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REVUE INTERNATIONALE

DE LITTERATURE ET

DE LINGUISTIQUE

APPLIQUEES (RILLA)

Publiée par :

 

L’INSTITUT D’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR SONOU D’AFRIQUE

(IESSAF – UNIVERSITE)

Autorisation  N° 008 / MESRS /CAB / DC /SGM / DPP /DEPES /SP du 05 Janvier 2011

Sous la direction du :

 

Pr. Thomas HOUESSOU-ADIN

& Dr. Cyriaque C. S. AHODEKON

 

Editions Sonou d’Afrique

Porto-Novo, République du Bénin

 

 

 

Vol. 1, N°3, Mai 2012, ISSN……

REVUE INTERNATIONALE

DE LITTERATURE ET

DE LINGUISTIQUE

APPLIQUEES (RILLA)

 

Publiée par :

 

L’INSTITUT D’ENSEIGNEMENT SUPERIEUR SONOU D’AFRIQUE

(IESSAF – UNIVERSITE)

Autorisation  N° 008 / MESRS /CAB / DC /SGM / DPP /DEPES /SP du 05 Janvier 2011

Courriel : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. Site web : www.iessaf-universite.com

Vol 1, N°03 – Mai  2012,   ISSN  1840 – 6408

Sous la direction du :

Pr. Thomas HOUESSOU-ADIN

& Dr. Cyriaque C. S. AHODEKON

Editions SONOU d’Afrique

01 BP 3950, Oganla, Porto-Novo, République du Bénin.

Tél : (+229)  93 99 30 29 / 97 29 65 11 / 97 98 78 10

 

Mai  2012

REVUE INTERNATIONALE DE LITTERATURE

ET DE LINGUISTIQUE APPLIQUEES (RILLA)

Copyright : CUREF / IESSAF & ESAF

v  Tous droits de reproduction, de traduction et d’adaptation réservés pour tous les pays.

 

Dépôt légal, N° 5251, 2è Trimestre 2012,

Bibliothèque Nationale, Porto-Novo, République du Bénin.

ISSN  1840 - 6408

Impression

Imprimerie Les Cinq Talents Sarl,

03 BP 3689, Cotonou  République du Bénin

Tél. (+229) 21 05 33 16  / 97 98 19 23.

Editions SONOU d’Afrique

01 BP 3950, Oganla, Porto-Novo, République du Bénin

Tél : (+229)  93 99 30 29 / 97 29 65 11 / 97 98 78 10

 

Mai  2012

1.0. Comité de Rédaction

1

Prince Théophile G. KODJO SONOU

Président de l’IESSAF- Université et Directeur de Publication

2

Pr Thomas HOUESSOU-ADIN

Rédacteur en Chef

3

Dr Cyriaque C. S. AHODEKON

 

Rédacteur en Chef Adjoint

4

Dr Raphaël YEBOU

Secrétaire à la Rédaction

5

Dr Julien Koffi GBAGUIDI

 

Secrétaire Adjoint à la Rédaction

6

Dr  Elisabeth

DE CAMPOS

Secrétaire à la Documentation et

à la Traduction

7

M. Lucien Marcellin DOSSOU-KPANOU

 

Secrétaire aux Relations Publiques

2.0. Conseillers à la Rédaction

 

1

Pr Mamoud  Akanni IGUE

Département des Sciences  du Langage  et de la Communication,

Faculté des Lettres, Arts et Sciences  Humaines,  Université d’Abomey-Calavi, République du Bénin.

2

Pr Toussaint Y. TCHICHI

Département des Sciences  du Langage  et de la Communication,

Faculté des Lettres, Arts et Sciences  Humaines,  Université d’Abomey-Calavi, République du Bénin.

3

Pr  Issa TAKASSI

Faculté des Lettres et Sciences Humaines, Université de Lomé, République du Togo.

4

Pr Urbain AMOA

Recteur, Université Charles Louis de Montesquieu, Abidjan, Côte-d’Ivoire.

5

Pr  Rodolphine Sylvie WAMBA

Université de Yaoundé 1, Cameroun

3.0. Comité Scientifique d’évaluation

1

Pr Adebola KUKOYI

Département de français, ‘’Tai Solarin University of Education’’, Ijebu – Ode, Ogun, Nigeria.

2

Pr Flavien GBETO

Département des Sciences du Langage et de la Communication, Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, Université d’Abomey-Calavi, République du Bénin.

3

Pr Albert NOUHOUAYI

Département de la philosophie, Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, Université d’Abomey-Calavi, République du Bénin.

4

Pr  Maxime Da CRUZ

- Département des Sciences du Langage et de la Communication, Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines,

- Vice Recteur,  chargé des affaires académiques et de la recherche scientifique, Université d’Abomey-Calavi, République du Bénin.

5

Pr Médard Dominique BADA

Département des Sciences du Langage et de la Communication, Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, Université d’Abomey-Calavi, République du Bénin.

6

Pr Pierre MEDEHOUEGNON

Département des Lettres Modernes, Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, Université d’Abomey-Calavi, République du Bénin.

7

Dr Jean – Euloge GBAGUIDI

- Département des Sciences du Langage et de la  Communication, Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines,

- Directeur de l’école de journalisme de Savalou, Université d’Abomey-Calavi, République du Bénin.

8

Dr Mathias DOSSOU

Département des Lettres Modernes, Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines, Université d’Abomey-Calavi, République du Bénin.

9

Pr Olu AKEUSOLA

- Doyen, Faculté des Arts et Sciences sociales, ‘’ National Open University ‘’ (Université Nationale libre du Nigeria), Victoria island, Lagos, Nigeria.

-  Recteur de ‘’Michael Otedola College of Primary Education’’, Noforija - Epe, Lagos, Nigeria.

 

 


DOMAINE DE RECHERCHE

La Revue Internationale de Littérature et de Linguistique Appliquées (RILLA) est un instrument au service des chercheurs qui s’intéressent à la publication d’articles et de comptes rendus de recherches approfondies dans les domaines  suivants :

- langue, littérature et grammaire françaises ;

- littératures négro-africaine d’expression française ;

- littérature comparée ;

- critique littéraire

- linguistique appliquée ;

- Français Langue Etrangère (FLE) ;

- Nouveaux programmes de l’enseignement du français à tous les niveaux ;

- Cultures et Civilisations françaises et francophones

- sujets généraux d’intérêts vitaux pour le développement des études en langue française au Bénin, en Afrique et dans le Monde.

Au total, la  RILLA se veut le lieu de rencontre et de dissémination de nouvelles idées et opinions savantes dans les domaines ci-dessus cités.

 

Le Comité de Rédaction 
CONDITIONS DE PUBLICATION

Seuls les articles en français, saisis en double interligne (au recto seulement) sur papier standard et précédés d’un résumé ou d’un ‘’abstract’’ (résumé) en anglais d’environ cent mots seront acceptés.

Le volume d’un article ne doit excéder quinze pages saisies.

La disposition des notes, des références et de la bibliographie doit être organisée selon la formule suivante : Auteur, Année d’édition,  Titre, Lieu d’édition, Maison d’édition, Numéros des pages et Collection.

Les textes publiés n’engagent que leurs auteurs. Le Comité de rédaction déconseille l’envoi des articles déjà publiés dans d’autres revues.

Les articles doivent être envoyés en trois exemplaires et accompagnés de leurs versions électroniques. A cette fin, faites la saisie sur Microsoft Word et utilisez une clé USB, un CD ROM ou envoyez directement l’article par nos contacts électroniques à savoir : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

Tout auteur d’article publiable recevra une lettre lui confirmant l’acceptation de son écrit par le comité de  rédaction de la revue. En retour, il recevra gratuitement deux exemplaires du numéro dans lequel son article a paru.

Le comité de rédaction se réserve le droit de ne publier que les articles évalués et jugés publiables.

 

Tout article doit être envoyé au :

Rédacteur en chef,

Revue Internationale de Littérature et de Linguistique Appliquées (RILLA),

Centre Universitaire de Recherche et d’Etude de Français (CUREF), Institut d’Enseignement Supérieur Sonou d’Afrique (IESSAF – Université),

01 BP 3950, Porto-Novo, République du Bénin.

 

Le Directeur de publication


EDITORIAL

La Revue Internationale de Littérature et de Linguistique Appliquée (RILLA), publiée par le Centre Universitaire de Recherche et d’Etude de Français (CUREF) de l’Institut  d’Enseignement Supérieur  Sonou d’Afrique (IESSAF – Université), est un acte osé. Il faut oser et se  libérer des ordinaires, des conformismes intellectuels pour concrétiser ses rêves. Oui, oser ! C’est un engagement mais pas à la légère. Il faut sortir de l’ordinaire, de la peur de mal fait, de la hantise et se libérer. C’est ainsi que l’équipe dirigeante de l’IESSAF-Université a agi. Elle s’est donnée pour objectif de se battre au côté des universitaires, ces chercheurs infatigables, pour être leur porte-parole.

Comme ces chercheurs ne parlent presque pas souvent, alors qu’ils exaltent fortement les vertus du travail ; ils doivent se faire entendre. Ah ! Oui ! La RILLA est née pour faire connaître ces femmes et ces hommes universitaires et les faire parler.

Alors, chers amis universitaires ‘’oser lutter, oser vaincre…’’

Faites-vous connaître à travers les pages ouvertes de la RILLA.

Aujourd’hui, l’auto route de l’espoir, donc de l’ascension professionnelle est toute construite.

Allez ! Oser !

Allez-vous décharger de vos manuscrits !

Allez-vous libérer de l’ordinaire !

Venez à la RILLA et vos rêves sont concrétisés.

Merci et

A Bientôt.

Pr  Thomas HOUESSOU-ADIN

&

Dr Cyriaque C. S. AHODEKON
Contributeurs  d’Articles

 

Nom et Prénoms

Articles contribués

Adresses

 

 

1

Pr Sylvie Rodolphine WAMBA

&

Marie Gérard NOUMSSI

 

 

de l’hybridité comme processus de marquage dans le roman africançais

 

Université de Yaoundé I, Cameroun

2

 

Dr. Austin Stephen MOYE

 

Le Nouveau théâtre francophone Africain

et la crise d’identité: Analyse de la Melancolie des Barbares de Koffi Kwahule et de Concessions de Kossi Efoui

 

Department of Foreign Languages

University of Benin

Benin City, Nigeria

 

 

3

Dr Samson Abiola AJAYI,

 

Les échos de la savane dans les proverbes d’Ahmadou Kourouma

Department of  Foreign Languages,  Olabisi Onabanjo University,

Ago-Iwoye, Ogun State, Nigeria.

4

Dr A. A. Illah

Une Tentative Illustrative de L’expressivité des Phonemes Dans Les Soleils des Independences d’Ahmadou Kourouma

DEPARTMENT OF FRENCH,

AHMADU BELLO UNIVERSITY,

ZARIA, Nigeria

 

5

Dr Elisabeth E. OGINI

Les rapports de ressemblance et les rapports

conflictuels entre le christianisme et la religion

africaine traditionnelle dans le pauvre Christ de

Bomba de Mongo Beti

 

Delta State University,

Department of Languages and Languistics,

Faculty of Arts,

Abraka, Delta, Nigeria.

 

6

 

 

Dr. Alexandre A.  GBECHOEVI

.

Le retrait de l'Instruction Civique et morale (ICM) de

l'éducation a l'enseignement secondaire en République

du Bénin: quelles implications sur la conception

de la bonne gouvernance beninoise ?

 

Département de la communication et des relations Internationales,     Institut d’enseignement Supérieur Sonou d’Afrique Avakpa-Tokpa,                 Porto-Novo, République du Bénin

 

7

 

Mike T. U. EDUNG

 

Les temps du  présent en Français et en Anglais

University of Uyo, Uyo, Akwa Ibom State, Nigéria.

Tél. 0805-437-4278

Courriel: Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

8

M. Pascal Adebayo ALAO,

 

La Correction Paternelle et la structure

Théâtrale de Sous l’orage de Seydou Badian.

Department of Foreign Languages, Olabisi Onabanjo, University,

Ago-Iwoye, Ogun State, Nigeria.

 

 

9

Mme Ngozi UWAKWE

 

 

Ahamadou Kourouma : Le personnage du griot dans les œuvres romanesques

Departement des langues vivantes

Ambrose Alli University

Ekpoma, Edo State, Nigeria.

 

 

10

M. Olufemi

BABATUNDE

Le Bilinguisme  Nigérian :

un Phénomène Sociolinguistique Réalisable

 

Departement of French Studies,

Tai Solarin University of Education,

Ijebu – Ode, Ogun State, Nigeria

 


DE L’HYBRIDITÉ COMME PROCESSUS DE MARQUAGE DANS LE ROMAN AFRICANÇAIS

Pr Sylvie Rodolphine WAMBA

& Marie Gérard NOUMSSI

Université de Yaoundé I,

Cameroun

 

L’analyse des situations de contact des langues en francophonie, notamment dans le domaine littéraire, amène à constater que dans la littérature africançaise[1], la langue d’écriture employée par le romancier négro-africain résulte d’un compromis entre plusieurs langues vivant en lui ; d’où une problématique de l’hybridation linguistique qui va de pair avec le métissage culturel. Le présent essai s’attache à l’analyse de cette question dans une perspective macro-sociolinguistique. Pour la conduite de l’étude, l’on élaborera un cadre théorique qui permettra de préciser les préalables méthodologiques ; par la suite l’on cernera les occurrences illustrant les principaux aspects de contacts linguistiques ; enfin l’on examinera les problèmes spécifiques à ces situations sociolinguistiques où les langues en contact font l’objet d’une réappropriation dans l’entreprise scripturale, avec une (sur)conscience avérée des auteurs appelés à gérer leur plurilinguisme.

 

1- LES PRÉALABLES THÉORIQUES

De façon générale, les textes de la francophonie africaine émanent de situations sociolinguistiques plurilingues où l’on se trouve en présence simultanée de plusieurs idiomes qui affectent le comportement langagier des écrivains. C’est dans ce contexte que se situent les écrivains africançais qui ont en partage le français-langue d’écriture-, leurs langues maternelles et les langues véhiculaires de leur environnement social. Il découle de ce profil sociolinguistique un plurilinguisme revendiqué et assumé à travers des pratiques d’écriture.

En fait, l’écrivain africançais n’a pas le choix de la langue d’écriture ; celle-ci lui est imposée par l’histoire, l’école et l’administration héritées de la colonisation. Dans ces conditions, la production littéraire n’échappe pas à des conflits discursifs qui compliquent la tâche des auteurs. Aussi, l’espace de l’écriture devient-il,

qu’il s’agisse des signifiants ou des signifiés, un lieu de rencontre entre plusieurs langues, en l’occurrence le français [langue d’écriture] et les langues africaines [langues maternelles]. Entre les unes et les autres, il y  a un jeu continu d’interférences ; il y a aussi, du fait de la stratification des usages linguistiques, effets de diglossie (Ngalasso Mwatha, 1984: 34).

Dans l’entreprise scripturale, la diglossie se traduit par un choix délibéré et une distribution fonctionnelle des langues ou variétés de langues employées par  l’écrivain. Partant, l’énoncé diglossique se manifestera, à l’intérieur du français, par des proverbes africains et transpositions linguistiques. De ces faits, le travail d’écriture s’apparente à une recherche de compromis entre la langue française et la langue maternelle, qui apparaît dans l’œuvre tantôt traduite, tantôt calquée, tantôt insérée telle quelle dans le texte français (J.-P. Makouta – Mboukou, 1980 : 270).

Il nous semble pertinent d’appréhender la gestion du plurilinguisme en francophonie dans une dimension conflictuelle : la glottophagie, qui n’est que la conséquence des entreprises de minoration linguistique subies par les romanciers noirs du fait de la colonisation.

Il convient, du reste, de rappeler que le terme hybridité évoque, dans la perspective glisannienne, une pratique revendiquée de l’écriture à partir de plusieurs langues: langue maternelle, langue européenne d’emprunt, langue véhiculaire, etc. Il s’en suit une créolisation de la langue européenne. Créolisant le français, langue d’emprunt, et se l’appropriant, les écrivains africançais la déterritorialisent et retranscrivent, par elle, la diversité de leurs mondes dans une sorte de totalité fragmentée. Ainsi, les textes francophones qui brassent des langues différentes tombent dans le chaos du monde défini par E. Glissant (1997 : 22) comme le choc actuel de tant de cultures qui s’embrassent, se repoussent, disparaissent, subsistent partout, s’endorment ou se transforment lentement ou à une vitesse foudroyante.

À cet égard justement, les romanciers africançais convoquent dans leurs récits des réalités contrastées qui tiennent à des registres culturels et linguistiques africains. Tel est le véritable ressort de l’hybridation du français qui mène l’écrivain africain à une sorte d’hétérolinguisme qui fait de lui "un passeur de langues" et un "voyageur entre les cultures" [et] qui s’approprie la langue de l’autre et condamne sa vocation impérialiste (Y.-A. Feze, 2006).

Le résultat du processus de l’hybridation linguistique est le marquage. Il se ramène à ce que  A. Gérard (1981 : IV) a défini comme indigenization of the exogeous languages, not merely by introducing African proverbs, but by calquing African syntax and idioms into the European style[2]

Comme corpus d’étude, l’on a choisi trois romans ouest-africains[3] : Monnè, Outrages et Défis, (M.O.D.) ; Le Ventre de l’Atlantique, (V.A.) ; Oui ! Mon commandant, (O.M.C.). La lecture de ces œuvres révèle une actualisation, dans le corps des textes, des modalités d’hybridation. Il s’agit de termes d’emprunt aux langues malinké, wolof et peulh, respectivement. Les calques sont aussi récurrents, ainsi que des énoncés de code switching. Ayant opté pour la linguistique de corpus, nous procéderons à une identification/description des occurrences dans une optique différentielle et non normative. Ne seront donc répertoriés que les usages lexicaux locaux qui sont absents du français de référence ou qui présentent des divergences par rapport à lui (S. Lafage, 2000, XXV).

Au demeurant, pour les romanciers africançais, la langue française n’est qu’une langue seconde. Ils demeurent donc attachés à leurs langues maternelles et parviennent à peine à masquer leurs attitudes glottopolitiques. C’est ce que Ch. Zabus (1991 : 6) a eu le mérite de constater :

The west-African writer is strategically seeking decolonization and liberation from the vast colonial discourse in which writing was previously rooted[4].

Notre postulat est donc que l’écrivain africançais maîtrise plus ou moins bien la langue européenne, langue d’écriture ; même si constamment il se livre à une entreprise de déconstruction de celle-ci. Néanmoins l’on mettra à son compte toute créativité lexico-sémantique au sein du texte romanesque ; le but étant pour lui de parvenir à la polyphonie textuelle, moyennant des discours métissés, fussent-ils pris en charge par des personnages qui reproduisent les parlures de son champ littéraire.

 

2 LA CRÉATIVITÉ NÉOLOGIQUE

Dans le roman africançais, la néologie constitue l’une des manifestations de l’hybridité langagière, à travers l’omniprésence des particularités lexématiques, dont les variantes sont les xénismes, l’alternance codique, les calques d’expression et les parémies.

2.1 Les xénismes

Dans notre corpus, on remarque un constant recours aux xénismes. C’est une forme d’emprunt à une langue africaine, mais encore perçue comme tel. Le xénisme n’est pas intégré dans la langue d’accueil, et le texte manifeste cette non-intégration dans la graphie : usage de l’italique ou des guillemets ; [le xénisme] ne correspond pas à une utilisation collective, mais individuelle […] ; sa fonction est globalement moins dénotative que connotative (J.-M. Bague, 1998 : 34).

Dans nos corpus, les xénismes sont couramment traduits ou glosés, dans le but de surmonter l’opacité référentielle de la langue source. Plusieurs occurrences de ces lexies dans l’œuvre de Kourouma sont issues ainsi de la langue Manenka de Côte d’Ivoire et bénéficient de gloses incidentes ou de traductions.

- Mais quand un bilakro, un garnement, se soulage dans notre jardin, on ne s’abaisse pas à courir après lui (M.O.D. : 175)

- Les victimes ont des gnamas (des forces immanentes) (M.O.D. : 199)

- Les suivants […] sont rentrés dans les cases […] se sont entourés de seko (natte de paille) et y ont mis le feu (M.O.D. : 22)

Dans le roman de Fatou Diome par contre, les xénismes proviennent du wolof, l’une des langues véhiculaires en contact avec le français au Sénégal. Ils sont accompagnés également de gloses sémantiques mises en apposition :

- La France […] figurait […] le refuge des pitia – mâne – bopame, les oiseaux libres (V.A. : 136)

- Il avait fait d’elle sa gnarelle, sa deuxième épouse (V.A. : 144)

- Coumba et sa fille savaient faire preuve de teralgane, bien recevoir un invité. Elles respectaient la teranga, l’hospitalité nationale (V.A. : 149)

Par ailleurs, d’autres formes d’emprunt, notamment à la langue arabe se présentent plutôt comme des pérégrinismes. Le pérégrinisme est un mot étranger à une langue, mais qui tend à s’y installer durablement, à travers une de ses variétés régionales. [Ces lexies] sont des régionalismes ouest africains à valeur dénotative et connotative (J.-M. Bague op. cit. : 34). Il en va ainsi de ces exemples qui, en réalité, sont des patronymes ou des toponymes :

- Il était marabout et se nommait Abdoulaye Diawara ; sa femme Karidia (M.O.D. : 132)

- L’école coranique de Yacouba se découvrait dans sa nudité (M.O.D. : 166)

- Djelba contait l’histoire de chaque roi de la dynastie. Moussa I, qui conquit le Wassoulou et le Niéné… (M.O.D. : 191)

Le mode de présence de ces patronymes et toponymes dans le texte romanesque relève du procédé de collage. Il s’agit de passages intégraux de termes endogènes insérés dans le roman de langue française. Il y a donc métissage et phénomène de palimpseste relativement à la langue véhiculaire qu’est l’arabe. Dans certains cas, les pérégrinismes sont plutôt des vocables ou des locutions arabes figées d’origine islamique :

- Heureusement qu’il portait toujours un pantalon buffant ! Allah Akbar ! Dieu est grand (V.A. : 147)

- Elles ne tendaient pas leurs mains au ciel vers leur intercesseur […] Alhamadou lillahi ! Merci Allah (V.A. : 150)

- Le roi se leva et prononça un puissant alphatia [formule de prière] (M.O.D. : 94)

À l’observation, xénismes et pérégrinismes constituent des africanismes lexématiques résultant de choix paradigmatiques ostentatoires des romanciers africançais qui, pour éviter des ruptures de compréhension de leur texte, procèdent à des traductions interlinguales.

