié à celui de l’écoute, et à la théorie de la loi du silence et à la théorie de l’élégance langagière)

Il est à noter que, eu égard à ce que le chef représente pour le village, l’équilibre et la cohésion sociale ne peuvent véritablement s’exercer que s’il dispose des atouts suivants :

– la crainte de Dieu et des morts ;

– le respect des anciens et des sages (droit d’aînesse) ;

– le respect du Conseil des femmes et de la Reine-mère (détentrice de la mémoire des peuples et des secrets d’Etat) ;

– le respect des sièges et des attributs de gouvernance (royaux) : tout chef a un siège et il doit résider sur son territoire pour en assurer le maintien et le rayonnement ;

– le respect du palais royal et du sacré du pouvoir (la résidence) ;

– l’usage de la concertation et de la recherche du consensus comme méthode de prise de décision ;

– l’observance de la gestion collégiale du village comme plus petite unité de mesure de l’Etat ;

– le bon usage de la Parole, du respect du protocole et de la tenue (morale et vestimentaire).

Ce faisant, le chef, à chaque instant, se rapproche de la vérité intérieure et de la vérité divine qui élèvent (élévation) son âme vers Dieu.

 

Conclusion

Au terme de cette réflexion, il peut être retenu que trois types de diplomatie doivent être pris en compte pour donner forme et vie aux infrastructures de paix :

– la diplomatie administrative (classique) ;

– la diplomatie académique (science) ;

– la diplomatie coutumière (institutions coutumières).

Cette dynamique de coopération à la fois verticale et horizontale impose, dans la dynamique de l’intégration africaine, une approche holistique mettant en situation les acteurs-en-situation dans la prévention du conflit et ce, dans une aire géographique plus ou moins vaste qui tient compte des mouvements migratoires. A ce niveau-ci de

la réflexion, le choix des mots est loin d’être un acte naïf : d’où l’idée qu’il faut de moins en moins employer « gérer » et de plus en plus, «désamorcer » et « résoudre » par anticipation (prévenir), résoudre en théorie (conceptualisation), résoudre en situation réelle (négociation/médiation). C’est ici que la chambre (communale, départementale, régionale, nationale) doit être perçue comme une institution, un organe consultatif. S’impose, dans cette marche, la reconnaissance du statut social du Chef de village. C’est ici aussi qu’il faut se prédisposer à l’enseigner à l’Afrique après que l’on se sera débarrassé des stéréotypes et des clichés dépréciatifs. D’où la nécessité d’enseigner l’Afrique à l’Afrique dans les Ecoles Nationales d’administration dont l’une des vocations est de préparer les gestionnaires des biens publics à conduire la Cité en ayant acquis une parfaite connaissance des civilisations hôtes.

A ces infrastructures, il peut être ajouté des moteurs économiques inspirés des formes de vie communautaire que sont, entre autres, les plantations communautaires, les fermes agro-pastorales

7- Communautaires, des usines de transformation locales. Cette dynamique peut être insufflée par un service civique et un corps de volontaires pour le maintien et la construction de la paix.

Qu’est-ce donc une infrastructure de paix ? C’est un instrument social (organisation politique, association, état…) qui, nanti de compétences physiques et métaphysiques (ou spirituelles) s’offre une plateforme de bien-être social individuel et collectif, matérielle ou immatérielle, humaine ou divine, coutumière traditionnelle ou moderne, et œuvre au quotidien, de préférence par anticipation à la ‘‘non-naissance’’ de conflits, à la dédramatisation des conflits et à la résolution durable d’un conflit. Et qu’est-ce donc la Côte d’Ivoire si ce n’est, par le jeu des mouvements migratoires et de la perméabilité des frontières, l’Afrique ? D’où l’expression d’un rêve : celui de l’organisation sous l’égide des infrastructures internationales de paix, d’un forum sous régional

– un genre d’Etats généraux – de cinquante ans de cohabitation, de cohésion sociale et de consolidation de la paix avec la participation des structures suivantes :

– l’administration centrale ;

– la chefferie traditionnelle ;

– le monde académique ;

– la société civile ;

– les organisations internationales.

La raison en est bien simple : ni l’occupation des terres, ni la gestion de la politique nationale et internationale ne dépendent, à présent, uniquement et strictement de l’autorité de l’Etat de Côte d’Ivoire. Si une telle action d’urgence n’est menée, les fondations des infrastructures de paix en gestion pourraient durablement être fragiles.

 

 

Bibliographie

Ouvrages généraux

Banque Mondiale (2005), Briser la spirale des conflits, guerre civile et politique de développement, Paris, Ed.

Nouveaux Horizons-ARS, Collection Les intelligences citoyennes, 247 p

 

KAMARA (Koble Mamdou) (1992), Les fonctions du masque dans la société Dan de Sipilou, Zurich, Ed. Museum

Rietberg, 43 p

 

TERRAY (Emmanuel) (1995), Une histoire du royaume abron du Gyaman, des origines à la conquête coloniale,

Paris, Ed. KARTHALA, 1058 p

 

Rapports

PNUD (2005), Les actes de la première rencontre nationale : les collectivités territoriales et le processus de cohésion sociale, perspectives de sortie de crise en Côte d’Ivoire, 11 au 15 septembre, IIAO, Grand Bassam-Côte d’Ivoire, 196 p

 

PNUD (2004), Rapport national sur le développement humain en Côte d’Ivoire, cohésion sociale et reconstruction nationale, Abidjan, 140 p

 

Convention de la société civile ivoirienne, Document de travail provisoire pour les journées de consensus

national, 22 au 29 mai 2009, Abidjan, 65 p

 

PNUD (2003), Rapport national sur les objectifs du millénaire pour le développement, Abidjan, 41 p

 

MINAGRA (1994), Rapport de l’atelier sur les conflits agriculteurs-éleveurs, 7 au 9 juillet, Yamoussoukro, 60 p

 

Périodiques

GRESH (Alain) et ali, Ces conflits qui persistent, des impasses dangereuses, in Le Monde diplomatique, L’Atlas,

Hors série, Paris, pp. 117-155.


LE CONSTRUIT D’UN  TEXTE : DE L’OUTIL AU SENS.

Rodolphine Sylvie Wamba

Professeur titulaire

Université de Yaoundé I – Cameroun

Tél : (237) 99 87 19 28 / (237) 22 01 27 35

Email : rs_wamba@yahoo.fr / rodolphine.wamba@gmail.com

 

 

 

Résumé

Comment questionner un  texte littéraire afin de construire, saisir son sens ? Telle est la problématique de cette réflexion. Dans le repérage des traits stylistiques, quelques pistes ont été suggérées et ceci, dans le respect d’une double nécessité. D’une part tenir compte du matériau linguistique utilisé qui est pour l’écrivain ce que représentent les sons pour le musicien, et d’autre part traiter le texte comme un fonctionnement global, une structure où aucun aspect ne saurait être examiné sans être mis en relation avec les autres. Un éclairage de plus est apporté à l’objet de la stylistique qui n’est pas de savoir comment on fabrique un texte, mais de voir comment il est construit, étant entendu qu’il est, dans tous les cas, une forme-sens.

 

Abstract

How to question a literary text in order to build its meaning? That’s the topic of the present contibution. In decoding stylistic landmarks, some paths have been suggested for a text analysis based on a double necessity. On the one hand to take into account the linguistic material which to the writer is what the sounds represent to the musician, and on the other hand to treat a text as a whole, a structure in which any aspect should be examined in relation to others. Hence an additional enlightenment is brought to the preoccupation of stylistics which is not to know how to build a text, but to grasp how a text is built, being understood in any case as a form-meaning.

Introduction

La notion de texte est une notion aux contours les plus flous. Elle recouvre en effet aussi bien l’œuvre d’un écrivain c’est à dire l’ensemble de ses livres que le livre, à savoir l’espace scriptural situé entre la page de garde et le mot de fin. Ce mot désigne aussi les pages, la page ou le paragraphe choisi(es) par l’analyste à des fins de lecture ou d’explication. Quelle que soit sa taille, un texte littéraire ne saurait être autre chose qu’une forme-sens, « un objet d’observation exemplaire pour la compréhension des mécanismes de la langue. »

(C. Stolz, 1999 :7). Fermement installée dans le domaine des études de la langue, la stylistique jette « le pont entre la linguistique et l’histoire littéraire. » (L.Spitzer, 1970 :54). De ce fait, elle s’attèle à déceler la littérarité, mieux encore la littérarisation d’un texte c’est à dire tout ce qui donne au texte son caractère littéraire. Les ressources de ce caractère littéraire sont, à n’en point douter, les moyens d’expression dont dispose la langue pour rendre les idées. Considérée comme « un travail sur un discours signifiant qui ne saurait trouver son ultime justification que dans une plus juste et plus profonde intelligence des textes, (J.L.Boissieu et A.M.Garagnon, 1987 :4ème de couverture), la stylistique a donc pour matériau le texte littéraire ; lequel est un mode d’expression idiosyncrasique, un langage spécifique dont le sens se saisit dans son cheminement linguistique d’autant qu’ « il vaut moins pour ce qu’il débat que pour ce avec quoi il se débat, à savoir les mots. » Ces mots qui constituent le matériau linguistique sont pour l’écrivain ce que représentent les sons, l’harmonie, pour le musicien ou encore ce que représentent les couleurs, le pinceau pour le peintre. Et C.Chawag de dire : « Le texte est le produit que je retire de la matière des mots par l’artisanat de l’écriture, et je presse, je foule les fruits de l’inconscient, pour qu’en sorte le jus. Et les paragraphes, en s’ordonnant, en s’assemblant ou en se repoussant, structurent une durée, la fermentation du suc, jusqu’aux derniers mots de dernière page où je sais que le texte est achevé, que le texte est prêt, et que la transformation du signe abstrait (le matériau lexical) en produit concret, en produit corporel, s’est effectuée. » (cité par Fosso, 2001 :113)

Il est vrai que la spatialisation technique ainsi que les configurations phoniques et prosodiques d’un texte font parfois sens ou renforcent les effets produits par les autres aspects de celui-ci, il est encore plus vrai que lorsqu’il s’agit de cerner les modes d’organisation verbale qui donnent au tout textuel sa cohérence et son principe architectural, l’élaboration stylistique est saisie dans la mise en œuvre du logos, et notamment dans tout ce qu’on englobe traditionnellement sous les noms de lexique, morphologie et syntaxe. En effet ces trois domaines sont prioritairement les lieux où s’informe le sens. L’objet de ce travail est justement d’analyser les foyers de sens c’est à dire les faits de langue, les entrées pertinentes à partir desquels se construit, s’organise principalement le sens. Au regard du titre, la méthodologie adoptée impose la « démarche sémasiologique » si précieuse à la lexicologie

(cf. J. Picoche, 1977) Il sera donc question de partir du signe vers son interprétation. En clair, il s’agira de montrer comment en interrogeant le matériau linguistique dans son interdépendance fonctionnelle, on parvient à construire, produire les effets de signifiés. Les points sur lesquels portera la réflexion ne doivent pas nous faire perdre de vue le fait que pris hors texte, hors contexte, ces signes linguistiques ne sont rien stylistiquement. Leur fonction, leur valeur stylistique n’est que le résultat de l’élaboration textuelle. Dans le cadre d’une étude stylistique, ces signes ne sont pas et ne doivent pas être appréhendés en tant que faits de grammaire, mais dans le rôle que leur confère le texte car « les mots n’ont pas de signification, ils n’ont que des usages. » (Wittgenstein) On quitte alors le domaine de la linguistique au sens étroit du terme – car il n’est pas question de cerner la différenciation des sèmes , lexèmes ou morphèmes, non plus que l’instauration, par la forme, du paradigme et du syntagme – pour voir quel que soit par ailleurs le statut grammatical des éléments, comment ces signes s’investissent et se relativisent dans l’univers du sens, et plus particulièrement dans l’univers du texte. Le travail s’organisera autour de deux points : on partira des unités minimales de la phrase pour aboutir à sa construction toute entière. Ce travail se présentera beaucoup plus comme des suggestions, un donner à réfléchir sur ces points sensibles de construction textuelle du sens.

1-Les mots

Pendant que Stéphane Mallarmé disait que « ce n’est pas avec les idées que l’on fait les vers, mais avec les mots », André Joly lui aussi affirmait que « ce n’est pas le langage qui est intelligent, mais la manière dont on l’emploie. »Tout ceci pour montrer l’importance du choix des mots dans l’expressivité textuelle. Le verbe, le substantif et l’adverbe sont les catégories grammaticales auxquelles nous allons nous intéresser.

1.1      Les verbes

Puisque la phrase, qui est l’unité de sens, est le plus souvent de type verbal, puisque dans le mot verbal se regroupent les pronoms personnels, les modes et les temps, dans beaucoup de textes, l’examen doit d’abord porter sur les relations qui s’instaurent entre les verbes.

A°) Les relations temporelles

L’étude des temps grammaticaux est toujours riche de sens et d’information stylistique. Elle peut prendre une importance majeure dans le cadre narratif où le choix des temps :

– détermine le type de récit (récit au passé, présent ou futur.).

– fonde, par l’opposition des valeurs de l’imparfait et du passé, non seulement le contraste du descriptif et du proprement narratif, mais aussi, dans le récit au passé, l’ordonnancement même des événements de l’histoire (procès relatés dans leur successivité ou narrés dans un réseau d’anticipations et de rétrospections.

– contribue à la distinction des modes du récit de paroles (citation ou discours direct, où tous les temps sont possibles, et discours indirect, ou indirect libre où la réduction temporelle est source d’effet de style).

– établit  éventuellement dans le roman deux types de narration, par l’opposition du présent et du passé : le commentaire (présent du narrateur) et le récit proprement dit (rejeté hors du présent du narrateur).

– permet, par le refus de ces modulations temporelles, la transgression des lois du récit traditionnel ou l’élaboration d’une ambiguïté entre narration et histoire (cf. le nouveau roman et tout particulièrement Le Labyrinthe d’Alain Robbe-Grillet)

B°) Les relations modales

C’est en s’intéressant aux relations modales que l’on distingue par exemple l’expression du constat par l’indicatif et l’expression de l’ordre, de l’injonction, de l’exhortation par l’impératif et/ou le subjonctif. Il s’agit là d’une opposition qui s’actualise souvent dans le dialogue, (qu’il s’agisse ou non de théâtre) et plus généralement dans le discours persuasif, notamment dans le cadre de l’argumentation. Lorsque le contexte s’y prête, il importe aussi d’évaluer le rôle que peuvent jouer, par rapport aux formes personnelles du verbe (indicatif ou subjonctif), les formes impersonnelles (infinitif, participe présent, gérondif) qui, effaçant toutes précisions sur le sujet des verbes, sont à la sources de bien des généralisations discursives (cf. l’argumentation, la maxime, la sentence, la formule lapidaire, la morale, etc.), quand elles ne sont pas créatrices d’effets temporels par hiérarchisation des séquences verbales au sein de la phrase. C’est d’ailleurs en élargissant la notion de mode (notion grammaticale) et en passant à celle de modalisation (notion sémantique) que le stylisticien prend aussi en compte, outre l’opposition de l’affirmation et de la négation, ce qu’on a pu appeler « les modes de l’expressivité » qui sont, par rapport à l’affirmation et au constat, l’interrogation, l’exclamation, l’interronégation, l’apostrophe, l’interjection etc. En raison de leurs effets convergents, il est vivement conseillé de lier étroitement l’observation des verbes à celle des pronoms et des adverbes.

C°) Les relations pronominales

Parlant des relations pronominales, il importe d’examiner attentivement :

–       La sélection des pronoms personnels sujets qui, saisie dans la présence de je/tu, vous et dans leur opposition à il, permet de cerner non seulement le dialogue ou le monologue, mais aussi d’opposer entre eux certains types de textes. En étudiant liés le temps, les personnes et les adverbes, E. Benveniste (1966 : T.1 partie V) distingue le discours de l’histoire par l’opposition du je-ici-maintenant au il-là-bas-alors.

–       L’emploi du pronom je qui, perçu dans sa relation aux temps du verbe et aux noms du contexte, permet de spécifier la voix narrative et d’identifier ou différencier narrateur et personnages, à moins que l’auteur ne joue précisément sur cette ambiguïté.

–       La présence des pronoms personnels sujets il, elle et compléments le, la, lui,  leur, en, y qui, par le système de référence qu’impose l’instauration du sens dans ces termes vides, est l’une des sources majeures de la cohésion textuelle.

–       L’emploi de on dont la polysémie est telle qu’il peut se substituer à n’importe lequel des pronoms personnels sujets est aussi bien souvent créateur d’effet de style.

–       L’opposition de l’impersonnel on au personnel je, tu qui permet d’aller du général au particulier, ou inversement.

–       Les diverses valeurs de nous (nous =toi + moi ou lui + moi) et vous (toi+ toi ou toi +lui) qui peuvent orienter le récit.

–       Les liens sémantiques qui peuvent s’instaurer entre les pronoms personnels et les adjectifs possessifs (je – mon, tu –ton, il –son) aident à souligner certaines articulations du texte.

–       Les verbes pronominaux où la présence de se peut contribuer très diversement à l’élaboration du sens (valeur réfléchie, imperfective, passive ou généralisante)

D°) Les relations lexicales

Les verbes sont aussi le support de relations lexicales. Certains clivages peuvent permettre de saisir les articulations d’un texte. C’est le cas des verbes d’état / verbes d’action dont l’opposition est grammaticalement fondée et génératrice de sens ; de la voix active / voix passive ; des verbes imperfectifs / verbes perfectifs. Ces constructions antithétiques sont douées de significations qu’il faut absolument faire ressortir.

1.2 Les adverbes

Pour ce qui est des adverbes, trois domaines majeurs sont à explorer. Ce sont :

–       Les adverbes de quantité où se regroupent, entre autres, les comparatifs (aussi, plus, moins…), les intensifs (si, tant, tellement), les proportionnels (d’autant).Ce sont là des termes qui sont porteurs de bien des fonctions stylistiques. Entre autres ils peuvent marquer la présence du narrateur ou plus largement du sujet d’énonciation ; souligner la cohésion du discours ; aider à l’explicitation des métaphores (les comparatifs) ou encore renforcer la construction d’un raisonnement  (les intensifs et les proportionnels.)

–       Les adverbes « modalisateurs » (peut-être, sans doute, assurément, à vrai dire, etc.) qui signalent en propre la présence du sujet d’énonciation dans l’énoncé. L’apparition ou l’absence de tels termes dans le texte peut être stylistiquement significative.

–       Les adverbes « logiques » encore appelés connecteurs argumentatifs (mais, donc, ainsi, or, etc.) qui ordonnent l’argumentation et la ponctuent. Là aussi, la présence ou l’absence est lourde de sens  et la fonction démarcative importante.

1.3 Les substantifs

Cette catégorie n’est pas moins riche d’information. La détermination nominale permet de tisser un réseau de signification. C’est le cas avec la prédétermination qui regroupe :

–       Les définis qui, en raison de leur pouvoir référentiel, assurent avec les pronoms personnels la cohésion du discours.

–       Les indéfinis par lesquels le locuteur rompt la référence au contexte ou à la situation.

–       Les déictiques ou démonstratifs qui ne le sont pas toujours puisqu’ils apparaissent souvent comme de simples référents contextuels.

–       Les possessifs qui s’opposent selon le même principe que les pronoms personnels (mon / ton –son).

Pour ce qui est du vocabulaire du texte, on peut caractériser la mise en œuvre du sens textuel par l’évaluation des séries de synonymes ou d’antonymes et par le repérage des isotopies, étant donné que «  les mots tissent le texte au moyen de relations sémiques subtiles » (C. Stolz, 1999 :65 ). Il sera important de repérer alors la constitution des champs conceptuels par généralisation ou par particularisation ; le texte déployant en effet très souvent la série des mots qui se regroupent autour d’un concept donné. On entre là dans le vaste domaine des relations sémantiques où le point majeur est de saisir non seulement l’ordonnancement des mots dans le cadre du champ conceptuel, mais encore l’ordonnancement des champs conceptuels entre eux. Ainsi le texte peut-il se construire selon un principe contrastif, d’emboîtement ou d’analogie. On portera ainsi un intérêt tout particulier sur les termes récurrents (mots-thèmes), sur les effets de concentration ou de dispersion des mots dans le texte et sur la transformation de leur sens qui découle bien évidemment de tout ce qui précède. Dans tous les cas, il importe de saisir un mode d’organisation du sens et non pas un contenu.

2- La construction de la phrase

En combinant les mots dans ce qu’il est convenu d’appeler la phrase, l’écrivain obéit d’une part à des lois de syntaxe qui renvoient à la grammaire, et d’autre part à des lois de construction du sens qui soulèvent les problèmes d’organisation logique des termes dans l’unité de contenu. La phrase en elle-même sera d’abord analysée et ensuite elle sera mise en rapport avec les autres afin de voir les types de relation qui peuvent exister entre elles.

2.1 L’architecture de la phrase

« Il ne s’agit pas de mener une analyse grammaticale de la phrase, mais d’en dégager les principales lignes de force en en donnant si possible une interprétation stylistique, c’est-à-dire en montrant le lien entre une pratique grammaticale et une écriture. » (C. Stolz, 1999 :106 ) Dans la phrase, des rapports s’établissent entre les groupes de mots (groupe sujet et groupe verbal – groupe verbal et circonstants). Certains faits méritent de retenir l’attention. Entre autres :

–       La caractérisation. Le nom et le verbe peuvent en effet, par combinaison mutuelle, former à eux seuls la proposition (ex. : Le coq chante) Mais ils peuvent aussi, en raison de leurs virtualités syntaxiques (le nom et ses déterminants : adjectif, complément de nom, relative, participe, etc.) se développer et s’enrichir considérablement sans changer pour autant le cadre syntaxique (sujet – verbe – complément. Ex. : L’enfant handicapé, souriant et serviable de mon voisin qui est à la retraite mange et travaille toute la journée sous le soleil comme un forcené). L’on doit donc évaluer ces choix qui sont d’ordonnancement de la phrase et qui conduisent bien souvent à la saisie de rythmes (binaires, ternaires …), de mouvements (masses croissantes ou décroissantes), de contrastes dans les volumes, et même d’effets prosodiques (vers blancs, versets, etc.). Sil est des phrases réputées comme celles de Proust, Chateaubriand, Péguy, et a contrario, par négation des effets précédents, celles de Voltaire dans sa concision et ses contours incisifs, c’est précisément en raison de ce travail d’élaboration de la phrase, travail qui est composition du sens par concentration stylistique des effets.

–       L’organisation hiérarchique de la phrase. Aux deux pôles de la caractérisation se situent en effet, d’un côté, la phrase minimale qui coïncide avec la proposition et de l’autre, la phrase complexe, et notamment la phrase périodique qui, se gonflant de circonstanciels, obéit à des lois architecturales dont le caractère oratoire est évident. Caractère oratoire que lui confère le soutien de l’intonation (pauses, courbes mélodiques, accents) mais qui lui vient d’abord de son profil et du rapport de ses volumes. Ainsi on peut avoir à étudier la période proprement dite ( un mouvement ascendant construit par succession de subordonnées ou de termes circonstanciels, additifs ou imbriqués, puis le palier de la principale, et par effet de symétrie, un mouvement descendant où se retrouve le mode de construction initial, enrichi ou non de variantes ) ou ces deux types de phrase oratoire ( un bloc fortement hiérarchisé de subordonnées ou de circonstants, créateur d’une attente, celle de la principale, ou, à l’inverse, une ouverture sur la principale, suivie d’un bloc de propositions dont la construction logique, souvent très dense, souligne l’effet de contraste créé par le rapport des volumes et la hiérarchie des sens ). Quoi qu’il en soit, il y a là, stylistiquement, un croisement d’effets rythmiques, sémantiques et phoniques ; on parle alors de convergence stylistique.

–       Les faits de disposition. L’ordre des mots est révélateur lorsqu’il est étudié dans sa régularité, créatrice de parallélisme, ou dans les ruptures qu’il instaure (cf. Le chiasme, l’anacoluthe, l’inversion notamment). Ainsi y a-t-il souvent, par le jeu de rapprochement ou d’éloignement, de symétrie ou de dissymétrie, création de rapports associatifs entre termes mis en équivalence au sein du texte. La distribution relative des termes subordonnées et des termes coordonnés hiérarchise ou non la phrase et lui donne ses profils divers dans le texte.

–       Les alliances des mots. Partant d’un fait de construction (N. +Adj., N+V, V+Cplt.), ces alliances de mots conduisent nécessairement à la saisie de figures de style. Cette saisie est toujours liée à la perception d’une anomalie sémantique dans le cadre d’une combinatoire rigoureuse.

2 2  Les relations entre les phrases.

Sauf exception, tout texte organise non pas une, mais plusieurs phrases ; d’où la nécessité de considérer les rapports qui lient ces phrases et déterminent leur ensemble. Quelques-uns de ces rapports sont à préciser :

–       Les oppositions de longueurs qui sont fréquemment exploitées dans l’architecture du texte. On pense aux effets d’alternance (long, bref,…), aux effets de symétrie, aux ruptures, aux absences aussi. Ces oppositions sont très favorables à la création de lieux privilégiés ou points stratégiques, et donc à la composition du sens. On peut aussi analyser l’opposition des phrases verbales et des phrases nominales, des phrases simples et des phrases complexes.

–       L’articulation des phrases entre elles qui peut être soulignée par un terme de jonction ou non (il y a alors asyndète).Si paradoxalement (mais le paradoxe n’est que très souvent apparent) l’asyndète passe pour plus expressive que l’actualisation du mot lui-même, on doit, dans les deux cas, porter l’attention sur les modes d’enchaînement des phrases car ils apportent des informations précieuses sur le découpage stylistique du texte.

–       La succession des systèmes de concepts que sont les phrases complexes (systèmes hypothétiques : si…alors ; systèmes temporels : quand…alors ; systèmes comparatifs : comme…ainsi, de même que…de même ; etc.) et leur organisation binaire (protase – apodose) permet aussi de saisir, dans la logique des phrases, certains modes de fonctionnement du sens.

 

Conclusion

Dans ce travail, il n’a pas été question de génétique textuelle. Etant un travail sur l’analyse stylistique, il faut que le texte soit pour que la stylistique s’en accapare afin de savoir comment il est construit, comment il fonctionne. Rien de tout ce qui précède ne saurait passer pour exhaustif. Il s’agit tout simplement d’une incitation à la réflexion et non d’un recensement rigoureux de traits stylistiques. Il est vrai qu’il n’y a rien à éluder de ce qui, par leur présence ou leur absence, peut advenir à l’organisation textuelle du sens ; mais il ne faut les traiter que si le texte les intègre dans le principe de son fonctionnement. Tout ce qui a été signalé ici peut, bien sûr, faire l’objet de récurrences, transgressions ou déviations ; ce qui prolonge d’autant l’exploration critique. L’essentiel est de pouvoir percevoir, lors de l’analyse, que toute étude du style, loin de coïncider avec le contenu que la lecture révèle, « constitue une analyse de la forme spécifique d’un texte » (G. Mendo ze, 2002 :46 ). Appréhendé dans le fonctionnement du texte et dans la mise en relation des données du langage, le style est lui-même producteur de sens, un (des) sens dont le dynamisme, l’achèvement à tout le moins brise les habitudes de lectures.

 

Bibliographie

Benveniste, Emile (1966), Problèmes de linguistique générale, Paris, Gallimard.

 

Boissieu, J. L., et Garagnon, A. M., (1987), Commentaires stylistiques, Paris, SEDES.

 

Dugast, Francine (1990), Problèmes de l’analyse stylistique, Rennes, Université de Rennes.2.

 

Fosso, (2001), « Discursivité et aventure syntagmatique », in Ecritures VIII, Yaoundé, CLE.

 

Guiraud, Pierre, (1985), Essais de stylistique, Paris, Klincksiek.

 

Le Bidois, Georges et Robert, (1971), Syntaxe du français moderne, Paris, éd. A. et J.Picard.

 

Mendo Ze, Gervais, (2002), Abrégé de stylistique pratique, Paris, éd. François-Xavier de Guibert.

 

Picoche, Jacqueline, (1977), Précis de lexicologie française, Paris, Nathan Université.

 

Spitzer, Léo, (1970), Etudes de style, Paris, Gallimard.

 

Stolz, Claire, (1999), Initiation à la stylistique, Paris, Ellipses.

 

 

 


PRONOMS ET INDICES EN FRANÇAIS ET EN YORUBA

Dr Abayomi Kizito FOLORUNSO

Osun State University,Osogbo,

Ikire Campus, Nigeria

Résumé

L’objet de cet essai est de faire un examen critique du terme ‘’pronom personnel’’  –  un terme attribué à certains éléments grammaticaux par la grammaire traditionnelle – dans l’intention de proposer pour ces éléments une autre dénomination plus heureuse. L’autre but du travail est de faire une étude contrastive des éléments grammaticaux répertoriés dans la catégorie des ‘’pronoms personnels’’ en français et en yoruba. Le résultat est de trouver des points de convergence et de divergence dans l’emploi et la place de ces éléments dans la phrase.

 

1.0 PREAMBULE

 

Cette étude a pour but de faire une distinction nette entre les éléments répertoriés traditionnellement dans la classe des pronoms personnels et de voir les divergences et les convergences existant dans l’emploi de ces ‘’pronoms’’ en français et en yoruba. Bien que la grammaire scolaire distingue les pronoms toniques autrement appelés ‘’les pronoms disjoints’’ des pronoms atones qualifiés aussi de pronoms conjoints, le terme de ‘pronom’ attribué aux éléments dans la catégorie de pronoms conjoints n’est pas adéquat. Dans cette étude, nous allons opter pour une terminologie renouvelée. Le yoruba en tant que langue, dispose de son métalangage propre à elle pour décrire ses éléments grammaticaux. En fait, dans la grammaire yoruba, les équivalents de ces éléments auxquels nous avons à faire dans cette étude sont distingués mais la dénomination qu’on leur a attribuée est à revoir.

Sont appelés conjoints les ‘’pronoms personnels’’ qui sont soudés ou bien fortement liés aux verbes alors que ceux qui ne peuvent être séparés de la base verbale que par un nombre très limité de morphèmes sont dits disjoints. Le type dit conjoint est dénommé en yoruba ‘oro aropo oro oruko’ qui signifie mot – à- mot, ‘mot remplaçant un nom’ ce qui veut dire simplement ce qu’on appelle traditionnellement ‘pronom’ tandis que le type dit disjoint est appelé en yoruba ‘oro aropo afarajo oruko c’est-à-dire mot à mot ‘mot de remplacement ressemblant à un nom. En français aussi bien qu’en yoruba, les pronoms conjoints et disjoints peuvent représenter un constituant nominal en fonction du sujet et du l’objet. Les mots étiquetés ‘pronoms conjoints’ en fonction de sujet sont dans les deux langues, les suivants :

Singulier                       pluriel

mo  – je                           a –  nous

o –     tu                           e  –  vous

ó  –  il/ elle                      won  –  ils / elles

 

Dans ce travail, l’usage du terme de pronom sera restreint aux formes grammaticales qui occupent syntaxiquement la même position structurelle que le nom. Seront qualifiés de pronoms tous les éléments grammaticaux parmi ceux que la grammaire traditionnelle appelle ‘pronom` qui pourraient commuter avec le nom et le groupe nominal en permettant l’insertion d’éléments entre eux et le verbe.

 

 

Français

Yoruba

Michel et son ami sont arrivés

Maikeli ati ore e re ti dé

Lui et son ami sont arrivés

Oun àti ore e re ti dé

 

Et seront appelés indices pronominaux les morphèmes verbaux, préfixés, infixés ou suffixés au verbe, qui réfèrent au nom et renvoient aux mêmes fonctions (sujets ou complément du verbe) mais ne peuvent être séparés du lexème verbal que par ‘ne’ et quelques autres termes de même rang. C’est dans cette catégorie qu’on pourrait trouver ce qu’on appelle traditionnellement ‘pronoms conjoints’. Dans une même phrase, l’indice peut coexister avec le nom (ou son substitut)

Olu, il l’a certainement fait – Olu, ó ti se é dájúdájú

Lui, il l’a certainement fait – Oun, ó ti se é dájúdájú

 

 

2.0 MISE EN CAUSE DU TERME DE PRONOM PERSONNEL

La grammaire traditionnelle range dans la catégorie grammaticale de ‘pronom personnel’ des éléments comme je/tu/il mais c’est l’occasion d’insister ici sur une terminologie adéquate quant à la dénomination de ces éléments. Ces éléments sont de moins en moins analysés comme des pronoms personnel, tant de point de vue de la syntaxe que du  point de vue de la sémantique. Si l’étymologie et la définition de ce qu’on appelle ‘pronom’ est à considérer (à la place d’un nom), je/tu/il ne devraient pas être  répertoriés dans la classe de pronoms. L’appellation ‘pronom personnel’ attribuée à ces unités grammaticales est donc à mettre en cause et cette mise en cause commencera à partir du qualificatif personnel. On peut se demander dans quelle mesure ces dits ‘pronoms personnels peuvent représenter une personne si l’on s’appuie sur la notion banale de ‘personne’  –  personne humaine. Les deux  premiers (singulier et pluriel je/tu et nous/vous) peuvent passer comme étant personnels en ce sens qu’ils représentent des personnes humaines étant donné qu’ils sont aux termes de Benveniste. (1966), ‘Les instances de discours’, c’est-à-dire les actes discrets et chaque fois unique par lesquels la langue est actualisée en parole par un locuteur. Mais la qualification ‘personnel’ attribuée à la troisième personne reste à revoir. Il en est ainsi parce qu’il peut à la fois représenter une personne humaine et une chose (concrète ou abstraite) par exemple :

 

GN                                         GN

Le professeur arrive           Olùkó m bò

 

IND. PRON                          IND. PRON

Il arrive                                  O m bò

 

GN                                         GN

L’avion arrive                       Bàálù m bò

 

IND PRON                           IND PRON

Il arrive                                  O m bò

 

Vu cette inadéquation du qualificatif `personnel` attribué à ces éléments appelés ‘pronoms’ et pour éviter l’ambigüité que l’emploi du terme de ‘personne’ peut entraîner, certains linguistes tels que Michel Maillar (1990) et Denis Creissels (1990) ont proposé les termes ‘élocutif’, ‘allocutif’ et ‘délocutif’ pour remplacer ce qu’on appelle traditionnellement ‘première personne, deuxième personne et troisième personne respectivement.

Syntaxiquement parlant qui dit ‘pronom’ dit quelque chose qui remplace un nom. Peut-on donc dire que tous les éléments appelés ‘pronoms personnels’ conjoints, peuvent remplacer les noms qu’ils prétendent représenter ? Voyons les exemples suivants pour répondre à cette question :

 

Le professeur arrive           –           Olùkó m bò

Il arrive                                  –           O m bò

J’arrive                                  –           Mò m bò

 

Une vue superficielle de ces données ferait croire que les éléments dits ‘pronoms personnels sujets` peuvent commuter avec le groupe nominal `Le professeur` dont l’équivalent yoruba est ‘Olùkó.’ Ceci n’est qu’apparent. Essayons d’introduire un élément comme ‘aussi’ en français et ‘’pàápàá’ en yoruba entre le sujet et le verbe.

 

Le professeur aussi arrive            – Olùkó pàápàá m bò

b. * il aussi arrive               –  O pàápàá  m bò

2a * Je aussi arrivé           –  mo pàápàá m bò

b Lui  aussi arrive              – Oun pàápàá m bò

3a Moi aussi j’arrive                       – Emi pàápàá m bò

Dans les exemples ci-dessus, on voit que les séries ‘je – mo’ et ‘il  –  o’ ne peuvent pas commuter avec les groupes nominaux ‘le professeur  –  Olùkó d’où l’incorrection des phrases b et 2a ci-dessus. On les trouve rattachés aux verbes dans les deux langues. Donc on ne peut pas les qualifier de pronoms sous peine d’incohérence. Et pour éviter ces problèmes d’incohérences, comme le dit A. Berrendonner (1983), la règle sera : à distribution identique ; catégorie syntaxique (et dénomination) identique ; à distribution différente, catégorie syntaxique (et dénomination) différente. Les pronoms conjoints sujets se comportent comme des affixes représentant le constituant nominal en fonction de sujet. Voilà pourquoi Denis Creissels les appelle ‘les indices pronominaux’. Ce  linguiste a eu le mérite d’avoir mis en rapport ces indices de sujet avec les préfixes verbaux des langues bantoues. Ce terme de l’indice nous semble tout à fait adéquat.

 

3.0. DISTINCTION ENTRE LES INDICES DE SUJET ET LES PRONOMS ET LEUR EMPLOI DANS LA PHRASE

 

Nombreux sont les linguistes qui ont fait la distinction entre les deux séries de pronoms qui existent en français et en yoruba. Denis Creissels (1993/94) par exemple a fait une forte distinction entre les indices pronominaux et les pronoms disjoints qu’il préfère désigner par l’appellation ‘noms déictiques’ Les phrases 2b et 3a ci-dessus montrent un peu la différence entre les indices pronominaux et les pronoms disjoints dans les deux langues. Dans ces phrases on voit que les pronoms disjoints commuent parfaitement bien avec les constituants nominaux. Ces pronoms disjoints sont ceux que les Yoruba appellent ‘Oro aropo afarajoruko’. Ils sont les suivants :

Singulier                                          Pluriel

Moi   –  Emi                                       nous   – Awa

Toi      – Iwo                                       vous   – Eyin

lui/elle            – Oun                                     eux/elles – Àwon

 

Ces éléments se comportent dans les deux langues comme des noms. On peut les inclure dans le sous-ensemble des noms que l’on peut désigner, selon le terme de Creissels (1993/94), comme ‘noms déictiques’. C’est-à-dire formes nominales dont la référence dépend directement de la situation d’énonciation. L’exemple suivant montre qu’ils se comportent dans la phrase comme des noms :

 

(a)  Olu aussi arrive – Olu pàápàá  m bò

(b)  Lui aussi arrive  – Oun pàápàá m bò

(c)  * il aussi arrive   – O  pàápàá m bò

(d)  Moi aussi, j’arrive- Emi pàápàá m bò

(e)  Toi aussi, tu arrives- Iwo  pàápàá m bò

Les phrases ci-dessus nous montrent que les éléments qu’on appelle traditionnellement ‘pronoms disjoints, commutent bien dans les deux langues, avec le nom propre, ‘Olu  ce qui n’est pas le cas avec les indices de sujet (Ex. c) Pourtant, ces pronoms disjoints diffèrent au niveau de leur emploi dans les deux langues. En français, sauf au délocutif singulier, les pronoms disjoints sont accompagnés des indices pronominaux pour faire une phrase emphatique comme celles des numéros d) et e ci-dessus. Par contre, en yoruba, les pronoms disjoints, à tous les niveaux –  élocutif, allocutif et délocutif commutent avec le nom propre sans nécessiter l’adjonction des indices pronominaux de sujet. Néanmoins, en yoruba, les indices de sujet peuvent accompagner les pronoms disjoints sujets, comme c’est le cas en français quand le sujet est topicalisé.

