RILLA 4

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REVUE INTERNATIONALE DE LITTERATURE

ET DE LINGUISTIQUE APPLIQUEES (RILLA)

 

 

 

 

 

RILLA

Publiée par l’Institut Universitaire Panafricain

 

Revue annuelle,

Vol 1, N°04 – Août  2013,   ISSN  1840 – 6408

 

 

 

 

 

Editions Sonou d’Afrique,

01 BP 3950 Porto-Novo, Bénin.

 

REVUE INTERNATIONALE DE LITTERATURE

ET DE LINGUISTIQUE APPLIQUEES (RILLA)

 

 

 

 

 

 

 

RILLA

 

 

 

Revue annuelle,

Vol 1, N°04 – Août  2013,   ISSN  1840 – 6408

 

 

 

 

 

 

Editions Sonou d’Afrique,

01 BP 3950 Porto-Novo, Bénin.

 

 

REVUE INTERNATIONALE DE LITTERATURE

ET DE LINGUISTIQUE APPLIQUEES (RILLA)

Sous la direction du :

Prof.  Cyriaque C. S. AHODEKON

& Dr. Julien Koffi GBAGUIDI

Vol 1, N°04 – Août  2013,   ISSN  1840 – 6408

 

 

 

 

 

Editions Sonou d’Afrique

01 BP 3950, Porto-Novo,

République du Bénin

 

 

REVUE INTERNATIONALE DE LITTERATURE

ET DE LINGUISTIQUE APPLIQUEES (RILLA)

Sous la direction du :

Prof.  Cyriaque C. S. AHODEKON

& Dr. Julien Koffi GBAGUIDI

Vol 1, N°04 – Août  2013,   ISSN  1840 – 6408

 

 

 

 

Editions SONOU d’Afrique

01 BP 3950, Oganla, Porto-Novo,

République du Bénin.

Tél : (+229)  93 99 30 29 / 97 29 65 11 / 97 98 78 10

 

 



 

 

 

Copyright : RILLA 2013

 

v  Tous droits de reproduction, de traduction et d’adaptation réservés pour tous les pays.

 

v No part of this journal may be reproduced in any form, by print, photo-print, microfilm or any other means, without written permission from the publisher.

Dépôt légal, N° 6812, 3è Trimestre 2013,

Bibliothèque Nationale, Porto-Novo, Rép. du Bénin.

ISSN  1840 - 6408

 

Editions SONOU d’Afrique

01 BP 3950, Oganla, Porto-Novo, Rép. du Bénin

Tél : (+229)  93 99 30 29 / 97 29 65 11 / 97 98 78 10

 

Août  2013

COMITE DE LA REDACTION DE LA REVUE

 

  • Rédacteur en Chef :  Dr. Cyriaque C. S. AHODEKON

Maître Conférences des

Universités CAMES,

Département de la Sociologie et d’Anthropologie,  Faculté des Lettres, Arts  et Sciences Humaines, Université d’Abomey- Calavi, Bénin.

Directeur des Etudes et Président du Conseil Scientifique de l’IUP.

  • Rédacteur en Chef Adjoint : Dr. Julien K. GBAGUIDI,

Maître-assistant des Universités

CAMES, Département des    Sciences du Langage et de la  Communication,  Faculté des  Lettres, Arts et Sciences  Humaines, Université d’Abomey-  Calavi, Bénin.

Directeur Académique de l’IUP.

 

  • Secrétaire à la rédaction : Dr Raphaël YEBOU,

Maître-assistant des Universités

CAMES, Département des Lettres Modernes, Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, Université d’Abomey- Calavi, Bénin.

Conseiller Académique à l’IUP.

 

Secrétaire à la documentation :Dr. Mouftaou ADJERAN

Assistant des Universités

CAMES, Département des Sciences du Langage et de la Communication,  Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, Campus Universitaire  d’Aplahoué, Université d’Abomey-Calavi, Bénin.

Enseignant à l’IUP.

 

  • Secrétaire Relations       

Publiques              :          Dt Théophile G. KODJO SONOU

Doctorant en Didactique anglaise et

en Traduction et en Interprétariat,

Centre International de Traduction

et d’Interprétariat,  Institut

Universitaire Panafricain,

Porto-Novo, Bénin.

 

 

COMITE SCIENTIFIQUE ET DE LECTURE

 

Président:                               Prof.   Augustin A. ANIAMON

Professeur Titulaire des

Universités CAMES,                                                                 Département d’Anglais, Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, Université d’Abomey- Calavi, Bénin

 

Membres : Prof.  Toussaint Y. TCHITCHI

Professeur Titulaire des

Universités CAMES,                                                                                               Département des Sciences du

Langage et de la Communication,

Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, Université d’Abomey- Calavi, Bénin

 

Prof.   Taofiki KOUMAKPAÏ

Professeur Titulaire des

Universités CAMES,                                                                 Département d’Anglais, Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, Université d’Abomey- Calavi, Bénin

 

Prof.  Médard Dominique BADA

Professeur Titulaire des

Universités CAMES,                                                                                               Département des Sciences du

Langage et de la Communication,

Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, Université d’Abomey- Calavi, Bénin.

 

Prof. Akanni Mamoud IGUE

Professeur Titulaire des

Universités CAMES,                                                                                               Département des Sciences du

Langage et de la Communication,

Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, Université d’Abomey- Calavi, Bénin.

 

 

Pr Ambroise  C. MEDEGAN

Professeur Titulaire des

Universités CAMES,

Département d’Anglais, Faculté

des Lettres, Arts et Sciences Humaines, Université d’Abomey- Calavi, Bénin.

 

Prof.  Gabriel C. BOKO

Maître de Conférences des

Universités CAMES,                                                                                   Département des Sciences de

l’Education et la Psychologie,

Faculté des Lettres, Arts et

Sciences Humaines, Université

d’Abomey- Calavi, Bénin.

 

Pr Laure C. CAPO-CHICHI ZANOU

Maître de Conférences des

Universités CAMES,

Département d’Anglais, Faculté

des Lettres, Arts et Sciences Humaines, Université d’Abomey- Calavi, Bénin.

 

Dr Pascal Okri TOSSOU

Maître - Assistant des

Universités CAMES,

Département des Lettres

Modernes, Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, Université d’Abomey- Calavi, Bénin.

 

 

COMITE DE LA RELECTURE ET

DE LA REVISION

  • Ø Prof. Augustin  ANIAMON
  • Ø Prof. Taofiki KOUMAKPAI
  • Ø Prof. Médard Dominique BADA
  • Ø Prof.  Cyriaque C. S. AHODEKON
  • Ø Prof. Laure C. CAPO-CHICHI ZANOU

 

 

CONTACTS

Monsieur le Directeur de publication,

Revue RILLA, Institut Universitaire Panafricain,  Avakpa -Tokpa, 01BP3950, Porto – Novo,  République du Bénin ;  Tél. (+229)  20 06 47 14 / 20 22 10 58 / 93 99 30 29 / 97 29 65 11 / 65 68 00 98

Courriel : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

Site web : www.iup-universite.com

 

 

LIGNE EDITORIALE

 

La Revue Internationale de Littérature Linguistique Appliquée  (RILLA) est une revue scientifique. Les textes que nous acceptons uniquement en français sont sélectionnés par le comité d’Administration de la revue après avis favorable du comité scientifique et de lecture en raison de leur originalité, des intérêts qu’ils présentent aux plans africain et international et de leur rigueur scientifique. Les articles que notre revue publie doivent respecter les normes éditoriales suivantes :

  • La taille des articles

Volume : 18 à 20 pages ; interligne : 1,5 ; pas d’écriture : 12, Time new Roman.

  • Ordre logique du texte
    • Un TITRE en caractère d’imprimerie et en gras. Le titre ne doit pas être trop long ;
    • Un Résumé en français qui ne doit pas dépasser 6 lignes ;

Les mots clés ;

Un résumé en anglais (Abstract) qui ne doit pas dépasser 6 Lignes ;

Key words ;

Introduction ;

Développement ;

Les articulations du développement du texte doivent être titrées et/ou sous titrés ainsi :

  • Pour le Titre de la première section

1.1. Pour le Titre de la première sous-section

Pour le Titre de la deuxième section

1.2. Pour le Titre de la première sous-section de la deuxième section etc.

 

 

  • Conclusion

Elle doit être brève et insister sur l’originalité des résultats de la Recherche

  • Bibliographie

Les sources consultées et/ou citées doivent figurer dans une rubrique, en fin de texte, intitulé :

  • Bibliographie.

Elle est classée par ordre alphabétique (en référence aux noms de famille des auteurs) et se présente comme suit :

Pour un livre : Nom, Prénoms (ou initiaux), Titre du livre (en italique)

Lieu d’édition, Edition, Année d’édition.

Pour un article : Nom, Prénoms  (ou initiaux), ″Titre de l’article″ (entre griffes) suivi de in, Titre de la revue (en italique), Volume, Numéro, Lieu d’édition, Année d’édition, Indication des pages occupées par l’article dans la revue.

Les rapports et des documents inédits mais d’intérêt scientifique peuvent être cités.

  • La présentation des notes
  • La rédaction n’admet que des notes en bas de page. Les notes en fin de texte ne sont pas tolérées.
  • Les citations et les termes étrangers sont en italique et entre guillemets « ».
  • Les titres d’articles sont entre griffes ″ ″. Il faut éviter de les mettre en italique.
  • La revue RILLA s’interdit le soulignement.
  • Les références bibliographiques en bas de page se présentent de la manière suivant :

Prénoms (on peut les abrégés par leurs initiaux) et nom de l’auteur, Titre de l’ouvrage, (s’il s’agit d’un livre) ou  ″Titre de l’article″, Nom de la revue, (Vol. et n°1, Lieu d’édition, Année, n° de page.

Le système de référence par année à l’intérieur du texte est également toléré.

Elle se présente de la seule manière suivante : Prénoms et Nom de l’auteur (année d’édition : n° de page). NB / Le choix de ce système de référence oblige l’auteur de l’article proposé à faire figurer dans la bibliographie en fin de texte toutes les sources citées à l’intérieur du texte.

Le comité scientifique et de lecture est le seul juge de la scientificité des textes publiés. L’administration et la rédaction de la revue sont les seuls habilités à publier les textes retenus par les comités scientifiques et de relecture. Les avis et  opinions scientifiques émis dans les articles n’engagent que leurs propres auteurs. Les textes non publiés ne sont par retournés.

La présentation des figures, cartes, graphiques…doit respecter le format (format : 15/21) de la mise en page de la revue RILLA.

Tous les articles doivent être envoyés à l’adresse suivante : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

NB : Un auteur dont l’article est retenu pour publication dans la revue RILLA participe aux frais d’édition  par article et par numéro. Il reçoit, à titre gratuit, un tiré-à-part à raison de  cinquante mille (50 000) francs CFA pour les francophones ;  cent mille (100 000) francs CFA pour les anglophones  de l’Afrique de l’Ouest ; 180 euro ou dollars US.

 

Montant

Pays / Zone monétaire

1.

50 000 FCFA

Pays francophones d’Afrique (Zone CAMES)

2.

100 000 FCFA

Zone anglophones CEDEAO

3.

180 euro ou 120.000FCFA

Zone UE ou dollars US et autres pays

 

 

Signature

PRIX DE VENTE DU NUMERO

Pays/Zone

Prix unité1

Bénin

FCFA 3 000

Afrique (CEDEAO)

FCFA 5 000

Afrique (CEMAC)

FCFA  10 000

Autres  pays/zones euro/dollars

FCFA  20 000

ABONNEMENT ANNUEL

Nom/Institution………………….Prénom………………………..

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Adressé à la Revue RILLA,  IUP

01BP3950, Porto-Novo,  Bénin

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1 Le prix de  l’abonnement couvre les frais de poste

 

 

 

 

EDITORIAL

La Revue Internationale de Littérature et de Linguistique Appliquée (RILLA), publiée par l’Institut  Universitaire Panafricain (IUP), est un acte osé. Il faut oser et se  libérer des ordinaires, des conformismes intellectuels pour concrétiser ses rêves. Oui, oser ! C’est un engagement mais pas à la légère. Il faut sortir de l’ordinaire, de la peur de mal fait, de la hantise et se libérer. C’est ainsi que l’équipe dirigeante de l’IUP a agi. Elle s’est donnée pour objectif de se battre au côté des universitaires, ces chercheurs infatigables, pour être leur porte-parole.

Comme ces chercheurs ne parlent presque pas souvent, alors qu’ils exaltent fortement les vertus du travail ; ils doivent se faire entendre. Ah ! Oui ! La RILLA est née pour faire connaître ces femmes et ces hommes universitaires et les faire parler.

Alors, chers amis universitaires ‘’oser lutter, oser vaincre…’’

Faites-vous connaître à travers les pages ouvertes de la RILLA.

Aujourd’hui, l’auto route de l’espoir, donc de l’ascension professionnelle est toute construite.

Allez ! Oser !

Allez-vous décharger de vos manuscrits !

Allez-vous libérer de l’ordinaire !

Venez à la RILLA et vos rêves sont concrétisés.

Merci et

A Bientôt.

Prof. Cyriaque C. S. AHODEKON

& Dr. Julien K GBAGUIDI

DOMAINE DE RECHERCHE

La Revue Internationale de Littérature et de Linguistique Appliquées (RILLA) est un instrument au service des chercheurs qui s’intéressent à la publication d’articles et de comptes rendus de recherches approfondies dans les domaines  suivants :

- langue, littérature et grammaire françaises ;

- littératures négro-africaine d’expression française ;

- littérature comparée ;

- critique littéraire ;

- linguistique appliquée ;

- Français Langue Etrangère (FLE) ;

- Nouveaux programmes de l’enseignement du français à tous les niveaux ;

- Cultures et Civilisations françaises et francophones

- sujets généraux d’intérêts vitaux pour le développement des études en langue française au Bénin, en Afrique et dans le Monde.

Au total, la  RILLA se veut le lieu de rencontre et de dissémination de nouvelles idées et opinions savantes dans les domaines ci-dessus cités.


Contributeurs  d’Articles

Nom et Prénoms

Articles contribués

Adresses

1

 

Dr Elizabeth E. OGINI

 

La femme chez Bayala

Page 19-34

Department of Languages and Linguistics, Faculty of Arts, Delta State,  University, Abraka, Delta, Nigeria.

 

2

 

Dr Rita Ochuko

MEBITAGHAN

La place de l’étude ethnographique dans la traduction littéraire

Page 34-54

Department of Languages and Linguistics, Delta State University, Abraka

3

 

Dr Florentin NANGBE

 

 

L’Etat et/ou la Commune : Champ d’émergence des rapports de pouvoir contractuels

Page 55-74

 

Département de Sociologie-Anthropologie,

Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines,Université d’Abomey-Calavi, Ré4p. du Bénin.

4

Dr Matthew Idigun AGBOGUN

 

Etude taxonomique des déterminants variables en traduction littéraire

Page 75-87

Department of languages and Linguistics, Faculty of Arts, Delta State University, Abraka, Nigeria.

5

 

Dr  Emmanuel Ufuoma

TONUKARI

 

Pour une théorie du roman de conflit en littérature Africaine

Page 88-99

Department of Languages & Linguistics, Faculty of Arts, Delta State, Nigeria.

6

Prince Théophile G. KODJO SONOU

 

 

 

Langues et Politiques Linguistiques

en République du Bénin

Page  100-115

Département de

Français, institut

Universitaire

Panafricain,

01 BP 3950,

Porto - Novo, Bénin

7

 

M. Rabiu Iyanda

 

 

 

Réflexion sur la société yoruba : une étude sociologique de : le prix d’un pari de TUNDE AJIBOYE

Page 116-128

 

Osun State University,

College of Humanities and Culture,

Department of Languages and Linguistics,

Ikire.

8

Mme Nora L. DADUUT

 

La femme dans l’univers romanesque et la structure socio-économique africains.

Page 129-144

 

Département des Langues étrangères,

Faculté des Arts,

Université de Jos, Plateau, Nigeria.

 

9

M. Akimou ASSANI


 

 

Migration et littérature : quête et rupture d’identité chez les auteurs africains francophones

Page 145-158

 

Département des Langues étrangères

Faculté des Arts,

Université de Jos, Plateau, Nigeria.

 

10

M. Ezekiel Oladele TANITOLORUN

 

Etude comparée des catégories grammaticales du français et du yoruba

Page 159-179

 

Department of French Language

Tai Solarin University of Education

Ijebu-Ode, Nigeria.

LA FEMME CHEZ BAYALA

Dr. Elizabeth E. OGINI

Delta State University,

Department of Languages and Linguistics,

Faculty of Arts,

Abraka, Delta, Nigeria.

Résumé

L’idée directrice du roman Tu t’appelleras Tanga (1998) de Calyxthe Beyala est largement, basée sur l’expérience de la femme africaine et celle de la femme occidentale. C’est une perspective de la condition féminine prévenant, plein de solitude, d’attention, surtout l’aspect socio-culturel et économique au sujet de la vie traditionnelle et moderne. Cette étude employant l’approche féminine essaye de montrer la stratégie, l’ensemble d’actions ou événements cordonnées en vue d’une harmonie, progrès et satisfaction concernant la femme en particulière et avec l’homme en général.

Mots clés : fusion, valeur, pauvreté

Abstract

The principal issue of the novel tu t’appelleras Tanga (1998) of Calyxthe Beyala is largely based on the experience of Negro African women as well as that of European women. It is a literary perspective of feminine condition full of isolation and lack, particularly in socio-cultural and economic aspects in the area of tradition and modern life. This article using a feminist approach tends to show the strategy, progress and satisfaction concerning women in particular and men in general.

Key words : Fusion, Value, Poverty

 

Introduction

Dès le début du roman, nous voyons deux personnages centraux, la jeune fille africaine, Tanga vivant au foyer conjugal, chez ses parents et Anna-Claude, la blanche, la française d’origine juive, professeur de la philosophie. La vie de traditionnelle de Tanga et la vie moderne de Claude se présentent l’un à côté de l’autre et ensuite la fusion de ces femmes. C’est un fusionnement bien unique dans le roman pour l’harmonie, la victoire, le progrès et la satisfaction soulignant dans ce contexte “l’union fait la force’’ surtout concernant les femmes.

Beyala est parmi les élites vivant hors du continent noir et cet écrivain s’apitoie d’une manière considérable sur les malheureuses. Elle s’apitoie sur le sort des pauvres africaines et des pauvres occidentales dès les années quatre vingt-dix. Evidemment en Afrique, la femme est associée à la misère, à la souffrance, à la dépendance, à la soumission en dépit du fait qu’elle est symbole de la “fécondité,” de la “fertilité”, “mère Afrique”, selon des écrivains d’origine africaine depuis la négritude. Claudia Martinek dans “Le temps des héroïnes africaines. Entre mythes et histories’’ dans Notre Librairie. Revue des littératures du sud, Histoire, Vues littéraires ” indique que “les africaines ont tendance à associer à la misère…”. Beyala essaie d’exposer la condition de certaines pauvres africaines. Notamment, ces pauvres africaines sont catégoriquement “victimes” de la polygamie, des mariages forcés, des mutations génitaux et d’une soumission absolue aux hommes. Avant de se plonger dans l’étude, voyons d’ abord ce que le mot tradition évoque et ce que le mot modern rappelle à la mémoire et ensuite un coup d’œil sur chaque personnage et ses activités.

Ancien, Moderne et Harmonie

Le terme ‘tradition’ évoque les pensés anciennes. C’est la transmission de doctrines religieuses ou morales, de légendes, de coutumes par la parole ou par l’exemple. C’est une manière d’agir ou de penser transmisse de génération en génération. Cette mode de vie est contrôlée par les hommes, les traditionalistes, surtout en Afrique. Tandis que le mot ‘moderne’ évoque la notion de ce qui est au temps présent, une époque récente, civilisé et qui provient de l’occident. Il faut toujours noter que l’harmonie de la vie se réalise par un bon mélange de ces deux notions : La tradition et le moderne. C’est ce que Calixthe Beyala, l’écrivain camerounaise essaie de faire dans sa manière de la présentation de Tanga et Anna-Claude dans son roman Tu t’appelleras Tanga (1998). Elle cherche à améliorer la vie de la femme et des personnages féminines, en essayant également d’exposer et corriger le comportement des gens dans la société. Tanga est emblème de la vie traditionnelle et Anna-Claude figure symboliquement comme une femme moderne occidentale dans le roman. La tradition englobe des notions très valables y inclus l’humiliation, l’abaissement de la dignité de la femme et de la fille. D’une manière ou une autre, la femme occidentale civilisée subit parfois des expériences comme celles de Tanga. L’écrivain essaie de montrer la vie de la femme occidentale. Sa condition parfois est également pleine de souffrance et c’est problématique.

Calixthe Beyala est une écrivaine camerounaise bien connue avec ses romans Africains de la langue française. Elle milite pour l’émancipation des femmes Africaines surtout de son pays et des autres. Anna-Claude, française, professeur de philosophie à Paris est rêveuse. Dans ses rêves elle crée son mari Ousmane qui vit en Afrique, qu’elle cherche auprès de tous des Africains qu’elle rencontre là à Paris et presque partout en France. Le problème majeur de sa vie dans le roman est lié à son mari. Malheureusement, on ne connaît pas son Ousmane. Elle décide un jour alors de rejoindre son Ousmane en “Afrique”. En arrivant en “Afrique”, elle consacre son temps à la recherche d’Ousmane. On conclût qu’elle est folle et on se méfie d’elle. Elle va jusqu’à écrire les mots : « où sont nos enfants? égorgés par un boucher ». Tu t’appelleras Tanga (2). Quand son comportement fou devient insupportable dans ces lieux, elle est arrêtée par des flics et est jetée en prison. Dans la prison, elle rencontre une certain Tanga, une femme fillette qui est en train de mourir. Tanga qui a été violée par son père à l’âge de douze ans vient se planter en Anna-Claude pour que les deux deviennent une avant de mourir. Les deux se joindre en pensées, rêves et âme. De cette manière, l’historie de Tanga se renaître en Anna-Claude. A partir de ce moment Tanga sera morte et Anna-Claude s’appellera Tanga, ainsi se crée le titre du livre.

Le père de Tanga est incroyable et cruel. Il invite des femmes, ses maitresses chez lui et il s’amuse avec les femmes même devant sa femme. Sa passion démesurée le pousse jusqu’à violer sa propre petite fille en ensuite la grossesse et la pauvre est négligée. En effet, Tanga, doit se livrer à la prostitution plus tard pour l’entretien de ses parents. Tanga a le cœur brisé. Fatiguée de ce type de vie, Tanga veut se marier avec un homme honorable et mener une vie heureuse. Elle rencontre Hassan qui semble être la réalisation de ce rêve mais elle est déçue car, Hassan est juste comme les multiples hommes qui ne cherchent que de tirer plaisir de la femme. Pour trouver au moins un peu de Bonheur. Tanga va adopter un enfant de la rue, un enfant abandonné et malade « Pieds-gâtes » ou Mala. La mère de Mala l’abandonne. Elle prostitue et croit que pour son espèce de femme un enfant est « le don du mal ».

Tanga va chercher la guérison pour Mala mais elle n’a pas assez d’argent, l’enfant meurt. D’espérée et frustrée, Tanga décide d’aller faire n’importe quoi à n’importe où pourvu qu’elle gagne de l’argent. Cette nouvelle vie qu’elle va mener est comme la vie que mène une autre fille qu’elle rencontre Camilla. Camilla prostitue. Tanga constate que Camila était mariée avec deux enfants. Pendant son prétexte d’un voyage d’affaires, Pierre s’enfuit un jour et envoie une lettre de divorce à Camilla. Pierre abandonne Camilla et ses deux enfants. Plus tard, les deux enfants meurent d’une explosion d’une bouteille de gaz. Camilla s’abandonne au désespoir et à l’amusement excessif. En révoltant, Tanga dans son cas, va se joindre aux faux monnayeurs. La police l’arrête et on la jette en prison où Anna Claude la joint. Au moment où la mère de Tanga arrive pour voir Tanga le matin, elle ne trouve qu’Anna-Claude (la fusion des deux individuels Tanga et Anna-Claude a déjà eu lieu.) Elle lui dit : « vous nous avez tuez madame ». Just avant la fusion, Tanga dit à Anna-Claude «  Je suis toi, tu es moi, nous sommes un ».  (9).

La Lutte

La lute pour la place de reconnaissance au sujet de la femme traditionnelle et la femme occidentale s’accroît et continue. La vie de la femme traditionnelle est différente de celle de la femme occidentale à un certain degré. Beyala essaie d’établir une nouvelle voie à suivre. Elle montre que les deux systèmes : La tradition et la vie moderne peuvent profiter des avantages des expériences et il y a une sorte d’harmonie dans les deux systèmes pour le peuple. En générale, la solidarité aide à provoquer l’amélioration de la société. Charles Sale (2005 :45) dit : «La solidarité peut vaincre l’espace et les races». Il y a des effets négatifs des pratiques traditionnelles sur les femmes africaines. Certains croient que les institutions traditionnelles sont établies pour l’oppression, la destruction de la femme et pour le profit de l’homme, selon les expériences des femmes.

La tradition dans ce contexte  est la manière de vivre, de penser léguée par les ancêtres.  II faut noter que quand on parle de la tradition parfois, on réfère le plus souvent à la vie et valeur africaines.  La femme moderne  lutte  contre l’hostilité, l’exploitation, la souffrance et la violence.  La femme moderne essaie de se détacher aux traditions anciennes, aux coutumes anciennes, aux valeurs et aux idées anciennes pour adopter et savoir la vie occidentale nouvelle et moderne.  C’est un système de la vie avec le goût de jour et le style de l’époque actuelle, une époque avec son évolution distincte.

La Femme, l’enfant et la Tradition

Tanga dans le roman représente la femme traditionnelle.  Sa vie est fondée sur la tradition de la société Africaine.  Dans la société africaine en générale, l’homme est grand, la fille ou la femme doit être docile et obéissante à l’homme et ses valeurs traditionnelles. Les parents de Tanga sont traditionalistes.  Tanga passe sa jeunesse chez ses parents.  Elle a une vie bouleversée par des aspects négatifs des valeurs traditionnelle.  En général, l’enfant doit respecter les parents, les gens ainés et âgés avec leurs règles.  Tanga accepte cette vie d’un enfant Africaine docile et obéissante.  Son père dit toujours: «N’oublie pas un enfant doit garder les yeux baissés»   Tu t’appelleras Tanga (16). C’est une sorte d’éducation informelle plein d’humiliation et souffrance pour la femme africaine et la fille africaine. C’est pourquoi Tanga après l’excision dit : Je veux exhorter mes démons… je veux prendre l’instant, moi n’ai aucun droit, moi l’obéissance, je veux me propulser dans l’extraordinaire être comme tout le monde.  Tu t’appelleras Tanga (20, 21). Tanga est une petite fille violée par son père à l’âge de douze ans juste après l’excision.

Elle dit:

Au printemps de mes douze ans, ainsi de cet homme, mon père qui m’engrossera et empoissonnera l’enfant, notre enfant, son petit-fils ; cette homme ne s’apercevra jamais de ma souffrance à duré jusqu’au jour de sa mort, jusqu’au jour de ma mort.

Tu t’appelleras Tanga p.46

Cette situation constitue un obstacle qui s’oppose à son développement et progrès dès sa jeunesse.  Le père n’a rien fait pour encourager la petite fille d’apprendre un métier.  Pour lui, c’est l’amour incestueux. Tanga sa petite fille est un objet de plaisir sexuel.  Le père est nonchalant et cruel dans le  roman.  II y a des étapes à noter dans la vie de Tanga.  Nous remarquons que Tanga croit au progrès, étapes successive de la vie, mais le problème est qu’elle n’a pas appris de métier parce que son père,  le  vieux traditionnaliste manque de  vision.  II n’a rien fait pour aider ses enfants et sa femme comme un bon père de la famille.  Au lieu de faire son devoir, il reste égoïste, violent et coléreux.  II viole sa petite fille et cela aboutit à une grossesse.  C’est un désappointement et découragement.  Si Tanga a le choix, elle préféra  un métier.  Avec un métier, Tanga aurait eu la possibilité de tirer ses moyens d’existence au niveau socio-économique.  Elle aurait eu la possibilité de gagner son pain et nourrir sa famille étendue.

Comme nous avons déjà signalé, Tanga croit au progrès au développement et à l’action d’avancer.  Cela se voir dans ses paroles, elle rêve du mariage, de sa maison avec son mari, de ses enfants, de son jardin et de son chien.  Malheureusement, tout est bloqué et la malheureuse se fixe dans une attitude de refus.  Ensuite, elle décide de faire la prostitution comme les autres. Presque partout, la prostitution s’accompagne souvent d’un état d’hostilité chez l’homme et de désespoir chez la femme.  La pauvre Tanga n’arrive pas à supporter la prostitution avec l’hostilité et l’humiliation des hommes au pays.  Elle laisse tomber la prostitution pour s’engager avec un groupe de faux monnayeurs.  Ce crime l’amène en prison où elle trouve la mort après sa fusion avec Anna-Claude.  Dans ce contexte, on se rappelle de la question d’un écrivain féministe, Hélène Cixous, «Où est la mort »? C’est-à-dire, où se trouve la mort dans un foyer africaine ou dans une famille occidentale.  Est-ce que la mort se trouve à côté de la femme et la fille ou à côte de l’homme et le fils?  Selon l’histoire de Tanga et d’Anna-Claude, la mort se trouve juste à côté de la femme et à côte de la  fille surtout la femme ou la fille qui n’arrive pas  à manœuvre le problème.  Dans le roman, la fille, a le rêve mais elle n’arrive pas à réaliser son rêve.  II  faut parmi autre chose, la solidarité de femmes. La mort de femmes, de filles et de bébés dans le roman est provoquée par la souffrance, la pauvreté, la faim, l’ignorance et manque de soin.

En générale, la famille de Tanga est pauvre dans le roman.  Pour assurer le maintien de sa famille, comme nous avons indiqué avant,  Tanga doit se livrer à la prostitution après la mort de son père.  Elle est encouragée par sa mère qui n’est pas toujours satisfaite avec les provisions matérielles du foyer conjugal. Quand Tanga veut échapper de cette mauvaise manière de vie, sa mère finit par la gronder.

Salope! Tu veux ma mort… mais tu partiras avant moi; nuit et jour, je vais prier le ciel, il remplira ton sexe de pierres et les paroles qui je prononce aujourd’hui se réaliseront, aussi vrai … qui pendant neuf mois je t’ai portée dans mon ventre.

Tu t’appelleras Tanga p.57

C’est pourquoi Tanga essaie de faire la prostitution pour maintenir la famille bien que la vie de prostitution l’a fait souffrir beaucoup chez les hommes, elle continue à la supporter pour un moment à cause de la peur de sa mère et l’obligation de subvenir aux besoins de la famille.  Ensuite, elle découvre qu’elle est fatiguée de la prostitution.  Tanga veut se marier avec Hassan un homme honorable dans la localité mais elle  est déçue en remarquant tout de suite  qu’Hassan ne cherche seulement le privilège d’un verre de connaissance.  En conséquence, elle décide d’adopter un enfant de la rue.

Les valeurs traditionnelles Africaines proprement dites sont les valeurs très «importantes». En Afrique, plusieurs choses ont des valeurs par rapport à l’homme. Cette valeur lui donne une personnalité remarquable. Elle lui permet d’apporter sa contribution au développement mais la plupart des temps, ses valeurs sont tyranniques et accablantes dans la société Africaine surtout concernant la femme et fille. Tanga explique: Dans mon pays, la montre s’est arrêtée là où commence la culture… de les regarde sans les voir, sans les sentir seule de la nécessité, de vivre… le monde est un théâtre. (22)

Le respect

En Afrique nous devons le respect à nos parents, les âgés, les anciens, ensemble avec cette valeur, nous devons aussi considérer le culte d’ancêtre comme une valeur très «importante». Il y a toujours des conséquences indésirables quand on néglige  les valeurs traditionnelles. On risque d ‘être tué par des dieux. Le vieux, le père dit souvent à Tanga « n’oublie pas  un enfant doit  garder  les yeux baisses » (16). Cela veut dire qu’un enfant doit respecter ses parents, il doit être  obéissant.  Un enfant n’a pas le droit de questionner ce que ses parents font.  Tanga n’a rien dit.  Elle devient l’enfant-parent après avoir eu l’abus sexuel par son père à l’âge de 12 ans.  Le père est un homme sans Cœur, sans conscience et sans entrailles.  II est à noter qu’en Afrique une femme a un rôle qui est décrit comme la femme de valeur et chaque fois que la femme néglige son rôle de devoir comme ce qui se passe quand la mère de Tanga ne peut plus prend soin de sa famille.  Tanga devient l’enfant-parent de ses parents.