Bien plus, écrivant en situation de diglossie, le romancier africain s’efforce de réduire la minoration des langues africaines imposée par la colonisation. Pour y parvenir, il aura recours à la dénomination hypo-culturelle des hommes ou des sites, tel qu’on le remarque dans ces énoncés avec les appellatifs, Keita, totem hippopotame ou encore les toponymes Kouroufi ou Soba.

- Dis au blanc que c’est contre eux, Nazaras, incirconcis, que nous bâtissons ce tata [forteresse]. Annonce que je suis un Keita, un authentique totem-hyppopotame (M.O.D. : 35)

- Les nazaréens étaient entrés à Soba par la colline Kouroufi (M.O.D. : 34)

À l’évidence, l’actualisation de ces lexies dans le texte francophone a pour effet de produire, […] des discours où le groupe social hypoculturel puisse percevoir la formulation de son unité et une image de son identité, par opposition à d’autres images, d’autres identités possibles (Papa Samba Diop, 1993 : 82). Le recours au code-switching dans le texte romanesque participe également de cette stratégie.

 

L’alternance codique

Le code-switching peut se définir comme la juxtaposition, à l’intérieur d’un même échange verbal, de passages où le discours appartient à deux systèmes ou sous-systèmes grammaticaux différents (Gumperz, 1989 : 57). Le roman africançais offre des cas d’alternance intraphrastique. Il en va ainsi des occurrences respectives, où l’on note, dans le même énoncé, un basculement du français vers la langue malinké ou peulh et un retour au français, en vue de formuler des gloses explicatives :

- La politique au Bolloda face à la répression fut sigui ya son, s’asseoir et attendre (M.O.D. : 270)

- Il me fait réciter la shahada : lâ ilâha ill’ Alleoua Mohammad nassoue Âllah. Il n’y a de Dieu que Dieu et Mohammad est l’envoyé de Dieu (O.M.C. : 76)

L’on est en présence de deux idiomes dans le discours d’un même personnage. Soit respectivement : français/malinké d’une part et d’autre part, français/peulh. Il en découle un phénomène d’hétérolinguisme ou présence dans un même texte d’idiomes étrangers, sous quelque forme que ce soit. Le texte mélange alors plusieurs codes linguistiques dont le résultat est une esthétique de l’ambivalence. Le récit de Kourouma se caractérise quelquefois par des idiosyncrasies d’origine africaine que Caïtucoli (2007 : 64) a rangées dans la catégorie des lexies réitératives à valeur expressive. Le procédé se matérialise par des exemples tels que :

- Le blanc parla et l’interprète euphorique s’exclama :

- Tjogo-tjogo ! Tjogo-tjogo !

[…] Cela signifie coûte que coûte dans notre langue (M.O.D. : 68)

- Le toubab et son interprète l’avaient félicité.

« Sissa-sissa, sissa-sissa » […] il signifiait immédiatement, incontinent (M.O.D. : 76)

L’on rangera, dans la catégorie du code switching, de telles expressions malinké qui émaillent les propos du traducteur dans Monnè… Ces basculements interlinguaux sont motivés par leur fonction communicationnelle et identitaire ; puisque d’une part, le traducteur, sujet bilingue, puise dans un répertoire composite et vise prioritairement la réussite de son projet de communication ; [et d’autre part, indique et revendique] une appartenance communautaire (S. Wharton, 2003 : 276). Les calques d’expression illustrent aussi cette dynamique langagière.

Les calques d’expression

Lise Gauvin et alii (2005 : 31) sont d’avis que

Le calque est une construction transposée d’une langue à une autre en fonction des interférences et des contacts complexes des langues entre elles. C’est la traduction quasiment littérale d’un mot mais aussi d’une phraséologie […] Dans le roman francophone, le calque joue sur la notion d’écart, […] car il garde la trace de la langue autre – et parfois le souvenir des conflits historiques qui lui sont associés.

Nos corpus offrent des exemples de calques lexicaux (A) et syntaxiques (B) :

- On entre dans les tirailleurs comme dans un bois  sacré (M.O.D. : 62)

- Je suis un Keita, un authentique totem hippopotame (M.O.D. : 35) Locution normales

- Ragaillardi, le troisième matin il se réveilla, courba les nombreuses prières qu’il devait (M.O.D. : 14)

- Djigui et ses hommes […] n’avaient pas coupé le carême à l’heure prescrite (M.O.D. : 126)

- J’ai marché les longues excursions et vécu les grandes souffrances (M.O.D. : 212)

Les calques lexicaux sont des locutions de nature substantivale désignant des référents propres à l’aire culturelle nègre. Il en va ainsi de bois sacré (vestige forestier destiné aux  cultes animistes) ou de totem-hippopotame (personne ayant pour double un hippopotame). Par contre, les calques syntaxiques sont des locutions verbales qui présentent, entre autres, des originalités dans leurs valences, au regard du principe grammatical de la transitivité et de l’intransitivité. C’est le cas de l’expression marcher les longues excursions. Quant aux occurrences couper le carême ou courber une prière, il s’agit des lexies qui se ramènent à de simples transpositions d’africanismes dans la langue française.

G. Manessy (1994 : 195) a analysé ces procédés d’expression à partir du concept de sémantaxe (manière africaine de concevoir et catégoriser l’expérience, en fonction de l’espace et du temps). Cette sémantaxe réside dans une conception de la parole commune à un grand nombre et peut-être la totalité des cultures africaines. Il n’y a pas de différence essentielle entre ce qui est pensé et ce qui est fait.

Certaines  occurrences sont plutôt de nature rhétorique et consistent en une reproduction de proverbes africains dans le texte de langue française, sur fond d’analogie et avec une portée pédagogique, tel qu’on peut le remarquer respectivement dans ces énoncés qui véhiculent des mesures de sagesse telles que la méfiance, la prudence et le réalisme:

- En dehors du Tout-Puissant qui connaît les motivations du crocodile qui quitte l’eau du fleuve pour venir lécher la rosée des berges ? (M.O.D. : 175)

- La souris, même si elle les entend mal, préfère suivre du fond du trou les chants de fêtes des chats (M.O.D. : 232)

- Quand une chèvre est présente, on ne doit pas bêler à sa place (O.M.C. : 256)

À l’analyse, ces parémies révèlent leurs contextes culturels et affichent leurs traits d’oralité originels, et se présentent, d’après R. Gallisson (1999 : 484) sous forme d’un fragment d’énoncé qui fait surépaisseur par rapport à l’énoncé ordinaire. Cette surépaisseur (voilée) est le produit du chevauchement d’un sous-énoncé lexicalisé et d’un sur-énoncé résultant de la délexicalisation du sous-énoncé de base.

En définitive, ce procédé rhétorique, tout comme les différentes formes de néologisme, sont de nature à révéler la (sur)conscience linguistique en crise des romanciers africançais. Aussi convient-il de l’examiner.

 

III- SURCONSCIENCE SOCIOLINGUISTIQUE ET PRATIQUE DE L’ÉCRITURE

L’écrivain africançais a pris conscience des contraintes que lui impose une langue d’écriture d’origine européenne qui n’est pas sa langue maternelle (langue de conceptualisation du monde). C’est ce qui explique la tension qu’il subit au sein de la langue européenne, malgré ses efforts d’appropriation. Partant, la récurrence des emprunts ou des calques d’expression ne peut se justifier, dans l’entreprise scripturale, que par une volonté de se créer un langage personnel. Dans cette optique, L. Gauvin (2004 : 256) pense que la notion de surconscience linguistique permet de mettre en évidence le travail d’écriture, de choix délibéré que doit effectuer celui qui se trouve dans une situation de complexité langagière, à l’instar du romancier francophone situé à la croisée des langues.

On est alors en mesure d’affirmer que le romancier africançais ne se contente pas de mimer, reproduire la hiérarchie à l’origine du clivage social entre les idiomes, mais que sa surconscience linguistique l’incitera à concevoir diverses figures de l’hybridité (L. Gauvin, op. cit. : 296).

C’est sans doute ce qui explique le fait que la langue des romanciers nègres soit pluri-codée, avec une présence manifeste du substrat de l’idiome maternel, aussi bien au niveau du signifiant que du signifié. Il en découle, comme on l’a remarqué, de véritables marques de palimpseste dans le texte du roman ; phénomène qui s’explique par le fait que behind the scriptural authority of the European language, the earlier, imperfectly erased remnants of the African language can still be perceived [5](Ch. Zabus, op. cit. : 3).

L’énoncé suivant matérialise ce mécanisme, à travers des lexies que le romancier ne se sent pas obligé de gloser. Ces lexies évoquent les associations ésotériques pour l’initiation dans la culture animiste.

- Dès que le jeune garçon atteignait ses quatorze ans, il […] entrait dans l’association ton pour sept ans. Vers vingt et un ans, il était incorporé dans le lo, le service militaire. (M.O.D. : 61)

À l’évidence, l’auteur procède à une narration en langue française (langue européenne) mais, délibérément, il la transgresse, en y faisant entrer sa langue maternelle, le malinké. Cette transgression linguistique apparaît comme une stratégie efficace de revendication identitaire et/ou ethnique. Précisément, l’on assiste à une authentique indigénisation de la poétique romanesque, avec pour conséquence, l’émergence d’une interlangue. Ch. Zabus (op. cit.: 4) a donc raison quand elle fait observer que in this process of indigenization, however, an " interchange" has come into being. This new indigenized medium conceived in vivo holds that the imported language can carry the indigenous culture[6].

Quoi qu’il en soit, ce qui paraît pertinent dans l’émergence de l’interlangue c’est l’ajout au français d’expressions qui, en terme de marquage, constituent des manifestations de sa vernacularisation.             Au surplus, la pratique de l’hybridité langagière en francographie africaine amène à penser que l’on est dans une logique de résistance linguistique et culturelle. Dans cette perspective, les romanciers chercheraient à influencer l’imaginaire de leur lectorat et renforcer en retour la légitimité de leur propre imaginaire linguistique: l’écrire devient donc un moyen de résistance contre la domination invisible du bon usage, estime Bojsen H. (2002 : 234). Cette stratégie est en œuvre dans l’énoncé suivant :

- Djigui […] retourna au Bolloda pour travailler et préparer le voyage. C’est-à-dire qu’il alla consulter les sorciers, les marabouts et devins, tua des sacrifices appropriés […] dépêcha des commissionnaires pour truffer de sortilèges les chemins à parcourir (MOD : 111)

 

Le sémantisme de l’expression préparer le voyage connaît un glissement sémantique impressionnant au regard de la norme du français standard. La lexie signifie plutôt consulter les sorciers et procéder à des démarches divinatoires. Le lecteur occidental est alors obligé de se reporter dans un imaginaire magico-religieux pour appréhender ce nouveau sémantisme. Il en découle une subversion de son imaginaire linguistique de type européen, en même temps qu’une résistance culturelle de la part du romancier.

In fine, du recours systématique aux néologismes ou aux africanismes dans la francographie africaine, il ressort que l’on est en face d’un avatar de ce que Glissant a nommé poétique du divers et qui se réalise grâce à la créolisation, c’est-à-dire la rencontre, l’interférence, le choc, les harmonies et les disharmonies entre les cultures, dans la totalité réalisée du monde-terre (E. Glissant, op. cit.: 194)

 

CONCLUSION

Dans le champ littéraire de la francographie, l’originalité des œuvres africançaises demeure le phénomène de la polyglossie littéraire dont les manifestations varient d’un auteur à l’autre. Il s’agit d’une pratique du plurilinguisme revendiquée, qui est source d’hybridité langagière. L’on est donc fondé, d’un point de vue glottopolitique, à y voir une revendication du métissage linguistique dont le résultat est une esthétique de l’ambivalence moyennant laquelle les écrivains africançais imposent leurs identités culturelles ou leurs imaginaires linguistiques. Le résultat de cette entreprise est une créolisation de la langue française appelée, dans ce processus, à traduire la diversité du monde et en faisant du romancier un passeur de cultures et des langues.

 

 

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LE NOUVEAU THEATRE FRANCOPHONE AFRICAIN ET LA CRISE D’IDENTITE: ANALYSE DE LA MELANCOLIE DES BARBARES DE KOFFI KWAHULE ET DE CONCESSIONS DE KOSSI EFOUI

 

Dr. Austin Stephen MOYE

Department of Foreign Languages

University of Benin

Benin City

 

Résumé

Une œuvre littéraire, surtout le roman, a souvent  une réalité sous-jacente tirée de l’expérience personnelle de l’auteur ou de ce qu’il a appris indirectement à travers l’expérience collective de son groupe racial ou de son peuple à l’échèle  nationale  ou continentale. C’est pour cette raison qu’une œuvre littéraire est identifiée par l’appartenance raciale, nationale ou continentale de l’auteur. La littérature africaine, par exemple, suppose que l’œuvre ainsi désignée est écrite par un Africain et qu’elle parle de la situation existentielle des Africains.  Mais dans leur recherche d’une nouvelle voie pour le théâtre africaine, Koffi Kwahulé et Kossi Efoui s’éloignent de l’Afrique dans le sens où leurs pièces  semblent dénudées de tous les traits de l’africanité. Ni la structure, ni le contenu, ni les noms des acteurs et actrices ne donnent aucune indication qu’il s’agit des théâtres d’origine africaine, et pour ceci elles  soulèvent à nouveau la question de l’identité authentique de la littérature africaine. Dans ce travail, nous examinons La mélancolie des barbares de Koffi Kwahulé et Concessions de Kossi Efoui afin de voir s’il y a de l’africanité dans ce qui apparait comme une nouvelle production théâtrale de l’Afrique francophone. Nous concluons par affirmer que la condition objective de la production de ces œuvres imposent certaines contraintes qui obligent ces deux dramaturges à s’engager cœur et âme dans une voie de renouvellement où il ne reste rien d’africaine dans ces pièces.

Abstract

Literary works, especially the novel, often derive from the personal experience of the author or from the collective experience of his/her people. This explains why literary works are identified by the racial, national or continental identity of the author. African literature, for example, refers to works supposedly written by Africans and which dwell on issues concerning Africa and Africans.  However, this supposition seemed breached by Koffi Kwahulé and Kossi Efoui who, in their search for a new form for the African theatre, distance themselves from Africa and its peoples. In La mélancolie des barbares (Koffi Kwahulé, 2009) and Concessions (Kossi Efoui, 2005), the two plays which form the focus of this essay, one could hardly find anything (location, names of actors/actresses) which could help link the works to Africa. They therefore raise once again the question about the true identity of the African literature. Using the sociological approach, this work concludes by affirming that there is no africanness in the plays and that the objective conditions of their production make it almost impossible to reflect in any way the reality of the African situation.

 

Introduction

Le lecteur africain qui décide de lire une œuvre littéraire écrite par un auteur africain nourrit certaines attentes. Il attend voir des thèmes et des sujets qui concernent davantage les Africains. Il attend rencontrer des sujets qui touchent aux réalités socio-économiques et politiques du continent africain, bref, il attend à ce que l’écrivain africain produise des œuvres qui sont en phase avec les problèmes quotidiens relatifs à l’existence des Africains. Mais il y un courant théâtrale qui est en train de naitre dans le cadre du théâtre francophone africain. A l’avant-garde de ce courant sont Koffi Kwahulé (Ivoirien) et Kossi Efoui (Togolais).  Certains de leurs écrits dramaturgiques manquent visiblement, aussi bien au niveau de leurs structures  que dans leurs contenus, les caractéristiques par lesquelles on pourrait les lier à l’Afrique. Pour ces deux dramaturges, si la structure de leurs théâtres est inhabituelle et s’ils n’y a rien d’africaine dans le contenu de leurs théâtres, c’est d’abord parce qu’ils cherchent une nouvelle voie pour le genre. En plus, ils expliquent  la nouveauté de leurs productions  par leur conviction que ce n’est pas nécessaire qu’il y ait de lien de solidarité entre une création littéraire et l’appartenance géographique de l’auteur.

Mais ce nouveau phénomène dans la scène du théâtre francophone africain ne peut pas se rationaliser uniquement par l’évocation pure et simple  de la nécessité et des exigences du renouvellement du genre. Il y a également d’autres circonstances outre-littéraires qui se conjuguent  avec le besoin du renouvellement pour imposer comme  nécessité indéniable ce refus de s’identifier à l’Afrique et aux réalités de l’existence objective des Africains. L’objectif de ce travail est d’interroger les deux pièces en vue de dégager les caractéristiques de ce que nous considérons un nouveau théâtre francophone africain ainsi que de tenter d’identifier les conditions de leurs productions.

Les traits du théâtre francophone africain

Le temps et l’espace littéraires n’entretiennent pas de rapport organique avec ceux de la réalité. Mais la littérature,  le théâtre en l’occurrence, représente la vie qui est une réalité sociale. La littérature écrite est dès son début en Afrique, étroitement liée à une fonction sociale et entretient ainsi un rapport très fort avec le système économique, social et politique. Certains traits sont habituellement soulignés  quand on parle du théâtre francophone africain. Le théâtre francophone africain type traite un thème ou un sujet discernable et repérable. Il traite un sujet historique tel le problème de la colonisation (Monsieur Tôgo Ghîni de Bernard Dadié) ; le problème du néocolonialisme (Une saison au Congo d’Aimé Césaire) ; le problème de conflit de culture (L’argent ne fait pas le bonheur de Margaret Kwakwa) ; le problème de la bureaucratie africaine (La secrétaire particulière de Jean Pliya).  Son cadre géographique est soit une ville ou un village africain. Il peut aussi être dans une famille africaine ou dans un établissement formel. Il n’y a jamais de doute où se situe les événements ou actions qui sont reproduits sur la scène. La grande majorité des personnages du théâtre francophone africain sont  des villageois ou citadins africains, affranchis ou naïfs, oppresseurs ou opprimés. Bref, le théâtre francophone africain est construit selon certains conventions artistiques. Ils se ressemblent par les thèmes traités, les personnages mis sur scène, les événements retenus et même la manière d’organiser les dialogues et le langage déployé. Mais à l’exemple du nouveau théâtre français, les deux pièces à l’étude mettent en scène des pièces ‘‘sans contenu’’ et avec des  cadres géographiques  non-repérables. Les personnages manquent de contours et leur identité nationale est indéterminée. Autrement dit, il n’y a rien qui pourrait permettre de lier ces pièces à l’Afrique.

La recherche d’une nouvelle voie pour le théâtre francophone africain

Par leur forme aussi bien que par leur contenu, ces pièces de Kwahulé et d’Efoui mettent en question les principes de la pratique théâtrale francophone africaine tels qu’on les connaît dans les œuvres de Jean Pliya, de Margaret Kwakwa ou de Bernard Dadié. Ils expliquent la nouveauté qu’ils introduisent dans la pratique par leur désir de trouver une nouvelle voie pour le genre. La deuxième guerre mondiale reste un point de repère très significatif de l’histoire politique  du monde. Le traumatisme des tueries que représente la guerre avait provoqué un changement radical de vision du monde dans tous les domaines.  Sur le plan de la pratique littéraire, il y a un changement global de contexte idéologico-esthétique.  Ce changement a produit des courants littéraires tels que le Nouveau Roman et le Nouveau Théâtre français ; deux conceptions littéraires où la philosophie ainsi que la pratique habituelle de la prose et du théâtre respectivement sont t mises en question. Dans le Nouveau Roman et Nouveau théâtre français, le personnage est dissout, l’histoire est mise en abîme, l’intrigue linéaire est devenue une aberration et le message est complètement omis. A l’exemple de ces pratiques litt1raires français, nos deux dramaturges ont adopté des approches qui  favorisent l’expansion des champs du signifiant contre le règne du signifié, et mettent l’emphase sur le soin de la forme au dépens de l’élaboration de la signification. Dans ces deux pièces, il n’y a pas d’analyse psychologique des personnages.  Dans l’histoire littéraire française, le Nouveau Roman et le Nouveau Théâtre sont implicitement des manifestations sur le plan littéraire de la perte de fois dans la rationalité de l’homme suite des expériences angoissantes des deux guerres mondiales. A la lumière de ceci, on est incliné à considérer la structure désorientant de ces pièces comme la métaphore du continent africain complètement désorienté politiquement, socialement et économiquement.