Moi, j’arrive                           –           Emi, mò m bò

Nous, nous arrivons           –           Awa, à m bò

Lui, il arrive                          –           Oun, ó m bò

Vous, vous arrivez              –           Eyin, è m bò

 

Il est à remarquer ici qu’en français, les indices de sujet ‘elle’ (singulier et pluriel), ‘nous’ et ‘vous’ ont la même forme que leurs homologues nominaux  –  les pronoms disjoints. Ceci n’est pas le cas en yoruba. Une chose est claire dans les deux langues : les indices pronominaux de sujets sont étroitement rattachés au verbe.

Aucun élément, sauf des éléments verbaux ne peut les séparer du verbe. Le fait même que le verbe influe sur la forme des indices de sujet en yoruba, spécialement celle de l’élocutif singulier et de l’allocutif singulier, renforce l’affirmation que ces indices ne sont que des affixes verbaux (morphèmes préverbaux) plutôt que des constituants de la phrase :

Mo lo sí oko                          –           Je suis allé au champ

Mi ò lo sí oko                                    –           Je ne suis pas allé au champ

N ó ò lo sí oko                      –           J’irai au champ

Mà á lo sí oko                       –           J’irai au champ

O lo sí oko                            –           Tu es allé(e) au champ

Wà á lo sí oko                      –           Tu iras au champ.

 

Dans ces phrases, il y a quatre formes d’indices de sujet en yoruba qui équivalent à ‘je’ et il y en a également deux formes  correspondant à ‘tu’ selon la couche socio-professionnelle enquêtée. ‘Ma’ aussi bien que ‘Wa’ ne sont que des variétés particulière de la langue yoruba, c’est que le prédicatif copie (dans certains cas) la voyelle de l’indice de sujet, d’ où les énoncés tel que :

(i)            Wà á}

(ii)          O ó   }       lo sí oko         =          Tu iras au champ

(iii)         Ò ó   }

En fait, les analyses faites jusqu’ici   ont bien montré que les traits syntaxiques des indices de sujet les distinguent des pronoms disjoints. Pulleyblank (1986), dans l’un de ses travaux, démontre bien avec la théorie du gouvernement et liages, la distinction existant entre les indices pronominaux et les pronoms du yoruba et les analyses rangent bien ‘les pronoms disjoints’ dans la catégorie des noms. Citant des exemples différents de Bamgbose, Pulleyblank met au clair la différence qui existe entre ces deux séries en yoruba en commençant par leurs propriétés phonologiques. Au niveau des propriétés phonologiques des structures des  deux séries, la série que nous appelons ‘pronoms disjoints’ a les mêmes propriétés phonologiques  que les noms en yoruba. Comme les noms qui sont toujours au moins dissyllabiques, elle aussi contient deux syllabes. Les indices pronominaux quant à eux en yoruba ne possèdent pas cette structure. Ils sont toujours monosyllabiques avec la structure CV ou V (consonne + voyelle ou simplement ‘voyelle’).

Comme cela est indiqué par Bamgbose, citées par Pulleyblank (1986) les phrases qui suivent peuvent également montrer la distinction syntaxique entre les indices de sujet et  les pronoms disjoints du yoruba.

1a Taiwo ati Kèhindé lo          – Taiwo et Kehinde sont

allés

b)  Oun ati Emi lo                   –  Lui et moi sommes allés

2a Kèhindé ati Emi lo             – Kehindé et moi sommes

allés

b) Kèhindé ati mo lo               – Kehinde et je sommes

allés

3a Kehindé ati awon lo           – Kehinde et eux sont allés

b) O ati mo lo                          – il et je sommes allés

4a) Awa méjèèji lo                 – Nous deux, nous sommes

allés

b)  A méjèèji lo                       – Nous deux sommes allés

5a) Awa yìí olówó ni wa         – Nous que voici, nous

sommes des riches

b)  Mo yìí olówó ni mi             –  Je que voici est un riche

– 6a      Emi ni o lo                  – C’est moi qui suis allé

b)         Mo ni o lo                    – C’est je qui suis allé

7a        Emi da ?                     – Où suis moi ? (où suis-je)

b)         O da ?                         – Où est-il ?

 

Remarques

Les phrases 1b et 3a montrent que les pronoms disjoints comme les noms propres, peuvent être coordonnés entre eux ou bien avec un nom propre par la conjonction de coordination ‘et’- ‘ati’, ce qui n’est pas possible avec les indices pronominaux. D’où les phrases incorrectes en 2b et 3b. Les phrases 4 –  6 montrent la différence syntaxique entre les deux séries. Les phrases du groupe ‘a’ montrent que les pronoms toniques peuvent être déterminés et emphatisés, alors que ceci n’est pas possible avec les indices comme le montrent les phrases 5b et 6b. Il est à signaler que bien que les deux ‘nous’ qui sont en tête des phrases 4a et 4b du français soient formellement identiques au deuxième ‘nous’ en 4a, ils sont syntaxiquement différents. Les ‘nous’ en tête des phrases sont des pronoms ou bien au terme de Creissels, (1993/94) des noms déictiques déterminés par ‘deux’ et repris dans la phrase 4a par l’indice pronominal ‘nous` qui se rattache étroitement au verbe dans la phrase. C’est l’absence de l’indice ‘nous’ pour reprendre le pronom ‘nous’ dans la phrase 4b qui rend la phrase incorrecte. Au contraire du français, le yoruba ne possède pas la même forme pour le pronom et l’indice de sujet à l’élocutif du pluriel. ‘A’ dans la phrase 4b est assurément un indice qui s’oppose à la forme nominale ‘Awa` en 4a. Etant un indice ‘A’ ne peut ni être emphatisé ni être déterminé ; d’où l’incorrection de la phrase 4b du yoruba. Encore est-il nécessaire de dire que dans les deux langues, les indices pronominaux ne peuvent être focalisés, ce qui est possible avec les pronoms toniques. C’est ceci qui explique l’acceptabilité et l’inacceptabilité des phrases 6a et 6b respectivement.

En yoruba, quand le sujet est topicalisé dans une phrase interrogative introduite par l’interrogatif ‘da ?’ dont l’équivalence français est ‘où’, on se sert de pronom tonique comme sujet alors qu’en français c’est l’indice pronominal qui peut passer comme sujet. D’où le niveau différent d’acceptabilité et d’inacceptabilité des phrases 7a et 7b dans les deux langues. En fait, cette différence relève du fait qu’on ne peut pas ressortir en yoruba, le verbe dans ces phrases. L’on peut être  tenté de dire que l’élément ‘da ?’ renferme à la fois, la valeur d’un verbe et d’un interrogatif. De toute façon, Ayo Bamgbose (1990) et Oladele Awobuluyi (1979) l’appellent un verbe interrogatif (oro-ise asebeeree). Cependant, cette appellation peut être mise en cause quand on soumet le mot à des manipulations linguistiques auxquelles répond bien un verbe – il s’agit de la nomination et de la négation. Prenons le verbe ‘sun’ qui signifie dormir et comparons-le avec ‘dà’ ?. dans ces manipulations. La  nominalisation d’un verbe peut se faire en yoruba par la formule suivante : c + i + vb. Le c signifie la consonne initiale du verbe  dont il s’agit et le ‘i’ est simplement la voyelle ‘i’ alors que le ‘vb’ veut dire le verbe entier qu’on veut nominaliser. Pour la négation, prenons l’élément de négation ‘kò’ qui signifie ‘ne – pas’ et plaçons-le immédiatement avant le verbe ; la négation du verbe est formée. Par exemple :

(a) Emi sun   –          Moi, j’ai dormi Nominalisation : Sísùn mi – Mon sommeil

(b) Négation : Emi kò sùn – Moi, je n’ai pas dor            mi

Emi dà ?        – Où suis-je

Nominalisation :  Dídà mi  – Mon où

Négation :  Emi kò dà ?      – Moi, je ne où pas.

 

Dans les exemples ci-dessus, on trouve que le mot ‘dà’ ? ne répond pas à ces manipulations linguistiques auxquelles répondent de vrais verbes comme ‘sun’. L’impossibilité de tourner ‘da’ ? aux formes négative et nominale montre qu’il n’est pas un verbe. Il n’est que ce qu’on peut appeler selon Atoyebi (1987), un élément interro-locatif.

 

4.0. LES INDICES PRONOMINAUX D’OBJET

Les éléments traditionnellement appelés ‘pronoms personnels’ compléments d’objet ne vont pas, eux non plus, échapper à une redéfinition. Ces éléments du type conjoint, ne sont, eux aussi, que des indices pronominaux. Dans cette catégorie, il y a deux séries en français. Il existe la série (1) me, te, le, la, les, se, nous, vous, et la série (2)  me, te, se lui, nous, vous, leur. Il y a en plus, la série ‘en’ et ‘y’ qu’il convient de traiter à part. Le français fait une distinction nette entre ces séries. La série (1) est utilisée pour représenter un constituant nominal en fonction de complément d’objet direct et la série (2) est pour représenter un constituant ayant la fonction de complément d`objet indirect. ‘En’ peut être utilisé pour représenter ces deux fonctions et ‘y’ peut représenter un SN en fonction de complément d’objet indirect, les deux peuvent être également utilisés pour représenter un constituant nominal en fonction de complément circonstanciel. En yoruba, une distinction nette telle qu’en français ne se fait pas entre les indices pronominaux d’objet en fonction de leurs fonctions dans la phrase. C’est-à-dire qu’il n’y a pas de distinction entre l’objet direct et indirect ; d’où l’emploi du même indice pronominal pour représenter un SN en fonction des deux compléments. Les indices pronominaux d’objet en yoruba sont les suivants :

Singulier                                          Pluriel

yoruba                                              français

yoruba                                              français

1.  mi              –           me                  wa       –           nous

2e e/o             –           te                    yin      –           vous

3e * ? (voyelle non spécifiée)

Phonologique du verbe)

 

En yoruba l’indice pronominal d’objet au délocutif (3e personne) singulier se forme en répétant la dernière voyelle du verbe.  C’est cette voyelle répétée qui sert comme indice pronominal d’objet au délocutif singulier, par exemple :

J’ai vu le garçon –           mo rí omokùnrin náà

Je l`ai vu                   –           mo rí i

Dans les deux langues, les indices pronominaux d’objet comme les indices de sujet, se rattachent au verbe. Ils constituent un groupe phonétique avec le verbe. Ces indices d’objet comme  ceux de sujet ne peuvent pas commuter fidèlement avec un nom propre dans les deux langues. Deux ou trois exemples suffiront pour le démontrer.

1a       O rí Olú àti Adé        –           Il a vu Olu et Adé

b          O rí i ati i                    –           Il a vu le et le

2a       O ri Adé                     –           Il a vu Ade

O rí i                           –           Il l’a vu

 

Le fait que l’indice d’objet se place avant le verbe, comme on le voit dans la phrase 2b du français, alors que l’objet direct à la forme nominale se place après comme dans la phrase 2a, est une indication que les indices d’objet ne se laissent pas coordonner par la conjonction de coordination dans les deux langues, au contraire des noms propres. En fait c’est ce processus de coordination qui résout le problème de commutation apparente entre le nom propre et l’indice d’objet en yoruba comme le montrent les phrases 2a et 2b.

 

4.1.  Les indices dans la phrase injonctive

 

Les phrases injonctives dites aussi impératives peuvent s’exprimer dans trois formes  –  à l’allocutif du singulier, à l’élocutif du pluriel et à l’allocutif du pluriel. En français aussi bien qu’en yoruba, les noms déictiques ou bien les éléments qu’on appelle traditionnellement les pronoms disjoints et les indices pronominaux d’objet peuvent passer pour objets des verbes à l’impératif.

Dis-moi –                      So fún mi

Laisse-les –                      Fi wón sílè

Regarde-nous –                      wò

Donne-le-lui, ne nous le donne pas – Fún òun, máà fún àwa.

 

Dans la phrase impérative dans les deux langues, les indices pronominaux de sujet ne s’expriment pas surtout à l’allocutif du singulier.

Prends ton argent !             –           Mú owó ò re !

Mange ta nourriture !          –           Je oúnje re !

Sors !                                     –           Jáde !

Mais en yoruba à l’allocutif du pluriel, l’indice de sujet doit être obligatoirement exprimé. Voyons les phrases suivantes à titre d’exemple :

E je oúnje yín !         –          Mangez votre nourriture !

E mú owó yín !         –           Prenez votre argent !

E jáde !                      –           Sortez !

Dans ce cas, c’est l’intonation qui fait distinguer l’impératif du déclaratif en yoruba. Cette distinction peut se marquer à la fin de la phrase, à l’écrit, par un point au déclaratif et par un point d’exclamation, à l’impératif. A l’oral, la voix monte à l’impératif alors qu’elle descend au déclaratif.

Pour rendre la phrase impérative à l’élocutif du pluriel , le yoruba fait recours à l’emploi du syntagme de requête incluant le locuteur ‘je ki a’ (je ki  =  permettre à)

Jé kí á lo !                  –           Allons !

Jé kí á jeun !             –           Mangeons !

Les deux phrases impératives ci-dessus impliquent l’inclusion d’une seule personne avec le locuteur. Mais quand il y a deux ou plusieurs personnes impliquées dans la phrase avec le locuteur ou bien quand la seule personne impliquée avec le locuteur est respectée, l’indice pronominal de sujet à l’allocutif du pluriel ‘E’ doit précéder le syntagme de requête incluant le locuteur :

E jé kí á lo!                –           Allons

E jé kí á jeun!           –           Mangeons !

Le syntagme de requête incluant le locuteur  – ‘jé kí á’ est comme ‘let us/let’s’ de l’anglais, c’est-à-dire ‘permettons-nous’.

 

 

5.1. LES INDICES PRONOMINAUX ET PROBLEMES DE CO-REFERENCE

 

Le problème de référence peut se poser là où un seul indice ou pronom a comme référence deux ou plusieurs objets. Par exemple, dans les phrases qui suivent on constate qu’en français c’est le même indice pronominal de sujet ‘il’ qu’on utilise pour représenter le sujet de la phrase matrice et le sujet de la phrase enchâssée bien que le sujet de référence de la phrase matrice soit différent de celui de l’enchâssée.

1a       Adé so pé Olú rí Adé          –           Ade a dit qu’Olu avait vu Ade

b)        Ó so pé ó rí oùn                   –           Il a dit qu’il l’avait vu

2a       Adé so pé Adé rí Olú          –           Ade a dit qu’Ade avait vu Olu

b)        Ó so pé oùn rí i                    –           Il a dit qu’il l’avait vu.

D’où l’ambigüité dans la phrase ‘il a dit qu’il l’avait vu’ ; ‘il’ peut renvoyer à Adé et à Olu en tant que sujet de la phrase enchâssée dans les deux phrase 1 et 2. Ce même problème se pose au niveau de l’objet. Le ‘l’ peut représenter Olu et Ade, les deux objets respectifs des phrases enchâssés de numéros 1 et 2, d’où également l’ambigüité car ‘l’ peut renvoyer indifféremment à Olu et Ade.

En yoruba par contre, ce type d’ambigüité est évité dans la mesure où le pronom disjoint ‘oun’ employé dans les phrases comme un ‘logophorique’ du terme lancé par Claude Hagège (1982), c’est-à-dire une marque du discours dans le discours d’ego, renvoyant à l’auteur d’un dire réel ou implicite) est utilisé comme sujet de la phrase enchâssée quand celle-ci a le même référent comme sujet que le sujet de matrice. C’est-à-dire quand le sujet de la matrice est le même référent que le sujet de la phrase  enchâssée (c’est le cas de la phrase 2 ci-dessus). C’est l’indice ‘o’ qui représente le sujet de la phrase enchâssée et celui de la matrice quand le sujet de la matrice a un référent différent de celui de l’enchâssée :

O so pé o ri oun       – il a dit qu’il l’avait vu

Quand le référent du sujet de la matrice est identique à l’objet de l’enchâssée, c’est le pronom tonique ‘oun’ qu’on utilise pour représenter l’objet de l’enchâssée, d’où l’emploi de ‘oun’ pour représenter le deuxième Ade dans la phrase 1. Alors que lorsque l’objet de l’enchâssée a un référent qui est différent du sujet de la matrice, c`est l`indice d`objet dérivé de la dernière voyelle du verbe qu’on utilise pour représenter l’objet, d’où l’emploi du ‘i’ dérivé de la répétition de la dernière voyelle du verbe ‘n’ pour représenter ‘Olu dans la phrase 2.

Dans les exemples donnés ci-dessus, l’on peut remarquer que les phrases en français peuvent se livrer plus facilement à l’ambigüité que celles en yoruba en ce sens que c’est l’indice pronominal ‘il’ qui représente tous les sujets dans les phrases enchâssées du type ‘que P’ alors qu’en yoruba il y a l’emploi du pronom tonique ‘oun’ dont l’antécédent est différent de celui de l’indice pronominal pour distinguer le sujet de référence remplacé par ‘o’ de celui remplacé par ‘oun’. Cela réduit la possibilité d’ambiguïté dans les phrases yoruba.

 

CONCLUSION

Nous avons essayé dans ce travail d’analyser des mots répertoriés dans la catégorie de ‘pronom personnel’ et nous avons pu constater que, syntaxiquement parlant, certains de ces mots ne méritent pas d’être classés dans la catégorie de ‘pronom’ si l’on considère le terme de ‘pronom’ comme signifiant ‘à la place de nom’. Dans les deux langues que nous avons examinées, nous avons  remarqué que certains éléments appelés ‘pronoms’ ne peuvent non seulement commuter avec un nom donc ne peuvent pas le remplacer, mais aussi, la plupart de ces mots reprennent d’autres éléments grammaticaux que le nom.

Au niveau du terme ‘pronom personnel’, nous avons essayé de faire voir que le terme de l’adjectif ‘personnel’ attribué à certains éléments dits pronoms ‘personnels’ n’est qu’un abus. Par conséquent, nous avons tenté de redéfinir ces éléments.

A travers des exemples donnés dans ce travail, nous avons mis au clair les divergences et les convergences existant dans l’emploi des pronoms et des indices en français et en yoruba. Vu la divergence au niveau de la représentation anaphorique dans les deux langues, la question de coréférence est donc un aspect linguistique très important dont on doit tenir compte quand il s’agit de la traduction d’une des deux langues à l’autre.

En effet, les éléments traditionnellement appelés pronoms conjoints méritent d’être qualifiés du terme ‘indice pronominal’ alors que les pronoms disjoints se comportant comme des noms propres, peuvent être appelés ‘pronoms’ ou noms déictiques.

 

 

 

 


Bibliographie

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LA METHODE COMMUNICATIVE :

AVANTAGES ET FAIBLESSES

Dr Olu AKEUSOLA

Faculty of Arts and social sciences,

National Open University,

Victoria Island, Lagos,

République Fédérale du Nigeria.

Résumé

Lorsque nous parlons de l’apprentissage de   n’importe quelle connaissance du monde, nous faisons référence à une situation    didactique là où il y aurait celui qui enseigne quelle que chose à  l’autrui qui veut apprendre quelle que chose. Un meilleur apprentissage d’une connaissance dynamique comme la langue en générale et la langue française, langue étrangère, en particulier dicte qu’il y ait une méthode favorable et disponible, non pas seulement aux enseignants mais aussi aux enseignés.  Nous avons constaté aux cours de notre carrière académique et professionnelle que les professeurs, ainsi que leurs étudiants, considèrent l’apprentissage de la langue française, langue étrangère, comme étant difficile et incompréhensible. Nous voulons insister que ce n’est  pas la langue française, langue étrangère, qui est difficile ou incompréhensible. Ce qui est difficile c’est le choix d’une bonne méthode par le professeur pour enseigner de bonnes idées choisies aux élèves : la difficulté aux domaines de l’apprentissage de la langue française, langue étrangère, réside dans le domaine de l’incapacité du professeur de français de pouvoir choisir des idées cohérentes qu’il va enseigner avec une bonne méthode pleine d’activités éducatives et attirantes qui les rendrait facile à comprendre en suscitant les intérêts d’étudiants à toutes ces idées « soi-disant difficiles » qu’il enseigne ; c’est l’incapacité de certains professeurs de français de pouvoir faire acquérir une langue étrangère (le français) à des apprenants, dans un milieu multilingue comme le Nigeria, en adoptant une approche méthodologique capable de mener à des résultats escomptés. Dans cette communication, nous voulons donc mettre en relief la nécessité de l’adoption d’une bonne méthode qui pourrait améliorer la qualité de l’enseignement et en même temps faciliter chez les apprenants la capacité de pouvoir acquérir, non seulement une connaissance nécessaire,  mais surtout un savoir-faire qui leur permettra d’avoir accès à la langue française. Nous visons à élaborer les avantages de cette méthode ainsi que les problèmes que les professeurs qui n’utilisent bien ou n’ont pas bien maitrisé cette méthode avant son emploi peuvent avoir. Voilà pourquoi nous intitulons cette communication comme : Méthode communicative française : avantages et faiblesses.

 

INTRODUCTION

Le problème de la plupart de nos professeurs de français du Nigeria, est la difficulté de pouvoir commencer la planification de leurs enseignements sur la fondation d’une bonne compréhension des méthodes différentes dans le but de choisir une méthode qu’ils considéraient la meilleure et qui peut rendre l’enseignement facile aux étudiants. La plupart de nos professeurs de la langue française sont des francophones ou des francophiles qui ont appris la langue française sans avoir l’intention d’être professeurs : beaucoup d’entre eux avaient fait leurs études dans la faculté des arts, en considérant le français appris dans la faculté d’éducation (de pédagogie) comme faible. C’est en terminant leurs études universitaires et en arrivant au boulot qu’ils se voient « forcés » d’être professeurs. Certes, ils ont acquis la compétence linguistique de la langue française. Même leur performance linguistique ne serait pas en doute. Mais il leur manquerait la connaissance des méthodes différentes disponible aux pédagogues et parmi lesquelles ils peuvent en choisir une (méthode) qui rendrait l’enseignement facile et compréhensible aux étudiants.

Notons que lorsque nous parlons de l’apprentissage de la langue française en générale Germain et Seguin (1998:53) nous ont fait savoir qu’il existe trios grands groupes :

  1. 1. La grammaire d’enseignement destinée aux professeurs, un produit sous la forme de propositions ou de suggestions pédagogiques pour présenter la grammaire.
  2. 2. La grammaire d’apprentissage destinée aux apprenants  se présente comme un produit concret destiné à être directement utilisé par les destinataires sous la forme d’un manuel ou d’un ouvrage orienté vers l’apprentissage de la grammaire.
  3. 3. La grammaire de référence, destinée aux linguistes et aux didacticiens se présent sous la forme d’un ouvrage de base qui présente la grammaire d’une langue de manière soit prescriptive soit descriptive ou les deux à la fois. (cité par Opara 2005 :3)

 

Or, bien qu’ils nous aient montré deux groupes, selon leur classification, chez les spécialistes ; la grammaire d’enseignement destinée aux professeurs du premier groupe et  la grammaire de référence destinée aux linguistes et aux didacticiens de leur troisième groupe,  ils n’ont fait que mettre tous les étudiants dans un seul groupe en les classant comme la grammaire d’apprentissage destinée aux apprenants. Si nous considérons le fait que tous les étudiants, qui vont à l’université pour apprendre une  langue étrangère comme le français, ont des buts spécifiques ; comme ceux qui apprennent le français pour devenir traducteurs, interprètes, fonctionnaires dans des missions étrangères, nous pouvons donc ré-classifier ces groupes en quatre, en divisant leur deuxième groupe en deux :

  1. 1. La grammaire d’apprentissage destinée aux futurs professeurs, qui apprennent les contenus grammaticaux avec des méthodes ou techniques pédagogiques.
  2. 2. La grammaire d’apprentissage destinée aux futurs linguistes/chercheurs et aux futurs traducteurs qui apprennent les contenus grammaticaux sans des méthodes ou techniques d’enseignement.

QU’EST-CE QUE LA METHODOLOGIE ?

En faisant  l’analyse morphologique du mot méthodologie,  on peut voir que c’est un mot créé de deux mots composés ; méthode et logie. Si le mot méthode, venant de l’antiquité lexicale gréco-latine, signifie l’ensemble des démarches raisonnées, suivies pour parvenir à un but ou l’ensemble des manières fondamentales à faire un travail afin d’accomplir un devoir ou bien l’ensemble des techniques objectives que l’on met en usage pour réaliser une tache, le mot logie d’origine grecque, signifie étude scientifique, la Méthodologie est donc une étude scientifique de la méthode. La Méthodologie, c’est une étude scientifique de l’ensemble des démarches, des manières et des techniques de dispenser des cours variés à la compréhension des différents apprenants. C’est une étude scientifique de l’ensemble des règles, des principes, des manières fondamentales et des techniques objectives sur lesquelles reposent l’enseignement et la pratique des langues, des arts, des sciences, des études sociales ainsi que les autres domaines de la connaissance humaine. (cf. Akeusola 1996 :1)

EVOLUTION DE LA METHODOLOGIE FRANCAISE

On peut classer le développement et l’évolution de la méthodologie française en quatre grandes périodes à savoir :

  1. L’ère traditionnelle : C’est une période dominée par l’influence des didacticiens et des pédagogues grecques et romaines. C’est l’ère de la méthode traditionnelle aussi appelée méthode “grammaire-traduction”. Entre les années 1829 et 1900, les grammairiens/didacticiens gréco-romaines ne faisaient que traduire les mots d’une langue étrangère dont ils enseignaient. C’est une méthode qui permet au professeur d’une langue étrangère de dispenser ses cours en utilisant la langue source (une langue officielle  ou maternelle) comme le moyen d’instruction. Les didacticiens de cette époque mettaient l’accent sur l’enseignement de la grammaire en particulier et de la langue étrangère en général dont sa compréhension était basée sur la traduction.
  2. La Période de la Méthode directe : Vers les années 1900, les pédagogues sont fatigués de cette méthode, considérée d’être prescriptive et démodée. Ils allaient introduire une nouvelle méthode nommée Méthode directe ou Méthode moderne. L’accent ne serait plus mis sur l’enseignement de la grammaire en particulier et de la langue étrangère en général à travers la traduction ou l’usage d’une langue source pour enseigner une langue cible, les didacticiens et grammairiens de cette époque étaient encouragés de dispenser les cours d’une langue étrangère en utilisant cette langue cible directement. Les étudiants de cette époque étaient aussi encourager de répéter des dialogues préparés et lus en classe par le professeur. On encourageait les élèves d’apprendre par cœur, de poèmes, des  chansons et des dialogues. Mais si la méthode traditionnelle était condamnée d’avoir mis trop l’accent sur l’écrit tout en privilégiant la connaissance explicite des règles de la grammaire, cette méthode est aussi coupable d’avoir mis trop l’accent sur l’oral et la répétition des dialogues créés par le professeur. Une fois que l’étudiant formé à travers cette méthode est présenté avec une situation linguistiquement différente aux dialogues déjà appris, dans quelques fois par cœur, de son professeur, il serait complètement dérouté. On ne serait plus surpris donc que cette méthode ne durerait plus de cinquante ans.
  3. La Période de la méthode structuro-globale audio-visuelle (S.G.A.V) : Dans les années 50, avec l’épanouissement technologique aboutissant à la production commerciale des matériels audiovisuels tels que la télévision, le film, le cinéma, la vidéo, le magnétophone, le tourne disque, la radio etc., les pédagogues de cette époque se sont regroupés une fois encore, pour évaluer comment ils pouvaient profiter de ces nouvelles découvertes pour créer des aides ou des matériels qu’on pouvait utiliser pour des raisons pédagogiques. Voilà la création d’une nouvelle démarche pédagogique, très bientôt nommée la Méthode  structuro-globale audio-visuelle. Cette méthode met l’accent sur l’oral ainsi que l’utilisation des supports sonores, des images fixes et surtout des dialogues comme point de départ des leçons. Nous voulons noter que contrairement à la méthode dite directe qui dépendait seulement sur les dialogues créés par le professeur, les dialogues dans cette nouvelle méthode étaient présentés dans diverses situations de communication. Mais tout comme la méthode traditionnelle et la méthode directe, la méthode structuro-globale audio-visuelle serait aussi rejetée quelques années plus tard. On l’a condamnée d’être trop scientifique à cause de son approche qui préconisait la programmation des phases d’apprentissage et l’acquisition de la langue à partir des modèles que l’apprenant devait reproduire d’une manière mécanique. Cette méthode a été aussi critiquée pour sa progression très rigide, sa concentration sur la langue, sans tenir compte des besoins et de la motivation des apprenants. Et dans le but de corriger des diverses erreurs de méthodes précédentes en tenant compte, en particulier, des besoins et la motivation des apprenants dans les processus d’enseignement et d’apprentissage d’une langue étrangère, les pédagogues sont venus cette fois-ci avec une nouvelle méthode, l‘Approche Communicative.
  4. L’ère de L’Approche Communicative : Selon Nadine Bailly  et Michael Cohen (2005), l’approche communicative est un terme de la didactique des langues correspondant à une vision de l’apprentissage basée sur le sens et le contexte de l’énoncé dans une situation de communication. Cette approche s’oppose aux visions précédentes s’attardant d’avantage à la forme et à la structure des langues que sur le contexte. Elle est une méthode d’enseignement ayant pour objectif d’aider l’apprenant à communiquer dans la langue étrangère. Elle est l’une des nouvelles méthodes qui entrent dans le cadre de ce qui est désormais appelé la marche vers un renouveau en didactique des langues. (Cf. Galisson 1980). Elle préconise que les étudiants apprennent une langue en « immersion totale ». Révolutionnaire, la méthode communicative s’inspire de la manière dont un enfant acquiert sa propre langue maternelle, sans y penser, sans apprendre par cœur ni mots ni règles de grammaire, sans faire d’exercices. Il s’agit de mettre l’étudiant, dès le début, dans des situations de communication en langue étrangère, de lui faire acquérir des mots nouveaux de manière évolutive, par rapport à ses besoins d’expression, ses « stratégies » de communication (Cf. Guillaume 2007).

L’ORIGINE DE L’APPROCHE COMMUNICATIVE

Pour situer cette méthode dans la chronologie des méthodologies des langues étrangères, Bernard (1991.6), estime qu’elle s’est développée à partir de 1975. Selon lui, on peut la considérer comme une méthode d’enseignement ayant pour objectif d’aider l’apprenant à communiquer dans la langue étrangère. Quant à Bailly  et Cohen (2005),  ils ont précisé la raison pour laquelle la méthode communicative était créée. Ils ont affirmé que :

…. c’est en 1975 que ses traits caractéristiques se dessinent réellement lorsque le Conseil de l’Europe définit le »Threshold Level » (Niveau Seuil) pour l’Anglais qui servira de modèle pour toutes les autres langues. Inspiré des préoccupations militaires des Etats Unis de l’après guerre cherchant à communiquer de manière efficace dans les pays où ils débarquaient, le Niveau Seuil du Conseil de l’Europe fait un inventaire des compétences linguistiques à atteindre pour pouvoir être rapidement opérationnel dans un pays étranger. Pour la première fois, la langue est découpée, non plus en structures grammaticales, mais en une liste de notions et de fonctions définies selon des besoins minimaux. (cf. Bailly  et Cohen (2005)

Comme ils sont d’accord que les traits caractéristiques de cette méthode se dessinent réellement en 1975, ils insistent aussi que cette méthode avait commencé même à partir des années cinquante ou soixante lorsque Noam CHOMSKY était venu avec sa théorie linguistique révolutionnaire, au nom de la Grammaire transformationnelle ou générative. Selon eux l’évolution des grandes théories linguistiques ne peut être analysée sans aborder les différents « conflits » entre les mouvements successifs de la recherche dans ce domaine. Ainsi l’origine de l’Approche communicative peut être placée dans ce contexte des grands débats scientifiques.  Les prémices de l’Approche communicative remontent aux travaux de Noam CHOMSKY qui révolutionna le monde de la linguistique. A l’heure où les théories structuralistes étaient en plein essor, postulant que chaque langue constitue un système de structures complexes imbriquées les unes dans les autres (travaux de SAUSSURE et SKINNER), CHOMSKY intervient et contredit ces approches traditionnelles en introduisant le concept de « Language Acquisition Device » (littéralement traduit par « dispositif d’acquisition du langage »). Selon CHOMSKY, tout être humain possède une capacité innée à décrypter et à comprendre un code langagier grâce à une fonction intellectuelle spécifique. Cette théorie est basée sur l’observation des enfants qui maîtrisent leur langue maternelle en moins de quatre ans sans apprentissage formel. Ainsi, pour CHOMSKY, il n’y a pas plusieurs systèmes distincts mais une seule et unique « grammaire universelle.

Comme s’ils s’en doutent, en pensant que les critiquent n’accepteraient guère cette position historique de l’approche communicative, ils sont proposés plus d’information pour justifier leur position en affirmant que :

des concepts chomskyens découlent les prémices des théories constructivistes et des approches cognitivistes de l’apprentissage des langues. C’est l’ensemble des  théories constructivistes et des approches cognitivistes qui ont introduisent le concept d’inter-langue qui est basée sur l’observation de l’évolution du langage de l’enfant depuis sa naissance jusqu’à sa maîtrise parfaite de la parole. Selon Chomsky (et les psychologistes), l’enfant construit progressivement son propre langage en partant d’une phase de sur-généralisation des règles syntaxiques et en aboutissant petit à petit à une maîtrise ajustée de la parole. Ainsi ces nouvelles observations amènent à penser qu’il en va de même pour tout apprenant d’une langue étrangère qui, pour favoriser son apprentissage, doit construire progressivement son propre langage interne et évoluer naturellement en communiquant. (cf. Bailly  et Cohen (2005)

On peut voir donc que tous les protagonistes de l’Approche communicative sont d’accord que cette méthode met l’accent surtout sur la communication entre le professeur et les élèves comme entre un groupe d’élèves ou un élève aux autres. En mettant l’accent sur l’acquisition d’une compétence de communication, l’approche communicative met en relief la dimension sociale et pragmatique de la langue. Nous voulons signaler ici que le processus d’enseignement ou d’apprentissage d’une langue étrangère à travers l’Approche communicative vise à développer chez l’apprenant, non seulement la compétence linguistique, mais aussi la compétence socioculturelle.

LES EMPLOIS ET LES AVANTAGES DE L’APPROCHE COMMUNICATIVE

Si on compare l’Approche Communicative aux méthodes d’enseignement précédentes, on peut noter que ses emplois ont des avantages suivants sur les autres méthodes:

  1. La focalisation sur l’apprenant: Dans la méthode de l’Approche Communicative, toutes les activités communicatives de la classe sont centrées sur l’apprenant. Le professeur dans cette classe n’est plus « le maître » qui détient le savoir et qui n’autorise les interventions des « élèves » que lorsqu’ils sont interrogés. Il devient un chef d’orchestre, limitant ses prises de parole et encourageant une participation orale spontanée. « L’élève » quand à lui, change également de statut: il se transforme en « apprenant » prenant en charge son propre apprentissage de manière autonome. En d’autres termes, le cours de langue vivante n’est plus centré sur le professeur mais sur l’apprenant. Le professeur dans cette approche n’est donc que le facilitateur qui guide les apprenants à se bien découvrir. Le rôle de Professeur est ainsi redéfini, puisque ce dernier est à la fois, ou au choix, animateur, coordinateur et conseiller plutôt que maître.  Dans la classe de l’Approche Communicative, l’apprenant est placé au cœur même du processus d’apprentissage ou d’enseignement : l’apprenant constitue le point focal de toute l’activité de l’enseignant comme l’élaboration du programme d’étude, la préparation du cours, l’enseignement et même l’évaluation.
  2. Travail sur le discours communicatif: Avec l’Approche Communicative, l’enseignant amène l’apprenant à se rapprocher de la réalité de communication à travers des dialogues puisés de l’usage courant et quotidien de la langue, des jeux de rôles, contes et histoire, drames et dramatisation et des activités variées de simulation autours des thèmes sociaux. Si les méthodes audio-orales et audio-visuelles des années 60-70 offraient l’apport de nouvelles technologies en cours de langues, elles puisaient encore beaucoup dans des approches structuralistes traditionnelles. Le béhaviorisme consistait à introduire des structures toutes faites qu’il fallait répéter puis consolider grâce à un processus de stimulus du professeur et de réponse de l’apprenant. Des exercices structuraux appelés « drills », servaient à rebrasser les éléments appris par une pratique intensive sur un point de grammaire précise.
  3. La considération des intérêts et de la motivation des apprenants: C’est seulement dans la méthode de l’Approche Communicative que l’enseignant vise d’abord à satisfaire aux besoins d’apprentissage des apprenants. L’enseignant qui utilise cette méthode considère, dans sa planification et dans sa démarche pédagogique, des objectifs d’apprentissage que se sont fixés ses apprenants. Avec cette considération des intérêts des apprenants dans le but de les bien motiver,  la progression dans un cours communicatif n’est pas rigide mais souple avec une attention particulière portée à l’apprentissage par rapport à l’enseignement.
  4. La participation de l’apprenant dans le processus d’enseignement ou d’apprentissage: Contrairement à la méthode traditionnelle qui considère l’apprenant comme un vase à remplir par l’enseignant, l’Approche Communicative estime qu’une certaine liberté doit être donnée à l’apprenant afin qu’il puisse se développer à son rythme et selon ses capacités intellectuelles. Ainsi, la participation de l’apprenant est-elle encouragée à travers les jeux de rôles, contes et histoire, drames et dramatisation et des activités variées de simulation. Selon Bailly  et Cohen (2005), dans l’Approche Communicative, il ne s’agit plus de s’attarder sur des structures grammaticales à apprendre par cœur, mais avant tout sur le sens de la communication. Une question posée par le professeur ne donnera pas lieu à une seule et unique réponse contenant une structure syntaxique précise, mais laissera la liberté à l’apprenant de choisir parmi une quantité de réponses possibles selon le message qu’il désire faire passer. Ainsi le cours de langues n’est plus un cours magistral où seul l’enseignant détient le savoir et la bonne réponse. Il devient une séance interactive ou le contexte de la communication est mis en valeur.
  5. L’emploi des documents authentiques pendant l’enseignement : C’est seulement avec l’Approche Communicative que la priorité a été donnée pour l’utilisation des documents authentiques dans l’enseignement des langues étrangères. Selon Galisson et Coste (1976:56), le document authentique est tout document sonore ou écrit qui n’a pas été conçu expressément pour la classe ou pour l’étude de la langue, mais pour répondre à une fonction de communication, d’information ou d’expression linguistique réelle. Selon Coste (1981:35), l’avantage des documents authentiques en classe de langues étrangères réside dans le fait qu’ils permettent de présenter des échantillons de la réalité sociale dans la classe de langue. Ainsi, l’emploi des documents authentiques permet d’aborder facilement les divers aspects (linguistique, social et culturel) de la langue enseignée en classe : les supports étudiés, dans l’Approche communicative, ne sont plus crées artificiellement pour la classe avec le nombre exact de structures à assimiler mais ils sont choisis parmi une source vaste de documents authentiques (extraits littéraires, articles de journaux, émissions de radio, clips vidéos, etc.)