 

La famille et  l’enfant

Dans la famille nucléaire, l’enfant est nécessaire. Les enfants ont la valeur suprême pour les Africains. L’objectif primaire du mariage est d’avoir beaucoup d’enfants. C’est pourquoi la polygamie est très important chez des africains et le taux de natalité est parmi le plus hauts. Les Africains préfèrent avoir des enfants. C’est la situation dans Tu t’appelleras Tanga (1988 :30-31). Tanga désire le mariage, les enfants et l’amour.

II est certain, que l’enfant est une valeur très important dans une société Africaine mais la majorité des enfants sont victimes de toutes sortes d’atrocités dans la famille.  Tanga reste un exemple vivant de cette atrocité. Elle explique: «Mon enfance est peuplée de charmes, souris, d’oiseaux noir de cloportes(…) trop de nuages flotter plus hauts que l’escalier du ciel tout englué de souffrance…  Tanga explique: que l’enfant n’a pas «d’existence, pas d’identité » (mais) des corps pour « obéir ». (74). Des enfants sont parfois abandonnés par leur parent. C’est le cas de Camilla. Elle décide dans son cas d’abandonner son bébé.  Elle met le bébé dans une boite en carton.  Elle remarque que l’enfant pour les femmes de son espèce était le «don du mal » et qu’il fallait laisser le diable achever son œuvre. (75). Tanga se rappelle des actes odieux et criminels de son père.

L’homme mon père qui plus tard … content de ramener ses maitresses chez nous de les tripoter sous l’œil dégoute de ma mère m’écarterais au printemps de douze an.

Tu t’appelleras Tanga p.46

Le père est tyrannique au foyer vers sa femme et ses enfants.  C’est un homme coupable d’inceste dans le roman. Tanga, frappant sa main cornée, envoie virevolter trois fois dans le ciel en scandant : Enfin, tu n’existe pas.  « Enfant, tu  nais pour obéir.  Enfant, tu nais pour être esclave des parents »  (69).  Bayala est entrain de faire une correction de cette notion d’abuser les femmes, les filles et les bébés.  Cette situation est dangereuse pour le développement socio-économique et politique d’un peuple.

Charles Salé voit la tradition comme un moyen d’oppression et d’exploitation des femmes de des enfants. La mère de Tanga est aussi exploitée par son mari qui aime trop les femmes.  II amène ses maîtresses au foyer conjugal.  L’épouse n’a pas de droit de parole.  II n’y a pas de bon rapport entre la femme et son mari.  Dans le roman, la mère de Tanga et Tanga, Camilla et ses enfants, la mère de Mala et Mala, Anna-Claude sont des malheureuses.

La mère de Tanga n’a pas de métier.  Elle manque trop chez elle. Elle n’est pas comme la mère dans « La Maison Natale » d’Aime Césaire, d’après Lilian Kesteloot dans son anthologie négro-africaine (1976).  La mère chez Césaire a son métier.  Elle est couturière.  Avec sa machine à coudre, Singer, elle pédale, pédale jour et nuit pour leur faim en dépit du fait que son mari, le père de la famille est chômeur, toujours en colère et mélancolique.  La mère chez Césaire sait qu’elle manque parmi autres choses, de provisions et elle travaille pour nourrir et maintenir sa famille.  Elle essaie de résoudre le problème socio-économique de chez  elle.

La mère de Tanga n’est pas comme la mère chez Sembène Ousmane, une mère travailleuse, respectée, capable d’exposer le vice et corriger le comportement des hommes dans le royaume.  La mère de Tanga n’est pas non plus comme la mère chez Camara Layé dans L’enfant noir (1953). Une mère travailleuse, dynamique, honorée, puiné des jumeaux.  Elle aide les gens à résoudre les problèmes socio-économiques dans la communauté, et on a grand respect pour elle. Elle a une famille forte unie.  Voilà la mère de Tanga, elle multiple la fadeur de sa petite fille dans le roman.  C’est pourquoi après la fusion, Anna-Claude dit carrément « Vous nous avez tué madame » mais l’Afrique est grande.  Nous pouvons dire que Beyala tourne largement son regard vers la prostitution, les faux monnayeurs, la domination, les conséquences, etc.  La Pauvre Tanga est poussée jusqu’au mur.  Premièrement par son père, deuxièmement par sa mère et troisièmement par ses amis.  Simone de Beauvoir le marxiste féministe dans Le deuxième sexe (1949) indique l’importance de métier pour la femme.  La femme, doit avoir un bon métier, tout genre de travail déterminé, reconnu ou toléré par la société et dont on peut tirer ses moyens d’existence.  Un bon métier sert à garantie la liberté socio-économique dans la société.  Des écrivains négro-africains comme Sembène Ousmane, Camara Layé, Anatole Tokofai, etc. soulignent l'importance du métier pour l'individu. Surtout, la femme africaine traditionnelle dans le roman, est une femme usée et abusée de tous les côtés par les hommes. La mère qui cherche à éviter la pauvreté devient oppresseur de sa fille. Elle perd tous les attributs d'une maternité. Le rapport de la mère pour sa fille est un rapport d'exploitation et d’humiliation. Elle perd toute dignité. La phrase ‘’Vous nous avez tuée madame’’ (190,) d'Anna- Claude justifie son rejet des aspects du comportement de la mère de Tanga.

 

La Femme Moderne

Anna-Claude, la française représente la femme moderne comme nous avons déjà indiqué. Elle est lettrée. Elle est professeur de philosophie mais elle est rêveuse. Elle rêve de l'Afrique et de son mari. Ses étudiants l'écoutaient, riaient et murmuraient qu’elle était folle, ses amis aussi. (8). Néanmoins, Anna-Claude a défaut d'organisation. Elle ne fait rien pour s'améliorer dans le roman. Elle ne fait pas de recherche. Elle est lettrée, mais elle n'a rien fait pour noyer son ennui et sa frustration. Elle n'est pas comme Wali dans La nouvelle romance (1976) de Lopes Henri. L'intellectualité d'Anna-Claude n'est pas établie. Elle devient toute remplie de ses rêves d'Ousmane. Ousmane est un Africain et en Afrique où il construit des ponts et des routes. Il l'abandonne. Elle est troublée, comme nous avons déjà souligné. Elle devient insupportable sur son comportement fou dans ces lieux et ensuite, elle est jetée en prison où elle rencontre Tanga, une femme-fillette qui est en train de mourir. Son esprit se plante en Anna-clause pour que les deux deviennent une personne. (5). Elles ont une voix. Cela signifie qu'avec une voix, la solidarité et la mobilisation, la femme aura la liberté et satisfaction socio-économique et politique. Anna-Claude dans le roman se présente comme la femme contemporaine ou la femme Africaine contemporaine. Elle a l'image du modernisme. Elle est lettrée. La femme Africaine contemporaine est différente de la femme Africaine Traditionnelle à cause de l'éducation occidentale. L'oppression et la souffrance évoquent chez la femme Africaine l'idée de révolter. La faim de se libérer de l'oppression s'accroit. Camilla dit:

...je veux être autre... je veux me révolter dans une peau vierge et propre. Je veux me propulser dans l'extraordinaire. Etre comme tout le monde.

Tu t'appelleras Tanga p.20-22

 

Camilla est une française. Elle est abandonnée avec ses deux enfants par l'homme Pierre, un français, qu'elle avait aimé à Paris. Ensuite, elle se livre à la recherche de la joie et l'argent pour nourrir ses enfants face à la souffrance, mais malheureusement ils sont morts peu après et elle devient l'objet du plaisir et de la prostitution.

Elle avait aimé un homme Pierre, elle l'avait rencontré à Paris... Pierre était partir. Elle restait seule avec deux enfants...

Tu t'appelleras Tanga p.116

Elle souffre mais elle tient à ce que la vie continue. Sa situation est un peu différente de celle de la pauvre africaine avec ses traditions. Mala, est un bébé, une fille abandonnée par le père et par la mère. Elle est morte chez Tanga à cause de la maladie dès sa naissance. Plus de soixante pourcentages de personnage dans le roman sont féminines: jeune femmes: jeune filles, fillettes et bébés. Elles sont pauvres et malheureuses.

 

Conclusion

En bref, Tu t'appelleras Tanga de Calixthe Beyala, présente des éléments identiques, suffisamment nombreux et apparents entre la vie traditionnelle et moderne surtout concernant la condition de la femme. L'écrivain aime bien la paix et le développement du peuple dans la société. Catégoriquement, Tanga, la femme Africaine représente la vie traditionnelle et Anna-Claude, la française représente la vie moderne. L'étude détaillée du roman expose des expériences des femmes dans la société. II est à noter dans ce contexte qu'il y a deux systèmes de vie différente, « Tradition » et « Moderne » selon la manière de la présentation de l'écrivain. La condition de ces personnages féminins est unie par le sort de manière à former un tout. Le groupe subit presque la même amertume, humiliation, déception, injustice, découragement, ressentiment, et violence. En effet, la communication entre la femme noire et la femme blanche est significative. Les femmes pensent également que seule la solidarité peut vaincre l'espace et les races. Tanga au moment de sa morte explique à Anna- Claude que : « Le sang n'est ni blanc, ni noir, il est tout simplement rouge ». (6). Tanga et Anna- Claude sont les femmes émancipée. En général, Calixthe Beyala aime bien la paix et le développement  du peuple dans la société.

Le viol ou l'inceste est bien prononcé dans le roman. Beyala souligne l'abus. Aujourd'hui, le viol est vif de l'affaire dans des sociétés africaines, occidentales et ailleurs. En général, des femmes, des filles et des bébés sont victimes de l'atrocité. Les coupables, les responsable sont des blancs,  hommes lettrés et illettrés, des noirs, des mulâtres, des hommes riches, des pauvres, des géants, des gros et des minces, des hommes mariés et des célibataires. Press TV (31/05/2010) expose qu’au Congo, environ cinq milles (femmes, petite filles et enfants de 7 ans) sont violés par des casques blues. C’est étonnant.

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

A. OUVRAGE DE BASE

Beyala, Calixthe (1988), Tu t'appelleras Tanga. Paris : Edition Stock.

 

B. AUTRES OUVRAGES.

 

Aire, O. Victor, (2005) Essais sur le roman francophone Africa. Jos : St. Stephen Bookhouse.

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Aremu, Y.O. «  Problématique culturelle et mariage problématique : une étude comparée de l'œuvre de Mariama Bâ » dans RANEUF, Revue de l’Association Nigériane des Enseignants Universitaires de Français. Vol. 1, No.1- October 2004, Pp 92-104.

 

Brahimi, Denise et Anne Trevarthen, (1998) Les Femmes dans la Littérature     africaine Paris-Abidjan : Editions karthala et CEDA.

 

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Lopes, Henri, (1976) La nouvelle romance.  Yaoundé : Editions Clé

 

Martinek Claudia « le temps des héroïnes africaines.  Entre mythes et histoire».

Notre Librairie.  Revue des littératures du sud, Histoire, Vues Littéraires. Numéro.161. Mars. Mai (2006) 62-68.

Moi, Toril, (1986) Feminist Literary Theory, Sexual-Textual politics.

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Ojo-Ade, Femi, (1982) «  Still a Victim ? Mariama Bâ's Une si longue lettre» African literature Today. Volume 12, 71-87.2:35 PM 10/31/

 

Ojo-Ade, Femi, (1983) “Female writer, Male critics”. African Literature Today.   Vol.  13, 158-79

Omozejie Eunice, (2011) Women Novelists in Francophone Black Africa. Porto- Novo: Editions Sonou d’Afrique

Salé Charles, (2006) Calixthe Beyala Analyse Sémiotique de Tu t’appelleras Tanga. Paris : L’harmattan.

 

LA PLACE DE L’ETUDE ETHNOGRAPHIQUE DANS LA TRADUCTION LITTERAIRE

 

Rita Ochuko MEBITAGHAN

Department of Languages and Linguistics,

Delta State University, Abraka

Résumé

Souvent, les œuvres littéraires rendent possible la découverte du cadre socioculturel évoqué dans le texte. L’intégration socioculturelle présente des modalités différentes selon la société. En Afrique, comme partout ailleurs, on a affaire à une multiplicité culturelle selon l’ethnie ou la répartition géographique. Cette diversité pourrait tendre à un comparatif, dans le temps et dans l’espace et pourrait exiger une étude du milieu dans la traduction. C’est pourquoi cette étude à l’exemple de quelques œuvres romanesques igbo dont celles d’Achebe et  d’Adichie, cherchent à établir l’importance d’une étude ethnographique dans la traduction littéraire.

 

Introduction

Les faits évoqués dans l’œuvre littéraire africaine montrent l’originalité de la pensée africaine basés sur les expériences historiques. Les œuvres des écrivains comme Chinua Achebe, Chimamanda Adichie, et bien d’autres, reflètent à la fois la culture et la psychologie, elles-mêmes imprégnées dans les réalités de la société igbo et nigériane. L’idiolecte de ces auteurs reflète à différents niveaux, et avec plus ou moins d’accent, leur homogénéité culturelle. Les éléments qu’on rencontre dans les romans sont soit des emprunts soit des calques des expressions et des mots locaux. Cela explique peut-être pourquoi la traduction de ces romans se montre problématique.

La traduction littéraire est occasionnée par des phénomènes littéraires et linguistiques; elle dépend de ces deux domaines. La traduction d’un texte littéraire oblige à une réflexion et à l’analyse contrastive de deux langues, de deux littératures et de deux cultures. La difficulté de traduire la culture d’une communauté à une autre s’explique par le fait que chaque culture dispose des moyens propres de résistance à la pénétration d’une autre culture. En général, on sait que le manque d’équivalence culturelle entre milieu source et milieu récepteur pose des problèmes complexes en traduction. Dans le roman igbo et africain on  trouve  des gestes culturels figés qui sont nuisibles à ceux qui connaissent la culture. Face à ces genres de textes, le traducteur se voit contraindre de lire et d’interpréter et ensuite, de procéder à sélectionner dans la langue d’arrivée, les formes qui sont capables d’exprimer aussi fidèlement que possible le “message” du texte original. Cette situation se complique davantage dans les cas des textes de départ qui s’appuient fortement sur la culture de départ. La complexité vient du fait que chaque langue est le produit d’une culture donnée et représente un découpage particulier de sa réalité. Alors les expressions culture dépendantes, ne sont pas automatiquement transposables d’une langue à l’autre.

On sait que la littérature fait preuve de la vie culturelle et de  la civilisation d’un peuple, alors :

Traduire un écrivain, c’est aller à la rencontre d’une vision du monde participant qui s’enracine dans la culture et dans la civilisation d’un espace-temps, établir pour les lecteurs étrangers à la langue-source un espace de culture. Pénétrer par le détour de la langue dans la mentalité d’un écrivain, dans son imaginaire et dans l’esprit de son temps. (Bokiba : ressources-cla.univ fcomte.fr/gerflint/chili3/bokiba.pdf)

A la lumière de ces faits, une série de questions se pose: en quoi doit consister la traduction littéraire? Quel est l’apport de la traduction littéraire? Et Par quel moyen pourrait-on surmonter les difficultés rencontrées dans un texte littéraire? Pour répondre à ces questions, il faudrait relier l’étude ethnographique à la traduction littéraire et c’est pour cela que nous faisons une étude ethnographique de la société igbo, la société évoquée dans les œuvres d’Adichie et Achebe pour commenter la traduction de leurs œuvres.

 

Etude ethnographique: le Peuple Igbo

Ci-dessous se présente une carte du Nigeria montrant les zones igbo.

 

(tiré de www.mapsoftheworld.com)

 

Toute œuvre littéraire est insérée dans un espace donné et évoque par conséquent la vie courante, la culture, les mœurs, la langue etc., de ce milieu. C’est pourquoi il faudrait une étude ethnographique de la société igbo, une société qui se sert comme cadre géographique et temporel  dans quelques romans nigérians. Mounin (1963:236) est de l’avis que:

Pour traduire une langue étrangère, il faut remplir deux conditions, dont chacune est nécessaire, et dont aucune en soi n’est suffisante: étudier la langue étrangère; étudier (systématiquement) l’ethnographie de la communauté dont cette langue est l’expression.

Pour Mounin, l’ethnographie est un moyen de pénétrer les «visions du monde » et les «civilisations» des communautés différentes (234). Une étude de la  vision du monde et de la civilisation igbo aiderait bien la traduction du roman igbo.  Nwaezeigwe (2007:1) présentant le peuple igbo fait la remarque que:

The people’s beauty lies in their characteristic rich and peculiar cultural heritage, intrinsically adapted to a peculiar geographical setting. This geographical setting no doubt tends to have immensely influenced the totality of their ways of life, be it political, economic, social or religious.

Le peuple igbo occupe la région sud-est du Nigéria, un cadre géographique qui est situé entre les latitudes 50 et 70 au nord de l’équateur et les longitudes 60 et 80 à l’est du Greenwich (Nwaezeigwe 2007:1). L’ethnie est constituée des états d’Abia, d’Anambra, d’Ebonyi, d’Enugu et d’Imo. Les originaires se trouvent aussi éparpillés dans les états de Delta et Rivers. Le pays igbo se limite à l’ouest par les Bini, au nord-ouest par les Esan, au sud-ouest par les Urhobo et les Isoko, au nord par les Igala, Idoma, Igede, et Tiv, à l’est par les régions ogoja, au sud-est par les Ibibio et par les Ogoni et les Izon au sud. L’étendu territorial du groupe igbo qui est traversé par les grandes savanes, est caractérisé par de grandes forêts qui  servent comme le lieu saint des petits dieux. Ainsi  Nwaezegwe remarque -t- il que:

The above characteristic ecological distinctions combined with other factors no doubt appear to have played important roles in the evolution of distinct variants of Igbo language, socio-political institutions, religious beliefs-system, as well as agricultural and architechtural patterns… their distinctive subcultural traits find expression in their manner of economic activities, religious beliefs systems, settlement patterns and linguistic variations. (2)

 

Les igbo se rattachent fort à leur héritage culturel, lequel se manifeste dans le roman igbo. Alors pour traduire le roman, il faut une étude de la vie traditionnelle du peuple. D’après Holman (1980:445) cité par Igboanusi (2002:7):

Tradition is a body of beliefs, customs, sayings, or skills handed down from age to age or from generation to generation. It involves oral rendition or transmission of stories or tales, beliefs, superstitions, myths, legends, folktales, world-view etc. Tradition in literary context refers to oral literature or orature.

La littérature africaine contemporaine se base essentiellement sur la tradition ou la littérature orale. La tradition orale occupe une place très importante dans les héritages culturels igbo. Igboanusi (7) classifie la tradition oral igbo en trois catégories, selon lui:

Aspects of Igbo oral literature can be divided into three broad categories – oral prose which includes folktales, proverbs, riddles, myths, legends, tongue twisters etc) oral poetry which includes all forms of chants, songs and incantation), and oral drama (which includes masquerade dance, festivals, marriage ceremony, naming ceremony, children’s games etc).

 

Ce n’est pas étonnant alors que la tradition orale enrichit le roman igbo. Igboanusi à juste titre fait la remarque suivante:

When an Igbo writer uses proverbs, for example, … it may not be merely to add a touch of local colour but to    emphasize an important traditional value of the Igbo society…and to       capture an important Igbo traditional philosophy. The fusion of the traditional and the modern is a peculiar aspect of the Igbo and generally of the culture situation in Africa.

 

L’héritage culturel Igbo est marqué par des traits distincts, l’Ọfo et l’Íkéngà y occupent une place très importante et incarnent la base idéologique de l’homme Igbo. Nwaezeigwe (2007:10) remarque que:

A better understanding of the basic character of Igbo way of life explained through their pattern of political behavior and economic enterprise can only be understood from the position of the two concepts of òfo and ĺkéngá. The òfo as a conceptual symbol is the twig of the òfo tree botanically called Detarium Senegalense… it is a symbol of authority and continuity between the people and their ancestors. It is also a symbol of truth and justice. The ĺkéngá on the other hand, is the symbolic force of Igbo adventurism. It is the goal-getter spirit of the Igbo associated with good fortune, personal ability, war and general success in life.

Dans la société igbo, le succès d’un homme est déterminé par sa réussite, et non pas par son âge; l’homme doit travailler fort pour réussir dans la vie et pour ne pas dépendre de l’héritage familial. L’Ikéngá est la force catalyseur idéologique qui pousse l’homme à travailler afin d’être reconnu parmi les gens les plus réussis dans la société. La tradition occupe une place très importante dans la vie journalière; le romancier igbo ne peut pas alors passer sous silence l’héritage culturel des siens. Achebe par exemple, dans tous ces romans, même dans ceux qui ont les milieux urbains comme cadre géographique reflète les croyances igbo comme on témoigne dans Things Fall Apart (1958:10)

When Unoka died, he had taken no tittle at all and he was heavily in debt… any wonder that his son Okonkwo was ashamed of him? Fortunately, among these people a man was judged according to his worth and not according to the worth of his father. Okonkwo was clearly cut out for great things. He was still young but he had won fame as the greatest wrestler in the nine villages. He was a wealthy farmer and had two barns full of yams, and had just married his third wife. To crown it all, he had taken two tittles and had shown incredible prowess in two inter-tribal wars. And although Okonkwo was still young, he was already one of the greatest men in his time. Age was respected among this people but achievement was revered. As the elders said, if a child washed his hands he could eat with kings. Okonkwo had clearly washed his hands and so he ate with kings and elders.

 

L’esprit travailleur des Igbo est fondé sur la croyance que l’homme est créé par “Chúkwù” le dieu suprême, qui le fait tomber sur un monde plein d’expériences pénibles. Selon cette croyance, il reste à l’homme de se débrouiller, aidé par son ‘chí’, pour  réussir dans la vie. Alors, les deux concepts d’ĺkéngá et de chí occupent une place très importante dans les entreprises de l’homme igbo. D’après Nwaezeigwe:

A man’s ‘chí’ is expected to save him from misfortunes. Thus an Igbo who escapes dramatically from accident or an enemy attributes such feats to his chí. Since someone’s chí determines his ákálà (destiny), repeated efforts to make a breakthrough commensurate results could then be attributed to one’s destiny (ákálà) (17).

 

Par ailleurs, comme dans toutes les ethnies du Nigéria, la noix de kola joue un rôle important dans la société igbo et c’est pourquoi on la présente pendant les fêtes, les cérémonies et lorsqu’on a des visites. La tâche de briser le kola est réservée à l’homme le plus âgé du groupe. Il importe de noter que l’espèce d’une noix de kola détermine le rôle qu’il joue. Les igbo différencient entre l’espèce “cola-acuminita” – “òjí-ígbò” (Igbo kola-nut) et l’espece ‘‘cola nitida’’, ‘‘òjí-Áwùsá’’ (Hausa Kola-nut). Òjí-Áwùsá possède deux lobes et n’a pas de force spirituel comme ‘Òjí-ígbò’ qui se présente en plusieurs lobes; le nombre des lobes d’une noix, détermine sa fonction comme le laisse entendre Nwaezeigwe (263)

While Òjí-ígbò has multiple parts to which the Igbo ascribe different meanings, Òjí-Awusa has only two parts. For example an Òjí-ígbò with three parts is regarded Òjí-ĺkéngá. Since the concept of ĺkéngá is connected with the spirit of war and adventure, only those whose lives and activities or whose ancestors were connected with war… could partake of it.

 

La noix de Kola occupe donc une place très importante dans la vie journalière igbo (africaine), ce n’est pas étonnant alors que son importance est bien manifestée dans les œuvres d’Achebe. Le proverb “He who brings kolanut brings life” dans son roman Things Fall Apart (5) est traduit littéralement dans Le Monde s’effondre comme “ celui qui apporte de la kola apporte la vie (12). Une étude ethnographique aiderait le traducteur à constater que le proverbe est d’abord une translittération du proverbe igbo “onye wetari oji wetari ndu” car souvent les auteurs africains pensent d’abord en langue autochtone avant de s’exprimer en langue étrangère. Le proverbe évoque la fraternité et la solidarité africaine dont parlait Senghor (2003), Laye (1958) et bien d’autres auteurs africains des années  50. La traduction littérale en français bien que compréhensible au niveau syntaxique pourrait manquer l’expression de cette affinité avec le kola chez les igbo (africains). L’étude ethnographique permettrait au traducteur qui, se voit un mediateur culturel d’exprimer en bas de page la nuance culturelle que manque sa traduction.

Par le biais de l’étude ethnographique, le traducteur du texte littéraire devient un médiator   culturel qui essaie de se rapprocher aux liens émotionnels et psychologiques entre deux cultures et langues car selon Munday (2009:17) “A great literary translator is one who is able to recreate the voice, rhythm, singing and musicality of the original in the target text”. L’étude ethnographique aiderait le traducteur de suivre de près et de présenter au destinataire de sa traduction, l’esthétique crée dans le texte de départ.

Dans Purple Hibiscus d’Adichie (2003), l’auteur présente aussi quelques expressions qui suggèrent que le cadre du roman est un milieu igbo. Le mot Umunna (32) est emprunté par le traducteur français Mona de Pracontal, et donc rendu comme Umunna (32). Le texte de départ n’explique rien en quelque sorte de ce que désigne ce mot cela pourrait être du au fait que le public visé (le public de départ) qui est d’abord la communauté igbo et ensuite la société  nigériane comprenne le concept d’Umunna. Tout en gardant l’esthétique de départ (l’emprunt d’Umunna), le traducteur peut à travers une étude ethnographique donner une traduction explication qu’Umunna désigne tous les membres mâles de la famille élargie dans la communauté igbo. Ceci est nécessaire car comme le prétendent les traductologues, il faut toujours penser à ce que le destinataire de la traduction est en train de comprendre. D’autres expressions dans Purple Hibiscus qui peuvent attirer une étude ethnographique sont:

Purple Hibiscus L’Hibiscus Pourpre

1)      Utazi p.18                              Utazi p.21

2)      Onugbo p.22                          Onugbo p.26

3)      Mba p. 21                               Mba p.25

4)      Ngwo- ngwo p.40                  Ngwo- ngwo p.47

5)      Omelora p.62                          Omelora p.81

6)      Shuku p.58                              Shuku p.73

Les héritages culturels abordés ci-haut, caractérisent fort le roman igbo (nigérian) et  sont souvent empruntés de la langue autochtone. La table ci-dessous présente les exemples d’emprunts tirés de quelques romans igbo :

La table ci-dessous présente les exemples des emprunts tires de quelques romans Igbo,

 

 

 

 

 

 

 

Mots Empruntes

Romans

Author

i.

It is an Ozo dance

Things Fall Apart (42)

Chinua Achebe

ii.

For it was this section that the chieftain of Amocha and most of the Ozo men sat

Danda (21)

Ikem Nwankwo

iii.

It is my misfortune, I have a weak Ikenga, I think

Danda (26)

Ikem Nwankwo

iv.

The nervous agony of the ekwe, the clamourous swell of the drums and the plaintiveness of the ognene

Danda  (20)

Ikem Nwankwo

v.

HJe called his son Nwoye to sit with him in his obi

Things fall apart (44)

Chinua Chebe

vi.

Your Ogbaje, this visitor, looks as if she is staying this time

The Slave Girl (19)

Buchi Emecheta

vii.

Mazi Laza retired to his Obi

The Potter’s wheel  (57)

Chekwuemeka Ike

viii.

That woman who had such ill luck with Ogbanje children

The Potter’s wheel  (43)

Chekwuemeka Ike

ix.

Use some Utazi and cook it

The Potters Wheel (106)

Chekwuemeka Ike

x.

All the Umunna were invited to the feast

Things Fall Apart (117)

Chinua AChebe

Xi.

Oji invited all the Umunna to his house

The Only Son (81)

Munonye John

xii.

It was the full gathering of Umunna

Things Fall Apart (9)

Chinua Achebe

xiii.

Then the Umuada… sent word that they would come and open the  new house

The Only Son

Munonye John

xiv

He will be there on the next afo day

The Only Son

Munonye John

xvi.

I have come to ask you to plait my hair next Eke

The Concubine p. (11)

Elechi amadi

xvii.

Dede, you’re hurt

The Concubine p. (57)

Elechi Amadi

xviii.

May the spirit of our fathers prevail’ Ofo!

The Only Son p. (77)

Muonye John

xix.

Your chi is very much awake

Things Fall Apart p. (34)

Chinua Achebe

Xx

Chiaku had adopted this plant as the abode of her chi

The Only Son (30)

Munonye John

xxi

Don’t you see beyond the top of ukwa tree

The Potter’s Wheel

Chukwuemeka Ike

xxii

Giant Ukwa, fried without being burnt

The Potters Wheel

Chukwuemeka Ike

xxiii.

Samuel Spewed moist earth as a dibia sprays masticated alligator pepper on a patient

The Potter’s Wheel

Chukwuemeka Ike

xxiv

That contained a powerful ogwu without which the Izaga world be blown off his swindle legs..

Danda (18)

Nkem Nwankwo.

Cf : Igboanusi, (2002 : 58-60).

Dans les exemples ci-dessous, quelques uns des emprunts sont employés pour remplir les écarts lexicaux car ces mots n’ont pas d’équivalents lexicaux directs en français. Les mots sont :

Dede               Obi                  Umuada

Ekwe              Ogbanje          Afo

Ozo                 Utazi               Dede

De même, les emprunts comme ‘ofo’, ‘Chi’, ‘ama’, ‘ukwa’, dibia, ogwu peuvent avoir les équivalents assez proches en français mais ces équivalents peuvent manquer les vrais nuances sociales et sémantiques en langue Igbo. Le résultat, c’est que si dans une traduction, les emprunts sont gardés comme tels, le destinataire français pourrait avoir problème de compréhension. C’est la raison pour laquelle le traducteur devrait chercher à faire des recherches ethnographiques pour avoir une compréhension assez claire des conceptes avant de se mettre à traduire et c’est pourquoi Igboanusi (66) remarque à propos des emprunts dans le roman Igbo que : ‘Though an English (French) reader may not understand the full meaning of the loanword, the context in which they are used may give some insight into their meanings’.

Parmi les difficultés de la traduction les plus discutées, se retrouvent les problèmes dits culturels. Lederer (1994:122) soutient que le mot ‘‘culture’’, renvoie à des éléments aussi divers que coutumes, nourritures, vêtements, logement, mœurs, tradition. Il est fort nécessaire alors pour le traducteur du roman nigérian en français d’aller au delà d’une stylistique comparée de l’anglais et du français et de mener une étude extralinguistique qui lui permettrait d’entrer dans l’univers du monde du milieu évoqué par l’auteur. Si le traducteur du roman nigérian fait une étude ethnographique telle que celle que nous avons fait de la société igbo, il saisira mieux, par exemple, le sens d’un mot comme ‘chí’ qu’Achebe même ne pouvait traduire ou expliquer. ‘Chí’ n’a pas de forme physique mais est à l’esprit de celui qui y croit. Il y a une différence entre les dieux et seul celui qui connaît la signification du mot peut l’expliquer et peut le traduire. Seleskovitch (1991:28) est de l’avis que la traduction des systèmes ethnolinguistment divergents est très possible; selon elle “once the sense of the source text has been grasped, it can be expressed in any language”. L’étude ethnographique aiderait le traducteur à réaliser cette compréhension. Ainsi Castro-Paniagua (2000 :24) suggère-t-il:

 

a translator should be an ethnographer … the translator must adequately transmit and adapt [the] message across cultures, so he or she need[s] to have a deep knowledge of the cultural frames [he or she] will be handling.