Il est pertinent de dire que Koffi Kwahulé et Kossi Efoui ambitionnent d’atteindre un certain idéalisme qui invariablement se manifeste par        l’orientation vers l’universalisme de leurs œuvres. Vers cette fin, ils suggèrent qu’on ne doit pas forcément réduire  l’explication de l’essentiel d’une œuvre à  l’considération de l’appartenance raciale ou nationale de l’écrivain.  A cet égard, Koffi Kwahulé avoue dans un entretien avec Alfred Dogbé en 2006: Le travail que j’ai essayé de faire, c’est de “déraciner” mon théâtre.  Ceci, sans doute,  va déterminer de manière significative, le fondement philosophique de leurs créations théâtrales. Ainsi ils s’acquittent de délaisser l’Afrique. Ajouter à la recherche d’un idéalisme universaliste est l’ambition personnelle de trouver pour leurs écrits, des voies relativement nouvelles qui permettront de  donner à leurs œuvres, une marque distinctive et personnelle. Mais l’acte d’écrire ne peut pas être réduit à une entreprise égoïste de la part de l’écrivain,  car  écrire est une tentation de faire entendre sa voix, non pas par soi-même, mais par les autres. On écrit pour être lu. Comme disent Wellek  et Warren (1971 :42), ‘’il nous faut décrit la fonction de l’art de telle façon que nous rendions justice à la fois au dulce et à l’utile’’. Ainsi, un théâtre doit être plaisant et accessible. Dans le théâtre ce qui évoque  l’admiration chez l’audience ou le lecteur c’est l’alliance du spectacle, de la politique et de la réflexion qui, conjointement, donnent du plaisir au lecteur. Ils concluent que ‘’lorsqu’une œuvre littéraire fonctionne de manière satisfaisante, les deux  «notes», «plaisir» et «utile», doivent non seulement coexister, mais se fondre en une seule. (Wellek et Warren 1971 :43). Les deux œuvres à l’appui de cette analyse, pour les raisons évoquées, manquent ces caractéristiques fondamentales d’un bon théâtre francophone  africain! Leurs formes sont disjointes car la  structure de leurs  récits (là où il y a du récit) est alinéaire. Au fait,   leurs  récits sont sans  contenu. Dans Concessions par exemple, il s’agit apparemment d’un groupe d’exilés échoués dans un ‘‘no man’s land’’. On ne sait pas d’où ils viennent ni où ils vont. Tout ce qu’on sait de leur situation c’est qu’ils attendent un certain convoyeur qui n’arrivera pas ; et qu’ils désirent aller à ce qu’ils nomment ‘’ailleurs’’.  Il faut donc de la part du  lecteur un effort supplémentaire pour pouvoir comprendre l’œuvre. Or l’habitude de lecture acquise et internalisée depuis longtemps empêche le lecteur moyen Africain de fournir tel effort nécessaire et exigé par les propos de ces œuvres car pour le lecteur, et il est pertinent de le souligner, lire ne devait pas être une corvée. Ainsi la grande majorité de la petite minorité des Africains capables de lire trouve ces nouveaux théâtres ‘‘inaccessibles et déplaisants’’ car pour lui ces œuvres refusent de faire sens !. Aussi faut-il dire que le désir de trouver une nouvelle voie pour faire avancer le théâtre africain ne devait pas constituer un facteur aliénataire de ce théâtre par rapport aux attentes des Africains. La recherche d’une forme mobile et vivante pour le théâtre africain ne devait pas aller à l’encontre du devoir social du dramaturge vis-à -vis de son peuple.  Ceci nous emmène à revoir encore la responsabilité de l’écrivain envers de ses peuples.

La responsabilité sociale de l’écrivain africain

L’axiome que la littérature est l’expression  de la société peut ne pas cerner correctement le rapport qu’entretient une œuvre artistique avec la société qui l’engendre. Mais il est important que l’écrivain représente son époque et la société à laquelle il appartient et que son œuvre porte une valeur représentative de son milieu.  Il faut souligner encore qu’on écrit pour être lu. Et si on doit lire, il faut qu’il y ait une raison pour laquelle on s’engage dans la lecture d’une telle œuvre au lieu d’une autre. Deux grands critiques ont bien traité ce sujet bien qu’ils adoptent différentes approches. Jean-Paul Sartre traite le sujet en demandant pourquoi on écrit. Wellek et Warren entament le sujet en considérant la fonction de la littérature. Dans les deux cas, les deux côtés de la littérature sont identifiés. Pour Sartre, la forme et le fond sont deux aspects indissociables mais que dans un aucun cas, l’importance accordée à la forme ne doit pas dépasser la considération que mérite le fond. Pour distinguer les deux,  Wellek et Warren parlent du  dulce et de l’utile. Le premier désigne le plaisir dérivable de la forme interne de l’œuvre alors que le deuxième décrit l’objectif du récit par rapport le  message moral, politique, social ou économique que l’auteur propose. C’est ce deuxième qui lie l’œuvre à la société qui l’engendre. Selon Wellek et Warren (1971.43)  «Lorsqu’une œuvre littéraire fonctionne de manière satisfaisante, les deux ‘‘notes’’, ‘‘plaisir’’ et ‘‘utile’’, doivent non seulement coexister, mais se fondre en une seule».

La littérature théâtrale, par sa nature scénique et représentative, doit être un lieu d’explication du monde. La représentation théâtrale pourrait et doit donc parler du monde dans lequel elle s’inscrit. Il y a besoin pour le dramaturge Africain de situer son œuvre par rapport aux expériences quotidiennes des Africains. Il doit y avoir des évidences du quotidien  dans sa création théâtrale. Il a une responsabilité inaliénable de défendre l’intérêt du peuple contre les régimes élitistes et oppressifs qui s’emparent des pays africains. Il doit défendre et propager la  culture africaine contre l’assaut de la culture dite globale mais qui à vrai dire n’est que la culture du monde occidental.

Mais qu’est-ce qu’on voit dans les théâtres de Koffi Kwahulé et de Kossi Efoui ? A l’exemple du Nouveau Théâtre français qui favorise une intrigue fragmentaire et un récit sans significations, il y a un grand creux au niveau du thème dans La mélancolie des barbares et également dans Concessions. Or c’est au niveau du thème que l’écrivain dévoile sa vision du monde par rapport à la réalité quotidienne de son peuple. Un écrivain Africain ne peut pas se donner le luxe d’être indifférent aux problèmes souvent épineux de la faim, de la maladie, de la souffrance et de la mal administration auxquels  s’affrontent les peuples africains. Une œuvre qui s’éloigne de cette responsabilité, quoi que soit la raison, ne mérite pas, à ce moment de l’histoire du continent, d’être appelée une œuvre africaine. L’auteur africain a la responsabilité de donner du plaisir, de divertir mais plus important, il a un devoir sacré  d’éveiller la conscience de ses frères vis-à-vis des problèmes de leur propre existence, des problèmes dont ils sont souvent par ignorance, inconscients.

Comment peut-on catégoriser un théâtre où les personnages n’ont rien d’africaine ni dans leurs noms ni dans leurs paroles comme une œuvre africaine car  ni les noms des acteurs et actrices, ni les lieux évoqués, ni le contenu de La mélancolie des barbares et de Concessions ne constituent des repères pouvant permettre de situer l’appartenance continentale de ces deux dramaturges. Par exemple, il n’y a pas de nom propre dans Concessions. Les acteurs sont identifiés par des noms descriptifs ou adjectivaux comme La mère, L’homme au long manteau noir, l’Homme de cave, le coach aveugle, etc. Le cas des acteurs dans La mélancolie des barbares est plus surprenant et intriguant. Il y a une dizaine d’acteurs et actrices dans la pièce, mais à part Zac, Baby Mo et Lulu,  les autres personnages ne sont pas nommés. En plus, les récits de ces deux théâtres se situent dans une sorte de ‘’no man’s land’’ géographique et culturelle. Il n’y a aucune indication géographique pour indiquer le lieu où se déroulent les actions/inactions ? Le but d’un théâtre ne devrait pas être simplement la théâtralité. Il devait imiter le réel afin d’en apporter des explications. Un théâtre qui s’éloigne de la réalité d’existence du peuple qui lui donne vie laisse beaucoup à désirer.

Lorsque la forme et contenu de la littérature sont dans une grande mesure dictés par les grands traits de la société, celle-ci exerce en revenge une influence importante sur la société dans le sens où elle meut la conscience et vision du monde des gens dans la société. Mais quelle influence peut avoir des œuvres qui n’offrent aucun message  dont leurs  formes donnent l’exemple d’un désordre irrémédiable ? Mais heureusement que l’histoire littéraire montre clairement que ces aberrants artistiques ne font que susciter la curiosité des lecteurs mais ne réussissent jamais à constituer un grand obstacle au développement de la littérature. La forme et contenu de ces deux pièces ne peuvent pas constituer un bel exemple à suivre [pour le théâtre francophone africain.

Les conditions de production de ce  Nouveau Théâtre africain

L’ivoirien Koffi Kwahulé et son homologue togolais, Kossi Efoui s’éloignent de l’Afrique et des Africains dans leurs écrits. Pour qui écrivent-ils donc ? Il est à noter que cet éloignement du continent de leur origine, ils le sont d’abord physiquement car ils habitent et travaillent tous les deux en France depuis bien longtemps. Il ya donc l’influence du milieu géographique et culturel  sur les deux. Il y a il y également d’autres conditions qui leur imposent   le besoin d’écrire de cette manière qui les écarte de leur origine africaine, tel le fait qu’ils n’écrivent pas, sans aucun doute pour les Africains. Les Africains ne sont pas leurs audiences ou lecteurs du premier degré.  Pour des raisons évidentes, leurs audiences/lecteurs cibles sont les Européens.  D’abord  ils ne sont pas des dramaturges de dimanches, ils doivent donc viser  à une audience plus vaste pour leurs œuvres pour des raisons pécuniaires. Kwahulé admet ceci quand il dit qu’ en Afrique, il y a une pression de l’extérieur, c’est-à-dire de ceux qui peuvent commander et acheter les spectacles. Ensuite, il manque sévèrement en Afrique les réseaux rentables de diffusion aussi bien que les éditeurs qui disposent des moyens financiers nécessaires pour la production des livres  de qualité. Et puis,  parce que ces œuvres sont  produites en Europe, elles sont inaccessibles aux Africains car les prix sont souvent hors de leur portée. Finalement, le taux d’analphabétisme en Afrique  se conjugue avec le manque de motivation pour la lecture divertissante chez les Africains pour faire de l’Afrique un continent insignifiant pour les maisons d’éditions de ces livres.

Les éléments para-textuels de ces deux théâtres démontrent clairement le fait qu’ils ne sont pas destinés aux Africains. Par exemple, Concessions est le fruit d’une expérience de neuf ans menée dans l’agglomération toulousaine avec le soutient de La Direction Régionale des Affaires Culturelles de Midi-Pyrénées, Le conseil Régional de Midi-Pyrénées, La Ville de Toulouse et L’Etat dans le cadre du contrat de ville (Toulouse). C’est une pièce commandée par le Théâtre de LA DIGUE et de la compagnie ‘’La Part Manquante’’. La mélancolie des barbares lui aussi est «un fruit de l’expérience menée depuis 1997 dans l’agglomération toulousaine. Il est commandé également par le Théâtre de LA DIGUE et de la compagnie ‘’Tabula Rasa’’. Résultat d’un atelier animé par l’auteur pour un ‘’groupe d’adolescents des Communes du Grand Rodez, il a été réalisé avec le concours de La Communauté d’Agglomération du Grand Rodez, Le Conseil Local de Sécurité et de Prévention de la Délinquance du Grand Rodez, La Ville de Rodez, La Maison des Jeunes et de la Culture de Rodez, Le Conseil Régional de Midi-Pyrénées, Le Pays Ruthénois, Le Conseil Général de l’Aveyron et La Mission Départementale de la Culture de l’Aveyron». Pourrait-il y avoir de l’africanité dans une telle condition de production

Conclusion

Dans les deux pièces qui servent d’apport à cette réflexion, il est clair que les deux dramaturges, et pour des raisons évidentes, se sont éloignés de l’Afrique et des Africains. Ils s’orientent vers un universalisme plutôt utopique, et dénaturent ainsi le théâtre africain. Dans Concessions aussi bien que dans La mélancolie des barbares rien n’est resté d’africain. Ils ont tous les deux sacrifié la responsabilité sacrée que l’écrivain africain doit à son peuple sur l’autel de la recherche d’une nouvelle voie pour le théâtre. En se faisant, ils fuirent de leur responsabilité sociale pour se cacher derrière un écran d’un universalisme dans lequel l’Afrique n’est qu’une victime.  Ils   s’écartent très dangereusement  de leur devoir de dévoilement les enjeux politiques de leur continent. Ils refusent de projeter  et de défendre des valeurs culturelles africaines.  Il ne reste aux lecteurs africains que de se consoler avec le fait que leurs frères pourront produire des œuvres théâtrales qui plaisent aux Français ! Et pour ceux qui possèdent la capacité et la patience de tacher de tirer une réjouissance quelconque dans la forme structurelle brisée emballée dans les signes linguistiques sans signifiés, les livres sont à peine disponibles.

Cette structure brisée, pour nous, est une métaphore de la propre identité brisée de ces deux dramaturges. On dirait qu’ils ne possèdent plus, à cause de leur demeure de très longtemps, ni la pensée ni la vision proprement  africaine. Par extrapolation, on dirait aussi que cette structure est une mimique tragique des Africains qui  n’arrivent pas,  dans un monde globalisé, à se reconnaitre ni à s’identifier à une culture universelle globalisée aussi dont ils ne sont que des observateurs impuissants.

Nous avons dit que ces deux dramaturges se sont éloignés de leur continent d’origine. Cette fuite prend une signification métaphorique aussi dans le dilemme de l’Afrique contemporaine. Celui qui concerne le désir ardent des Africains, volant échapper aux dures conditions d’existence dans le continent,  d’embarquer volontairement le ‘’bateau d’esclavage’’ pour évader la misère et la pauvreté qui abondent dans le continent, un phénomène qui dépouillent l’Afrique de ses ressources humaines par la suite comme au temps de l’esclavage d’antan.

 

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LES ECHOS DE LA SAVANE DANS LES PROVERBES

D’AHMADOU KOUROUMA

Dr Samson Abiola AJAYI,

Department of  Foreign Languages,

Olabisi Onabanjo University,

Ago-Iwoye, Ogun State, Nigeria.

Introduction:

La littérature nait dans un milieu pour exprimer les expériences socio-culturelles et politiques d’un peuple. Chaque peuple réside dans un contexte géographique. Le milieu et la culture ont des influences réciproques à travers les siècles.

C’est-à-dire que tout contexte géographique a inconstestablement des conséquences, des influences sur la vie des hommes qui y habitent. La langue étant le plus important élément de toute culture, le cadre géographique a sans doute des réflexions sur elle. C’est ce que ce travail cherche a démontrer à travers les proverbes d’Ahmadou Kourouma dans ses romans.

Derrière universalité des vérités exprimées  dans les romans d’Ahmadou Kourouma s’érigent irrésistiblement des éléments linguistiques culturels d’ordre contextuel qui réfèrent aux pays des Kéita, et de Samory, c’est-à-dire à la savane africaine.

Le proverbe revêt une importance toute particulière en Afrique; son usage détermine en grande partie la richesse d’un ouváge l.ittéraire c’est pourquoi ce travail porterait ses analyses sur les proverbes dans  deux  romans de Kourouma, Monnè outrages et defies et En attendant le vote des bêtes sauvages. Le choix de ces deux romans est justifié. Les deux romans sont parmi les plus importants ouvrages publiés par l’Ivoirien de son vivant, et ils sont assez representifs de l’œuvre Kourouma surtout quand an considère le grand nombre de proverbes que l’auteur a employé dans les deux romans.

De plus l’un porte sur la période coloniale et l’autre sur la période d’après les indépendances.

Contexte

La notion du contexte est basée sur le principe structuraliste de relation entre les systèmes. Il y a deux grands types de contexte, notamment le contexte de situation et le contexte de culture. Le contexte de situation est ce que refère à la situation  proche et au milieu immédiat de l’ouvrage, tandisque le contexte de culture a affaire à des circonstances et des conditions socio-culturelles et historiques plus vastes inherrentes dans l’ouvrage.  (Guiraud, 1971:24).

C’est en effet sur le principe de contexte socio-culturel et historique que repose l’analyse dans ce travail. Le cadre socio-culturel et géographique des Malinkés, la savane africaine, et ses échos dans les proverbes employés par Kourouma dans les deux romans. Il s’agit de passer en revue un certain nombre de ces proverbes et d’en faire ressortir les registres qui refèrent aux charactéristiques physiques et géo-culturelles de la savane.

 

Proverbes et adages

L’emploi de proverbes et d’adages occupe une part importante dans la littérature africaine en prose. Cela est le reflet de l’importance de l’usage des proverbes dans les sociétés africaines.

L’existence et l’emploi des proverbes ont une caractéristique contextuelle en ce sens que chaque société ou communauté a ses proverbes. Même s’il y a quelques proverbes d’ordre inter-communautaire, et inter-culturel, la vérité est que les proverbes s’enracinent dans une société pour refléter non seulement  les attributs socio-culturels et politiques de cette société, mais aussi pour refléter les atouts géographiques et climatiques.

Kourouma a pour sa part rehaussé l’usage de proverbes et adages d’un cran. Ses romans sont pour la plupart parsemés des dizaines de proverbes. Cela est certes la preuve non seulement d’une enfance traditionelle solide mais aussi du talent d’écrivain de classe. En effet, dans En attendant le vote des bêtes sauvages, Kourouma va jusqu’au point a de marquer chaque chapitre par une serie de proverbes. Lorsqu’on ajoute aux  multitudes de proverbes que l’on rencontre  au file de l’ouvrage, on compterait au total environs une centaine de proverbes dans un seul roman.

C’est que Kourouma le sait bien et il le dit clairement dans En attendant le vote: des bêtes sauvages que:

 

Le proverbe est le cheval de la parole; quand la parole se perd, c’est grâce au proverbe qu’on le retrouve (p.42)

Cette vérité est de caractère africain et peut-être universel aussi, car en pays Yoruba par exemple on dit exactement la même chose quand il s’agit de réitérer l’importance du proverbe dans les discussions.

La Savane

La savane est la grande étendue territoriale qui s’étale entre le désert du sahel et la forêt équatoriale en Afrique. Il y a des pays africains qui sont partiellement situés dans la savane et il y a des pays qui sont entièrement englobés dans la savane.

Parmi les pays où la savane occupe surtout la partie nordique de leurs territoires on peut citer: La Côte-d’Ivoire, le Ghana, le Togo, le Bénin, le Nigéria et le Cameroun. Les pays cent pour cent savanes sont entre autres le Niger, le Mali, le Bourkina Faso, la Mauritanie.

Les indices surtout géographiques de la savane peuvent être divisés en trois grandes parties, à savoir la flore (la végétation et la topographie) la faune (les animaux terrestres et aquatiques, les oiseaux), et le climat. C’est à travers ces optiques que les proverbes de Kourouma seront ci-après analysés pour en faire ressortir les échos de la savane.

La flore

La végétation et la topographie de la savane sont marquées par des éléments tels que le baobab, la brousse et les feux de brousse, les collines et les montagnes. Les proverbes de Kourouma dans Monnè outrages et défis (MOD) et En attendant le vote des bêtes sauvages (EAVS) font échos de ces éléments.

La baobab

-      “Malgré le séjour prolongé d’un oiseau perché sur un baobab, il n’oublie pas que le nid dans lequel il a été couvé est dans l’arbuste”. (EAVS, p.11)

-      “Si un petit arbre est sorti de terre sous un baobab, il meurt arbrisseau” (EAVS, p.210)

Brousse et feu de brousse

-      “Quand l’incendie de brousse traverse le fleuve, c’est une cause d’embarras grave pour celui qui voulait l’éteindre.” (EAVS, p. 359).

Montagnes et collines

-      “Celui qui déteste l’escalade ne construit pas son habitation au sommet d’un mont.” (MOD, 9.100)

-      “Une petite colline te fait arriver à une grande”  (EAVS, p. 329).

La faune

La faune est l’ensemble des animaux d’une région ou d’un milieu déterminé. La savane a sa faune; dans le cadre de ce travail, nous voudrions les regrouper en animaux vivant sur terre, dans l’eau et dans l’air.

Sur terre: éléphants, singes, hyènes,

-      “le coassement des grenouilles n’empêche pas l’éléphant de boire” (EAVS, p. 210).

-      “Un énorme éléphant n’a pas toujours d’énormes défenses” (EAVS, p. 267)

-      “Qui suit l’éléphant ne doit plus essuyer la rosé matinale des hautes herbes de la piste” (MOD, p.91)

-      “Le singe n’abandonne pas sa queue, qu’il tient soit de son père soit de sa mère” (EAVS, p.50)

-      “C’est le fruit de la liane de caoutchouc que le singe ne peut pas atteindre qu’il qualifie d’avarié” (MOD, p.176)

-      “On ne fait jamais d’une hyène un mouton” (EAVS, p.108)

Dans l’eau: Crocodiles, hippopotames,

-      “la seule blessure qui ne se ferme jamais est celle que vous laisse la morsure du crocodile issu et sorti de votre propre urine” (MOD, p. 127)

-      “Dans un bief il ne peut exister qu’un hippopotame mâle (EAVS, p.110) 

-      “On ne prend pas un hippopotame avec un hameçon” (EAVS, p. 256)

d’ans l’air: pintades, perdrix

-      “si la perdrix s’envole son enfant ne reste pas  à terre” (EAVS, p.11)

-      En vérité, les hautes herbes peuvent cacher la pintade, mais elles ne parviennent pas à étouffer ses cris” (MOD, p.172).

-      Le cadavre d’un oiseau ne pourrit pas en l’air, mais à terre”. (EAVS, p.113)

Le Climat

-      La savane est caractérisée par un climat unique marqué par un soleil,   un harmattan et une saison sèche assez sévères. Ces indices sont réfletés dans les proverbes d’Ahamdou Kourouma, donnant ainsi à ses romans une saveur tropicale unique.