LES FAIBLESSES DE L’APPROCHE COMMUNICATIVE

Comme nous avons bien noté des avantages venant de l’emploi de l’approche communicative pour les élèves comme pour les  professeurs, nous voulons signaler que cette méthode n’existe pas sans problèmes. Ces problèmes viennent principalement des abus de cette méthode par des professeurs qui ne comprennent pas bien, qui ne planifient pas bien ou qui n’ont pas bien maîtrisé l’opération de cette méthode. Il y a aussi des problèmes extralinguistiques qui se développent à cause de l’environnement atroce (soit politique, soit économique soit social) des apprenants.  Ce sont les influences de cet environnement qui influenceraient les professeurs qui abusent, soit consciemment, soit inconsciemment, la méthode communicative.

 

1. La méthode est très théorique et rigide : Cette méthode est très belle, certes, mais elle est aussi très théorique. On voit bien que les pédagogues qui en sont à l’origine étaient des progressistes des années soixante, soixante-dix, qu’ils étaient des philosophes, des idéalistes, des gens sympas qui voyaient l’apprentissage (et l’enseignement) comme quelque chose de chaleureux, d’humain, quelque chose de vivant qui croît naturellement, loin de la tyrannie d’un professeur autoritaire. Par conséquent, quand on applique cette méthode, l’enseignant ne doit jamais dire le moindre mot dans une autre langue que la « langue cible » – le français en l’occurrence. Il ne faut jamais donner d’explication non plus, mais suggérer, faire comprendre, entrer en empathie avec l’ « apprenant » pour qu’il développe son « savoir-faire » plutôt qu’il étende son « savoir », (le savoir étant vu, par ces pédagogues rousseauistes et anarchisants, comme une masse de connaissance, statique, improductif, et sans doute même propice au développement du fascisme.) L’enseignant doit donc parler français et impliquer à chaque instant les apprenants dans des processus d’échanges, d’acquisition et de production de sens ; il s’agite beaucoup, il fait des grimaces, des gestes, des dessins, il montre des images, des choses, il déploie une énergie sans borne pour arriver à faire comprendre : « hier, j’ai pris le train », sans rien traduire. Les étudiants doivent tout comprendre sans dictionnaire, afin qu’ils prennent l’habitude de réfléchir, de deviner, d’induire, comme on le fait dans la vraie vie.

  1. Statut facultatif de l’erreur: D’Après Bailly  et Cohen (2005), avec la définition du Niveau Seuil du conseil de l’Europe, les objectifs pour les apprenants de langues étrangères ont changé considérablement. Le mythe du bilinguisme parfait est remis en question. Il ne s’agit plus de maîtriser parfaitement la langue cible avec un accent irréprochable mais avant tout d’être opérationnel grâce à un bagage suffisant pour pouvoir communiquer dans un pays étranger. Ainsi le statut de l’erreur a évolué vers une plus grande tolérance. On privilégiera la transmission et la compréhension d’un message sensé dans un contexte de communication au détriment d’une maîtrise parfaite des structures grammaticales et du lexique.
  2. L’incapacité de la plupart des professeurs bien comprendre la théorie et l’opération de cette approche : La plupart des professeurs ne savent pas appliquer et parlent français sans avoir ni la connaissance ni l’intuition de l’évolution de la langue, et sans avoir l’attitude créatrice qui va avec cette approche. Nous devons noter que l’approche communicative ne serait pas une approche si facile à mettre en place lorsqu’on n’est pas suffisamment formé, tant au niveau linguistique que pédagogique. De nombreux enseignants sont réellement incapables de mettre en place ce type d’enseignement et cela malgré les discours qu’ils veulent bien tenir. En effet, un enseignement communicatif digne de ce nom implique pour l’enseignant une formation méthodologique à la pratique de techniques utilisables en classe, ainsi que la connaissance poussée de différents outils pédagogiques (méthodes, matériaux complémentaires) et surtout la capacité d’utiliser et d’adapter des documents authentiques.
  3. Le refus indirect de la plupart des étudiants de bien vouloir abandonner des méthodes anciennes : La plupart des étudiants ne sont pas adaptés à cette méthode, ils ne la comprennent pas (et d’ailleurs on ne la leur explique qu’une fois, au début des cours, alors qu’il faudrait constamment leur expliquer pourquoi on fait les choses ainsi plutôt qu’autrement), ils passent leur temps à traduire les mots nouveaux à l’aide de leurs dictionnaires, ce qui fait qu’ils ne peuvent pas (et ne veulent pas) entrer dans l’ambiance de communication qu’on voudrait créer pour eux. D’un autre côté, parfois les élèves croient sincèrement que les méthodes occidentales sont moins efficaces que les vieilles habitudes de répétition, de grammaire et de traduction décérébrée, dans des cours donnés en langue maternelle ou officielle, sans plaisir de la langue et sans communication.
  4. L’incapacité de la nouvelle approche communicative de bien faciliter l’apprentissage de la littérature et de la grammaire théorique dans leur propre forme: Cette approche n’arrive pas à bien enseigner la littérature telle que les romans, le théâtre et la poésie, dans leur propre forme. La langue orale était tellement prédominante qu’elle occupait toute la place du cours de langue, au détriment de l’écrit et de la grammaire. En effet, à force de vouloir tout étudier en contexte en évitant les règles explicites, la grammaire, selon Bailly  et Cohen (2005), était devenue quasiment inexistante ou étudiée brièvement et de manière superficielle. Lorsque les professeurs se rendaient à l’évidence que leurs apprenants nécessitaient tout de même un minimum de bagage théorique, ils retombaient finalement dans des cours de grammaires hors contexte, ressemblant fortement aux anciennes méthodes qu’ils redoutaient tant.
  5. Problème de l’anxiété langagière : D’après Simons et Decoo (2007), Un enseignement communicatif demande à l’apprenant de communiquer et de vouloir communiquer touts les temps en utilisant la langue cible, une langue étrangère à apprendre. Les directives l’y incitent : répondre à des questions, participées à des jeux de rôles, exécuter des tâches orales. La plupart des méthodes partent du principe que le simple fait d’engager ainsi l’apprenant conduit à la confiance en soi et au progrès langagier. Le problème est toutefois que, pour une partie des apprenants, ce sont précisément ces consignes qui engendrent ou aggravent une anxiété fondamentale.  Nous devons noter que parmi ces apprenant rares sont ceux qui, en visite à l’étranger, dans un magasin ou un restaurant, n’éprouvent pas au moins un malaise, voire cet embarras de ne pas comprendre ou de ne pas être compris. Il faut noter que des tâches communicatives comme un jeu de rôle ou un débat sont, pour un grand nombre de personnes, déjà stressantes dans la langue maternelle. Ces tâches le seront encore bien davantage dans une autre langue. En plus, on n’oubliera pas que l’approche communicative a été conçue, en premier lieu, pour des petits groupes d’adultes motivés et de niveau universitaire (Savignon 1990). Si même ceux-ci peuvent souffrir d’anxiété langagière, le phénomène est fréquent parmi des adolescents soumis à un cours FLE « obligatoire » dans une grande classe. Un des abus très important de la méthode communicative c’est la menace qui découle des limites langagières. L’apprenant est sans cesse confronté avec ce qu’il ne sait pas encore, tant dans la compréhension que dans la production. Aussitôt que l’on sort du connu, l’apprenant ressent l’écart entre les facultés d’expression de sa langue maternelle et celles de la langue étrangère. Notons aussi que le degré de difficulté des tâches ne suit pas toujours le progrès langagier : prématurément, la plupart des manuels FLE n’hésitent pas à demander des réactions personnelles à des textes, ou la participation à de petits exposés ou débats – activités qui dépassent souvent les capacités des apprenants. Ces limites langagières ne valent pas seulement pour les compétences productives. La lisibilité de textes authentiques peut se situer au niveau de frustration. Il en va de même pour l’anxiété d’écouter, provoquée par des messages trop compliqués ou prononcés trop rapidement.

 

CONCLUSION

Comme nous avons analysé l’évolution des méthodes pédagogiques différentes, l’origine de l’approche communicative ainsi que les emplois et les abus de cette méthode, une idée est complètement claire : qu’il n’y a pas de théorie ou idée  qui est cent pourcent parfaite sans aucun défaut.  Ce qui implique les abus, les contraints et défauts des théories ou des idées jugées parfaites c’est la nature dynamique du  monde et de l’homme. Dès que le monde, la vie et l’homme changent, toutes les idées théoriques qui se fondent principalement sur ces trois changeraient aussi. Qu’est-ce que nous allons conseiller comme suggestions ou solutions à ces abus de l’approche communicative ? Nous voulons prier les pédagogues de revoir cette méthode en la considérant avec des autres méthodes précédentes dans le but de reformer et corriger les défauts que les chercheurs et utilisateurs de cette approche signifient et notent de temps en temps.

Nous ne condamnons pas cette méthode d’être mauvaise ou faible ; nous ne suggérons même non plus  le changement ou le remplacement complet de cette méthode. Ce que nous disons c’est de provoquer des idées qui forceraient le regroupement des spécialistes et pédagogues, une fois encore, de jeter un coup d’œil sur cette méthode. Dans leurs séances, en repoussant sur leurs expériences et des enquêtes faites avant le colloque, ils trouveraient des réponses à ces problèmes. Leurs découvertes ou suggestions, après cette nouvelle enquête et colloque suggérés ci-dessus, doivent être disponibles aux professeurs (dans les universités et aux collèges d’éducation) ainsi qu’aux étudiants en formation pédagogique

 

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REFLEXION SUR LA LIBERTE DE CREATION  ET D’EXPRESSION LITTERAIRES AU BENIN

 

 

Dr Jean-Euloge GBAGUIDI,

Département des Sciences du

Langage et de la communication,

Faculté des lettres, Arts

et Sciences Humaines,

Université d’Abomey-Calavi,

République du Bénin

 

 

ABSTRACT

The absence of the poets and poetry on the Beninese market is obviousness. Some bookstores constitute the market of the book to the Benin one. They are especially the receptacle of the imported productions of outside. Some authors considered rightly, as of the traditional Beninese’s find themselves there modestly: novelists, dramatic authors, essay writers and rare poets. Poetry deserted only the rays from the bookstores to the Benin one. She also deserted the forum from the media. Not literary publication on the market, to devote pages of analysis to artistic creation. A still timid gleam comes from the private establishments of secondary education that create and animate reviews, which try to cause vocations and to reveal talents.

In twelve years of production of an emission of promotion of the book to Benin, we received approximately two hundred authors of work of the spirit, whose majority are university authors, writers, novelists, essay writers, short story writers and researchers. The remainder, (of the poets) among those, which were received, was it with manuscripts, and, always the miracle waits to be finally made publish. Years that last…. the factors supporting such a situation of poetry are varied.

Of all that proceeds, and, after JACOBSON R. which affirms this “I think that the fundamental reality to which the linguist with business, it is the interlocution_ the exchange of message between transmitter and receiver, sender and recipient, coder and decoder. But the speaker is not in any manner a completely free agent in the choice of the words: the selection must be made starting from the lexical treasure that he, even and the recipient of the message have jointly.” We add that opposite these objective constraints, the creator must himself, by his freedom of creation, to give the means, to have its own style. As, we think as a work of evaluation on a text of poetry, is anything else only one work on the language, considered, from the point of view “of a prevalent function”, for the act of communication as JACOBSON R. underlines. It from where our postulate: any final evaluation of text of poetry must have as a task to count all the functions of the language, therefore involved text, and not to privilege one, the poetic function of them.

 

Résumé

L’absence des poètes et de la poésie sur le marché béninois est une évidence. Quelques librairies constituent le marché du livre au Bénin. Elles sont surtout le réceptacle des productions importées de l’extérieur. Quelques auteurs considérés à juste titre, comme des classiques béninois s’y retrouvent modestement: des romanciers, des auteurs dramatiques, des essayistes et de rares poètes. La poésie, n’a pas que déserté les rayons des librairies au Bénin. Elle a déserté aussi le forum des médias. Point de publication littéraire sur le marché, pour  consacrer des pages d’analyse à la création artistique. Une lueur encore timide vient des établissements d’enseignement secondaire privés qui créent et animent des revues qui essaient de susciter des vocations et de révéler des talents.

En douze années de production d’une émission de promotion du livre au Bénin, nous avons reçu environ deux cents auteurs d’œuvre de l’esprit, dont la plupart sont des auteurs, écrivains romanciers, essayistes, nouvellistes  et  chercheurs universitaires. Le reste, (des poètes) parmi ceux qui ont été reçus, l’a été avec des manuscrits, et,  attend toujours le miracle pour se faire enfin éditer. Des années que ça dure….les facteurs favorisant une telle situation de la poésie sont divers.

De tout ce qui précède, et, à la suite JACOBSON R. qui affirme ceci « Je pense que la réalité fondamentale à laquelle le linguiste à affaire, c’est l’interlocution_ l’échange de message entre émetteur et receveur, destinateur et destinataire, encodeur et décodeur. Mais le locuteur n’est d’aucune manière un agent complètement libre dans le choix des mots : la sélection doit se faire à partir du trésor lexical que lui même et le destinataire du message possèdent en commun. »[1] Nous ajoutons qu’en face de ces contraintes objectives, le créateur se doit, par sa liberté de création, de se donner les moyens, de se faire son propre style. Aussi, pensons-nous qu’un travail d’évaluation sur un texte de poésie, n’est rien d’autre qu’un travail sur le langage, considéré, au point de vue « d’une fonction prédominante », pour l’acte de  communication comme le souligne JACOBSON R. d’où notre postulat : toute évaluation définitive de texte de poésie doit avoir pour tâche de recenser toutes les fonctions du langage, donc du texte en présence, et non en privilégier une, la fonction poétique.

 

 

Introduction

La plupart des observateurs et des spécialistes de lettres s’accordent assez facilement, quand il est question des caractéristiques du processus littéraire au Bénin, sur deux choses. La première, est que le décor littéraire au Bénin a été planté par les romanciers et les essayistes, ce que d’aucuns appellent, de manière rébarbative, les prosateurs. Ils ont, en effet, été les seuls maîtres du terrain et les seuls véritables acteurs du monde littéraire, jusqu’aux indépendances. La deuxième chose qui fait unanimité aussi, c’est que, la poésie née dans les années soixante,  n’a été florissante,  qu’entre1960 et 1972. Depuis c’est la grande traversée du désert pour les poètes béninois.

Plus de trois décennies  que dure la crise de la production littéraire et artistique au Bénin. Plus de trente ans, que la poésie est agonisante. Aucun auteur nouveau n’émerge et ne s’impose par son travail, dans le monde littéraire. Et de moins en moins la poésie, même celle des « anciens » a une visibilité sur le marché littéraire.

Les semences de poètes tombent-elles sur des sols arides? Ou bien, attendent-elles plutôt une terre mise en jachère ? Dans ce cas,  pour combien de temps encore?

Au  vu des observations faites sur le terrain, d’une part et prenant en compte différents témoignages obtenus, ici et là avec des acteurs du domaine, d’autre part, nous nous sommes permis cette réflexion sur les problèmes de la création poétique au Bénin. Notre objectif tenter de construire la relation objective qui devrait exister entre création artistique, société, et créateur (artiste), afin de déceler les causes et facteurs favorisant l’état d’immobilisme dans ce domaine de création. Le créateur béninois, posant un acte de communication, la poésie est un, est-il libre en son âme et conscience, débarrassé des contraires, tant sociales, que techniques dans sa démarche de créateur d’œuvre de l’esprit ? Comment peut-il rester artiste béninois, donc satisfaire une cible bien précise vivant dans un environnement déterminé, et aspirer à la « beauté », qui se veut universelle ?

Dans ce grand dilemme, non résolu, il a tôt fait d’opter pour le silence, en lieu et place de crier et de revendiquer sa liberté d’expression comme l’ont fait d’autres. La renaissance de la poésie est à cette condition, la liberté d’expression, dimension essentielle de l’homme intégral.

 

 

I _Contexte de formulation de la problématique et postulats de travail

1- Contexte de formulation de la problématique

 

L’absence des poètes et de la poésie sur le marché béninois est une évidence. Quelques librairies constituent le marché du livre au Bénin. Toutes concentrées à Cotonou, elles sont surtout le réceptacle des productions littéraires, de matériels didactiques et pédagogiques importés de l’extérieur. Quelques fois, on y décèle des auteurs béninois considérés à juste titre comme des classiques béninois: des romanciers, des auteurs dramatiques, des essayistes et de rares poètes. Les jeunes auteurs sont des « cheveux » à rechercher dans une botte de foins…

La poésie, n’a pas que déserté les rayons des librairies au Bénin. Elle a déserté aussi le forum des médias. Point de publication littéraire sur le marché, pour  consacrer des pages d’analyse à la création artistique. Point d’intérêt pour la chose littéraire dans  les journaux d’information générale. Les radios, nombreuses ces derniers temps grâce à la démonopolisation des ondes, sont plutôt des débits de musiques dites ‘’branchées’’, dont raffolerait une certaine jeunesse béninoise, audimat oblige! Cette réflexion reste aussi valable pour la télévision, tant privée que publique. Une sorte de complot du silence contre tout ce qui apparaît comme intellectuel, donc trop sérieux! Une lueur encore timide vient des établissements d’enseignement secondaire privés qui créent et animent des revues qui essaient de susciter des vocations et de révéler des talents.

En douze années de production d’une émission de promotion du livre au Bénin, nous avons reçu environ deux cents auteurs d’œuvre de l’esprit, dont la plupart sont des auteurs, écrivains romanciers, essayistes, nouvellistes  et  chercheurs universitaires. Et moins d’une dizaine d’auteurs poètes, dont une congolaise, une antillaise. Sur huit poètes béninois reçus, seuls trois ont été édités et ce, après dix ans de recherche d’aide. Le reste parmi ceux qui ont été reçus, l’a été avec des manuscrits, et,  attend toujours le miracle pour se faire enfin éditer. Des années que ça dure….Et pour combien de temps encore ?

Pourtant, les vocations existent. La volonté aussi. Mais c’est sans compter avec un environnement qui, enchaîne, embrigade dans des ‘’chinoiseries’’ à ramollir toutes ardeurs. En effet, réduisant la poésie à la seule versification, le milieu intellectuel béninois a brisé et anéanti beaucoup de vocations, à qui on a tôt fait de conseiller de s’orienter vers la prose.

L’objet de cette réflexion ne porte pas sur la poésie en tant que genre, mais en tant qu’élément de communication. Mais comment s’atteler à cette tâche, sans lever les équivoques autour de la poétique et de la poésie, de la poésie et de la versification. Car la poétique ne se réduit nullement à la poésie, et toute versification n’entraine point la poésie. Et, se fonder sur les seuls critères de la versification pour juger de la beauté d’une production poétique, peut s’avérer une erreur, sinon l’obstacle qui a bloqué le développement du champ de la poésie au Bénin.

 

2 – Postulats de travail

De tout ce qui précède, à la suite JACOBSON R. qui affirme ceci « Je pense que la réalité fondamentale à laquelle le linguiste à affaire, c’est l’interlocution_ l’échange de message entre émetteur et receveur, destinateur et destinataire, encodeur et décodeur. Or on constate actuellement une tendance à en revenir à un stade très, très ancien, je dirais un stade pré-whiteneyen de notre discipline : je parle de la tendance à considérer le discours individuel comme la seule réalité. Cependant, je l’ai déjà dit tout discours individuel suppose un échange. Il n’y a pas d’émetteur sans receveur »[2], nous postulons que la création est un processus de communication comportant « émetteur message (canal) et receveur». On ne peut donc pas procéder par isolement, en privilégiant seulement le texte dans l’évaluation de la création artistique.

Ensuite, s’exprimer « implique la sélection de certaines entités linguistiques et leur combinaison en unités linguistiques d’un plus haut degré de complexité : le locuteur choisit les mots et les combine en phrases conformément au système syntaxique de la langue qu’il utilise. Les phrases à leur tour sont combinées en énoncés. Mais le locuteur n’est d’aucune manière un agent complètement libre dans le choix des mots : la sélection doit se faire à partir du trésor lexical que lui même et le destinataire du message possèdent en commun. »[3] Ainsi parle le chercheur, et nous ajoutons : « en face de ces contraintes objectives, le créateur doit par sa liberté se donner les moyens de se faire son style propre. C’est notre deuxième postulat.

Enfin, un travail d’évaluation sur un texte de poésie, n’est rien d’autre qu’un travail sur le langage, considéré, au point de vue « d’une fonction prédominante », comme le souligne JACOBSON R. d’où notre troisième postulat : toute évaluation doit recenser toues les fonctions du langage, donc du texte en présence

 

II – Clarifications conceptuelles

Langage : est défini par Le Robert, comme la fonction d’expression de la pensée et de communication entre les hommes. Il est aussi la mise en œuvre au moyen d’un système de signes vocaux (parole) et éventuellement de signes graphiques (écriture) qui constitue une langue. M. GREVISSE, dira de même aussi, quand il affirme que « l’homme exprime généralement ses idées, ses sentiments, ses volontés et ses sensation par la parole (le langage parlé_ ou par l’écriture, c’est le langage écrit). Ceci passe par la phrase, qui est, elle- même un assemblage organisé logiquement et grammaticalement pour faire sens.

Le langage, ainsi serait la réalisation concrète un acte de communication, alors que la langue est un ensemble de signes, un système conventionnel régit par des normes et lois internes.

 

Création : on entend par création, selon le dictionnaire philosophique, un processus de l’activité humaine ayant pour résultat la formation de nouvelles valeurs matérielles et spirituelles. C’est aussi la capacité de l’homme de créer par le travail, à partir d’un matériau fourni par la réalité (a partir de la connaissance des lois du monde objectif) une nouvelle réalité satisfaisant à de nouveaux besoins sociaux. Etablissant une typologie ou forme de création, en partant du critère « caractère de l’activité créatrice), on distingue les créations de l’inventeur, les créations de l’organisateur ou manager, les créations scientifiques, et les créations artistiques.

Platon trouvait que l’art était une passion de Dieu. Schelling, voyait plutôt une synthèse du conscient et de l’inconscient. L’art, pour Bergson appartenait de l’intuition mystique, alors que Freud le traitait comme la manifestation de nos instincts.

 

Artistique : qui se rapporte à l’art. Alors comment définir l’art, catégorie à laquelle appartient la poésie ? L’art, la plupart du temps est défini comme la recherche du « beau ». Cependant du « beau », il existe de nombreuses approches de définitions ; ainsi Baudelaire, définissait le beau comme ce qui est bizarre, extraordinaire, alors que Valéry disait du beau qu’il « est ce qui désespère », écrit

Deux grands philosophes, Platon et Kant nous livrent leur acception du « beau », en ces termes. Le premier (Platon), montre que le beau est l’objet de l’amour, et le terme d’une ascension de l’âme (…) le beau se confond avec le bien car « il est impossible qu’en visant le beau on atteigne ce qui n’est pas le bien ». C’est une définition en quatre temps que nous donne Kant dans la « critique du jugement », il écrit «  le beau est l’objet d’une satisfaction désintéressée ; le beau « est ce qui plaît universellement sans concept » : c’est à dire qu’on ne peut pas prouver la beauté, mais l’éprouver. Le beau est « la forme de la finalité d’un objet en tant qu’elle y est perçue sans représentation de fin » : autrement dit, une œuvre ne vise pas une fin utile mais entre toutes ses parties, il y a un accord interne ; enfin, est beau « ce qui est reconnu comme l’objet d’une satisfaction nécessaire » en un mot tous les hommes doivent y être sensibles.

 

La nature de l’art : reproduction ou transformation

En s’appuyant sur le développement proposé dans  ‘’ L’Homme et le Monde’’ de Bordas, on apprend que de l’Antiquité au Moyen âge, le premier critère de la création artistique, fut la « ressemblance ». Il faillait en observant la nature pouvoir la reproduire à l’identique, la copier. Et c’était bien  la règle principale qui régissait l’art, surtout pictural : la capacité   « d’imiter la nature ». Et, quand Platon, voyait le peintre inférieur au philosophe, c’était pour stigmatiser le manque de distance du peintre ; car contrairement au philosophe, il est « l’esclave des apparences »

A cette conception de l’art qui durera, jusqu’au XIXème siècle, on peut opposer, une, certainement plus intéressante et  plus audacieuse, qui considère l’art, non pas comme une reproduction du réel, de la nature, mais plutôt comme sa métamorphose. Ce nous appelons la transformation de l’image du réel. Malraux, un grand homme de culture, un des adeptes de ce courant, pense que par « la métamorphose, l’artiste  impose à la diversité du réel une forme, un style ; cette forme n’est pas issue du réel mais de la spontanéité de l’artiste et de sa culture ». Pour ce faire, l’artiste ne doit pas voir les choses comme le commun des mortels, sous un angle utilitaire.

L’art est une victoire de l’esprit contre les lois aveugles de la nature, il est le résultat réussi d’un effort pour jouer avec ces lois sans les nier, en les transcendants. Ainsi la grâce est un défi aux lois de l’équilibre, ainsi les flèches des cathédrales sont un défi aux lois des masses et de la pesanteur.

 

La liberté : au nombre de toutes les définitions, les unes aussi, ou plus savantes que les   autres ; et au delà du distinguo, qu’il convient d’opérer entre approches philosophico théorique et pratico juridique du terme, nous adoptons ici, la définition de Bossuet, énoncée dans « Traité du libre arbitre » qui dit  « plus je cherche en moi-même la raison qui me détermine, plus je sens que ne n’en ai aucune autre que ma volonté… je sens par là clairement ma liberté ». La liberté d’expression artistique est, devrait être du domaine du libre arbitrage.

 

 

III Modélisation de notre problématique : la relation poète/poésie/usagers

 

1 – Le modèle : En matière de recherche, le rôle d’un modèle apparaît primordial pour donner du sens à une analyse. Le sens, c’est-à-dire l’intelligibilité scientifique du travail viendra « de la confrontation, de la réalité étudiée avec un certain nombre de références, servant de projet de décodage »[4]. Ainsi, dans un travail d’analyse nous nous devons de transformer l’objet étudié en une représentation scientifique, c’est-à-dire le modéliser ou bien, l’écrire sous forme de schéma (faire un modèle de référence). Le modèle apparaît donc comme une projection,  une concrétisation d’une théorie donnée, choisie pour résoudre vos interrogations, selon ces chercheurs. Le modèle selon eux, et nous adhérons à une telle vision des choses, «  servira d’assise à différents types d’étude, d’analyse ou de réflexion. Le modèle illustre de manière simplifiée le fonctionnement d’un phénomène. Il finit par créer une image d’une partie du réel. Le modèle est un schéma qui autorise un ensemble d’éléments théoriques et conceptuels cohérents qui servent de cadre d’analyse du phénomène identifié. Le modèle d’analyse agit comme un mécanisme perceptif et cognitif qui transforme la réalité en représentation. C’est un mécanisme de sélection et de recomposition de la réalité afin de la rendre intelligible. »[5]

 

2 – Le modèle Emetteur/Récepteur : les facteurs de la communication

 

Ce modèle est le plus connu, le plus ancien, le plus utilisé. C’est un modèle qui est né dans les années 40 conçu par mathématiciens ensemble avec les ingénieurs, qui pour des raisons pratiques, étaient les principaux penseurs de la communication. Ils avaient des préoccupations précises, notamment le transport des messages, ou la transmission fiable des informations par ligne téléphonique. Ce fut en ce moment là,  que Shannon et Weaver à la tête d’une équipe de travail pour les postes et télécommunications ont essayé d’inventer ce modèle. C’est un modèle simpliste, selon les termes de MUCCHIELLI A. En effet, ce modèle dit Emetteur-Récepteur considère la communication comme une simple circulation de messages d’un point A vers un point B,  avec la conviction qu’au départ le message à une signification pour l’émetteur. Mais toute la question est de savoir si à l’arrivée ce message demeure toujours le même pour le récepteur. Cette interrogation justifie toute l’attention portée sur la signification du message à l’arrivée. Il a été question donc pour ce modèle de considérer et de faire en sorte que les déformations et les distorsions de l’information soient moindres.

Assurer une bonne communication, faire en sorte que la signification au départ soit la même  à l’arrivée, chez le receveur selon le vocable de Jacobson R, tel était le défi à relever. De ces préoccupations découlent les exigences du modèle. Exigences qu’on peu résumer ainsi « quelles sont les propriétés du contenu du message ? ». Cela voudrait dire qu’avoir pour guide ce modèle revient à s’intéresser de manière particulière : à l’information de départ, au codage, au parasitage, aux effets du canal, au résultat et enfin éventuellement aux corrections retour. L’un des mérites de ces chercheurs, est d’avoir ébauché un schéma, explicatif des différents facteurs du processus de la communication. Enrichi par les apports de la linguistique, Jacobson R le décrit comme suit « Le destinateur envoie un message au destinataire. Pour être opérant, le message requiert d’abord un contexte auquel il renvoie (c’est ce qu’on appelle le « référent », contexte saisissable par le destinataire, et qui est, soit verbal, soit susceptible d’être verbalisé ; ensuite le message requiert un code, commun, en tout ou au moins en partie, au destinateur et au destinataire (en d’autres termes à l’encodeur et au décodeur du message) ;  enfin le message requiert un contact, un canal physique et une connexion psychologique entre le destinateur et le destinataire, contact qui lui permet d’établir et de maintenir la communication .

 

CONTEXTE

DESTINATEUR ……MESSAGE……DESTINATAIRE

CONTACT

CODE

Schéma n°1 Les six facteurs de la communication selon Jacobson

Source : Linguistique générale

 

De ces facteurs découlent les six fonctions de la communication, selon Jacobson. Ces  fonctions qui se retrouvent dans tout message échangé, dans des proportions diverses, l’une pouvant se révéler primordiale par rapport à d’autres. Mais difficile de retrouver des messages à une seule fonction.

 

IV – Les fonctions du langage selon JACOBSON R

 

« Le langage est un code qui a pour fonction essentielle de permettre la communication entre des interlocuteurs ; si certains énoncés sont tout simplement informatifs, d’autres permettent l’expression de sentiments ou une réflexion esthétique et analytique sur la langue elle-même. »

Dans sa démarche de définition des fonctions essentielles du langage, Jacobson fait la mise au point suivante « La diversité des messages réside, non dans le monopole, de l’une ou de l’autre fonction, mais, dans les différences de hiérarchie entre celles-ci. La structure verbale d’un message dépend avant tout de la fonction prédominante. »[6]

 

Ainsi, se trouvent définies les fonctions suivantes, chacune d’elles correspondant à un des facteurs de la communication identifiés précédemment :

 

1_la fonction dénotative, « cognitive », référentielle la visée du référent, l’orientation vers le contexte – bref – est la tâche dominante de nombreux messages, la participation secondaire des autres fonctions à de tels messages doit être prise en considération par un linguiste attentif.

2_La fonction expressive ou émotive, centrée sur le destinateur, vise à une expression directe de l’attitude du sujet à l’égard de ce dont il parle. Elle tend à donner l’impression d’une certaine émotion, vraie ou feinte ; c’est pourquoi la dénomination de fonction « émotive », proposée par Marty (1) s’est révélée préférable à celle de « fonction émotionnelle ». La couche purement émotive, dans le langage, est présentée par les interjections.

La fonction émotive, patente dans les interjections, colore à quelque degré  tous nos propos, aux niveaux phonique, grammatical et lexical.  Si on analyse  le  langage du point de vue de l’information qu’il véhicule, on n’a pas le droit de restreindre la notion d’information à l’aspect cognitif du message. Un sujet utilisant des éléments expressifs pour indiquer l’ironie ou le courroux, transmet visiblement une information, et il est certain que ce comportement verbal ne peut être assimilé à des activités non sémiotiques. Supposer que, les différences émotives sont des éléments non linguistiques « attribuables à l’exécution du message, non au message lui-même, c’est réduire arbitrairement la capacité informationnelle des messages.

3_la fonction conative, ou l’orientation vers le destinataire, trouve son expression grammaticale la plus pure dans le vocatif et l’impératif, qui du point de vue syntaxique, morphologique et souvent même phonologique, s’écartent des autres catégories nominales et verbales. Les phrases impératives diffèrent sur un point fondamental des phrases déclaratives.

4- La fonction phatique ou les messages qui servent essentiellement à établir, prolonger ou interrompre la communication, à vérifier si le circuit fonctionne (Allo, vous m’entendez ?), à attirer l’attention de l’interlocuteur ou à s’assurer qu’elle ne se relâche (dites, vous m’écouter)… cette accentuation du contact, dans les termes de Malinowski, peut donner lieu à un échange profus de formules. L’effort en vue d’établir et de maintenir la communication est typique de langage des oiseaux parleurs ; ainsi la fonction phatique du langage est la seule qu’ils aient en commun avec les êtres humains. C’est aussi la première fonction verbale à être acquise par les enfants ; chez ceux-ci,  la tendance à communiquer précède la capacité d’émettre ou de recevoir des messages porteurs d’information.

5_La fonction métalinguistique_ Chaque fois que le destinateur et ou le destinataire jugent de vérifier s’ils utilisent bien le même code, le discours est centré sur le code : il remplit une fonction métalinguistique (ou de glose). Exemple : « je ne vous suis pas _ que voulez vous dire ? demande l’auditeur, ou dans le style relevé : « qu’est-ce à dire ? » … « Le sophomore s’est fait coller », Mais qu’est-ce que se faire coller » « se faire coller veut dire la même chose que sécher » « et sécher ? » « Sécher c’est échouer à un examen » et qu’est ce qu’un sophomore ? » « Insiste l’interrogateur ignorant du vocabulaire estudiantin. « Un sophomore est un étudiant de seconde année ». L’information que fournissent toutes ces phrases équationnelles est strictement métalinguistique

6_La fonction poétique La visée du message en tant que tel, l’accent mis sur le message pour son propre compte, est ce qui caractérise la fonction poétique. Cette fonction ne peut être étudiée avec profit si on perd de vue les problèmes du langage, et d’un autre côté, une analyse minutieuse du langage exige que l’on prenne sérieusement en considération la fonction poétique. Toute tentative de réduire la sphère de la fonction poétique à la poésie, ou de confiner la poésie à la fonction poétique, n’aboutirait qu’à une simplification excessive et trompeuse.

REFERENTIELLE

EMOTIVE……………POETIQUE……………CONATIVE

PHATIQUE

METALINGUISTIQUE

chéma n°2  Les six fonctions du langage. Selon Jacobson

 

 

V – Poétique et poésie : de la théorie de la poétique

 

« L’objet de la poétique, c’est avant tout, de répondre à la question : qu’est-ce qui fait d’un message verbal une ouvre d’art. »  Ainsi parle Jacobson, et il poursuit en ces termes «  La poétique a affaire à des problèmes de structure linguistique, exactement comme l’analyse de la peinture s’occupe des structures picturales ». Le chercheur, dont la valeur ne peut être contestée, n’a pas affirmé que la poétique a affaire la poésie. Mais plutôt, de dimension esthétique, pour emprunter les termes de BOURDEREAU F. et FOZZA J-C d’un message verbal. La poétique recherche dans un énoncé verbal ce qui fait sa beauté. De ce point de point tout énoncé, même les proses font partie intégrante des préoccupations de la poétique. Cette opinion qui a toujours été la nôtre, se trouve confortée par celle du chercheur qui condamne à juste titre, la volonté qu’éprouvent certaines catégories de chercheurs à dresser les cloisons entre études littéraires et étude linguistiques. Un texte littéraire, certes peut être étudié entant que tel, mais il est avant tout un élément de communication, ayant un ou des destinataires virtuels, fussent-ils !

A cet égard, il nous est lisible ici de vous faire part une anecdote que partageait avec nous (étudiants), le professeur de littérature.

« Un prince tomba amoureux d’une femme et se décida de le lui faire savoir. Alors il prit sa plume, la trempa dans de l’encre et de sa plus belle écriture dessina sur le papier : vos yeux me font mourir d’amour, Madame. Après avoir lu et relu, il se trouva insatisfait, mais aussi furieux de ne pouvoir dire exactement ce qu’il éprouvait. Il fit appelle à son précepteur. Tremblant et apeuré le vieil homme se précipita dans la chambre du jeune prince abattu et malheureux. Le prince fit l’effort de lui narrer son problème, avec pour consignes strictes de rédiger une lettre de déclaration d’amour à sa dulcinée. Lorsque le précepteur prit connaissance du brouillon du prince, il le trouva beau. Et le prince de lui répliquer : je voudrais encore plus beau…Quand il revient des moments après, il laissa au jeune amoureux de prince ce que voici :

_ Madame, vos yeux, d’amour me font mourir !