 

Apprendre au traducteur à lire l’œuvre d’un romancier, lui montrer la voie pour mieux l’appréhender, supposent une connaissance intime de cette œuvre. L’œuvre ne doit jamais sortir de son contexte pour être saisie et comprise. Cela signifie qu’elle ne doit pas être abordée de l’extérieur, mais de l’intérieur. Il faut d’abord accepter l’idée qu’un texte doit être conçu comme un signe, et un livre comme un code ou mieux, un message codé qui doit être interprété avant de le traduire. Le texte décodé permet l’accès  au message et pour décoder, il faudrait que le traducteur passe par les contextes divers tels que les contextes socio ethnologique, socioculturel, géographique, linguistique etc. Toute œuvre littéraire est insérée dans un espace donné qui en porte la marque. Le lecteur très averti et attentif peut sentir combien chaque parole de l’écrivain a un aspect, une odeur, un goût de la terre évoquée. Cette terre examinée, livre le lecteur à la fois à la vie intime des êtres et des choses, des hommes et des bêtes, des esprits et des dieux, du climat et des saisons, des temps des semailles et des moissons et cetera. Le roman négro africain est à la fois général et régional parce qu’il pose des problèmes concernant la race noire et tente d’y suggérer des solutions; il  est régional parce qu’il est toujours attaché à un terroir particulier, souvent décrit avec précision, et utilisé comme cadre matériel du récit. Dans les romans abordés, c’est toute une région, celle du monde Igbo et de la société nigériane en général qui sert de cadre.

Conclusion

Un bon nombre de romans nigérians voire africains ont pour cadre un village ou une ville; d’autres se déroulent principalement dans plusieurs pays et parfois dans plusieurs continents. Lorsqu’on veut traduire un roman, il faudrait au traducteur, analyser avec soin le milieu géographique car une telle analyse démasquerait certains aspects non clairs du message. De ce fait, il pourrait bien interpréter le message pour traduire. Par exemple le village peut se présenter comme un élément de la structure romanesque. Dans ce cas, l’ethnie, le peuple dans son environnement, ses coutumes viennent au premier plan.

L’œuvre littéraire igbo (nigériane) est souvent bâtie sur les coutumes et les croyances. Ainsi, les œuvres romanesques d’Achebe et d’autres écrivains igbo, celles des auteurs comme Wole Soyinka, J.P. Clark  sont une représentation de l’héritage culturel des milieux évoqués. Il est nécessaire que le traducteur pénètre la vie et la foi du terroir afin de traduire ou recréer le réalisme d’un auteur. Il est également important que le traducteur s’initie à l’oralité dans l’œuvre, c’est-à-dire à la littérature orale, à la mythologie, à toute l’histoire ancestrale et à tous les éléments oraux, employés par l’auteur à des fins esthétiques. Quant aux traducteurs étrangers à la culture évoquée dans une œuvre, on leur conseille des lectures personnelles. Il leur faudrait consulter les ouvrages des linguistes de grande renommée comme Igboanusi (2002) qui ont fait des études anthropologiques sur le terrain. Ces linguistes situent les éléments telles que les contes, les proverbes, les dictons, les variétés de la langue, les devinettes, les fables, les chansons et cetera dans leur propre contexte. Par exemple, Igboanusi (2002) à travers son ouvrage Igbo English in the Nigerian Novel porte lumière sur les éléments traditionnels amassés dans  le roman igbo qui pourraient poser problèmes de compréhension au lecteur ainsi qu’au traducteur. Il se présente alors comme un ethnologue qui se soucie de l’africanité de l’œuvre (les arbres généalogiques, les systèmes économiques, la famille élargie, les mœurs et les croyances traditionnelles). C’est ce que fait aussi Makouta-Boukou (1980) quand il présente les problèmes culturels et littéraires du roman africain. Le traducteur du roman nigérian, voire africain a bien besoin du linguiste ethnologue, car, il se peut qu’il ignore les sons, les phonèmes et d’autres éléments dans les textes  dont il croit rendre l’esprit du message de l’auteur. La question qui se pose alors est de savoir comment le traducteur peut-il honnêtement prétendre rendre l’esprit d’un texte dont il ne peut dégager les éléments signifiants qui le composent et dont il ne saura ni déterminer ni analyser les éléments signifiés. C’est pour cela que le traducteur doit avoir recours aux études ethnographiques à travers l’œuvre de l’ethnologue qui donnerait le moyen d’atteindre le texte à traduire. Bref, il est déconseillé au traducteur de se concentre uniquement  sur le roman pour  saisir le message.


Bibliographie

Achebe, C. (1987). Anthills of the Savannah. Ibadan: Heinemann Educational Books.

 

________  (1999). Les Termitière de la Savane. Paris: Belford (traduit

par Etienne Galle)

 

________  (1958). Things Fall Apart. London: Heinemann.

 

________  (1966). Le Monde S’Effondre. Paris: présence africaine

(traduit par Michel Ligny).

 

Adichie, C. N. (2003). Purple Hibiscus. Nigeria : Algonquuin

Bookss

 

_________  (2004). L’Hibiscus Poupre. Paris : Edition Anne Carrière (traduit par Mona de Pracontal)

 

Bokiba, A. La Traduction Littéraire, Vecteur d’Inter culturalité.

(ressources-cla.univ-fcomte.fr/gerflint/chili3/bokiba.pdf)

 

Castro-Paniagua, F. (2000). English-Spanish Translation, Through a

Cross-Cultural Interpretation Approach. New York: University

Press of America.

 

Igboanusi,  H. (2002) Igbo English in the Nigerian novel. Ibadan:

Enicrownift publishers.

 

Lederer, M. (ed) (1994). La Traduction Aujourd’hui (Le

Modèle Interprétatif), Paris: Hachette.

 

Makouta-Boukou J. (1980) Introduction à l’Etude du roman negro

africain de la langue française (problèmes culturels et littéraires) Abidjan: les Nouvelles Editions africaines.

 

Mounin, G. (1963). Les problèmes théoriques de la traduction, Paris:

Editions Gallimard.

 

Nwaezeigwe, N.T. (2007) The Igbo and their Nri neighbours.

A study in the politics of Igbo culture & origins, Enugu: Snaap Press.

 

Okediadi, A.O. (2003). “The Symbiosis of Language and

Literature in indigenous Study: the Igbo Example”, dans  Nsukka

Journal of the Humanities, No.13, 328-338.

Seleskovitch, D. (1991) La Liberté en Traduction. Paris, Didier

Erudition.

 

L’ETAT ET/OU LA COMMUNE : CHAMP D’EMERGENCE DES RAPPORTS DE POUVOIR CONTRACTUELS

Dr. Florentin NANGBE

Docteur en sociologie des organisations,

Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines,

Département de Sociologie-Anthropologie (D S-A)

Université d’Abomey –Calavi (UAC), Rép. du Bénin.

 

 

Introduction

De par l’histoire, le Bénin a une tradition centralisatrice de gouvernance politico-administrative qui a pour but et principe de construire  et de maintenir l’unité de la nation.  De ce fait la décentralisation au Bénin d’aujourd’hui a pris ou prend tout son sens dans la logique du centralisme.

J’emprunte en effet à Julien FREUND sa traduction de la logique de la décentralisation en soulignant que: « la décentralisation présuppose une centralisation préalable qui a été, jusqu’au moment où intervient le processus de décentralisation, le principe d’organisation de l’ordre social... La décentralisation ne prend donc sens que par rapport à la centralisation ; ce qui veut dire qu’elle est concédée ou octroyée dans les limites de l’assouplissement souhaité par le pouvoir central”[1].

Ce qui est en cause s’agissant de la décentralisation, ce n’est pas un changement de sens dans la doctrine des politiques, puisqu’elles se donnent toujours comme finalité la réparation et la prévention des maux et des exclusions en élaborant des réponses aux besoins sociaux des populations ; mais dans ce contexte, il y a une modification du point de vue juridique et organisationnel de la procédure.

 

La décentralisation apparaît ainsi être une concession faite par le pouvoir central, ou pour mieux le dire, elle est une nouvelle manière d’organiser l’ordre intérieur de la société, un arrangement au second degré d’un système étatique qui transfère l’exercice de ses compétences à un échelon décentralisé. C’est l’introduction de nouveaux rapports entre le pouvoir central et les collectivités territoriales, partie intégrante de son territoire.

Il est évidemment trop tôt mais faisable quand même de s’interroger, juste après 8 années d’expérimentation de la décentralisation, sur l’avenir de la commune au Bénin et de voir si celui-ci est-il possible sans celui de l’Etat,  si l’on sait que l’histoire de l’Etat est celle des finances publiques : - s’il n’y avait pas eu à un moment donné l’idée qu’il fallait instituer un système financier public rationnel, il n’y aurait pas eu d’Etat -. C’est dire ainsi que la fiscalité constitue la base de la constitution de l’Etat ; et ainsi, les pérégrinations des finances publiques constituent les pérégrinations de l’Etat. Par extrapolation nous dirons dans ce contexte de la décentralisation au Bénin que les pérégrinations de la commune sont les pérégrinations des finances publiques.

Ainsi, la gouvernance locale du point de vue économique, politique, juridique et administrative repose simultanément sur la comptabilité budgétaire et la démocratie budgétaire.

On peut alors se demander à quel niveau se situe le pouvoir d’autonomisation des Municipalités par rapport au pouvoir central (l’Etat) ? Et quelle est la nature des rapports entre les Municipalités et l’Etat ?

1 -  La  Commune : un lieu identitaire

La commune est traversée par les courants idéologiques de solidarité qui cherchent à résoudre l’éternelle question du “vivre ensemble” sur un territoire qui n’est pas seulement géographique, historique, juridique, économique, mais un lieu de communication où les sphères s’attirent ou se repoussent, où les influences suscitent attraits et résistances, qui freinent ou facilitent la modification des attitudes dans un espace identifié.

La commune s’établit sur la communauté de voisinage: Max WEBER décrit la communauté de voisinage comme le fondement originel de la “commune”. Cette structure ne trouve son plein sens que lorsqu’elle s’appuie sur une activité communautaire d’ordre politique embrassant une pluralité de groupes de voisinage, comme un espace relationnel où s’entrecroisent des activités, des groupes qui la composent: “elle peut constituer elle-même la base d’une activité communautaire d’ordre politique et tendre d’une manière générale à englober dans l’activité communautaire par la voie d’une association de plus en plus poussée toutes sortes d’activités nouvelles..”[2].

Les activités de la commune sont donc une caractéristique de son existence. L’espace relationnel qu’elle développe peut être un observatoire pour découvrir ses habitudes et ses innovations, ses contraintes et sa liberté d’intervention. Pour comprendre les rapports que la commune entretient avec l’Etat il faut distinguer les fonctions qu’elle exerce et voir comment elles se sont constituées au cours de son histoire. En France nous pouvons affirmer que c’est à partir de la révolution de 1789 qui érige en municipalités les anciennes paroisses de l’Ancien Régime que toute communauté d’habitants se voit reconnaître le droit à devenir une cellule administrative de base qui va bénéficier d’une large autonomie vis à vis du pouvoir central et qui évoluera selon les restrictions ou les concessions opposées ou accordées par le pouvoir étatique. Au Bénin, ce sont les anciennes sous préfectures et les anciennes circonscriptions urbaines qui sont transformées en communes. Les rapports de la commune avec le pouvoir central subissent les répercussions du pouvoir politique.

Dès son origine la commune se voit confier deux fonctions distinctes l’une propre au pouvoir municipal, l’autre propre à l’administration générale de l’Etat et déléguée aux municipalités : J. LE MESTRE[3] fait cette distinction entre un pouvoir  « originaire »  compétent pour régler les affaires locales et un pouvoir « dérivé » habilité par délégation à trouver solution aux difficultés de l’administration d’Etat. « Ce double pouvoir », découvre l’origine de cette nature hybride qui appartient à la commune ; elle marque la dualité de sa nature juridique.

La commune est à la fois une collectivité décentralisée compétente pour gérer ses propres affaires et une circonscription administrative qui lui donne un caractère étatique. Cette dernière fonction marque les relations qu’elle entretient avec le pouvoir de l’Etat et fait en même temps du Préfet, représentant du chef de l’Etat dans le Département et de chacun des ministres du gouvernement,  son interlocuteur unique comme représentant les services déconcentrés de l’Etat : “Il assure le contrôle administratif des communes, il est autorité compétente pour conclure au nom de l’Etat toute convention avec une autre personne morale de droit public”. L’Etat peut donc jouer un rôle dans la politique locale par l’intermédiaire de convention dans une perspective de développement social.

 

Cependant, si les structures conditionnent, elles ne déterminent pas : encore faut-il pour contracter librement que la commune puisse créer une dynamique interne, objectiver ses intérêts et ses contraintes à partir des pressions qui s’exercent dans son espace relationnel et qu’elle puisse disposer de ressources suffisantes pour ne pas demeurer un simple relais du pouvoir central. Par l’exercice de la tutelle à posteriori l’Etat connaît les points faibles de la commune ; cette connaissance n’est pas neutre quand il s’agit de conduire des stratégies.

Nous pouvons donc affirmer que la commune reste fortement marquée par l’Etat en fonction de la délégation administrative qu’elle exerce au nom du pouvoir central et des rapports contractuels qu’elle peut établir pour le développement de sa politique locale : le Préfet et le Receveur municipal étant des acteurs étatiques jouant un rôle de régulation et de contrôle des actions de la municipalité du point de vue administratif, juridique et financier.

 

Le Maire

 

La Rationalité

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le Receveur – percepteur              Le Préfet

Le Préfet : Acteur déconcentré du pouvoir central administratif  et juridique.

 

Fonctionnaire de l’Etat, il est nommé par le Président de la République en conseil des ministres. Il est dans un rapport de subordination hiérarchique avec l’autorité centrale qui l’a nommé. Il assure la tutelle administrative des communes en contrôlant la légalité des actes et en apportant assistance – conseil.

 

Le Trésorier ou Receveur municipal : Acteur déconcentré du pouvoir central financier.

 

Fonctionnaire de l’Etat, il est nommé par le Directeur Général du Trésor, sous l’autorité du Ministre du Budget ou des finances et de l’économie. Il est directement justiciable du juge des comptes et doit rendre, chaque année, « un compte de gestion » à la chambre des comptes de la cour suprême. Par lui, le Trésor public de l’Etat a le monopole de la tenue du service financier des communes.

 

Son rôle en fait ne peut se comprendre qu’à la lecture des règles de la comptabilité publique. Il est ainsi chargé de :

-          l’exécution matérielle des mouvements de trésorerie et la tenue du compte des disponibilités de la commune (le compte au Trésor).

-          la description du patrimoine de la commune (ses biens, ses créances et ses dettes) qui apparaît dans sa comptabilité et jamais dans celle du maire.

 

L’absence de la description du patrimoine de la commune dans la comptabilité du maire atteste simplement que ces patrimoines sont essentiellement pour l’Etat et sa gestion relève de la compétence du pouvoir central.

 

Le Maire : Acteur décentralisé du pouvoir local administratif, juridique et financier

Il est le garant du pouvoir exécutif local et, bien qu’il soit un élu,  représente l’Etat dans sa commune sous la tutelle du  préfet. Par conséquent ils (le Maire et ses adjoints) perçoivent une indemnité liée à leurs fonctions qui s’insère dans la fourchette déterminée par la loi des finances, mais dont le montant est fixé par le conseil municipal.

Il établit à la fin de chaque année un compte administratif pour rendre compte de sa gestion au conseil municipal avec ampliation à la chambre des comptes de la cour suprême.

En tant que représentant de l’Etat dans sa commune, il incarne l’autorité centrale et peut recevoir des instructions du préfet et/ou du chef de l’Etat.

La rationalité mise en œuvre ici entre le Maire, le Préfet et le receveur des finances via le receveur – percepteur, atteste simplement que la responsabilisation des entités décentralisées s’accompagne toujours de la maîtrise, par le centre, du contrôle de la performance.

2 -  La  Commune entre la tradition et la modernité : une redécouverte du local

Une autre ressource dont peut bénéficier la commune est l’intérêt actuel de la redécouverte du local. Si le local ne peut être référé à la commune, il sert à désigner un espace plus large ou plus restreint, les attributs dont il jouit peuvent être utiles pour stimuler les relations qui peuvent se tisser au sein de la commune. L’Etat, le département, l’administration centralisée apparaissent loin de l’individu, trop abstraits pour offrir des liens visibles.

Dans la complexité et la mobilité des relations sociales le local peut constituer un contre - poids, une réalité enracinée qui faciliterait le sentiment d’appartenance, un lieu où vient se fixer la mémoire collective en même temps qu’il peut être facteur d’affirmation de l’identité.

La commune a aussi la possibilité de donner vie à des unités plus restreintes. Le quartier ou le village par sa notion de proximité a la faculté de favoriser l’organisation de services de voisinage, encore faut-il que la volonté politique en permette l’expression et la réalisation.

Entre son héritage du passé, ses ajustements au présent, les projets et les aspirations qu’elle contient, la commune devrait nous permettre de découvrir le fonctionnement des groupes à effectif restreint décrit pas S. WACHTER [4] “qui traduisent des structures d’action où les comportements sont plus individualisés et où la solidarité devient interactive et non plus anonyme”.

La décentralisation de la politique sociale à l’échelle des communautés de base peut- elle présenter un moyen d’échapper au recours systématique à l’Etat ? Peut-elle permettre une diffusion des pouvoirs par une clarification des responsabilités ?

En rendant les solidarités plus visibles par une organisation moins anonyme, la politique sociale locale contribue-t-elle à tisser des liens favorisant l’insertion sociale ?

La commune est aussi soumise à l’ordre normatif, être juste aujourd’hui c’est s’en tenir à la norme avons nous dit. L’intérêt public est un arbitrage entre les divers intérêts particuliers ; cet arbitrage est détenu par le pouvoir politique communal. Il révèle ses zones d’autonomie et de fragilité, il peut rendre compte des règles du jeu qui s’imposent aux acteurs locaux.

 

3 - La Commune : un champ ouvert à la contractualisation.

La commune s’inscrivant ainsi dans un contexte de décentralisation, elle doit concilier ses préoccupations avec d’autres impératifs.

Il y a donc établissement nécessaire de relation entre la commune et des partenaires, comme il y a la nécessité de coopération entre la municipalité et d’autres acteurs. La Commune peut donc bénéficier d’appui au sein de l’appareil départemental (préfectoral) ; “le département apporte aux communes qui le demandent son soutien dans l’exercice de leurs compétences”.

Il existe également un champ ouvert à l’organisation contractuelle entre collectivités décentralisées. On peut rapprocher cette politique de contractualisation du schéma de solidarité décrit par F. EWALD : “Il n’y a pas de partie qui ne soit partie d’un tout, il n’y a pas de tout qui ne soit partie d’un tout plus étendu qui l’absorbe et le contient”[5].

Si le champ de ses relations externes se trouve élargi, si elle peut par la liberté qui lui a été octroyée prendre des initiatives et élaborer des projets sans obligation de les soumettre à la tutelle du Préfet ou à une autre autorité, est-elle la collectivité territoriale la mieux placée pour mettre en œuvre des solidarités plus efficaces et pour cela dispose-t-elle de ressources qui lui seraient propres, dont elle pourrait tirer profit?

Nous soulignons l’objectif des politiques sociales qui vise à refuser l’exclusion sociale et par la décentralisation à rapprocher les décideurs des citoyens et particulièrement des bénéficiaires, leur place dans l’élaboration et la mise en œuvre des projets apparaît donc nécessaire. Si la commune constitue l’échelon de base pour l’administration de l’aide sociale légale, le lieu où les personnes en difficulté expriment leurs demandes, elle représente en même temps, sans ségrégation, une population groupée sur un territoire, tous les milieux, tous les âges, elle peut appréhender tous les aspects de leur mode de vie. La commune peut prendre toutes initiatives pour développer des actions en complément aux politiques nationales par l’organisation d’une Aide Sociale facultative. Si elle passe convention avec l’Etat pour l’exercice direct de compétences transférées, l’Etat doit lui assurer les conditions financières et administratives lui permettant de mettre en œuvre les compétences confiées. Cette nouvelle donne de la décentralisation étend le champ d’action de la commune et lui facilite en retour l’élaboration de réponses mieux ajustées à la demande locale.

Ses possibilités contractuelles peuvent aussi s’élargir aux collectivités locales voisines par l’établissement de charte ou de syndicats intercommunaux « plusieurs communes groupées en syndicat de communes » peuvent créer un centre intercommunal qui exerce pour les communes concernées les compétences qui leur ont été confiées.

Aussi, par la possession d’un cadre administratif et politique qui lui est propre la commune constitue bien un lieu de convergence des différents pouvoirs concernés par les politiques locales ; lesquelles politiques locales résultent de la vision stratégique de la commune en tant que  territoire défini et des acteurs.

Le territoire ici s’entend un construit historique, socio-économique et institutionnel. Ceci signifie quatre éléments principaux : - le territoire ne procède pas de la génération spontanée, il résulte d’un processus historique qui le modèle et en fait un lieu de mémoire ; - le territoire procède d’une logique d’acteurs ; - les relations entre agents s’inscrivent pour une bonne part en dehors des relations marchandes d’où l’importance des règles, normes et signes de la communauté d’appartenance ; - enfin, les institutions sont très largement imbriquées dans le fonctionnement économique du territoire.

Du coup, il apparaît clairement que le programme de développement qui est fonction de la vision stratégique de la Commune passe d’abord par l’identification des acteurs qui définissent le territoire aussi bien d’un point de vue historique, qu’actuel et que futur (puisqu’il y a un programme). Ce sont cette identification, puis cette définition, qui vont induire la phase préparatoire du programme de développement, c’est à dire les études qu’il doit comporter, le projet prévisionnel, l’identification des objectifs, la mobilisation des acteurs, l’animation et la coordination d’une programmation participative, l’évaluation des actions.

Il apparaît donc nécessaire de dresser un tableau général des différents acteurs qui composent un territoire ainsi que de leur rôle au sein du programme de développement.

 

4 – Les différents acteurs de la Commune

Le schéma ci – dessous indique les acteurs qui animent la vie politique, économique, sociale et culturelle d’une Commune.

 

 

 

 

La Stratégie

L’institutionnel                                                   L’économique

 

 

 

Le Socio – Culturel                                               Le Politique

 

Le Magico- Sorcier                                        Le Religieux

 

4.1 - Les acteurs politiques.

 

Les acteurs politiques sont donc les personnes élues par la communauté et qui représentent la collectivité locale. Ceci implique qu’ils ont préalablement compris que l’exercice du pouvoir politique passe par l’écoute, mais aussi par la consultation permanente des administrés. C’est à ce titre qu’ils peuvent inciter la participation de ces derniers, en tant qu’acteurs du territoire.

Même si ce point peut paraître évident, l’expérience montre que si la grande majorité des élus se trouvent en effet à l’écoute de leurs administrés, beaucoup ne souhaitent pas nécessairement les consulter quand il s’agit de développer le territoire, même s’ils appartiennent à des structures intercommunales ou d’aménagement et de développement local. D’abord parce qu’ils comprennent aménagement comme équipement plutôt qu’aménagement du territoire, ensuite parce qu’ils considèrent la consultation des administrés comme un recul ou une perte de leurs prérogatives. Ces acteurs là ne sont pas prêts pour un projet de développement local et leur appartenance à une structure locale de développement n’est autre qu’un moyen de rechercher des financements (subventions, opérations contractuelles, financements internationaux, etc…) pour mieux asseoir leur pouvoir. Or le développement local n’est pas un mode de gouvernance mais un mode de participation.

4. 2 - Les acteurs institutionnels.

Ils sont ici de deux types : les institutions représentant la volonté politique d’un projet participatif et les institutions purement techniques telles que les chambres consulaires, les organismes de formation, les branches professionnelles,…etc.

 

Les premières sont crées à l’initiative des acteurs politiques conscients de la nécessité, parfois de l’obligation, d’un projet participatif. En effet, il arrive fréquemment que des territoires qui ont toujours compté avec le soutien de l’Etat ou avec une rente liée à l’exploitation d’un produit particulier se voient obligés, par le retrait de l’Etat et/ou par la baisse, voire l’extinction de la rente, de rechercher des financements sur la base de l’exploitation des ressources locales. Ici, il peut arriver que deux hommes politiques forts, de tendances opposées, se rejoignent pour créer une institution de développement du territoire sur lequel ils interviennent, marquant en cela le signe d’une adhésion collective à une identité locale qu’il s’agit de transformer en dynamique pour qu’elle génère des revenus, d’où la nécessité de la participation.

Ces institutions ont pour fonctions essentielles, dans un premier temps, de réunir, d’animer et de coordonner l’action de tous les autres acteurs pour qu’ils adhèrent aux études inhérentes au programme (quelles sont réellement les ressources locales et comment peut-on les mettre en valeur pour un bénéfice collectif ?), pour qu’ils s’approprient les résultats de ces études et choisissent, parmi les axes de développement qui se dégagent de ce travail, celui ou ceux qui leur paraît(ssent) le(s) plus approprié(s). Dans un second temps, ces institutions ont pour fonction de veiller à la bonne marche et réalisation des actions correspondant au point précédent, sous le contrôle de ces mêmes acteurs qui ont intégré l’institution et qui peuvent ainsi accéder à son conseil d’administration lors d’élections démocratiques et régulières, afin de mieux s’approprier les travaux qu’elle réalise.

Elles jouent un rôle très important dans la réduction des conflits entre l’ensemble des acteurs et, du coup, entre les sous-espaces du territoire, ainsi que dans l’identification d’objectifs communs à tous. Ce dernier point implique qu’elles joueront un rôle technique important pour réaliser les études permettant l’identification des objectifs et l’appropriation de ces derniers par les autres acteurs, ce qui ne pourra se faire que par la création d’un réseau dans lequel chacun apportera les compétences techniques qui lui correspondent pour que les études en question soient pertinentes et efficaces.

Deux concepts essentiels apparaissent donc ici : pour remplir les trois fonctions énoncées ci-dessus (réunir, animer, coordonner ; veiller à la bonne marche et réalisation des actions ; contribuer à la réduction des conflits locaux), ces institutions doivent en permanence avoir une vision globale du territoire qu’elles communiqueront à leurs participants qui n’en ont qu’une vision fragmentée, celle de leur champ d’activité, mais aussi être dotées de la capacité de projeter ce territoire dans le temps, incluant ici une vision à long, court et moyen termes (long terme : quel devenir pour le territoire ? ; court terme : quelles actions mettre en œuvre pour arriver à construire cette image ? ; moyen terme : comment évaluer le chemin parcouru dans la construction de l’image et quelles sont les corrections à apporter ?).

Pour leur part, les institutions techniques devront participer à l’identification des objectifs en fournissant aux institutions précédemment décrites l’information nécessaire à la réalisation de diagnostics, ainsi qu’en leur traduisant les inquiétudes et les volontés de leurs adhérents.

Enfin, il leur appartiendra de mobiliser ces mêmes adhérents pour qu’ils acceptent le bien fondé d’un travail commun avec des acteurs issus d’autres secteurs d’activités et de leur servir d’organe de conseil et de soutien technique dans l’élaboration et la réalisation de projets communs.

4. 3 - Les acteurs économiques.

Il s’agit ici des entreprises de tous secteurs confondus : exploitation agricole, industrie, artisanat, commerce, services, qu’il s’agisse de grandes, moyennes, petites ou micro-entreprises, ainsi que des individus qui ont la volonté de créer leur propre entreprise. Ils représentent le noyau de la richesse d’un territoire aussi bien pour leur savoir-faire que pour leur participation à la redistribution du revenu local.

 

4. 4 - Les acteurs sociaux et culturels.

Il s’agit habituellement de représentants de communautés constitués en associations, associations de quartiers, syndicats, associations d’artistes,…etc. Ils représentent aussi bien les groupes anciennement implantés que les nouveaux arrivés et sont souvent issus de la confrontation de ces deux mondes, les paysages sociaux et culturels ne pouvant évoluer que par l’introduction d’éléments nouveaux venus de l’extérieur et ayant une incidence sur les anciens.

De façon générale, ils agissent pour l’amélioration des conditions de vie de la population et, par conséquent, sont étroitement liés aux secteurs publics et de production touchant et/ou occupant cette même population.

 

A -   Les ONG : un pouvoir associatif

Issues d’initiatives diverses : des églises, des syndicats ou de citoyens, elles sont appelées Organisation Non Gouvernementales par les organismes des Nations Unies afin de mieux les différencier des partenaires habituels des systèmes d’aide traditionnels dispensés par les administrations, les sociétés parapubliques et les grandes entreprises privées.

 

Elles ont pour fonctions essentielles le conseil et la prestation de services en promouvant ou exécutant des projets et/ou en encadrant des groupements paysans.

De façon générale, les ONG jouissent d’une bonne réputation qui leur est attribuée de facto plutôt que sur la base de leurs capacités réelles, réputation qui semble constituer un contrepoids aux faiblesses et défauts des coopérations publiques.

Cependant, le système des ONG trouve rapidement une limite fondamentale basée sur le fait que leur aide est destinée « aux plus pauvres » : « aider les plus pauvres, toucher les populations les plus démunies » sont des expressions qui se trouvent dans la majorité de leurs documents de projets. Mais, quand les plus pauvres deviennent moins pauvres et progressent vers leur développement, l’intérêt des ONG diminue. C’est à dire que passer le stade des équipements de base nécessaires à l’autosubsistance, quand il s’agit de créer ou de générer des dynamiques de développement, les ONG qui ont contribué à cette première étape sont de moins en moins présentes.

L’action des ONG, très importante, doit donc être prise en considération, mais analysée avec précaution. Le rôle du développeur sera d’essayer de les rassembler dans des réseaux afin de passer d’une logique d’action individuelle à une logique d’action collective, non plus au service de la « charité », mais plutôt de l’organisation des hommes dans un processus cohérent d’autonomisation et de développement.

Il est à souligner par ailleurs que ce pouvoir associatif s’appuyant souvent sur des organisations reconnues sur le plan national a une représentation dans les instances consultatives du pouvoir central, par ses élus au Conseil économique et social. Le secteur associatif incarne l’existence de services privés par rapport aux services publics et ses avis pèsent sur les orientations des politiques sociales et économiques.

 

Ainsi,  quand la gestion politique est stable, la politique municipale d’animation du mouvement associatif est conçue en fonction des intérêts et des besoins des services de développement communal.

En cas d’alternance, chacun des partis politiques s’appuie sur les associations qui lui sont favorables ; ce qui leur permet d’assurer la permanence et le contrôle de certaines actions, avec un financement municipal.

Il apparaît alors comme un dispositif régulateur plutôt que concurrent dans le fonctionnement des politiques locales.

B - La chefferie traditionnelle

Dans sa logique de la maîtrise des hommes et de l’espace crée un système de doublage : une superposition de deux systèmes originalement différents. Ceci ne signifie pas que leurs actions ne se conjuguent pas dans le cadre de la stabilité des systèmes politiques, puisque, les hommes politiques ont tendance à pallier l’insécurité de leur situation et à conjurer les inimitiés par le recours à des pratiques parareligieuses et magiques.

 

Il est à souligner fondamentalement que c’est précisément avec la décentralisation qu’il y a eu véritablement une valorisation de la chefferie traditionnelle : - chaque commune presque du Bénin aujourd’hui a un roi et les vodun naissent avec des consécrations sacrales du magico-sorcier à l’état pur, qui voudraient prendre le pas sur le sacré proprement dit.

Conclusion

 

La Commune en vérité dans une démocratie participative est avant tout des relations et non simplement de l’information.

Si tant est que la finalité de la gouvernance locale soit de favoriser la participation des populations dans la gestion des affaires publiques locales et la délibération collective autour des décisions engageant la vie de la cité, force est de reconnaître que les conditions actuelles liées au niveau de la décentralisation et/ou de la déconcentration du pouvoir étatique  au Bénin ne sont pas remplies d’un espace public local suscitant une véritable concertation ou une discussion franche et sérieuse, condition de possibilité de l’action collective.