 

Le soleil et l’harmattan

-      “Même en plein harmattan, le soleil de temps en temps s’arrête en demandant aux nuages de se voiler” (EAVS, p. 39)

La saison sèche et la chasse

-      “La transgression se comporte comme une petite braise jetée dans la grande savane au gros de la saison sèche. On voit où la flamme prend mais nul ne sait où elle s’arrêtera.” (EAVS, p. 27).

-      “On ne regarde pas chez nous dans la bouche de celui qui fume les agoutis chassés par tout le village” (EAVS, p. 195).

 

Conclusion

La présence des éléments géographiques et climatiques de la savane africaine est bien visible dans les proverbes de Kourouma, aussi que le montre les deux romans étudiés dans ce travail. A travers l’analyse de la faune, de la flore, et des indices climatiques référant au pays des Malinkés, l’objectif que s’est fixé ce travail est atteint.

Cette étude s’est bien gardée de se plonger dans les analyses du contexte socio-politique dans lequel les proverbes cités sont employés, de peur de perdre l’essence de l’art, l’esthétique littéraire dans ces proverbes résonnant les échos de la savane. L’étude du contexte socio-politique des proverbes de Kourouma peut valablement être l’objet d’un autre travail de recherche.

BIBLIOGRAPHY

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KOUROUMA, Ahmadou (1990). Monnè, outrages et défis, Paris, Seuil.

 

KOUROUMA, Ahmadou (1998). En attendant le vote des bêtes sauvages, Paris, Karthala.

 

UNE TENTATIVE ILLUSTRATIVE DE L’EXPRESSIVITE DES PHONEMES DANS LES SOLEILS DES INDEPENDENCES D’AHMADOU KOUROUMA

Dr. A. A. Illah

DEPARTMENT OF FRENCH,

AHMADU BELLO UNIVERSITY,

ZARIA, KADUNA, NIGERIA

Résumé

Les phonèmes sont considérés comme les unités minimales de la  langue dénuées de contenu sémantique, bien qu’ils soient capables à effectuer un changement de sens des mots par leurs fonctions distinctives. Quoique non- significatifs, les phonèmes se prêtent à une certaine expressivité dans une distribution particulière. Nous illustrons dans cette communication, la tendance de ces éléments à exprimer certaines idées qui reflètent certains des thèmes traités par Ahmadou Kourouma dans “Les Soleils des indépendances.”(1970)

Abstract

Phonemes are considered as the tiniest bits of language devoid of meaning eventhough they are capable of  effecting changes in the meaning of words by their distinguishing functions. Although meaningless, phonemes are capable of being expressive in particular contexte. This paper illustrates the tendency of these elements to express ideas that reflect some of the themes treated by Ahmadou Kourouma in « Les soliels des indépendances » I970.

Introduction

Les phonèmes se définissent généralement comme les éléments les plus petits de la langue. Une définition plus lucide se trouve contenu dans celle de la langue proposée par André Martinet (73 :20)  ainsi :

Une langue est un instrument de communication selon lequel l’expérience humaine s’analyse, différemment dans chaque communauté, en unités douées d’un contenu sémantique et d’une expression phonique, les monèmes ; cette expression phonique s’articule à son tour en unités distinctives et successives, les phonèmes, en nombre déterminé dans chaque langue, dont la nature et les rapports mutuels différent eux aussi d’une langue à une autre.

 

Un regard de près de cette définition révèle le rôle des phonèmes dans la communication linguistique. Dans sa manifestation effective, la langue dispose de certaines unités de base dont le nombre, très limité, varie d’une langue à l’autre. C’est en effet à partir de ces éléments que s’analyse la langue. Il s’agit des unités phonologiques, les phonèmes, qui, pour rendre possible la communication, se regroupent en d’autres unités immédiatement supérieures appelées ‘monèmes’. Tout comme leur nombre, les possibilités de regroupement ou de combinaison des unités phonologiques diffèrent d’une langue à l ‘autre, quelque fois de manière remarquable.

Le regroupement dont il est question, peut s’effectuer d’une manière particulière pour créer des effets stylistiques particuliers. Il s’agit, en effet, de l’expressivité des phonèmes ou des sonorité, car, à travers des combinaisons recherchées, l’écrivain peut obtenir des jeux de sonorités qui rendront plus expressifs les énoncés, puisque la langue dispose librement de certaines éléments phoniques de la chaîne parlée qu’elle peut utiliser à des fins stylistiques. Cela explique la notion de variantes phonostylistiques, notion sur laquelle repose l’étude de la phonostylistique. La langue dispose d’un tas de variantes phonostylistiques parmi lesquels on distingue l’onomatopée, l’allitération, l’assonance, l’harmonie imitative. Le recours surtout à ces procèdes phonostylistiques par l’écrivain peut s’expliquer par son souci de rendre les mots et les énoncés motivés, surtout dans une langue où les mots ne le sont pas. Précisons donc certains dits sur la notion de l’expressivité des phonèmes.

 

L’Expressivité des Phonèmes

Comme nous l’avons déjà précisé, les unités linguistiques appelées « phonèmes » ne sont pas, lorsqu’isolées, significatives, c’est-à-dire, elles ne sont pas douées de sens ; elles ne font que distinguer des signes linguistiques, les uns des autres. Cependant, ces mêmes éléments sont capables à transmettre des idées, des messages lorsqu’ils se trouvent dans une distribution particulière. Des linguistes/stylisticiens divers se sont mis d’accord sur l’expressivité indépendante des phonèmes. Selon Jesperson cité par Cressot (74 : 29)

Qu’elles soient naturelles ou qu’elles aient été acquises au cours de l’évolution phonétique, les propriétés expressives des sonorités sont indéniables et peuvent prendre plusieurs directions. Elles peuvent dans certains cas évoquer par imitation, une sensation auditive (onomatopée), mais encore des sensations visuelles (mouvement et couleur) et même des sentiments : un lien naturel existe entre les sons aïgus et la clarté et, entre les sons sourds et l’obscurité.

 

Jesperson ne serait pas seul dans cette voie de raisonnement. Son opinion se trouve corroborée par la réflexion de Grammont cité par Cressot ainsi (74 : 29)

On traduit une impression intellectuelle en une impression sensible, visuelle,  auditive, tactile. On traduit un ordre de sensations en sensations d’un autre ordre, on distingue des sons graves, des sons clairs, des sons  aïgus, des sons doux, des sons aigres, des sons durs, etc… Une idée grave peut être traduite par des sons graves, une idée douce par des son doux…

 

Nous tenons à préciser que l expressivité des phonèmes est liée directement aux mouvements articulatoires divers qu’ils exigent. C’est le critère employé dans la classification des phénomènes proposées par ces mêmes linguistes.

Selon eux, les voyelles se divisent en aigues [i, y,] claires [ε e œ] ; graves [o, u] ; sombre [ã] et expriment selon le cas, l’acuité (pour les aigues), l’obscurité ou la tristesse pour les graves.

Les consonnes selon leur articulation, expriment également des sensations différentes ; par exemple, les occlusives [p, t, k, b, g] expriment « un bruit sec et répété » et des sensations telles que l’ironie, la colère, l’agitation.

Voilà comment les phonèmes en eux-mêmes pourront être expressifs. Mais étant donné que toute communication ne s’effectue pas un niveau des phonèmes isolés, nous serons obligés d’examiner les combinaisons de ces éléments en contextes différents à des fins expressives. Les façons clées adoptées généralement par l’écrivain pour créer la motivation désirée sont à travers « l’assonance » et « l’allitération ». Ce sont ces deux procédés auxquels nous nous limitons dans cette communication. Les illustrations dans le roman en examen seront relevées. Avant d’y passer, posons théoriquement ces deux concepts :

L’Assonance : Une façon simple de considérer l’assonance est de la décrire comme une succession des sons vocaliques. Courault la considère comme « la répétition disgracieuse d’une sonorité voyelle » (57 :80). L’exemple ci-après de l’assonance est tiré de la même source :

En juin 1940, ils s’en furent sur les routes en emmenant en voiture autant qu’ils le purent mais furent arrêtés à Saumur par le hurlement des sirènes. (57 : 80)

 

Nous remarquons la double assonance en [ă] et [y]. L’assonance peut s’effectuer aussi au niveau du suffixe adverbial « …ment », par exemple, « La Maison est évidemment parfaitement tenue ». L’usage pareil sera destiné à des fins expressives.

L’Allitération : Ce procédé se considère comme une succession des sons consonantiques. C’est la répétition inharmonieuse du même son consonne. Un exemple plutôt classique de l’allitération sera dans les vers de Voltaire : « Non, il n’est rien que Nanine n’honore » où la même consonne [n] figure sept (7) fois. Un usage pareil n’est qu’à des fins stylistiques. L’allitération peut se manifester au niveau des prépositions du, de des, par exemple :

Il est question d’introduire dans l’emploi du temps des élèves des écoles primaires des heures d’enseignement des principes du code de la route. (57 :30)

 

Ces deux procédés illustrent la notion de cacophonie, celle-ci étant considérée comme une rencontre de sonorités jugées désagréables pour l’oreille, une répétition disgracieuse ou inharmonieuse pour employer les termes de Courault. Ordinairement, l’écrivain doit s’efforcer d’éviter les rencontres de sonorités surprenantes ou choquantes (comme celles que nous venons de remarquer) pour des raisons d’euphonie- successivité harmonieuse des consonnes et voyelles. Mais si, au contraire, l’écrivain doit recourir à la cacophonie, c’est pour créer des effets particuliers. Il peut toujours aller à l’ encontre des règles en vigueur à des fins expressives. C’est dans cet esprit que le hiatus – la rencontre désagréable de deux voyelles, l’une à la fin d’un mot et l’autre au début du mot suivant- mérite la mention. Ce procédé, proscrit il y a longtemps, devient admissible chez les puristes, par le simple raisonnement qu’un phénomène qui existe à l’intérieure des mots peut exister aussi à l’intérieur d’une phrase. On s’en inspire donc pour citer l’exemple du hiatus emprunté à la fable de la fontaine « Le cloche et la mouche » : « Apres bien du travail, le cloche arrive au haut ». Rappelons que le cloche est une voiture tirée par deux chevaux qui sert au transport des voyageurs. L’effort à faire pour réaliser ces deux voyelles successives nous fait participer à l’éventuel effort des chevaux.

Ayant posé la base théorique des deux procédés principaux, nous nous permettons donc à passer à l’illustration de leur usage à des fins expressives dans le roman en question. Nous commençons par l’illustration de l’allitération.

 

L’Allitération dans Les Soleils des Indépendances

L’allitération, comme nous l’avons déjà remarqué, se définit comme une succession de sons consonantiques, une répétition inharmonieuse du même son consonantique. Les consonnes, selon Martinet (73 :45), sont définies par le bruit :

Les sons qui se perçoivent mal sans le soutient d’une voyelle précédente ou suivante.

 

Des instances d’allitération suivantes se font remarquer dans le roman en examen. Nous précisons que toutes les instances servant d’illustration seront prises de Les Soleils des indépendances et que sauf les pages seront indiquées :

Et puis les bâtards ! Les bâtards de badauds plantés en plein trottoir comme dans la case de leur papa. (Les Soleils…pp. 9-10).

 

L’allitération dans ce cas, réalisée par l’alternance des occlusives bilabiales sonore et sourde [p, b], exprime l’angoisse, la tristesse de Fama, étant provoqué par les gens des soleils des indépendances- les leaders et leurs agents. Selon Grammont cité par Cressot (74 :30)

Les consonnes se divisent essentiellement en momentanées et continues. Les premières, sourdes /p, t, k/ ou sonores /b, d, g/ expriment « un bruit sec et répété » et des sentiments tels que l’ironie, la colère, l’agitation.

 

Voilà la sensation agitée de Fama, sensation exprimée par l’allitération en [p, b] relevée ci-haut.

Pour pouvoir apprécier pleinement l’expressivité et la sensation dont il s’agit dans ce cas, il faut une pause ici pour fournir le profile de Fama, le personnage principal du roman.

Le nom ‘Fama’ signifie en malinké, la langue maternelle de l’auteur et le contexte linguistique dont il s’inspire, ‘roi’. Avant l’arrivée des colons chez lui, Fama appartenait à l’aristocratie, la classe dirigeante, où il vivait bien, menait une vie remarquablement privilégiée – tout se trouvait à sa disposition. Issu d’une des grandes familles (les Doumbouya) dont dépendait le développement commercial de la région, l’un des centres de commerce se trouvait à Togobala (son village natal) pour le commerce des noix de kola. Fama était le dernier  légitime descendant des princes Doumbouya, appelé à incarner et à inspirer le respect et la dignité princière dans son comportement. Le statut extrêmement privilégié de ce personnage se résume dans les termes suivants :

Lui, Fama, né dans l’or, le manger, l’honneur et les femmes ! Eduqué pour préférer l’or à l’or : pour choisir le manger parmi d’autres, et coucher sa favorite parmi cent épouses. (Les soleils… p.10)

 

Pour Fama, tout était idéal. La colonisation a pourtant provoqué chez lui une rupture dans son confort surtout sur le plan politique. Fama s’attendait à devenir le chef de tout Horodougou après la mort de son père. Mais le contrôle politique du pays étant sous un commandant blanc, celui-ci dépossédait Fama de la chefferie de Horoudougou en faveur de son cousin Lancina. Mais heureusement pour le premier, il détenait toujours les avoirs économiques, car le négoce fleurissait toujours : « La colonisation a banni et tué la guerre mais favorisé le négoce ». Il allait néanmoins participer à la lutte anti-coloniale quoiqu’il ne soit pas convaincu de l’émancipation totale de son pays, mais dans l’espoir de regagner sa gloire passée, surtout, son privilège politique. Cette participation provoquait en lui une autre transformation :

Fama avait comme un petit rat de marigot creusé le trou pour le serpent avaleur de rats, ses efforts étaient devenus la cause de sa perte car, comme la feuille avec laquelle on finit de se torcher, les indépendances une fois acquises, Fama fut oublié et jeté aux mouches.

 

Nous venons juste de présenter le profile de Fama à deux perspectives historiques différentes- la période pré -coloniale et l’ère coloniale. La perspective postcoloniale de Fama devient la plus remarquante car, la focalisation n’est plus aux structures précoloniale et coloniale, puisque, selon Jeusse (84 :8)

Un regard très critique se porte sur les nouvelles sociétés africaines et leur fonctionnement, stigmatisant leurs injustices et leurs échecs.

 

Pour Fama, (et pour bien d’autres), les indépendances n’ont rien apporté que la carte d’identité nationale et celle du parti unique, lui, qui s’attendait à être réintégré pleinement et solidement dans la scène politique. Malheureusement pour lui, les Africains qui ont pris le pouvoir politique avec l’indépendance, ont assumé la position de l’ancien colonisateur ; ils se sont emparés de tout le faste ne laissant pour Fama (et bien pour d’autres) que la dégradation politique, la détérioration économique et la déchéance sociale. Voilà en gros, le profile du personnage principal dont l’état d’âme est exprimé par la distribution particulière des consonnes illustrées déjà et encore ci-après :

Fama était agacé par l’insomnie et se reproche de ne pas profiter de la veille pour penser à son sort. Réfléchir à des choses sérieuses, légitime descendant des Doumbouya ! Le dernier Doumbouya ! (p.99)

 

La reprise de la fricative apico-dentale sonore [d] est particulièrement significative : elle met en relief l’auto -réflexion, l’état pénible (démontré même par la position articulatoire de ce phonème- la pointe de la langue s’appuyant contre les incisives supérieures) d’un prince déchu. L’allitération dans cette illustration fait voir une méditation profondément agitée de Fama face à sa dégénérescence actuelle, suivie de la disparition imminente (la mort) d’une dynastie asse renommée dont il est héritier. La disparition en question est engendrée par la stérilité de sa femme Salimata (ou sa propre stérilité) qui n’a aucun enfant pour le mari, Fama. La stérilité implique le non remplacement. Si Fama ne féconde pas sa femme, il n’aura pas d’enfant héritier, et, par conséquent sa disparition définitive et celle de sa dynastie (la dynastie Doumbouya) et celle d’une époque. D’une façon générale, elle traduit l’impossibilité de reproduire le passé, de le faire revivre. Voilà à quoi pense profondément Fama, agitation bien captée par l’allitération en la consonne apico-dentale [d].

Et parlant de Salimata, la femme de Fama, relevons certains cas de distribution consonantique qui illustrent également sa situation agitée, pénible :

Le viol ! Dans le sang et les douleurs de l’excision, elle a été mordue par les feux du fer chauffé au rouge et du piment. (p.31).

 

L’allitération ici en la fricative labio -dentale sourde [f], met en relief la douleur du phénomène d’excision éprouvée par Salimata, sensation exprimée, insinuée par la friction qui définit la réalisation de cette fricative. Imaginons le bruit qui se perçoit quand on fait frire de la viande sur le feu.

Examinons encore le cas d’allitération ci-après :

Salimata se retourna, le chanteur était à demi caché par une passagère mais la silhouette autant qu’on pouvait la voir rappelait aussi, confirmait : pas le Fama vautour vidé, mais le jeune, le beau que Salimata avait rejoint lorsqu’elle s’était échappée du village. (p.64)

 

L’allitération en fricative labio -dentale sonore [v] ici, exprime les sensations d’angoisse, de colère, de désenchantement et en fait d’ironie, sensation que ressent Salimata chaque fois qu’elle pense à son mari Fama qui est devenu dégénéré sur tous les plans. Elle ne peut plus y croire ; désenchantement contrasté par une réminiscence agréable au moment de sa première rencontre avec lui (elle a dû quitter son tout premier mari pour retrouver ce jeune et beau Fama) d’où encore, le regret, l’ironie.

Les consonnes de la classe labiale expriment en générale ces sensations. Selon Grammont cité toujours par Cressot (74 :30) :

…Le point d’articulation des labiales /p, b/ et des labio- dentales /f, v/ se situant au niveau des lèvres, le mouvement de physionomie qu’elles supposent les rendaient propres à exprimer le mépris et le dégoût comme les soupirs et les sanglots.

 

Illustrons le dernier cas d’allitération  en examen avant de passer à l’expressivité des voyelles. Bien entendu, des cas d’allitération abondent dans le roman et, par conséquent, cet examen ne peut pas être exhaustif. Nous avons décidé de nous limiter à ces cas pour illustrer tout simplement le phénomène de l’expressivité en question.

Le Muezzin lançait l’appel pour la première prière, puis parcourait les ruelles en chantant des versets, s’arrêtant parfois. (p. 124)

 

L’apparition de l’occlusive bilabiale sourde [p] à l’initiale des mots en succession est également frappante. L’allitération exprime le bruit sec et répété (exprimé par cette consonne comme nous l’avons déjà indiqué) de l’acte décrit (appel aux prières) et par conséquent, l’importance accordée à l’acte religieux en question.

Permettons donc d’illustrer certains cas d’assonance qui se font remarquer dans le roman. Avant d’y arriver, rappelons encore ce qu’on entend par l’assonance.

 

L’Assonance dans Les Soleils des Indépendances

L’assonance se définit comme une succession de sons vocaliques. Selon leur succession, les voyelles sont capables, elles aussi, à être expressives. Par exemple, les voyelles aïgues [i, y] suggèrent l’acuité, qu’il s’agisse d’un bruit ou d’un sentiment, qui pourrait arracher des cris aigus. Le peu de cas d’assonance suivants se font remarquer dans le roman en étude :

Et elle a crié, hurlé. Et ses yeux ont tourné et ployé dans le vert de la forêt puis le jaune de l’harmattan et enfin le rouge du sang, le rouge du sang, de rouge des sacrifices. (pp. 31-32).

 

L’assonance ici en voyelle aigue [e] mise en ordre croissant des participes, exprime l’activité, l’acuité dans le cri de douleur exprimé par Salimata lorsqu’elle est violée.

Rappelons que Salimata, la femme adorée de Fama (le personnage principal dans le roman de l’étude) a dû subir l’excision comme toutes les dames de son âge, une sorte d’une cérémonie d’initiation au mariage. Cependant, non seulement cette cérémonie n’a-t-elle pas abouti pour elle (après la douleur du couteau), mais elle a été de plus, violée par Tiécoura, celui qui a surveillé l’initiation. C’est une sensation d’angoisse, de douleur qui la traumatise pour toujours. Voilà la sensation douloureuse qui est exprimée et renforcée par l’accumulation de la voyelle [u], voyelle sombre, mais voyelle qui exprime une sensation sombre, triste, grave comme nous l’avons déjà indiqué dans la proposition de la classification des phonèmes par Grammont et Jespersen cités par Cressot (déjà vue cette communication).

Illustrons d’autres cas d’assonance dans le roman :

Un garçon de dix-huit mois, nu comme un fil de coton, nez et yeux grouillants et puants de morves et mouches, se dandinait, marchait et tendait les mains à Salimata (p. 54).

 

Dans ce cas, l’assonance, réalisée doublement en voyelle nasale [ã] dite sombre et voyelle orale  [ε] dite claire,  exprime le désespoir, le noir, la dégénérescence, la misère absolue dans laquelle vivent les citoyens de tous les âges. Même les enfants ne sont pas exempts de cette dégénérescence générale.

Précisons que la déchéance sociale voire économique, est l’un des thèmes principaux traités par Kourouma dans son œuvre. Bien entendu, la dépravation économique engendre –t- elle forcement la déchéance sociale. On assiste à une foule de gens sans métier, sans moyens évidents de s’assurer de la survie. Il s’agit d’une prépondérance de la misère, de la pauvreté intense et, du désespoir sans rival. Voici une description crue, nue, détaillée de la réalité sociale dans laquelle vivent les gens :

Les bas- côtés grouillent de mendiants, estropiés, aveugles que la famine avait chassés de la brousse. Des mains tremblantes se tendaient mais les chants nasillards, les moignons, les yeux puants, les oreilles et nez coupés, sans parler des odeurs particulières, refroidissaient le cœur de Fama. (pp.24-25)

Voilà la peinture minutieuse réalisée par Kourouma de l’obscurité sociale dans laquelle vivent les gens, expression réalisée par les voyelles sombre et aigue [ã et ε] dans la distribution particulière relevée en haut.