_ Vos yeux Madame, me font mourir d’amour !

_ Vos yeux, d’amour me font mourir, Madame !

_ Vos yeux Madame, d’amour me font mourir !

_ D’amour, Madame, vos yeux me font mourir !

_ D’amour, vos yeux me font mourir, Madame !

à la lecture des propositions du précepteur, les yeux tantôt tristes du jeune prince, se mirent à briller de joie. Le vieil homme craignant les courroux du palais, pouvait afin respirer… le prince l’embrassa et le remercia chaleureusement. Mais le vieil homme eut l’honnêteté de lui faire remarquer que rien de fondamental n’avait changé par rapport à son brouillon. Non, répondit le prince. Dans vos textes, il y a quelque chose qui manquait au mien. Pourtant, ce sont vos propres mots finit le vieil homme avant de rabattre la porte sur le jeune amoureux ravi. »

Quelle est la moralité de cette anecdote : le jeune prince voulait sortir de la banalité, de la routine. Mais pourquoi ? La réponse se trouve dans le contexte : il est amoureux, il veut le faire savoir de manière originale. Il voulait construire une belle phrase pour sa bien aimée. A notre avis, son seul problème, c’est fut de ne point chercher à aller au delà de la structure primaire de la phrase française, disons, de la syntaxe qu’on résume souvent ainsi : S + V + C  (sujet – verbe – complément)  « vos yeux me font mourir d’amour, madame ».

Le vieil homme, quant à lui, à la recherche du beau, donc au nom de la poétique, a bousculé l’ordre des choses. Il a osé ne pas respecter la structure primaire de la phrase française, et notre prince s’en est trouvé émerveillé. C’est ce que nous appelons la liberté de créativité de l’artiste.

Enfin, les propositions ramenées au jeune prince n’ont rien en commun avec de la poésie. Mais toutes sont le symbole d’une recherche de poétique dans ces phrases pourtant déclaratives.

Jacobson R, dans sa démonstration sur le phénomène de la poétique, nous édifie sur la question par  les exemples cités ici. Il s’agit d’une conversation entre, nous supposons, un homme et femme  « Pourquoi dites vous toujours Jeanne et Marguerite, et jamais Marguerite et Jeanne ? Préférez-vous Jeanne à sa sœur jumelle ? », « Pas du tout, mais ça sonne mieux ainsi. (Souligné par nous)».[7] Et il poursuit en écrivant, « Dans une suite de deux mots coordonnés, et dans la mesure où aucun problème de hiérarchie n’interfère, le locuteur voit, dans la préséance donnée au nom le plus court, et sans qu’il se l’explique, la meilleure configuration possible du message. »[8]

Le second exemple, « Une jeune fille parlait toujours de « l’affreux Alfred. » « Pourquoi affreux ? « parce que je le déteste. » « Mais pourquoi pas terrible, horrible, insupportable, dégoûtant ? », « Je ne sais pas pourquoi mais affreux lui va mieux ». Sans s’en douter, elle appliquait le procédé poétique de la paronomase.

Dans ces deux exemples du grand linguiste, nous déduisons tout simplement que, tant dans le premier cas, que dans le second, nous avons une sorte de subjectivité, qui ne s’explique que par la liberté de dire (bien sûr sans enfreindre aux normes de la langue), comme nous le sentons, mieux, du moins plus beau, ou expressif pour nous. Le grand poète russe Pouchkine, disait à sa dulcinée « Je vous aime. Oui, vous aimer est encore possible. Vous aimer comme au premier jour, d’un amour ardent. »[9]. Et à la question de savoir pourquoi, il vouvoyait sa femme bien aimée, il donna la réponse qui suit « à un être cher, il faut des symboles précieux aussi. Le « tu » est moins onéreux et dépréciant, méprisant ». Ainsi, aurait parlé Pouchkine ! Mais qui des béninois n’a pas appris le contraire ?  Culturel ? Nous ne le croyons pas, puisqu’au même moment, d’autres auteurs poètes russes, comme Koltsov A. V. s’éloigne de cette pratique et s’accommode bien avec le « tu » « Quand je te rencontre, quand je te vois, quelles agitations, quels feux embrasent mon cœur »[10] La recherche du beau, du bien dire et surtout de bien exprimer ce que nous pensons, doit être un souci permanent pour tout locuteur.

Nous avons tous à des degrés divers, entendu parler ou étudier la célèbre déclaration au jury de ZOLA E. (1840-1902) sur l’affaire DREYFUS. Qui connaissant ce texte, peut nier toute sa charge poétique, ou si vous le voulez, dénier à ce texte la fonction poétique dont elle est chargée. Vous y déceler des règles de la rhétorique et de l’élocution, telles que les parallélismes, les gradations, les anaphores et j’en oublie. Personne n’a jamais pu affirmer jusqu’à ce jour que le texte en question fut de la poésie.

Pour conclure sur cette question, nous voudrions dire deux choses : la première, est qu’on ne saurait demander à des auteurs dont on juge les productions dépourvues de beauté, de s’orienter vers la prose, car, et la prose et la poésie, doivent toutes à la poétique. La deuxième chose est qu’on ne saurait réduire la valeur intrinsèque de la poésie aux seuls critères de structure et de beauté (poétique) au détriment des autres fonctions qu’elle peut bien remplir. Et c’est là, la question fondamentale de la poésie au Bénin.

C’est pour cette raison que nous disons ensemble avec Jacobson R. que «  Malheureusement, la confusion terminologique des études littéraires avec la critique pousse le spécialiste de la littérature à se poser en censeur, à remplacer par un verdict subjectif la description des beautés intrinsèques de l’œuvre littéraire. Disons tout de suite que, …La fonction poétique n’est pas la seule fonction de l’art du langage, elle en set seulement la fonction dominante, déterminante. Cependant que dans autres activités verbales elle ne joue qu’un rôle subsidiaire, accessoire. Aussi traitant de la fonction poétique, la linguistique ne peut se limiter au domaine de la poésie. Parfois ces différentes fonctions agissent séparément, mais normalement on a affaire à un faisceau, à un paquet de fonctions »[11].

Le problème essentiel pour l’analyse du discours, et la poésie, entant que production artistique en est un,  est celui du code commun à l’émetteur et au receveur et sous-jacent à l’échange des messages. Toute communication serait impossible en absence d’un certain répertoire de ‘’possibilités préconçues’’ ou de ‘’représentation préfabriquées’’, comme le disent les ingénieurs, et notamment Mackay (théories linguistiques et logiques du langage)[12].

 

VI _ l’état  de la poésie au Bénin :

Prendre conscience de l’état de la poésie et s’interroger sur les causes de l’agonie de cet art chez nous  est une nécessité, un devoir  intellectuel avant d’être politique si on veut.

De nos multiples conversations et rencontres, nous avons  eu quelques pistes de réflexions susceptibles d’éclairer sur certains facteurs qui expliquent cet état de chose :

1 – Les préjugés : un poète = un génie

On peut définir la poésie de plusieurs manières. Au sens  strict du terme la poésie est un texte rédigé en vers, avec tout ce que cet exercice comporte de contraintes techniques. Mais cette définition côtoie, une seconde, plus large, disons même plus flexible, qui conçoit la poésie comme un texte, en vers ou en prose, où l’écrivain donne libre cours à une inspiration lyrique.

Si, telles sont les différentes approches de définitions de la poésie, rien ne nous permet de trouver des germes spécifiques aux poètes. Mais, on sait aussi, qu’un grand nom comme Voltaire, définissait la poésie comme « la musique de l’âme, et surtout, des  âmes   grandes et sensibles ». Alors les poètes seraient de grandes âmes !  Une grande âme_ un demi dieu_ un génie…donc

Les rares béninois qui créent, qui publient s’adonnent volontiers au genre romanesque où ils prétendent être plus à leur aise. On en déduira, qu’ils  sont beaucoup moins à l’aise dans la création des œuvres poétiques. Ils ne sont pas de grandes âmes ! En effet, pour nombre de jeunes béninois rencontrés et interrogés, un poète est avant tout un génie, un être hors du commun, un illuminé, une sorte de Moise ayant pour mission de recevoir des messages divins des mondes supérieurs pour les mortels d’ici-bas. L’image du poète n’est donc pas banale. C’est une image noble, magique, très valorisée et valorisante. On en a conscience. Hautement d’ailleurs. Le paradoxe vient du fait que, cette image bien que valorisante est loin d’être excitante, stimulante. Elle devient écrasante, paralysante et n’entraîne que des attitudes de répulsion vis-à-vis de ce genre littéraire. C’est à croire que la jeune génération de créateurs béninois se refuse d’assumer de si lourde responsabilité, disons symbolique. Elle n’aspire plus à quelque chose d’aussi élevée, à une si haute place. Elle veut être plus terrestre,

Mais en réalité, un poète, est-il un génie ? A chacun sa réponse. Platon depuis l’Antiquité affirmait déjà que l’art est le jeu de Dieux ! Pourquoi s’interdire de jouer au jeu des dieux ? Mais, ce préjugé n’explique pas tout dans ce débat.

 

2 – Quel statut pour la poésie : un art et /ou une science?

Nous venons de dire que la tendance est de prendre un poète pour un génie. En d’autres termes, un poète est un être qui sort de l’ordinaire. Il est détenteur de toutes les ‘’sciences infuses et secrètes’’, donc un surdoué. Ce terme de génie placé dans le contexte africain, mais surtout béninois,  peut prendre encore  une autre dimension. On passe de l’être super intelligent, à l’être mystérieux, détenteur d’un pouvoir surnaturel à lui confié par un être, lui aussi transcendantal  lors d’une ‘’rencontre en pleine forêt’’, ou au cours d’un sommeil, qu’on dirait initiatique. C’est d’ailleurs une version dont la plupart des chanteurs et autres créateurs se servent, pour expliquer leur talent artistique et certaines compétences jugées innées et souvent découvertes à un âge avancé.

La poésie est-elle un art, une compétence qui se révèle au poète par un Etre mystérieux qu’on nommerait « dieu de la poésie » ou une technique, un système de savoirs auquel quiconque pourrait avoir accès s’il le désirait?

La réponse à cette question ne va pas de soi. Certes, une certaine classification traditionnelle des arts  place la poésie dans la catégorie des arts rythmiques au même titre que la danse et la musique. Alors, si tant est que la poésie relève du domaine de l’art, elle est donc avant tout du monde des émotions, et de l’imagination créatrice. Elle est l’expression d’une expérience rigoureusement intime, profonde donc personnelle. Elle est sensibilité, expressivité, sincérité, pureté et surtout liberté. Et nous ne faisons nullement preuve d’originalité en le disant, car Georges SAND écrivait déjà : « chez Chopin, la création était spontanée, miraculeuse ; il la trouvait sans la chercher, sans la prévoir, elle venait, complète, soudaine, sublime »[13]. Une idée similaire aurait été avancée par Chateaubriand : « Un beau jour, je m’étends, je ferme les yeux complètement. Je ne fais aucun effort. Je laisse se dérouler l’action sur l’écran de mon esprit … Je regarde en moi les choses se faire. C’est un rêve. C’est l’inconscient »[14] Ceci me conduit à dire comme l’autre, que la poésie est victoire personnelle sur les contraintes, les dures lois de la nature qui nous défie au quotidien.

Mais, nous  savons bien qu’en matière de poésie, il ne suffit pas d’exprimer son monde intérieur. Il faut le faire d’une certaine manière, dans une certaine forme, puisque, même le monde intérieur quelque beau fut-il, doit être bien présenté, et ce, selon les règles et les critères du beau. Le tout n’est pas d’avoir de belles choses à dire, il faut se donner les moyens de bien le dire. Le ‘’beau’’ et le ‘’bien’’ doivent répondre à la loi de l’harmonie…Selon une certaine école, ou courant de pensée, ici s’arrête la liberté de création du poète. Et c’est ici que commencent les déboires de la poésie, en général et de la poésie béninoise en particulier

 

3 – La poésie_ un système de savoirs aussi !

Qui n’a pas été confronté, dès ses premiers contacts avec la poésie, à des notions telles que : poésie lyrique, poésie épique, poésie didactique, métrique non régulière, alexandrin, rime pauvre, rime riche, rimes embrassées, féminines ou masculines, et j’en oublie. Si la liberté du créateur s’arrête ici à ce point, c’est aussi là que démarre tous les cauchemars des jeunes qui aspirent à la création poétique.

En effet, la toute relative compétence des jeunes en matière de technique d’écriture poétique, doublée d’une compétence linguistique, elle aussi approximative n’arrange rien pour ces jeunes dont la seule ambition légitime est de pratiquer un art qu’ils affectionnent. Si nous devions nous référer à mon expérience personnelle, nous vous dirons, que malgré nos études de lettres, études qui nous ont conduit au baccalauréat  série L (lettres littérature), toutes nos connaissances regroupées, dans le domaine de la poésie tiendront exactement sur cinq feuillets de cahiers. Aussi, durant toute notre formation, nous n’avions jamais écrit un seul vers,  en guise de travaux pratiques. Si nous lisions un poème, c’était pour en faire un devoir de commentaire, que d’ailleurs nous ne réussissions jamais, puisque tout était pure chinoiserie pour nous.

Malheureusement rien  ne dit que les jours et les années à venir, seront meilleurs. En effet rien dans les programmes d’enseignement dans les options « lettres et littérature », les conditions de travail des élèves et des enseignants, ne permettent d’espérer un retournement de situation. La partie des cours de littérature  concernant la poésie et la création poétique, est désespéramment théorique, superficielle et rébarbative…

On pourrait en conclure que la nouvelle génération de poètes ne peut qu’être réduite à une activité de création poétique en prose surtout et quelques fois en vers blancs, l’inspiration artistique se retrouvant en panne de technique d’écriture, faute d’un minimum de savoirs et de savoir–faire donnés à l’école.

 

VII – Un puritanisme excessif et nuisible

Ce que nous appelons « puritanisme » en poésie aujourd’hui ne date pas de nos jours. Le débat ouvert depuis le XVII siècle, entre Malherbe[15] qui fixa les règles de la poésie d’un coté, et Maynard et Mathurin Régnier, qui s’écartent de cette approche, et Théophile de VIAU, de l’autre qui disait écrire « à sa façon», défendant ainsi la liberté du créateur qu’est le poète, reste ouvert. Une ouverture qui apparaît comme la garantie, depuis ce temps, et jusqu’à nos jours, de la liberté de création poétique en France, notre « maître » en la matière. Et c’est la manifestation de cette liberté qui fait que Baudelaire pouvait écrire en respectant ici certaines règles, mais volontairement, et qui permettent de dire qu’ils sont des vers écrits en rimes embrassées, c’est-à-dire de type [a, b, b, a] comme ici:

« La nature est un temple où de vivants piliers

Laissent parfois sortir de confuses paroles:  l’homme y passe à travers des forets de symboles

Qui l’observent avec des regards familiers »[16].

Extrait de Correspondances,   sonnet publié dans la première édition de1857.

 

Nous ne vous dirons rien de nouveau si nous vous confessions toute notre admiration et nos respects pour l’auteur de ces vers, dont la  profondeur à la fois, spirituelle et symbolique, ainsi que la beauté, ne sont plus à démontrées.

Cette même liberté permet à,  Pierre Emmanuel (1916-1984), professeur de philosophie, homme de média et poète, plus proche  de nous, de se montrer tout à fait libre de toutes contraintes, sans passer pour  autant pour maladroit et superficiel comme poète. N’est-ce pas vrai, que dans ces vers-là, il y a de beauté et de la densité dans les mots?

 

« Vous ne pouvez pas emprisonner la vision.

Vous ne pouvez pas empêcher l’arbre d’être libre.

La face de vos victimes l’avez-vous vue ?

Dans la gloire tragique et crue de la souffrance Comme un stigmate ineffaçable au cœur de Dieu. »[17] …….

Extrait de « Ô mes frères dans les prisons »

Qui oserait nous dire et surtout nous démontrer que dans chacun de ces extraits, il n’y a pas, beauté et sensibilité, pureté et expressivité ? Qui nous dira que  l’un est plus poète que l’autre, malgré les différences de techniques et de méthodes. A notre avis, personne n’oserait s’essayer à une telle tâche.

En dépit de cette évidence, il n’est pas moins sûr que Pierre Emmanuel ait  pu réussir comme poète au Bénin. Et ce pour cause. En effet, l’impression qui se dégage de nos observations et de nos conversations avec beaucoup de jeunes, aspirant à la création poétique, est que tout le monde, à savoir : critiques, créateurs et amateurs de poésie mettent un signe d’égalité entre poésie et versification rimée et mesurée. Ainsi, nombre de jeunes créateurs, se sont vus faire des observations comme celles-ci, par leurs aînés : « tes manuscrits sont justes bons pour la poubelle. Tu devrais aller lire tel et tel d’abord, avant de te demander, si tu peux faire de la poésie ». Le plus affligeant c’est d’entendre te dire : « fais plutôt des romans, la poésie n’est pas donnée à tout le monde ». Et croyez nous, ces genres d’observations ont eu leurs impacts: elles ont eu pour effet de briser des vocations, de semer le doute chez certains ou d’inhiber la création chez d’autres encore.

Ainsi, se faisant ‘’malherbiens’’, ils tuent l’élan de spontanéité, privilégiant sonorité obtenue par une technique mal assimilée, tombant  du coup dans une certaine grandiloquence assourdissante. Au final on obtient des textes, que nous nous  me permettons d’appeler « corps sans âme et sans esprit ».des textes écrits pour personne. Car en réalité un texte, fut-il de poésie, est un élément de communication. Et, ce n’est pour le simple plaisir que nous avons pris le temps de rappeler les facteurs de la communication. On écrit pour une cible, et celle est sensée partagée un minimum de répertoire commun, ce que Jacobson R a appelé « ‘’possibilités préconçues’’ ou de ‘’représentation préfabriquées’’, comme le disent les ingénieurs, et notamment Mackay (théories linguistiques et logiques du langage)[18].

Pourquoi devrait-on s’enfermer dans des normes non apprises, ou même, apprises mais non assimilées et non maîtrisées, au risque de tuer le message à porter ?    Pourquoi, n’est-il pas possible de faire, comme le disait, Jean-Joseph RABEARIVELO, « table rase des chinoiseries de la versification occidentale »[19] et voir dans les profondeurs de son sol et de son sang les réponses aux questions qui se posent chez nous aujourd’hui à la création artistique ?

Et joignant l’acte à la parole, RABEARIVELO, publie le poème suivant, qui illustre sa vision de la création poétique. Une vision  qui produit des vers assez proches de ceux de Pierre Emmanuel. Ils  sont tout aussi beaux que profonds. Et pourtant dépourvus de ce qu’il appelle, ces « chinoiseries de la versification occidentale » pour emprunter l’expression de l’auteur lui-même ;

Tu n’as fait qu’écouter des chants

Tu n’as fait toi-même que chanter ;

Tu n’as pas écouté parler les hommes

Et tu n’as pas parlé toi-même.

Quels livres as-tu lus ?

En dehors de ceux qui conservent la voix des  femmes

Et des choses irréelles ?

Tu as chanté mais n’as pas parlé

Tu n’as pas interrogé le cœur des choses

Et ne  peux pas les connaître

Disent les orateurs et les scribes ;

 

….extrait du recueil « presque songes »[20]

 

Un des plus grands poètes béninois, en tout cas, le plus fécond à ce jour, a semblé avoir fait cette option, lorsqu’il écrit :

« Ne vous préoccupez donc pas outre mesure de la musique des mots, de la forme des vers… car notre ambition est de ne pas emprisonner l’idée, mais de lui donner des ailes. De la poésie sans métaphore, litote est inconcevable ; mais vous en rencontrerez très peu dans ce recueil, car nous sommes parfois direct et faisons fi des fioritures qui risquent de noyer l’essentiel »[21]

Cette opinion mérite d’être méditée par nos jeunes créateurs. Eustache PRUDENCIO, n’invite nullement à la paresse et à la médiocrité. Il fut lui-même le symbole de la recherche permanente du beau

 

 

Conclusion

La poésie se meurt, malgré les talents qui existent, même s’ils ne sont pas légions. Mais,  ce n’est pas la foule qui crée d’ailleurs ! La non-maîtrise de quelques techniques d’écriture est en train d’ensevelir la création poétique. Ce qui ne devait pas l’être.  En tout cas, selon mes convictions. Et c’est ce qui me fait dire et surtout, me fait croire que nous avons une liberté de choix après tout. En face de notre auditoire, de nos cibles avec qui nous communiquons après tout et avant, toutes considérations techniques, intellectuelles et artistiques, nous avons à assumer notre liberté d’expression intégrale. C’est une condition essentielle de la création artistique.

Devant nous, devant chaque créateur aujourd’hui s’offrent deux voies : celle de Senghor L. S. et celle  de A.  KOUROUMA : Le premier, un grammairien, spécialiste de la langue, amoureux du style châtié et le second, un technicien, loin de toutes préoccupations linguistiques, qui affirme traduire sa langue maternelle en français. Ce faisant, il se plaît à casser la langue française comme il le dit lui-même, avec une liberté qui lui a valu pendant longtemps le rejet des milieux intellectuels.

Chacun des deux hommes, librement dans un rapport personnel avec la langue de travail qu’est le français  a    développé ses talents et a servi l’art et l’humanité. Il faut que  ce choix puisse exister aussi pour les jeunes créateurs béninois. La renaissance poétique est à ce prix. Le plus important est la manifestation du talent, du génie et du travail créateur. En dernière analyse, le message porté.

Il faut toujours avoir en conscience et savoir que le génie qui a posé la ferraille debout, à la verticale, pour en faire la Tour Eiffel à Paris, n’est ni plus, ni moins génie, que celui qui l’a laissée couchée, à l’horizontale,  pour en faire le pont de Brooklyn. Et dans l’un et l’autre de ces ouvrages, fruits du génie humain, il y a cette poésie regardante que l’humanité n’a pas fini de célébrer.

 

Références bibliographiques

 

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PAGES AFRICAINES. Paris : Edition Hatier, 1966

 

ROUQUETTE M-L. La communication sociale, Paris : Dunod, 1998

 


LA CREATION SEMANTIQUE PAR

DERIVATION ET PAR COMPOSITION :

LE CAS DU FRANÇAIS DE RUE, BIDJANAIS.

 

Dr Akanbi  M. ILUPEJU

Department of European Languages,

Faculty of Arts, University of Lagos, Nigeria

 

Résumé :

La langue française sert de langue véhiculaire et de lingua-franca pour tous les habitants de la Côte d’Ivoire. Une centaines de langues nationales y influent sur les emplois du français standard. Les rues des grands quartiers d’Abidjan sont les lieux les plus favorables à l’apprentissage du français non standard comme le français de rue. Pour créer des mots nouveaux, les Abidjanais servent des techniques de composition, de dérivation, de réduplication et métonymie, parmi d’autres. La création lexicale/ sémantique est fondée sur trois bases essentielles:-

1. la création onomatopéique

2. la dérivation et la composition

3. les emprunts linguistiques.

Pour ce travail nous nous intéressons à la dérivation et la composition, qui nous semble très productifs dans les cas que nous avons examinés.

 

Mots clés : création, dérivation, composition, sémantique, affixation.

 

Abstract:

French language is used as the language of communication and is also the lingua-franca of all the inhabitants of the Ivory Coast. Hundreds of local African languages lexicons mix freely with standard French usage. The streets of the neighbourhoods of Abidjan encourage the acquisition and the usage of non-standard French such as the one called: “Street French”. In order to invent new words, Abidjan dwellers use the linguistic techniques of composition, derivation reduplication and metonymy among others. Lexical or semantic creation is premised on three principle foundations:

  1. 1. Onomatopoeia creation
  2. 2. Derivation and composition
  3. 3. Linguistic borrowings.

For the purpose of this paper, our analysis will be based on derivation and on composition which seem to be mostly used in the data collected.

Key-words: creation, derivation, composition, semantics affix.

 

1. Introduction

 

Le français est la  langue véhiculaire et le lingua-franca pour tous les habitants de la Côte d’Ivoire. Le pays compte des centaines de langues nationales qui influent sur les emplois du français standard. Ce dernier étant une langue seconde, on y trouve des créations de nouveaux mots qui ne se manifestent pas chez les locuteurs du français en tant que langue étrangère (comme les étudiants nigérians qui ont appris à parler le français par l’intermédiaire de l’école). Ainsi pour créer des mots nouveaux les Abidjanais se servent des techniques de composition, de dérivation et de réduplication et de métonymie, parmi d’autres.

 

Cuq, J. P. (1991:85) remarque que:

…on rencontre en langue seconde de très nombreux cas de fabrication locale de mots et expressions qui devront, pour survivre, recevoir la caution d’une certaine fréquence et d’une certaine extension géographique.

 

Observons que le français de rue chez les déscolarisés à Abidjan est plein de mots argotiques. Pour eux, l’argot est synonyme de tout ce qui n’est pas conforme au français standard. Ils s’en servent pour assurer la connivence entre eux (membres d’un même groupe). Afin de comprendre le sens des particularités de la langue française à Abidjan, il faudrait prendre en compte les interférences lexicales entre le français et les langues locales ivoiriennes.

 

Il est bien évident qu’à Abidjan la situation sociolinguistique est si différente d’un pays à l’autre car des caractéristiques nationales sont présentes dans la communication en français à tel point qu’on est capable de deviner la nationalité d’un francophone de ces pays.  Notons toutefois que parmi les scolarisés et les plus instruits, le français parlé se rapproche plus de la norme exogène ou standard.

Abidjan est une grande ville commerciale qui accueille une grande population de jeunes déscolarisés du primaire et du secondaire qui viennent de partout dans le pays.  Pour ces déscolarisés, possesseurs de différentes langues maternelles vernaculaires, les contacts de la rue ne se font que dans diverses variétés du français urbain.  Ainsi, les rues des quartiers d’Abidjan deviennent les lieux les plus favorables à l’apprentissage du français non standard comme le français de rue, pour les Anglophones comme les étudiants nigérians qui y vont pour immersion linguistique en français.  La rue, comme l’a dit Tschiggfrey (1994:14) est aussi:

… le lieu de rencontre privilégié des jeunes désoeuvrés qui, comme dans toute société, ont élaboré un code crypté permettant la reconnaissance à l’intérieur du groupe et la distinction par rapport au reste du monde.

 

En outre, N.J. Kouadio (1990A :375) explique l’acquisition du français de rue en disant qu’:

On sait en particulier que le français populaire ivoirien (FPI) le français de Moussa est, du point de vue sociolinguistique, un pidgin né de l’effort d’appropriation de la langue française…par des populations peu ou pas lettrées. Des interférences de toutes natures (phonétique, morphologique, lexicale, syntaxique, sémantique), issues des langues nationales, se retrouvent fatalement dans le FPI, mais aussi dans le français standard.

 

2.         Procédés de créations lexicales

La question qu’on se pose souvent est ‘comment s’instaure le pacte sémantique?’, c’est-à-dire, comment est-ce qu’un « sens » est donné à une forme phonique? La création sémantique est souvent examinée sous trois bases essentielles:

1. la création onomatopéique

2. la dérivation et la composition

3. les emprunts linguistiques.

Pour ce travail nous nous intéressons à (2) la dérivation et la composition, qui nous semble très productifs dans les cas que nous examinons.

Les phénomènes que nous décrivons dans ce travail sont produits de plusieurs procédés de créativité sémantique, mais nous nous limitons à deux d’entre eux qui sont la dérivation et la composition. Dans les quartiers d’Abidjan, il est habituel d’entendre les locuteurs remplacer un nom par une locution créée de toute pièce pour former un mot composé comme dans ; bâton de manioc, igname-pilée, aloko- drome[22]. Selon Zang, P. Z. (1999 :104):

En réalité, pour le Français natif, des mots tels que « vin de palme, maison principale, bâton de manioc », ne veulent rien dire. Ceux qui lui suggèrent quelque chose ne peuvent lui rappeler qu’une réalité proche du contexte européen et donc l’amener à se tromper.

2.1.     La dérivation en français procède par adjonction de dérivatifs divers selon les catégories grammaticales concernées. Les dérivatifs sont des morphèmes qui permettent de construire de nouveaux mots à partir d’une racine ou d’un radical. Ils sont aussi des affixes qui peuvent être préfixés, infixés ou suffixés.

 

Préfixés – morphèmes antéposés

 

Affixes                infixés – morphèmes infixés

 

suffixés – morphèmes  postposés.

 

 

Le dérivé présente donc la structure ci-après:

 

(-d) BASE (-d)                                 BA  -d-  SE

(-d-)

 

 

(Saussure F. de 1972)

 

 

La dérivation et la composition sont les deux procédés essentiels et universellement productifs de la création sémantique de type endogène. Disons que la création sémantique et lexicale est fondée sur l’exploitation des ressources linguistiques propres à une langue donnée. Dans le phénomène de la dérivation, nous avons affaire à une racine alors que dans la composition on se sert au moins de deux racines différentes.

Les phénomènes pertinents que nous abordons à présent sont très productifs dans les formes et les fonctions du français abidjanais.

2.1.1.  L’affixation

La création sémantique du lexique du français de rue abidjanais se fait par affixation.  Ce procédé est réalisé par la jonction d’un affixe à un radical pour créer des mots nouveaux. Se servant des morphèmes joints aux radicaux, le vocabulaire du  français est enrichi de mots qui portent des nouveaux sens. Ici, l’affixation est réalisée par des préfixes, des suffixes ou par la  combinaison des deux.  L’infixation n’est pas productive dans ce parler mais on y trouve des parasynthétiques

 

2.1.2.  La dérivation suffixale

Ce procédé est très productif dans ce parler.  Il consiste en des suffixes de différentes langues: des suffixes africains, anglais et même du français. Le taux de lexies recueillies grâce à la dérivation suffixale informe déjà que ce procédé est l’un de  ceux qui sont très productifs en français de rue chez les déscolarisés.

2.1.2.1.    Les suffixes français

Les suffixes identifiés venant de la langue française sont les morphèmes suivants: –er, -iser, -eur, -ard, -iste, -age, -ement, -ache et –esse, pour former des verbes et des noms.

i. –er /e/

schooler => aller a l’école

pétroler => tricher

tchatcher => s’exprimer

bingouler => faire une sortie

têter => donner un coup de tête

zonker => danser le  zouk

sciencer => plaire

 

ii. –iser /ize/

cocoliser => vivre aux dépens d’autrui

bockoliser => prendre de la bière bock

chientiser => faire la danse du chien

allocoliser => manger de l’alloco (banane frite)

 

iii. – ement /dmã/

mangement =>  avoir du profit

enjaillement =>   trouver du plaisir

donnement => un don/cadeau

demandement => une demande

chauffement =>    chauffer

répondement  => une réponse

 

iv. – ard /ar/

traitard => traite

 

v. –age  /az/z

calage => problème

 

vi. -ade /ad/

bingoulade => merveilleux

 

vii. –iste /ist/

impuiste => qui a beaucoup d’argent

 

viii. –eur /œr/

flasheur => bon à rien

ambianceur => qui fait de l’ambiance

grouilleur => débrouillard

 

ix. –esse /es/

potesse => fidèle amie

 

2.2.2. Suffixes venant de l’anglais

 

De l’anglais viennent les morphèmes suivants: –ing et –man pour former des noms

 

i. -man /mã/

chaudman => homme actif

jigboman => féticheur

gbamougouman => un drogué

dindinman => qui hésite

wèlèman => un drogué

ii. –ing /ŋ/

percing => réussite

grouilling => affaire

doubling => farce

2.2.3.  Les suffixes venant de dioula

 

Le dioula contribue les suffixes suivants: –ko, –ya, et –li pour former des noms.

i. –ya /ja/

djandjouya => prostitution

bras droya => ami intime

 

ii. –la /li/

dabali => nourriture

dindinli => regard

 

iii. –ko /ko/

dieko => ivresse

bandonko => nourriture

2.2.4.  Suffixation par /o/

La suffixation par la voyelle /o/ est très productive dans la création lexicale du français de rue. Elle est utilisée surtout dans la démarche dite troncation.

/o/

1.  exo =>            exercice

2.  clando =>      clandestine

3.  dico =>           dictionnaire

4.  calo =>           calculatrice

5.  lacho =>        lâcheté/lâche

6.  rapido =>       rapidement/rapide

7.  intello =>       intellectuel

8.  saco =>          sac

9.  simplo =>      simple/modeste

10.            bacho =>       baccalauréat/bachelier

11.            termo =>        terminal

2.3. La préfixation

La préfixation n’est pas aussi productive en français de rue que l’affixation.  Ici, il ne s’agit que des préfixes français.

i.          de- /də – de/

 

1.  cravater =>           brandir un couteau

2.  penser =>                         être prêt à agir

3.  decrou =>                 donner

 

ii.         re-/rə/

1.  redjoh =>                   se revoir/rejoindre

2.  repincer =>               se revoir

 

2.4.     Parasynthétique

i. de..er

1.  vierger =>                         déflorer

2.  desciencer =>          honnir

 

ii. em/en … er

1.  embouler =>                         (mettre) enceint

2.  enchoqueter =>       éveiller

 

3.         La Composition

 

Le français de rue abidjanais est aussi réalisé à partir du procédé de la composition. Ce procédé consiste à obtenir un mot nouveau en juxtaposant deux mots d’origines différentes, ou de mêmes origines. La composition en français de rue abidjanais se caractérise par l’autonomie lexicale des éléments constituants.  Sa création de nouvelles unités lexicales, implique la conjonction de deux constituants identifiables par le locuteur. A Abidjan on désigne par radiotrottoir la diffusion de bouche à oreille d’informations ou d’énoncés subversifs ! A Cotonou on appelle ton pied mon pied, une femme jalouse qui ne lâche pas son mari d’une semelle. A Lomé, une femme bien habillée est nommée mari capable, c’est-à-dire son mari prend bien soin d’elle financièrement. Mais au Bénin mari capable désigne la moto pour femme.

 

La composition en français de rue est émaillée des formes dites disjointes et conjointes.  Le procédé qui consiste à juxtaposer deux mots d’une langue africaine pour produire un mot composé est dit « disjoint ».  Mais, lorsque le composé est le résultat de la combinaison de deux mots de deux langues différentes, disons, anglais-français ou français-langue africaine, nous avons affaire à « la composition conjointe ».

3.1.     La Composition disjointe

 

3.1.1. Deux mots de langues africaines

 

1.         Tu es un gban-mougou seulement

=> Tu es un homme sans valeur

 

Gban-mougou => deux mots dioula où gban signifie « gombo » et mougou

signifie « poudre ».

 

 

2.         Où est le mobili-fatchê?

=> Où est le chauffeur?

 

Mobili-fatchê =>      deux mots dioulas où mobili signifie « voiture » et fatchê signifie « père ».

 

3.         Je monte dans wourou-fato.

=> J’emprunte le véhicule qui roule très vite.

Wourou-fato =>      deux mots dioulas où wourou signifie « chien » et fato signifie

« folie ». Wourou fato => « chien enragé ».

3.1.2. Un mot du français et un mot d’une langue africaine (dioula)

 

1.         C’est mon bras mogo.

=> C’est mon ami ou mon bras droit.

 

Bras =>         mot français (une partie du corps).

Mogo =>       mot dioula qui signifie « homme ».

 

2.         Je l’ai maga-tapé.

=> Je l’ai battu avec surprise.

 

Maga =>        mot dioula qui signifie « voler ».

Tapé =>         mot français.

 

3.         C’est un Pierre-tché.

=> C’est un homme riche.

Pierre =>       mot français.

Tché =>         mot dioula qui signifie homme.

3.1.3. Mots français et mots d’origine inconnue

Je vais dja-foule sur toi.

=> Je vais m’en prendre à toi.

 

Dja =>            mot d’origine inconnue mais qui signifie « tuer » en français de rue.

Foule =>       mot français dont le sens est déformé dans ce contexte.

 

3.2.     Composition Conjointe

3.2.1. Mot  d’origine inconnue et mot anglais

 

1.         Tu es un dindinman.

=> Tu es un homme sans cœur.

Dindin =>      mot d’origine inconnue.

Man =>          mot anglais qui signifie « homme ».

 

2.         Djoman, ou dit quoi?

=> Mon gars qu’est-ce que tu as à dire?

Djo =>            mot d’origine inconnue.

Man =>          mot anglais  qui signifie « homme ».

 

3.2.2. Mots français et anglais

 

1.         Tu es un chaudman.

=> Tu es un exalté.

Chaud =>      mot français.

Man =>          mot anglais.

 

2.         C’est derrièreman [23]

=> C’est le suivant

 

Derrière=>    mot français.

Man =>          mot anglais.

4. Le redoublement ou la réduplication

Le redoublement ou la réduplication est un procédé qui est très productif en français de rue abidjanais surtout lorsque on veut exprimer l’intensité de l’action. Ce procédé consiste à reproduire les mêmes syllabes ou plusieurs mots pour former un seul mot.  Ce procédé permet aux locuteurs de ce français d’insister sur un message ou de mettre en exergue le caractère particulier du message. La plupart des mots de ce procédé sont d’origine inconnue.

Exemples:

1.         Elle cracra sur lui.

=> Elle s’en prend à lui

 

2.         Il a croucrou son pierre.

=> Il a caché l’argent.

 

3.         Ce sont des trucs tabataba.

=> Ce sont des choses sans importance.

 

4.         Le bras-dri dindin trop mal.

=> L’ami a un regard très sévère.

 

5.         Tout le monde a propro.

=> Tout le monde s’est enfui rapidement.

6.         On s’est kpa dans un glogbo.

=> On s’est rencontré dans un coin bizarre.

 

7.         Tu vas faire comment comment tu peux pas.

=> Quoi que tu fasses, tu n’y arriveras pas.

 

8.         Tu es zinzin ou quoi?

=> Tu es fou ou quoi?