C’est pourquoi dans un souci de pallier à ce vide ou de réduire cette zone d’incertitude, de méfiance résultant de l’équilibre dynamique établi par le système de démocratie représentative et évidemment de créer les conditions d’émergence d’un espace public de dialogue ou de concertation ou de participation entre la représentation politique et les citoyens à la base, il s’avère nécessaire de procéder à un recadrage qui permettra d’asseoir un système de régulation conjointe performant et de définir les bases d’une stratégie organisationnelle de communication locale en tant que dispositif de mise en œuvre de la bonne gouvernance locale.

Aussi, l’Etat  n’est-il pas fondé à rappeler aux élus locaux que les collectivités dont ils ont la charge ne sont pas des  « principautés souveraines », mais font partie intégrante des pouvoirs publics béninois, obtenant leurs ressources des mêmes contribuables ?

Constitutionnellement, l’organisation des compétences entre niveaux de collectivités n’est en rien un démembrement de souveraineté, mais un choix de bonne gestion publique, conduisant à confier une responsabilité au niveau que le législateur estime  le mieux placé pour l’exercer, y compris dans sa dimension économique.

Il n’y a donc rien de choquant, dans le principe, à ce que l’Etat donne un caractère limitatif au financement correspondant à un transfert de compétence, à condition que ce soit dans la transparence.

 

Le véritable test de succès d’un transfert de  compétence ne devrait pas être en effet la possibilité pour les collectivités de dépenser plus que l’Etat sur le même sujet, mais leur capacité à fournir un meilleur service pour un prix équivalent, voire inférieur.

Aussi est –il vrai que le système des impôts locaux souffre d’ambiguïté: archaïsme des bases, lourdeur de la gestion, pénalisation de l’activité économique, absence de lisibilité ; et il serait bon pour tous, l’Etat et les collectivités locales, de progresser dans la voie de la spécialisation des impôts par type de collectivité, pour donner à chacun une véritable responsabilité devant le citoyen.

Il faut souligner simplement que le processus de décentralisation  est soutenu par une déconcentration de même niveau initial et a donné au préfet, au niveau départemental un véritable rôle de patron des services territoriaux de l’Etat. Cependant, l’on constate un flou artistique  dans la mise en œuvre de  la décentralisation béninoise qui crée une absence de lisibilité de la politique de l’Etat et par voie de conséquence entraîne chez les préfets un malaise de plus en plus perceptible.

Il faut donc clarifier et si possible simplifier le positionnement territorial de l’Etat. L’évolution vers un approfondissement de la décentralisation  devrait naturellement conduire l’Etat à effectuer le maximum de transferts ou parfois de délégations de compétences, pour la gestion des services de proximité et les politiques d’intervention territoriale, le préfet devant néanmoins conserver des moyens d’action lui permettant  de mettre en œuvre la politique nationale, notamment pour développer la compétitivité du département et garantir la solidarité.

Ainsi, il est à noter que l’allègement du rôle de préfet avec la décentralisation a entraîné le renforcement des services territoriaux de l’Etat dans leurs actions de régulation et de contrôle qui sont la contre - partie normale de la décentralisation. On peut citer plusieurs domaines dans lesquels l’action de l’Etat est indiscutable: contrôle des permis de construire, respect de la concurrence et des règles sanitaires, application du code du travail, respect de l’environnement…etc…

Enfin, c’est au représentant de l’Etat de coordonner et souvent d’animer directement les politiques de sécurité, face à la montée des risques de tous ordres et de la demande accrue des populations.

Ainsi, il semble très difficile de procéder à une nette séparation du local et du central. Ils doivent opérer en permanence à des régulations politiques conjointes.

Références bibliographiques

-          BERNOUX (Ph), la sociologie des organisations – Initiations théoriques, paris, le seuil, 1985, 371 p

 

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-          EWALD (F), l’Etat providence, Paris, Grasset, 1987, 608p

 

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-          WEBER (M), Economie et Société, traduit de l’allemand, paris, plon, 1971, 651p

-          WEBER (M), le savant et le politique, traduit de l’allemand, paris, 1959, 185p.

 

ÉTUDE TAXONOMIQUE DES DÉTERMINANTS VARIABLES EN TRADUCTION LITTÉRAIRE

AGBOGUN Idigun Matthew

Department of languages and Linguistics, Faculty of Arts,

Delta State University, Abraka, Nigeria.

Résumé

La critique des traductions est une arme défensive de longue haleine en traductologie. La quête de catégoriser les problématiques de traduire les textes littéraires a été perçue de maintes façons et de maintes critiques. Les critères d’évaluation d’une traduction donnée dépassent les idiosyncrasies personnelles du traducteur qui ne tiennent pas compte des variations ou ressemblances que la traduction peut avoir avec l’original sur le plan sémantique, lexical et stylistique. Dans cet article, nous nous focalisons sur des problèmes variables qui dictent l’orientation de la traduction littéraire à savoir: le rôle de l’initiateur de la traduction, la vision du monde de la traduction, le rôle d’un éditeur de la traduction, le public visé de la traduction, le conflit du choix d’approches et la connaissance de l’auteur du texte de départ. Cet article voudrait discuter de ces variables et suggérer comment s’y prendre en traduction littéraire.

1. Introduction

La critique de la traduction est la science par laquelle on juge la compétence linguistique du traducteur dans la langue d’arrivée. Holmes (1998 :78) suggère que telle critique se trouve au domaine des études de traduction appliquée. New mark (1998 : 184) soutient que la critique d’une traduction donnée est le «le chaînon entre la théorie et la pratique de traduction». Étant donné que la critique est l’arme défensive de sa profession, s’adresse aux œuvres ni nouvelles ni vieilles. Certes, il considère des variables et présume normalement un rôle familier du lecteur avec les œuvres.

 

Cet essai souligne que chaque traduction est prédisposée à la critique parce que les œuvres littéraires sont conçues comme des signes et des codes. Apprendre au traducteur comment traduire les textes littéraires c’est l’entraîner à la connaissance intime des problèmes variables qu’il doit aborder non seulement de l’extérieur mais de l’intérieur. Cette connaissance lui permettra d’avoir accès au message du texte de départ, les problèmes visibles et invisibles et comment il veut les résoudre.

 

La traduction dépasse «comprendre» le texte de départ, des théories en jeu ainsi que l’application des procédés techniques nécessaires à la traduction. Même si le traducteur a le savoir-faire et comment le manœuvrer, d’autres éléments variables se sont montrés peu disposés à en parler. Dans cette logique, Fayolle (1978 : 164) maintient qu’un document écrit est «un objet de connaissance qui doit être étudié avec des procédés d’investigation rationnelle et surtout avec sérieux et conscience». Cela s’explique en partie par le fait que la traduction exige beaucoup de travaux, de concentration et la présence d’esprit.

 

Dans cet article, nous examinons jusqu’à quel point le rôle de l’initiateur de la traduction, la vision du monde de la traduction, le rôle d’un éditeur de la traduction, le public visé de la traduction, le conflit de choix d’approches et la connaissance de l’auteur ont pu dresser cette taxinomie des problèmes variables qui constituent un élément essentiel pour le traducteur.

 

2. L’initiateur de la traduction à l’égard de la fonction de la traduction

Les arguments selon lesquels les raisons pour la traduction des textes littéraires sont indépendantes des raisons de la création du texte original jouissent d’un statut universel en discours traductionnels. Les arguments sont consacrés aux faits que les textes littéraires présentent des traits caractéristiques. Le statut qu’une traduction aura dans la langue réceptrice à l’égard de l’initiateur de la traduction posera des problèmes au traducteur. A ce stade, on ne cherche plus à perpétuer des postulats sur la nature de la langue ou de la connaissance conceptuelle, mais plutôt à mieux comprendre les différents types de traduction qui conservent une relation différente avec l’original sur les plans de la forme, de la fonction du texte et des formes déviantes.

 

On constate aussi qu’il y a des traductions qui conservent la forme du texte de départ dont il est impossible de retrouver, dans la culture réceptrice, des formes qui ressemblent à celles de l’originale. Dans ce cas, le texte de départ et le texte d’arrivée auront en commun la même fonction dans les deux cultures et le rôle de l’initiateur de telle traduction aura aussi des conséquences universelles sur la traduction. Par exemple, la fonction d’une traduction déléguée par l’éditeur ayant le but de créer un nouveau public de lecteurs doit s’ancrer sur le texte de départ. En tant qu’initiateur de la traduction, le traducteur peut aussi déléguer sa traduction à ce destinataire sans avoir la même fonction comme celle du texte de départ.

 

L’initiateur de la traduction fait partie du groupe des lecteurs ou de ses représentants pour qui la traduction aurait une affiliation linguistique et culturelle qui reflète la fonction du texte original ou aurait une fonction différente. Par conséquence, le lecteur est au courant du texte original qu’il veut lire mais ne peut pas le lire sans le traduire. Examinant les fonctions de la traduction à la lumière de son initiateur, Roberts (1992 : 8) expose sept paramètres qui servent à définir les fonctions de la traduction de textes littéraires :

  • La présentation du contexte thématique est une fonction dominante de la plupart des traductions des textes littéraires célèbres ;
  • Ensuite, la présentation du point de vue du style de l’auteur a été considérée nécessaire comme une raison plausible de la traduction de beaucoup de textes littéraires ;
  • Puis, l’introduction du public récepteur aux nouveaux éléments culturels, est sans doute, une des caractéristiques de la réalisation des textes littéraires.
  • En outre, l’introduction de nouvelles formes au texte de départ par l’entremise de traduction est bien enregistrée dans l’histoire des textes littéraires ;
  • L’introduction de nouveaux éléments aux formes linguistiques du message original dans la langue d’arrivée. Dans la plupart du temps, elle a des conséquences permanentes de toutes sortes en traduction. Ceci aboutit toujours au « loan word/l’emprunt» et « loan translation/le calque » ;
  • Toutes les traductions sont projetées à aider les lecteurs à surmonter les obstacles linguistiques mais quelques unes servent spécifiquement à pénétrer le texte de départ au moyen de la traduction interlinéaire.
  • Finalement, bien que la fonction de toute traduction est d’attirer l’attention des lecteurs du texte original, la plupart d’entre eux intègrent la traduction au poly-système du texte de départ. Autrement dit, le premier but assigné à une telle traduction, c’est l’acceptabilité de l’exercice sur le plan des normes du système de la langue d’arrivée.

 

Comment achevons-nous ces fonctions en traduction littéraire étant donné qu’à l’intérieur de la production littéraire, chaque genre littéraire ― la poésie, le théâtre et le roman exige de l’écrivain des compétences et des attitudes différentielles. Alors si la communication expressive inflige une grande responsabilité à l’écrivain, il en fait doublement au traducteur. Avant tout, c’est le genre du texte à traduire et l’ensemble de la nature du texte qui dicte l’attitude, l’orientation et la fonction de la traduction dans l’élaboration du texte d’arrivée.

 

3. La vision des critiques par rapport aux sens de la traduction

Toutes définitions portées sur la notion de traduction sont insérées dans la vision de chaque traductologue. Pour mieux tenter la problématique du choix d’une définition donnée à l’égard du texte traduit, nous examinons seulement trois différentes définitions qui influencent le produit fini (le message) et le travail du traducteur. D’abord, il y a la définition constative de Catford (1965 : 20) qui qualifie une traduction comme «the replacement of textual material in one language (source language) by equivalent textual material in another language»1 (le remplacement du matériel textuel dans une langue (langue source) par le matériel textuel équivalent dans l’autre langue). Cette définition est vraiment incontestable mais notre critique se porte sur la manière dont Catford l’a classifiée. Selon lui, toute traduction est partielle et complète.

La traduction complète exige du talent, de la part du traducteur, pour remplacer toutes parties de la langue source par le matériel textuel de la langue d’arrivée. En d’autres termes, la traduction partielle est celle qui permet au traducteur de laisser des parties du texte de départ intraduisibles. Ces parties du texte que le traducteur laisse intraduisibles peuvent être transférées ou incorporées dans le texte d’arrivée.

Vinay et Darbelnet (1977 : 7) expliquent encore ce qu’est la traduction:

« La traduction est l’opération qui consiste à faire passer d’une langue dans une autre tous les éléments de sens d’un passage et rien que ces éléments, en s’assurant qu’ils conservent dans la langue d’arrivée leur tonalité, et en tenant compte des différences que présentent entre elles les cultures auxquelles correspondent respectivement la langue de départ et la langue d’arrivée ».

Cette définition a toujours un aspect discutable;  elle sacrifice les significations linguistiques de la langue source aux différences culturelles qui caractérisent les langues surtout, à l’égard des modes d’expressions qui caractérisent chaque langue. La traduction qui tient sa signification linguistique de la langue source d’après Chima (2004 : 56), «néglige les différences culturelles qui structurent deux langues différentes et déterminent leur mode d’intelligibilité».

 

Chez Nida et Taber  (1982:12 ):

« La traduction consiste à produire dans la langue d’arrivée, l’équivalent naturel le plus proche du message de la langue de départ, d’abord quant à la signification, puis quant au style ».

La définition de Taber reprend ce qui constitue l’esprit et la lettre.

Toutes les définitions de la traduction proposées ci-dessous, possèdent en commun des éléments habituels; elles consistent à ré-exprimer, dans la langue d’arrivée, un message préalablement énoncé dans la langue de départ, soit par la forme verbale, soit par la forme nominale.

Cependant, la nature variante des définitions sont susceptibles de provoquer une multiplicité de sens et de critiques dans la traduction littéraire. Alors «la vision du monde» que le traducteur apporte aux exercices de sa profession et celle du critique sont vraiment des sources capitales de critique à l’égard des modifications, des modulations et des imprécisions toujours constatées dans la critique des textes littéraires par rapport au sens du texte de départ et du texte d’arrivée.

Par exemple, la définition de Nida et Taber qui porte sur la recherche d’équivalence, un concept glissant en traduction littéraire, peut se comparer à une épée à double tranchant parce que ce que l’on conçoit équivalent dans une culture donnée attirerait la critique des critiques alors que d’autres peuvent tirer le rideau sur la traduction. La controverse se résume sur les nombreuses questions que pose Akakuru (2006 : 128):

« On voit combien des controverses endiguent la notion de l’équivalence : outil conceptuel, réalité à priori ou à posteriori? Concept circulaire utile pour la compréhension du phénomène traductionnel axé sur une certaine notion de fidélité, elle aussi, contestable, voire contestée? »

 

 

4. Le conflit de choix d’approches

La critique constamment portée sur le choix d’approches adopté par le traducteur des textes littéraires est aussi la préoccupation de cet article. Newmark (1981 : 38-56) met en lumière deux approches fondamentales en traduction littéraire: l’approche sémantique et l’approche communicative. La traduction sémantique tente seulement de récréer le ton, la flaveur et la fidélité du texte de départ au public visé et rien d’autre. Dans ce processus, le texte de départ est jugé sacré non qu’il soit plus important que le contenu, mais parce que la forme et le contenu sont inséparables. En ce qui concerne la traduction communicative, le traducteur essaie de traduire, aussi proche que possible, le message du texte de départ au public visé.

Les deux dispositions ne s’accordent pas voyant que l’une se trouve parallèle à l’autre à  cause de ce que Tonukari et Agbogun (2007 : 33) surnomment le «quasi mariage des langues». Voilà le point du conflit entre les deux approches résumés par Newmark (op cit) dans la traduction du sonnet numéro XVIII de Shakespeare. Il est en désaccord avec la vue  que «Shall I compare thee to a summer’s day?»  ne pas être traduire sémantiquement au langage d’un pays où l’été est désagréable. Selon lui, le lecteur du poème qui traduit sémantiquement pourrait être frappé par le sens de la beauté de l’été anglais pour être sensibilisé à la culture anglaise. La traduction communicative du même poème en langage du Moyen-Orient, par exemple, aura besoin d’une autre série d’images pour le traduire; et de cette façon, la traduction pourrait se heurter au génie du poème de départ. L’exemple donné par Newmark témoigne de l’explication des critiques portées sur l’approche adoptée par les traducteurs des œuvres littéraires africaines en disant clairement comment  l’approche sémantique se donne priorité sur celle de communication. Quelque part, le théoricien complique l’argument du choix en tant qu’un élément variable en traductologie en disant que «it may be objected that communicative translation should always be semantic and that semantic translation should always be communicative. I do not think it is possible»2 (Il pourrait être désapprouvé que la traduction communicative devrait toujours sémantique et la traduction sémantique devrait toujours communicative. Je ne pense pas qu’il est possible).

 

6. La public visé d’une traduction

Le public d’une traduction est aussi classifié au domaine d’éléments variables dans la traduction des textes littéraires. Le traducteur n’est pas un destinataire normal. Et, on ne peut pas le qualifier de destinataire car le texte ne lui est jamais adressé. Pour illustrer ce point, signalons que les indications scéniques approvisionnées aux personnages par le dramaturge dans une pièce de théâtre lui sont propres. Personne ne peut s’assurer que les éléments sont en abondance dans la culture d’arrivée et leur indisponibilité peuvent influencer la traduction et sa représentation en scène et par conséquent provoque la critique de la traduction.

Il existe aussi un autre aspect du problème du destinataire. Prenons le cas où une maison de radio voudrait entreprendre de  propager une scène de la pièce de théâtre du public anglais (pièce de départ) au public français (pièce d’arrivée). L’émission peut viser son propre destinataire sans considérer le public global. Parfois, le sens transmis peut s’équivaloir socialement, culturellement à celui de la pièce originale et parfois totalement différente. Le parallélisme du sens est ainsi  impossible. Pour que le traducteur apprécie le sens de la pièce d’arrivée, on prévoit qu’il aura souvent la contrainte d’employer des termes recherchés, des tournures simples et même des circonlocutions d’idées fonctionnalisées au grand public qui constituent un vraie problème pour la majorité des lecteurs qui manquent de culture générale et les d’expériences universelles.

 

 

7. La connaissance de l’auteur

Analysons un élément variable courant dans la traduction des textes littéraires africains. Il est primordial que le traducteur connaisse bien l’auteur du texte de départ qu’il traduit. Le traducteur qui détient des informations sur l’arrière-plan historique de l’auteur comportant son origine, son idéologie, sa profession et sa vie sera mieux placé pour comprendre les nuances, les sous-entendus, les allusions et la mentalité de l’auteur qui pourrait l’aider dans l’interprétation du vouloir dire du texte de départ. Delisle (1984 : 24) soutenant ce point de vue affirme dans ces mots:

« Sans cette connaissance, des allusions, des sous-entendus ou l’ironie se cachant sous les mots risquent d’échapper au traducteur. (…). Il faut faire passer en langue d’arrivée non seulement ce qui est dit, mais aussi ce qui n’est pas suggéré ».

Lorsque le traducteur ne dispose pas de ces connaissances, pour comprendre le sens du texte de départ, la traduction subi des critiques.

 

8. Conclusion et synthèse

Il convient de mettre en exergue qu’outre les éléments variables qui évoquent le vieil adage italien «Traducttore traditore» (traducteur traître), il existe néanmoins de nombreux éléments invariables qui caractérisent la critique d’une traduction littéraire. Etant donné que la critique fait partie intégrante de toutes traductions. Les éléments variables en matière de traduction à beaucoup de priorités sur la critique de la  traduction littéraire plus que d’autres paramètres. Le public à qui la traduction s’adresse, selon Udung (2009: 79) «devrait comprendre le message de la même manière que celui qui a lu le texte de départ, même si les moyens utilisés sont différents».

 

Ajoutant une autre dimension positive au mythe du rôle du traducteur de la traduction littéraire, nous apprécions le traducteur dans les mots de Stratford (1978 :10). Selon lui:

The translator […] is by necessity a man of divided allegiances neither flesh nor fowl, a lonely, shadowy character, mistrusted by everyone. And probably envied a little in a certain way, too, for, more positively, he stands for freedom, risk, excitement and adventure. […] The chief difference between the translator and the common smuggler is that the former is not only an expert in transporting goods across a frontier, not only a jobber, but also a connoisseur of his product.

A l’intérieur de la production littéraire, chaque genre littéraire réclame de l’écrivain des compétences et des attitudes différentielles. Si la communication expressive inflige une grande responsabilité à l’écrivain, il en fait doublement au traducteur.

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CATFORD, J. C. ([1965]1980), A Linguistic Theory of Translation: An Essay in Applied Linguistics, London: Oxford University Press.

CHIMA, D. C. (2004), «Textes littéraires africains et impératifs traductionnels: cas d’une Traduction intégrale en anglais de Le Lieutenant de Kouta de Massa Makan            Diabole». Thèse de doctorat (inédite) Remise au Département des langues vivantes et littératures, université de Port-Harcourt, Port-Harcourt.

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POUR UNE THEORIE DU ROMAN DE CONFLIT EN LITTERATURE AFRICAIN

TONUKARI Ufuoma Emmanuel

Department of Languages & Linguistics,

Faculty of Arts,

Delta State University, Abraka,

Delta State, NIGERIA

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Résumé

Le roman est l’un des genres le plus étudié dans la littérature africaine contemporaine. Les thématiques qui y sont abordées reflètent les réalités quotidiennes des Africains. L’analyse de ce genre exige l’application d’une théorie. Les œuvres qui ont servi de corpus d’analyse ont pour thème le conflit interethnique. La théorie sociologique est celle qui a servi à leur analyse.

 

Introduction

Le conflit est inhérent à la nature humaine. Le conflit interethnique aboutit très souvent à une guerre clanique ou ethnique. Dans quelques romans africains, cette situation de conflit est visible. Cependant, pour analyser cette situation en littérature, il faut une théorie littéraire. Dans ce travail, nous analysons les nuances qui entourent la théorie (ou critique) littéraire appliquée au roman africain. Nous procédons à une clarification conceptuelle en insistant sur la distinction entre théorie et critique. Nous analysons ensuite l’application de la théorie à la littérature africaine en insistant sur les caractéristiques générales du roman.

Clarification conceptuelle

Le fait de critiquer une œuvre dans n’importe quelle discipline n’est pas nouveau. Cela  existe bel et bien dans le domaine de la littérature ainsi que dans d’autres métiers. La critique doit d’abord avoir une connaissance approfondie de ce qu’il critique, et ce que dit la critique sur l’œuvre ou le travail dépend aussi, en grande partie de l’approche qu’il adopte. La critique, n’est pas le fait de chercher des fautes. C’est plutôt une analyse l’interprétation et l’évaluation d’une œuvre. C’est une activité académique qui exprime le point de vue du lecteur.

Dans une manière générale, on souligne d’abord le thème principal en indiquant son évolution  dans l’œuvre par rapport aux autres thèmes. Il suffit de noter que les thèmes (surtout dans le roman) ont recours à la réalité, c’est-à-dire une expression des faits dans la société – soit les évènements, soit les pensées. Dans ce cas, un regard critique est nécessaire pour relever des expériences communes, au niveau du sentiment, des idées, des environnants, etc. à l’égard de la réalité.

Dans le commentaire, le critique pourrait s’intéresser à une succession des idées chez l’auteur  quels sont les choix des mots de l’auteur et comment les emploie t-il  dans des phrases ? Quel est l’utilité du  thème introduit par l’auteur ? Quel rôle joue tel personnage ? Pourquoi décrit-il le lieu et pourquoi le détail sur tel personnage ou tel lieu. Autant de  questions qu’aborde la critique. La critique s’opère  selon un angle bien choisi. Cela rend la littérature à la fois difficile mais aussi intéressante. Intéressante en ce sens qu’il y a toujours des spéculations et des arguments infinis à travers les critiques. Chacun veut suggérer la meilleure manière d’interpréter et d’évaluer une œuvre. Dans cette étape, on constate que la critique n’est plus subjective parce que les contextes culturel et social étudiés le lecteur l’influence.

La théorie dans ce contexte est un ensemble d’idées  ″méthodique″ employé pour l’analyse pratique de l’étude de la littérature. Un concept qui figure dans d’autre discipline comme l’indique John Lye  (1993 :98).

«Literary theory is part of a wide spread movement in the occasioning similar disputes in some, a movement which textuality and interpretation».

En parlant de la théorie, on note parfois une confusion des deux concepts (la critique et la théorie). Il faut noter que l’un (théorie) est produit de l’autre (la critique) comme l’atteste Murray Krieger  (1976 :3-4) qui cherche à résoudre cette distinction étroite entre les deux :

«We bigin, as teaders, with the literary work, the results in the individual work of criticism, and, in time, the grows into our literary theory».

Le thème, théorie littéraire, se réfère parfois à la  théorie critique. L’une des théories littéraires est le structuralisme. ou on regarde la langue et la relation entre elle dans une œuvre donnée pour le fait esthétique. Parmi les précurseurs de cette théorie, nous avons : Claude Levi-Strauss, Taveran Todorov, Gerard Genette et Roland Barthes. On a affaire à la Déconstruction. C’est l’une des approches qu’on dirait post-structuraliste proposée par Jacques Derrida. Selon lui, le code écrit est plus important que le code oral. Il a une préférence à l’écriture (graphocentrisme) qu’à l’oral (phonocentrisme). Cela l’amène à ce qu’il appelle la grammatologie : un des signes écrits. Cela s’explique dans ses œuvres : De la grammatologie, l’Ecriture fait la différence et la voie et le Phonème. Dans ces ouvrages, il prétend qu’il n’y a pas de centre, en effet, il faut désorganiser le centre pour que le fait du criticisme devienne un jeu libre. Cela sera possible puisque le mot se réfère à un autre et seulement à travers les différences qui nous rendent un sens. C’est ce qu’il exprime à travers la phrase ‘’pas de sens en dehors du texte’’.

Il y a la critique psychanalyse basée sur le sentiment en soi qui pousse l’individu à régir suivant  un contexte. La critique sociologique vise la réaction de l’individu l’effet de la société et la condition dans laquelle il se trouve. La critique féministe s’oppose à la question du genre et de génotype. La femme exprime ses sentiments qui sont singulièrement féminins. La critique marxiste de la lutte des classes  comme dans la philosophie marxiste. De qui écrit l’auteur ? C’est pour une classe ou pas ? Comment présente-t-il les femmes, sont-elles inférieures ou pas ?.

La critique phénoménologue. Dans cette approche, l’accent est mis sur la biographie de l’auteur que sur le lien qui existe entre celle-ci et son œuvre. L’initiateur est le philosophe Husserl.

 

Théorie Littéraire et la Littérature Africaine

La critique est importante dans le développement des études littéraires. Après avoir analysé la théorie littéraire du point de vue général, nous verrons comment cela est applicable dans le contexte africain. Un regard sur la littérature du XXè siècle, on note que l’accent est mis sur la transformation culturelle africaine et la vie sociale. Plusieurs écrivains, dans leurs œuvres mettent en relief cette situation en se servant de la langue du colonisateur (comme le français et l’anglais). Cependant, la littérature orale africaine précède l’arrivée des Européens.

La littérature africaine se répartit entre deux catégories : les œuvres écrites dans les langues européennes, et la littérature orale. La dernière se fait naturellement en langue africaine et on la considère comme la plus complète et la plus importante. Elle est pratiquée depuis des siècles et elles sont transmises fidèlement par des générations de griots et d’anciens dont les mémoires ne sont rien d’autre que les archives même de la société. On constate que la littérature africaine est créatrice. C’est un art qui met à jour la civilisation africaine comme atteste Lilyan Kesteloot  (1992).

Lilyan Kesteloot (1992 :5) est bien précise dans son analyse des éléments de la culture (1992 :5) « l’écho des voix noires qui rendent à l’Afrique sa tribu de culture chants, danses, masques, proses, poèmes, pièces de théâtre ». L’écho qui se fait dans des langues différentes pose un grand problème pour déterminer la voie de développement de la littérature africaine comme prétend Charles Angmor (1987 :180) « one is compelled to ask, what kind of literary traduction are African creating ? It is a question of critical theory ». Pour parler d’une théorie littéraire chez les Africains, il faut avoir à l’esprit que la littérature africaine (écrite) apparaît avec le contact entre les Européens et les Africains. La littérature africaine est destinée au monde occidental et aux Africains qui ont une forte influence occidentale. Pour formuler une théorie littérale africaine, il faut tenir compte de l’influence occidentale. Charles Angemor -1987 :180) en citant D. S. Izevbaye.

Al though it is usual to regard the act of criticism as inferior acknowledged the importance of criticism in the formation literary tradition was recognized by African critics, as may the debate about setting up African standards of criticism tradition (1971:25).

L’une des théories les plus employées par les critiques africains, est l’approche sociologique. On relie étroitement les affaires des écrivains africains  au fait du colonialisme. Du point de vue historique, nous constatons qu’à partir de XXè siècle, les Africains, en tenant compte de ce que quelque écrivains non africains ont écrit sur l’Afrique, commencent à revendiquer leur droit, à propos de leur culture défigurée afin d’affirmer leur dignité. C’était un grand défi pour les écrivains. Dans  leurs œuvres, ils critiquent les injustices et la situation de l’homme noir, ils contestent la colonisation, le racisme, la question de la ségrégation raciale, la discrimination et l’exploitation à l’instar des adhérents du mouvement de la Négritude qui se servaient des poèmes. Cette contestation ainsi que la quête de l’identité culturelle continue même après le départ des Blancs de l’Afrique. La littérature de nos jours, met encore l’accent sur l’identité culturelle.

 

Concept et Structure du Roman

Le mot roman est un genre littéraire écrit en prose. Il est une histoire fictive. Le roman est une sorte d’expression de la société comme on remarque dans les romans africains. Le roman africain peut bien s’analyser grâce à la théorie sociologique ou le protagoniste ne répond qu’aux forces de la société. Les caractéristiques d’un roman nous exposent comment cela s’achève.

Il existe plusieurs type de romans. On a les romans policiers, aventures, mémoire, esthétiques, scientifiques. En général, le roman se constitue de l’intrigue, des personnages et du décor.

Parlant de l’intrigue, on peut distinguer entre l’histoire et l’intrigue. L’histoire est relative l’étape prise par l’auteur, alors que l’intrigue ne concerne qu’un épisode ou un incident. Normalement, il y a une sorte de cohérence entre l’intrigue  et le mouvement qui aboutit à une action qui est le résultat d’une tension. Voilà  pourquoi on dirait que l’intrigue suggère le conflit soit le héros centre la nature, le héros centre les autres hommes ou le héros se centre lui-même. Par conflit, on parle de l’opposition des deux forces un peu égales. Mais cela n’est pas toujours le cas parce que quelque temps où il n’y a pas d’opposition on remarque l’effet d’action et de réaction ; c’est le cas du roman d’aventure ou de chasse. C’est ce qu’on appelle intrigue unidirectionnelle ou linéaire.

Le roman doit avoir le début et le dénouement et entre les deux se trouve la tension (intrigue) par laquelle l’écrivain arrive à la proposition ou à la question posée au début. Cela ne veut pas dire que le début doit être le commencement du roman. Cela peut se trouver au milieu ou à la fin, cela dépend de l’auteur. L’action se présente dans le roman tantôt comme le drame (méthode directe), comme une mise en scène ou comme un récit scénique. Très souvent, le roman ne consiste qu’une intrigue principale mais aussi des autres intrigues qui aident à faire ressortir le fait de l’intrigue.

Les personnages agissent dans le roman.  Ils sont vecteurs des effets de tensions, des actions et des réactions. Le nom d’un personnage peut-être allégorique, c’est-à-dire que l’individuelle qui porte le nom peut avoir une allusion littéraire ou biblique. Le personnage principal dans le roman est le héros ou le protagoniste. Il est omniscient. Dans les autobiographiques, l’écrivain emploie la première personne du singulier – je, Dans ce cas, on constate qu’il y a une duplicité, on ne peut pas établir la vérité, il y a la subjectivité chez l’auteur, la perspective est très étroite. Mais l’avantage est qu’il n’y a pas de distance entre l’auteur et le lecteur parce que la communication est directe puisqu’il écrit comme il parle.

L’ambiance ou l’environnement contribue au développement du roman, ce qu’on appelle le décor. Le déplacement d’un endroit à l’autre et les effets peuvent attribuer à l’environnement qui sera responsable du conflit du héros.