Relevons d’autres cas d’assonance remarquables dans le roman :

Fiévreusement, il dégaina un couteau à la pointe recourbée. Brûlant et brillant, pétrifiant comme celui de l’exciseuse. (p. 72).

 

La voyelle nasale sombre [ã] exprime une réminiscence d’une sensation de douleur éprouvée par Salimata : l’événement décrit dans cette scène lui fait rappeler l’horreur qu’elle a éprouvée lors de son excision ;

« Fama ! Il ne pesait plus lourd qu’un duvet d’anus de poule » (p. 138)

L’assonance réalisée en voyelle aigue [y] ne fait qu’accentuer la dégénérescence de Fama, scénario déjà mis en relief.

Le dernier des cas d’assonance que nous allons examiner est celui présenté ci-après :

Un jour, ce fut un d’abord, un autre jour, deux et enfin trois anciens anus de Fama disparurent, sûrement appréhendés dans la nuit. (p. 164)

 

L’assonance se réalise ici d’une manière multiple en voyelles claire, aigue et sombre, engendrant donc une expressivité multiple- des idées, sentiments variés mais clôturés de tristesse profonde.

 

Conclusion

Nous avons dans cette communication, essayé d’illustrer la capacité des phonèmes à l’expressivité dans des distributions spontanées qu’en fait Kourouma dans Les Soleils des indépendances. Nous avons pu remarquer que, les phonèmes , unités non significatives en état isolé, deviennent expressifs dans des contextes donnés où ils expriment des idées, sensations variées qui corroborent certains thèmes principaux discutés dans le roman en examen. On dirait donc que la thématique peut se réaliser par la phonostylistique ou que la phonostylistique contribue à la réalisation de la thématique.


BIBLIOGRAPHIE

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Courault, M. Manuel Pratique de l’art d’écrire. Paris : Hachette, 1957.

Cressot, M. Le Style et ses techniques. Paris : PUF, 1974.

Grassama, M. La langue d’Ahmadou Kourouma ou le français sous le soleil

d’Afrique. Paris : Karthala, 1995.

 

Jeusse, M-P. Les soleils des indépendances : étude critique. Paris : Nathan, 1984.

 

Kourouma, A. Les Soleils des indépendances. Paris : Seuil, 1970.

Léon, P. Précis de phonostylistique (Parole et Expressivité). Paris : Nathan, 1993.

Léon, P. Essais de phonostylistique. Paris : Didier, 1971.

Martinet, A. Eléments de linguistique générale. Paris : Armand Colin, 1973.


LES RAPPORTS DE RESSEMBLANCE ET LES RAPPORTS

CONFLICTUELS ENTRE LE CHRISTIANISME ET LA RELIGION

AFRICAINE TRADITIONNELLE DANS LE PAUVRE CHRIST DE

BOMBA DE MONGO BETI

Dr Elisabeth E. OGINI

Department of Languages

and Linguistitics,

Faculty of Arts,

Delta State University,

Abraka, Delta, Nigeria.

RESUME

Depuis que l’homme a étè créé, il a toujours cru en Dieu. Cette croyance a évolué jusqu’à 1’époque actuelle et elle reste assez forte. Aujourd’hui, la religion a beaucoup d’importance chez certains groupes: le Christianisme, l’islam, le Judaisme, le Confucianisme, le Boudhisme, la Religion Africaine Traditionnelle, etc. La religion est comme instrument du pouvoir dans certains pays. Mais un danger de la religion est que parfois, certains pratiquants peuvent profiter de la credulité des autres. Mon objectif dans l’article est de peindre une image instructive de la réalité religieuse du point de vue Catholique selon le portrait fait par Mongo Beti. Dans cette etude, nous allons essayer de montrer les rapport de resemblance et conflictuels entre le christianisme, c’est–à–dire l’église Catholique et la Religion Africaine Traditionelle.

MOTS CLES: Religion Christianisme, Tradition.


ABSTRACT

 

Since the creation of man, he has always believed in God. This belief has developed right up to the present age. It is still fairly strong. Today, religion is very important among certain groups: Christianity, Islam, Judaism, Budhism, Confucianism, Traditional African Religion etc. Religion is used as an instrument of power in some countries. But a danger which it poses is that some religious practitioners can use religion to exploit more easily the common people and to take undue advantage of their credulity. This paper is to highlight the relationships and conflict between Christianity, that is, the Catholic Church and the Traditional African Religion.

KEY WORDS: Religion, Chrstianity, Tradition.


INTRODUCTION

Le but de ma recherche est de montrer les rapports de ressemblance et les rapports conflituels entre le christianisme (église catholique) et la Religion Africaine Traditionnelle dans le deuxième roman. de Mongo Beti, Le Pauvre Christ de Bomba. Je crois que cc sujet pourrait avoir de l’intérèt et de l’Importance pour les lecteurs. Mon objectif et de peindre une image instructive de la réalité religieuse du point de vue Catholique selon le portrait fait par Mongo Beti. En effect, Le Pauvre Christ de Bomba, nous parait different d’autres romans chrétiens dans le sens qu’il s’agit d’un roman oü ii y a de l’humour avec une critique acerbe de l’église. Ce roman est présenté à la maniere d’un journal écrit par Denis, le narrateur, un jeune garçon de presque quinze ans. Il est seulement au cours moyen première année de l’école primaire. L’écrivain parle a travers óe arcon qui n’est pas assez instruit pour tenir un journal. Le garçon est naif mais, au fond, ses idées representant celles de Mongo Beti. Ce journal concerne urtout Ia tournée é’angésatrice du Père Drumont dans le pays des Tala au Cameroun.

LA  VIE SPIRITUELLE

En ce qui concerne la croyance religieuse, l’église s’occupe de la vie spirituelle de l’homme C’est - à –dire du salut de l’âme. C’est pourquoi le père s’occupe plutôt des choses spiriituelles que des choses du monde. C’est aussi ce que Jesus-Christ dit dans la Bible:

 

Cherchez premièrement le royaume et la justice

de Dieu et toutes ces choses vous Seront données par-dessus. (Matthieu Ch. 6 vs 33).

 

 

Le Père Drumont prend l’évangélisation au séricux.

 

Allez partout dans le Monde et préchez

la bonne nouelle à toute Ia creation.

(Le Pauvre Christ de Bomb, 245).

 

C’est que la religion est censée être une solution aux problèmes de l’humanité. Mais à chaque moment de lecture du roman, on est frappé par la manière dont la religion est-deviée de son but. Alors ce roman m’a beaucoup don’t la beaucoup motivée à faire des recherches sur l’église catholique par rapport à la Religion Africaine Traditionnelie. Dans ce texte, nous allons mettre en lumière deux genres de rapports: rapport de ressemblance et rapport conflictuel.

Les Africains croient que Dieu est une réalité omniprésente. On croit également que Dieu existe dans le coeur de l’individu. Le christianisme et les autres religions partagent cette idée. C’est bien la croyance de la Religion Africaine Traditionnelle. A part cela, les Africains pensent que Dieu, le Maître des destinées, est si grand et si suprême qu’on ne peut pas s’approacher directement de  lui. Par conséquent, on l’adore à travers des divinités intermédiaires (dieux). Parfois, on peut l’adorer aussi directement comme chez les chrétiens. Certains adorent Dieu par l’intermédiaire de Jesus - Dieu le fils. Les catholiques aiment bien prier par I’intermédiaire de Marie - la mère de Jesus Christ. Il y en a qui prient à travers des anges.

Avant l’avènement du christianisme et de l’islam, la religion traditionnelle était très repandue en Afrique. On croyait que les dieux avaient une grande. influence sur les activités humaines et on savait que ce sont les dieux qui sont responsables du progrés, de la joie, et même de la tristesse chez les hommes. M. Y. Nabofa explique dans son livre, Essential Topics in African Traditional Religion, paru en 1981 qu “E1eda” ou “Elemi” est créateur, originateur et celul qui donne la vie et la propriété d’esprit. Au Cameroun, là où se passe l’histoire dans le roman, Le Pavre Christ de Bomba, on croit en “Njiny/Nui”, Dieu Omniprésent, qui voit et qui entend tous, même si l’homme ne le voit pas. “Loba”, “Owusi”, est Dieu le Père Omnipotent; “Mebee” est Dieu qui soutient le monde. En effet au Cameroun, Dieu a un nom multiple: Les Bamileke l’appellent Nwi, le Bali l’appelle Nyikolo. Pour les Benen, c’est Hoel et Kolo, (Au Ciel, en haut).On l’appelle loba, Owusi, Iwonda et Abasi chez les Duala. Alors que Takar et Kpe appellent Dieu Lova, loba et Nyooiy. C’est pareil dans les autres pays africains. Au Nigeria, les yoruba l’appellent “Eleda” (createur, originateur) “Elemi” (celui qui donne la vie, propnété d’Esprits), En Afrique de l’est. Les Swahili l’appellent ‘Mungu’.Chez les chrétiens, Dieu a également un nom multiple: “Celui qui est” l’Eternel, Le Dieu d’Abraham, Le Dieu d’Isaac, le Dieu de Jacob, Jehovah. Dieu est Omnipresent, Omniscient, Omnipotent, Créateur, etc.

OFFRANDE RITUELLE

Le sacrifice est essentiel dans la religion africaine traditionndlle. C’est une offrande rituelle à la divinité. Le but est d’acquerir la faveur des dieux ou détourner leur colère parce que les dieux sont à la fois bons et hostiles selon le comportement de l’individu. On peut faire le sacrifice d’animaux, à l’occasion de la naissance, de la circoncision, de l’initiation, du mariage, de la récolte, etc. Pour l’appaisement de dieu avec un sacrifice, on se met parfois à genou en disant par exemple “Oghene biko” en langue Urhobo au Nigeria. Oghene biko signifie “dieu je t’implore”. En signe de gratitude, on pourrait dire “Oghene ruru”, Dieu eat. miséricordleux. Dans l’ancien testament, les chrétiens faisaient des sacrifices. Le but est d’acquerir la faveur de Dieu et de détourner sa colère. L’idée que les dieux sont à la faois miséricordieux et. hostiles envers l’homme se manifeste non seulement dans la croyance africaine mais aussi dans la croyance ancennce grecque. Comme on l’a déjà signalés Les Africains savent bien que les dieux interviennent dans les activités de l’homme. Helen Gardener dans son Religion and Literature ne dit pas autre chose lorsqu’elle declare:

 

The gods intervene in human affairs. At times they appear simply hostile to man, ‘jealous and interfering’, as Herodotus call them, not evil or malignant but concerned to keep man in his place. Too much happiness or too great success, or too great an achievement calls out a supernatural response, to reduce man to the sense of his human lot He must be humble, brought down,, taught wisdom and self-knowledge. This feeling is moralized in the doctrine of the punishment that awaits ‘hubris’, which sees man as rightly punished for arrogance, for forgetting he is a mortal and acting as if he were a god, and by this usurpation on divine prerogative failing to honour the god. (51-52).

 

Dans Le Pauvre Christ de Bomba. précisement à Ekokot, un village vaste et populeux au pays des Tala, le sacrifice est très important chez les villageois. La population est naïve et supresititeuse. Sanga Boto, le sorcier, est un des représentants des dieux bien connu. Les gens qui le consultent sont nombreux. En effet, on croit en Sanga Boto comme en dieu. Sanga Boto entretient un véritable cour et il a tant de popularité.

Sanga Boto passe des heures dans son temple. Il  est toujoürs ‘assis devant un grand miroir, tournant le dos à la porte’ et en général, il fait ‘noir autour de lui’ Il y a une marmite ‘pleine d’ eau de pluie’ à sa droite. Quand un client entre, il s’approche jusqu’ à ce que le sorcier, qui le voit dans son miroiir lui dise de s’arrêter. Ensuite, Sanga Boto qui est aussi voyant, lui raconte certains de ses problèmes. Pour les villgeois, Sanga Boto ne voit que la vérité. Le client lui conte ‘toute sa vie’. Puis, Sango Boto, lui donne des conseils. Parfois cela termine en sacrifice pour l’appaisement, acquerir la faveur des dieux ou détourner leur colère.

Il est à noter qu’on se trouve si heureux des services de Sanga Boto. On lui fait énormenient de cadeaux, Un Chef dans un autre village, a environ dix kilometres d’Ekokot donne à Sango Boto, ‘sa fille en témoignage de reconnaissance’. Dans ce roman, il ya aussi une sorte de sacrifice dans l’ à église catholique (christianism). Pendant la tournée du Révérend Père Drumond, au pays des Tala, on remarque qu’après la confession dans la chapelle, c’est le moment de Ia prière qui suivre. Certains suivent la messe à genoux en chantant. Puis, c’est la communion, la réception du sacrément. C’est après la communion que les gens partent chez eux. La communion est considérée comme un sacrifice d’apaisement au bon Dieu. La communion représente le corps et le sang du fils de Dieu. (Jesus Christ). C’est le sang de l’alliance, qui est répandu pour plusieurs, pour la remission des péchés. (Mathieu Chapitre 26 v. 28).

Le chritismsme, par opposition à la religion africaine traditionnelle, est une religion fondée sur l’enseignement, la personne et la vie de Jésus-Christ. En ce qui concerne la doctrine chrétienne, on croit en un Dieu Unique en trois personnes, à savoir, le Père, le Fils et le Saint Esprit (La Trinité). C’est bien la croyance du catholicisme orthodoxe et du protestantisme. C’est le Dieu unique que les chrétiens doivent adorer. Les chrétiens n’ont rien à faire avec les dieux et ne faut pas avoir peur d’eux. Ils n’ont qu’à croire en Dieu. Avec la croyance, le chrétien ne va pas périr et les dieux ne peuvent rien faire contre lui. Dieu lui donne l’ordre de ne pas adorer d’autres dieux sauf Lui-meme.

Ce n’est pas la même chose dans la religion africaine traditionnelle. Les Africaines pensent que Dieu le Maître est si grand et si suprême qu’on ne peut pas s’approcher directement de lui. Par conséquent, on l’adore à travers les “orisha’ C’est-ã-dire, des divinité intermédiaires: “Ogun”, le dieu du fer, “shango le dieu du tonnerre, sont parmi les divinités. Dans son livre, African Traditional Facts at Finger-Tips. Olumide Kayode mentionne des divinités comme “Orunmila-Ifa”, sous-divinité d’oracle, “esu”, chef des divinités, “olokun” déesse de l’eau, “Orishaoko”, sous divinitéagricole., Non seulenient que les Africans adorent Dieu à travers ces dieux mais ils cherchent toujours leur faveur et ils tiennent à ce que leur colére soit détourner. Pour éviter la colère et le châtiment des dieux, les Africains font une offrande rituelle souvent pour les honorer. Le sacrifice est souvent accompagnée par de danse et de chanson. C’est cela qui se passe chez les Tala dans Le Pauvte Christ de Bomba de Beti. Mais cette activité n’est pas peruse dans le christianisme.

C’est pourquoi dans Le Pauvre Christ de Bomba, le prêtre est contre la fête traditionnelle et la danse des Tala. Il  réagit violement contre les Tala pendant leur fête peut-être parce qu’il croit que c’est une fête destinée à l’honneur des dieux; A Mombet, le Père Drumont trouve l’image de l’église très pitoyable et il dit “Ce pays des Tala, ce royaume de Satan, ce vrai sodome et Gomorree” (29). Le Père  est en colère parce qu’il voit que beaucoup des Tala sont retombés dans le paganisme et il a l’impression que l’échec final s’annonce déjà même au debut de la tournée.

Dans la religion africaine traditionnelle, on considére le sorcier comme un être sumaturel, un représentant des dieux, qui possède un pouvoir surnaturel et qui est capable de guérir tous les maux physiques et spirituels. Des Africains préfèrent sacrifier à la divinité à travers le représentant d’un dieu comme Sanga Boto, le sorcier dans Le Pauvre Christ de Bomba. Les chrétiens considèrent un sorcier comme un pécheur qu’il faut convertir. C’est pourquoi le prêtre tient à ce que Sanga Boto soit converti.

POLYGAMIE

La  religion africaine traditionnelle autorise la polygamie. Un homme est libre d’épouser plusieurs femmes et avoir beaucoup d’enfants, alors que le christiansime est pour la monogamie et contre la polygamie. Cela provoque un grand conflit entre le prêtre et les Tala dans le roman. Pour les Africains, le proverbe sérére montre que celui qui n’a qu’une femme n’a qu’un oeil (187). Mais certains Africains sont contre la polygamie. Sembène Ousmane par exemple le dit, dans Bingo numéro 222, qu’il est contre la polygamie mais les personnes qu’il a rencontrêes l’approuvaient. (59). La polygamie s’explique par diverses causes dans la société traditionnelle. D’abord, par la conception de l’immortalité chez les Africains, le mysticisme africain du culte des ancêtres explique que les morts vivent avec nous. On croit qu’ils existent au dela du tombeau et ils participent à la vie temporeille. Ils cessent de participer au moment où leur lignée est coupée peut-être par la stérilité d’une femme. Quand la lignée est coupée, c’est une malédiction. La stérilité est donc considérée comme une malédiction. Pour que la lignée reste intacte, il faut avoir beaucoup de femmes et d’enfants.

La deuxième cause à affaire avec l’ordre économique et social. La polygamie offre la possiblité de la main d’oeuvre pour les travaux des champs avec beaucoup d’enfants et beaucoup de femmes. C’est un mode de vie souhaitable. En cas de maladie, toute la famille soigne le malade. Si une femme meurt, les autres femmes s’occupent des enfants de la défunte.

La troisième cause est lièe à la santé de la femme, comme contrôle des naissances, pour éviter des naissances..trop rapprochée. Avec la présence des autres femmes, le mari avait la possibilité d’éviter les relations sexuelles pour environ deux ou trois ans avec la femme qui a eu un bébé.

Les Tala dans Le Pauvre Christ de Bomba aiment bien la polygamie et detestent plutôt la monogamie. Dans l’ordre traditionnel, le rapport qui existe entre mari et femme est celui de domination et de soumission. En ce qui concerne le christianisme, tout le monde est égal devant Dieu le Créateur. Cette idée de monogamie est considérée par certains noirs comme abaissement de la supériorté de l’homme. On voit que le christianisme préconise entre autres, la libertée et l’évolution des femmes dans la société. L’évolution de la société  humaine dépend de la participation réelle des femmes et des hommes dans l’ordre intellectuel, culturel, économique etc. Cela explique pourquoi les femmes sont beaucoup plus nombreuses parmi les chrétiens dans le pays des Tala. Les femmes aiment bien la liberté. Elles détestent l’oppression des fernmes par les hommes dans la tradition africaine. Le catéchiste explique au pére Druniont:

 

C’est terrible, en effet, c’est vrai que ça

ne les intéresse plus, sauf les femmes.

Les femmes seules ont Dieu dans le sang,

mais les hommes, ça ne les intéresse plus

I.e Pauvre Christ de Bomba p. 133.

 

La religion traditionnelle en Afrique joue par conséquent un role important dans Le Pauvre Christ de Bomba. C’est elle qui est souvent en conflit avec le catholicisme dans le roman. Comme on remarque sur le plan de la polygamie, de la sorcellerie, de l’adoration, le prêtre est contre et il ne veut rien faire avec les choses traditionnelles. En revance, les traditionalistes africains n’entendent pas de la même oreille que ce prêtre. Voilà donc le drame.

CONCLUSION

L’aspect conflictuel entre le Christianisme et la religion africaine traditionnelle est très pronouncé dans le roman. Nous voyons qu’à la fin du roman, le père Drumont est trés deçu, II considère la mission comme un échec total. L’échec de l’église catholique au pays des Tala, par rapport à la mission de Bomba. C’est pourquoi le père décide de ne plus s’occuper du pays des Tala. Le père constate que le nombre de chrétiens pratiquants était tombé de ‘deux cents’ à moins de ‘cinquante’, en trois ans. L’aspect de ressemblance entre le christianisme et la religion africaine traditionnelle explique le fait que Dieu existe dans le coeur de l’individu. Mais la manière de l’adoration est différente.

En dépit des difficultés au sujet de la religion dans le roman, nous voyons qu’aujourd’hui, le christianisme est toujours pratiqué dans le pays. Le fait est que

le semeur a déjà semé la semence et en vérité, certain ont porté du fruit. L’histoire se passe au Camerroun. L’ère des missions catholiques s’ouvre au Cameroun en 1890. En 1960, l’église catholique compte 93.172 catêchumènes et 702.120 bâptisés. Aujourd’hui, le Cameroun compte environ 7,2 millions d’habitants.


BIBLIOGRAPHIE

 

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Swantz, M. L.:          “Church and the changing role of women in Tanzania” in

Chritsianity in Independent Africa. Ibadan: University Press,

1978.

Dr. Elizabeth. E. OGINI. (Associate Professor)

Delta State University,

Department of Languages and Linguistics

Faculty of Arts

Abraka, Delta State Nigeria

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LE RETRAIT DE L'INSTRUCTION CIVIQUE ET MORALE (ICM) DE

L'ÉDUCATION A L'ENSEIGNEMENT SECONDAIRE EN REPUBLIQUE

DU BENIN: QUELLES IMPLICATIONS SUR LA CONCEPTION

DE LA BONNE GOUVERNANCE BENINOISE ?

 

 

Dr. GBECHOEVI. A. Alexandre

Université Jean-Moulin (Lyon3 France)

Docteur Droit international et Relations internationales

Professeur certifié de philosophie

Consultant en Développement-Management-Formations.