 

9.         Faisons mollo-mollo.

=>Faisons doucement.

 

10.      Le gars l’a botté malmal.

=> Le gars l’a trop mal botté.

 

11.      J’ai lavé la voiture-là bienbien.

=> J’ai très bien lavé la voiture.

 

12.      Le temps il est façon façon.

=> Il  fait un mauvais temps.

 

13.      Hier y a eu gbangban à l’allocodrome.

=> Hier, il y a eu des arguments prolongés à l’allocodrome.

 

14.      La robe est jolie jolie.

=> La robe est très jolie.

15.      Mais c’est chèr chèr dê!

=>Mais c’est trop cher.

 

16.      C’est le vrai vrai là-même.

=> C’est l’original.

 

17.      Le travail c’est frifri.

=>Le travail est très rare.

 

5.         La métaphore

Le français de rue se sert aussi de métaphore dans son interaction communicative.  Cette démarche sémantique permet d’opérer un changement de sens des mots ou des expressions en gardant leurs formes  morphologiques d’origine. Les mots ou expressions ainsi employés deviennent incompréhensibles aux non-avertis car on leur a attribué d’autres sens comme dans ces exemples :

 

1.         Voilà la go qui me casse.

1                       2

=> Voila la jeune fille qui me plaît beaucoup.

1                                 2

Cassé signifie « brisé » en français.

2.         Il s’est déjà cassé.

=> Il  est déjà parti.

 

3.         Les deux ont cassé y a longtemps.

=> Il y a longtemps que les deux se sont séparés.

 

4.         On a mis panne sur lui.

=> On l’a beaucoup grondé.

 

Panne signifie ‘arrêt du fonctionnement mécanique’ en français.

 

5.         Ce qui est sûr je vais monter.

=> Ce qui est sur j’irai en Europe.

 

Monter signifie déplacer vers le haut en français.

 

6.         Se djague est canon.

=> Sa copine est très belle.

 

Canon est instrument de guerre.

 

7. C’est un motard, faut pas craindre.

=> C’est un coureur de jupons, il n’y a pas de problème.

 

Motard: le cortège qui escorte.

 

8.         Dèz est un sous-marin.

=> Désiré est un sournois.

 

Sous-marin: qui se manifeste au fond de l’eau.

 

6.La métonymie

La métonymie est un procédé qui consiste à désigner un objet par le nom d’un autre objet qui lui est uni par une relation de contiguïté : cause et effet.

1.         Tomate-là viens prendre les trois mogos.

=> Taxi compteur viens prendre les trois hommes.

Tomate: taxi compteur.

 

2.         C’est un mange-mil, celle-là.

=> C’est une jeune fille qui demande incessamment de l’argent.

Mange-mil : oiseau mangeur excessif de mils.

 

3.         Ton gars chewing-gum tarzan arrive!

=>Ton  inséparable ami arrive.

 

Chewing-gum : gomme à mâcher.

Tarzan : héros d’un film de dessin animé.

 

4.         C’est un akpani-school.

=> C’est une école du soir.

 

Akpani : chauve-souris en langue baoulé.

 

Conclusion

Dans les cas examinés, le français fonctionne dans un contexte sémio-culturel qui n’est pas celui de France. Ceci mène à une déterritorialisation qui a pour une de ses conséquences la dé- standardisation du français standard. La dérivation suffixale qui mène à créer des formes non standard est un procédé très usité parmi les élèves de l’école secondaire aussi bien chez les garçons que chez les filles (cf. Abou NAPON, 1999:113-116). Dans ce domaine, nous pouvons citer les exemples comme ; placeur – escroc, bourreur – menteur, scienceur – chercheur.

 

En outre, notre enquête a montré que l’utilisation des formes non standard du français (français de rue) n’est pas seulement l’affaire des non scolarisés comme l’on le croirait. Presque toutes les couches sociales l’utilisent selon les situations dans lesquelles elles se trouvent.

 

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Espèces de modulation dans la traduction anglaise de mission terminée (mission to kala) de mongo Béti

M.Olusegun Adegboye GBADEGESIN

Department of Modern

European Languages,

The University of Education,

Ikere-Ekiti, Nigeria

gbadesegy@yahoo.com

Résumé

La modulation est la variation faite sur le message du point de vue global. Cette méthode de traduction se situe principalement au niveau de la traduction littéraire. D’une manière châtiée, des écrivains littéraires se servent des expressions communes de leurs langues véhiculaires pour écrire. Reproduire les mêmes expressions dans la langue d’arrivée par les traducteurs littéraires tout comme nous avons dans la langue de départ peut ne pas donner le résultat désiré. Là ou la phrase est grammaticalement justifiée mais et qui va à l’encontre de la sémantique de la langue d’arrivée la structure doit être modulée. La traduction de Mission terminée en est un exemple. En traduction on traduit normalement des idées. C’est la traduction de ces idées  dans la traduction littéraire qui est la préoccupation de la modulation.

La modulation parait être une solution clef au problème des correspondances lexicales et syntaxiques dans la traduction des textes littéraires. Les trois genres de la littérature suivants la prose, le théâtre et la poésie abordent des éléments culturels. Ces éléments comprennent l’emploi des proverbes, des idiotismes, des maximes etc… dont les correspondances directes peuvent être absentes dans la langue d’arrivée. La modulation lexicale qui varie le point de vue du message de la langue de départ par l’analogie dans la langue d’arrivée est une solution. Ceci est possible par l’emploi des mots de la langue d’arrivée qui ont les traits semblables aux mots de la langue de départ. Ainsi, le mouvement du discours est gardé sans gêner le sens du message.

 

 

ABSTRACT

Modulation is the variation in point of view of the entire message. As a translation approach, modulation is a useful technique in literary translation. In their works, literary writers make use of common expressions of their language of habitual us in a refined way. To reproduce the same expressions in the target language by the literary translators as exactly as they are structured in the original language may not yield a desired result. As we have in the translation of Mission Terminée where a sentence is grammatically correct but runs counter to the semantics of the target language, the structure would have to be modulated. In translation, ideas are normally rendered. The translation of these ideas in literary translation is the preoccupation of modulation.

Modulation seems to be a major solution to the problems of lexical and syntactical correspondences in the translation of literary texts. The three genres of literature: prose, drama, poetry treat cultural elements. These elements comprise the use of proverbs, idioms, maxims etc to which direct correspondences may not be available in the target language. Lexical modulation which changes the point of view of the source language into analogy in the target one serves as a solution. It does this by making use of the words of the target language that have similar features with those of the source language. This helps in keeping the sequence of the message.

 

MODULER EN TRADUCTION, CONSISTE EN  QUOI?

Moduler c’est varié le point de vue sur le message ou l’idée. En traduction, c’est un regard différent porté par un traducteur sur la structuralisation du message de l’auteur de l’original sans changer l’intention de l’auteur. Selon Vinay, J.P. et Darbelnet, J. dans Stylistique Comparée du Francais et de l’anglais (1958:15) “la modulation est un changement du point de vue sur le message global.” Bien entendu, la modulation s’opère sur la linguistique de la rédaction mais en respectant les cultures de deux langues.

Trois types de modulation sont établis par Vinay et Darbelnet: La Modulation facultative, la traduction figée et la modulation lexicale. Nous définissions chacun de ces types sous l’optique de la traduction de Mission Terminée

La modulation facultative comme le nom l’évoque est une sorte de modulation dont la traduction des énoncés de l’original ne suit pas obligatoirement l’équivalence structurale de la langue de départ. Par là, ce que la langue de départ présente négativement est traduit positivement comme dans l’exemple de la page neuf “a-t-elle une signification que je n’ai pas réussi à déchiffrer?” pour “Has it some special significance which I have failed to unravel?” (Mission to Kala p.vi). Ici aborder l’original à la surface par rapport a sa traduction nous tenterait à dire qu’il y a une lacune dans la traduction. Mais l’étude attentive de l’œuvre nous montre que la flétrissure des souvenirs de l’enfance du héros qui refuse de le quitter à cause de son importance (une signification) justifie la structure présentée dans l’original. Mais encore on remarque que le mot clé de la phrase de l’original (réussi) devient le contraire (failed) de celui de la version sans perturber le sens du message.

La modulation peut suivre une restitution obligatoire grâce à l’équivalence structurale ou culturelle de la langue d’arrivée avec la langue de départ. Dans ce sens on a des restitutions habiles de ce type de modulation dans l’œuvre.

–              ils maintinrent énergiquement leurs positions p. 119

–              they stuck to their guns manfully p. 83

–              j’avais d’énormes dispositions a l’insolence, p.236

I was …ready to be as rude as hell at the drop of a hat. P. 169

Une étude minutieuse de ces exemples révélés que le français s’opère au niveau conceptuel alors que l’anglais est sensoriel.

Des fois, le traducteur littéraire pourrait passer par l’analogie du message que présente la langue source en se servant de l’ensemble des mots de la langue cible. Ainsi, l’on reconnaît la modulation lexicale dans la traduction littéraire. Par exemple:

–              lui qui a tout à sa portée p.178

–              he has everything at his beck and call the whole time p. 125

Pour garder le mouvement du discours, le traducteur recourt à l’analogie du message souligné. Cependant, a sa portée peut se traduire dans le sens directe de “à sa disposition” mais l’aptitude supérieure de la langue d’arrivée n’admet pas cette version suivant la séquence du texte. Cette conception explique le recours du traducteur au changement du point du vue doté de l’analogie.

ESPECES DE MODULAION DANS MISSION TO KALA

Vinay, J.P. et Darbelnet, J. dans Stylistique Comparée du français et de l’anglais et Hoof, Van dans traduire de l’anglais: théories et Pratique nous fournissent une douzaine de types de modulation. A partir d’exemples concrets tirés de nos œuvres de travail nous avons minutieusement abordé les propriétés de chacun des types établis.

1.         L’Abstrait pour le concret

Autrement appelé le général pour le particulier l’abstrait pour le concret consiste à tenir la place du général par le spécifique. L’anglais préfère la tournure du concret alors que le français est pour l’abstrait.

Exemple:

–              Notre véhicule, longue case roulante p. 42

The bus a kind of long hut on the wheel p.2

–              Un incident qui arracha des cris d’angoisse à la plupart des spectateurs p. 42

Incident which brought most of the spectators to their feet p. 24

–              Epuises… d’avoir joue a suave p. 43

Completely exhausted after having played tag p.25

–              Aussitôt le silence se fit

In a second you could have heard a pin drop

Voyons en lexique bilingue, les mots et les énoncés traduits ci-dessus

Véhicule – bus

Des cris d’angoisse – feet

Suave – tag

Le silence se fit – you could hear a pin drop

“Véhicule”, le mot général pour ce qui sert à transporter, à faire passer d’un lieu a l’autre, “suave” et “le silence se fit” ne désignent pas le sens des réalités précises. Leurs restitutions” “bus”, “feet”, “tag”, “a pin” sont bel et bien concrètes.

Nous remarquons que le changement de point de vue de deux langues-l’une notionnelle et l’autre réelle, les idées exprimées par les deux langues sont significatives puisque la traduction restitue le thème.

2. Renversement des termes

Cette espèce de modulation exprime la même réalité de la langue source et de la langue cible en termes de contraires.

Réitérons cette formule pour établir la conception à travers quelques exemples; extraits de l’original et de la version de notre œuvre.

–              l’attaque, aussi vigoureuse et imprévue que possible laissa Niam quelque peu pantelant p 27

This violent and unexpected attack rather took Niam’s breath away p. 12

–      Juste à l’entrée du village p.39

Just outside the village p.21

–      Ce qui est bien la prévue que le progrès peut se faire dans la paix.

A demonstration of the fact that war is not necessary to progress

Les trois  exemples portent des termes qui malgré l’expression d’une réalité pareille sont des contraires l’un de l’autre.

“took” (prit) en anglais et “laissa” sont des mots opposés l’un à l’autre au niveau sémantique. L’anglais, pour traduire l’état mélancolique de Niam pense à son incapacité de respirer a cause d’une tracasserie de tête provoquée par l’attaque imprévue de sa femme. Le français de l’autre côté nous donne l’état “pantelant ou se trouve Niam après la fuite de sa femme. Dans le deuxième exemple le mot “outside” [a l’exitérieur/dehors) est une forme opposée à “l’entrée”. Sans aucune lutte d’opinions ‘”war” et “paix” dans le troisième exemple sont antonymes.

Moyens et Résultats

La modulation moyen-résultat consiste à substituer le moyen par le résultat ou vice-versa. Considérons les exemples suivants:

–      Les vérandas des quelles les spectateurs s’étaient réfugiées p.39

Their verandas crowded with spectators p.21

–      Impression fallacieuse p.77

A conviction which is mistaken p.125

–      Il importe de prévenir un homme de situation médiocre p.178

A man of light means has to be notified p.125

–      Le chef, comme tous les gens aises p.178

The chief like most people … of wealth p. 126

Dans le premier exemple, le résultat de se réfugier aux vérandas est que les vérandas deviennent “crowded with spectators”. Donc, “s’étaient réfugiés” est le moyen aboutissant à ‘crowded. L’impression fallacieuse déroute. Autrement dit, dans le deuxième exemple, le résultat de “l’impression fallacieuse” est qu’elle arrive à une “conviction erronée. Encore, la conséquence ‘d’être dans un état médiocre’ (une situation de peu de valeur) est qu’il devient l’homme de ‘slight means” (petits moyens). Dans le même sens, les richards dans le dernier exemple sont, en principe, censés être sans peine suite a leur fortune.

3.         La partie pour le tout

La partie pour le tout est une forme de modulation qui accorde un élément d’un tout au tout entier. C’est-à-dire qu’une partie de chose est prise pur tout.

Exposons cette nuance à travers quelques exemples.

–              Mission Terminée p.i

Mission to Kala p.i

–              C’est la ville de mon pays p.18

The main town of my district p.5

–              De branches et de feuilles mortes p.15

Arms of branches and foliage p.2

Lisant le titre de la version pour l’original on devine vite cette espèce de modulation aux toutes premières pages du titre de l’œuvre et de sa version. La mission de la quelle est chargée Medza est spécifiquement à Kala. Cette mission de retrouver la femme Niam est enfin de compte accomplie (terminée) alors que le village de kala reste. La Mission Terminée fait partie des évènements à Kala. Mission Terminée est une partie pour le tout – Mission to Kala.

Dans le deuxième exemple, “pays’ qui est le territoire d’une nation est restitué par “district” qui est la subdivision administrative territoriale. “District” est une partie d’un pays.

Feuillage est l’ensemble des feuilles d’un arbre (le tout) alors que les “feuilles mortes” sont des parties terminales mortes d’une végétale. Donc, les “feuilles mortes” prises pour le tout sont une partie de feuillage.

5.         La cause et l’effet

La modulation cause-effet remplace la cause d’une action par l’effet ou vice-versa lors du passage d’une langue à l’autre. Les exemples suivants éclaircissent cette définition

–              so wonderful a reception p.23

la rencontre joyeuse p.42

–              to admit his absolute powers p.2

méditer sur sa toute puissance p.14

–              a sour face p.3

une grimace de mépris p.16

Dans le premier exemple, “so wonderful a réception” est occasionne par” la rencontre joyeuse”. Autrement dit, l’effet de “la rencontre joyeuse” est un accueil chaleureux – “… his absolute powers” étaient respectes à cause de ‘sa toute puissance”. “une grimace de mépris” est sans doute la cause de ‘a sour face”.

Ici, les deux langues agissent en alternance sur l’effet de la cause ou la cause de l’effet. Ces différents points de vue présentés sont au fond acceptable de la sémantique et de la culture des deux langues. Ils ne réduisent pas le mouvement de compréhension chez les lecteurs de l’original et de la traduction.

5. Le contraire négatif

Cette espèce de modulation présente une même réalité a partir d’un point de vue différent. Les indices de négation disparaissent dans l’une de deux langues. Cela veut dire qu’il s’agit de l’emploi des particules de négation là ou l’autre langue s’en passe.

En français, les formes de négation: ne…pas, ne…guère, ne…plus etc. (not, hardly, no more etc) s’esquivent souvent dans la traduction en présentant une formule opposée. Voyons a travers quelques exemples comment Peter Green a manié ce procède dans la traduction de l’œuvre.

–              Il ne faut pas oublier que p.21

You must bear in mind that p.9

–              Il ne réussit pas à trouver une solution p.25

Niam failed to find any solution p.11

–              Il est dommage que ton père soit absent

A pity your father isn’t here p.11

–              Il y a des gens comme cela qui ne perdent jamais p. 254

People like him always win out in the end, somehow p. 182

Ici nous notons la variation du point de vue négative de la langue de départ à l’affirmatif de la langue d’arrivée. La restitution de la désignation de chacun de ces messages est accomplie en présentant le contraire du mot souligne dans chaque exemple.

Oublier/bear in mind’ réussit/failed; absent/here; perdent/win

6.         L’espace pour le temps

La modulation espace pour le temps constitue a remplacer un mot qui désigne un lieu par un autre qui désigne le temps. Abordons rapidement les exemples suivants:

–              At all events, after an hour’s delay p.4

Toujours-au bout d’une heure p.17

–              We had to work for part of the way p.6

Nous avons marché quelques temps p.17

–              On these occasions Zambo made sure p.13

Alors Zambo s’arrangeait p.12

A partir de ces exemples, on remarque que ‘at” “way” “these” désignent les espaces (lieux) quand bien même les mots de l’original: “toujours”, “temps”, “alors” qu’ils remplacent désignent le temps.

7.         La modulation figée dans le message:

Parfois la modulation s’impose d’elle même. Elle devient obligatoire dans la mesure où les structures syntaxiques sont imposées au traducteur. L’équivalence indispensable entre deux unités du lexique est une caractéristique principale de ce genre de modulation. En effet, cette traduction apparaît très souvent dans les dictionnaires. Abordons-le à travers quelques exemples

–              Il tombait une pluie serrée p.15

The rain was pouring down in torrents p.2

–              Tout allait sens dessus-dessus chez ce Niam p.21

Niam’s home became completely chaotic p.7

–              Goutte à goutte a fait déborder la vase p.23

What last straw broke the camel’s back p.8

–              Qui préféré n’avoir rien entendu p.79

Prefers to turn a deaf ear p.52

–              Crier-pitie p.116

To throw in the sponge p.80

–              Ils maintinrent énergiquement leurs positions p.119

The struck to their guns manfully p.85

–              Un argument qui-ne pourrait manquer de faire mouche p.28

An argument which semed absolutely unanswerable p.13

8.         De l’actif au passif ou vice-versa: Cette forme de modulation à faire avec la voix. L’anglais a un attrait pour la voix passive et le français n’en abuse pas. Les passifs anglais se traduisent par des verbes intransitifs employés transitivement dont le sujet est souvent “on”.

Le passage de la voix active a la voix passive est une modulation due à la présentation de la réalité d’un point de vue différent. Les exemples suivants de Mission terminée établissent cette conception.

–      On me dit plus tard qu’on l’appelait couramment Yohannes. P.54

I was told later that he was commonly known as Jonny p.33

–      Cette histoire-là, lors qu’on la contera plus tard p.30

When this story is recited after my death p.15

–      Un fort débat long… dont on ne m’a pas communiqué p.35

A long discussion to which… I wasn’t invited p.19

C’est à noter bien que “on” le pronom impersonnel qui désigne vaguement une personne ou plusieurs personnes, peut se traduire comme “I”, “He”, “we” et “it” en anglais selon le pronom personnel qui le suit dans la phrase.

9 Métaphore et vue directe:

La modulation métaphore et vue directe est un type de modulation qui remplace une idée métaphorique  par une idée vue directe. Le traducteur se sert de ce genre de modulation lors qu’il constate que l’une des deux langues n’a pas de métaphore exacte. Jetons un coup d’œil sur quelques exemples.

Exemple 1: je ne sais sur  quel pied danser p. 35

“Dunno” which to believe p.33

Dans cet exemple, la langue source douée de la métaphore est rendue par une locution familière. Encore, on constate que la langue cible n’admet pas la traduction littérale de la métaphore.

Exemple II: it was a thunderbolt p.23 –devenait la boule végétale catapultée p.42

Exemple III: The whole match… was zambo p.24

Toute la partie fut un festival de Zambo p.43

Dans le deuxième et le troisième exemple, l’anglais restitue pour une idée ou une vue directe comme nous avons remarque dans l’original, une métaphore relative. Autrement dit,  la ou le français semble être explicatif ou donne une phrase “normale”, l’anglais ne nie pas une nécessite de la métaphore.

  1. Une partie pour une autre:

Dans cette forme de modulation une partie d’une chose est restituée pour une autre partie de la même chose.

Exemples:

–              Les passagers se tournent vers moi p.16

The passengers turned their eyes in my direction p.3

–              Il arrive souvent qu’un homme me brime p.16

When some great bastard hands me the bull p.118

Dans le premier exemple “eyes” sont une partie du corps (des passengers). “Hands” de la même manière sont une partie de tout le corps humain.

 

CONCLUSION

Etudier Mission Terminée en tant qu’œuvre littéraire nous révèle que Mongo Bêti  a bien pensé cette œuvre sans compromettre les éléments culturels et linguistiques de sa nation [Bantu). Ce phénomène réel est une composante indéniable de toutes les œuvres littéraires. Peter Green, le traducteur de cette œuvre la récrée en anglais en s’efforçant de mettre les contenus à la portée des lecteurs Anglophones tout en gardant en vue aussi la culture de la langue cible.

Le procédé de la modulation sert à franchir quelques barrières linguistiques et culturelles au cours de la transmission du message d’une langue à l’autre. La traduction ne dirait rien au lecteur de la langue cible si le traducteur ne voit pas le message au-delà des mots et des “contenus”. Appelée La complainte du Petit Orphelin à la page cent soixante quatre du texte, la chanson pour le héros comme pour quelques lecteurs ne les regarde pas étant donné que leurs parents sont vivants. Mais interpréter les vers selon la culture bantou nous montre que tout homme est orphelin d’une chose ou d’une autre dans un moment donné. Par exemple, à la page cent dix sept de Mission to Kala, Peter Green donne comme restitution des vers suivants:

Il arrive souvent qu’une vielle me tance

Alors, je me souviens de ma mère

La tradition: When I get a scolding from some old nell

I think of my poor dead mother

La modulation se préoccupe de l’interprétation du symbole que représente une réalité abstraite dans la traduction des œuvres littéraires. Très souvent, les théoriciens de la traduction se demandent si la langue peut traduire la culture. La modulation peut être prise comme une petite unité pertinente de la théorie de l’équivalence dynamique qu’évoque Nida et Taber dans La traduction: théorie et méthode [1971)

Les sens figurés, les variétés de langue, les défies du transfert (modifications de structure, modification de vocabulaires, l’explication et la substitution culturelle etc… s’insèrent dans la traduction des textes littéraires. Le changement du point de vue que l’on témoigne au cours du passage de message d’une langue à l’autre est la préoccupation essentielle de la modulation. Elle est une pierre de touche pour le traducteur littéraire.

 

 

 

 

 

 

BIBLIOGRAPHIE

Bêti, Mongo [1957) Mission Terminée Paris,  Buchet et Chasterl.

 

Beti Mongo/Peter Green (1958) Mission to Kala, African Writers Series, Fredric Muller Ltd.

 

Charles R. Taber et Eugene Nida [1971;La Traduction:Theories et Méthode, London, Leiden: E.J. Brill.

 

Hoff, Van (1989) Traduire de l’anglais: Théorie et Pratique Paris, Duculot.

 

Vinay, J.P. et Darbelnet, J. (1958) Stylistique Comparée du Français et de l’Anglais, Paris, Didier.

 

 

 

 

 

 

 

 

GRAMMATICALITE ET POESIE : LE CAS DU POEME COUPS DE PILON DE DAVID DIOP

M. Olasebikan WENDE

Departement of Languages and Linguitics,

College of Humanities and cultures, Osun State University, Ikire Campus, Nigeria.

INTRODUCTION

L’étude de poésie est une tâche complexe parce que la poésie occupe la position stratégique de premier rang parmi les trois genres littéraires  car elle engendre  l’homme. Sur le plan pédagogique, l’enseignement et l’apprentissage de la poésie au départ fait peur aux étudiants aussi bien qu’aux professeurs. Mais à la fin elle devient un compagnon  de l’étudiant et de l’enseignant. Dasylva et Jegede ne disent – ils pas.

 

Poetry to many is a scary mystic, it is so regarded as something inaccessible and a puzzle. Many teachers of poetry have also not helped matters. Some of them  un – writtingly compound the fear and the apparent  helplessness of students… ¹

Cette communication cherche à trouver de nouvelles pistes de résolution des problèmes posés par théorie et la pratique de la poésie à travers quelques poèmes de David Diop, à l’analyse grammaticale. L’outil linguistique utilisé ici est la Théorie de la Grammaire Traditionnelle (TGG) de Noam Chomsky.

La méthode  de présentation est que cette communication s’articule en deux grandes parties interdépendantes. La première partie concerne les sens, les formes et l’évolution de la grammaire et de la poésie. Elle a fait aussi l’analyse grammaticale de quelques poèmes tirés de coups de pilon. Ainsi on cherche à savoir pourquoi appelle – t – on David Diop le Messie de la littérature africaine pré – indépendante ?

 

La deuxième partie s’intéresse à la démystification de pourquoi et de comment la poésie ne respecte pas des règles et des normes grammaticales à la différence du théâtre et de la prose. Cette déviation acceptable nous mènera à l’étude littéraire des poèmes dans le recueil  pour montrer la beauté, la mélodie et la valeur pédagogique de la poésie. Ensuite, il s’agit du rapprochement entre la grammaire et la poésie et enfin la conclusion fera une synthèse des idées et des arguments développés. Quelle similitude entre la grammaire et la poésie ?

La grammaire par définition selon André Grevisse et André Goosse est l’Etude.

 

DEFINITION, FORMES ET EVALUATION DE LA

GRAMMAIRE ET DE LA POESIE

Maurice Grevisse et André Goosse définissent la grammaire comme :

Etude systématique des éléments constitutifs et du fonctionnement de la langue.²

Le souci de cette définition est de comprendre les rapports entre les différents éléments de la langue. D’après Victoria Fromklin et Robert Rodman, la grammaire est :

The explicit theory constructed by the linguist  and proposed as a description of the competence. ³

On est d’avis que c’est  l’ensemble des règles qui permet de parler et d’écrire correctement. Donc, c’est la connaissance acquise d’un sujet parlant ou d’un écrivain. Voilà pourquoi Lamidi M.T. conclut ainsi :

Such innate and unconscious knowledge enables the speaker to judge a sentence as grammatical or agrammatical. 4

Quatre formes de grammaire sont découvertes. La grammaire diachronique qui étudie le développement historique de la grammaire à un moment donne, la grammaire synchronique qui est l’étude descriptive de la grammaire à un moment donné, la grammaire contrastive et celle pédagogique qui sont l’étude comparée de la grammaire de plusieurs langues et l’étude de la grammaire écrite pour l’enseignement des nouvelles techniques.

 

L’évolution de la grammaire montre que le français est devenu la langue des scolaires en Europe entière à l’époque de Louis XIV, longtemps après la conquête normande de l’Angleterre en 1966 AD. La grammaire française était développée selon la structure de la langue latine. Mais l’insuffisance de cette grammaire a conduit à la mise en place de la grammaire structurale développée par Ferdinand de Saussure dans la publication post – hume de son livre Cours de linguistique générale. Leonard Bloomfïeld a aussi contribué énormément au développement de la grammaire structuraliste.

Il est noté que, M.A.K. Halliday s’est inspiré de la linguistique de J.R. Firth pour développer la grammaire systématique comme réaction formidable contre la grammaire structurale. Lorsque la première considère la grammaire comme un phénomène sociologique qui doit engendrer la sémantique, la dernière la considère comme un phénomène mentaliste qui n’a rien à faire avec le sens. La grammaire Générative Transformationnelle développée par Noam Chomsky a réussi à inclure tous les éléments des phrases : simple, composée et complexe. Elle identifie alors syntagme nominal (SN) syntagme verbal (SV) syntagme prépositionnel (Sprep), syntagme adjectif (Sadj) syntagme adverbial (Sadv) et Syntagme conjonctif (Sconj).

 

D’après Thema Encyclopéddie Larousse

La poésie est le domaine du rythme, du détour stylistique…la poésie est liée ainsi à une double contrainte : Recherche d’un sens qui dépasse les catégories de l’intelligible : Raffinement de l’expression qui introduit un écart de plus en plus grand avec le langage utilitaire. 5

chez William Wordsworth, la poésie est :

A spontaneous overflow of powerful feelings. 6

Voilà pourquoi les expériences individuelles sont déterminantes comme un facteur  responsable  de la variation des réactions et des réponses à la poésie. Il existe différentes formes de poésie à savoir : la poésie narrative, la poésie dramatique, celle lyrique, la ballade et l’élégie qui sont des formes poétiques consacrées à pleurer un trépassé. Le critère de longévité de la poésie nous donne : le sonnet qui a quatorze vers, l’octave qui a huit vers et ainsi de suite. La poésie a évoluée de l’oral et l’écrit.

David Diop, l’intransigeant poète de la tendance violente de la Négritude est bien connu de tous. Né en France en 1927, il a, pendant une courte période où contribué énormément à l’humanité, en composant un plus grand nombre de poèmes pour la prose, poétique. Voilà pourquoi on l’appelle le Mésie de la Littérature africaine pré – indépendante. En dehors de Coups de Pilon, il a achevé les proses suivantes : Contribution au débat sur la poésie nationale, Extrait d’une lettre à Alioune Diop Autour de la reforme de l’enseignement en Guinée Textes et Notes de David Diop publiés dans Présence Africaines.

 

Le titre Coups de Pilon et surtout son poème « Afrique » dédié à sa mère est un chant nostalgique d’un fils qui ne connaît pas sa mère – patrie. Et, c’est le plus célèbre et philosophique de ses poèmes qui constitue le sujet de réflexion de notre communication.

 

AFRIQUE

  1. ‘‘Afrique mon Afrique

Afrique des fiers guerriers dans les savanes ancestrales

Afrique que chante ma grande – mère

Au bord de son fleuve lointain

  1. Je ne t’ai jamais connue

Mais mon regard est plein de ton sang

Ton beau sang noir à travers les champs répandus

Le sang de ta sueur

La sueur de ton travail

Le travail de ton esclavage

L’esclavage de tes enfants

Afrique dit – moi Afrique

Est – ce donc toi ce dos qui se courbe

Et se couche sous le poids de l’humanité

1.5.            Ce  dos tremblant à zébrures rouges

Qui dit oui au fouet sur les routes de midi

Alors gravement une voix me répondit

Fils impétueux, cet arbre robuste et j’une cet arbre là – bas

2.0.            Splendidement seul au milieu de fleurs

blanches, et fanées

C’est l’Afrique ton Afrique qui repousse

Qui repousse patiemment obstinément

Et dont les fruits ont peu à peu

2.4.        L’amère  saveur de la libert. 7

 

 

ANALYSE GRAMMATICALE DU POEME :

Le vers 1 « Afrique mon Afrique »

SN                                      SN + Det + SN

C’est un syntagme nominal composé qui a mon ‘Afrique’ comme noyau (H) ce noyau est post – qualifié par un autre syntagme nominal ‘‘mon Afrique’’ qui est introduit par un déterminant (adjectif possessif masculin 3e personne du singulier) ‘mon’ qui à surtout détermine le deuxième syntagme nominal  ‘Afrique’

Le vers 2 ‘ Afrique des fiers guerriers dans les savanes

ancestrales

Le vers 1 « Afrique mon Afrique »

SN                             S prep + S prep

S prep¹                              Det + S Adj + S

S prep²                          Prep + SN ¹ + S Adj

 

C’est un syntagme nominal complexe dont le noyau ‘Afrique’  est post – qualifié par deux syntagmes prépositionnels ‘des fiers guerriers’ ‘dans les savanes ancestrales’ ‘syntagme prep¹ est  introduit par ‘des’ (contraction de +les). Le noyau du syntagme est le syntagme Nominal ‘guerriers’ qui est pré – qualifié par le syntagme d’Adjectif (adjectif qualificatif épithète ‘fier’).

 

Le syntagme prep² est introduit par la préposition ‘dans’ suivi par un Déterminant (article défini féminin pluriel) qui détermine le syntagme nominal ‘savanes’ qui lui – même est post – qualifié par le syntagme d’Adjectif (Adjectif que chante ma grand – mère’

Le 3e vers ‘Afrique que chante ma grand – mère’

P                                     SN + SV¹

SN                                   Det + SV²

SV                       SV³ + SN

 

Grâce à TOG, cette phrase peut – être transformée si non décomposée et nous pouvons avoir plusieurs  autres phrases de la phrase originale. Par exemple ‘Ma grand – mère chante de l’Afrique

P                               SN + SV

SN                              Det + SV²

SV                                SV + S. prep

S prep                             prep +Det + SN²

 

Le noyau du premier syntagme nominal ‘grand – mère’ est précédé d’un déterminant ‘ma’ qui est un adjectif possessif (féminin, troisième personne du singulier) tandis que le syntagme verbal génère un autre syntagme verbal ‘chante’ et  un syntagme prépositionnel ‘de l’Afrique. Ce syntagme prépositionnel génère une préposition ‘de’ et un autre syntagme nominal ‘l’Afrique’. Celui-ci génère un déterminant ‘et le 3e syntagme nominal ‘Afrique’.

La représentation en arbre des deux phrases (phrases originales et transformées) montre clairement la différence entre les deux phrases originales ‘Afrique que chante ma grand – mère’.

 

 

P

 

 

SN                                      SV                SN²

 

 

SN        E. Comp                              Det              SN³

 

 

 

 

Afrique            que        chante       ma       grand – mère

 

Phrase Transformée ‘Ma            grand – mère chante de l’Afrique’

 

 

 

 

P

 

 

SN                                                                         SV

 

Det       SN                                SV                          S prep

 

Prep           SN²

 

Det         SN³

 

 

 

Ma   grand – mère   Chante   de   l’Afrique

En tout, le poème comprend vingt – quatre vers inégaux parmi lesquels neuf seulement peuvent être transformés (les vers 3, 6, 13, 14, 16,17, 21 et 22). Les autres sont agrammaticaux qui devient des règles grammaticales. Mais ils sont acceptables. Par exemple, l’absence totale d’un article avant ‘Afrique’ dans le poème, l’emploi de l’adjectif qualificatif épithète ‘beau sang’ sont tous agrammaticaux syntaxiquement et sémantiquement accepté.

Alors, en poésie, l’agrammaticalité égale l’acceptabilité.

A cause de la nature unique de la poésie, un poète est libre de composer son poème en ignorant légèrement les règles linguistiques. Ceci cause l’agrammaticalité de la poésie.

Par ailleurs, un poète est libre de mettre en usage, les différentes figures du discours et des procédés comme l’enjambement et le rythme pour réaliser le but de son poème. C’est  l’ensemble de ces procédés qui constitue la liberté poétique qui assure la beauté, la mélodie et la valeur pédagogique de la poésie. La poésie de David Diop féconde ces valeurs. Dans notre analyse littéraire, on verra comment  ces procédés contribuent à la beauté de la poésie ‘‘diopienne’’.

 

Analyse littéraire du poème

Ayant vu que la poésie ne suit pas de manière rigide les règles grammaticales, grâce à, TOG, on cherche à travers cette deuxième partie les rôles joués par les figures du discours et les autres procédés poétiques à l’agrammaticalité et à l’esthétique de la poésie.

La Répétition : C’est  un procédé poétique ou  le même mot est repris plusieurs fois, il en  est demeure, d’un vers ou d’une idée qui revient deux ou plusieurs fois. Elle n’est pas permise dans la langue écrite ou formelle mais elle est acceptable en poésie parce que il a une fonction d’insistance.  Par exemple dans le poème ‘Le temps du Martyre’

  1. ‘Le Blanc a tué mon père

Car mon père était fier

Le Blanc a violé ma mère

4.  Car ma mère était belle…8

L’apparition successive du syntagme nominal ‘ le Blanc’ dans les vers 1 et 3, et du syntagme  conjonctif ‘car’ dans les vers 2 et 4 n’est pas un hasard. Ils soulignent la relation avec les victimes. Aussi la répétition du syntagme verbal ‘était’ à l’imparfait de l’indicatif ne montre – t – il pas les beautés, les qualités des victimes dans cet univers du colonisateur et du colonisé ?

Il existe  dans ce petit poème le parallélisme structural. Clairement, on voit que le vers 1 ‘Le Blanc a tué mon père’ est parallèle au vers 3 ‘Le Blanc a violé ma mère’ tandisque aux vers 2 et 4 sont aussi parallèle structurellement. Encore, la théorie TGG  jette un coup de lumière.

1e vers – ‘‘Le Blanc a tué mon père’

P                                  SN + SV +SN

SN                               Det + SN

SV                               aux + p.p

SN                               Det + SN

 

3e vers – ‘Le Blanc a violé ma mère’

P                                  SN¹ + SV +SN²

SN¹                              Det + SN

SV                               aux + p.p

SN²                              Det + SN

Les syntagmes nominaux (sujets) «  Le Blanc » dans les deux vers (1 et 3) sont parallèles. Les syntagmes verbaux  ‘a tué et a violé’ (vers 1 * 3) sont  parallèles.

Les syntagmes conjonctifs dans les vers 2 et 4 sont aussi parallèles et ils jouent le même rôle grammatical

 

‘Car mon père était fier’

‘Car ma mère était belle’

Ce sont des compléments circonstanciels de cause. Ce parallélisme structural renforce la beauté du message du poème

Personnification : Pierre fontanier définit la personnification comme une figure du discours : Consiste à faire d’un être inanimé, insensible ou d’un être abstrait…une espèce d’être réel et physique…9

Dans le poème intitulé ‘celui qui a tout perdu’ David Diop attribue les actions vivantes aux objets inanimés.