 

Le roman de conflit

On ne peut nier que l’Afrique d’aujourd’hui est associée au conflit ethnique qui empêche, en grande partie, le développement du continent. Parmi tous les continents, on considère l’Afrique comme le plus dévasté (Scherrer 1997 :17). Ce conflit actuel qui parait toujours à la une de l’actualité et qui nous vient toujours à l’esprit, ne manque pas d’attirer l’attention des écrivains. Les romans africains ont le conflit interethnique ou intra ethnique comme leurs intrigues principales. Le conflit comme un sujet majeur figure aussi dans les domaines psychologique, sociologique, politique et anthropologique  (Sills, 1968 :230). Par conflit, nous entendons une lutte, un antagonisme, une situation capable de diviser des gens, ou d’y a opposition soit mutuelle soit morale (Robert, 1977 :890).

Le but du système social est d’être d’abord et avant tout un réseau de relations individuelles et d’intergroupes. Autrement dit, dans le système social, on considère l’action des gens sous l’angle spécifique de leur mise en rapport avec les autres. Dans cette perspective, on note tout de suite que les gens du système social ne sont pas seulement des personnes individuelles, mais ce sont aussi des groupes, des collectivités, comme par exemple un village, une région, une classe sociale, une ethnie. Ceci est bien expliqué par Patrick Merrand (1997 :165à) qui avance

« La famille africaine est définie par l’ensemble des descendants d’un ancêtre. Quand cette descendance devient trop nombreuse, une branche se détache pour constituer un nouveau noyau familial. L’ensemble de ces branches constituent le clan. Un ensemble de clans forme une ethnie dont le point commun n’est plus l’ancêtre mais la langue ».

Ceci est l’enjeu ou l’idée maîtresse du roman Allah n’est pas obligé…. D’Ahmadou Kourouma. L’auteur, met en scène la guerre ethnique qui bouleverse non seulement le  Libéria mais aussi La Sierra Leone comme on le voit à travers les yeux du narrateur, Birahima qui est aussi le personnage principal dans le roman il ne fait que réagir aux exigences de la situation où il se trouve au cours de sa recherche pour sa tante. Voilà sa description du Libéria, ″il y avait au Libéria quatre bandits de grand chemin. Doe, Taylor, Johnson, El Hadji Koroma et d’autres fretins de petits bandits″ (Kourouma 2000 :51). A cause du conflit qui a une tune ethnique, les gens préfèrent rester dans leur région linguistique. Prenons par exemple « des Gyos les ennemis héréditaires des Gios et des Krhans, quand un Krhan ou un Guere arrivait à Zorzor, on le torturait avant de le tuer parce que c’est la loi des guerres tribales qui veut ça » (Kourouma 2000 :73). Ce désordre au Libéria qui a causé l’ethnicisme, se voit encore par Birahima en Sierra Leone parmi le démocrate Kabbah, et  des bandits Foday Sankoh et Jonny Koroma. La conséquence est toujours la guerre tribale.

Dans le roman l’Etonnante enfance d’Inotan par Anthony Baikolo (1980), on remarque aussi le conflit qui oppose les Itsekiri aux Urhobo et qui se termine par la présence inattendue d’Inotan devant les guerriers Itsekiri. Mais  cette version est révélatrice du souci de l’auteur de dégager la responsabilité des deux camps.

Dans le roman, les relations interethniques concernent deux groupes principaux : l’Isekiris et les Urhobo. Le conflit qui les oppose entre eux se termine par la violence sous la forme des maisons brûlées, mort de gens d’une manière terrible, la peur, etc. Tout ceci est remarquable dans la ville de Warri.dans l’analyse sociologique des relations interethniques du roman, on constate l’état des relations ethniques dans la ville de Warri. A plusieurs reprises, on constate, à travers les personnages, la méfiance et menace entre les deux tribus. (les Itsekiri et les Urhobos). Ceci est une chose qui dépasse l’entendement d’Anijula qui est habitué à la vie villageoise.

« Ça m’étonne toujours que les gens veuillent se tuer au lieu de régler leurs problèmes pacifiquement. Pourquoi les Urhobos et les Itskiri ne peuvent-ils pas réunir les hommes et les femmes sages des deux ethnies pour résoudre leur contentieux ». (Biakolo, 1980 :57).

La crise entre eux est destructrice parce qu’elle provoque la perte de vie et des biens de valeur au moment la violence se présente. C’est plus remarquable dans Soundjata (1960) écrit par Djibril Tamar Niane où après la guerre meurtrière entre le protagoniste, Soundjata et Soumaoro, le vainqueur Soundjata anéantit la ville de Sosso.

« Soundjata donna l’ordre d’en acheva la destruction, on mit le feu aux dernières maisons, les prisonniers furent employés à la destruction des murailles. Ainsi comme le voulait Djata, Sosso fut détruite jusque dans ses fondements ». (Djibril, 1960 :125-126).

Même si l’histoire de Soundjata s’illustra au XIII siècle, en transformant le modeste royaume du Mali en un empire qui couvrait une grande partie de l’Afrique occidentale, le roman aussi reflète la vie des Africains à un moment donné et il ne cache pas cette situation de conflit qui constitue des intrigues du roman.

 

 

Conclusion

Cette analyse de la théorie littéraire du roman de conflit en littérature africaine nous a permis de cerner l’ampleur du concept de la théorie qui aide le critique à traiter un thème La théorie est importante dans le développement de la littérature comme l’affirme Angmore (1987 :191).

Critical theory is relevant in the development of a wholesome literary tradition, and that, considering the circumstances of the growth of modern African writing, the establishment of critical theory pertinent to the African world and experiences is essential and urgent.

Quelques écrivains africains ont mis en relief conflit entre les gens qui ont des vues différentes dans leurs œuvres. La  sagesse des leaders des tribus sera un instrument efficace dans la résolution du conflit.

En effet, il faut la tolérance.  En considérant la situation socio-économique de l’Afrique ou la pauvreté règne, l’analyse du conflit reste d’actualité dans la littérature africaine.

 

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Sembène, O. (1960) : Les bouts de bois de Dieu,

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The Free Press.

 

Simels, G. (1955) : Conflict and the Web of Groups –

Affiliations, New York : The Free Press.

 

LANGUES ET POLITIQUES LINGUISTIQUES

EN REPUBLIQUE DU BENIN

Prince Théophile G. KODJO SONOU

Département de Français,

institut Universitaire Panafricain,

01 BP 3950, Porto – Novo, Bénin

Résumé

Le Bénin connaît depuis bientôt deux décennies une mutation problématique face à l’enseignement des langues béninoises et leur introduction dans le système éducatif formel.  Depuis son indépendance le 1er Août 1960, aucune langue nationale du pays n’est enseignée à l’école de façon formelle. Donc, les béninois ont des langues qui au 21e siècle,  sont encore à l’étape orale, c'est-à-dire non écrites. Ce fait s’explique par une manque de volonté politique et surtout à cause des problèmes financiers semble-t-il qui se posent à cette  nation. Les politiques successives de renforcement de la langue française au détriment des langues nationales constituent des obstacles importants qu’il faut surmonter par la recherche des solutions idoines. Les béninois aiment-ils peut-être la langue française plus que leurs propres langues ?

Notre article vise a analysé la problématique de la situation en ce qui concerne les politiques de langues en République du Bénin aux fins de dégager des propositions utiles pour l’avenir.

 

Abstract

Benin is facing about two decades ago a lot of problems patterning to the national languages education / learning particularly the formal introduction of Beninese languages into the national education system. After its independence on the 1st august 1960, none of the national languages of Republic of Benin have been really introduced into the formal educational system. Therefore, in Republic of Benin, must of the languages are still at the oral level i.e. not written in the 21st century. So, these languages are not formally used to transmit knowledge. This could be explained by the lack of political will and also may be financial problems. It has been observed that the Republic of Benin languages policies have reinforced the learning of French language to the detriment of the national languages. And this is a great problem to which they must be concrete solutions. Our article aims at analyzing the problematic of peoples, languages and languages policies in Republic of Benin as to make for the future useful suggestions

Introduction

Parmi les soixante quatre (64) langues nationales, selon le Ministère de l’Alphabétisation et de la Promotion des Langues Nationales en septembre 2008, la langue française occupe une place de choix dans l’enseignement primaire, secondaire et supérieur en République du Bénin. Il va sans dire qu’aucun effort réel d’apprentissage de l’écriture des langues nationales du Bénin n’a été fait quant à la connaissance scientifique des classes.

De 1960 à nos jours, le coût de la production des documents didactiques a souvent été évoqué comme difficultés majeures qui empêche la mise en œuvre de la noble ambition, les bailleurs de fonds sont souvent réticents pour les projets entrant dans le financement de la promotion des langues nationales.  Mais la question que nous nous posons est de savoir si « les Béninois, ex-Dahoméens ont besoin nécessairement des fonds extérieurs pour faire la promotion de leurs langues et de l’introduction officielle de celles-ci dans l’enseignement formel? ». La réponse à cette question est difficile à trouver car après  51 ans d’indépendance, (1960-2011), les Béninois n’ont pas réussi, à introduire l’enseignement de leurs langues nationales à l’école.

Mais est-ce-que la colonisation française d’assimilation « The Direct Rule » qui a duré 77ans (1883-1960), ne s’est elle pas farouchement opposée à l’enseignement de nos langues, à l’école quand on connaît les sanctions auparavant liées à l’usage de ces langues à l’école par les écoliers voire les élèves ?

L’introduction formelle à l’école des langues comme le wolof, le fulfulde, le yoruba, le hausa, le igbo; le kinyarwanda etc, constituent une preuve que ces langues sont effectivement étudiées dans certains pays d’Afrique. Alors pourquoi pas au Bénin ?

En République du Bénin, si l’enseignement des langues nationales n’est pas encore effectif, l’enseignement du français, première langue de travail et de l’anglais, la langue seconde du pays sont sans équivoques des langues enseignées dans les écoles.

C’est au vu de tous ces problèmes, que nous nous sommes donné le devoir d’apporter notre contribution à la recherche des solutions idoines pour l’introduction  et l’enseignement des langues nationales dans le système éducatif béninois.

Cet article a analysé la situation des peuples et a présenté les langues et les politiques linguistiques en République du Bénin pour des propositions visant une meilleure orientation.

 

1.0..  Les langues du Benin

Si les recherches scientifiques en matière de langue ont révélé qu’il existe soixante quatre (64) langues parlées en République du Bénin à ce jour, il faut dire que  ces langues cohabitent avec la langue française qui est la langue officielle du pays. Bien que très amoureux de la langue française, le béninois est très accroché à sa langue maternelle qui est souvent une langue nationale parlée dans une localité ou région précise du pays. Et du fait de l’importance numérique des locuteurs, on peut dire que les langues béninoises ont connu une évolution. Une localité de mille habitants donc locuteurs d’une langue par exemple, il y a cinquante (50) ans, aujourd’hui cette langue a sûrement connu d’évolution en matière du développement socioculturel et économique et de facto linguistique, en raison de l’augmentation numérique des locuteurs de la langue et de l’avancée technologique.

Plus on parle une langue, plus elle est importante pour la société ou la nation. La République du Bénin ne fait pas exception en la matière. Mais cette réalité sociolinguistique a amené les gouvernants à faire des classements statutaires des langues du Bénin. Et, aujourd’hui dans certaines régions où il existe plus de dix langues, la langue véhiculaire est retenue et généralement, il y a intercompréhension entre elles.

 

1.1. Classe et statut des langues du Bénin

La langue officielle du Bénin qui est la langue française a un statut juridique de langue de communication officielle. Elle est un héritage colonial.

Du fait de la colonisation du Bénin qui a commencé après la signature du Protectorat de Porto-Novo par le Roi Toffa 1er et les colons français le 14 juillet 1883 et qui a pris fin le 1er Août 1960. Pendant cette période de  soixante dix sept (77) ans, la langue française a été imposée aux Béninois  par  les colons français.

A ce propos, DJIHOUESSI (2010 : 107) écrit  "l’alphabétisation des indigènes en français constituait une priorité pour l’administration coloniale dans le but de répandre la langue et la civilisation françaises dans toute l’Afrique  occidentale française ( A.O.F) : le français doit être imposé au plus grand nombre d’indigènes et servir de langue véhiculaire dans toute l’étendue de l’Ouest africain français. Son étude est rendue obligatoire pour les futurs chefs".

Depuis lors, la langue française est devenue la langue véhiculaire du savoir, langue de communication administrative, politique et des transactions commerciales. Elle est devenue la langue du Bénin et clairement redéfini dans la constitution béninoise du 11 Décembre 1990, en son article premier qui stipule que « la langue officielle du Bénin est le français »

La langue française est parlée par la plupart des Béninois scolarisés, soit environ vingt pourcent (20%) de la population béninoise. Passer une information en français à tous les Béninois en langue française devient une véritable gajure ; d’où l’importance de la promotion des langues nationales béninoises.

Sur les soixante quatre (64) langues du pays, six (6) ont été identifiées et promues au rang de langues à enseigner à l’école.

Les critères de ces choix selon Toussaint Y. Tchitchi, (2010) :  sont essentiellement basés sur :

- L’importance numérique de la population locutrice de   la langue ;

- La langue d’inter compréhension locale ou régionale ;

- La richesse de la langue ;

- La volonté de l‘Alphabétisation des locuteurs de la langue et la disponibilité des maîtres alphabétiseurs ;

- La disponibilité de personnes ressources devant servir de journalistes / communicateurs en langue nationale ou langue locale.

Du coup, on arrive à un classement des langues du Bénin comme suit :

 

1.1.1. Langues Minoritaires ou Langues de Petites Communications de Masse

Ce sont des langues utilisées dans une seule ou deux communes mais qui ne couvrent pas la grande partie d’un département. On peut citer :

Le gungbé, le torigbé, le dêkingbé, le wèmègbé dans le département de l’Ouémé ;

Le mahigbé,  dans le Zou ;

Le ahizogbé dans l’atlantique ;

Le Adjagbé, le Sahouègbé, le cotafon, dans le Mono, etc.

11.2. Langues Majoritaires, Langues Principales ou Langues de Grandes Communications de Masse

Ce sont des langues à travers lesquelles des communications sont passées au peuple. Elles couvrent au moins un département et permet aux habitants de cette région d’avoir accès aux informations (communiqué du gouvernement, campagnes, publicités, annonces de mariages et de décès, grognes, messages éducatifs et de distractions…) à travers les radios et  les télévisions publiques comme privées. Ces langues sont classées dans le tableau ci-dessous.

 

Départements

Chefs- lieux

Communes

Principales langues

 

 

 

1

 

 

 

Ouémé

 

 

Porto-Novo

(Capitale Administrative du Bénin)

Porto-Novo (Commune à statut particulier), Dangbo, Adjohoun, Bonou, Pobè, Kétou, Sakété, Adja-wèrè, Akpro-Missérété, Adjarra,  Avrankou, Ifangni, Aguégués

Wemegbé, Gungbé, Torigbé, Yoruba, Xwlagbé

 

2

 

Atlantique

 

Cotonou (Capitale économique du Bénin)

Cotonou (Commune à statut particulier), Ouidah, Allada, Kpomassè, Tori-Bossito, Sô-Ava, Zè,

Fongbé, Gengbé, Sétogbé, Gungbé, Torrigbé, Toffingbé.

 

 

3

 

 

Borgou

 

 

Parakou (Commune à statut particulier)

 

Parakou (commune à statut particulier), Bembereke, Kalale, N’dali, Nikki, Parakou, Perrerre, Sinende, Tchaourou

Baatonum barum, Kuande, Kéru, Dendi, Fulfuldé, Bokonya, Cenka dendicinè

 

 

4

 

 

Zou

 

 

Abomey (Ville historique du Bénin)

Abomey (Ville historique du Bénin),

Abomey, Agbanhizoun, Bohicon, Covè, Djidja, Ouinhi, Zangnanado, Zakpota, Zogbodomè,

Fongbé, Yoruba, Maxi

 

5

 

Mono

 

Lokossa

Lokossa, Athiemè, Bopa, Comè, Grand-Popo, Houeyogbé, Lokossa

Gengbé, Adjagbé

 

 

6

 

 

Atacora

 

 

Natitingou

Natitingou, Boukoumbé, Cobli, Kerou, Kouandé, Matéri, Natitingou, Pehunco, Tanguiéta, Toucoumtouna

Ditamari, Baatonum barum

 

2.  POLITIQUES DE LA PROMOTION DES LANGUES NATIONALES AU BENIN

Les politiques linguistiques béninoises n’ont pas su faire véritablement la promotion des langues de la nation béninoise. Pour l’histoire de 1960 à nos jours, on peut retenir trois périodes significatives.

 

2.1. Politique Linguistique du 1er Août 1960 au 26 Octobre 1972

C’est la période de politique linguistique inefficace et inactive des Présidents Hubert Koutoukou MAGA,  Joseph Sourou MIGAN AKPITHY, Justin Tomentin AHOMADEGBE. Pour eux, le développement et le renforcement des capacités pour la promotion de la langue française passaient avant tout.  Cette politique place la langue française au-dessus de toutes les autres langues.

On a noté pendant cette période, la mise en place de la commission nationale de linguistique qui devrait organiser l’écriture des langues et leur introduction dans le système éducatif : les langues étrangères (Portugais, Espagnol, Anglais, Allemand, Chinois, etc.) et les langues béninoises (langues nationales du Bénin).

 

2.2. Politique Linguistique du 26 Octobre 1972 au 11 Décembre 1990

La révolution  du 26 Octobre 1972 et son discours programme ont donné un souffle à la promotion des langues nationales au Bénin. Un ministère de l’alphabétisation a été créé et l’alphabétisation (savoir lire et écrire dans sa langue) était presque obligatoire. A propos des langues nationales, il faut dire que le Gouvernement Militaire Révolutionnaire (GMR) du Général Mathieu KEREKOU qui prônait le nationalisme, a beaucoup œuvré pour la promotion des langues nationales du Bénin. Sous le ministère de l’alphabétisation, des centres d’alphabétisation sont installés partout au Bénin. Beaucoup de béninois ont pris goût à l’écriture de leur langue pendant cette période. Ils ont apprécié à juste titre l’effort du GMR pour la promotion des langues béninoises à travers une politique linguistique soutenue par le discours programme.

2.3. La Politique Linguistique Actuelle (De Décembre 1990 à Décembre 2010) :

Toute politique linguistique s’inscrit dans une certaine dynamique : les déclarations de politiques faites depuis un certain nombre d’années dont le Discours-Programme, la Réforme de l’Education pouvaient-elles entrer dans une telle dynamique? A priori, rien ne devrait s’y opposer puisque les déclarations reflètent bien une volonté politique.

HAZOUME (1994) nous dit qu’à l’avènement de la démocratie retrouvée en 1991, les nouvelles autorités politiques ont rappelé et réaffirmé les positions premières de la promotion des langues nationales du Bénin. D’abord, l’actuelle constitution béninoise du 11 Décembre 1991 stipule en son article onze (11) ce qui suit : « Toutes les communautés composant la Nation béninoise jouissent de la liberté d’utiliser leurs langues parlées et écrites et de développer leur propre culture tout en respectant celle des autres ». « L’Etat doit promouvoir le développement des langues nationales d’intercommunication »

Puis, la Charte Culturelle de la République du Bénin fixée par la Loi numéro 19 - 006 du 25 février 1991 stipule dans ses articles dix-sept (17) à dix-neuf (19) ce qui suit :

  • L’Etat béninois reconnaît l’impérieuse nécessité de développer les langues nationales, vecteurs de nos cultures et instruments privilégiés du développement culturel et social ;

  • L’alphabétisation et l’éducation des adultes au Bénin sont un facteur important de démocratisation et un moyen irremplaçable pour l’exercice complet du droit de chaque citoyen à l’éducation et au développement ;

  • L’Etat béninois s’engage à œuvrer, par tous les moyens, à l’éradication de l’analphabétisme sous toutes ses formes ;

  • L’Etat béninois assure l’alphabétisation et l’éducation des adultes, avec le concours d’organismes nationaux, étrangers et internationaux ;

  • L’Etat béninois, tout en assurant une égale promotion à toutes les langues nationales, doit préparer et mettre en œuvre les réformes nécessaires à l’introduction progressive et méthodique de ces langues dans l’enseignement ;

Bonne déclaration politique, mais c’est dans l’application de cette charte que se posent tous les problèmes. Cette nouvelle année 1991 est une année-charnière, 1990 ayant été, pour les responsables de l’éducation du monde entier, une année-bilan ».

Il y a eu de nombreuses déclarations faites dans diverses circonstances qui se sont complétées les unes, les autres avec la même conviction apparente et la même volonté politique.

Aujourd’hui, les problèmes linguistiques constituent une préoccupation pour l’Etat béninois. Une politique linguistique est un ensemble d’action visant à valoriser cette langue.

Comme l’a souligné  Bernard Cerquiglini reprit par HAZOUME (1994), « une politique linguistique, c’est cette partie d’une politique qui est pensée dans sa cohérence, qui découle d’une attention spécifique accordée par la puissance publique aux faits de langues».

C’est un bien commun aux citoyens et c’est un bien considéré comme essentiel à la vie sociale et politique. C’est cela qui fonde le rôle de l’Etat, son droit et son devoir d’intervenir sur les faits de langue. Nous pourrions alors affirmer qu’une politique linguistique existe au Bénin. Cette politique présente quelques insuffisances.

 

3.  Les Insuffisances de la Politique  de langues en République du Bénin

Toutes les positions politiques évoquées plus haut à savoir la création d’institutions de recherche linguistique, d’Alphabétisation des Adultes et autres sont autant de raisons politiques qui défendent la nécessité de promouvoir les langues nationales du Bénin. On est en droit de dire que tout va déjà bien. Ce qui, aujourd’hui, peut constituer un frein à la promotion des langues nationales et à leur existence relève plus d’une question technique et financière que de tout autre motif. Il faut, à cette étape de notre développement, que nous puissions élever une des soixante quatre (64) langues béninoises  au rang de langue nationale  principale obligatoire.

Par ailleurs, le choix d’une langue nationale principale à élever au rang de 3è langue officielle est un problème d’audace qui se pose à tout homme politique qui veut  faire la promotion des langues nationales.

Tout choix repose sur une connaissance approfondie des langues en présence.

Pour HAZOUME (1994), "lorsque cette connaissance aura été même partiellement mise en évidence et toutes les hypothèses posées, il s’agira alors de conférer à celles qui sont retenues, leur statut réel par rapport à la langue de travail. Et c’est là que, bien sûr, le bât blesse".

C’est à ce moment que survient la conscience linguistique des populations et nécessairement donc une conscience politique de la situation.

Disons qu’il y a, réellement, une certaine réticence sinon une certaine peur à vouloir donner corps à ses propres déclarations. Car, il ne viendrait à l’idée de personne, d’aucun chercheur ou d’une quelconque autorité de chercher à promouvoir les soixante-quatre parlers que compte le Bénin et de mener une politique de post alphabétisation cohérente à travers ces nombreux parlers si l’on sait que cette politique anti-économique serait à peine supportable même par les pays les plus riches.

L’attitude négative des intellectuels du pays pour qui, toute action visant à faire la promotion des langues nationales, est un danger pour le niveau des apprenants et l’accès à l’emploi. L’on pourrait dès lors aisément imaginer toutes les conséquences qui pourraient découler de cette attitude.

La question de l’emploi de l’utilité des compétences linguistiques des langues nationales se trouve confrontée à une politique qui encourage l’alphabétisation dans les langues qui ne permettent pas d’avoir accès à la formation, et à une promotion sociale.

Il en est de même pour la recherche linguistique dont la performance est très peu viable aujourd’hui parce que modestement financée comme toutes les autres recherches d’ailleurs.

Ces insuffisances ne pourraient être corrigées que lorsque l’Etat aura envisagé de prendre en main certaines activités majeures et pertinentes qui permettent la mise en place d’une planification linguistique qui donna aux langues l’importance requise.

 

 

 

4. Proposition pour une meilleure planification de la promotion  des langues béninoises

La politique linguistique étant l’ensemble des choix nationaux en matière de langue et de culture, nous proposons ici comme plan, une série d’activités, d’actes et de pratiques visant à faire effectivement la promotion des langues nationales et  leur insertion dans le système éducatif formel.

Comme l’a soutenu Chaudenson (1991), une planification est « l’ensemble des opérations qui visent la programmation et les modalités de la réalisation des objectifs définis par la politique en fonction des moyens disponibles et des procédures envisagées pour cette mise en œuvre ».

Ce que nous proposons, ici, est l’introduction formelle des langues nationales comme médium d’enseignement au primaire, puis progressivement au secondaire et à l’université.

 

4.1. Au Cours Primaire

Il est nécessaire de revoir le contenu du programme d’étude de manière à introduire  l’écolière ou l’écolier dans son milieu naturel par une familiarisation à l’écriture de sa langue maternelle. Cette approche débutera au cours d’initiation (CI) et au cours élémentaire niveau 1 (CE1), de manière à faire tous les travaux en langue maternelle avec quelques notions de français.

A partir du cours élémentaire niveau 2 (CE2) jusqu’au cours moyen niveau 2 (CM2), renforcer le français et faire tous les travaux en français tout en maintenant l’écriture et l’apprentissage de la grammaire et des Techniques de communication orale et écrite de la langue maternelle ou langue de la localité en question. Faire de la langue  maternelle, une  langue obligatoire à l’examen du Certificat d’Etude Primaire (CEP).

 

 

4.2.   Au Cours Secondaire

Au Cours Secondaire, l’élève doit être amené à maîtriser l’écriture et la grammaire de la langue majoritaire de son département de la 6ème en 3è. Cette langue doit faire partie des matières de compositions à l’examen du Brevet d’Etude du Premier Cycle (BEPC).

A  partir du second cycle, (de la Seconde en Terminale), l’élève doit, en plus  de sa langue départementale, apprendre une langue nationale choisie. L’examen du Baccalauréat  doit contenir les deux matières de langue départementale et nationale entre autres matières.

 

4.3.    A l’Université

L’enseignement universitaire doit comporter au moins 4 heures de cours de langue nationale par semaine soit au moins 48 heures de cours par semestre soit 300 heures de cours pendant les 3 années de formations au 1er cycle.

Pendant ces deux ans de formations en Master, l’étudiant doit être soumis à 2 heures de cours de langue nationale par semaine, soit environ 200 heures de cours.

Tous les travaux de recherche et de rédaction  de mémoire de fin de cycle doivent comporter un résumé en français (langue étrangère officielle), en langue béninoise (langue nationale) et en langue anglaise (langue étrangère). Le contenu du travail doit être en français sauf ceux qui ont suivi des formations dans d’autres langues étrangères.

 

5.0. Proposition pour un enseignement efficace des langues du Bénin

Il s’agit ici, d’introduire de façon formelle des langues béninoises  à l’école et à tous les niveaux d’ordre de l’enseignement. En plus de la langue française qui reste la langue officielle, tout Béninois doit pouvoir apprendre à parler, à écrire et à  lire trois des langues du Bénin. De l’enseignement primaire à l’université, le processus éducatif doit encourager l’acquisition des compétences linguistiques des langues du Bénin. Nos propositions ne sont que des canevas. Il appartient aux praticiens du système éducatif de les traduire en acte concret.

Conclusion

Le peuple béninois est un peuple organisé, patriotique, respectueux des lois mais très jaloux de sa culture et de ses langues. Il lui faut organiser une politique cohérente de langues devant l’amener à jouir de sa compétence linguistique dans son milieu. L’Etat doit valoriser et faire la promotion des langues comme il est inscrit dans la constitution. Les politiques de langues au Bénin ont échoué quant à la valorisation et à l’écriture des soixante quatre langues béninoises.

L’Alphabétisation initiée ici et là ne peut véritablement amener les Béninois à maîtriser  l’écriture de leur langue. Il faut une politique rigoureuse d’introduction de l’apprentissage des langues béninoises à l’école de façon très formelle. Il est également recommandé que  des mécanismes d’utilisation de ces  langues dans l’administration publique, d’abord au niveau communal, (toutes les langues de la commune ou celle de la majorité), départementale (une ou deux langues) et au niveau national, soient mises en place pour faire le choix de la langue  la plus parlée dans le pays. Il s’agit ici de choisir parmi les soixante quatre langues du Bénin celle que tout le monde comprend ou celle à laquelle adhère la majorité des habitants de plusieurs départements. Le fongbé  répond à cette  thématique et donc le fongbé peut être la langue nationale du Bénin à coté du français et de l’anglais pour que le futur cadre béninois puisse avoir :

-          sa propre langue départementale;

-          sa langue nationale;

-          le français et l’anglais viendront en complément pour les échanges internationaux.

Bibliographie

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Banque Mondiale N. 165. (2009). Le système éducatif béninois, Dakar.

Da CRUZ Maxime. (2009). Les langues transfrontalières du Bénin in langues et politiques de langues au Bénin. Cotonou. Ablodé.

DJIHOUESSI, B.C. (2010). La problématique du Médium d’enseignement en contexte scolaire multilingue : quelles solutions pour une éducation de qualité au Bénin. In langue et politiques de langues au Bénin. Sous la coordination du Pr. Toussaint Y. TCHITCHI. Editions Ablodé. Cotonou. Pp.110-129.

FRANCOIS D., Gaillart J. M.  & AL (1980). Histoire géographie 3è. France. Collection Nathan.

HAZOUME, M. L. (1994). Politique linguistiques et développement : Cas du Bénin, Cotonou, Edition du Flamboyant.

MONDJANNAGNI A., PLIYA J. & AL. (1963). Le Dahomey- l’Afrique – le Monde. CAEN. Imprimerie OZANNE et Cie.

KODJO SONOU T. G. (2009) Initiation à la Linguistique et la Stylistique de la Langue Française, Porto-Novo, ESAF.

TCHITCHI, T. Y. (2010). Profits linguistique et sociolinguistique du Bénin. In sociolinguistique du Bénin. In langue et politiques de langue, au Bénin. Sous la coordination de Pr. Toussaint Y. TCHITCHI. Editions Ablodé. Cotonou.

Construction de la République du Bénin (3è République 11/12/1991).

REFLEXION SUR LA SOCIETE YORUBA : UNE ETUDE SOCIOLOGIQUE DE LE PRIX D’UN PARI DE TUNDE AJIBOYE

 

 

M. Rabiu Iyanda

Osun State University,

College of Humanities and Culture,

Department of Languages and Linguistics,

Ikire.

 

Résumé

La littérature a pour rôle d’enseigner et de promulguer la culture. Les  œuvres littéraires corrigent, miroitent, éduquent et même jouent le rôle de divertissement dans la société. Ce dramaturge, Tunde Ajiboye, parmi d’autres enseigne et proment la culture yoruba dans la pièce, Olurounbi ou Le prix d’un pari. Il nous révèle et enseigne la culture et la tradition yoruba. Cet écrit est un essaie qui retrace les aspects quotidiens de ce groupe ethnique. Nous avons exposé les aspects culturels, politiques, religieux, économiques de ces peuples.  Leur culture, tout comme pour  les autres groupes humains, influence dans une grande mesure les événements de leur vie quotidienne. Nous avons présenté  comment le dramaturge a révélé la culture yoruba, les professions, la fois, la tradition et la vie économique.

Mots clés : littérature, langue, culture, promesse, oracle, sacrifice.

Introduction

Pour bien aborder ce sujet nous voulons le voir à travers les trois éléments sociolinguistiques : la langue, la culture et la littérature. Ces trois préceptes sont interdépendantes. C'est-à-dire ils sont des phénomènes étroitement liés et indissociables. Nous les considérons très nécessaires et ils sont les préceptes non supprimables quand on a affaire avec la littérature. Ils constituent des facteurs littéraires. La langue d’après Unoh 1994, cité par Opara (2010 :27) ……est ce qui distingue un groupe linguistique d’un autre et qui sert de moyen d’expression des valeurs, des aspirations, de croyance etc. d’une culture dans des communautés linguistiques. Elle se manifeste comme une partie intégrante de la culture ainsi qu’un moyen pour transmettre et propager la culture. Ces gens d’après leurs points de vue voient la langue comme une manière de distinguer un groupe des autres groupes linguistiques. Nous sommes d’avis, mais cette définition ne donne pas tout ce qui appartient à la langue. Donc, nous voulons voir ce que dit Egbokhare (2011), que language is not just a means of communication; it is a large resource, a reservoir of knowledge and folk wisdom, an encyclopedia of culture.   Sans doute il nous dit que la langue n’est pas seulement moyen de communication mais contient des éléments de la culture et peut être considéré comme l’encyclopédie de la vie quotidienne d’une communauté. De ces points de vue, nous pouvons remarquer que la langue est l’essence d’une culture et un facteur de l’identité d’un peuple. De comprendre une langue facilite la compréhension culturelle d’un tel groupe. Pour la compréhension totale d’une culture quelconque, l’intelligence mutuelle de linguistique d’une telle culture est pertinente.  La France (2005) et Omozenjie (2008) voient la culture à travers la langue, donc ils définissent la langue ainsi, S’il est vrai que la culture permet d’établir un rapport fondamental entre l’individu et le réel, la langue elle, apparait comme le facteur d’organisation de la pensée et d’intégration le plus puissant. Ceci implique que la langue donne forme au rapport culturel entre homme et sa réalité. Ils dissent à plus que, la langue est un véhicule de la transmission des valeurs intrinsèques appartenant à la culture qui porte la langue de rédaction.