 

 

Résumé / Problématique

L'examen actuel des comportements de tout le peuple béninois

permet de déduire que l'incivisme et l'apatriotisme jalonnent la vie sociale de tous les jours. Une analyse pédagogique de notre système éducatif révèle que le cours secondaire qui dure 7 ans dans l'éducation de nos adolescents scolaires se passe sans apprentissage du civisme et de la morale. L'acquisition du civisme et se la morale surtout au cours secondaire fait défaut de la part des élèves surtout des cours publics car cette activité ne leur est pas prévue dans le programme officiel. Les privés qui pratiquent ces activités ne peuvent ni contrôler les actions de leurs apprenants en dehors de l'espace scolaire ou après leurs périodes de Scolarisation. La crise comportementale se généralisant et prenant une proportion immaîtrisable, il urge à présent de réinstaller l'éducation civique et morale dans l'enseignement secondaire par une forte et pertinente volonté politique. C'est ce qui nous a motivé à proposer la thématique de l'insertion de l'instruction civique et morale dans l'éducation à l'enseignement secondaire comme modèle d'équilibre social,

politique, économique et culturel en nous insurgeant indirectement contre le retrait de cette activité de nos établissements publics en République du Bénin.

Concepts clefs :

Morale civisme éthique, éducation établissement secondaire,

corruption, pédagogie, injustice, équilibre social, retrait de

l'instruction civique et morale, opacité / transparence, Bonne

Gouvernance.

 

Abstract

This analysis of Benines' people behaviours can help us to deduct that non-civism and non-patriotism stake out the social life of every day in Republic of Benin. An educational analysis of our education system reveals that the secondary course that hard 7 years in the education of our school teenagers happen without trainings of public- spiritedness and morals. The acquirement of public-spiritedness and the morals especially to the public courses because this activity is not foreseen them in the official program. The private that exercise theses activities

cannot control actions of their learners outside of the school space or after their periods of schoolings behaviours 'crisis becoming widespread and taking uncontrollable proportions. Now it is an urgency to reinstall the civic and morals education to our secondary teaching by a strong and relevance political will in our city Republic of Benin.

 

Key-words

 

Morals Public spiritedness-ethical, education secondary

establishment, corruption pedagogy, injustice, social balance,

shrinking of the civic instruction and morals, opacity /transparency.

Good governance

 

Hypothèses

1. l'Éducation civique et morale ou en d'autres termes l'instruction civique et morale constitue le socle de la formation acquisition de la jeunesse scolaire en République du Bénin en particulier et du monde en général.

2. Les changements de comportement dans les sociétés humaines doivent prendre leurs appuis sur de bonnes bases éthiques civiques et morales afin d'aboutir à la bonne gouvernance.

Le retrait de l'instruction civique et morale (icm) de l'éducation a l'enseignement secondaire en République du Benin: Quelles implications sur la conception de la Bonne Gouvernance? Béninois?

3. Si la corruption, les détournements, les mafias, la mauvaise

gestion, la mauvaise gouvernance et tous les autres maux indigestes minent la bonne santé, l'équilibre social et politique des sociétés africaines en général et de la République du Bénin en particulier, c'est pour des raisons liées à l'absence d'une Éducation Civique et Morale équilibrée et soutenue.

 

Objectifs généraux

1. Amener les décideurs de l'éducation d'une part, et les décideurs politiques d'autre part à se rendre à l'évidence que l'instruction civique et morale doit être insérée dans les activités de formation-apprentissage des apprenant des collèges et lycées en République du Bénin.

2. Promouvoir la bonne gouvernance en République du Bénin à

travers une éducation à cet effet dans les milieux scolaires.

Objectifs spécifiques

1. Promouvoir et faire asseoir les véritables bases de changement durable en République du Bénin par une éducation citoyenne à tous les niveaux et dans le milieu scolaire (Primaire et Secondaire ) en particulier.

2. Faciliter la sécurité et la paix durables par une conscientisation de la jeunesse montante par le canal des acquisitions-apprentissages en ICM / ou ECM.

3. Favoriser un véritable développement et une gouvernance

éthique sur la base de la formation de la jeunesse à l'esprit d'équité, d'équitabilité et de justice en République du Bénin par la voie la formation de l'esprit.

 

Méthodologie et modèle d'analyse

La méthodologie utilisée pour conduire la présente recherche tenant lieu de conférence-débat dans cet atelier est mixte. Elle tient compte des observations, analyses, déductions et synthèses des expériences vécues sur le terrain de l'enseignement secondaire depuis 1991 à 2006. Elle a permis de découvrir que le programme officiel dans les écoles publiques ou étatiques n'accorde aucune place à la formation, à l'éducation ou à l'instruction civique et morale dans les collèges et lycées.

Le modèle d'analyse que nous avons utilisé est celui de E. KANT ( la formation intellectuelle est subordonnée à la formation morale). Ce modèle chez nous se complexifie par les échantillonnages d'école réalisée sur les collèges privés à savoir : le Complexe Scolaire Protestant Gbéto à Cotonou, le Collège Classique et Moderne Robert DJIDONOU à Porto-Novo et le Collège Catholique Notre Dame de Lourdes à Porto-Novo entre les années 1995 et 2003.

Il s'agit alors de la stratégie de contre test consistant à vérifier les résultats d'une analyse non prévue dans un modèle par les résultats prévus dans le modèle de comparaison surtout dans le même système.

 

Résultats attendus

1. Avec la proposition et l'insertion ou intégration des formations- apprentissages en éducation civique et morale, tous les adolescents scolaires ont pris conscience et se sont transformés en relais communautaires ou en paires éducateurs pour toute la jeunesse en République du Bénin.

2. Le développement et la paix durable sont amorcés et réussis à un pourcentage supérieur à la moyenne.

3- Le changement souhaité dans tous les secteurs et dans tous les domaines de la vie sociale, politique, économique et culturelle est réalisé.

4. La prospérité et le progrès souhaité sont atteints

5. La classe adulte est obligée de suivre le nouveau courant du

redressement moral en vue du décollage économique et en vue d'une politique de reconnaissance des droits et devoirs du citoyen.

 

Introduction

Pratiquée en période coloniale et en périodes des indépendances, l'instruction civique et morale (I C M) ou éducation civique et morale (E.C.M) avait permis aux instituteurs d'enseigner le patriotisme et le civisme aux citoyens. Cet enseignement se fait toujours de nos jours

Le retrait de l'instruction civique et morale (icm) de l'éducation a l'enseignement secondaire en République du Benin: Quelles implications sur la conception de la Bonne Gouvernance? Beninois? en République du Bénin dans l'enseignement Primaire. Au temps de la Révolution, cette discipline avait pris la connotation de l'Éveil B à l'enseignement primaire et d'idéologie à l'enseignement secondaire.

Mais depuis les Etats-Généraux de l'éducation de 1990, l'éducation civique et morale est disparue de l'enseignement secondaire. Cependant, quelques rares collèges privés au Bénin continuent de dispenser ladite matière. Cet enseignement est un préambule à la formation sociale et permet de conscientiser les apprenants afin de les amener à améliorer leurs comportements dans la société. Nous ne sommes pas ici défenseurs de la thèse intellectualiste selon laquelle il faudrait bien connaître afin de pouvoir bien faire, mais nous voulons proposer le retour officiel de cette discipline pour au moins amener les apprenants à cultiver les valeurs morales, civiques et politiques.

Pour aborder la présente question, nous définirons dans une

première partie l'éthique et le civisme en les mettant en rapport avec l'éducation. Dans une deuxième partie, nous mettrons cet

enseignement en rapport avec les Droits de l'homme et la liberté de la personne humaine. Dans une troisième partie, nous démontrons que l'éducation morale et civique est un sous-bassement de la philosophie sociale et que par surcroît elle doit revenir officiellement au programme.

Section (I) L'Éducation civique et morale dans L'optique de la formation sociale et politique en République du Bénin.

L'Éducation civique et morale avait pris son essor dans la Grèce antique sur les formations préceptorales. L'élève de cette époque devrait être seul à recevoir des enseignements surtout moraux chez son précepteur afin de savoir comment se comporter dans la cité. C'est d'ailleurs cette forme d'éducation qui avait généré plus tard l'art du conducteur (Païda-agôgôs) ou plus tard encore l'art de l'éducateur (ecducere). Il avait conduit enfin à l'art du maître (magister). Le préceptorat, quoiqu'il fut père de toutes formes d'éducation et d'enseignement n'avait pas manqué d'avoir le défaut du sélectionnisme visant surtout la noblesse ou la classe aristocratique.

Montaigne n'avait pas de difficulté à penser dans sa pédagogie qu'il ne fallait que «s'occuper d'un enfant de bonne famille en vue de la perfection de l'homme ». Le préceptorat avait ainsi pour option de parfaire les adolescents et de les conditionner moralement et psychologiquement à la relève de qualité. Le préceptorat permettait pour lui de donner l'instruction aux adolescents qui constituent les piliers de la formation de l'homme d'action comme l'avait aussi pensé Montaigne dans les Essais.

Mais quels liens peut-on tisser entre l'instruction morale/civique et l'éthique surtout à l'enseignement secondaire en République du Bénin ?

I L'éducation morale et civique : approche pour l'éthique.

1) Approches définitionnelles La morale vient du mot latin (moralès) et traduit: la science qui enseigne la connaissance du bien et du mal. Elle recommande surtout la pratique du bien et l'éviction du mal. La morale est ainsi une science normative. Elle établit des lois de comportement et détermine les actes à poser pour être dans la norme sociale. Conçue comme l'ensemble des règles de conduite, la morale enseigne les règles de l'action et du comportement. Le philosophe André LALANDE l'avait à ce propos définie comme: «L'ensemble des règles de conduite tenues pour inconditionnellement valables »2.

La morale permet la formulation des règles qui s'inscrivent dans le cadre de la vie en équilibre et dans le cadre des actions normatives et durables. Les règles de la morale se présentent sous la forme des propositions dogmatiques: ( Il n'est pas permis de…, il ne faut pas…Ne faites pas… André LALANDE, vocabulaire critique est technique de la philosophie )

2 Montaigne, Essais, P.65

Le retrait de l'instruction civique et morale (icm) de l'éducation a l'enseignement secondaire en République du Benin: Quelles implications sur la conception de la Bonne Gouvernance? Beninois?

Ces règles fondent les valeurs morales qui permettent la protection des biens et patrimoines humains. La morale universelle vient se greffer sur des constructions morales et héréditaires de chaque société. La morale traite surtout de l'action. De son origine latine (moralis) la morale signifie: moeurs manière d'agir, comportements, coutumes ou littéralement usages communs à un groupe. La morale pourrait se définir comme la science des moeurs, la science du comportement humain. Elle est l'ensemble des théories, des fins, des actions de l'homme. C'est l'ensemble des règles d'actions et des valeurs qui fonctionnent comme normes dans une société. De ce fait, nous ne pouvons que nous étonner de ce que dans notre pays l'on soit arrivé à supprimer l'éducation morale et civique de l'enseignement secondaire. Cette situation a entraîné les comportements de désinvoltures dans nos milieux scolaires. Nos apprenants dans les collèges ont perdu le sens du respect de l'adulte, le sens de la bonne conduite, le respect des couleurs nationales, l'honneur de soi et la promotion de l'esprit d'équipe de même que le travail bien fait. La tricherie commence par cette chute de la morale à faire irruption.

Il importe donc de penser à l'apprentissage de l'éthique dans nos milieux de l'enseignement secondaire pour favoriser la pérennisation de notre société.

2°) Éthique Civisme et l'Éducation en République du Bénin

Le concept éthique vient du mot grec éthos et signifie: caractère, mœurs, usages et du mot èthikos qui traduit lois morales. La morale est considérée comme une science plus large tandis que l'éthique est restreinte et se présente comme la science de la morale. L'éthique est considérée comme «Le jugement d'appréciation en matière d'application à la distinction du bien et du mal (…), elle s'appliquait à la science sous toutes ses formes et était l'art de diriger la conduite. »

L'éthique est l'aptitude pratique de la conduite. Elle est aussi la

pratique de l'action. Elle est aussi la loi spécifique du comportement à propos de tel ou tel cas. Science de la morale, l'éthique n'est pas assimilable à la casuistique. Elle a toujours permis à toutes les sociétés de reconsidérer le grand ensemble qu'est la morale. Le philosophe et sociologue SPENCER en observant de près le contenu de l'éthique avait déjà déclaré: «L'éthique est la science qui a pour objet la conduite des hommes en particulier et des êtres vivants en général abstraction faite des jugements d'appréciation que portent les hommes sur cette conduite ».

L'éthique est aussi liée à l'éthologie ou a l'éthographie car elle se fonde sur les caractères et les mœurs de même que sur les usages de peuples, des ethnies, des clans ou des communautés déterminées. L'éthique se préoccupe des problèmes plus spécifiques du comportement tel que: la pondération, la persévérance, la magnanimité, l'agilité, la promptitude, la prudence, la sérénité, la sobriété, la réciprocité, la mutualité, l'assiduité, la proportionnalité, l'équilibre, l'équité, l'équitabilité et autres. Chacun doit donc en matière d'éthique prendre des dispositions pour ne pas faillir et pour ne pas faiblir vis-à-vis d'autrui ou pour ne pas offenser autrui. L'éducation civique et morale en République du Bénin doit se fonder sur l'éthique. Elle doit permettre aux citoyens d'avoir la possibilité et la volonté de mettre en pratique les valeurs démocratiques et les

valeurs républicaines. Ceci car il est remarqué que nos apprenants ignorent de plus en plus l'utilité des couleurs nationales, ils ignorent de même la notion de l'autorité et de la hiérarchie, de l'amour de la partie, de la défense des limites territoriales, du respect des lois de la cité, du paiement des taxes de divers ordres. Ces comportements de négation des valeurs sont acquis par eux car ils ont découvert que l'État providence en République du Bénin s'est éclipsé au profit de

l'État libéral. Les adultes qui devraient donner et représenter les bons modèles ne les donnent ni ne les sont plus car c'est dans leurs rangs qu'on retrouve les pilleurs de l'économie nationale et les nomades ou transhumants politiques. La moralité est progressivement en baisse en République du Bénin et la corruption a pris une allure incommensurable. Les milieux scolaires qui devraient être les champs expérimentaux des animations civiques et morales sont vidés des  3 SPENCER, cf. Lalande, vocabulaire critique et technique de philosophie.

Le retrait de l'instruction civique et morale (icm) de l'éducation a l'enseignement secondaire en République du Benin: Quelles implications sur la conception de la Bonne Gouvernance? Beninois? enseignements en la matière. C'est seulement quelques rares collèges privés qui recommandent et pratiquent ces enseignements dans leur établissement. En République du Bénin, nous avons ciblé à Cotonou le Complexe Scolaire Protestant de Gbéto, le collège Catholique Aupiais à Cotonou, le collège Notre Dame des Apôtres, et à Porto-Novo, le complexe scolaire Protestant de Porto-Novo, le complexe Catholique Notre Dame de Lourdes, et, de 1994-1999 le collège Classique et Moderne Robert Djidonou à Porto-Novo. Ces écoles élaborent elles-mêmes leurs programmes par classe et par année car l'État en collaboration avec le ministère des Enseignements Primaire et secondaire n'a pas encore établi un programme officiel. L'INFRE (l'Institut National de la Formation et de la Recherche en Éducation) n'a pas songé élaborer un programme en la matière. Il semble pour nous que ceci relève d'une impertinence et d'un manque de volonté politique, car comment dispenser les cours de philosophie

aux élèves des secondes, premières et des classes de terminales sans les avoir préparé de la 6ème jusqu'en 3ème par des approches thématiques de morale, de civisme et d'éthique ? Comment leur dispenser les cours de philosophie sans les avoir aidé depuis les classes du 1er cycle par le civisme et la morale et sans les avoir amené à faire face aux problèmes concrets de la société moderne et

contemporaine? Peut être c'est parce que nous ne mesurons pas la porté de ces formations - apprentissages ou que nous ne savons pas exactement ce qu'est le civisme et la morale de même que leur importance sur l'évolution des apprenants. Essayons alors de faire un petit tableau de définition

 

Encadré (1)

En effet, le civisme est l'ensemble des aptitudes de dévouement à l'intérêt public qu'un individu développe dans une cité ou dans une société. Le civisme est du ressort des actes réfléchis et responsables que posent les citoyens étant ceux qui jouissent du droit de la cité par la connaissance et l'exécution de leurs devoirs. Le civisme est alors l'ensemble des considérations faites par un ou des individus intégrés à la cité. De là il en résulte que le citoyen libre qui fait consciencieusement ses

devoirs est un vrai citoyen. Il exprime librement sa volonté et fait montre de sa liberté et de sa responsabilité. Il ne fait rien qui puisse contrarier ou s'opposer à l'harmonie globale du groupe social dont il relève. C'est ce qui avait conduit le philosophe Montesquieu à stipuler: «La liberté est le droit de faire ce que les lois permettent 4». ceci dit, il faudrait comprendre que l'idée de la liberté naturelle que certains philosophes comme Thomas Hobbes et Grotius avaient brandie se vide de son sens le plus absolu. La liberté ne peut être rien d'autre que : «L'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite » exactement comme l'avait souligné Jean-Jacques Rousseau. Une liberté qui néglige le respect des lois tombe dans un laïus comportemental et favorise les déficiences comportementales du genre de la corruption, des détournements, de l'absentéisme, du clubisme, de l'éthnicisation du pouvoir auxquels nous assistons en République du Bénin.

Notre liberté doit se déterminer par rapport aux normes légales,

sociales et par rapport à la juridiction et à la constitution du Bénin.

L'exemple concret qui confirme la présente position est la violation de la constitution par nos chefs d'État qui pourvoient des postes ministériels inconstitutionnels oubliant ainsi que nous sommes donc des êtres libres, capables de réflexion et d'avoir l'esprit de clairvoyance pour discerner le vrai d'avec le faux et pour comprendre leurs démarches. Il importe pour nous de savoir nous organiser pour gérer notre liberté. Et, il semble que l'éthique nous aide à nous maîtriser pour ne pas briser la liberté qui est mise en nous par l'être suprême et pour ne pas tomber dans la soumission. Si nous revenons dans le cadre social, nous dirons que la liberté découle du respect de l'obligation morale et civile du citoyen.

Selon John Locke dans son ouvrage intitulé Traité du gouvernement civil «Il n'y a pas de liberté sans loi » . Mais retenons ici que de plus en plus, la notion de citoyenneté et celle du patriotisme sont en train de disparaître progressivement du Bénin. Les temps démocratiques ont

4 Montesquieu, L'esprit des Lois, Livre XI

5 Jean-Jacques Rousseau, Du Contrat-Social

6 John Locke, Traité du gouvernement civil

Le retrait de l'instruction civique et morale (icm) de l'éducation a l'enseignement secondaire en République du Benin: Quelles implications sur la conception de la Bonne Gouvernance? Beninois? permis aux politiciens-clients d'élaborer des lois scélérates pour

éliminer leurs cibles (ceux qui ont moins de 40ans et ceux qui ont plus

de 65 ans) qui n'ont pas le droit de compétir pour la présidence de la

République. La conférence nationale a donc validé en 1990

l'apatriotisme et le manque de loyauté en la matière en République

du Bénin. Et, depuis le 11 Décembre 1990, l'esprit de gestion et de la

direction en République du Bénin a pris l'allure exclusive et

éliminatoire du concurrent potentiel.

Cette situation frise l'injustice. Or aucune éducation civique ne peut bafouer la justice et l'éthique pour s'affirmer positive et durablement applicable. L'urgence serait alors de réinstaller la justice et l'état de droit par l'éducation, la formation morale et civique. Celle-ci est possible par le diagramme de flux qui interprète l'outil de formation civique à la bonne gouvernance (OFCBG). Cet outil met en relation l'instruction civique et morale avec la réalité de la bonne gouvernance et l'instauration d'un véritable État de droit.

 

ENCADRE ( 2 )

II- L'Éducation civique et morale dans ses rapports avec l'instauration d'un État de Droit et de la bonne gouvernance.

Diagramme de flux: OFCBG (l'outil de formation civique à la bonne gouvernance) Éducation à la citoyenneté (et aux Droits

de l’homme) Éducation à la participation Sociale Éducation à la justice, et à la légitimité et à l’égalité La lutte contre la Corruption L’obligation de rendre compte Education à la transparence Mise en relation : État, Sociétés privées, société civile

La croissance économique

La prospérité nationale

La rationalisation

Des dépenses de l’Etat

La planification des objectifs du développement

La dynamisation des institutions de l’Etat

L’alternance politique

Instruction Civique ou Formation

Civique à la Bonne Gouvernance

L'efficacité

Et à la responsabilité

 

Modèle du Cabinet Afric- Consultancy and management

A présent, l'analyse de ce tableau permet de démontrer que si

l'accent doit être mis sur l'instauration d'un état de droit en matière du civisme et de la morale, pour les apprenants en République du Bénin, les apprentissages- acquisitions doivent alors se fonder sur la légalité, l'égalité, la droiture, la justice sociale, la cohérence, la bonne moralité, la sauvegarde de l'intérêt public, le droit à la vie, le droit au travail, le droit à la santé, le droit à la libre entreprise, le droit de réunion et d'association et la liberté d'expression, le droit au vote et autres droits tels que le droit à l'éducation et le droit à l'alphabétisation. L'éducation civique et morale est un meilleur

moyen de conscientisation de la jeunesse et sa formation à titre de station-relais ou point focal pour la transmission des communications en matière de l'éthique, du civisme gage d'un changement souhaité.