Le soleil riait dans ma case et mes pirogues luttaient avec les crocodiles

La lune accompagnait nos dances…¹°

Dans ces trois vers, les syntagmes nominaux ‘soleil’ (1e vers) ‘Pirogues’ (2e vers) ‘lune’ (3e vers) et les syntagmes verbaux ‘riait’, ‘luttaient’ ‘accompagnait’ ne sont pas sémantiquement compatibles respectivement parce que les actions exprimées par les syntagmes verbaux appartiennent aux êtres – humains. On peut les remplacer par ‘brillait’ et donnait lumière a ‘Le poète l’utilise pour démontrer sa familiarité avec la nature du continent de sa mère – patrie.

 

Hyperbole

L’hyperbole augmente les choses avec excès et les présente bien au – dessus de ce qu’elles sont, dans la vue, non de tremper mais d’amener à la vérité même. Son poème ‘defi à la force’ du début jusqu’à la fin est hyperbolique.

Toi qui plies toi qui pleures

Toi qui meurs un jour comme ça sans

savoir pourquoi

Toi qui luttes qui vieilles pour le repos de

l’autres

Toi ne regardes plus avec le rire dans les

yeux

Toi mon frère au visage de peur et

d’angoisse

Relève – toi et crie : Nom !¹¹

Bien sûr, ce poème est une invitation ouverte des africains à la lutte anti –coloniale. C’est une propagande avec laquelle il a vraiment exagéré et magnifié les faits historiques pour inciter les Noirs contre leurs maîtres coloniaux.

A part les figures du discours déjà analysées, il existe beaucoup d’autres comme l’apostrophe qui domine son poème ‘Afrique’ par exemple

‘Afrique mon Afrique…’  ‘Afrique dit moi Afrique. Il y a aussi là la synecdoque qui est la représentation de l’entier par la partie. Par exemple, le vers 15 du poème ‘Afrique’.

‘Ce dos tremblant à zébrures rouges’

Le syntagme nominal ‘ce dos’ nomme est une partie du corps humain que David Diop utilise pour faire représenter l’être humain entier.

La question rethorique (1e vers 13).

‘Est – ce donc toi ce dos qui se courbe ?

Ceci sert à provoquer la curiosité des lecteurs. Il existe d’autres comme la métaphore, l’ironie, la litote, la métonymie et ainsi de suite dans coups de pilon ce sont les outils et les instruments indispensables aux poètes.

 

CONCLUSION

Du fait que la littérature emploie la langue et que la poésie fait partie des genres littéraires demande que la poésie soit grammaticale. La théorie de la Grammaire Générative Traditionnelle adaptée à cette étude nous laisse voir clairement que la poésie, à la différence de la prose et du théâtre défie des règles et des normes grammaticales. Grâce à cette théorie, on à découvert que la  transformation complète des structures poétiques la rend grammaticale comme on l’a vue dans la transformation du vers 3 du poème ‘Afrique’.

Enfin, on aurait tort de dire que tous les poèmes sont agrammaticaux à cause de leur acceptabilité. Toute poésie qui emploie des techniques et des procédés littéraires serait acceptable malgré son état linguistique.

Il faut donc que les professeurs de poésie fassent beaucoup d’attention à relever ces techniques et ces éléments au cours de leur enseignement. Les étudiants, de leur part doivent être curieux mais patients pendant l’analyse de la poésie.

David Diop, un poète par excellence a profité de son talent poétique pour composer un chef – d’œuvre poétique coups de pilon et ainsi s’immortalise.

 

NOTES ET REFERENCES

  1. Dasylva O.A. et Jegede B.O. (1997) Poetry in English Pat Mag, Ibadan, P. VIII
  2. Grevisse Maurice et Goosse Andre (1980): Nouvelle Grammaire Française, Duculet, Paris, p.10
  3. Fromklin Victoria et Rodman Robert (1988) : An Introduction to Language, H.B.J. Inc, p. 12.
  4. Lamidi M.T. (2000): Aspects of Chomaskyan Grammar Emman, Ibadan, p.22.
  5. Thème Encyclopédie Larousse (1993): Larousse Paris, p.11.
  6. Dasylva, A.O. et Jegede B.O. op. cit, p. VII
  7. Diop David (1973) : Coups de Pilon,  Présence Africaine, p.23
  8. Ibid.p.33
  9. Fontanier Pierre (1968) : Les Figures du Discours Flammarion, Paris, p.11.
  10. Diop David (1973) : Coups de Pilon, Présence Africaine, p.34.
  11. Ibid.p.38.

 

 

BIBLIOGRAPHIE

Baylon Charistian et Fabre Paul (1990) : Initiation à la Linguistique, Paris, Nathan.

Dasylva O.A. et Jegede B.O. (1997) : Poetry in English Pat Mag, Ibadan.

Diop David (1973) : Coups de Pilon,  Présence Africaine

Fontanier Pierre (1968) : Les Figures du Discours Flammarion, Paris

Fromklin Victoria et Rodman Robert (1988) : An Introduction to Language, H.B.J. Inc.

Grevisse Maurice et Goosse André (1980): Nouvelle Grammaire Française, Duculet.

Lamidi M.T. (2000): Aspects of Chomaskyan Grammar Emman, Ibadan, p.22.

Munoz J. Louis (2001): The Roots of the West Book Craft, Ibadan.

Nkashama Ngandu P. (1977): La littérature Africaine Ecrite Poésie, Roman Théâtre Paris, Oswald.

Soyoye Ayodeji, Festus, (1998) : Analyse Linguistique – Textuelle de Deux traditions Anglaises de ‘l’Afrique’ de David Diop’ dans Ogun Journal of Foreign Languages p.38 – 45

 

DICTIONNAIRE ET ENCYCLOPEDIE

Genouvrier Emile et  al (1992) : Larousse Dictionnaire des Synonymes, Paris, Larousse.

Mergault Jean (1993) : Larousse Dictionnaire Paris, Librairie Larousse.

Thema Encyclopédie Larousse (1993): Paris, Larousse.

 

 

 

 

 

 

 


TECHNIQUE D’ANIMATION ET D’ENSEIGNEMENT DU FRANÇAIS LANGUE ETRANGERE AU GRAND GROUPE

M. Olufemi BABATUNDE,

DEPATEMENT DU FRANÇAIS,

TAI SOLARIN UNIVERSITY OF EDUCATION,

Ibagun, IJEBU- ODE, Nigeria

 

Résumé

L’enseignement et l’apprentissage du français langue étrangère sont devenus une actualité qui se réalise par-ci par-là au Nigeria. L’effectif d’une classe normale au Nigeria varie entre cinquante et cent apprenants. C’est à partir de là que le phénomène des grands groupes, depuis 1968, fait l’objet de différentes rencontres  entre des pédagogues du continent africain, afin but de trouver des moyens de gérer cette situation considérée actuellement comme une contrainte. Dans ce travail, nous allons considérer ce  phénomène des grands groupes comme le point principal de notre exposé toute en présentant les techniques d’animation propres à gérer, les apprenants du français langue étrangère au Nigéria.

 

Abstract

Introduction

La gestion

Pour aborder ce sujet, il faut d’abord et avant tout définir les mots clés qui s’y trouvent comme :

La pédagogie,

Le grand groupe et

L’animation  pédagogique

 

1.0. La pédagogie en question

Selon la grande encyclopédie Larousse (1975) ; la pédagogie est conçue comme ‘’celle qui unit l’enfant à ceux qui ont l’éducation pour fonction institutionnelle’’. La deuxième définition est tirée du dictionnaire petit robert (1967) ; ‘’la pédagogie est la science des enfants’’. Enfin, d’après J. Lief (1974) ; la philosophie de l’éducation, vocabulaire pédagogique ; la pédagogie se définit comme ‘’l’art d’enseigner,’’ ‘’ plus largement, la pédagogie est une réflexion sur les doctrines, les systèmes, les méthodes, les techniques d’éducation et  d’enseignement, pour en apprécier les valeurs  en recherchant l’efficacité, pour améliorer les démarches les moyens élaborés en vue de fins proches ou  lointaines, de buts que se proposent l’éducation et l’enseignement’’.

Nous remarquons dans les définitions données en premier lieu que la pédagogie égale l’éducation et l’enseignement des enfants. C’est alors une situation de perfectionnement, de sensibilisation et de recyclage qui influence la vie, le fonctionnement harmonieux de  l’intelligence et de la raison des enfants.

Donc, c’est très important pour l’éducateur ou le pédagogue de viser à travers  l’instruction, l’entrée dans la vie et dans la société de l’enfant. On peut se résumer en disant que l’enfant est le centre, autour duquel gravitent la pédagogie et les autres éléments de l’enseignement.

1.1. Les grands groupes

Lorsqu’on parle de grands groupes, il est question d’un phénomène pédagogique où il y a plus de quarante élèves dans une salle de classe sous la direction d’un seul professeur. Ce phénomène à vu le jour à partir de 1968 surtout dans les écoles qui se trouvent sur le continent africain.

Selon kim jonh (1995) dans la gazette des profs, il disait ainsi : lorsqu’on pose la question suivante aux enseignants africains :’’  ‘’ quel est l’effectif d’une  classe normale ?’’ Les réponses varient selon les pays, les régions et les états comme le Nigeria. Certains parlent de quarante apprenants (40), d’autres vous dirons cinquante (50) ou cinquante-cinq (55). Mais si la même question est posée à un enseignant français, il répondait ‘ vingt- cinq apprenants’’.

Le problème c’est que la plupart des l’enseignants africains,  ont eux-mêmes fait leurs études primaire et secondaire dans des situations de grands groupes. Mais chez-nous au Nigéria, une classe de quarante étudiants peut paraître normale. Autrement, il existe des classes où il y a entre soixante et cent apprenants. Surtout s’il s’agit d’une classe de français langue étrangère. Il est à noter que beaucoup de problèmes font face à l’enseignement ainsi que les apprenants dans une telle situation très pénible et anormale. C’est ainsi que la plus part des chercheurs sont d’avis qu’il faudrait étudier les moyens de gérer cette situation, étant donné l’impossibilité de pouvoir la supprimer.

En dépit de ces difficultés, la volonté de démocratiser et de généraliser l’enseignement, considéré non seulement comme remède à l’analphabétisme mais aussi et de plus en plus comme moyen de promotion sociale, représente l’un des choix prioritaires de plusieurs pays d’Afrique.

1.2. L’animation et la pédagogie

Selon le dictionnaire de la langue française – petit robert, le mot animation est synonyme à l’activité et à la vivacité. C’est-à-dire une manière de donner la vie et le mouvement à quelqu’un à quelque chose.

Ainsi, l’animation en pédagogie peut être liée aux méthodes de conduite d’un groupe d’apprenants qui favorise l’intégration et la participation de ses membres à la vie collective de la classe et de l’établissement. Dans la pédagogie du français langue étrangère, il faut que l’enseignant sache  comment animer ses élèves à agir positivement dans l’apprentissage et l’enseignement d’une langue.

Alors, on peut dire que les techniques d’animation en pédagogie donnent les moyens à l’enseignant de développer sa créativité relationnelle en devenant le  facilitateur d’expression des groupes qu’il anime. Il découvre dans sa pratique des ressources pédagogiques qui sont le fait du grand groupe.

Du côté de l’apprenant, il sera d’avantage en mesure de découvrir ses stratégies de réussites et d’échec, de développement d’autres stratégies que celles dans lesquelles il s’enferme trop souvent, d’élargir son champ perceptif et selon Albert  Jacquard : ‘’l’apprenant devient co-auteur de soi-même’’.

 

1.0. La pédagogie des grands groupes

Après avoir considéré les mots Clés de notre sujet, voyons un peu ce que signifie ce phénomène de la pédagogie des grands groupes en Afrique et au Nigeria en particulier.

On constate que la croissance démographique en Afrique comme dans beaucoup d’autres continents  rend les besoins en éducation. Pressant mais   souvent difficile à satisfaire dans des conditions convenables.

En réalité, l’insuffisance de l’infrastructure scolaire dans certains Etats fédéraux et le manque criard d’enseignants qualifiés ont favorisé la naissance du phénomène des grands groupes pédagogiques. Dans sa volonté de promouvoir l’enseignement malgré des conditions matérielles réduites, l’une des solutions les plus rapides trouvées par le gouvernement est l’augmentation des effectifs, si bien que la moyenne par classe est devenue rarement inférieur à cinquante (50) élèves et peut dépasser la centaine selon les milieux.

Ainsi, se sont développées ‘’ les classes à grands groupes’’.ces grands groupes sont dénoncés et même par les parents et les enseignants qui ont toujours attribué en grande partie l’échec scolaire et la baisse du niveau aux ‘’classes pléthoriques’’. Cela n’a rien d’étonnant lorsqu’on se rappelle que ‘’l’allergie aux grands groupes nous a été inculquée au cours de certaines formations professionnelles reçues théoriquement. Néanmoins, certains chercheurs et pédagogues reconnaissent la richesse des grands groupes qui pourraient, selon eux, constituer un élément favorable à l’apprentissage et sont en tout cas un facteur de socialisation de l’enfant.

Selon Newcomb, cité par Odejobi Noel (1998), ‘’lorsque la taille du groupe augmente, les ressources du groupe tendent aussi à augmenter’’ ; il ajoute qu’il est vrai que ‘’leur potentiel maximum n’est pas utilisable pour la résolution des problèmes à moins qu’il ne se produise une augmentation correspondante de certains types d’interaction’’.

Enfin, ‘’le rejet systématique des classes à grands groupes ne peut être totalement justifié que si le rapport entre réussite scolaire et effectif restreint est établi’’.  Ainsi on parle aujourd’hui de ‘’pédagogie des grands groupes’’. Il s’agit d’une appellation qui traduit la reconnaissance des’’ grands groupes’’ en tant que réalités scolaires qu’il est difficile voir impossible, de supprimer du moins dans l’immédiat et qu’il est nécessaire de prendre en charge par une réflexion vivant la recherche de moyens adéquats qui permettent de la gérer.

2.0. Les techniques d’animation et d’enseignement des grands groupes

Tout d’abord, il faut noter qu’il ait un lien étroit entre la notion des techniques d’animation des grands groupes et la pédagogie des grands groupes. Lorsqu’on parle des techniques d’animation des grands groupes, il s’agit de tous les procédés de travail et les applications de la connaissance théoriques dans le domaine de l’enseignement des classes à grands groupes.

Alors, les classes à grands groupes fonctionnent dans la plupart des cas certes, mais souvent selon des méthodes et des modalités organisationnelles imposées par la conjoncture du terrain et faisant appel au bon sens et à l’intuition des enseignants. Ainsi, les techniques comme :

-la pédagogie des objectifs

-les travaux sur l’enseignement mutuel et

-l’organisation des groupes ont largement alimenté les pratiques pédagogique dans les grands groupes et qui offrent des possibilités d’action intéressantes.

Mais ces techniques, quel que soit leur rendement, ne doivent constituer qu’une étape transitoire vers la mise en place d’une pédagogie prenant en charge l’organisation et le fonctionnement des grands groupes, la conception de pratiques méthodologiques, de modalités d’évaluation et de programmes de formation qui tiennent compte de leurs spécificités.

Ces exigences pratiques constituent ainsi à la réforme des programmes d’études et des contenues d’enseignement, des méthodes d’enseignement, des horaires, du calendrier scolaire ; l’introduction des activités pratiques et productives comme les jeux et le jeu de rôles. D’autres propositions inclurent :

-la multiplication des supports pédagogiques adaptés aux besoins des apprenants.

Conclusion

Tout en considérant le phénomène de la pédagogie des grands groupes, les procédés propres à gérer et à animer les apprenants dans une situation typique du Nigeria, on constate que l’enseignant peut donc gérer sa classe de différentes manières et changer progressivement ses stratégies et ses interventions. Il peut donc instituer un travail collectif et des activités communes pour démarrer uns situation ou faire un retour sur une expérience vécu. Il peut aussi constituer des sous-groupes homogènes de travail à partir du classement des élèves, selon leurs intérêts ou leurs affinités.

Pour faire animer une classe à grands groupes, il faut posséder le ‘’savoir-faire’’ de la part de l’enseignement. C’est-à-dire des techniques d’animation de façons effectives doivent être adoptées par les enseignants. Il doit enfin tenir compte aussi des processus énumérés ci-dessous en variant ses activités pédagogiques selon leurs besoins spécifiques à savoir :

– Recueillir des renseignements

– Identifier les besoins

– Explorer le terrain

– Identifier les problèmes

– Etablir un projet de formation

– Préciser les objectifs

– Choisir les méthodes pédagogiques pertinentes.

– Préciser le temps et lieu pour la formation

– Tenir compte des problèmes organisationnels (financiers, parents, environnements etc.)

– Evaluer et s’auto évaluer.

Ainsi, le professeur devient enseignant, formateur, animateur, dans une classe à grands groupes car il passera les différents groupes pour surveiller les travaux donnés des précisions et aider à résoudre certains obstacles soulignés par les élèves.

En conclusion, si l’enseignant pourrait s’adapter à la pédagogie des grands groupes en respectant toutes les règles et les conventions du jeu, l’apprentissage et l’enseignement du français au Nigeria comme langue étrangère témoigneraient d’un bel épanouissement linguistique.

 

Références bibliographiques

BERNARD Evelyne (1991) : L’Approche Communicative Théorie et Pratique, Paris, Clé International.

 

CHAMBERLAIN Alàn et al (1991) Guide Pratique de la Communication, Paris Didier.

 

La Grande Encyclopédie Larousse : volume 2 (1975), Paris Larousse.

 

LEIF ? J (1974) Philosophie de l’éducation, Tome4, Delagrave.

 

Les modules (2000) : recueil des fiches pédagogiques destinés à l’enseignement de FLE jos, CFTD.

 

ODEJOBI, A N  (1998) : Développement personnel et technique d’animation du groupe, mémoire présenté au CLA, Besançon, France.

 

PENDANX Michèle (1998) les activités d’apprentissage en classe de langue, Paris, Hachette.

 

RENE,  Richterich et al (1975) : communication orale et apprentissage des langues, Paris, Hachette.

 

ROBERT Paul (1969) : le petit robert-dictionnaire de la langue française, Paris le Robert.

 

TAGLIANTE Christine (1994) : la classe de langue, Paris, Clé International.

 

TROCME-FABRE ? Hélène (1978) : j’apprends, donc je suis, Paris Editions d’organisation

 

WEISS, François (1983) ; jeux et activités communicative dans la classe de langue, Paris, Hachette.

 

 

 

 

 

 

ACCEPTABILITE DU FRANÇAIS  AU NIGERIA

JAMES   I. ASIKA,

Department of Moderns Languages,

Faculty of Arts,

Ambrose Alli University,

Ekpoma, Edo, Nigeria

Résumé

La date précise de l’entrée du français au Nigeria est contestable. Certains disent que c’est à partie de 1788 à Benin-City tandis que d’autres ont noté que l’enseignement du français au Nigeria cas de Lagos a commencé en 1859. En tant que langue étrangère, l’acceptabilité du français au Nigeria est de nature politico-économique et techno-scientifique. Considérant la position du Nigeria en Afrique surtout en Afrique de l’Ouest, l’enseignement du français est indispensable. Les gouvernements Nigerians n’ont pas pris au sérieux le programme du française et voilà pourquoi il n’y pas assez de professeurs, de temps alloués et de matériels pédagogiques. Les étudiants des cours de propédeutique de la première année vont au village français du Nigeria, Badagry ou dans d’autres  pays francophones sans une base. Ce travail vise à étudier d’une manière chronologique l’enseignement du français au Nigeria, de son origine jusqu’aujourd’hui. Nous tâcherons de noter les établissements de français : Ses succès et ses défauts au Nigeria. Nous proposerons des recommandations.

 

OBJECTIF

Notre objectif dans ce travail est de

(a)  définir la langue étrangère

(b)   résumer l’histoire du français au Nigeria

(c)  déterminer le statut du français au Nigeria

(d)   décrire l’importance du français au Nigeria

(e)   résumer l’acceptabilité du français au Nigeria

(f)    énumérer les problèmes et les solutions de l’enseignement du Français au Nigeria qui nous serviront de conclusion.

Introduction

Le français est une langue étrangère au Nigeria. Tunde Ajiboye cité par Ozidi Bariki (1999 :22) définit une langue étrangère comme :

N’importe quel moyen verbal de communication humaine qui est reconnue comme extérieur à l’homogénéité culturelle et politique de la communauté linguistique dans laquelle ce moyen externe de la communication potentielle plutôt que de son utilité immédiate.

 

La décision d’accepter la langue française comme une langue étrangère officielle au Nigeria est inspirée par un besoin politico-économique et technico-scientifique attribut de la langue en question.

L’HISTOIRE DU FRANÇAIS AU NIGERIA

Le français au Nigeria, comme le français dans tous les pays, doit obéir à une structure analytique et systématique. Une analyse qui nous amènera à voir son évolution, la cause, le rôle des contrats commerciaux, économiques, politiques, justifiant l’existence du français au Nigeria sans oublier la situation géographique, historique, les milieux qui le parlent, les situations dans diverses provinces et rôle du gouvernement.

E. O. Imasuen cité par Simon Okoli (1999 :29) nous renseigne que : les français avaient établi un comptoir à Oghoton dans l’empire de Bénin (Ovia Local Government Area) en 1788 et quoique ce poste fut détruit par les Anglais en 1792, les Français avaient déjà laissé quelques mots qui subsistent encore dans la langue Edo. C’est ainsi que le mot ékuyẹ est une adoption du mot cuiller, itaba vient du mot tabac.

Il n’y avait pas d’acquisition formelle du français dans notre programme scolaire avant 1859. Il y avait cependant des cours du soir et des cours particuliers dispensés par des professeurs anglais qui parlaient quelques mots de la langue  française.

L’enseignement du français se faisait par la méthode grammaticale et de traduction inspirées des études classiques. Bien que le français ne soit pas reconnu comme matière clé dans les programmes scolaires du Nigeria à cette époque, quelques nigérians l’apprenaient. Il s’agit de ceux qui étaient en contact avec les ressortissants des pays francophones.

L’acquisition du français comme matière vit le jour en 1859 à Church Missionary Society (CMS) Grammar School, Lagos mais cette date est contestée par C. M. Brann qui donne comme date effective l’an 1891. D’ailleurs, Brann reconnaît plutôt St. Anne’s School, Lagos comme le berceau de l’enseignement du français au Nigeria. Brann divise en trois périodes distinctes le développement du français au Nigeria : la période des missionaries, des colonisateurs et celle post-indépendance.

 

L’enseignement de cette ancienne lingua franca européenne du siècle des lumières fut très prestigieux. Mais les efforts vers son enseignement furent étouffés par le soupçon existant entre les pouvoirs européens. Le Nigeria une colonie britannique, ne dut pas déplaire au colonial office de Londres qui dut tracer les pas « sains» pour ses sujets nigérians. Même les prêtres d’origine française ne montrèrent pas d’intérêt pour l’enseignement du français. En général, le clergé s’intéressa plutôt à l’enseignement des langues classiques.

 

L’INTERET POLITIQUES DES GOUVERNEMENTS

NIGERIANS DEPUIS 1960 à 2005

Les gouvernements du Nigeria ont eu des politiques en matière d’enseignement et de l’acquisition du français depuis « Les soleils des indépendances ». Le Nigeria est membre de Union Africaine (UA) il participe à la réunion du comité des experts qu a eu lieu à Yaoundé au Cameroun. Asobele (1999 :13) nous renseigne que :

En novembre 1961, le comité des experts nommé par l’UA s’est rencontré à Yaoundé au Cameroun. Cette instance gouvernementale à l’échelle continentale a recommandé entre membres de l’UA pour créer une atmosphère d’entente entre eux, l’adoption d’un bilinguisme français-anglais pour briser la tour de babel que constituent les plus de 1200 langues nationales en Afrique. En 1963 l’UA a adopté à l’échelle continentale la recommandation des experts Yaoundé le bilinguisme français/anglais.

 

Par conséquent, le français s’est introduit dans le système éducatif nigerian au niveau supérieur en 1959. Les visées de cette nouvelle politique sont les suivants : l’importance que revêt le français pour le Nigeria entouré des pays francophones, un besoin de donner aux personnels nigerians (des militaires) une langue qui leur permettrait de maximiser les services qu’ils rendaient à leur pays.

Le Général Gowon a vu la mise en cause de la nation nigériane par quelques pays francophones dont Haïti, le Gabon, la Côte d’Ivoire qui s’immisçaient dans les affaires intérieures du Nigeria. La Tanzanie et la Zambie, deux pays membres du Commonwealth avec le Nigeria y étaient inculpés à leur tour. Cette ingérence dans les affaires intérieures du Nigeria terminée il y eut un  rapprochement entre le Nigeria et les cinq pays membres de l’UA cités plus haut en 1970. Le Nigeria sous le leadership du Général Gowon a entamé une ère d’éclaircissement et d’ouverture vers ses voisins francophones et la France.

Avec William Tuman du Libéria, le feu Président Eyadema du Togo,  le processus pour l’établissement de la CEDEAO (Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) fut mis en marche en 1968. Le 28 mai 1975 à Lagos, la CEDEAO était née avec quinze états membres. Pour consolider ce rapprochement au niveau continental, le Nigeria a proposé un festival Negro Africain qui devait se dérouler à Lagos en 1975. A cause de cette proposition, plusieurs élèves nigérians apprenant la langue française étaient envoyés soit à Dakar, à Abidjan, à Lomé et à Cotonou pour concrétiser leurs acquis dans le domaine de la langue française parlée.

Malgré ce changement intervenu au niveau du leadership au mois d’août 1975, le général Murtala (tué en février 1976) et son successeur, le Général Obasanjo, ont pu organiser le FESTAC 77 pour confirmer le rapprochement socioculturel entre le Nigeria et les états membres de l’UA et les Negros Africains de la Diaspora. Ce festival a eu lieu à Lagos en janvier et en Février 1977. Cette ère est ce que l’on appelle l’ère des petroldollars du Nigeria. Ces petroldollars ont permis au Nigeria de poursuivre sa politique de l’ouverture vers ses voisins francophones. La langue française a connu un essor sans précédent dans les trois cycles de l’enseignement au Nigeria, plusieurs nigérians bénéficiaient des bourses de recyclage et de perfectionnement dans les universités françaises. La popularité de la France au Nigeria sur le plan économique se voit concrète par l’accomplissement  des filiales comme Renault, Peugeot et Michelin. Les banques françaises telles que, Crédit Lyonnais, Société Générale, etc…, ouvrent des succursales à Lagos et ailleurs au Nigeria.

Le régime civil de El Hadj Shehu Shagari (1970-1993) n’a pas pu arrêter une politique vis-à-vis du français. La politique nationale de l’éducation n’accorde pas encore une importance capitale à l’enseignement et à l’acquisition du français au Nigeria. L’équipe de Buhari-Idiagbon (1983-85) qui est arrivé sur la scène en 1983 dans une conjoncture économique extrêmement difficile se cherchait encore une voie lorsqu’elle fut chassée du pouvoir en Août 1985 par l’équipe du général Babangida.

Le gouvernement de Babangida était dynamique qui se veut nationaliste. Elle a donc mis sur pied deux projets très importants :

  1. le Technical Aid Corps
  2. les écoles bilingues (French-English)

 

LE TECHNIAL AID CORPS (TAC)

Les transformations profondes qu’a subi le marché d’emploi au Nigeria depuis les années 1980, ont réduit la possibilité pour les étudiants à obtenir un emploi stable relié à leurs études et le délai entre la fin des études et l’obtention du premier emploi relié à leur formation, s’allongent depuis une décennie.

Michel Grisé cité par Asobele (1999 :16) à raison lorsqu’il postule que le contexte socio-économique des années 1990 ne facilite pas ce message de trouver un emploi. Il n’en demeure pas moins qu’en elle-même, la transition études – travail est exigeante et suscite des enjeux personnels importants. C’est pour cette raison que la plupart de la jeunesse Nigériane est retourné à la faculté pour accumuler des diplômes. Il y en a qui ont accumulé depuis les années 1980, trois maîtrises et deux doctorats grâce à une prise en charge financière par les parents ou les gouvernements. Le programme de Technical Aid Corps établie vers 1987, vise à mettre un terme à cette instabilité psychique chez la jeunesse nigérian face à l’avenir. Le programme met l’emphase sur le bilinguisme des candidats ou des postulants. Car parmi les postulants TAC figurent des professions de différents secteurs d’activité : pédagogues, médecins, banquiers, avocats, ingénieurs, linguistes etc. Pour le Nigeria, la connaissance de la langue française est un critère déterminant pour entrer dans le programme de haute envergure qu’est devenu le TAC.

LES ECOLES BILINGUES FRANÇAIS-ANGLAIS

Le plus important discours sur l’avenir du français au Nigeria a été celui que le Général Babangida a prononcé à Abuja le 7 Juillet 1987, lors du sommet des Chefs d’Etat de la CEDEAO. D’après Asobele (1999.17) le Général affirme que :

Le plus cynique de nos détracteurs va nous reconnaître les efforts que nous avons déployés depuis les soleils des indépendances pour se rapprocher de nos frères francophones de la CEDEAO. Nous avons entre autres francophones, privilégié l’enseignement du français dans le deuxième cycle de notre système d’éducation. Je vais prier mes chers frères de tâcher de franchir une autre dans notre recherche d’entente dans notre région.

 

Cette étape consiste  dans le système éducatif nigérian, la mise en place des écoles entièrement bilingues où les pays membres de la CEDEAO en verront leurs élèves. Le Général Babangida prie de faire en sorte que les effectifs de ces diverses écoles soient recrutés dans les pays de la CEDEAO. Voilà l’enjeu de la CEDEAO de l’an 2000.

L’envoi de nos co-opérants sous l’égide du TAC est le signe avant coureur de cette nouvelle politique qui a pour but l’ouverture vers le défi de l’an 2000 ou la mondialisation du système de l’éducation sera de rigueur. Le Nigeria est déjà prêt à assumer sa responsabilité au sein de cette communauté afin de servir d’exemple à nos frères du continent. Les crédits nécessaires ont été mis à la disposition des organismes nigérians chargés de démarrer ce programme ce que nous allons voir après. Voilà le ton de la déclaration du Général Babangida en 1987. Le feu Sanni Abacha a même déclaré en 14 Décembre 1996 le français comme une deuxième langue officielle au Nigeria. Il affirme aussi que la langue soit obligatoire dans les écoles secondaires au Nigeria.

L’intérêt que revêt ce sujet à l’heure actuelle où la vocation politico-culturelle du français au Nigeria s’accroît chaque jour et cela sur le plan économique, politique aussi bien pour des exigences géographiques et historiques est vraiment inestimable. C’est que le Nigeria est appelle à jouer un rôle clé. D’où donc, l’évolution  du français troisième langue après l’anglais et le latin dans le programme de l’enseignement secondaire avant l’indépendance et la deuxième langue dans l’ère post-indépendance.

LE STATUT ET L’IMPORTANCE DU FRANCAISE AU NIGERIA

F. I. Emordi (1998 :1-6) expliquant les raisons d’être pour l’acquisition du français au Nigeria avance cette opinion :

While the learning and use of the English Language was imposed on nigerians, the learning and use of French was never imposed on them by any power. The Nigerian Government chose it in absolute liberty to achieve her economic, commercial, political and cultural development.

 

C’est vrai que l’acquisition et l’usage du français n’étaient pas imposés aux nigérians par la France. La liberté du choix est basée sur les besoins économiques, commerciaux, politiques et culturels du Nigeria. Ajiboye cité par Ozidi Bariki (1999 :22) a donné les quatre principales raisons qui pourraient être à la base du choix d’une langue étrangère de voisinage à apprendre :

  1. principe de voisinage géographique
  2. principe diplomatique
  3. principe d’avancement technologique
  4. principe de l’indépendance globale

Nous pouvons donc résumer les raisons données par les auteurs ci-dessus cités comme le principe de L’UTILITE.

Il y a plusieurs langues étrangères étudiées dans divers établissements au Nigeria. L’on peut citer le français, l’allemand, le russe, le portugais, l’espagnol et le swahili. L’anglais occupe une place particulièrement importante. Etant colonisé par les Britanniques, le Nigeria pays multilangue l’adopta comme langue officielle.

 

La langue française est la langue la plus importante à part l’anglais. Elle est la seule que l’on apprend au niveau  secondaire et dans les collèges d’éducation. L’allemand, le russe et le portugais ne s’apprennent que dans certaines universités.

La sélection du français comme langue étrangère à apprendre est fortement favorisée par les principes d’Ajiboye que nous avons signalé      plus haut. Le Nigeria est entouré par des pays francophones dans toutes les frontières sauf dans le sud ou il est encadre par l’Océan Atlantique. Jolayemi cité par Ozidi Bariki (1999 :27) décrit la position géographique du Nigeria dans la métaphore suivante « the tongue within the teeth » (la langue entourée de dents) cela signifie que le Nigeria est la langue et les dents sont les pays francophones limitrophes qui l’entourent. Le principe de contiguïté et les échanges politico-socio-économiques avec l’ensemble des pays francophones représentent un des facteurs contribuant au maintien de l’étude de la langue  française au Nigeria. Le français est l’une des langues officielles de l’UA, de l’ONU (l’Organisation des Nations Unies) et de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) les pays francophones connaissent une prédominance numérique à la CEDEAO. Sur le plan de la diplomatie, le français joue un rôle spécial depuis le 18e siècle, qui se caractérise par le développement scientifique et philosophique en France. En effet, cette langue romantique issue du latin remplaça le latin comme langue internationale de culture.

Malgré le fait que plusieurs écoles se bousculent pour recruter, des francophones qualifiés qui prendront en main la formation de dix millions de collégiens et 5 millions de lycéens, malgré une campagne de grande envergure lancée par le gouvernement pour faire du Nigeria un pays francophone, les problèmes existent toujours. Car même si le Nigeria dispose de 5000 personnes capable d’enseigner le français soit un pour 266 élèves, comment surmonter les problèmes des manuels scolaires qui se posent ? Il faut faire face à ces problèmes de l’enseignement du français dans les écoles secondaires, car, c’est à ce niveau que vont se recruter les apprenants des deuxièmes et troisièmes cycles. La question qu’on se pose toujours c’est, qu’est-ce qui est généralisable dans les résultats de toutes les études consacrées dans les lycées et dans les secondaires ? Les méthodes de français langue étrangère montrent bien vite leurs limites et leurs insuffisances, il devrait devenir langue de culture au Nigeria. Il y a le manque de professeurs et d’ouvrages en français. L’emploi du temps privilégie évidemment l’anglais. Le français n’existe pas même officiellement dans le programme. Donc l’échec en français n’empêche plus l’ultime succès à l’examen. Le scénario est le même jusqu’en 1959 avec l’introduction du français deux collèges universitaires d’Ibadan et à l’Universités d’Ibadan du Nigeria Nsukka en 1961.

De 1979 à 1985 une certaine remontée de la place de la langue française s’explique par l’établissement de plusieurs collèges d’éducation où la situation semble s’empirer. Mais l’effet global et positif des collèges d’éducation se fait sentir encore par l’effectif des étudiants universitaires provenant ces collèges.

Mais en ce qui concerne les écoles secondaires, les données chiffrées des candidats de français dans Senior Secondary School Certificate Examination (SSCE) ou General Certificate of Education Ordinary Level GCE ‘O’ Level) ne sont pas encourageants malgré la scolarisation massive du pays. Même à ce niveau, il faut remarquer que certains candidats sont en réalité des étudiants des collèges d’éducation qui veuillent améliorer leur niveau français pour faciliter leur admission aux études universitaires.

C’est alarmant que le nombre de professeurs ne dispose pas plus de 5000 enseignants à tous les niveaux et à l’heure actuelle au Nigeria, la proportion des professeurs de français vis-à-vis des élèves est de 226. Même les collèges d’éducation n’arrivent pas à influencer radicalement le terrain du français.

Déçu par le manque de progrès et d’une visée claire de la part des gouvernements nigérians (aux niveaux fédéral et étatique) et par les contraintes budgétaires, ni l’ambassade de la France ni les Universités n’envoient plus assez d’étudiants dans les pays francophones ou en France pour le stage.

Entre temps, le Nigeria avec l’aide de la France, a concentré ses efforts sur l’établissement d’un village à Badagry et du Centre de formation et de documentation de Jos (CFTD). Le village sert de lieu d’immersion linguistique. L’instabilité dans les programmes d’échange entre les écoliers et ceux de la République du Bénin, Cameroun et du Togo est une autre raison qui explique cette baisse du taux d’étudiants de français au Nigeria. Ainsi des stages, des randonnés et des excursions organisés à l’intention des écoles devenaient très rares, car les écoles ne disposaient plus assez de ressources financières pour assurer cet aspect de l’enseignement du français au Nigeria.

Le Nigeria a adopté le français trop tard et ce retard peut s’expliquer par le fait que le français n’était pas considéré comme aussi nécessaire et important que l’anglais ou le latin pour le développement de l’esprit. En outre du point de vue politique et culturel, ce n’est pas souhaitable que les Anglais donnent la priorité au français car les politiques extérieures des pays francophones et anglophones étaient différentes. De plus, on avait craint que le français puisse inculquer l’esprit révolutionnaire aux citoyens britanniques du Nigeria étant donné que l’esprit d’engagement a commencé dans les pays francophones avec l’arrivée sur la scène littéraire du Sénégalais. L. S. Senghor et sa pensée de la négritude.

 

 

 

L’acceptabilité du Français au Nigeria

L’acceptabilité du français au Nigeria est basée sur les points ci-dessous. D’après Bariki (1999) : en 1985, les investissements français au Nigeria étaient environ 40% de tous les investissements de l’extérieur. En 1985, il existait au Nigeria environ 150 sociétés commerciales et industrielles françaises. Aujourd’hui parmi les entreprises franco-Nigérianes, l’on peut citer entre autre, Michelin, Elf, Total, l’usine Peugeot du Nigeria (PAN) Nissco, la compagnie française de l’Afrique de l’Ouest (CFAO établi en 1920). SCOA (établi en 1962), les Banques (Société Générale et le Crédit Lyonnais).