Du point de vue structural, et à partir de ces définitions, nous disons dire que la langue est l’encyclopédie de la vie, donc tout aspect de la vie se trouve dans la langue. La langue peut être considérée comme l’association tout entière. La langue englobe tout. Elle fait partie de la culture et la littérature. Elle reflète tout aspect de la vie quotidienne d’une communauté donnée. Elle sert comme instrument de montrer les penser aux autres et le véhicule de la transmission culturelle.

La culture, d’après  Nossal cité par Omozenjie (2008) …….non seulement en fonction de la langue des institutions sociales et familiales, des us et coutumes particuliers des réalisations artistiques et littéraires et des divertissements populaires, mais aussi du mode de vie, qui englobe tous les éléments de l’activité humaine.

La culture est donc la personnalité, la langue, les arts, les religions, la civilisation, les croyances etc. Il se transmet d’une génération à l’autre. Le raison d’être et le savoir vivre sont étroitement lies à la culture quelconque.

Pour la littérature, Allain Rey, (1992) la voit comme les œuvres écrites dans la mesure où elles portent la marque de préoccupation esthétiques, les connaissances, les activités qui s y rapportent. Nous ne considérons pas cette définition comme la meilleure parce qu’il y a la littérature orale, la primordiale dans toutes les sociétés. Cette définition est centré sur les œuvres écrites seulement, elle n’a rien dit concernant l’aspect orale de la littérature. Nous voulons donc partager le point de vue de Isabelle, (2006) qui voit la littérature comme, l’ensemble des œuvres écrites ou orales auxquelles on reconnait une finalité esthétique. A partir de la littérature soit orale ou écrite, on peut voir clairement tout ce qui se déroule dans une telle communauté. Les œuvres littéraires sont considérées du point de vue du pays, de l’époque, du milieu où elles s’écrivent du genre auquel elle appartient. La langue sert comme l’instrument de porter au monde les événements du cadre concerné. Pour résumer cet aspect nous partageons le point de vue des Tidjani-Serpos (1986), Alionne  Tine (1985), Monkwenye (1989) et Omozenjie (2008) que ….pour qu’une littérature naisse dans une nation, il faut que dans cette nation, les écrivains trouvent à leur dispositions une langue qui leur permettre d’exprimer leur état d’âme et l’âme populaire national. Cette proposition est aussi résumée par Gauvin (2001) et Ndousoro (2011) que la langue est le premier matériel de l’écrivain et aussi est un enjeu dont on ne saurait exagérer l’importance. Sans aucune hésitation, l’instrument primordial d’un écrivain, dans une situation écrite et d’un griot dans le cas oral reste toujours la langue. La langue quelconque reste toujours humaine et l’instrument de la socialisation.

La théorie littéraire.

Nous considérons la théorie littéraire réaliste pour analyser cette œuvre. Parmi d’autres raisons qui justifiaient le choix de cette théorie est que la pièce représente mieux la société yoruba tout entière. D’après cette théorie, le dramaturge nous a montré d’assumer que cette histoire est quelque chose de réelle. Il y a l’apparence de la réalité dans l’histoire et la manière de sa présentation par le dramaturge. Pour les gens de cette société, l’histoire est daté très longtemps qu’on ne peut pas dire la vérité des événements dedans. Il ya toujours des questions si vraiment, Olurounbi a vécu dans la société yoruba, quelle ville en particulière demeura – t elle, dans quelle année, est-ce possible de faire une promesse ?etc. ces questions restent sans réponses jusqu’aujourd’hui. L’histoire fait partie de la littérature orale qui se passe d’une génération à l’autre. Nous voulons partager le point de vue de Lotman et Scholes (1989) qui montre que la compréhension est dérivée des expériences linguistiques et extralinguistiques. Pour bien comprendre cette pièce on a besoin d’une connaissance de la culture yoruba malgré le degré d’une telle connaissance.

L’analyse du texte

Olurounbi ou Le prix d’un pari est écrit dans un style de la pièce. La pièce, Olurounbi, est une adaptation graphique d’un folklore yoruba. L’histoire est d’Olurounbi une commerçante qu’elle fait la promesse à l’oracle quand les affaires ne marchent pas bien.  La vie économique était désorganisée. Les produits étaient rares et vendaient difficilement. Les citoyens ne sont pas à l’aise à cause des récoltes et les marchés qui ne font plus normaux. L’état misérable de leurs affaires et la nature scandaleuse de la dépression économique. Pour y remédier ils courent vers le roi, le père de tous dans la société yoruba. Le roi a le pouvoir de consulter l’oracle pour chercher des moyens de résoudre les problèmes quelconques. Devant l’oracle, il y a des promesses par les citoyens. Certains ont fait la promesse de l’argent, l’autre de bouc, de kola et de mouton. Pour Olurounbi, personnage principal, a fait la promesse trop ambitieuse. Elle a promit sa fille unique à l’oracle si les dispositions changent sérieusement.

En un clin d’œil, l’oracle a fait sa part, le marché commence à marcher bien, les récoltes aussi sont améliorées. Les promesses du bouc, moutons, de l’argent et kolas sont accomplies. Olurombi a oublié de faire la sienne ou peut être ne sait pas que faire. Les jours et les nuits passent, Olurombi ne fait part sa part.  Cette seule fille, Malomo, promit à l’oracle devient mur. Elle est tombée amoureuse à un chasseur, Ogunranti. Olurounbi est devenue la belle-mère d’Ogunranti et est prête de tout faire pour que ce mariage soit excellent. Sans perdre beaucoup de temps, l’oracle et Ogunranti veulent être le mari de cette fille même jour. Ils viennent chez la belle mère pour demander cette fille le jour de son mariage. Quelle catastrophe et jour misérable pour ces gens ?

 

Les personnages

Les noms utilisés sont des noms yoruba. Le dramaturge utilise ces noms pour illustrer le cadre d’où vient l’histoire. Les noms tels, Ogunranti, Malomo, Olurombi, Ogundayisi, Tinuade, Jagun etc. sont des noms significatifs chez les Yorubas.  Ces personnages jouent bien leurs rôles. Pour Ogunranti, le mari de Malomo, il est de la famille de chasseurs. Il est courageux toujours et est bien aimé par les autres chasseurs.  Il est très respecté dans la société. Il dit toujours la vérité et est sincère au roi voila pourquoi le roi lui donné Malomo comme un cadeau pour sa loyauté. De ses actions distinctives, lui bénéfice des autres chasseurs qui font la chasse pour lui assister pendant la cérémonie de sa deuxième épouse.

 

Les commerçants

Ces gens se trouvent au marché avec leurs produits. Ils se plaignent de la situation de leurs marchés qui ne marchent pas bien. Tous sont unanimes. C’est cette situation douloureuse qui les pousse à faire des promesses à l’oracle. Chacun dit tout ce qu’il le considère de bien à faire pour récompensera l’oracle si tout devient normal. Leurs promesses peuvent hiérarchisées ; ceux qui sont de classe moyenne, ceux qui ont     beaucoup d’argent. Pour la classe moyenne, ils promettent des boucs, des moutons, de l’argent etc. Pour Olurounbi, une grande commerçante, elle a promit à l’oracle sa fille unique.  Cette promesse se trouve dans la vie quotidienne des Yorubas  surtout quand ils ont affaires avec l’oracle. Pour résoudre un problème ou chercher un moyen à quelque chose très importante.

Olurounbi

Olurounbi, le nom de la pièce et le nom de la personnage principale. Cette madame est une grande commerçante. Elle vend des kolas et orogbo au marché. Elle est veuve. Elle a perdu son fils et son mari. Elle lui reste seulement une fille, Malomo. Pendant la misère économique, est se complainte beaucoup. Elle est totalement déçue parce qu’elle a perdu beaucoup de ses affaires. Elle dit ; ….j’étais une pauvre, une misérable, un individu qui faisait pitié. J’ai perdu non seulement une bonne partie de mes affaires mais aussi mon mari…..…….(p 49). Devant l’oracle. est fait la promesse trop présomptueuse, de donner sa fille unique à l’oracle si les choses marchent bien. Elle a oublié d’accomplir sa promesse quand les transactions marchent bien. Elle est déjà accordé avec le roi de donner Malomo, sa fille à Ogunranti, le grand chasseur. Le roi a faire ceci pour remercier Ogunranti de l’avoir informé de la réunion des commerçants. Prévenir le roi de leurs visites. Olurounbi a oublié sa promesse parce qu’elle aussi fait des sacrifices. Elle est d’opinion que chose promise est chose due p.51. Cette promesse ambitieuse peut être la source de sa situation critique du moment.  Elle est généreuse et gentille. Elle donne des kolas spéciaux à son beau fils au cours de sa visite chez elle.

 

Le roi

Chez le Yoruba, le rôle joué par le roi est très distinctif et ses rôles sont non supprimables. Le roi est considéré comme le dieu. Il représente le dieu sur terre. Pour cela, on lui offre tout. Il a le pouvoir religieux, politique, punitif, économique, etc.  Dans cette pièce, les citoyens sont allés chez le roi pour chercher des solutions aux situations misérables des récoltes et marchés. Après avoir fait la réunion sous le manguier, ils ont tous décidé d’aller chez le roi, père de tous, afin de trouver des solutions à cette situation pitoyable.

Tinuade …Ne dit – on pas que le roi est le père de nous tous ? dans la misère aussi bien que dans la prospérité, dans le mal comme dans le bien ? (p. 21).

Ces gens sont chez le roi avec leurs problèmes le roi aussi a pitié de ces gens et promit de chercher des solutions.

D’après le roi,

……..parlons plutôt de la solution à apporter à notre problème. C’est ‘notre’ problème car c’est de votre prospérité que nous ici tirerons notre bonheur. (p. 35).

Pour chercher des solutions, le roi fait appelle à son divinateur. Chez les Yoruba, ils ont la croyance en ces divinateurs. Ils sont des intermédiaires entre les vivants et les ancêtres. Le roi est de la même famille avec Malomo. C’est lui qui donne Malomo, sa nièce à Ogunranti comme la deuxième femme. Ceci c’est pour le récompenser de l’information donnée concernant la réunion des commerçants. Le roi reste toujours la majesté. Le roi a en charge de faire appel à l’oracle. Il le fait et l’oracle délie les problèmes comme ces gens le veulent.  Le roi travail avec ses chefs ou conseillers. Il fait son annonce aux citoyens à travers le crieur. Le crieur joue le rôle de la publicité au palais du roi. Son instrument est le gong. Quand il le bat, il attire l’attention des gens, et on sait que c’est le roi qu’il parle. Donc on est obligé d’écouter sa parole. Il y a aussi les èmèsè. Ceux-ci jouent le rôle des porteurs, ils assistent le roi pour  porter tout ce qu’il veut dans un moment donné. Dans la pièce, pour donner des cola et vin de palme aux citoyens, c’est le travail de ces gens. Pour s’amuser le tam-tam est toujours présent au palais.

 

L’oracle.

L’oracle est le dieu des Yoruba. Il fait le travail prophétique. Les yorubas ont beaucoup de la conviction dans le dit de l’oracle. Quand tout devient étonnant les citoyens courent chez l’oracle pour avoir de la remédie. Le roi fait appel au divinateur pour chercher des solutions à complications dénombrées. L’oracle est prêt de donner des solutions adéquates aux problèmes quelconque des citoyens en tant que ceux-ci aussi doivent être préparé de donner quelque chose à l’oracle pour la récompenser. Chez l’oracle rien n’est gratuit. Il t’aidera résoudre certain problème, tu lui rends des hommages tangibles. Devant l’oracle chez le roi, les commerçants font la promesse un après l’autres.  L’oracle dit après toute promesse, Eh bien. Que la volonté des dieux soit faite sur terre. Je tiendrai ma promesse, mais il faudra ne manquer à la tienne. (p.44).

Chez les Yoruba, l’oracle possède le remède aux problèmes. Si les sacrifices proposés par l’oracle ont été faits comme il faut, les problèmes vont tous disparaître. La croyance en oracle est renforcée quand leurs difficultés sont résolues. D’après le coiffeur, quand tout marche bien, il dit : Que les dieux soient loués ! si cela continue comme ca seulement deux jours, tout le monde deviendra riche. Je compterai de l’argent par cent et par mille. Imaginez, j’ai fait la coiffure à trente personnes aujourd’hui…….(p 45).

Ce dit est une justification du pouvoir de l’oracle. Les louanges sont à lui pour avoir changé le mal en bien être. Le bonheur est revenu grâce à la bonté de l’oracle.

 

Le mariage

D’après la pièce nous voyons l’image de la femme yoruba dans le processus du mariage. On peut dire que Ogunranti n’a pas d’intention de marier la deuxième femme. Même s’il a une telle intention, le dramaturge ne nous a pas dire.  Il montre sa loyauté au roi, en le prévenant de la visite des commerçants concernant la situation pitoyable afin de voir le roi pour explorer des solutions. En faisant ceci, le roi le déclare le future époux de Malomo, de lui montrer sa gratitude. Celle-ci est la fille de son frère décédé. Ici Malomo, devient un objet qu’on peut donner comme un cadeau. Olurounbi, la mère de cette fille est aussi d’accord avec la proposition du roi. Les femmes n’ont rien à dire de sérieux. Ogunranti aussi ne connaît pas celle-ci, il est d’accord parfaitement.  Ogunranti est déjà marié. La fille deviendra sa deuxième femme.  Cette manière de la vie des personnages montre leur société pré coloniale. L’aspect de la polygamie se trouve chez les yorubas. Ils considèrent la popularité et richesse d’un homme des nombre de la femme qu’il possède. Il y a la cérémonie pendant la veille du mariage. Les amis s’assemblent. Ils causent, mangent et boivent. Les gens s’amusent avec les griots qui chantent les gloires des présents et de ceux qui les donnent de l’argent.

 

Les travaux chez les Yoruba à travers la pièce

Les Yoruba sont les tribus qui ne sont pas paresseux.  Ils adorent le travail très intimement. Ils sont plus touchés. Quand les choses ne marchent pas bien il y a des angoisses par ces citoyens. Ceci mène à promesses diverse. Chaque fait sa promesse  malgré leurs condition économique, ils ont fait des promesses. D’après le titre de la pièce, Olurounbi. Elle a promit sa seule fille à l’oracle si les choses marchent comme il faut. Cette promesse nous révèle que ces gens adorent l’argent ou les affaires mieux que leurs enfants.

Il y a des chasseurs comme le mari de Malomo, Ogunranti. Ils sont les plus forts dans cette société.  Ogunranti est un chasseur bien aimé pas les autres chasseurs. Ceux – ci l’aide à faire de la chasse au cours son deuxième mariage. Cette attitude montre aussi que les Yoruba s’aident de divers différents.  Il y a de la coopération chez ces gens, ils coopèrent pour faire le bien.

Il y a aussi des griots qui sont toujours présent pour s’amuser et servent comme moyen de divertissement pendant des cérémonies divers.  Ces gens le font pour tirer de l’argent. Ils chantent les gloires de ceux qui les donnent de l’argent. Ils corrigent les maux dans la société yoruba. Ils jouent le rôle des musiciennes et instruments musicaux dans les cérémonies. Ceux qui font des maux ont peur de voir ces gens ou bien d’associer où se trouve ces griots. Le pourquoi c’est simplement d’éviter  d’en faire en disgrâce.

 

L’interprète

C’est le représentant de l’oracle. L’oracle symbolise les ancêtres. Cet individu est celui qui comprendre la langue de l’oracle et il fait l’interprète aux citoyens. Il évoque bien l’oracle en écoutant les besoins des gens. Le représentant de l’oracle comprendre tout, et les promit des prospérités après la promesse de chaque de ces gens.  Il utilise des comparaisons des êtres pareils à chaque demande. Toutes ces choses promises lui appartiennent. On peut dire qu’il vit de ces choses qu’il dit appartenir à l’oracle. C’est travail divine et prophétique.

 

Leçon morale

Chez les Yoruba, comme il peut exister dans d’autres sociétés, l’union fait la force. Les citoyens se réunissent de dénouer leurs problèmes. Avec la collaboration de tout le monde les problèmes sont résolus. Dans n’importe qu’elle situation c’est mieux de rassembler pour avoir du progrès. Les chasseurs sont toujours les amis de paix dans cette société ;  voilà pourquoi Ogunranti à prévenir le roi de cette décision. A tout fait, il y a la récompense, pour avoir informé le roi de la décision des citoyens avant leurs arrivés au palais, le chasseur, Ogunranti aura une fille, Malomo, qui deviendra la deuxième femme, par le roi. Le roi aussi paie pour l’information reçue par un homme honnête dans son territoire. Dans la vie quotidienne le rôle de l’information est non supprimable. Pour chercher une solution aux problèmes on a besoin d’une manière civile. Les citoyens ne font pas de vagabond ou détruire, ils sont allés chez le père de la ville, le roi, qui fait appel à l’oracle d’apaiser les ancêtres. Ceux-ci donnent solution immédiate à ces dits problèmes.

 

Conclusion

Cette étude nous a révélé que la société yoruba est celle où il y a des travaux divers. Chaque profession est bien adorée par ceux qui la pratique. Aucun métier n’est à mépriser. A chaque emploi son bonheur. Si le travail ne marche pas bien c’est un grand obstacle qu’on doit dénouer immédiatement. Ceci mène au titre de cette pièce comme nous l’avons montré.  Les Yorubas aussi ont la croyance dans les ancêtres et les oracles. Ils courent vers l’oracle pour  apaiser les ancêtres. L’oracle est considéré comme l’intermédiaire entre les vivants et les ancêtres. Le roi est le père qui cherche pour le bonheur des habitants. Il consulte ses chefs pour arriver à une décision qui ses sujets.

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LA FEMME DANS L’UNIVERS ROMANESQUE ET LA STRUCTURE

SOCIO-ECONOMIQUE AFRICAINS.

 

Mme Nora L. DADUUT

Département des Langues étrangères

Université de Jos.

Résumé

Notre réflexion sur ce sujet est inspirée des réalités  sociologiques qu’exposent certains écrivains africains à travers leurs œuvres et cette fois notre  intérêt est tourné vers le rôle de la femme dans la structure socio-économique, car elle joue un rôle principal pour le développement de sa société. Certes, beaucoup de recherches austères ont déjà été faites dans ce domaine mais, nous sommes dans une société dynamique où des changements sociopolitiques affectent la structure qui nous  préoccupe. Cette étude tente  de voir comment la femme est impliquée dans le développement de la société et pourquoi on lui nie certains droits de s’engager aussi dans quelques activités dans la société. Notre approche analytique  est basée sur une diversité d’opinions et d’investigations de quelques  écrivains africains. Nous proposons une harmonisation de ces droits niés à la femme pour son bien être  et celui de sa société et du développement humain en général.

Abstract

Our concern on this topic is inspired by the sociological realities which some African writers expose in their work and, this time, our interest is focused on the role of women in the socio-economic structure as she plays a major role in the development of her society. Indeed, many serious research works have already been carried out in this area but, we are in a dynamic society where socio-political changes affect the structure of our concern. This study intends to look athow the woman is involved in the development of the society and why she is denied certain rights to also engage in some activities in the society. Our analytical approach is based on a diversity of opinions and investigations of some African writers. For her own good, the one of the society and human development in general, we suggest a harmonisation of the rights the woman is denied of.

 

Introduction

Lorsque les femmes projettent de faire des recherches sur ‘la femme’, elles sont souvent traitées  de féministes. Peut-être, y a-t- il autant de féministes que de machistes. De toute façon, cette étude ne recherche pas des proclamations, disons « féministes »ou touchant à la « féminité »  qui parfois sapent la vraie situation sociale de la femme. Il est vrai qu’on ne peut pas nier à la femme sa féminité et à titre d’exemple, son rôle biologique, ce qu’on nomme le ‘rôle originel.’ Nous nous intéressons donc dans ce travail au rôle de la femme et à sa contribution au développement de la société à travers des œuvres littéraires. Souvent, nous sommes envahis par des œuvres littéraires qui racontent la vie et les conditions sociales parfois atroces de la femme africaine. Parfois on nous présente aussi son image idéalisée et le bon côté de sa vie sociale à explorer. Cette étude tente de décélères deux côtés en découvrant les activités valorisées et les activités informelles que l’on lui accorde à travers les écrits de certains d’auteurs africains, notamment ceux de l’Afrique de l’Ouest. En focalisant notre attention sur les contributions socio-économiques qu’elle apporte à sa famille et à sa communauté, nous sommes obligés de nous inspirer des réalités qui nous entourent. Il y a tant d’œuvres sur la femme à exploiter, malheureusement, on ne dispose pas de toutes ces œuvres et puisque c’est une enquête narrative on pourrait se contenter de se limiter à quelques unes seulement. Pour être objective, nous parcourons les idées des écrivains de différents pays africains en présentant d’abord, un aperçu du rôle romanesque qu’exposent les écrivains de notre choix et puis, nous nous tournons vers le rôle socio-économique de la femme dans la vie réelle. Pour rendre cette étude plus consistante, nous nous sommes limités à une époque donnée en tenant compte aussi du temps historique des œuvres choisies. Au fur et à mesure de l’étude, nous nous rendons compte qu’il y a certaines nuances culturelles entre l’Afrique maghrébine et l’Afrique noire. Il vaut la peine donc d’évoquer les expériences différentes vécues par la femme dans ces deux parties de l’Afrique pour mieux comprendre le niveau de sa participation dans le développement de sa propre société. Par exemple, les contributions économiques et l’épanouissement de la femme arabe ne sont pas au même rythme que ceux de la femme de l’Afrique sub saharienne. Ce regard  n‘est pas du tout basé ni sur la couleur ‘blanche’ de l’Afrique maghrébine ni sur la couleur ‘noire’ de l’Afrique subsaharienne.

 

La femme romanesque

Bien qu’en général l’image romanesque de la femme africaine soit  celle de « la Mère Afrique », il y a des significations multiples à cette image. Tantôt elle est idéalisée, tantôt elle souffre de l’asservissement social et de la domination de l’homme. Voilà pourquoi il est pertinent de juxtaposer les rôles idéalisés et les rôles réels de la femme pour mieux discerner sa contribution socio-économique dans la société. Cela sera, à coup sûr, élucidés par les découvertes de cette étude.

L’image de la femme occupe une grande place dans la littérature africaine. Cette image a évolué comme nous le voyons dans les œuvres de certains écrivains tels que L.S.Senghor, Boubacar B. Diop et Sembene Ousmane (Sénégal) de même que chez Mongo Béti et Eugene Ebode (Cameroun), Georges Ngala et Alain Mabanckou(Congo), Camara Laye et Williams Sassine (Guinée), pour ne citer que quelques-uns des écrivains d’Afrique francophone. On accorde à la femme deux images paradoxales : l’une idéalisée, par exemple, celle de L.S.Senghor (l’un des fondateurs de la Négritude) et l’autre tourmentée par une société dominée par l’homme que nous remarquons dans les personnages de Mongo Béti. Entre ces deux images, la femme traditionnelle est vue principalement comme étant très travailleuse aux champs et c’est à elle qu’incombe la charge du ménage. Elle est vue comme source de vie. Ce type de femme est personnifié dans le roman, Mission terminée de Mongo Béti. Bien qu’elle soit travailleuse, elle n’est qu’un instrument domestique dont la contribution au bien être de la famille reste informel. « Pourtant, c’est elle qui tient la clé du développement »1 selon Lydie Mbaissanguem qui ajoute que « le développement rural passe par les femmes ».2Mongo Béti illustre la participation socio-économique de la femme à travers son personnage, la femme Niam, en lui confiant le pouvoir de garder et de soutenir son foyer.

La femme Niam est une ressource économique comme le dit le narrateur quand elle quitte son mari, Niam : « il avait raté une saison d’arachides depuis le départ de sa femme, puisqu’il n’avait personne d’autre pour travailler dans ses champs » 3 Toute la communauté en témoigne, y compris son mari, Niam qui ne le nie pas en disant « Je ne peux tout de même pas prendre la houe et aller y travailler moi-même!»4Cette résignation de Niam démontre non seulement sa paresse, mais confirme aussi sa dépendance vis-à-vis de sa femme. Il n’est pas étonnant que Zambo, en justifiant la contribution économique de la femme Niam, affirme qu’ : « Elle est peut-être malpropre,…comme tu dis. Mais son mari en a besoin  pour lui tenir sa maison, lui préparer à manger, lui travailler ses champs : n’est-ce pas l’essentiel? »5 Pareillement, Perpétue, l’héroïne de son roman Perpétue ou l’habitude du malheur, possède un pouvoir économique à cause de sa dot et essentiellement de la dépendance sexuelle qu’exploite son mari pour gagner une place politique d’honneur. Edouard se voit privilégié d’avoir une belle femme comme Perpétue dont il peut se servir pour s’enrichir : « Il n’est pas de femme, hormis les idiotes, qui ne s’estime heureuse si, pour si peu, elle arrive à décrocher un poste pour son mari6Bien que la société désapprouve ces actes immoraux, l’homme s’en sert pour ses intérêts égoïstes. Au moins pour se développer.

Francis Bebey, pour sa part, nous mène à un horizon politique dominé par la femme. Les femmes dans La Poupée Ashanti de Francis Bebey sont plus évoluées. Par exemple, Edna et Mam, les femmes du marché, s’organisent et mènent une manifestation politique à la fin de laquelle elles réussissent à faire restituer à une d’elles le permis du marché confisqué par le Gouvernement. Edna, qui est à la tête de cette manifestation, proclame : « Il s’agissait, pour nous, les femmes du marché, de l’affirmation de notre volonté de servir le pays sans pour autant accepter que quelques individus haut placés voient en nous tout juste de bonnes vendeuses et rien de plus. »7Justement, Francis Bebey envisage le rôle futur et patriotique de la femme africaine dans la société comme l’agent du changement. Bebey utilise Spio, l’un des fonctionnaires du Gouvernement pour avertir son patron du danger de ne pas écouter la voix des femmes : « Vous avez vu ce qu’elles ont fait pendant les dernières  élections dont les résultats n’ont fait que les encourager. Mieux que jamais auparavant, elles ont compris la force de leur action collective, et il est à prévoir qu’elles en useront chaque fois qu’elles le voudront ou le jugeront utile. »8

Et nous voilà face aux femmes révolutionnaires, disons les grévistes dans les bouts du bois de Dieu d’Ousmane Sembene. Ces femmes prennent la situation de leur communauté dans la main. Elles sont le fer de lance de la grève  de sorte que les hommes sont obligés de leur céder la situation. Ne ressemblent-elles pas aux femmes du marché Dahoméennes  des années 60s ? Nous voyons ces femmes de Thiès, envahies par les problèmes qu’apporte la grève des cheminots, prendre la parole pour la première fois en public et de faire un trajet de 80 kilomètres à pied de Thiès à Dakar pour porter plainte contre les Blancs. Penda, la porte-parole de ces braves femmes s’adresse à la foule : « Je parle au nom de toutes les femmes, mais je ne suis que leur porte-parole. Pour nous cette grève, c’est la possibilité d’une vie meilleure. Hier nous riions ensemble, aujourd’hui nous pleurons avec nos enfants devant nos marmites où rien ne bouillonne. Nous nous devons de garder la tète haute et ne pas céder. Et demain nous allons marcher jusqu’à N’Dakarou »9. Cette action était une réussite remarquable qui a encouragé les hommes à continuer la grève jusqu’à la victoire.

Les œuvres d’écrivains nigérians comme Chinua Achebe et Wole Soyinka, illustrent une évolution de la valorisation du rôle de la femme. Dans son premier roman: Things Fall A part, Chinua Achebe par exemple, évoque l’image de la femme soumise et passive. Mais dans son Girls at war, le personnage féminin change de statut. Pour prouver leurs atouts sociopolitiques, nous voyons Augusta qui s’engage au commerce pour s’approprier le pouvoir économique et Gladys qui défie le pouvoir politique. Plus tard et après plus de trente ans, Chinua Achebe dans Anthills of the Savannah, suggère que la femme n’est plus cachée derrière l’homme. A notre surprise, l’auteur nous passe, peut on dire, un message révolutionnaire en disant : « Dans la vie actuelle, les hommes ont échoué sur le plan politique et ce sont les femmes qui sont appelées à prendre la direction des affaires »10Ce n’est plus la femme inaperçue que l’on trouve dans la société machiste. Peut-on déduire que cette évolution est nécessitée par l’influence extérieure et par le changement de l’environnement que vivait Chinua Achebe aux Etats Unis?

Quant à Soyinka, il s’est très tôt rendu compte de l’influence et de l’importance du rôle de la femme en tant que force politico socioéconomique comme il en témoigne dans son ouvrage autobiographique Ake, the years of childhood où on rencontre des femmes de fortes personnalité comme « chrétienne sauvage », sa propre mère et surtout madame Kuti, la femme du directeur du lycée d’Abeokuta qui a organisé avec succès la révolte des femmes du marché contre les taxations abusives et la puissante organisation secrète des hommes, l’Ogbonie. C’est tout naturellement donc que les personnages féminins de Soyinka sont en général assez influents, rarement soumis à la volonté des hommes. Par exemple, Soyinka présente Bero dans Madmen and the Specialists comme « la figure rédemptrice par excellence »11 qui lutte contre le mal de son monde. Il en va de même de Segi sans qui il aurait été presqu’impossible de se débarrasser de Kongi, le redoutable dictateur de Kongi’s Harvest. On pourrait aussi citer les cas de Simi, la prostituée dans The Interpreters, de Sidi ou la vieille Sadiku dans The lion and the jewel ou encore, dans une moindre mesure, d’Iriyise dans Season of Anomy.

De son côté, Cyprian Ekwensiaussi résume le rôle de la femme dans son Beautiful Feathers où Wilson n’arrive plus à progresser dans sa vie politique parce que Yaniya sa femme a quitté le foyer. Au Mali, Hampâté Bâ affirme que : « l’homme n’est qu’un semeur distrait alors que la femme est considérée comme l’atelier divin »12Cette réplique confirme que la femme est bien impliquée dans la vie de l’humanité et que cet atelier divin est un symbole physique du pouvoir dont Dieu a doté la femme dans le domaine socio-économique.

Que pensent les écrivaines du rôle de la femme romanesque? Nous nous rendons compte que  la plupart d’entre elles acclament la contribution de la femme d’une manière plus frappante que les écrivains. Les personnages dans La brise du jour de Lydie Dooh, et de Mariama Bâ dans Une si Longue lettre en sont des exemples. L’héroïne Ramatou laye dans Une si Longue Lettre tient tête à son beau-frère Tamsir qui voulait l’hériter après la mort de Modou, son mari. Dans cette confrontation Ramatou laye rappelle à Tamsir: « Et tes femmes, Tamsir? Ton revenu ne couvre ni leurs besoins ni ceux de tes dizaines d’enfants. Pour te suppléer dans tes devoirs financiers, l’une de tes épouses fait des travaux de teinture, l’autre vend des fruits, la troisième inlassablement tourne la manivelle de sa machine à coudre.»13Même si Mariama Bâ évoque la situation d’exploitées des femmes de Tamsir, nous ne pouvons pas minimiser leur rôle socio-économique auprès de leur mari. D’ailleurs, Tamsir s’approprie des femmes, selon Ramatoulaye, comme « collection » pour son« luxe ».Mongo Béti joint sa voix à celle de Mariama Bâ lorsqu’il affirme que« quand on a des femmes on est riche ». Calixthe Beyala est plus franche dans ses œuvres où elle met en jeu des personnages féminins révoltés qui font preuve de courage pour survivre, comme Saida et Ngaremba dans Les Honneurs perdus et Pauline dans Le roman de Pauline.