Il est vrai qu'il ne s'agit pas d'uniformiser les esprits et les comportements de manière militaire, mais il s'agit d'amener les jeunes à organiser leurs démarches comportementales dans l'optique de l'éthique et du progrès. La société humaine comporte une gamme variée de catégories humaines compte tenu des caractères de chaque individu. Il ne faudrait pas que certains qui ont dépravé leurs comportements en éduquent d'autres à les suivre dans la perversité. Prenons le cas de la violence sexuelle et le cas de l'homosexualité de même que celui de la pédophile et des viols. Ces actions et actes relèvent des troubles comportementaux ayant leurs racines dans des

déviations psychologiques. Or les homosexuels de nos jours se

regroupent officiellement et cherchent à organiser leurs actions et à la légaliser. C'est là une association amorale que l'homme éthique ne devrait pas corroborer. La bonne moralité permettrait alors à toutes sociétés fondées sur les principes de l'honneur et de la sérénité de

Le retrait de l'instruction civique et morale (icm) de l'éducation a l'enseignement secondaire en République du Benin: Quelles implications sur la conception de la Bonne Gouvernance? Beninois?  prohiber ces genres de regroupements.

Il ne faudrait pas en se sens confondre les droits de l'homme et le droit à la perversion de la personne humaine par une autre personne humaine ou un groupe humain vulnérable. Nous pouvons affirmer ici que l'apprentissage du civisme et de la morale dans nos sociétés est une meilleure manière de la progressive socialisation de nos citoyens et la bonne manière de leur hominisation. Cela permet de ne pas laisser les adolescents basculer dans une logique de la sous humanisation. Le développement de la violence dans les milieux scolaires, le développement de la tricherie, de la corruption et de la paresse… Constituent le retour de nos sociétés vers l'état primitif; ce que l'éducation civique et morale doit nous permettre de corriger et d'éradiquer. La vie en concorde, en solidarité, en harmonie, en paix et en fraternité… doit être cultivée dans nos milieux scolaires par l'enseignement, l'apprentissage de l'éducation civique et morale.

Ainsi perçu, il importe de vérifier les conséquences du retrait de ladite matière à l'enseignement secondaire sur nos apprenants.

1°) Le retrait de l'apprentissage acquisition de L'Éducation Morale et Civique du collège:

des conséquences sur la formation du citoyen.

Les formations sociales à savoir: Histoire et Géographie, Philosophie, Éducation civique et morale et la religion dans nos collègues et lycées… permettent aux apprenants de connaître leur société. Ainsi ils apprennent de même à connaître l'environnement, la géographie, l'économie, les grands problèmes de l'existence, les attitudes à avoir en face de telles ou telles situations et la vie en communauté. Notons que l'éducation civique et morale ainsi que les cours de religion ne sont dispensés que dans quelques collèges privés surtout confessionnels en République du Bénin.

Officiellement aucun programme n'existe en ce qui concerne

l'éducation civique et morale ainsi qu'en religion. Les collèges qui adhèrent à ces apprentissages acquisitions débrouillent eux-mêmes leurs programmes et leurs approches thématiques par rapports aux caractères social et entrepreneurial de leur établissement.

Généralement ces programmes ne sont pas mauvais. Ils préparent d'ailleurs aux domaines variés de la vie sociale, de la vie économique et de la vie politique. L'examen approfondi de ces apprentissages sur les établissements de Porto-Novo et de Cotonou (collège classique et Moderne Robert Djidonou, Notre Dame de Lourdes, complexe scolaire protestant Méthodiste de Gbéto à Cotonou et le complexe scolaire Protestant à Porto-Novo) a prouvé que les approches thématiques sont souvent bien élaborées. Mais il reste à savoir si les éducateurs eux-mêmes perçoivent la profondeur et la pertinence desdites approches pour les développer avec les apprenants. Il reste

encore à savoir si les éducateurs font participer les apprenants à

l'élaboration des contenus, des objectifs, des capacités et des

compétences vers lesquelles ces thèmes orientent. Un autre aspect très important est la documentation des enseignants dans lesdits domaines. De plus, il faudrait faire allusion à la formation de base des professeurs qui ont ces cours en charge. De même que le crédit horaire qui est alloué à ces matières dans le programme et l'importance que les apprenants et les parents d'élèves accordent à ces matières.

Depuis 1997 que nous avons commencé l'enseignement de l'éducation civique et morale, nous avons remarqué que les

animations pédagogiques en (I C M ou E C M) ne se produisent pas dans les mêmes conditions et avec les mêmes rigueurs que les autres disciplines. Nous avons constaté aussi que les enseignants de Droit et principalement ceux de la philosophie sont souvent plus outillés pour aborder ces disciplines plus qu'autres enseignants. Les professeurs de

Français et d'Histoire-Géographie auxquels ces disciplines sont

confiées très souvent les dispensent avec des jeux d'esprit et non véritablement par perception des approches contenu des thèmes concernés. Ceux qui approchent un peu la réalité parmi eux sont ceux qui se cultivent vraiment dans les domaines de l'actualité et des sciences humaines. Le quota horaire par classe pour ces domaines ne dépasse jamais 1 h par semaine et ne permet pas auxdits enseignants.

Le retrait de l'instruction civique et morale (icm) de l'éducation a l'enseignement secondaire en République du Benin: Quelles implications sur la conception de la Bonne Gouvernance? Béninois? de plonger les apprenants dans les réalités profondes des thèmes qui leur sont confiés. Certains censeurs d'établissement se plaisent à confier l'éducation civique et morale aux enseignants de sciences: Mathématique, Biologie, physique chimie et autres. D'autres en confient encore aux enseignants de langue: Anglais, Allemand, Espagnol comme dans le cas du complexe scolaire protestant de Gbéto entre (1995-2001). Certes les évaluations ne posent pas grands problèmes car les apprenants reçoivent des questions par rapport à ce qu'on leur a enseigné ; mais la réalité semble ne pas encore être au rendez-vous du grand sérieux. Par ailleurs, il est constaté que les apprenants soit comptent sur ces matières pour combler leurs déficits dans les matières dites fondamentales soit, les négligent et les vident de toutes importances car disent-ils : « ce sont des matières qu'on ne fait pas à l'examen ».Les élèves qui font l'école buissonnières dans lesdits enseignements sont rassurés qu'ils ont l'aval de leurs parents pour être protégés au cas de leur renvoi des classes par les surveillants. Et, certains parents se plaisent à dire qu'ils ont payé les frais de scolarité pour leurs fils ou filles afin qu'ils puissent s'appliquer aux matières fondamentales et non pour ces matières non officielles. Les professeurs eux-mêmes pour ne pas décourager les apprenants et aussi pour ne pas perdre

leurs heures dans lesdits domaines sont obligés de composer avec les farfouillements par endroit pour inciter les élèves à suivre ces

domaines. Le sérieux véritablement réclamé n'est pas encore requis.

Les enseignants se débrouillent pour accomplir leur mission et parfois au cours de certaines années les examens portent sur les aspects de l'éducation civique et morale soit en Français soit en Philosophie soit en droit. Les établissements qui dispensent lesdits enseignements s'estiment heureux de faire de la pluridisciplinarité. Mais tout compte fait, l'extraction de cet enseignement joue sur le niveau d'acquisition du savoir-faire et du savoir être de nos apprenants. Une civilisation privée de toutes innovations techniques et technologies, de toutes pertinences de progrès économiques et de tous diagnostics de bonnes conduites politiques ne peut négliger les instructions, l'éducation et les apprentissages de la morale et du civisme aux adolescents scolaires. Si cette logique de formation des jeunes générations dès le bas âge n'est pas perçue par nos dirigeants politiques et par nos acteurs en éducation…..donc nous sommes tous embarqués dans une contrainte de la malformation ou la déformation de nos apprenants et par conséquent des générations qui vont nous suivre. Nous répétons bien que notre approche n'est pas intellectualiste c'est-à-dire que nous ne disons pas comme SOCRATE que c'est la connaissance du meilleur bien c'est-à-dire de l'intelligible qui permet obligatoirement à l'être humain de bien agir et que «Nul n'est méchant volontairement, nul n'a tort sans savoir raison », mais nous affirmons que l'apprentissage au bas âge oriente quelque peu la conduite de l'être humain parvenu à l'âge adulte. Nous sommes ici en plein dans l'optique pédagogique du pédagogue HERBART qui pensait qu'il importe de cultiver le caractère chez l'apprenant, c'est-à-dire de cultiver sa volonté. Le monde de la connaissance est alors chez HERBART un mécanisme voire un dynamisme. L'on doit en tant qu'adulte-éducateur susciter chez les apprenants : « Les actions, les réactions, des sensations multiformes et multiples ainsi que les idées qui en s'associent chez l'adolescent » et qui forment l'esprit dont elles sont les éléments simples ou monades (selon l'expression de DAVID HUME). Elles nous permettent de construire chez les apprenants les facultés, les capacités et les compétences à la connaissance. Le savoir, le savoir-faire et le savoir-être que confient l'éducation civique et morale ne doivent pas être négligés dans la vie de l'adolescent scolaire. D'ailleurs selon le pédagogue HERBART en opposition à E. KANT : «La formation intellectuelle est subordonnée à la formation morale9» Le retrait de cet apprentissage-acquisition de l'éducation au cours secondaire constitue alors une manière de laisser les adolescents sombrer dans les enfantillages et dans les débordements de comportements et d'actions médiocres (caresse de leurs camarades de sexe opposé en classe ou sur la cour de récréation ou aux abords des collèges et lycées, les progrès dans les lectures de romans et journaux ou revues

pornographiques occasionnant des débordements sexuels ou la

PLATON, Apologie de Socrate ,éd. Garnier Flammarion, Traduction d'Emile Chambry , Paris 1969.

9 Op-cit

Le retrait de l'instruction civique et morale (icm) de l'éducation a l'enseignement secondaire en République du Benin: Quelles implications sur la conception de la Bonne Gouvernance? Béninois? sexualité précoce, les violences en milieux scolaire, les dérèglements, le non-respect de l'adulte.

Or, on ne peut fonder un État de droit sur les adolescents bien

branchés sur les médias occidentaux où se développent les faits

sanglants comme le car d'IDELFUD en Allemagne dans la ville

d'ELFURT qui a tué 16 personnes avant de se donner la mort dans le milieu scolaire. Il s'agit là de l'importation des scènes de violence dans notre univers non encore culturellement et politiquement solide. Les sentiments de compassion, de douleur, de prudence, de sérieux disparaissent dans notre univers. Les adolescents cherchent à imiter les mauvaises images de la télévision (tuerie, violence) dans nos milieux scolaires. Les NTIC10 en ajoutent à leurs dépravations

surtout par les actes délinquants et irresponsables. Nos apprenants veulent imiter l'apôtre de violence qu'est l'écran télévisuel qui incite à la barbarie et qui plonge l'univers dans le catastrophisme. Ils cachent ses instincts de destruction dans leur inconscient psychique et il n'y a aucune solution de les amener à être droit si ce ne sont pas les sensibilisations au bien et à la justice par l'éducation civique et morale.

2

L'Education Civique et Morale:

Préparation à la Vie Scolaire et à la Justice.

Selon ARISTOTE: «L'homme juste est celui qui se conforme aux lois et qui observe l'égalité…11» L'éducation civique et morale est aussi la discipline qui doit initier les adolescents en milieux scolaires à la justice sociale, à l'apprentissage des lois et règlement de la société et à l'apprentissage de la légalité. Si selon ce disciple de PLATON : « Les lois se prononcent sur toutes choses et ont pour but l'intérêt commun12 »

les adolescents doivent être appliqués dès l'école à leurs études,

examens et apprentissages de même que leurs mises en application.

Les éducateurs ont de ce fait pour devoir d'informer les apprenants à propos du contenu de ces lois, de communiquer avec eux par rapport

10 Nouvelles Technologies d'

11 ARISTOTE. Ethique à Nicomaque, éd Garnier Flammarion, Paris, 1965, P.24

12 Op-cit

à ces lois et par rapport aux problèmes pratiques qu'elles posent et de les sensibiliser par rapport à ces lois pour les amener à changer de comportement. Les éléments essentiels de la vertu doivent être enseignés aux jeunes scolaires par leurs éducateurs qui doivent aussi se présenter comme de bons modèles. L'école en République du Bénin, lorsqu'elle est débarrassée de l'éducation civique et morale se présente comme un réseau de production des champions de citoyens qui prennent volontairement la licence de la bonne conduite. Ils s'adaptent aux actes irrépréhensibles et frauduleux de même qu'aux

forfaits et désinvoltures sans crainte ni frayeur. La notion de la mesure et celle de la reconnaissance du juste milieu dans le parler et dans les actes sont en train de disparaître de leur registre de penser et d'agir. Avec ces défaillances, ils font une très mauvaises préparation à la vie sociale qui exige: égalité, légalité, légitimité, équitabilité, réciprocité, dévouement, solidarité et exemplarité.

Or ils se plaisent à réclamer leurs droits qu'ils pensent d'ailleurs être inviolables et inaliénables. Mais comment peut-on ne pas faire ses devoirs et espérer ses droits ? Nos obligations assurément passent d'abord avant nos prérogatives. De même, pour lutter contre nos oppresseurs, nous ne devrions pas être des esclaves des mauvaises passions pouvant nous induire en erreurs et nous faire fauter. L'éducation civique et morale est pour l'école le moyen par lequel l'apprentissage des actes licites et légaux s'acquiert. Nous y étudions de même ce qui est exigible. L'enseignement, l'apprentissage et l'information civique et morale est le socle de la culture citoyenne en enseignement secondaire. Et selon SIMONE WEIL dans son ouvrage intitulé L'ENRACINEMENT : « Le droit n'est pas efficace par lui-même, mais seulement par l'obligation à laquelle il correspond (…)

l'obligation est efficace dès qu'elle est reconnue (…) Un droit qui n'est reconnu par personne n'est pas grande chose 13»

L'analyse de cette affirmation montre qu'il est impérieux de vulgariser les éléments fondamentaux de Droits, de les faire connaître, de les 13 Simone Weil , L'Enracinement

Le retrait de l'instruction civique et morale (icm) de l'éducation a l'enseignement secondaire en République du Benin: Quelles implications sur la conception de la Bonne Gouvernance? Beninois? enseigner et d'amener les citoyens à s'informer sur leurs contenus. Les apprenants sont donc prioritaires dans les dispositions visant à procéder à la reconnaissance du Droit par le peuple. Par conséquent si les apprentissages-acquisitions en instruction civique et morale sont retirés du programme comme nous sommes en train de le vivre à présent surtout dans l'enseignement public, nous courrons des risques de préparation des jeunes à l'incivisme, à l'amoralisme, à l'apatriotisme et à l'insouciance ou bien de même qu'à l'inconscience sociale. Nous serons ainsi entrés de plain-pied dans la production d'une société humaine qui va s'animaliser et se bestialiser.

Nous ne doutons pas que ceux qui avaient reçu cette éducation ne sont pas les bons modèles de nos jours car c'est eux les adultes des temps contemporains et se sont eux les acteurs de massacres financiers et des mensonges politiques pour réussir à se faire élire ; mais nous pensons que l'imperfection de l'humanité n'a pas sa raison d'être cultivée et d'être renforcée par des attitudes de refus volontiers à la performance et aux permanents redressements par nos éducateurs.

Cette position correspond à celle de JOHN DEWEY qui prônait la théorie de l'école comme une institution sociale chargée d'amener l'apprenant à tirer parti des biens hérités de la race humaine. En effet, selon l'auteur de Démocratie et Éducation : « Les écoles demeurent, bien entendu l'exemple type des environnements formés dans le but exprès d'influencer les dispositions mentales et morales de leurs

membres14 » De cette affirmations, il se révèle que l'école joue le rôle de 'instruction, de l'éducation, de l'information, de la formation des êtres humains scolaires. Leurs attitudes et comportements, leurs manières d'agir et de penser… sont influencés par l'école. Ceci revient à dire que si le civisme et la morale sont étudiés à l'école ils peuvent révolutionner la vie d'un peuple tout entier. Et, cette révolution, cette dynamique… vient de l'éducation civique et morale qui est une préparation aux réflexions et aux analyses philosophiques, éthiques

John DEWEY, Démocratie et éducation, éd. Nouveaux Horizons, Collection

Armand Colin, Paris, 1990,P.57

et morales.

Section II:

Des intersections utiles et nécessaires entre éducation

Civique morale et la philosophie sociale

I. Approches curriculaires

La philosophie, hormis sa définition classique, est l'art de connaître la vie et de l'interpréter à notre manière. La liberté d'esprit que la philosophie cultive est désavantageuse pour les faibles esprits. L'initiation à la philosophie ou tout au moins l'initiation sur les textes argumentatifs et sur les problèmes de l'actualité tels que l'environnement, le développement.

Le sous-développement, la liberté d'entreprendre, les innovations scientifiques et technologiques à la base, la grandes questions liées au chômage et à la création d'emplois durables, la solidarité et la notion de la mutualité ,la lutte contre l'ethnocentrisme et contre la corruption, la paix mondiale, les problèmes liés à la violence, la réussite, l'échec des institutions sociales, la démocratie, l'autorité, la notion de la force et celle du pouvoir, le droit, le devoir, la culture, la

civilisation, les mass-médias, la communication, l'inceste, la sexualité, l'alcoolisme, la gestion des conflits, la citoyenneté, la persévérance, la sauvegarde de couleurs nationales, le patriotisme, l'héroïsme, la mobilisation sociale, les élections, la politique des droits de l'homme et autres… constituent les centres d'intérêts de l'éducation civique et morale. Mais l'éducation civique et morale est mise à l'index, comme si nous étions entrés de plain-pied dans la dialectique de la quiétude sociale compromise.

 

II. La quiétude sociale compromise

1) Le diagnostic de cancérisation l'éducation civique et morale du citoyen doit viser la paix sociale et la lutte contre la violence. L'enseignement du civisme et de la morale rentre bien dans cette logique. Or l'absence de ceci crée des situations de cancérisation en République du Bénin.

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Encadré (3) Opacité et corruption

La République du Bénin est en train de sombrer dans le désordre économique et court une deuxième fois les risques d'un désordre politique qui a son référent dans les cuisants

détournements qui s'opèrent par les acteurs politiques. Les

élections ne sont pas souvent faites dans de claires et parfaites

transparences. Les gaspillages se font par les biais des projets qui n'aboutissent pas (les éléphants blancs). Les élèves développent des formes variées de tricheries. Les étudiants dans les facultés et des écoles d'État développent des habitudes visant à réclamer des facilités pour réussir aux examens. Les secrétariats de certaines facultés à effectifs pléthoriques se transforment en marchands de notes et font réussir ou font échouer à volonté ceux qui ont satisfait ou non à leurs mauvais desseins de corruption. Les policiers, gendarmes et douaniers se transforment en des négociants de fonds pour laisser passer les

marchandises illicites, les voitures et camions roulant dans

l'illégalité.

Étape ou encadré (4) Violation des textes et pillage de l'économie

Ces dernières situations engendrent les accidents de circulation et les intoxications de la population par des produits avariés et par pollution de l'atmosphère. Les travailleurs des secteurs publics ne sont jamais payés aux indices réels; ceux des privés sont presque misérablement traités dans une large part. Les biens publics ne sont pas respectés, car l'on fait usage des moyens de l'État pour faire les campagnes électorales afin de mieux se positionner socialement. L'économie du pays est sucée par les gestionnaires de la vie politique comme la sangsue suce le cadavre d'un animal exposé à l'air libre.

Étape (5) Infraction Corruption Faux jeux Paradis Financières

Les commerçants profitent du sous développement économique

pour créer l'inflation et survaloriser leurs articles créant ainsi d'abord une pénurie artificielle avant de procéder à l'augmentation des prix. Les corrupteurs bien outillés font le jeu de réseautage et agrandissent tous les jours leur cercle infernal dans lequel ils ne sont que les seuls à

s'en sortir. Les activités de spoliation du citoyen (les caisses à sou, les jeux de Loto-Sport et les PMU) se développent dans les quartiers de villes surtout à Porto-Novo, à Cotonou et à Ouidah. La jeune génération n'a plus la crainte d'accomplir des actes autrefois répréhensibles par les adultes. Étape (6) Pillage de l'économie Chômage Rançonnement

Les anciens dévaliseurs des Banques sont devenus les meilleurs

acteurs politiques en temps de démocratie. Ceux qui ont réussit à être députés parmi eux sont couverts par la carapace de la loi nommée ''Immunité Parlementaire''. Les jeunes diplômés sans emploi acceptent de travailler auprès de l'État à titre de contractuels à délai indéterminé; mais quand le contrat dure, ils commencent par

réclamer les indices financiers qu'ils n'avaient pas négociées avec l'État dès les débuts du contrat. Les hôpitaux sont transformés en des lieux où des agents de santé prescrivent et vendent les médicaments des pauvres patients. Les services administratifs ne peuvent prêter leur service aux citoyens que si ces citoyens ne s'apprêtent à corrompre les agents qui travaillent en ces lieux. Les portails des hôpitaux sont gardés par des agents d'entretien qui rançonnent les gardes malades pour les entrés et sorties des hôpitaux. Étape (7) Mafia Corruption Vol

Les prisonniers quant à eux dans les prisons sont laissés les nuits pour aller opérer et commettre de plus graves fautes par le mystère de la non-maîtrise de leurs techniques d'évasion à la surveillance des gardes. Les magistrats participent aux détournements des fonds de justice; or c'est à ceux de juger, de condamner et d'appréhender ces actes quand un citoyen les aurait commis. Le déclin des valeurs morales occasionne dans tous les secteurs l'atmosphère de malhonnêteté et de tromperie même de la part des personnes respectables. La corruption donne naissance à la paupérisation des ………………………

Le retrait de l'instruction civique et morale (icm) de l'éducation a l'enseignement secondaire en République du Benin: Quelles implications sur la conception de la Bonne Gouvernance? Beninois? couches défavorisées qui ne peuvent que se réduire en d'éternelles observatrices de la richesse des nantis mafieux. L'impunité encourage et aggrave le phénomène de la corruption Certains citoyens attendent que d'autres réalisent leurs œuvres pour pouvoir les pirater et en devenir les auteurs. Le vol a pris une allure technique et les voleurs se sont organisés en association acceptée verbalement par les instances étatiques comme la gendarmerie, la mairie, la sous-préfecture et on les nomme «la brigade civile ».