Donc, une étude plus poussée et plus répandue du français peut attirer d’autres investisseurs  français ou francophones au Nigeria. La France était le plus grand pays étranger à s’investir au Nigeria après la Grande Brétagne; ce qui doit mériter notre attention. Rappelons aussi que la France, le berceau de la langue française, est l’un des pays plus les avancés du monde. Il est aussi membre de l’Union Européenne. Elle occupe la quatrième position parmi les pays les plus riches du monde. Ozidi Bariki 91996-28) nous renseigne

L’influence de la France est encore démontrée par le fait que la francophonie qui construit à l’origine (en 1970) 21 états et gouvernements, regroupe aujourd’hui 52 états et gouvernements y compris 28 pays africains et d’autres nations nouvellement admisent en 1997 à Hanoi comme membres associés.

 

C’est peut être pour ces raisons avancées ci-dessus que le feu Général Sanni Abacha, l’ancien chef d’Etat du Nigeria s’est laisse convaincre quand il déclara le 11 Novembre 1996 en faveur du bilinguisme (anglais/français) dans le pays. Cette déclaration était suivie d’autres déclarations pareilles a provoqué une multiplicité de commentaires. Il faut  donc tout faire pour éviter le sentiment de regret en matière de l’apprentissage de cette langue. On entend déjà et souvent bien des nigérians qui regrettent d’avoir manqué la merveilleuse occasion d’apprendre le français à l’école secondaire. Le Nigeria peut tirer des leçons des Etats Unis.

Malheureusement, au Nigeria les déclarations officielles et privées quant au statut privilégié du français ne sont pas suivies d’actions concrètes. C’est pour cela que le bilan des études françaises au Nigeria n’est jamais brillant. Il nous apparait que le problème du français au Nigeria peut se résumer dans les paroles de J. S. Cookey, ancien conseiller principal de l’Education nationale Nigeriane. Ozidi Barki (1999) cite :

Je pense que nous n’avons pas pris l’apprentissage du français comme une décision politique ni comme un acte de volonté politique bien que conscient de l’important de la langue française dans notre région. Il me semble que nous devrons le traiter comme une affaire d’urgence et de politique nationale

 

Presque trente ans après cette déclaration le sort  du français reste plus au moins le même. Le conseil de Cookey n’a pas été pris au sérieux.

L’établissement du village français du Nigeria est une sagesse de la part du gouvernement nigérian. La plupart des étudiants qui ne peuvent pas aller en France et dans les pays francophones à cause de l’insuffisance d’argent peuvent maintenant aller au village français du Nigeria, donc, le nombre d’étudiants s’accroît. Le Centre for French Teaching and Documentation à Jos joue un rôle supplémentaire au Village Français du Nigeria qui servent à former les nigérians en langue française. Le gouvernement en collaboration avec l’ambassade de France, a établi aussi des écoles pilotes de langue française qui vont servir d’exemple et de champs d’expérimentation. Au niveau local les élèves/étudiants organisent le cercle français et un concours national chaque année au Nigeria.

L’introduction de la classe préparatoire dans des universités à l’intention des étudiants désireux de poursuivre l’étude du français à l’université est un signe positif pour l’enseignement du français dans les écoles au Nigeria. C’est d’ailleurs la dernière chance pour tous ceux qui avaient pour une raison ou pour une autre ont abandonné la langue française à l’école secondaire.

En ce qui concerne le revers de fortune au Nigeria, il est bien nécessaire de trouver des moyens qui pourraient encourager les élèves à apprendre le français. La grande bataille se trouve peut-être au niveau politico-économique et historique. Les pays colonisés et leurs ressortissants deviennent alors victimes de méfiance et de rivalité existant entre les pays colonisateurs. Les efforts louables de l’Unité Africaine (UA) et d’autres organismes régionaux à l’époque post-indépendance n’ont pas pu effacer complètement certaines fausses idées. Le Nigeria est donc appelé à jouer un rôle significatif dans le but d’annuler ces idées fausses.

 

CONCLUSION

Le bilan de l’enseignement du français au Nigeria est une catastrophe au niveau des écoles secondaires et universitaires. Les situations de l’audio-visuel, des manuels de langue et littéraire, de l’improvisation, de l’enseignement par modules, du nombre d’étudiants par classe, d’activité socio-culturelles, d’une journée francophone existent à peine.

Ce que la plupart des universités font maintenant c’est d’admettre et  de donner une formation aux étudiants frustrés par le JAMB. Le niveau n’atteint même pas 20% pour qu’on maintienne encore un standard raisonnable grâce aux raisons attribuables à la formation ou l’orientation professionnelle dont disposent la majorité des professeurs qui y travaillent.

Qui blâmer ? La France, le gouvernement ou les professeurs ? Nous croyons que la France a fait son mieux mais la plupart des défauts sont à nous, les Nigerians. Nous n’avons suffisamment pas travaillé pour maintenir un bon niveau ou une bonne qualité de l’enseignement. Le nombre trop élevé d’étudiants admis, le contrôle et le maintient de ces effectifs, le manque d’aides pédagogiques est des obstacles les plus épineux qui bloquent le décollage de  l’enseignement du français au secondaire.

Chaque année, les universités accueillent les étudiants frustrés par l’examen de JAMB pour le programme de l’année préparatoire. Ils montent/avancent à la première année après quelques mois sans avoir le minimum de préparation. La joie des étudiants c’est d’avoir une place dans l’Université avec l’espérance de changer de programme après un an ou deux d’étude. La motivation réelle n’est pas là jusqu’au point où ils ne peuvent pas réaliser leurs rêves. En ce moment ils sont déjà au village français du Nigeria, Badagry ou  dans les pays francophones ou le niveau de français est trop élevé pour eux…

Nous proposons donc des solutions suivantes pour améliorer le niveau de la langue  française au Nigeria.

  • mobilisation des collèges of Education à préparer des étudiants pour le certificat terminal du secondaire.
  • limitation de nombres d’étudiants admissibles ou amélioration des effectifs pour maintenir le niveau attendu
  • l’élaboration d’un programme de sensibilisation au niveau secondaire
  • envoie d’un mémorandum à la N.U.C. pour effectuer l’initiative du Advance Level (A/L) comme le minimum pour l’inscription à l’université
  • constitution d’un inspectorat pour surveiller les activités des départements qui accueilleront les étudiants en troisième année.
  • donner des bourses ou organiser des stages de formation aux niveaux du secondaire et tertiaire pour motiver les professeurs, les élèves et les étudiants.
  • organisation des concours inter-secondaires et inter-universitaires
  • encourager les écoles secondaires, collèges of Education et les universités à organiser une semaine francophone et d’inviter les écoles voisines.

 

 

BIBLIOGRAPHIE

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BARIKI, O. (1999). « Le français au Nigeria ; historique statut et importance » dans : Cours de Langue et de la Littérature françaises. Ilorin : Tim Sal Nig. Ent.

 

BRANN, C.M.B. (1975). “Trends in French Teaching in Nigerian’s Schools” Education Journal of the Ministry of Education, Bendel State of Nigeria. pp. 23-28.

 

EMORDI, F. I. (1983). Problèmes d’apprentissage du français par des étudiants Nigerians. Mémoire de Diplôme d’Etudes Appronfondies université des Langues et Lettres, Grenoble III.

 

EMORDI, F. I. (1985). L’enseignement du français au Nigeria. Contribution à une réflexion sur les finalités et les objectifs. Thèse pour le doctorat de troisième cycle en linguistique et phonétique.

 

HAMMOND, B. (1999). « Etude comparative des programmes d’étude du Français, dans les écoles secondaires du Nigeria et du Cameroun » dans : Le Français au Nigeria. Lagos : Printview Publishers.

 

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KWOFIE, E. N. (1980). French Language Teaching in Africa. Ibadan University Press.

 

MARTINET, J. (1992). De la théorie Linguistique à l’Enseignement de la langue. Paris : Presse Universitaire.

 

MELVEZ, J. (1997). Dictionnaire Hachette Encyclopédie Illustré. Paris : Hachette.

 

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WILKIN, D. A. (1976). Linguistics in Language Teaching. Great Britain. Edward Arnold.

 

 

 

 

 

 

 

 

LA PLACE DE LA CULTURE ET DE  LA CIVILISATION DANS L’ENSEIGNEMENT  DU FRANÇAIS LANGUE ETRANGERE DANS L’ESPACE NON FRANCOPHONE.

Prince Théophile G. KODJO SONOU

Centre Universitaire de Recherche et d’Etude de  Français,

Institut d’Enseignement Supérieur Sonou d’Afrique,

Avakpa-Tokpa, Porto-Novo, République du Benin.

 

 

 

Résumé

La culture et civilisation françaises ont une place prépondérante dans l’enregistrement et l’apprentissage de toute langue dans l’espace non francophone. Pour l’enseignement voire l’apprentissage du français langue étrangère, la diversité culturelle demande que la place juste de la culture et de la civilisation soit trouvée afin que l’enseignement et l’apprentissage soient centrées autour des données socioculturelles dont sont tributaires la langue française vis-à-vis des langues autochtones des apprenants.

Que ce soit dans cet enseignement comme dans cet apprentissage une comparaison des valeurs socioculturelles et éducatives du français ainsi que celles des apprenants est important.

 

Introduction

Il s’agit ici de trouver la place juste de la culture et de la civilisation dans l’enseignement du français langue étrangère. La langue porte la culture dans son utilisation  des approches de définitions de la  place et  civilisation et de  faire l’illustration de la différence des cultures et civilisations à travers des exemples précis pour une meilleure  compréhension de la notion de culture et de civilisation dans la classe du français langue étrangère.

 

1.0. Définition de la culture et de la civilisation

1.1. Définition de la culture

Au sens propre du mot La culture, est l’action de cultiver. Exemples : Cultiver le terre : c’est un travail visant à rendre une production. Il ne s’agit pas de cela dans ce cours. Mais plutôt de culture au sens figuré.

Au sens figuré, la culture est le développement des facultés intellectuelles. Exemple : la culture de l’esprit

Mais en ce qui nous concerne dans cette étude, la culture est l’ensemble des expériences de vie acquises par une personne, une société, une communauté ou nation, pendant une période donnée.

Selon le dictionnaire universel (2002 : 306), la culture est l’ensemble des connaissances acquises par un individu.

La culture peut être aussi vue comme l’ensemble des activités soumises à des normes socialement et historiquement différentiées et modèles de comportements transmissibles par l’éduction, propres à un groupe social donné.

A partir de ces définitions, nous pouvons  dire que  chaque société à sa culture propre et  particulière. Donc on peut identifier quelqu’un à travers sa culture. Un Igbo peut – être  identifié par sa culture, il en est de même pour un Gun, un Yoruba, un Ewe, un Hausa, un Français, un Américain, un Anglais etc.

La culture française, c’est l’ensemble des pratiques de vie  transmissent de génération en génération en France. Ces pratiques de vie peuvent être : Le mariage, la mode, la politique, l’éducation ( formelle ou informelle), les soins sanitaires, la religion, le logement, le transport, la musique, la chanson, la production industrielle, la famille, les loisirs, le cinéma, la communication etc.

Exemples de culture ;

a) Le mariage :

Le mariage est un acte culturel qui implique l’union de deux personnes qui s’aiment. Cette union est normalement entre deux personnes de sexes différents, mais depuis un certain temps quelques mairies françaises autorisent des lesbiennes et des homosexuels à s’unir légalement  par l’acte du mariage. En France la polygamie n’est pas autorisée. Seul le mariage célébré à la mairie est reconnu en France. On observe dans la société française plusieurs expressions relatives au mariage

Expressions relatives au mariage en France :

–          Un mariage en blanc : C’est un mariage célébré en tenue blanche pour signifier la pureté, l’amour, la paix.

 

–          Un mariage blanc : C’est un mariage arrangé souvent pour aider  les ‘’ sans – papiers’’ à obtenir la nationalité française a travers ce mariage.

–          ‘’ Un  sans – papiers’’ est un immigrant clandestin qui souhaite régulariser sa situation.

 

–          Un mariage gris : C’est le mélange du blanc et du noir. Est ainsi appelé le  mariage qui est facilité par  l’Internet.

 

b) Le transport :

–          Le métro

–          Le Train à Grande Vitesse ( TGV )

c) L’éducation :

–          Pratiques scolaire,  secondaire et universitaire sont des habitudes culturelles que les français ont acquis depuis  des siècles.

d) La religion :

La  religion et la croyance sont des facteurs de la culture française.

 

1.2. Définition de civilisation :

La civilisation est l’action de civiliser. C’est l’état de ce qui est civilisé, ce qui est fait ou pratiqué avec soin et finesse. Notons que  la civilisation est une culture avancée, modernisée, développée et raffinée.

Les bienfaits et méfaits de notre civilisation. La civilisation est le contraire de barbare. Une culture barbare n’est pas une culture de personnes civilisées. Pour le dictionnaire universelle (2002 : 237), la civilisation est l’ensemble des phénomènes sociaux, religieux, intellectuels, artistiques, scientifiques et techniques propres à un peuple, et transmis par l’éducation.

 

Exemples de civilisation :          

–          La civilisation Egyptienne : Pratique de vie plus raffinée et avancée des Egyptiens.

–          La civilisation française : Pratique de vie plus raffinée et avancée des Français.

–          La civilisation grecque : Pratique de vie plus raffinée et avancée des Grecs.

–          La civilisation Américaine : Pratique de vie plus raffinée et avancée des Américains etc.

Ces civilisations peuvent se définir par rapport aux habitudes vestimentaires, gastronomiques, éducationnelles, communicationnelles, etc.

Il y a une culture vestimentaire des français qui dégage aussi une habitude vestimentaire civilisée. Il en est de même pour transport, la communication voire tous les domaines de la vie sociale. A l’intérieur d’une culture se distingue une civilisation  qui est une pratique avancée, raffinée, développée, modernisée d’un groupe de personnes  qu’on  peut qualifier de personnes civilisées.

 

 

 

2.0. PRESENTATION DE LA GEOGRAPHIE, DES SYMBOLES ET DE LA CARTE ADMINISTRATIVE DE LA France

1.0. Introduction

Il s’agit dans ce chapitre de faire la présentation de la géographie, les symboles et la carte administrative de la France.

 

1.1. La géographique physique de la France et d’outre mers :

Nous parlerons ici de la localisation (situation géographie), la superficie,  la population, le relief, les climats, les saisons, les grandes villes,  les symboles et les religions de la  France  et de l’outre Mers (Antilles)

 

1.1.2. Situation géographique de la France

La France est un pays de l’Europe de l’ouest. Elle est limitée :

Au Nord par la mer du Nord (la manche) qui la sépare de la Grande Bretagne (Angleterre), la Belgique, le Luxembourg, l’Allemagne.

Au sud de la France se trouvent la Mer méditerranée  et l’Espagne.

A l’ouest, on a l’Océan Atlantique.

A l’est se trouvent le Suisse et l’Italie.

1.1.3. Bref Aperçu des trois noms de République Française.

a°) France :

La France est composée de plusieurs ethniques dès les origines de son peuplement. Il s’agit des Francs, des Gaulois, des Vikings, des Celtes entre autres. Du fait de leur organisation les Francs se sont imposés dans plusieurs domaines de la vie de ces communautés d’où le nom France qui pourrait signifier chez les Francs. Donc on appelle France par France du fait du peuplement des francs dans cette nation.

b°) Hexagone :

Suivant la situation  géographique de la France, on remarque que la carte de la France à six côtés : à savoir trois côtés maritimes (ouverts sur la mer) et trois côtés terrestres (ouverts sur la terre). Cette carte ressemble à  une boîte à six côtés et comme une boîte à six côtes est désignée  par hexagone,  la France est ainsi appelé Hexagone.

 

c°)  Métropole :

A cause des départements et territoires français d’outre – mers dont la Réunion, la Martinique, la Corse, le Guyane, Mayotte  etc. lorsqu’on veut parler de la France sans ces zones administrées par le gouvernement français, on parle de métropole. La métropole est donc la France telle qu’elle se présente en Europe de l’ouest dans sa forme Hexagonale.

1.1.4.  Superficie de la France :

La superficie (surface) de la France est approximativement de 550.000 km², selon Olayiwola (2004:1), avec cette superficie, la France est l’un des plus grand pays de l’Europe en étendue territoriale.

1.1.5. Population de la France : La France compte soixante deux millions (62.000.000.) environ d’habitants

Cette  population est, en effet, divisée en 22 région et 96 départements dont 95 en France et le reste représente les DOM – TOM, c’est – à – dire l’ensemble formé par des départements et territoires français d’outre mer situés au –delà des mers. Dans cet ensemble il y a la Guadeloupe, la Guyane, la Martinique, et la réunion qui constituent  les départements d’outres – mer (DOM), il y a la nouvelle – Calédonie.

1.2.  Relief de la France :

La France a un relief très riche. Elle dispose de montagnes, de fleuves, de  rivières, de forêts etc.

1.2.1.  Les montagnes :

En France, les montagnes forment deux groupes distincts, à savoir les montagnes anciennes nées il y a des millions d’années avec des sommets arrondis, et les montagnes jeunes qui ont des sommets aigus sur lesquels on monte difficilement ; puis des vallées profondes.

Pour les montagnes anciennes, on compte le Massif Armoricain, la massif central, Ardennes et Vosges.

Les montagnes jeunes sont le Jura, les Alpes et les Pyrénées.

Parmi ces montagnes nous nous intéresserons au massif Central, les Pyrénées, la Jura et les Alpes.

 

i. massif central :

C’est  un massif ancien qui possède  une vaste région de plateaux et de montages à savoir les Vosges, les Ardennes, le massif armoricain, les Maures et l’Estérel, le Massif corse.

La principale ville du Massif Central se trouve au  pied du Puy de Dôme, ancien volcan (Clermont – Ferrand avec 113000 habitants). C’est aussi un centre d’industrie de caoutchouc (Pneus Michelin)

ii. Les Pyrénées :

Les Pyrénées sont un massif de montagnes jeunes qui se dressent comme une muraille au – dessus de la plaine avec 3.404 m d’altitude. Elles sont moins hautes que les Alpes et avec des glaciers rares. On les franchit plus difficilement

iii. Les Alpes :

C’est une jeune chaîne de montagnes comme la jura. Les Alpes possèdent le plus haut sommet de l’Europe. Au sud-Ouest, les Alpes séparent la France de l’Italie. Le mont Blanc souvent appelé les Préalpes, est situé en Hautes – Savoie à l’Ouest. Il s’élève à 4.807 m.

Le Jura

Vu de la Suisse, il apparaît comme une haute muraille alors que du côté français, il forme une sorte d’escalier descendant peu à peu les plaines de la Saône. Le Jura est couvert de  forêt et de pâturages. Avec 1.723 m, cette montagne sépare la France  de  la Suisse.

1.2.2. Les fleuves

i.  La Loire

Sa longueur est de 1010 km. Né à 1400 m d’altitude au Mont Gerbier-de-jonc, il vient du Massif Central. C’est un fleuve trop irrégulier pour être navigable. La Loire traverse toute la France et se  jette dans l’Océan Atlantique.

ii. La Seine

Ce fleuve est d’une longueur de 776 km. C’est  un fleuve qui est né à 470 m d’altitude. Il est lent et par conséquent, navigable. La Seine traverse paris et Rouen. Le Havre, deuxième port de France est situé sur son estuaire. Ce fleuve qui prend sa source dans la manche se perd au centre de la France.

 

iii. La Garonne

Sa longueur est de 647 km. Il est né à 2.800 m d’altitude en Espagne. Il reçoit    l’eau de deux massifs montagneux. Ce fleuve (qui a des cours forts et terribles)  passe par les villes les plus importantes du sud –est de la France : Toulouse et Bordeaux puis il se jette dans l’Océan Atlantique.

iv. Le Rhône :

Le Rhône couvre une étendue de 812 km. Il est né dans les Alpes, en Suisse, à 1.750 m d’altitude. Ses autres affluents viennent du Jura et du massif Central. Il traverse Lyon et se jette dans le Mer Méditerranée. Mise  à part les fleuves navigables ou difficilement navigable, il y ale Rhin (1.298 km) qui se trouve à la frontière de l’Allemagne. Il prend sa source dans le lac Toma. Il y a aussi des canaux qui sont construits comme l’ensemble de rivières artificielles.

1.2.3. Les climats en France :

La France a un climat tempéré mais elle est soumise à trois influences : atlantique, méditerranéenne et continentale.

a°) Le climat atlantique : c’est un climat maritime et tempéré,                          brumeux, humide et frais.

b°)  Le climat continental :c’est un climat avec des hivers secs et                 froids, des étés chauds et secs  et avec des printemps et automnes                pluvieux.

c°) Le climat méditerranéen : c’est un climat qui connaît des étés              chauds ; ensoleillés et secs et des hivers doux.. Il est aussi marqué par              des orages.

Ces climats correspondent aux quatre saisons principales qui existent  en France : le printemps, l’Eté, l’Automne et l’Hiver.

1.2.4. Les saisons en France

  1. Le printemps : le printemps commence  le 21 Mars et se termine le 21 Juin.
  2. L’été : l’été  commence le 21 ou 22 Juin et va jusqu’au 22 ou 23
  3. L’automne : l’automne commence  le 22 Septembre et va jusqu’au 22 Décembre

 

  1. L’hiver : comme le 23 décembre et se termine le 20 mars

1.2.5. Quelques grandes villes en France

Le  France est un pays européen développé qui  dispose de plusieurs villes dont les  suivantes :

–          Paris, capitale administrative  de la France

–          Marseille, grande ville portuaire

–          Toulon

–          Toulouse

–          Besançon

–          Nantes

–          Nanterre

–          Bordeaux

–          Montpellier

–          Lyon

–          Tons

–          Nice

–          Nancy

–          Rouen

–          Reine

–          Lille etc.

1.6. Niveau d’urbanisme en France

La France a un niveau très élevé en urbanisme. Elle dispose d’un système de transport moderne : métro et TGV (Train à Grande Vitesse). Les moyens de communications terrestres, aériens et maritimes dont disposent la France font d’elle un des pays les plus modernes du monde.

 

1.7. Taux de fécondité :

Le taux de fécondité en France  est il y a bientôt vingt ans, l’un des plus faibles du monde. Les français aiment vivre ensemble avec leurs conjointes sans nécessairement privilégier la reproduction. La France est un pays vieillissant en population c’est – à – dire que la France  a plus de personne âgées que de personnes jeunes. Mais depuis bientôt douze ans, il semble que les jeunes français ont commencé  à reprendre goût à la reproduction.

1.8. Espérance de vie en France :

En France généralement l’espérance de vie est plus longue que chez nous en  Afrique, en tout cas au Bénin et au Nigeria par exemple. Mais il semble que la durée de vie moyenne des français est de 70 ans contre 50 ans en Afrique Noire.

1.9. Les Symboles de la France :

Les symboles français  sont représentés par le drapeau, la devise, l’hymne nationale etc.

1.9.1. Le drapeau :

Le drapeau français a trois couleurs à savoir le rouge, le blanc et le bleu. Il a une forme rectangulaire. Les couleurs sont juxtaposées l’une après l’autre.

1.9.2. La devise :

La devise de la France  est : Liberté, Egalité, Fraternité

1.9.3. La Marseillaise (l’hymne National français) :

La marseillaise est l’hymne national de la France. Il est le reflet d’une chanson  de la révolution française chantée par les Marseillais  à l’avènement de la révolution française.

1.10. La religion en France

i. Le Christianisme :

La population française compte 75% de catholiques, 10% de musulmans mais  juste 3% de Protestants. La religion protestante compte environ 800.000 pratiquants. On trouve aussi en France des pratiquants de religions asiatiques telles que le bouddhisme et l’indouisme.

ii. L’Islam :

En France la religion musulmane compte quatre millions de fidèles environ. En  effet, c’est la deuxième religion de France aujourd’hui. Mais il y a un nombre limité de mosquées

iii. La religion juive :

En France la religion juive compte 600.000 adeptes environ. Il  semble que  la communauté juive  de France est la plus importante d’Europe.

iv. Le Bouddhisme :

C’est une religion qui regroupe des adeptes d’un nombre important en France. Cette religion a 300 centres de prières et 90 instituts de formation bouddhiste.

Il est important de remarquer  qu’en France, en dehors de ces religions ci – dessus nommées,  il existe des religions qualifiées de sectes. On peut citer les témoins de Jéhovah, l’église scientologique etc.

Malheureusement, il paraît que ces sectes ont causé des problèmes tant à leurs adeptes qu’au gouvernement français. De ce fait le gouvernement a signé  une loi anti-secte pour éviter les dégâts causés à la société aujourd’hui, mais il en existe encore.

Un certain nombre de français vont chez les voyants pour évoquer leurs problèmes enquêtent de solutions spirituelles propices. Ce qui veut dire que les voyants sont considérés par leurs adeptes comme des prêtes.

1.11. Religion au Bénin et au Nigeria :

Contrairement à la France, le Bénin et le Nigeria sont deux pays africains de tradition animiste (religions traditionnelles d’origine africaine).

Venues par l’Océan, parfois imposées par des guerres,  les religions étrangères d’Afrique  ( le christianisme, l’islam et  les religions asiatiques) font leur petit bonhomme de chemin et on peut remarquer aujourd’hui  que ces religions sont très bien implantées partout en Afrique.

Au Bénin : La religion catholique est de loin celle qui a plus de fidèles. On  distingue aussi les religions chrétiennes évangéliques telles le protestantisme, les évangéliques renaissants.

L’église du christianisme céleste qui est d’origine béninoise et dont le siège est à Porto–Novo est très pratiquée par les Béninois et partout dans le monde entier.

L’islam est la troisième religion pratiquée au Bénin.

Le Bénin berceau de culte vodoun est un des rares pays africains où les religions endogènes sont pratiquées parfois ensemble le christianisme. Une journée officielle de fête (le dix Janvier de chaque année ) est réservée à la célébration du culte vodoun et des religions  endogènes.

Notons que toutes ces religions vivent en harmonie au Bénin selon les lois de la République.

Au Nigeria : Les chrétiens et les musulmans ont presque une même population de fidèles. Ce qui, n’est pas sans quelque difficulté, car de temps à autre,  il y a au Nigeria de l’intolérance  religieuse qui suscite beaucoup de conflits surtout entre  les  adeptes chrétiens et musulmans. Un nombre important de Nigeria pratique les religions endogènes d’Afrique telle que le gun, le chango et

 

2.0. Genèse de la vie politique française d’avant la révolution française du 14 juillet 1789 :

Après cette présentation de la géographie physique de la France il nous paraît nécessaire de faire la genèse de la vie politique de la France d’avant la révolution du 14 juillet 1789.

2.1. Bref aperçu sur la monarchie française, béninoise et nigériane

La monarchie française

La monarchie est un système de gouvernance dans laquelle le Roi exerce un pouvoir important. Ce type de gouvernance a existé en France pendant longtemps. Le Roi est souverain et gère ses sujets comme bon lui semble. Tous les pouvoirs d’Etat étaient concentrés dans ses mains et celles de sa cour c’est — à – dire sa famille, ses conseillers et ses proches. Dépassés par cette façon autocratique de conduire les affaires de la nation, les Français se sont révoltés et ont marché avec des chants hostiles à la monarchie et au Roi de la France.  La prise de la Bastille, un des palais du Roi le 14 juillet 1789 a été un grand  succès pour  les révolutionnaires français qui voulaient à la place de le la monarchie, une République. Ainsi naquit la République menée par Robespierre et Danton.

La monarchie au Bénin

Au bénin comme la plupart des pays africains étaient sub-divisés en Royaume dont ceux du nord (les royaumes du Nikki, de Kouandé, de Parakou etc) ; ceux du centre (les royaumes d’Abomey, de Savalou, de savè etc) ; et ceux du sud ( les royames de Porto-Novo, d’Allada ; de Fanvi etc).

A l’avènement de la colonisation, ces royaumes ont été regroupés pendant les 77 ans de colonisation farouche française avant de donner nassance à l’indépendance à une nation appelée la République du Dahomey le 1er Août 1960 avec pour Capitale administrative Porto-Novo. Le feu Hubert Koutoukou MAGA a incarné cette indépendance en devenant le 1er président du Dahomey.

La monarchie au Nigeria

Devenue indépendante après 67 ans de colonisation britanique, la République Fédérale du Nigeria qui naquit le 1er octobre 1960 est un ensemble de Royaumes constitués de ceux du Nord ( les Emirats) ; de ceux du sud ouest ( les royaumes dirigés par les Obas) et de ceux du Sud Est ( les royaumes dirigés par les Ezés). De 1960 à 1991, la capitale politique de la fédération du Nigéria était Lagos. Depuis 1991, c’est Abuja qui incarne l’unité de la fédération  nigériane en tant que capitale politique.

Le 1er Président de cette République Fédérale est le feu Dr Nnamdi AZIKIWE.

2.2.    Histoire de la langue française

Déclarée langue officielle de communication et de transmission de connaissances par le Roi François 1er, la langue française était la langue des Francs à l’intérieur du peuplement de la France. Elle était un mélange de la langue latine avant d’être standardisée. Elle a été au 14ème siècle la langue de la diplomatie en europe.

La langue française est une des rares langues européennes à disposer d’une académie organisée qui et surveille son évolution. A cause de la colonisation pendant laquelle les Français ont imposé leur langue aux peuples colonisés, la langue française est parlée partout à travers le monde. Bien qu’elle soit au 9ème rang des langues parlées au monde, la langue française est la deuxième langue des organisations internationales du monde.

2.3.  Les français et le clergé

Les français ont un très grand attachement au clergé particulièrement le clergé catholique.

 

3.0. PRESENTATION DE LA GEOGRAPHIE DES SYMBOLES ET DE LA CARTE ADMINISTRATIVE DE LA FRANCE.

 

1.0.         Introduction

 

3.1. L’ancien régime et la pré – révolution française

 

3.2.    Les événements majeurs de la révolution française

 

3.3.    Le rôle  du roi dans la révolution française

 

3.4.   La bourgeoisie et la noblesse

 

3.5.   La révolution française et les  droits de l’homme

 

3.6.   Les précurseurs  des droits de l’Homme.

 

(i) – Charles Louis de Montesquieu

 

(ii) – Jean  Jacques ROUSSEAU

 

3.7. Les luttes pour l’indépendance en Afrique : les cas du Bénin et du

Nigeria

3.7.1.  Les luttes pour l’indépendance en République du Bénin

 

3.7.2.  Les luttes pour l’indépendance en République Fédérale  du  Nigeria

 

3.8. Questions d’entraînements

 

 

 

 

 

CHAPITRE QUATRE : LA REVOLUTION INDUSTRIELLE EN FRANCE

 

2.0.

3.0.

4.0.

5.0.

6.0.

7.0.

8.0.        Introduction

 

 

9.0.

4.1.    L’esclavage et le marché triangulaire

 

4.2.    Relation entre la classe ouvrière et le patronat

 

4.3.    Le développement des industries et le Syndicalisme

 

4.4.    Le marché du travail en France et en Europe.

 

4.5.    Questions d’entraînements

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CHAPITRE CINQ : LES QUATRE PREMIERES REPUBLIQUES

FRANCAISES D’APRES LA REVOLUTION

10.0.

 

5.1.    La 1ère Convention (1ère République)

 

5.2.    La 2è Convention (2ème République)

 

5.3.    La 3è République

 

5.4.    La 4è République

 

5.5.    La 5è République

 

5.6.   Questions d’entraînements

 

 

CHAPITRE SIX : LE SYSTEME POLITIQUE FRANCAIS DE LA

5è REPUBLIQUE

 

11.0.

12.0.

13.0.

14.0.

15.0.

16.0.

17.0.

18.0.

19.0.

20.0.     Introduction

 

 

6.1.0.  Les pouvoirs politiques

 

6.1.1.  Le pouvoir exécutif

 

6.1.2.   Le pouvoir législatif

 

6.1.3.   Le pouvoir Judiciaire

 

6.2.0.   Les partis politiques

 

6.3.0.    Les élections

 

6.4. 0.   Situation politique actuelle

 

6.5. 0.   Questions d’entraînements

 

 

CHAPITRE SEPT : LA FRANCE AU QUOTIDIEN

 

21.0.      Introduction

 

7.1.    Les salutations en France

 

7.2.   Le mariage

 

7.3.   La naissance

 

7.4.   Les décès et les enterrements

 

7.5.   Les loisirs

 

7.6.   La gastronomie

 

7.7.   Les vêtements et habillement en France

 

7.8.   Les religions

 

7.9. Le syndicalisme et la Presse en France

 

7.10. Questions d’entraînements

 

 

 

 

CHAPITRE HUIT : LA FRANCOPHONIE

 

8.0. Introduction :

 

 

8.1. DEFINITION DE LA FRANCOPHONIE :

Selon Mme Véronique Le MARCHAND (2006 :6), la francophonie prend sa source dans une langue commune : le français, dont les premières traces d’existence remontent en 842 avec les semestres de Strasbourg.

Le terme « francophonie » naît au XIX è siècle précisément en 1880, sous la plume d’un géographe français : Onésime Reclus. Il   crée le terme « francophonie » pour désigner l’ensemble des populations parlant le français. Avec lui naît l’idée d’une francophone linguistique et géographique.

En effet, née en 1970, la francophonie, autrefois Agence de coopération Culturelle et Technique (ACCT) aujourd’hui Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), est l’association de l’ensemble des pays ayant en partage le français comme langue officielle totalement ou partiellement dans leurs diversités culturelle et linguistique. Ainsi donc l’OIF est une organisation socioculturelle, politique et linguistique.

La francophonie est aussi une expression désignant l’association des pays utilisant le français comme langue officielle totalement ou partiellement et se reconnaissant membres de cette communauté linguistique de culture et d’histoire diverses.

b. La place de la  langue française dans le monde :

 

Selon ‘’ Agir ensemble’’ publié en 2007 par le service de communication de la francophonie       , l’OIF compte en date  d’aujourd’hui 68 Etats et gouvernements et 13 membres observateurs, repartis sur les cinq continents, totalisant une population de  803,44 millions, soit 12,6% de la population mondiale, (cf.www.francophonie.org).

Selon le Marchand (2006 : 12), reformée en novembre 2005, l’OIF est devenue Organisation Intergouvernementale unique dirigée par les instances politiques et intégrantes des représentants de la société civile.

Selon  Olayiwola (2004 : 88), dans le monde, il existe plus de trois mille (3000)  langues qui permettre aux individus de s’exprimer dans une forme  parlée. Parmi les langues les plus parlées dans le monde se trouve le français. Comme  on le sait la langue française est en fait, la neuvième langue la plus parlée au monde.

Parlant des langues les plus parlées, nous avons  le Mandarin 1,5 milliards de locuteurs ; Hindi 900 millions  de locuteurs ; quant à la langue française, 200 millions de locuteurs issus des 55 pays membres la parlent dans le monde, d’où l’importance de la francophonie.

 

 

 

8.2. L’HISTOIRE DE LA CREATION DE FRANCOPHONE

Lancée par des chefs d’Etats comme LEOPOLD SEDAR SENGHOR du Sénégal, Habib Bourguiba de la Tunisie, HAMANI DIORI du Niger, l’idée de la Francophonie a été encouragée, soutenue par le général CHARLES DE GAULE qui souhaitait renforcer les liens entre la France et ses anciennes colonies.

Mais avant l’idée de ces chefs d’Etats, il faut dire que, déjà en 1883,  l’Alliance française a été fondée et était présente dans le monde entier. Pour former et initier les non francophones à la langue et la culture française.

De façon officielle, la Francophonie est née en 1996 lors de  la Conférence de Niamey sous l’égide du Président HAMANI DIORI du Niger. Il s’agit de la fondation du premier organisme intergouvernemental de la francophonie dénommée ’’l’Agence Coopération Culturel et technique (ACCT)’’. La charte créant cette agence est signée par vingt et un (21) pays, le 20 mars 1970. Ce fut un événement important dans l’histoire du monde francophone.

Rappelons que cette agence regroupe une cinquantaine de pays  de nos jours. Dans les années 1980, la Francophonie a pris, à l’initiative de François Mitterrand, une nouvelle ampleur avec la création en 1984 du haut conseil de la francophonie, puis  lors de la réunion à  Versailles en 1986 du premier sommet des chefs d’Etat et de’ gouvernement ayant en commun l’usage du français et, la même année, l’instauration en France d’un secrétariat d’Etat chargé de promouvoir l’ensemble des actions liées à la Francophonie.

En plus, la Francophonie est soutenue par la Radio France Internationale. Il  a aussi le lancement de la chaîne TV5, une chaîne co-financée par la Belgique, la France, la Suisse et le Canada, et qui diffuse des programmes des pays membres ou à leur intention.

Le 20 mars 1988, la première journée internationale de la francophonie (date de la création de l’ACCT) a été observée notamment dans les écoles, et depuis c’est devenu un événement annuel. Il est important de rappeler que depuis l’an 2000, l’idée de l’Organisation Internationale de la Francophonie (l’OIF) a germé et l’OIF a remplacé depuis un certain temps l’ACCT.

L’OIF a un bureau exécutif dont le secrétaire général est son Excellence M.ABOUDOU DIOUF, ancien Président  du Sénégal.

Le siège de l’OIF se trouve à Paris avec des secrétaires permanents dans tous les pays membres

 

Le monde de la Francophonie

Le monde de la francophonie s’entend l’ensemble des pays membres, sympathisants et observateurs de la francophonie. Depuis les réformes ayant produit l’organisation internationale de la francophonie (OIF) au profit de la francophonie, l’organisation est devenir un organe politique. Elle est désormais composée des pays membres qui ont pour langue officielle la langue française totalement comme la France, le Bénin, le Sénégal, le Mali, le Togo etc. et des pays bilingues qui ont aussi la langue française comme langue officielle, on peut citer la République de Belgique, le Canada, le Cameroun etc. on distingue aussi à l’intérieur de cette organisation des pays sympathisants dont le français n’est pas la langue officielle mais pratiquée par environ vingt pour cent de la population de ce pays, on a par exemple le Ghana dans cette catégorie de pays membres de l’OIF.