Nous nous rendons compte qu’il y a peu d’écrits sur la femme dans la littérature maghrébine pour des raisons qui s’expliquent par la civilisation arabo-musulmane centrée sur des données qui n’exposent guère la femme au monde réel, ou au monde littéraire. Peu à peu, on voit une littérature née des mouvements nationalistes et des idéologies islamistes. Ces tendances obligent la femme à rester enfermée dans un monde de réclusion. Toutefois, certaines de ces femmes qui se sentent des exclues vont exprimer leur frustration. Elles s’attaquent aux problèmes qui les empêchent de se développer et de participer au développement de leur société. Assia Djebar (Algérie) et Malika Mokeddem (Tunisie), par exemple, dénoncent les maternités successives des femmes qui gênent la santé sans laquelle elles ne peuvent pas s’engager dans des activités socio-économiques.

 

La femme dans les domaines socio-économiques.

Nous savons que la femme traditionnelle africaine joue un rôle symbolique et très important dans la littérature. Dans la vie réelle, la femme d’aujourd’hui pense que les données traditionnelles  menacent sa vie. Que ce soit la femme traditionnelle ou la femme dite moderne, elle est impliquée dans le développement de sa société dans les différents domaines socio-économiques. Elle protège la morale en élevant ses enfants, elle travaille aux champs pour alimenter son ménage, elle forme les jeunes et les éduque pour l’avenir, elle est le lien entre les familles et plus important, par la procréation, elle assure la continuité du lignage. N’oublions pas que l’économie de subsistance et la dépendance économique de l’Afrique où la femme est au centre, reposent sur les activités agro-pastorales même de nos jours. L’agriculture est pratiquée parla paysannerie où la participation de la femme est indispensable pour le bien-être de sa famille et sans doute, pour le progrès de sa société. A cet effet, le Camerounais C.E.Engolo s’exprime en ces mots : « La sociologie du développement reste, on le sait, attachée à l’activité agricole, au rôle de la paysannerie dans l’effort de la construction nationale, au fait que l’agriculture est censée servir de base à l’accumulation industrielle.»14La femme est la tutrice commune de l’économie agricole dans la plupart des sociétés de l’Afrique de l’ouest.

Ces activités sont étroitement liées aux valeurs socioculturelles dont la femme est la gardienne. Au Rwanda, elle participe activement à l’élevage des cochons, des vaches et des chèvres. De même au Sénégal, on nous présente le rôle de la femme en ces termes :« Un arrière-fond commun dominait dans toutes les sociétés, nous montrant l’homme comme le bras fort, capable de certains travaux durs ; mais le cerveau, l’organisateur était représenté par la femme, et d’elle seule dépendait la réussite économique, familiale et sociale.»15 Pour souligner la contribution active de la femme dans sa société, le sociologue, Henri Ngoa nous raconte que :

… la femme peut être considérée comme un élément de transition, sinon un lieu de transit. Si l’on veut changer de statut social ou de mode d’existence, si l’on veut sauver sa vie en danger, il faut transiter par la femme. Et ceci n’est d’ailleurs pas exclusivement béti : le monde entier ne considère-t-il pas la femme comme une passerelle sure ?...Probablement, pourrait-on améliorer la condition humaine si la femme occupait-des postes importants dans les organismes internationaux. La femme, notre source, est donc en même temps notre socle permanent.16

Chez les Nigérianes, à très jeune âge, la fille est entraînée à faire du commerce pour sa mère ainsi, elle arrive à compléter les besoins financiers de sa famille. Par exemple, elle vend des petits articles, des produits agricoles, gère des salons de beauté et des restaurants et cetera. Même la vieillesse ne lui apporte pas le repos: “she performs sedentary taskssuch as ginning cotton, shelling palm kernels or sitting at a stall in the front of her house to sellher wares”17

Ainsi, la Nigériane, comme toute autre femme africaine, est totalement immergée dans des activités économiques. Tandis que la paysanne s’embarque dans la culture de la terre, la femme alphabète se trouve là où les hommes se trouvent. Elle est dans le commerce, l’entreprise, la politique, l’enseignement et d’autres professions à col bleu ou blanc. Elle s’organise dans des groupes pour exécuter ses activités sociales innombrables. Elle est musicienne de grand succès et de grande personnalité. Elle se voit comme une partenaire indispensable dans l’évolution de sa société. La femme ivoirienne, par exemple, est impliquée dans la pêche à la nasse, l’élevage de volaille, l’artisanat, le tissage, la poterie et la vannerie. En Côte d’Ivoire, on dit que « la cueillette est une activité essentiellement féminine »18Malgré le poids de l’analphabétisme et de la pauvreté, « Il n’y a pas de développement rural sans la participation de la femme » parce que c’est la femme qui « tient la clé du développement »19

Quant à la femme maghrébine, sa situation est un peu différente. Elle faisait partie des biens à partager par l’homme. Certains disent qu’elle avait le même statut que le chameau. Bien que le chameau soit un animal, il était mis au même niveau que la femme à cause de ses valeurs précieuses. L’Islam explique la position de la femme à la sourate 4, verset 34 du Coranqui l’oblige à rester soumise Men are in charge of women by (right of) what Allah has given one over the other and what they spend (for maintenance) from their wealth. So righteous women are devoutly obedient, guarding in (the husband’s) absence what Allah would have them guard».20Il nous semble alors que l’Islam pourrait être un obstacle à l’épanouissement de la femme. Cela veut dire que la femme ne pouvait pas participer au développement de sa société, car sa volonté ne comptait pas. Grâce à l’évolution que subit la société africaine, l’Islam a commencé par améliorer le statut de la femme arabe, voire la femme maghrébine. Pendant la 4èmeConférence mondiale sur la femme à Pékin, Assia Cherif dans son introduction a énoncé que :« La femme est devenue une actrice du développement humain dans tous les secteurs, à savoir l’éducation, la santé, les media, la vie politique, elle est considérée comme un pilier essentiel  du progrès, du fait de l’important rôle qu’elle joue dans l’élévation et l’éducation des enfants, et dans la famille et la société en général 21 Cette assertion si vraie pour la femme africaine subsaharienne, semble pourtant très éloignée de la réalité de la femme maghrébine. Peut-être que les propos d’Assia Chérif devraient être compris comme une invitation au monde arabo-musulman de l’Afrique maghrébine à laisser la femme jouer ces rôles. Néanmoins cela explique l’espoir d’un monde en cours de changement.

 

Conclusion

Notre point de départ était l’importance de la femme romanesque dans le développement de sa société. Nous nous sommes situés dans le contexte socio-économique où nous avons découvert que la femme joue des rôles multiples : le rôle reproductif ou le rôle biologique, le rôle productif et le rôle social, voire politique. Chaque rôle est joué et adapté à la vie sociale qu’elle mène. Chaque matin et soir dans la vie romanesque, les femmes partent au marché ou aux champs à la recherche de quoi nourrir leur foyer. Certaines, en portant des bébés sur le dos et la houe dans la main, s’efforcent de travailler toute la journée juste pour répondre aux besoins de leur famille. Si elle est fonctionnaire, elle doit partager son temps entre son travail et son foyer. Peu importe la fatigue du jour, car elle doit faire la cuisine. Il est vrai que la femme réelle de nos jours est moins accablée de travaux domestiques qu’avant, mais elle reste toujours la responsable du bien-être de la famille. La société aussi apprécie le rôle important de la femme selon le psychologue Pierre Daco qui dit : « Les guerres cesseraient probablement si le monde était aux mains des femmes. Comment pourraient-elles anéantir la vie puisqu’elles la font22Les femmes que nous rencontrons dans la vie romanesque nous les retrouvons tous les jours dans la vie réelle.

 

Notes  et Références.

  1. Lydie Mbaissanguem, « Femme, droit et développement en Afrique Fed DAF. » Amina, no.484, août 2010.
  2. Lydie Mbaissanguem, « Femme, droit et développement en Afrique Fed DAF. » Amina,no.484, août, 2010.
  3. Mongo Beti, Mission Terminée, Paris : Edition  Buchet/Chastel, 1957, p.23.
  4. Mongo Beti, p.25.
  5. Mongo Beti, P.202.
  6. Mongo Beti, Perpétue et l’habitude du malheur, Paris : Edition Buchet/Chastel, 1974, p.211.
  7. Francis Bébey, La Poupée Ashanti, Yaoundé : Ed. Clé, 1972.p.81.
  8. Francis Bébey, p.81.
  9. Ousmane Sembene, Les bouts de bois de Dieu, Paris : Le Livre Contemporain, 1960. P.288
  10. Cité par Denise Coussy, dans La Littérature africaine moderne au sud du Sahara, Paris : Ed. Karthala, 2000, P.42.
  11. Denise Coussy, p.51.
  12. Denise Coussy, p.44.
  13. Cité dans Jacques Chevrier, Anthologie Africaine 1, Le roman et la Nouvelle, Paris : Ed. Hatier Paris. 200. P.278.
  14. CamilleEkomo Engolo, ‘Mutations socio-économiques et vie de ménages ruraux au Cameroun,’ Revue française de sociologie, Vol.42. 2001 pp.281-284.
  15. Colloque d’Abidjan, « Initiative et pouvoir créateur de la femme dans la vie économique traditionnelle, l’exemple du Sénégal. »,  Présence Africaine, Abidjan, 3-8 juillet 1972, p. 277.
  16. Henri, Ngoa,  «  Les rites féminins chez les Beti » in Civilisation de la femme dans la tradition africaine, Ed. Présence Africaine, 1975,pp. 254-255.
  17. Colloque d’Abidjan, « La civilisation de la femme dans la tradition africaine » : Présence Africaine, Abidjan, 3-8 juillet 1972. p.263.
  18. Colloque d’Abidjan,« La femme dans l’économie des sociétés traditionnelles de Côte d Ivoire »,  Présence Africaine, 3-8 juillet 1972, p.303.
  19. Voir Lydie Mbaissanguem,  Amina.
  20. Saheeh International (Ed.)theQur’an: Englishmeanings Jeddah:Al-Muntada Al-Islami, 2004, S.4: V.34.
  21. Assia Chérif, ‘Participation socio-économique de la femme’ : Un état des lieux- cas de l’Algérie, pendant la 4ème Conférence mondiale sur la femme, Pékin, septembre, 1995.
  22. Laure Clémence Capo-Chichi, Le statut de la femme chez Chinua Achebe, Cotonou : Ed. CAAREC, 2008, p.63.

SITES

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Notre Librairie,‘ Cultures Sud  l’engagement au féminin’ Revue des littératures d’Afrique, des Caraïbes et de l’océan Indien, jan-mars 2009.

Sembène, Ousmane. Les bouts de bois de Dieu :Le Livre Contemporain, 1960.

Soyinka, Wole. Aké, the years of Childhood. London: Rex Collins, 1981.

-          Kongi’s Harvest.London: Rex Collins, 1967

-          Season of Anomy. London: Rex Collins, 1973.

-          The Interpreters. London: Rex Collins, 1965

 

 

 

 

MIGRATION ET LITTERATURE : QUETE ET RUPTURE D’IDENTITE CHEZ LES AUTEURS AFRICAINS FRANCOPHONES

M. Akimou ASSANI

Département des Langues étrangères,

Université de Jos, Jos.

P.M.B. 2084   Email : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

Tél. : 07034902285 / 08072690927

Résumé

Depuis sa naissance la littérature africaine francophone semble n’avoir d’africaine que la nationalité de ses auteurs et la thématique des œuvres. De fait, elle s’est toujours trouvée en situation d’extranéité d’autant que ses plus belles fleurs ont éclos et éclosent encore bien loin de la terre natale de ses auteurs. En effet, non seulement la négritude, le principal mouvement littéraire et culturel de l’Afrique moderne, plonge ses racines à Harlem, berceau du mouvement de la négro-renaissance dont des personnalités comme Langston Hughes, Claude McKay, et surtout W.E.B. du Bois ont été les figures de proue aux Etats-Unis ; aujourd’hui encore, les plus connus des écrivains africains vivent loin de leur continent et le gros des publications littéraires portent l’estampille de Paris et d’autres mégapoles occidentales. Ceci fait de la littérature africaine francophone subsaharienne  une littérature essentiellement d’exil qu’il soit volontaire ou forcé. Toutefois, il est à noter que la situation existentielle ainsi que le contenu thématique des œuvres des premiers auteurs africains de la diaspora établis en France et ceux d’aujourd’hui sont bien différents. Cette étude jette un regard à la fois diachronique et synchronique sur cette littérature de la migration.

 

Abstract

Since its birth, the francophone African literature seems to be African only by the nationality of its authors and the topics of their works. In fact, it has always been somehow an overseas based literature as its most beautiful flowers blossomed and still blossom far away from the homeland of its authors. Indeed, not only the negritude, the main literary and cultural movement of modern Africa, has its roots in Harlem, the cradle of the movement of the Negro-Renaissance of which personalities like Langston Hughes, Claude McKay, and especially W.E.B. du Bois were the outstanding figures in the United States; but today, the best-known African writers live outside their continent and the bulk of their literary publications bear the stamp of Paris and other mega Western cities. This makes sub-Saharan francophone African literature a literature produced mainly in exile, be it voluntary or forced. However, it is worth noting that the existential situation and the thematic content of the literary works of the first African diaspora authors in France and the ones of today’s writers are very different. This study intends to take both a diachronic and synchronic look at this literature of migration.

Introduction

Par auteurs africains francophones, nous entendons en priorité, dans le cadre de ce travail, ceux originaires de l’Afrique subsaharienne francophone.  Il ne serait pas déplacé, à notre avis, d’affirmer d’entrée de jeu que la littérature africaine francophone, en particulier, celle de l’Afrique noire a toujours été fille de l’exil. Depuis ses débuts jusqu’à nos jours, sa production est largement tributaire du flux migratoire de ses auteurs. Bien que nous insisteront un peu plus sur la jeune génération, celle que Jacques Chevrier nomme les « écrivains de la  migritude » par analogie au mouvement identitaire de la négritude, il nous parait important de jeter un regard rétrospectif sur les rapports qu’entretient la littérature africaine francophone avec le fait migratoire depuis sa naissance. En tenant compte des circonstances historiques et des contenus thématiques des œuvres, nous pouvons dégager, d’une manière générale, trois temps forts dans la migration des auteurs africains francophones hors de leurs pays. Il y a, dans un premier temps, ceux qui sont partis en quête de connaissance. Ils ont été suivis par ceux qui ont dû fuir la terre de leurs aïeux pour échapper à diverses formes de persécutions. Puis finalement, la génération de ceux qui, pour des raisons plus ou moins propres, ont décidé de s’expatrier.  Les écrivains de cette dernière génération retiendront un peu plus notre attention du fait qu’ils semblent être en situation de rupture par rapport à leurs devanciers.

Le voyage initiatique et l’affirmation de soi.

Les premières migrations d’auteurs africains ont eu lieu naturellement sous la colonisation. Il s’agit pour la plupart de déplacements qu’on pourrait qualifier de voyages initiatiques, car c’est la quête du savoir qui a conduit la grande majorité de ces auteurs loin de leurs pays d’origine. Ils sont partis apprendre à vaincre sans avoir raison selon la belle expression de la grande Royale dans L’aventure ambiguë de l’écrivain sénégalais cheikh Hamidou Kane. Leur départ avait un but précis et leur a permis d’acquérir l’arsenal intellectuel nécessaire pour avoir raison de ceux là même qui, jadis, avaient conquis le continent africain sans avoir raison. Ainsi, de Léopold Sédar Senghor à David Diop, de Camara Laye à  Bernard Dadié, en passant par nombre d’autres auteurs comme Ferdinand Oyono, Cheick Hamidou Kane, Yambo Ouologuem, etc. le voyage transatlantique a permis d’acquérir un parchemin souvent prestigieux à l’issue duquel, le bénéficiaire retourne souvent se mettre au service de son peuple. Ceci explique d’ailleurs que la plupart des écrivains de la négritude ont joué un rôle proéminent dans la lutte pour l’indépendance et, à des degrés divers, dans les premiers jours des administrations des pays africains nouvellement indépendants. Abstraction faite de quelques errances comme Force-Bonté du Sénégalais Bakary Diallo ou encore Doguicimi du Béninois Paul Hazoumé qui faisaient, de façon à peine voilée, l’éloge de la race et de la culture blanches au détriment des leurs, le dépaysement et les difficultés d’intégration  ont constitué largement le ferment du nationalisme de ces écrivains qui a aboutit au phénoménal mouvement culturel de la négritude qui comme le souligne Thomas Melone « …se présente comme la tentative de créer un courant non pas parallèle, mais inverse pour réduire les effets de l’assimilation culturelle qui devait consacrer la destruction de l’être négro-africain… »1. C’est à cette négation du nègre  par une société coloniale profondément imbue du complexe de supériorité raciale que les écrivains de la négritude ont décidé d’opposer  l’humanisme des valeurs africaines (car comme on le dit, nul n’a plus besoin  d’amour que celui qui ne sait aimer) et de revendiquer une histoire qu’on s’évertue à leur nier. L’impossible intégration raffermit donc l’attache au cordon ombilical. C’est dans ce cadre que Senghor nous ressuscite avec émotion son Joal natal dans Chants d’ombre et y dédie de si belles odes à la femme africaine ; David Diop nous fait revivre son « Afrique des fiers guerriers dans les savanes ancestrales »2 dans Coups de pilon et Bernard Dadié assume sa négritude sans complexe et avec gratitude au Créateur :

Je  remercie Dieu de m’avoir créé Noir
Le blanc est une couleur de circonstance
Le noir, la couleur de tous les jours
Et je porte le Monde depuis l’aube des temps
Et mon rire sur le Monde, dans la nuit, crée le Jour3.

De même, les personnages des romans tels que Mirages de Paris, Un nègre à Paris, Chemin d’Europe, Kocumbo, l’Etudiant noir ou encore Le devoir de violence dévêtent, au prisme de leur regard, l’Europe de son immaculée robe d’ange pour nous exposer l’horrible laideur de sa nudité au fil de leurs récits autobiographiques de sorte qu’au terme de leurs parcours l’Afrique-Mère reprend sa place sur le piédestal où avait été hissée cette Europe imposteur dans l’imagination des auteurs.  La plupart des héros de ces œuvres sont confrontés à des troubles psychologiques et ne retrouvent leur équilibre qu’après le retour dans leur pays. Ainsi, le retour au pays natal  constitue l’exutoire à la crise identitaire. On imagine alors le traumatisme d’un être contraint à l’apatride, qu’elle qu’en soit la raison.

 

L’exil et le nationalisme renouvelé

« Expulsion de quelqu’un hors de sa patrie, avec défense d’y rentrer, situation de la personne ainsi expulsée »4. Voilà la définition que nous propose Le Petit Robert du mot « exil ». Le même dictionnaire nous dit que, par extension, l’exil est une « obligation de séjourner hors d’un lieu, loin d’une personne qu’on regrette ». Ainsi, les écrivains qui tombent dans cette catégorie sont en majorité ceux qui, à la suite des échecs des indépendances africaines et surtout avec l’avènement de ce que Jacques chevrier nomme le « Goulag-tropical »5, se sont trouvés, d’une façon ou d’une autre, dans une situation de parias vis-à-vis des pouvoirs locaux. Il s’agit surtout d’écrivains qui ont osé lever la voix ou mettre la plume à l’encre pour crier haro sur les abus des dictatures africaines. Ils ont dû, pour la plupart, s’expatrier pour échapper aux geôles ou à la guillotine des nouveaux maîtres du continent. Il s’agit d’un choix assez difficile que Sénam, le héros de L’Incarcéré d’Emmanuel Dogbé, exprime en ces termes : « Un choix se présentait à moi : rester et cesser d’être écrivain, poète (au sens où je l’entendais, avec tout l’engagement militant  que cela impliquait) et m’exiler »6. Il est clair donc que ces écrivains n’ont pas choisi l’exil comme un faux-fuyant,  mais comme  une option tactique sage qui  leur permet de préserver leur vie afin de continuer à être les porte-flambeaux de la lutte de leurs peuples pour plus de justice, de liberté et de bien-être social. Ainsi, c’est en exil que des écrivains comme les Guinéens Alioum Fantouré, Camara Laye, Williams Sassine et  Thierno Monénembo, le Congolais Tchicaya U Tam’si, l’Ivoirien Ahmadou Kourouma et surtout le Camerounais Mongo Beti ont tous produits leurs chefs d’œuvres respectifs, qui relèvent pour une grande partie de ce qu’on a appelé les romans de désenchantement. Malgré leur profonde nostalgie et le déchirement de leur situation existentielle difficile, ces écrivains n’ont jamais cessé de faire de l’Afrique mère, le centre de leurs préoccupations. L’exil semble plutôt avoir raffermi leur nationalisme. Ils ont, avec courage et abnégation, dénoncé sans relâche l’anomie et l’oppression instaurées par les « Messie Koï »7 des pays africains nouvellement indépendants. On se rappelle que des œuvres désormais immortelles comme Les Soleils des Indépendances, Le Cercle des Tropiques et bien d’autres portent le sceau de l’exil. Malheureusement, on ne semble pas retrouver cet amour indéfectible du pays natal chez les auteurs phares de la littérature africaine francophone d’aujourd’hui. Certes, ils vivent, comme leurs aînés, au-delà des frontières du continent noir, mais leurs œuvres témoignent, tout au moins sur le plan thématique, d’une rupture progressive avec la terre natale.

La migritude ou l’alchimie d’une altérité onirique

Depuis un peu plus d’une dizaine d’années est apparue une nouvelle génération d’écrivains africains qui, à l’instar de leurs aînés de la négritude, ont entrepris le voyage transatlantique : Alain Mabanckou, Calixthe Béyala, Sandrine Bessora, Fatou Diome, Gaston Kossi Efoui… Toutefois, le fil d’Ariane de leur voyage n’est plus l’acquisition du savoir cartésien, mais la quête d’un ailleurs émancipateur qui les délivrerait des dérives d’un continent qui refuse de s’assumer. Par comparaison à la Négritude, Jacques Chevrier les appellent les écrivains de la  « migritude », un néologisme qui « … renvoie à la fois à la thématique de l'immigration, qui se trouve au cœur des récits africains contemporains, mais aussi au statut d'expatriés de la plupart de leurs producteurs qui ont délaissé Dakar et Douala au profit de Paris, Caen ou Pantin. Loin d'être source d'ambiguïtés, ce statut semble avoir désinhibé les écrivains par rapport aux question d'appartenance...» »8. Installés dans des grandes villes occidentales, les écrivains de la migritude ne se soucient donc plus des questions d’appartenance identitaire comme leurs aînés : « Ni Nègre ni immigré à intégrer »9. Aussi, l’Afrique se trouve-t-elle de moins en moins au cœur de leurs préoccupations qui apparaissent plus existentielles qu’essentielles comme en témoigne les thèmes qu’ils abordent dans leurs œuvres.

En effet, dans Le roman de Pauline, Calixthe Béyala nous peint les conditions difficiles de vie des enfants d’immigrés à Pantin, un quartier de Paris. On y découvre le quotidien de Pauline, l’héroïne éponyme du roman, de son frère et de leurs amis. Un quotidien fait de violence, de délinquance et de crimes de toutes natures propres aux milieux d’immigrés. Dans L’homme qui m’offrait le ciel, un roman-témoignage qui retrace en quelque sorte son idylle avec un célèbre animateur de télévision français,  Béyala pointe un doigt accusateur sur le racisme ambiant d’une société française plutôt hypocrite. Il s’agit d’une histoire d’amour-passion entre une femme noire célibataire, écrivaine qui se bat pour la cause des déshérités (de toute évidence la jumelle de Calixthe Beyala) et un animateur télé high class (le sosie de Michel Drucker). Ce dernier finit par sacrifier cet amour, source de soleil dans la vie de cette femme confrontée à la crise d’adolescence de sa fille unique, sur l’autel des pressions sociales, du cynisme et de la ségrégation raciale, car son  entourage ne peut comprendre, encore moins accepter sa  relation avec une négresse. Ce qui témoigne encore une fois, si besoin en est, de la prégnance des préjugés raciaux sur les sentiments amoureux. La Gabonaise Bessora, quant à elle, choisit de nous décrire, dans son roman 53 cm, le chemin de la croix de son héroïne, Zara, une Africaine qui vient de débarquer à Paris et est la recherche de la carte de séjour qui, telle une baguette magique, va résoudre tous ses problèmes existentiels. Elle nous fait donc promener dans les dédales ténébreux et infernaux de l’administration française. C’est aussi l’absence de ce sésame qu’est la carte de séjour qui fait le malheur de Nasser et de sa mère dans L’arbre d’ébène de Fadéla Hebbadj. Arrivée en France, à l’issue d’un voyage apocalyptique sur un cayuco qui a consumé ses dernières économies, la mère de Nasser espérait y trouver le remède à sa tuberculose et surtout les moyens d’offrir à son fils un minimum de bien-être. Malheureusement, le rêve du petit Nasser d’avoir un toit, un couvert et un peu d’éducation, le plus élémentaire des besoins humains dans le « pays des droits de l’homme », tourne très tôt au cauchemar d’une vie d’errance, de sans-papiers, de peur de la police et de privations de toutes sortes. Cette vie de sans-papiers qui confine l’individu à la clandestinité est nous décortiquée par Ababacar Diop dans Dans la peau d’un sans-papiers, véritable témoignage de la vie d’animal traqué à laquelle sont contraints les immigrés clandestins en France. Ce sont justement ces réalités difficiles et souvent inhumaines de vie en France qui constituent le thème majeur de Le ventre de l’Atlantique, roman considéré, par beaucoup de critiques, comme précurseur de la migritude. L’écrivaine sénégalaise, Fatou Diome, s’y évertue à dissuader son frère de faire le voyage de l’Occident qui est bien loin d’être la terre de promesses et de merveilles dont fantasme encore une jeunesse africaine désemparée qui, comme un nageur en péril, est à la recherche d’une bouée d’oxygène.

Ainsi, on se rend compte que la priorité pour ces jeunes écrivains, nés pour la plupart après les indépendances, n’est plus l’Afrique et ses tyrans, le sous-développement et ses misères qui n’en finissent pas, mais les difficultés d’intégration dans un monde occidental qui se replie de plus en plus sur lui-même en dépit de la mondialisation. Comme le dit Tirhankar Chanda : « des auteurs, nés après les indépendances, revendiquent l’universalité d’un art qui ne dit plus seulement l’Afrique, qui ne dénonce plus seulement la colonisation ou la décolonisation, mais un art qui dit le monde. Leurs œuvres, écrites à la première personne, révèlent de nouveaux combats »10. Il s’agit en fait du combat pour la justice, l’égalité et la fraternité entre les êtres humains. Les écrivains de la migritude se veulent citoyens du monde et se sentent plus francophones qu’Africains. Ce qu’ils revendiquent, ce n’est plus une identité noire, ni blanche, ni jaune ; ils ne revendiquent pas une identité particulière, mais tout simplement une identité humaine : être acceptés comme un être humain et traité comme un alter ego, ni plus, ni moins. 53 cm, Le roman de Pauline, L’homme qui m’offrait le ciel porte tout simplement un doigt accusateur sur une France qui assume très mal ou ne veut pas vraiment assumer sa multiracialité.

Il appert pourtant, à notre modeste avis, que les écrivains de la migritude se boxent dans une impasse en faisant le choix de l’altérité au détriment de l’affirmation de soi. De plus en plus en rupture avec leur terre nourricière, il leur sera absolument difficile, voire impossible de venir à bout du racisme et du rejet d’une Europe que la crise économique mondiale oblige à un surcroit de repli identitaire sous-tendu par un réflexe sécuritaire presque pathologique qui fait galamment l’apologie des « vols charters » à l’heure de la mondialisation. De toutes les façons, il semble que bon nombre de ces écrivains ont fait le choix d’un aller sans retour et ne sont plus dans la logique de confrontation qui veut que le nègre assimile sa culture pour ne pas être assimilé telle que défendue par les pères de la négritude comme Senghor. Ils ont choisit l’errance et ils l’assument. Il est seulement à craindre que cette nouvelle perspective vers laquelle semblent s’orienter ces écrivains de la migritude ne finisse, à terme, par les consumer, car le plus sûr moyen de se perdre  aujourd’hui est de se diluer dans l’universel.

Conclusion

Somme toute, nous pouvons retenir que le thème de l’exil traverse la littérature africaine de ses origines à nos jours. Toutefois, il est à noter que le fait migratoire est vécu différemment à travers le temps et les circonstances de son avènement. Alors que le dépaysement et le racisme ont présidé à la prise de conscience et servi de ferment à un rapport idyllique avec le pays natal chez les écrivains de la négritude et que les souffrances de l’exil forcé n’ont point altéré le nationalisme ni rogner la hargne avec laquelle des écrivains exilés, comme Mongo Béti, ont combattu les dictatures africaines, les auteurs de la migritude se refusent d’être les portes parole d’un continent qui s’enlise de jour en jour et dont ils estiment n’avoir rien reçu en  dehors du souffle de vie. Les défis de l’immigration lancent à ces écrivains de nouveaux combats. Ils consacrent leurs plumes désormais à la dénonciation des tribulations et humiliations dont fait l’objet l’immigré africain en Europe et à réclamer un peu plus de justice et d’humanisme. De ce fait, ils se sont installés dans une situation d’errance identitaire, n’étant plus vraiment en symbiose avec leurs origines et incapables dans le même temps de réaliser avec l’Occident la symphonie à laquelle ils aspirent. Ce qui fait dire à Sophie Lavigne que « …l’errance à laquelle ils sont confrontés fait partie même de leur constitution. Ils sont à la fois dans l’errance suite à leur immigration et ils écrivent l’errance de leur devenir, … »11. Notre peur reste que le combat risque d’être long et ardu, car, pour l’instant, aucun signe d’un lendemain meilleur ne vient éclaircir un horizon qui s’assombrit un peu plus de jour en jour. Avis que partage sans doute avec nous Sophie Lavigne : « L’errance est en somme le lot du 21ème siècle avec la fin des grands récits, la montée des intégrismes, les replis identitaires et l’absence de transcendance, c’est une marche, parfois funeste, vers un ailleurs qui se situe pour l’instant, nulle part »12. Et finalement, c’est peut-être l’écrivaine béninoise Gisèle Hountondji qui aurait bien raison d’avoir intitulé son tout premier roman Une citronnelle dans la neige. Il s’agit là d’une métaphore assez expressive, car est-il possible pour une plante éminemment tropicale comme la citronnelle, qui a besoin de soleil pour pousser, de croître dans la neige ? Il s’agit là d’une réflexion à poursuivre.

 

NOTES

  1. Thomas Melone, De la Négritude dans la Littérature Négro-africaine, Paris : Présence Africaine, 1962, p. 129-130.

 

  1. David Diop, Coups de pilon, Paris : Présence Africaine, 1973, p. 23.

 

  1. Bernard Binlin Dadié, La Ronde des jours [1956], in Légendes et poèmes, Paris, Seghers, 1966, pp. 239-240.

 

  1. Le Petit Robert de la langue française, Paris : Le Robert, 2009.

 

  1. Chevrier, Jacques. Littérature Francophones d’Afrique Noire. Aix-en-Provence : Édisud, 2006.

 

  1. Emmanuel Dogbé, L’Incarcéré, Paris : Editions Akpagnon 1980, p.202.

 

  1. Terme par lequel Alioum Fantouré désigne, dans son roman le cercle des tropiques, le Président dictateur qui a instauré un régime de terreur dans la république imaginaire des « Marigots du Sud ».

 

  1. Jacques Chevrier, « Afrique(s)-sur-Seine : Autour de la

Notion de «Migritude» »,

Repères, Revue des littératures du Sud, n° 155 - 156. Identités littéraires. Juillet - décembre 2004. 9 octobre 2007 www.adpf.asso.fr/librairie/derniers/pdf/155-156_3.pdf>

 

  1. Jacques chevrier, « Afrique(s)-sur-Seine … »

 

10.  Chanda Tirthankar, « Tant que l’Afrique Écrira, l’Afrique Vivra », Le Monde diplomatique, décembre 2004, p.30-31. 9 octobre 2007 <www.monde-diplomatique.fr/2004/12/CHANDA/11746>

 

11.  Sophie Lavigne, « La migritude : une errance identitaire et littéraire? » in Equinoxes, Automne/Hiver 2007-2008 http://www.brown.edu/Research/Equinoxes/journal/Issue%2010/eqx10_lavigne.html

 

12.  Sophie Lavigne, « La migritude…. »

 

BIBLIOGRPHIE

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Béyala, calixthe. Comment cuisiner son mari à l’africaine. Paris : Albin Michel, 2000.

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- Le roman de Pauline. Paris : Albin Michel, 2009

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Chanda, Tirthandar. - « Les écrivains noirs d'Angleterre: naissance d'une Tradition », Notre Librairie, Revue des littératures du Sud, n° 155-156, Juillet-Décembre 2004.

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- Littératures Francophones d’Afrique Noire. Aix-en-Provence : Edisud, 2006

Dadié, Bernard.  - La Ronde des jours [1956], in Légendes et poèmes. Paris, Seghers, 1966.

-          Un Nègre à Paris, Paris : Présence Africaine, 1959.

Diome, Fatou. Le Ventre de l’Atlantique. Paris : Editions Anne Carrière, 2003.

Diop, Boubacar, Dans la peau d'un sans-papier. Paris : Seuil, 1997.

Fantouré, Alioum. Le Cercle des tropiques.  Paris : Présence Africaine, 1972.

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Lavigne, Sophie. « La migritude : une errance identitaire et littéraire ? », Equinoxes, a  Graduate Journal of French and Francophone Studies, Issue 10 : Automne/Hiver 2007-2008, http://www.brown.edu/Research/Equinoxes/journal/Issue%2010/eqx10_lavigne.html

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Oyono, Ferdinand. Chemin d’Europe. Paris : Julliard, 1960.

Socé, Ousmane. Mirages de Paris. Paris : Nouvelles Editions Latines, 1937.

 

 

 

 

 

 


 

ETUDE COMPAREE DES CATEGORIES GRAMMATICALES DU FRANÇAIS ET DU YORUBA

M. Ezekiel Oladele TANITOLORUN

Department of French Language

Tai Solarin University of Education

Ijebu-Ode, Nigeria.

Résumé

Les catégories grammaticales sont des aspects primordiaux dans une étude linguistique. Elles sont simplement connues comme les parties du discours. Alors, lorsque nous faisons allusion aux catégories grammaticales d’une langue, nous nous référons au verbe, à l’adverbe, à l’adjectif, au nom, au pronom, etc. Nous sommes convaincus que les catégories grammaticales de certaines langues ont des points de ressemblance. Pour ce faire, il est important que l’étudiant de langue sache ces points communs et différents de sa langue maternelle et de sa langue d’arrivée qui lui causent des problèmes morphosyntaxiques. Nous avons choisi dans ce travail le yoruba, la langue source des étudiants du français Sud-Est du Nigéria, et le français, la langue cible des étudiants.

Mots-clés : Etude comparée, catégorie grammaticale, français, yoruba.

Introduction

Nous définissons les catégories grammaticales comme les classes de mots ou catégories lexicales qui constituent en quelque sorte l’identité des mots de la langue. Selon Dubois (1994:350), les catégories grammaticales renvoient “sur la base de critères syntaxiques (définition formelle) et sur celle de critères sémantiques” (définition notionnelle). Leur nombre varie d’une langue à l’autre. Nous présentons ces catégories grammaticales suivant leurs natures selon les terminologies dans la grammaire générative. Ainsi, nous dirons verbal / verbaux au lieu de dire verbe / verbes, pronominal / pronominaux au lieu de dire pronom / pronoms, nominal /nominaux au lieu de dire nom /noms, etc. particulièrement sous les catégories grammaticales du français, et, qui seront aussi notre guide dans la discussion des catégories grammaticales du yoruba.

 

 

1. Les catégories grammaticales du français

1.1. Les déterminants

Le déterminant selon Mauffrey et al (1988:165) est "un constituant de base du groupe nominal". Les déterminants sont alors un ensemble de mots qui ont pour rôle d’introduire le nominal dans le discours. Ils sont des constituants obligatoires du G.N. et ils s’accordent en genre et en nombre avec le nominal qu’ils déterminent.

1.2. L’article défini, indéfini et partitif

L’article défini introduit les nominaux déjà connus ou supposés connus du lecteur (valeur anaphorique): Donne-moi la clé. Les livres se trouvent dans le sac…etc.

L’article indéfini par contre introduit un nominal en le présentant comme distinct des autres de la même espèce, mais sans le caractériser: Un stylo était posé sur une table …etc. L’article partitif est employé devant les nominaux présentant le trait « non comptable » pour désigner une quantité indéterminante : Je prends du thé. Elle boit de l’eau. Il prend de la bièrre…etc.

1.3. Les adjectivaux

L’adjectival selon Dubois (1994 :16) est « le mot qui est joint au nom pour exprimer la qualité de l’objet ou de l’être. Simplement dit, l’adjectival détermine et qualifie un nominal ou un pronom dans un énoncé. Nous avons en français les possessifs : (mon, ton, son, ma, ta, sa, mes, tes, ses, notre, votre, leur, nos, vos, leurs) ;les démonstratifs : (ce, cet, cette, ces) ; indéfinis : (aucun(e), même(s), quelque(s), tel(le), certain(e) (es), plusieurs, tout, toute(s), tous, toute…etc.) ; les numéraux cardinaux : (zéro, un, deux, trois, quatre…etc.) ; les numéraux ordinaux : (premier, deuxième, troisième, quatrième… etc.) ; les exclamatifs : (quel, quels, quelle, quelles) ; les interrogatifs : (lequel, laquelle, lesquels, lesquelles…etc.)

1.4. Les qualificatifs

Les qualificatifs peuvent être des attributs ou épithètes. Ils qualifient le nominal ou le substantif auquel ils se rapportent: Il est mauvais (qualificatif attribut)

La mauvaise femme (qualificatif épithète). Le qualificatif attribut exprime toujours l’état, la qualité attribuée à un être ou à une chose par l’intermédiaire d’un verbal. Il appartient au groupe verbal (GV). La qualificative épithète par contre se rapporte à un nominal occupant n’importe quelle fonction dans la phrase. L’attribut ne peut se rapporter qu’à un nominal ou un pronom sujet ou C.O.D.

1.5. Les nominaux

Le nominal est le noyau du groupe nominal. Il est généralement accompagné d’un déterminant et peut recevoir une ou plusieurs expansions. Ainsi, les nominaux sont les mots qui désignent les personnes, les animaux ou les choses. En outre, ce sont les nominaux ou substantifs du français ou du yoruba qui désignent les nominaux propres ou communs de personnes, d’animaux ou de chose. Exemples: Paul (nominal propre de personne) Femme (nominal commun de personne) Abeokuta: une ville au Nigéria (nominal propre de lieu)

Feu: (nominal commun de chose) Chien: (nominal commun de l’animal)

1.6. Question du genre en français

D’après Mauffrey et al (1988 :339), "le français connaît deux genres : le masculin non marqué, et le féminin, marqué à l’écrit et souvent à l’oral". C’est le nom qui, dans la plupart des cas, impose l’accord en genre. Selon eux, on distingue deux types de genre : le naturel (ou motivé) qui correspond au sexe (un chien, une chienne et le genre grammatical ou (non motivé) qui est imposé par l’usage (une table, un tiroir, une natte un tabouret…).

1.7. Les pronominaux

Le mot "pronom" vient du latin ‘pro nomen’ qui signifie « à la place du nom». Aussi le pronominal est-il souvent défini comme un mot qui a pour rôle de remplacer un nom ou un groupe nominal. On distingue en français six espèces de pronominaux à savoir : les pronominaux démonstratifs : (celui, ceux, celle, celui-ci, ceux-là, cela…) ; les pronominaux indéfinis : (aucun, chacun, certains, quelqu’un, tous…) ; les pronominaux interrogatifs : (qui ? , que ?, quoi ?, lequel ?, laquelle ?, lesquels ?...) ; les pronominaux personnels : (je, tu, il, elle, moi, toi, se, en, y…) les pronoms possessifs : (le mien, le tien, le sien, la nôtre, les vôtres, les leurs…) ; les pronoms relatifs : (qui, que, quoi, dont, où, laquelle, auquel…). Y a-t-il toutes ces variations de pronoms en yoruba? On les verra plus loin.

1.8. Les verbaux

Le verbal selon Dubois (1994:505) peut être défini comme la partie du discours qui exprime le procès. Noyau de la phrase, le verbal est caractérisé par sa conjugaison: il varie en temps, mode, personne et nombre. Conjugué, il n’a pas de fonction propre, si ce n’est de donner leur fonction aux autres groupes de la phrase. Plusieurs types de classement des verbaux peuvent être envisagés en français:

a. Selon le fonctionnement de la conjugaison: les verbes du premier groupe (infinitive en – er, par exemples parler, danser…etc. sauf aller; les verbaux du deuxième groupe (infinitif en – IR et imparfait en –ISSAIT, par exemple, finir); les verbaux du troisième groupe (infinitif en –IR, -RE –OIR, par exemple, dormir, vendre, vouloir). Certains verbaux, dits verbaux défectifs, ne se conjuguent pas à toutes les personnes, ni à tous les modes, par exemple, falloir, pleuvoir, génir…

b. Selon la façon dont les verbaux se construisent: les auxiliaires ETRE et AVOIR, servent à former les temps composés, par exemple je suis venu/J’ai couru; être sert à former le pressit, par exemple l’étudiant est puni par l’enseignant. Les verbaux attributifs (dits verbaux d’état) établissent une relation entre le sujet et l’attribut par exemple: Il semble en forme et il paraît heureux. Les verbaux transitifs admettent un COD ou un COI, par exemple, Il cache sa personnalité / Il pense à son succès. Les verbaux intransitifs n’admettent pas de complément d’objet, par exemple: Il pleut.

c. Selon la tournure: les verbes pronominaux se conjuguent avec un pronom réfléchi, par exemple, se reposer. Les verbes impersonnels se conjuguent uniquement à la troisième personne du singulier par exemple, Il neige. Nous verrons plus tard ces différentes catégories dans la langue yoruba s’il y en a.

1.9. Les adverbaux

L’adverbial est un mot ou une locution invariable qui a pour rôle de modifier et de préciser le sens d’un verbal, d’un adjectival, d’un autre adverbal ou d’une phrase. En outre, l’adverbal est un constituant qui accompagne un verbal, un adjectival ou un autre adverbial dont il modifie le sens. Du point de vue sémantique, on distingue les adverbaux de lieu, de temps, d’affirmation, de manière, de négation, de quantité, d’interrogatif et de doute : adverbaux de lieu: en bas, ici. Adverbaux de temps: demain, tout de suite. adverbaux d’affirmation: assurément, vraiment adverbaux de manière: rapidement, doucement. adverbaux de négation: jamais, ne…pas.  Adverbaux de quantité: beaucoup, peu. Adverbaux d’interrogation: combien? Est-ce que? Adverbaux de doute,  peut-être, sans doute, etc.

10. Les prépositions

La préposition est un mot ou une locution invariable qui introduit un mot (nominal, pronominal, adjectival, adverbal) ou un groupe de mots qui a la fonction de complément. Nous pouvons en français parler des prépositions ou des post-positions qui, sans doute, jouent le même rôle que dans la phrase. Les prépositions principales du français sont présentées ci-après : dans, sur, sous, à, de, en, avec, par, sans, parmi, au-dessus de, au dessous de, à côté de, entre, avant, depuis, derrière, devant, sauf, etc.

1.11. Les conjonctifs

Le conjonctif est un mot invariable qui, comme son nominal l’indique, sert à joindre deux mots, deux groupes de mots ou deux propositions. Dans la langue française, on distingue deux sortes de conjonctifs:

a. Les conjonctifs de coordination Et: Ton père et ta mère sont à la maison:

b. Les conjonctifs de subordination: Que: J’espère que ton père soit à la maison, etc.

1.12. Les interjectifs

Les interjectifs: Hein!, Allo !, Aïe !...etc. sont des mots ou groupes de mot qui ne jouent aucun rôle grammatical et correspondant à des cris. On les trouve dans les phrases exclamatives, interrogatives ou impératives.

 

2. Les catégories grammaticales du yoruba

En yoruba, comme dans les autres parlers du continuum ede, les catégories grammaticales ne se rendent pas de la même manière comme en français et en anglais. Même en français, ces dernières semblent plus dense qu’en anglais. Suivant les propos de Bamgbose (2010:95-216) et Awobuluyi 2008 : (15-136), nous pouvons identifier les catégories grammaticales suivantes en yoruba: oro oruko (les nominaux), oro- aropo oruko (les pronominaux), isodoruko (dérivation nominale), apola oruko (le GN), oro-ise (les verbaux), apola oro-ise (le GN), oro-aponle (les adjectivaux/adverbaux).

2.1 Oro Oruko (les nominaux)

D’après Bamgbose (2010:95-100), les nominaux yoruba se groupent en dix catégories distinctives:

a. Aridimu yato si afoyemo (nominaux concrets et abstraits non-concrets)

Exemples:

eja                   -           poisson (concret)

Ife                   -           amour (abstrait)

Apoti                          -           tabouret (concret)

Imo                 -          connaissance (abstrait)

b.         Aseeka yato si alaiseeka (comptable ou non comptable).

Exampes : Iwe            -           cahier/libre (comptable)

Igba          -           temps (non comptable)

Aja            -           chien (comptable)

omi            -           eau (non comptable)

c. Eniyan yato si eranko (être humain et non humain)

Exemples:

Won ri oluko: Ta ni won ri?

Ils ont vu l’enseignent: Qui ont-ils vu?

Won ri aja: Kíni won rí?

Ils ont vu le chien: Quoi ont-ils vu ?

d.  oro oruko ibikan (désignant un lieu)

Exemples :

O wa ni Eko -           Il est à Lagos

O ri mi ni oke -           Il m’a vu sur la montagne

e.         oro - oruko Igba - (indiquant le temps)

Ni ana -           hier

Ni osan -           à midi

f. oro oruko onka (indiquant les numéraux)

Exemples :

Ookan / eni     -           un

Eeji/ eji           -           deux

Ekini               -           premier / première

Ekeji               -           deuxième

g. oro oruko oye (indiquant combien ? / une idée de connaissance.

Exemples :

Elo ni mo ni ? -           J’ai combien ?

Elo ni o ku ?   -           Cela reste combien?

h. oro-oruko, asoye: (exprimant la quantité)

Exemples:

Opo-   beaucoup: opo eniyan (beaucoup de personnes)

Opolopo         -           beaucoup

Idaji                -           le demi

i. oro-oruko afihan (introduisant / montrant)

Exemples :

Eyi                  -           ceci

Iyen                -           cela

Iwonyen         -           ceux-là

j. oro oruko asebeere (introduisant de question)

Ki, ta, ewo…etc         -           qu’est-ce que, qui, lequel / laquelle

 

2.5.2.. oro-aropo oruko (les pronominaux)

 

Bangbose (2010:113-115) répartit les pronominaux yoruba en trois groupes:

a. Oluwa (sujet): mo (je)

O (tu) -           les singuliers

O (il/elle)

a (nous)

e (vous)  -       les pluriels

won (ils/elles)

b. Abo (objet)

Mi (me)

o/e (te)            les singuliers

Prononciation de la voyelle commençant le verbe (lui/elle)

Exemples:

Won  fun un

Ils ont donné le*

Won je e

Ils ont mangé le*

 

wa (nous)

yin (vous)        -                      Les pluriels

won (eux/elles ; leur)

c. Eyan (à la position du déterminant)

mi (mon/ma)

re/e (ton/ta)     -           Les singuliers

re/e (son/sa)

 

wa (notre)

yín (votre)       -           Les pluriels

won (leur)

Sous ce phénomène Bamgbose (2010: 95-216), mentionne les pronominaux

Personnels toniques connus en yoruba comme oro-aropo afarajuruko:

emi (moi)

Iwo (toi)                     -           les singuliers

oun (lui/elle)

awa (nous)

eyin (vous)                  -           les pluriels

awon (eux/elles)

 

2.5.3. Isodoruko (dérivation nominale)

La dérivation nominale en yorùbá est un aspect de dérivation lexicale.

Exemples :

Lo (aller)                    -           alo (une allée)

Rin (marcher)             -           írin (une marche)

 

2.5.4. Apola-oruko (groupe nominal)

Le GN yoruba d’après Bamgbose (2010:118-119) se situe en trois positions:

a) A la position du sujet de la phrase :

Baba mi lo -           Mon père est parti.

Oluko daadaa nko ise -           le bon professeur enseigne

 

b) A la position d’objet dans la phrase :

O lo sí ile won            -           il est parti chez eux

O wa ní Ibadan          -           Il est à Ibadan

 

c) Le GN peut être remplacé par le pronom :

Baba mi lo                  -           o lo

Mon père est parti      -           Il est parti

Mo ra eja                                - Mo ra a

J’ai acheté du poisson            - (j’ai acheté le)

Je l’ai acheté

2.5.5. oro-ise (les verbaux)

Selon Ige (1978:41), la langue yorùbá n’a que deux temps: le passé et le futur. Les autres sont des aspects. Selon lui, l’infinitif et le passé peuvent-être au parfait ou à l’imparfait; on distingue deux formes du futur : le futur 1 et le futur 2.

 

Exemles :

L’aoriste: parfait: Emi ri

Je vois, je vis, j’ai vu.

Imparfait: Emi n ri

Je suis, j’étais en train de voir.

 

Le passé:

Parfait : E_mi ti rí

J’ai vu, j’avais vu

Imparfait : Emi ti n rí

Je vois, je voyais (depuis un certain moment)

Le futur : (1) Emi o rí / Emi a rí : Je verrai

(2) Emi o ti rí : J’aurai vu.

 

2.5.6. Apola oro-ise (le GV)

Le GV fait partir des éléments constitutifs de la phrase mais différent.

 

Exemples :

Ojo ti o ro                   - la pluie qui a tombé

A ko le ba won ja       - on ne peut pas les battre

 

2.5.7. oro aponle / asapejuwe (les adjectivaux)

L’adjectival, connu aussi comme eyan "Asapejuwe" en yorùbá est un mot invariable qui se place souvent après le nominal ou le pronominal auquel il se rapporte.

 

Exemples :

Omo dudu      -           l’enfant noir

Owo lile          -           la main dure

Ile kekere        -           petite maison

Omo meji        -           deux enfants

2.5.8. oro aponle asetumo (adverbaux)

Les adverbaux du yorùbá comme ceux du français modifient les verbaux, les adjectivaux ou se modifient. On connaît aussi les catégories d’adverbaux en yorùbá comme en français.

 

Exemples:

A nlo si ile                  -nous allons à la maison (lieu)

O dun pupo                -Il est très doux (degré)

O jeun pupo                -il a mangé beaucoup (quantité)

Emi ko lo                    -je ne vais pas (négation)

O nsoro pelepele         -Il parle doucement (manière)

O lo nirle                    -Il partira le soir (temps)

Awon melo ni?           -Ils sont combien? (interrogatif)

 

3. Approche contrastive des catégories grammaticales en français et en yorùbá

A ce niveau, nous allons examiner les points communs et les différences qui caractérisent les catégories grammaticales du français et du yorùbá. En d’autres termes, nous allons ressortir les ressemblances et les divergences entre les catégories grammaticales existant dans les deux langues.

 

 

3.1. Au niveau du genre

Le yorùbá ne connaît pas les genres masculin et féminin comme ce que nous avons en français. Bien que le yorùbá ait des nominaux masculins et féminins, les déterminants par rapport au genre ne se manifestent pas.

 

Exemples :

Iyawo             -           la femme

Oko                -           le mari

Omobirin        -           la fille

Omokurin       -           le garçon

 

3.2. Au niveau des articles définis et indéfinis

Les articles définis le/la ; les et les articles indéfinis un/une ; des, sont remplacés respectivement en yorùbá par naa, awon et kan.

 

Exemples :

Le papa                       -           baba naa

La maman                   -           iya naa

Les enfants                 -           awon omo naa

Un garçon                   -           omo kurin kan

Une fille                      -           omobirin kan

Des parents                 -           awon obi

Où est le papa ?          -           nibo ni baba naa wa? /

Baba    naa nko?

Où sont les enfants? - Nibo ni awon omo naa wa?

/ Awon omo naa nko?

 

3.3. Au niveau des nominaux

En français et en yorùbá, nous avons des nominaux propres de personne, de

lieu et de chose, les nominaux communs de personne, d’animal et de chose. Ils se partagent aussi les nominaux concrets et abstraits

 

Exemples:

 

Ezéchiel ou Oladélé   - nominal propre de personne

Ibadan, Cotonou, Paris          -  nominal propre de lieu

Iyawo/oko: femme/mari         - nominal commun de personne

Ewure: cabri                           - nominal commun de l’animal

Abo: assiette                           - nominal commun de chose

Ife: amour                              - nominal abstrait

Eja: poisson                            - nominal concret

 

3.4. Au niveau des pronominaux

Le français et le yorùbá ont en commun les pronominaux personnels-sujets, les pronominaux personnels-compléments et les pronominaux personnels toniques.

 

Exemples :

Oluko n sun   -           l’enseignant dort

O n sun                       -           Il dort                                    sujet

 

Mo fun o/e                 -           je te le donne

Mo fun un                  - je le lui donne                       complément

Mo fun won               - je le leur donne

 

Emi nlo                      -           moi, je pars

Awa nlo                     -           nous, nous partons pronominal personnel tonique

Iwo nlo                       -           toi, tu pars

 

On constate que le français ne possède pas ces pronominaux personnels à la position du déterminant comme ce que nous avons en yorùbá.

 

Exemples :

Ile mi              -           ma maison

Ile re/e             -           ta maison

Ilée re              -           sa maison

Ile wa             -           notre maison

Ile yin             -           votre maison

Ile won           -           leur maison

 

Ce phénomène alors comme cela peut se voir, reflète le possessif. Aussi, en yorùbá contrairement au français, le pronominal personnel sujet ne connaît pas l’accord du genre.

 

Exemples:

Le mari mange

La femme mange                   français

Il/Elle mange

 

Oko n jeun

Iyawo n jeun                          yorùbá

O: O njeun

Le ‘Il/Elle’ du français est remplacé par ‘O’ en yorùbá.

 

3.5. Au niveau des verbaux

Toutes les catégories de verbaux qui existent en français ne se rencontrent pas également en yorùbá. Le système verbal yorùbá en tant qu’un système fortement en aspects ne connait que deux temps: le passé et le futur.

3.6. Répartitions des verbaux au niveau de la terminaison du verbal (verbal d’action et de mouvement)

Les verbaux français sont caractérisés par ces phénomènes. On connaît les verbaux du premier groupe comme manger, parler (verbaux terminant en ER sauf le verbal aller), les verbes du deuxième groupe comme finir, salir (verbaux terminant en IR et en ISSANT au participe présent) et les verbaux du troisième groupe (verbe terminant en IR : non-ISSANT, verbe terminant en OIR / RE et le verbal aller. On connaît aussi du français, les verbaux appelés d’action comme danser, finir, dormir, vendre…etc. et ceux de mouvement comme aller, partir, revenir, descendre et d’autres catégories de verbaux : pronominaux, auxiliaires, copulatifs / d’état …qui ne sont pas connus en yorùbá.

 

3.7. Répartitions des verbaux au niveau de la transitivité et de l’intransitivité

Les verbaux français et yorùbá connaissent la transitivité et l’intransitivité.

C’est ce que confirment les exemples suivants: Le chat tue la souris - Ologbo pa ekute. (Verbal de transitivité) La pluie tombe - Ojo n ro. (Verbal d’intransitivité) L’enseignant enseigne l’apprenant - Oluko n ko akekoo (Verbal de transitivité) L’enfant dort Omo n sun (Verbal d’intransitivité).

3.8. Répartitions des verbaux au niveau de la passivation

La langue française connaît fortement la passivation mais par contre à la langue yorùbá, la passivation n’existe pas. Nous allons illustrer ce phénomène en faisons allusion à quelques propos d’Akeusola (2008:142): La viande a été mangée par Olu (une passivation en français.) Voyons maintenant la possibilité en yorùbá : Eran ni Olu je c’est la viande qu’Olu a mangé. Olu ni o je eran c’est Olu qui a mangé la viande. Nous remarquons que ces deux phrases du yorùbá n’expliquent pas la passivation faite en français. Par conséquence, une phrase yorùbá ne peut pas être passivée.

 

3.9. Au niveau des accords

Les verbaux yorùbá en tant que des aspects ne font pas d’accords en toutes situations comme l’expérience de la langue française. Nous indiquons ce phenomena dans les exemples ci-après: L’enfant mange - omo n jeun Les enfants mangent - Awon omo n jeun La femme est partie - Iyawo ti lo - Les femmes sont parties  - Awon iyawo ti lo. Le mari est arrivé - Oko ti de - Les maris sont arrivés - Awon oko ti de. Il ressort de ces exemples que les particules ‘awon’ et ‘ti’ sont des marques du pluriel et du passé en langue yorùbá.

3.10. Au niveau des adverbaux

Tous les types d’adverbaux qui existent en français se rencontrent aussi apparemment en yorùbá. C’est ce qu’illustrent les exemples suivants : J’ai acheté un peu - Mo ra die (quantité) Le vieux papa fait doucement - Baba agba se jeje (manière) Je mange maintenant. Mo n jeun nisisiyi (temps) C’est très doux - O dun gan-an (dégré/intensité) Je ne veux pas cela - Emi ko fe yen (négation) Vous êtes combien ? Melo niyin (interrogatif) Je vais là-bas - Mo nlo sibe/Sohun-un- (lieu) Il a dit cela vraiment/assurément - Oso bee lotito (affirmation Il va venir peut-être - Boya yoo wa (doute)

3.11. Au niveau des adjectivaux

Le français et le yorùbá ne partagent pas les adjectivaux. - Les possessifs du français : mon, ton, son, ma, ta, sa, notre…etc. sont remplacés en yorùbá par les pronominaux personnels COD.

Exemples: Ma femme - Iyawo mi

Ton ami - Ore re

Notre ville - Ilu wa etc. Les démonstratifs : ce, cet, cette, ces sont remplacés en yorùbá la particule "yii". Exemples : Ce monsieur - Okurin yii. Cette maison - Ile yii. Ces enfants - Awon omo yii. Cet homme est mauvais - Okurin yii buru. Nous observons ici que contrairement en yorùbá, c’est la particule yii qui est placé après le substantif que détermine cette particule. Les interrogatifs : quel ?, quelle ?, quelles ?, quels ?, quelles ?, du français sont remplacés en yorùbá par la particule “Kíni”.

 

Exemples:

Quel est ton nom ? Kini oruko re ? Quelle est ta nationalité ? Kini oruko ilu ré ? Quelles sont vos idées ? Kini awon oye yin ? Les exclamatifs français : quel bon métier ! Quelle bonne idée ! Quelle élégance !...etc. existent aussi en yorùbá.

Exemples :

Kíle yi ! (C’est quoi ça !) Ma_ pami ! (Ne me tue pas !). Nous constatons quelques indéfinis diverses en yorùbá comme les prouvent les exemples ci-après. Chaque person - Eni kookan/Eniyan Kookan. Plusieurs femmes - Awon obirin pupo. Certains enfants – Awon omo kan. Certain ami - Ore kan. Nous remarquons ici que les indéfinis français et yorùbá n’ont pas de point commun. - Les numéraux cardinaux et ordinaux du français existent aussi en yorùbá: Deux maisons - Ile meji (cardinal). Six poisons - Eja mefa (cardinal). Troisième position - Ipo keta (ordinal). Cinquième personne - Eniyan/Eni karun (ordinal). Les qualificatifs yorùbá n’ont pas de désinences du genre et du nombre. Exemples: Ce garçon est beau - Omokunrin yii rewa. Cet homme est beau - Okurin yii rewa Cette fille est belle - Omobirin yii rewa. Cet homme est mauvais - Okurin yii buru. Cette femme est mauvaise - Obirin yii buru. Ces hommes sont bons – Awon okurin yii dara (pluriel). Ces femmes sont bonnes - Awon oburin yii dara (pluriel).

 

3.12. Au niveau des prépositions

La langue yorùbá ne partage pas les mêmes variations de prépositions comme celles du français. Les prépositions connues comme "oro atoka" en yorùbá sont ‘si’ – à, ‘ti’ – pour, fun’ – à. ‘si’ désigne un lieu alors que ‘fun’ désigne un être. Exemples : Mo lo si oko - Je suis allé à la ferme. Mo gbe onje fun kola - J’ai donné du manger à Kola. Owo naa je ti Kola - Cet argent est pour Kola

3.13. Au niveau des conjonctifs

Les conjonctifs sont appelés oro asasopo en yorùbá. Ils sont toujours des coordinations indéclinables.

Exemples:

Baba mi ati iya mi wa nile. Mon père et ma mère sont à la maison (coordination)

O de sugbon ko jeun - Il est arrivé mais il n’a pas mangé (coordination) O sare sugbon ko rii - Il a couru mais il ne l’a pas vu (coordination) Taye tabi Kehinde Tayé ou Kéhindé (coordination)

3.14. Les interjectifs

Il existe aussi en yorùbá des interjectifs marqués par le point d’exclamation.

Exemples:

Ye_e_ ! Aa ! Ye_e_pa_ ! etc.

Alors qu’en français, nous avons les suivants : ha !, oh la la !, crac !, plouf !,

etc.

Conclusion

Nous avons pu constater que le français et le yoruba auraient presque le même nombre de catégories grammaticales à la différence que toutes les catégories grammaticales sont invariables en yoruba. Pour ce qui est du genre grammatical, le yoruba en dispose pas du tout. Les deux temps verbaux du yoruba et les aspects n’admettent pas d’accords grammaticaux. Nous avons aussi constaté que le français et le yoruba ne partagent pas les mêmes séquences d’adjectivaux et de prépositions.

 

Références

Adewole, L.O et al (2000): Yoruba Language for WASSCE & SSCE, Ibadan, University Press Plc.

Afolayan,A.(1977): Yoruba Language and Literature, Ibadan, University Press Plc.

Akeusola Olu (2008): Passivisation ou Focalisation, Comment bien Exprimer des Idées Passives dans les langues Sans Les Verbes Passifs in Revue d’Etudes Françaises Appliquées, Porto-Novo, Editions SONOU.

Awobuluyi, O.(2008) : Eko Iseda Oro Yoruba, Akure, Montem paperbacks.

Bamgbose,Ayo (2010): Fonloji ati Girama Yoruba, Ibadan, University Press Plc

Dubois, Jean (1994):Dictionnaire de la linguistique et des sciences de langage, Paris, Larousse.

Grevisse, M(1993): Le Bon Usage, Grammaire Française, Paris, Duculot.

Grevisse et al. (1980): Nouvelle Grammaire Française, Paris Duculot.

Ige, A.M. (1978): Les Morphèmes Verbaux et l’Aspect en yoruba, Thèse de Doctorat, Université de Nancy II

Mauffrey et al (1998):Grammaire française, Paris, Hachette.

Opadotun, Tunji (2000) :Eko Ede Yoruba fun Ile-Eko Olukoni Agba,Osiele-Abeokuta. Federal College of Education.

 

 

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[1] J. FREUND - Décentralisation et Politique - Revue actions et recherches sociales. Edit. ERES mars 1988 n°1 p.76

[2] WEBER - Economie et société, traduit de l’allemand PARIS  PLON  P.382

 

[3] Cité par J. MOREAU administration régionale départementale et municipale, Dalloz p.37

[4] Wachter (s) Etat – décentralisation et territoire p. 96

 

[5] Ewald F.,  L’Etat providence, paris, Grasset, 1979, p. 351

Mise à jour le Mardi, 30 Septembre 2014 07:46