Dans l’ensemble, le monde de la francophonie ainsi présenté compte cinquante cinq (55)  Etats et gouvernements membres. Ci-dessous ce dresse la liste des cinquante cinq pays membres de l’OIF :

 

Albanie ▪ Principauté ▪ d’Andorre ▪ royaume de Belgique ▪ Bénin ▪ Bulgarie ▪ Burkina Faso ▪ Burundi ▪ Cambodge ▪ Cameroun ▪ Canada ▪ Canada nouveau – Brunswick ▪ Canada – Québec ▪ Cap- vert ▪ République centrafricain ▪ Chypre ▪ Communauté française de Belgique ▪ Comores ▪ Congo ▪ République démocratique du Congo ▪ Côte d’Ivoire ▪ Djibouti ▪ Dominique ▪ Egypte ▪ Ex-République yougoslave de Macédoine ▪ France ▪ Gabon ▪ Ghana ▪ Grèce ▪ Guinée ▪ Guinée – Bissau ▪ Guinée équatoriale ▪ Haïti ▪ Laos ▪ Liban ▪ Luxembourg ▪ Madagascar ▪ Mali ▪ Maroc ▪ Maurice ▪ Maurutanie  ▪ Moldavie Principauté de Monaco ▪ Niger ▪ Roumanie ▪ Rwanda ▪ Sainte Lucie ▪ Sao Tomé et Principe ▪ Sénégal ▪ Seychelles ▪ Suisse ▪ Tchad ▪ Togo ▪ Tunisie ▪ Vanuatu ▪ Vietnam.

 

On distingue aussi au sein de l’OIF treize (13) pays observateurs c’est-à-dire des pays sympathisants qui souhaitent y adhérer et dont la liste se dresse ci-dessous :

Arménie ▪ Autriche ▪ Croatie ▪ Géorgie ▪ Hongrie ▪ Lituanie ▪ Mozambique ▪ Pologne ▪ République Tchèque ▪ Serbie ▪ Slovaquie ▪ Slovénie ▪ Ukraine

.

 

8.3. LES SOMMETS DE LA FRANCOPHONIE :

Selon Olayiwola (2004 :90), la première conférence des chefs d’Etat et de gouvernement des pays ayant en commun l’usage du français qui a eu lieu à Versailles en France du 17 au 19 février 1986 est considérée comme le premier sommet de la Francophonie.

Le deuxième a eu lieu à Québec du 2 au 4 septembre 1987. Pendant ce sommet, on a assisté à l’ouverture d’une université multilatérale à l’échelle de 40 pays. Elle s’appelle l’Université des Réseaux d’Expression Française (UREF). Il y a eu aussi le lancement de nouveaux champs de coopération en matière d’agriculture et d’énergie avec la création de l’Institut de l’Energie des Pays ayant en commun l’usage du Français (IEPF).

Le troisième sommet de la francophonie a été accueilli par le Sénégal et s’est déroulé à Dakar du 24 au 28 mars 1989. C’est à ce sommet que l’université francophone appelé Université Senghor a vu le jour. Elle est située  à Alexandrie en Egypte.

Le quatrième sommet a eu lieu à Paris en France en novembre 1991. Environ 50 chefs d’Etats et de gouvernement ont participé à ce sommet, où la décision de renforcer la dimension politique dans les pays membres a été prise. C’est également à ce sommet que le Conseil  Permanant de la Francophonie (CPF) a été crée. Pendant ce sommet il a été aussi décidé de la diffusion de TV5 (Télévision française soutenant la francophonie) en direction de l’Afrique.

 

Le cinquième sommet a eu lieu à l’île-Maurice du 16 au 18 octobre 1193 et a offert l’occasion de parler du renforcement  de la coopération Nord-Sud et Sud-Sud.

Le sixième sommet, qui a eu lieu à Cotonou, capitale économique de la République du Bénin, du 2 au 6 décembre 1995, a choisi comme préoccupation majeur l’affirmation politique de la communauté francophone sur la scène internationale.

Le septième sommet a eu lieu, à Hanoi  au  Vietnam du 14 au 16 novembre 1997.

Le huitième sommet s’est tenu  à Moncton au Canada du 2 au 4 septembre 1999.

Le neuvième sommet s’est tenu à  Beyrouth, au Liban du 18 au 20 octobre 2002.

Le dixième sommet a eu lieu à Ouagadougou au Burkina–Faso du 26 au 28 octobre  2004.

Le onzième sommet a eu lieu à Paris en décembre 2006.0

Le douzième sommet se tiendra en 2008 dans l’un des pays membres de l’OIF ou observateur.

8.4. LES GRANDES DATES DE LA FRANCOPHONIE :

1880 : l’invention du terme « Francophonie » par le géographe Onésime

Reclus

1950 : la création de l’Union Internationale des Journalistes et de la Presse de

la Langue Française (UIJPLF)

1960 : La création d’importantes conférences telles que la conférence des

Ministres de l’éducation nationale (CONFEMEN) ; la conférence des

Ministres de la jeunesse et des sports (CONFEJES)

1961 : La création à Montréal de l’Association des Universités Partiellement

ou Entièrement de la Langue Française (AUPELF)

1965 :   la signature d’une « entente » pour un programme bilatéral de

coopération entre la France et le Québec dans le domaine de

l’éducation.

1966 :   Le 24 septembre, LEOPOLD SEDAR SENGHOR a reçu les insignes

de docteurs HONORIS CAUSA à l’Université Laval Québec et a fait

un éloge vibrant de la Francophonie. C’est aussi l’année de la création

du Haut  Comité (Français) pour la défense et l’expansion de la langue

française.

1967 : La constitution de l’Association Internationale des Parlementaires de la

Langue Française (FIPF).

1970 :   La fondation du premier organisme international de la Francophonie à

Niamey ; l’Agence de la Coopération Culturelle et Technique (ACCT)

1977 :   La création au Québec du Conseil de la langue française.

1979 :   La création de l’Association Internationale des Maires et responsable

des capitales métropoles partiellement ou  entièrement Francophones

(AIMF).

1984 :   La création par la France du Commissariat  général de la langue

française et du Haut Conseil de la Francophonie (HCF). C’est aussi

l’année de première diffusion de TV5.

1986 :   Le premier sommet francophone à Versailles. C’est aussi pendant ce

temps qu’à été crée un porte feuille de la Francophonie par le premier

ministre JACQUES CHIRAC.

2008 :  Le premier colloque international du Réseau des Centres de Français

Langue Etrangère d’Afrique (RCFLEA). Organisé au  CIREL – VB, Université de Lomé du 6 au 09 Mai 2008 par l’OIF, le colloque s’est déroulé sous le parrainage de son Excellence M. Aboudou DIOUF, secrétaire général de l’OIF et le haut patronage de son Excellence M.Faure E. GNANSIGBE Président de la République Togolaise.

8.5.  QUELQUES ARTISTES :

La francophonie en tant qu’organisation est principalement créée pour faire la promotion de langue française et des diversités socio-culturelles et éducatives des francophones. Plusieurs artistes à travers le monde participent à cette  promotion.

En musique, on peut citer Manu DIBANGO du Cameroun, ROCH VOISINE du Canada, MAURANE de la Belgique, ANGELIQUE KIDJO de la République du Bénin, STEPHANE EICHER de la Suisse et le groupe Compagnie créole des Antilles etc.

En littérature, on peut parler entre autres de TAHAR BEN JELLOUN du Maroc, AMIN MAALOUF du Liban, HAMPATE BA du Mali, Françoise MALLET JORRIS de la Belgique,  AIME CESAIRE de la Martinique des Antilles, LEOPOLD SEDAR SENGHOR de la Sénégal, JEAN LIYA de la République du Bénin, CAMARA LAYE de la Guinée Conakry. etc.

Sur le plan du cinéma, il y a IDRISSA OUERAOGO du Burkina-Faso, ALAIN TANNER de la Suisse, JEAN-PAUL BELMONDU de la France, GILLES CHARLES du Canada, etc.

Notons que dans chaque cas, la liste pourrait être plus longue. Nous n’avons fait qu’énumérer ici quelques uns de ces artistes francophones

chevronnés

 

.

8.6.  LES OBJECTIFS DE LA FRANCOPHONIE :

La Francophonie renforce la solidarité entre les pays membres. Cette solidarité se manifeste parfois dans le domaine politique. A travers l’OIF, la France soutient les pays qui ont besoin d’aide bilatérale :

–          L’assistance sous forme d’intervention militaire dans les pays

ravages par les guerres et conflits.

–           L’assistance sous forme de bourse pour la formation des cadres

Supérieurs spécialisés dans divers domaines de la gestion  des affaires administratives.

–           L’OIF aide aussi à résoudre les problèmes conflictuels entre les pays

membres.

Eu égard à tout ce qui précède,  pour soutenir la démocratie et la bonne

Gouvernance, en 1990 à la Baule, le Président François Mitterrand, par un décret a lié et conditionné l’aide de la France aux pays membres de la Francophonie (surtout ceux de l’Afrique) à l’effort de démocratisation dans ces pays.

 

Dans le domaine de l’éduction, comme nous l’avons déjà signalé, la

création de Université à Alexandrie en Egypte aide à la promotion académique et culturelle entre les pays membres. Des bourses d’études sont donc octroyées par la Francophonie pour encourager les étudiants et les chercheurs des pays membres dans le domaine de l’éducation et de  la culture.

L’OIF encourage la création artistique. Elle organise de temps en temps aussi

des activités sportives et des manifestations culturelles pour renforcer la  solidarité entre les peuples francophones. Par exemple en 1992, à Rabat au Maroc, l’OIF a organisé des jeux de la Francophonie. Ces activités sont comme les « Commonwealth games ».

Notons pour finir qu’il existe un plan de l’OIF pour soutenir le commerce et l’agriculture au sein des pays membres.

8.7. LES PERES DE LA FRANCOPHONIE :

Le général CHARLES DE GAULLES de la France, HAMANI DIORI du Niger, HABIB BOURGUIBA de la Tunisie, LEOPOLD SEDAR SENGHOR du Sénégal, NORODOM SIHANOUK du Cambodge, JEAN LEGER du Québec.

8.8. QUELQUES PAYS FRANCOPHONIES AVEC LEURS CAPITALES ET

PRESIDENT :

Dans le tableau suivant figure la liste de quelques pays membres de l’OIF, avec capitale, nom et prénoms du Président en fonction.

PAYS

CAPITAL

PRESIDENT

1

Algérie

Alger

Mohamed BOUTEFRIKRA

2

Bénin

Porto – Novo

Dr Thomas Boni YAYI

3

Burkina –Faso

Ouagadougou

Blaise COMPAORE

5

Centrafrique

Banjul

Général François BOZIZE

6

République  Démocratique du Congo

Kinshasa

Joseph KABILA

7

Cote d’Ivoire

Yamoussoukro

Laurent GBAGBO

8

Gabon

Libreville

Ali BONGO ODIMBA

9

Guinée

Conakry

Capitaine Moussa Dadis  CAMARA

10

Guinée Equatoriale

Malabo

Gén.Theodore Obiamg. NGUEMA

12

Mali

Bamako

Gén.Amadou Toumani TOURE

13

Maroc

Rabat

Roi. Mohamed VI

14

Mauritanie

Nouakchott

Mohamed ABOUDOULEHI

15

Niger

Niamey

Colonel  Amodou TANDJA

16

Sénégal

Dakar

Me. Aboudoulaye WADE

17

Tchad

N’Djamena

Gén. Idriss DEBBY ITNO

18

Togo

Lomé

Faure E. GNANSINGBE

19

Tunisie

Tunis

El Ben ABIDIN ALI

20

France

Paris

Nicolas SARKOZY

21

Congo –Brazzaville

Brazzaville

Gén. Denis SASSOU N’GUESSO

22

Cameroun

Yaoundé

Paul BIYA

 


CHAPITRE SIX :   LA VIE POLITIQUE EN France

6.0. INTRODUCTION :

En France comme la plus part des pays occidentaux, la vie politique repose toujours sur des principes bien définis. L’Ancien régime français était une Monarchie absolue où le pouvoir politique appartenait au roi. Après la révolution du 14 juillet 1789, la souveraineté a été donné au peuple, c’est-à-dire que le pouvoir de décider appartient désormais aux citoyens. Depuis cette révolution, la France a connu cinq République c’est-à-dire cinq différentes constitutions.

–          La première a commencé en 1792 et a pris fin en 1795 ;

–          La seconde s’étend de 1845 à1852

–          La troisième va de 1870 à 1946

–          La quatrième s’est déroulée de 1946 à 1958.

–          La cinquième République qui a commencé depuis 1958 est celle qui est en cours actuellement.

La Constitution de 1958, qui donne la cinquième république a été modifiée en 1952,  puis en 200. Elle a profondément transformé la vie politique française. Depuis  le commencement de la 5è République le principe est celui du parlementaire constitutionnel.

C’est un système qui n’est ni présidentiel, ni parlementaire mais une combinaison des deux systèmes car la France a le Président aussi bien que le premier ministre. Dans ce système politique français, il y a trois principaux pouvoirs politiques.

6.1. Les pouvoirs politiques :

Il en existe trois

–          Le pouvoir exécutif

–          Le pouvoir législatif

–          Le pouvoir judicaire

6.1.1. Le pouvoir exécutif :

Le pouvoir exécutif est divisé en deux :

i)  Le Président de la République :

Le Président de la République est le chef d’Etat. De 1958 à 2000, il est élu pour un mandat de sept ans renouvelable (le septennat). Mais à partir de mai 2002 il est élu pour un mandat de cinq ans (le quinquennat) au suffrage universel direct c’est-à-dire par l’ensemble des français qui ont 18 ans ou moins. Le Président veille au fonctionnement régulier de l’Etat et la loi. C‘est lui qui nomme le premier ministre et qui  préside le conseil des ministres. Il possède le pouvoir de dissoudre l’Assemblée Nationale.

Le chef de l’Etat qu’il est qu’il est peut aussi soumettre des lois au

Référendum. Il est le chef suprême des trois corps de l’armée de terre, la marine et l’armée de l’air. Il est le responsable suprême de la politique de défense et le garant de l’indépendance nationale, de l’intégrité territoriale et du respect des traités. En tant que  le chef des armées, il est le seul à pouvoir donner l’ordre de l’utilisation des forces nucléaires. Il conduit aussi la politique étrangère. Il travaille et réside au palais de l’Elysée.

ii)  Le Premier Ministre

Nommé par le Président de la République, il est le chef gouvernement. Il  nomme en collaboration avec le Président les ministres du gouvernement. Il conduit la politique de nation. Sous son autorité, il y a la police et l’armée. Il est le responsable de défense nationale. Il doit être un produit de  la majorité parlementaire

6.1.1. Le pouvoir législatif :

Le pouvoir Législatif ou le parlement se compte se compose de deux assemblées : l’Assemblé Nationale et le Sénat.

i) L’Assemblée Nationale :

Elle est composée de 77 députés élus au suffrage universel direct pour cinq ans.

Chaque député doit avoir 23 ans au moins. Au cours de leur mandat ces députés élisent un Président de l’Assemblée qui préside les réunions. L’Assemblée Nationale siège au palais Bourbon, à Paris.

ii) Le Sénat :

Le Sénat  se compose de 321 sénateurs élus au suffrage universel indirect c’est-à-dire qu’ils sont élus par les députés de l’Assemblée Nationale, les conseillers généraux et municipaux. Ils sont élus pour un mandat de neuf ans. Les sénateurs travaillent en collaboration avec l’Assemblée Nationale. Ceci voudra dire que les députés et les sénateurs discutent et votent les lois pendant la session parlementaire qui commence en octobre et s’achève fin juin. Leur siège se trouve au Palais du Luxembourg à Paris.

6.1.2. Le pouvoir judicaire :

La loi est votée par le parlement. Il y a 550.000 lois qui régissent la vie les rapports des français. L’origine de la loi se trouve dans la Révolution de 1789 (La déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26, 27 , 28 août) et dans l’organisation du droit en codes par Napoléon Bonaparte : code civil en  1804 et code pénal en 1810. La justice est accessible à tout le monde, elle est gratuite quand on bénéficie de l’aide judicaires. En plus, elle est publique car les citoyens peuvent assister aux débats judiciaires. La justice obéit au principe de l’égalité. En France, il existe trois types de juridiction :

i) Les juridictions administratives : Elles traitent les conflits entre citoyens et les affaires administratives.

ii) Les juridictions judicaires : Elles s’occupent de la justice civile et pénale.

Sous ces juridictions se trouvent aussi les tribunaux d’instance ou de police pour les contraventions, les tribunaux civils ou correctionnels de grande instance pour les délits, et la cours d’insistances ou de police pour les conventions, les d’assises qui s’occupe des crimes.

iii) Les juridiction spécialisées : Elles se composent des tribunaux de commerce, des tribunaux pour enfants et les conseils de prud’hommes (conflits au travail)

Mais à part ces institutions politiques, il y a :

1)    Le conseil constitutionnel qui se compose de 9 membres. Ce conseil veille à la     constitutionalité des lois.

2)    Le conseil économique et social qui comprend 230 membres et qui s’occupe des Projets de loi aussi bien que des problèmes économiques et sociaux

3)    Le conseil d’Etat qui examine les textes de loi pendant leur rédaction pour pouvoir donner des conseils au gouvernement.

6.2. Les partis politiques :

La vie politique en France s’organise autour de deux blocs: la droite et la gauche. Dans chaque bloc se trouvent des partis politiques différents.

Les partis de Gauche sont :

i) Le Parti Socialiste (PS). C’est un parti qui détient la tradition socialiste démocratique. Son leader a été pendant très  longtemps François Mitterrand.

ii) Le Parti Communiste (PC). C’est un parti qui détient la tradition marxiste-                léniniste.

iii) Le Mouvement des Radicaux de Gauche (MRG). Ce parti émane du parti

Radical (fondé en 1901) il a soutenu François Mitterrand aux élections             présidentielles de 1981 et 1988 et a fait parti du groupe socialiste à l’Assemblée Nationale.

iv) « Les verts » est un parti écologique. Les verts ont formé le gouvernement de la gauche plurielle de 1997 à 2002 avec le PS et le PC.

v)   L’Association pour une Gauche République (AGR).

vi)  L’Initiative République (IR).

vii) Le Mouvement Républicaine et Citoyen (MRC). Le MRC est une composante  du pôle Républicain.

viii) Le Parti Radical de Gauche (PRG)

Les partis de la Droite sont

i)  Le Centre National des Indépendants et Paysans (CNIP)

ii)  La Citoyenneté Action Participation pour le XXe siècle (CAP21)

iii)     La Droite Libérale Chrétiennne (DLC).

iv)     Les Energies démocrates.

v)       Le Forum des Républicains Sociaux (Forum)

vi)      La Génération Ecologie. Les Bleus (GE)

vii)     Le Mouvement  Pour la France (MPF)

viii)   La Nouvelle Union pour la Démocratie France (UDF)

ix)     Le Parti Radical ‘’Voloisien’’ (PRV). Le PRV est un parti associé à l’UMP.

x)      L’Union pour la Majorité Présidentielle (UMP).

xi)     Le Front National (FN)

xi)           Le Mouvement National pour la France (MNF)

xii)          Le Mouvement Démocratique (MD)

Les deux Paris suivant n’appartiennent ni à droite, ni à gauche :

i)             Le Mouvement Ecologiste Indépendant (MEI)

ii)       Le Pôle Républicain.

Pour les partis thématiques, on compte :

i)             Chasse Pêche Nature Tradition (CPNT)

ii)        Mouvement Homme Animaux Nature (MHAN)

i)              Parti Blanc (pour la reconnaissance de votre blanc)

ii)             Parti Fédéraliste (PF). C’est un parti pour une France fédérale dans une Europe fédérale.

A l’extrême Droit, on trouve :

i)          Le Mouvement National Républicain (MNR).

ii)         Le Droit de chasse (DDC). C’est un parti pour la défense de la chasse.

A l’extrême Gauche se trouvent les suivants :

i)           Les Alternatifs ( écologistes).

ii)          La Ligne Communiste Révolutionnaire (LCR).

iii)         La Lutte Ouvrière (LO).

iv)         Le Parti des Travailleurs (PT).

Les partis du Centre sont entre autres :

L’Union des Démocrates Français (UDF)

Le Nouveau Centre (NC)

Le Mouvement pour la Démocratie (MODEM)

Il est important de conclure cette partie tout en faisant ressortie le fait qu’il y a eu récemment des transformations surtout à la droite avec la création de l’UMP. De telles transformations sont de temps en temps observées dans la scène politique française.

6.3. Les élections :

Les élections constituent un aspect incontournable important de la vie politique. Les élections ont lieu en France le dimanche et sont organisée en deux tours. Le candidat qui obtient plus 50% des votes pendant le premier tour est élu. Mais si les votes obtenus sont inférieurs à ce pourcentage, on passe au deuxième tour. Les diverses élections qui ont souvent lieu sont :

a)    L’élection présidentielle

b)    L’élection législative

c)    L’élection régionale

d)    L’élection municipale

e)    L’élection cantonale

L’élection présidentielle est celle qui mobilise le plus les français. Il y a beaucoup qui s’intéressent à voter pendant cette élection. L’élection des Maires des 36.000 communes de France est aussi importante. Elle mobilise également beaucoup de français. Ceci parce que la commune est la plus petite unité administrative de la république et qui donc est plus proche des gens.

6.4. La carte politique et administrative de la France :

a)    la carte administrative : c’est la carte qui divise la France en 36 000 communes, 96 départements et 22 régions, 325 arrondissements et 3714 cantons. Elle comporte aussi les départements et les 9 territoires d’outre-mer.

b)    La carte électorale : c’est la carte qui dénombre les 57 circonscriptions.

c)    Le carte judicaire : cette carte nous présente les 9 régions pénitentiaires et les 33 cours d’appel.

d)    La carte scolaire et universitaire : elle montre la France découpé en 26 académies.

e)    La carte religieuse : la France comprend 94 diocèses (il s’agit ici de la religion catholique)

f)     La carte médiatique : C’est une carte qui distingue 13 directions régionales de la radio et de la télévision et 24 bureaux régionaux d’informations.

6.5. Situation politiques actuelles de la France :

Actuellement le Président français est son Excellence Nicolas SARKOZY. Il  est élu le 06 Mai 2007. Il a prêté serment le 16 Mai 2007 et nommé son 1er Ministre le 17 Mai 2007. Son 1er Ministre est  M. François  FILLON. Il  a rendu public son gouvernement le 18 Mai 2007. Dans ce gouvernement sensé être celui de la droite, figure pour des ouvertures à gauche des socialistes dont Dr Bernard KOUCHNER comme Ministre des Affaires étrangères. Le ministre de la défense est aussi confié à un centriste.

6.6. Question d’entraiment :

  1. Définir la Francophonie et citer 5 pays membres
  2. Qui sont les pères de la Francophonie
  3. Quelles sont les objectifs etc.

Chapitre neuf : LA SYSTEME EDUCATIF FRANÇAIS

9.0. Introduction

L’enseignement dans la France moderne joue un rôle essentiel préparé la jeunesse aux fonctions multiples de la société. Cet enseignement qui a débuté il y a des années a subi des modifications et des réformes grâces à la Révolution de 1789, des constitutions, des lois ont été proposé pour les réformes. La Constitution de 1793 a proposé notamment l’enseignement à trois degré : le primaire, le secondaire, et le supérieur. En 1795, la convention a créé des Ecoles Centrales et des Grandes Ecoles. Les lois de 1881 – 1882 de Jules FERRY ont déclaré l’enseignement primaire laïc, gratuit et obligatoire. La loi GUIZOT de 1883 a créé une école primaire dans chaque commune et celle de Falloux de 1950 a proclamé la liberté de l’enseignement secondaire. En fonction de cette évolution historique, l’enseignement français présente des caractéristiques qui le distinguent des autres systèmes d’éduction.

9.1. Les Caractéristiques de l’enseignement en France :

9.1.2. La gratuite : depuis 1881, l’enseignement préélémentaire et élémentaire public est Gratuit. Pour le secondaire, il devenu progressivement gratuit, depuis 1933. Dans le primaire et les quatre premières années du secondaire, les manuels sont  fourmis gratuitement. Il y a aussi des bourses d’études octroyées aux élèves et aux             étudiants

9.1.3. L’obligatoire : l’école est obligatoire dès la naissance jusqu’à l’âge de 16 ans. Il faut  ajouter que ceux qui refusent d’assuré la scolarité de leurs enfants dans cet           intervalle d’âge pourraient être saisis ou punis par la loi.

9.1.3. La liberté : A côté des écoles publiques, l’enseignement favorise aussi la création des écoles privées. Ces écoles, publiques ou privées, reçoivent beaucoup plus que les écoles privées.

9.1.4. La Neutralité : L’instruction est laïque et non pas religieuse. L’Etat assure dans les institutions publiques un enseignement conforme aux aptitudes et aux croyances des enfants et adolescentes. Mais dans certains établissements, l’institution religieuse peut être donnée à la demande des parents. Tout  récemment (fin 2003), le gouvernement français a renvoyé deux jeunes musulmanes lycéennes pour le port de voile. Ceci a soulevé un débat virulent sur le port du voile. En effet, ce débat n’est que la recherche par l’Etat de rendre l’éducation plus neutre et laïque. La collection des grades : C’est l’Etat qui accorde les grades et les diplômes que ce soit dans l’institution publique ou privée.

9.2. L’organisation des études : Le système éducatif français se compose de trois degrés à savoir le primaire, le Secondaire et le Supérieur.

9.2.1. Le premier degré ou l’enseignement primaire :

Il se compose de l’école maternelle, pour les enfants entre l’âge de 2 à 6 ans, qui n’est pas obligatoire et du primaire à partis de 6 ans jusqu’à l’âge de 11 ans.

L’enseignement primaire couvre :

a)    un an de Cours Préparatoire (CP)

b)    deux ans de cours élémentaire (CE1 et CE2)

c)    deux ans de cours moyens (CM1 et CM2). Enseignement est sanctionné par le Certificat d’Etude Primaire (CEP)

9.2.2. L’enseignement Secondaire :

Le second degré ou l’enseignement secondaire se divise en deux : le premier et le deuxième cycle. Le premier cycle est constitué de quatre année d’études élémentaires où tous les enfants son orienté vers un  enseignement général. L’enfant entre à l’âge de 11 ans et finir à l’âge de 15/16 ans. Ce cycle qui se déroule au collège est divisé en classe de 6è, 5è, 4è et 3è. Il  conduit au brevet des collèges pour l’enseignement général, au Certificat d’Aptitude Professionnelle (CAP) ou Brevet d’Etude Professionnelle (BEP). En général, l’élève finit avec le Brevet d’Etude du Premier Cycle (BEPC).

Le second cycle qui se déroule au lycée prendre en charge les élèves issus des collèges. Ces élèves sont admis à préparer en trois ans c’est-à-dire 15 et 17/18 ans, un Baccalauréat, un brevet de technicien, ou un Baccalauréat professionnel. Les études du lycée sont divisées en classes de seconde, de première et de Terminale. Voici les diplômes obtenus à la fin de technicien (BT); et Baccalauréat de l’enseignement du second cycle.

Ces diplômes sont catégorisés en séries selon les matières selon les matières suivies par les lycéens. Pour les séries, il  a la série A qui  comporte les lettres avec les mathématiques ou les langues ou les arts ; la série B qui inclut les sciences économiques et sociales les séries C englobes les mathématiques et les sciences physiques ; la série D qui est délivré par les lycées part les séries, il y a aussi le Baccalauréat D qui est délivré par les lycées agricole, le Baccalauréat de technicien (BTn) F, le Baccalauréat de technicien (BTn) G, le Baccalauréat de technicien (BTn) H et le brevet de technicien qui est délivré par les secteurs différents.

9.2.3 L’enseignement Supérieur :

Cet enseignement englobe une variété de formations post-baccalauréat. Il comprend les   Universités, l’Etablissements spécialisées et les Grandes Ecole.

a)  Les Universités :

Le Baccalauréat donne l’accès automatique à l’université. Il y a trois types d’études universitaires :

a) Les études techniques en I .U.T: les instituts universitaires de Technologie sont rattachés aux universités. Ils dispensent en deux ans une formation générale et technique. Après ces deux ans, le diplôme universitaire de Technologie (D.U.T) est délivré.

b) Les études universitaires générales : l’enseignement ici est organisé en trois cycles d’études successives avec l’obtention des diplômes à fin de chacun des ces cycles.

i)             Le premier cycle est celui de la formation générale et d’orientation qui se déroule en deux ans. Après ces deux années d’études le Diplôme d’Etudes Universitaires Générales (D.E.U.G.) est obtenu.

ii)  Le deuxième cycle comprend un ou deux ans d’études. C’est un cycle d’approfondissement et de spécialisation. Ce cycle conduit aux diplômes de Licences et de Maîtrise.

iii)    Le troisième cycle dure de un à cinq ans. C’est le cycle de haute spécialisation t de formation à la recherche. Les diplômes d’études obtenues au  cours de ces années de formations sont des diplômes d’études approfondies (D.E.A.), le diplôme d’étude supérieure spécialisée (D.E.S.S.), et le Doctorat.

vi)           Les études universitaires conduisent par exemple aux professions de santé. Sous cette catégorie se trouvent les étudiants de médecine, le étudiant odontologies, les études pharmaceutiques et les études de biologies humaines. Les diplômes qui couronnent ces études sont variées : le diplôme de docteur en médecine, de Docteur en chirurgie, de docteur en Pédiatrie, etc.

b) Les Etablissements Spécialisés :

Les études dans ces établissements font parties des filières post-baccalauréat. Les instituts ou les établissements spécialisés dispenses une formation de haut niveau. Pour y être admis, les étudiants doivent passer un concours qui est organisé par l’établissement concerné. En général, les études se déroulent durant deux ou rois ans et elles couvrent des secteurs différents : le secteur industriel et scientifique, l’architecture, la gestion, l’administration des entreprises, l’information, la santé et les carrières sociales, les carrières artistiques, la fonction publique et l’enseignement, le secteur militaire.

c.) Les Grandes Ecoles :

Pour entrer aux grandes écoles, il faut passer un concours d’entrée (très rigoureux / difficile). Les grandes écoles forment les cadres supérieurs de l’Etat et le l’économie. Ce  sont aussi  des établissements qui assurent un enseignement de très haute qualité. Tous les grands secteurs d’activités sont leur école d’où proviennent les cadres. Par exemple, pour l’administration (ENA) qui fournit les cadres ; l’Ecole des Hautes Etudes Commerciales (HEC) nourrit le domaine des finances ; l’Education Nationales est desservisse par les Ecoles Nationale Supérieures ; les travaux publics recrute son personnel de l’Ecole Nationale des points et chaussées ; l’Ecole des Mines fournit les cadres à l’institut national d’Agronomie et beaucoup d’autre instituts de formations des cadres.

9.3. Tableau récapitulatif des systèmes éducatifs français, Béninois et Nigérian :

France (Paris)

Bénin (Porto – Novo

Nigeria  (Abuja)

 

Enseignement primaire

(Primary Education)

(5ans)

N’existe pas

(6 ans)

CI = cours d’initiation

(6 ans)

primary on (P1)

CP= cours préparatoire

CP= cours préparatoire

Primary two (P2)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

9.4. Question d’entraiment:

1)    Définir éducation et faites en rappel des caractéristiques du système éducatif

français

2)    Parler brièvement de l’enseignement supérieur en  France

3)    Que signifie gratuite ?

4)    Parler brièvement de l’enseignement secondaire


Chapitre cinq : LE SYNDICALISME, L’ORGANISATION DU TRAVAIL

ET LA PRESSE EN FRANCE

5.1. Le Syndicalisme :

Le syndicalisme est une force fondée depuis des années en France pour l’amélioration des conditions de travail des français. Mais la France est un pays où le taux de syndicalisation est le plus faible dans l’Union européenne. C’est  l’action syndicale qui mène à une baise importante de la durée du  travail. La durée du travail est passée de 39h par semaine en 1982 à 35h par semaines depuis 1998.en moyenne, les français travaillent environs 1.650 heures par an. C’est aussi grâce au mouvement syndical que certains congés sont autorisés et que le retraite est aussi fixé à 60 ans pour les salariés. Ces derniers doivent avoir cotisé pendant leurs années de service.

Les ouvriers, les personnels et les employés se lèvent tôt, ils sont au travail à 8h30. ce sont les cadres arrivent plus tard vers 9h.

5.2. Organisation du travail :

L’organisation du travail est la source de nombreux conflits entre le  patronat (MEDEF) : Mouvement  des entreprises de France) et  les syndicats. Parmi  les Unions syndicales, on compte le Confédération Générale du Travail (CGT), le Confédération Française Démocratique du Travail (CFDT), la Force Ouvrière (FO), et la Confédération Général des Cadres (CGC). Il a aussi des syndicats des enseignements qui sont nombreux. Au Bénin comma au Nigeria, il existe les mêmes organisations pour la défense des droits des travailleurs on peut citer NASU, AASU,’’ Labour  Congress’’ du Nigeria, et GGTB (Confédération Générale du travail du Bénin), CSA (Centrale Syndicale Autonome) au Bénin

5.2. La presse en France :

En France, la presse est connue comme le moyen d’expression qui permet la production et la diffusion des informations à travers les journaux, les magasines, la radio, la télévision, l’Internet etc. On distingue dans l’ensemble la presse audio, la presse audiovisuelle et une abondante presse écrite.

La presse audio :

Celle-ci comprend la radio et la Télévision. Il y a la Radio France pour toute la France et deux radio privées périphériques ; RTL et Europe 1. Il existe aussi des chaînes FM. On compte également des radios spécialisées des radios France comme radio Musique, France Info, France Culture, radio France Internationale.

Presse audiovisuelle :

Il y a six grandes chaînes de télévision qui comprennent deux  chaînes de services publics généralistes (France 2 et France 3), deux chaînes privées généralistes (TF1 et M6), une chaîne payante (Canal+horizons), une chaîne  éducative et culturelle (la 5e/ Arte, une chaîne franco-allemande), TV5, France 24, direct 8 etc.

La presse écrite :

Pour la presse écrite, on compte plusieurs journaux quotidiens, hebdomadaires, mensuels, bimensuels, trimestriels, et annuels.

Il y a les journaux nationaux et les journaux régionaux. Pour les quotidiens nationaux, il y a Le Monde, le Parisien, le Figaro, l’Equipe, Libération, France-Soir, Humanité. En ce qui concerne les quotidiens régionaux. On compte Ouest France, Le Progrès de Lyon, Nice Matin, l’Est Républicain, Le Provincial, Les dernières Nouvelles d’Alsace, Sud-Ouest, Le Dépêche  du Midi etc.

Les  Hebdomadaires :

Les français aiment beaucoup lire les magazines hebdomadaires. Ces magazines sont illustrés  et garnis d’information et ils proposent aux lecteurs une analyse et une réflexion sur les évènements de la semaine et sur les perceptives d’évolutions de l’actualité. On compte l’Express, le Nouvel Observateur, Le point, Valeurs actuelles, l’Evènement du Jeudi, Paris Match.

Et pour les femmes, il y a Elle, Mairie claire, Femme actuelle, Madame Figaro, Intimité, Modes et travaux. Ces magazines de femmes sont consacrés à la beauté et à la mode. Ils parlent également des travaux et activités qui intéressent les femmes telles les recettes de cuisine, l’information sur la santé, sur l’éducation des enfants. Il y a encore les hebdomadaires de radio et télévision qui aident le lecteur à choisir des émissions de télé et de radio. On peut citer à cet effet, Télérama, Télé 7 jours, Télé Poche et Télé Z.

La presse des jeunes

Ce sont les magazines consacrés à distraire mais aussi à informer et à éduquer les jeunes. Ces magazines parlent des voyages ; (Géo), du cinéma ; (Première), et des sciences ; (sciences et vie), (ça m’intéresse). D’autres exemples de magazines des jeunes sont Le journal de Mickey, Picsou Magazine Pif Galget, Top 50, Salut, Vingt Ans, Rock and Folk podium, Hit,etc.

Bibliographie :

Siméon I.OLAYINWOLA, Initiation à la culture et civilisation française, Agoro publicity company, Ibadan, Nigeria, 2004

Paul ELUARD, Liberté ton nom, Histoire et géographie 3e Fernand Nathan, 1980.

Steel Ross, civilisation progressive du Français, clé international, Paris, 2002.

Brochure du programme d’études des collèges d’éducations, (Ecoles Normales) CUREL/USAM, 2005.

Dictionnaire universel, 2002.

Dictionnaire Larousse, Paris, 2005.

 

 

 


[1] Jacobson R. essais de linguistique générale. Paris : Ed de Minuit, p. 32

[2] ibidem, p. 28

[3] Jacobson R. essais de linguistique générale. Paris : Ed du Minuit, p 32

[4] Mucchielli A Guivarch J Les nouvelles méthodes d’étude des communications Paris, p 14

[5] ibidem, p. 14

[6] Jacobson R. p. 212

[7] Jacobson R. Essais de linguistique générale. Paris : Ed de minuit, p ; 215

[8] ibidem

[9] Pouchkine A. in, littérature russe du XIXème siècle. Moscou : Production artistique, 1986, p. 65

[10] Koltsov A. V. recueil de poésie (en russe) Moscou, 1973, p. 6

[11] Jacobson R. Essais de linguistique générale. Paris : Ed du Minuit p. 219

[12] in Jacobson R

[13] BORDAS. Comprendre le monde. Paris : Pédagogie moderne, p165

[14] ibidem

[15] Le poète MALHERBE, veut que les poètes écrivent une langue simple, harmonieuse, sans images inutiles. Pour lui, la poésie est affaire de travail et il fixe les règles du vers français, in Roland ELUERD. Anthologie de la littérature française. Paris : Larousse, 1986, p.31

[16] BAUDELAIRE. Les fleurs du mal. Paris : Larousse, 1972, p.19

[17] in ELUERD R. Anthologie de la littérature française. Paris : Larousse, p.275

[18] In Jacobson R

[19] In PAGES AFRICAINES. Paris : Edition Hatier, 1966, p. 68

18 ibidem, p. 68

[21] Cette opinion  du poète Eustache PRUDENCIO, est citée par HUANNOU, dans ‘’réflexion sur la poésie béninoise’’, publiée par la revue  NOTRE LIBRAIRIE n° 124_déc 1995

[22] Le lieu où l’on vend et achète du plantain frit à l’huile de palme.

[23] Ici, derrièreman signifie celui qui arrive après une autre personne pour former une queue.