Étape (8) Corruption Amoralité

 

Rien n'est plus gratuit même pour demander un service à un jeune enfant dans les villages les plus reculés, il faut prévoir son cadeau en espèce sinon il ne le fera pas avec gaieté de cœur. Les plus consciencieux des milieux entrepreneuriaux sont indexés et pris en aversion par leurs collaborateurs qui développent la paresse la fainéantise et l'absentéisme. Dans certains milieux intellectuels, certains veulent faire travailler leurs collaborateurs et percevoir les salaires et avantages liés à leur poste. Les députés à l'assemblée nationale modifient les lois à leurs avantages pour empêcher le peuple d'être à l'aise. Les vertus du citoyen disparaissent au profit des vices qui rongent les communautés.

Étape (10) Prostitution Illégalité Tromperies politiques

Les clubs de vidéo se transforment dans les abords de rue en écoles d'initiation et de formation à la pornographie et aux comportements mal planifiés. Les lieux tels que Joncker à Cotonou, Banbata à Porto-Novo, Zongo à Cotonou sont devenus depuis très longtemps les ghettos ou vivent les ''Smockers'' c'est-à-dire les fumeurs de drogues (cannabis, gué, cocaïne, héroïne, marie-guana…) et autres stupéfiants. La vindicte populaire a pris le pas sur la justice et la légalité. Les protecteurs des malversations sont plus organisés et plus structurés que les dénonciateurs de la corruption. Les fraudes, les truandises, les non-respects des engagements prix pour éradiquer la pauvreté du peuple sont devenus la devise des hommes politiques. Quand ils sont pris au dépourvu par les populations, ils disent que les paroles de campagne n'engagent que ceux qui croient en elles.

Étape (12) La paresse Le dérèglement

La couche juvénile est ainsi formée au défaitisme et à la paresse. La magouille politique est devenue le seul moyen pour la réussite sociale. Tout le monde se comporte comme s'il n'y avait ni jugement ici bas, ni jugement de Dieu. L'intérêt individuel est plus valorisé que l'intérêt national. Les corrupteurs et les corrompus dépendent réciproquement des uns des autres au point où ceux qui ne se trouvent dans leur cercle se sentent marginalisés et ne réussissent pas socialement, économiquement et politiquement.

Étape (13) L'Opacité La mauvaise gestion

L'opacité a remplacé la transparence dans les systèmes de gestion de manière générale. Les agents de la fonction publique et les personnalités les plus hauts placées font mauvais usages de tickets valeurs à eux accordés pour les courses administratives. Les plus hauts et gros corrompus sont ceux qui engagent la lutte contre la corruption et cette lutte n'a que pour résultat de s'estomper. Les véritables actions de rendre gorge ne sont jamais engagées jusqu'au bout contre les pilleurs de l'économie nationale. Les recrutements à la fonction publique sont retardés à dessein pour faire pérenniser aux postes la classe des vieux. Aucun prestataire de service ne réussit

dans une large majorité des cas à avoir des marchés s'il n'est près à donner les 10%. La mafia à gangrener la classe bureaucratique qui vogue dans l'impunité. La violation des lois par ceux qui sont sensés les appliquer est en vogue. Les personnes rigoureuses sont découragées dans tous les services par les fainéants qui mouchardent contre elles et qui s'organisent soit pour leur rendre l'existence difficile ou pour leur nuire. L'élan au progrès et à la franchise est ainsi anéanti au profit du choix de la course de vitesse pour la destruction de la bonne volonté.

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Étape (14) Infidélité Risque de chute

L'infidélité gagne les foyers surtout dans les centres urbains où les coutumes sont tenues à la légère et courent vers la disparition… Tout prouve ainsi que nous sommes en République du Bénin proche des grands désordres non éthiques et non moraux qui occasionnaient autrefois la Colère de Dieu sur les peuples d'Israël et de la Palestine (exemple pris sur Sodome et Gomorrhe) comme le démontre l'histoire de l'Ancien Testament dans la Bible.

 

SECTION III:

VERS L'URGENCE DE LA RÉINSTALLATION DE L'EDUCATION

CIVIQUE ET MORALE DANS LES PROGRAMMES D'ENSEIGNEMENT

AUX COLLÈGES ET AUX SECONDAIRES (PUBLICS ET PRIVÉS) EN

RÉPUBLIQUE DU BÉNIN. (P.27)

1°) Des raisons fondamentales de cette réinstallation de l'ECM

dans le programme.

Interrogé à propos du danger qu'il courrait à rester en prison jusqu'au jour de sa condamnation à la mort, SOCRATE répondait à CRITON:

«On ne doit céder ni reculer, ni abandonner son poste, mais qu'à la guerre, au tribunal et partout il faut faire ce qu'ordonne

l'État…quant à la (…) la violence, si elle est impie à l'égard d'une mère ou d'un père, elle l'est bien d'avantage encore envers la patrie15».

L'analyse de cette proposition montre que le défaitisme, la couardise, la démission, la rébellion, la trahison….ne sont pas des comportements civiques ou moraux. Même si l'on doit démissionner

d'un poste, que se soit pour des raisons valables liées à la sauvegarde de l'équité. C'est alors la négligence ou l'ignorance, des principes du civisme et de la morale qui fait que dans nos sociétés modernes nous observons des administrateurs et des hommes politiques sauvegarder leur poste même si les actions qu'ils y mènent ne remplissent aucune condition morale et civique. Le cas de République du Bénin fait école. C'est en République du Bénin que les personnes nommées à des postes de responsabilités sont dégommées par le conseil des ministres par décision rendue publique et elles refusent de passer service et de laisser ceux qui les remplacent normalement venir assurer leurs fonctions respectives. Cette attitude relève de l'incivisme et du manque du sens de l'alternance. Or, nul n'est l'unique indispensable en son genre pour s'accrocher et s'éterniser au poste de responsabilité comme si ce poste était sa propriété privée définitivement acquise. C'est encore en République du Bénin qu'il est possible au magistrat suprême d'imposer le staff de collaboration à un ministre et si une parcelle de la volonté particulière de celui-ci s'appliquait, il risque la perte de son poste et d'ailleurs il le perd facilement. L'éducation civique et l'instruction morale comme base de l'enseignement à nos adolescents ou à nos êtres éducables jeunes doivent donc être une préoccupation étatique. Aussi, faudrait-il tenir compte de la psychologie de nos apprenants et leurs milieux sociologiques pour dérouler les activités de civisme et de morale ? Nos apprenants au collège ne peuvent pas se comporter de manière sage s'ils n'entendent tout temps sur les ondes des radios diffusions publiques et privées que les émissions ayant rapport aux détournements opérés par les adultes responsables administratifs ou politiques. Nos apprenants ne peuvent de même pas se comporter de manière sage s'ils n'ont que des émissions programmées par les adultes qui traitent de la sexualité dans ses plus grands détails. Les chargés de programmes télévisuels au plan national font dérouler les

cassettes pornographiques sur des écrans de nos Télévisions pour émouvoir la jeunesse et accélérer en eux les passions érotiques. Comment voudrait-on alors que leur esprit soit reposé si presque tous les jours ils font face aux programmes pornographiques à la Télévision et à l'Internet ? S'il est vrai que nous sommes de nos jours dans un village planétaire par rapport aux Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication (NTIC) surtout avec la privatisation et le libre usage de ces outils de communication, il n'est pas faux qu'un contrôle étatique par la police informatique réglerait

les problèmes du dérapage communicationnel. L'éducation

Le retrait de l'instruction civique et morale (icm) de l'éducation a l'enseignement secondaire en République du Benin: Quelles implications sur la conception de la Bonne Gouvernance? Beninois? parascolaire ne peut strictement échapper à l'État dans la réglementation de l'assainissement moral appuyé par la volonté politique. Les images démoralisatrices doivent alors être freinées pour favoriser la bonne moralité dans le rang de la jeunesse scolaire. Il urge donc de procéder à une moralisation effective de la vie publique et de procéder de même à l'application des sanctions pénalisantes envers ceux qui travestissent l'esprit des lois et ceux qui violent impunément ces dernières. Les programmes scolaires doivent désormais tenir compte rigoureusement de l'éducation civique et morale depuis le primaire jusqu'en classe de Terminale pour imprimer

aux jeunes et adolescents les comportements à avoir pour que nous ayons une société équilibrée. Quels sont alors les avantages de cette solution ? En effet cette solution permettra à notre gouvernement de se doter d'un outil de gestion des relations sociales, politiques et économiques.

 

Conclusion

 

L'examen des comportements et attitudes des jeunes en République du Bénin permet d'observer et de déduire de l'ignorance des valeurs éthiques, civiques et morales par la plus grande majorité du peuple et surtout par les personnes scolarisées ou bien par les personnes lettrées. Il est donc là soit une influence du manque d'éducation civique et morale de base pour toute la population, soit d'un déclin des valeurs morales. Les plus jeunes citoyens en République du Bénin quant à eux, se comportent comme si la vie n'avait plus des interdits

qu'il fallait respecter surtout pour ceux qui se retrouvent dans les milieux scolaires. L'incivisme et l'amoralisme se développent à tous les niveaux et tout se passe comme si la morale avait pris les congés de longues durées ou bien si elles étaient complètement en vacances dans notre pays. Le sérieux a donc déserté le forum. Civils et armées manifestent la violation des textes du Droit et font usage de l'injustice au point où le climat de fiabilité semble être absent de nos relations

quotidiennes les uns avec les autres. Les espiègleries et les tromperies s'entremêlent avec la corruption qui tend à se généraliser et à inverser les normes comportementales en matière de morale et de civisme.

Les systèmes politiques malgré leurs cohérences apparentes

n'engendrent que psychoses et hantises pour la plus large masse

populaire. La notion de citoyenneté semble elle-même être en crise.

Une petite classe sociale construit la pauvreté de tout le peuple par les lois scélérates qu'elle ne respecte pas elle-même mais oblige la grande masse à respecter. La misère guette tout le peuple à cause de cherté de la vie. Malgré l'intérêt que les pays développés manifestent pour notre démocratie en la finançant à hauts frais, l'effet réel de la réduction de la pauvreté n'est pas ressenti sur le Béninois moyen. L'administration étatique demeure débitrice des fonctionnaires qui ne peuvent que contracter eux-mêmes des dettes avant chaque fin du

mois pour satisfaire une infirme partie de leurs besoins. Toutes ces situations nous amènent à déduire que le retrait de l'éducation civique et morale de notre système éducatif est la cause de cette situation malveillante ; d'où l'urgence de la réinstallation de cette activité formatrice dans notre système éducatif, dans nos pratiques enseignantes ou dans les apprentissages acquisitions aux collèges et aux secondaires. Mais que doit-on dire des actuels adultes responsables qui avaient quand même eu ces formations à leur époque et qui aujourd'hui participent aux désordres et aux scandales financiers de manière à déshonorer leur classe d'âge et à confirmer la position des jeunes en état de délinquances ?

Le retrait de l'instruction civique et morale (icm) de l'éducation a l'enseignement secondaire en République du Benin: Quelles implications sur la conception de la Bonne Gouvernance? Béninois?

 

 

Bibliographie

1.

André LALANDE Vocabulaire Critique et Technique de la

Philosophie

2.

ARISTOTE, Ethique à Nicomaque, éd. Garnier Flammarion, Paris

1965

3.

Collection Jean PLIYA, Marie Louise Détchénou et Alii, Education

civique et morale; de la couche juvénile, éd. Cellule de la

moralisation de la Vie Publique, Présidence de la République en

1998

4.

GBECHOEVI A. Alexandre, NIETZSSCHE et la question d'une morale fonctionnelle, Mémoire de Maîtrise (Philo Socio

Anthropologie) UNB 1993.

5.

Jean Jacques Rousseau, du Contrat Social, Ed. Nouveaux

Classiques Larousse, Paris 1968.

6.

JOHN DEWEY, Démocratie et Éducation, Ed. Nouveaux Horizons, Collection Armand Colin, Paris 1990

7.

Montaigne, Essais

8.

Montesquieu, L'esprit des lois, Livre VI, Chap. 2

9.

PLATON Apologie de SOCRATE, Ed. Garnier Flammarion,

Traduction de Emile Chambry, Paris 1969

10.

PLATON, CRITON, éd. Garnier Flammarion, Paris 1965, Trad.

Emile Chambry

11 SIMONE WEIL, L'ENRACINEMENT

12.

GBECHOEVI Alexandre, l'éducation de la jeunesse scolaire en

République du Bénin pour le développement et pour la démocratie participative; quelles

Dr. GBECHOEVI. A. Alexandre


LES TEMPS DU  PRÉSENT EN

FRANÇAIS ET EN ANGLAIS

Mike T. U. EDUNG

University of Uyo,

Uyo, Akwa Ibom State, Nigéria.

RÉSUMÉ

L’existence des temps dits « présents » en français et en anglais engendre des problèmes pour les locuteurs de l’une qui apprennent  l’autre  de ces deux langues comme langue étrangère, et qui ensuite pratiquent simultanément les deux, par exemple dans la situation de traduction. À travers une analyse des énoncés qui emploient les temps présents pour exprimer les mêmes réalités dans ces deux langues, la présente étude révèle que la valeur sémantique des soi-disant temps grammaticaux, et surtout des temps présents, réside non pas dans les marques morphologiques des verbes dites les marques temporelles comme tendaient l’enseigner les manuels de grammaire traditionnels, et qui enduisait en erreur les apprenants et locuteurs étrangers de l’une et  l’autre de ces deux langues, mais qu’il s’agit en fait des valeurs aspectuelles des procès exprimés par les verbes dans des situations particulières de communication ; et que seule la bonne compréhension de ce dernier fait peut permettre de bien saisir la juste valeur des soi-disant temps présents dans les énoncés français et anglais, et de les bien traduire de l’une à l’autre de ces deux langues.

DÉFINITION ET IMPORTANCE DU SUJET

Comme l’expliquent Chuquet et Paillard (1989 : 75-76) suivant en cela Benveniste (1974), temps, terme grammatical en français, recouvre en fait deux concepts :

-   d’une part le temps « extra-linguistique » mesuré par l’énonciateur par rapport au  moment de l’énonciation (TIME en anglais) en terme de révolu (domaine du certain), d’avenir        (domaine du non certain) et d’actuel (la définition de ce dernier se renouvelant avec chaque            production de discours);

-     d’autre part le temps grammatical (TENSE) qui renvoie aux marques morphologiques  des       verbes dans une langue donnée.

Si notre étude fera de temps en temps référence au temps dans le premier concept identifié ci-dessus, c’est son deuxième concept qui fait l’objet de cette étude.

En effet, les marques morphologiques des verbes dites « temps grammaticaux »  sont les produits de la tentative de rendre compte des procès qu’expriment les verbes par rapport aux divers moments du temps extra - linguistique. Comme en général  les aires culturo – linguistiques différentes rendent différemment compte des réalités  du monde extra - linguistique, ce qui fait que les langues différentes expriment  différemment les faits du monde réel, on constate, pour ce qui est du sujet de cette étude,   que les langues différentes conçoivent différemment  la situation des procès des verbes  sur le fil du temps extra – linguistique. Ce fait de situer les  procès exprimés par les verbes sur le fil du temps extra – linguistique, ou pour le dire autrement, ce rapport entre les procès exprimés par les verbes et le fil du temps extra–linguistique, les langues respectives le notent ou l’expriment linguistiquement par les marques qui s’attachent morpho - syntaxiquement aux verbes.  Cela explique la différence des systèmes des temps grammaticaux des langues différentes. La correspondance ou non correspondance entre les temps verbaux de deux langues données doit intéresser quiconque s’occupe de l’usage concurrent des deux langues en question. Et c’est justement ce qui nous a inspiré la  présente étude sur les temps du présent en français et en anglais, deux langues qui nous intéressent dans le contexte de la traduction.

Chuquet et Paillard (1989 :76) ont noté qu’ « on  a en anglais deux temps (« tenses ») : présent  et  passé, contre trois en français : présent, passé et futur ». Le français et l’anglais ont alors deux temps en commun – le présent et le passé. La présente étude s’intéresse au fonctionnement des temps du présent dans ces deux langues. Il s’agit de confronter le fonctionnement  des temps du présent  dans les systèmes verbaux de ces deux langues et d’en tirer les conclusions qui s’imposent, surtout dans les situations de l’usage concurrent  de ces deux  langues, telle que la traduction.

L’avertissement de Leeman-Bouix (1994 :3) à l’égard de ce qu’il appelle « les grammaires de référence » et que nous nous permettons de citer ici in extenso nous parait   fort à propos pour la présente étude :

Du fait qu’elles s’attachent à une description globale, passant en revue toutes les catégories et toutes les fonctions concernant aussi bien la langue que le discours, les grammaires de référence laissent dans l’ombre bien des détails de fonctionnement ; ainsi dira-t-on que le verbe vouloir connaît deux formes à l’impératif : veux et veuille, sans préciser que la première ne s’emploie qu’en un sens particulier du verbe (en vouloir à quelqu’un) et seulement à la forme négative (* Veux-lui-en, Ne lui en veux pas).

L’immensité de la tâche que ces grammaires se fixent explique aussi que les définitions et les critères ne soient pas toujours explicites (comment le subjonctif indique-t-il la « virtualité » du procès dans Le président déplore que tant de votants se soient abstenus) et qu’éventuellement ils se contredisent d’une grammaire à l’autre (où aller dans je ne sais où aller est-il une proposition infinitive ? Pour les uns, oui, parce que où aller ? Peut former une phrase autonome ; pour les autres non, parce que aller n’a pas de sujet propre exprimé).

Notre petite étude n’est aucunement une « grammaire de référence ». Mais  comme  nous le verrons bien d’ici peu, un grand nombre de catégories et de fonctions, de critères et de définitions, y réclament des considérations assez détaillées si nous comptons « faire justice » à notre sujet, ce qui n’est certes pas possible dans le cadre d’un article de revue. Par ailleurs, et comme nous le verrons encore au cours de cette étude, les grammaires et les grammairiens se contredisent souvent, et parfois assez profondément, sur la plupart sinon sur tous ces catégories, critères, fonctions et définitions, et il est impossible de toucher de manière adéquate à tout ce qu’il faut toucher, même sur un sujet aussi petit que le nôtre. C’est dire combien cela s’impose de beaucoup laisser dans l’ombre et aux sous-entendus dans cet exposé, pour ne toucher qu’à l’essentiel que devrait savoir sur le fonctionnement du présent en français et en anglais, celui qui travaille simultanément sur ces deux langues.

PORTÉE DU SUJET

Les temps verbaux ne sont pas la seule catégorie grammaticale ayant à faire avec les formes verbales. Comme Galisson et Coste (1976 :50) l’ont noté, « les trois catégories traditionnelles associées au verbe sont le « temps », le « mode », et l’ « aspect ».  Il importe donc de préciser d’abord comment et à quel point le mode et l’aspect  touchent respectivement aux formes du présent, afin de bien délimiter la portée de notre considération du temps présent.

Mode

Nous avons trouvé très utile l’explication du concept grammatical de mode faite par Leeman-Bouix (1994 :19-20). Selon ce dernier,

On peut sommairement définir le mode comme la façon d’appréhender ou de présenter le procès (« état » ou « action ») exprimé par le verbe (…..). Ainsi, dormir (mode infinitif) ne permet guère que la désignation d’un concept (l’idée de « dormir » par opposition à celle de « courir » par exemple) ; c’est d’ailleurs la forme adoptée par les dictionnaires pour présenter les verbes, et par les grammaires pour indiquer les types de conjugaison. En revanche dormait (mode indicatif) porte la personne et le temps : l’appréhension de l’idée verbale est donc ici beaucoup plus précise, puisqu’elle est affectée à une certaine personne et inscrite dans une certaine époque. Si je dis seulement

Dormir !

on ne peut savoir de qui il s’agit (Moi ? Dormir ! ou Toi ? Dormir ! ou Lui ? Dormir ! , etc.) ni situer l’événement temporellement (on peut dormir maintenant, ou dormir jusqu’à demain, ou dormir demain, ou dormir depuis deux heures, etc.).

La grammaire traditionnelle du français distingue les modes indicatif, impératif, subjonctif, conditionnel, infinitif, et participe. Elle oppose les modes personnels qui marquent par des désinences spéciales les personnes grammaticales (l’indicatif, l’impératif, le subjonctif et le conditionnel) aux modes impersonnels qui n’ont pas de désinences spéciales pour distinguer les personnes grammaticales (l’infinitif, et le participe).  Le mode détermine donc les formes verbales, entre autres, les diverses formes du présent des modes indicatif, subjonctif et conditionnel, tel que les manuels de la grammaire française l’enseignent.

Il est toutefois une autre  analyse de la catégorie de mode qui se révèle bien pratique pour la présente étude du temps présent en français. Présentant une autre conception des six modes identifiés ci-dessus, Galisson et Coste (1976 :36) nous parlent en  termes suivants :

Cette terminologie est aujourd’hui contestée. Pour la  plupart des grammairiens actuels, le         conditionnel ou « futur hypothétique » est un temps de l’indicatif et l’impératif une forme du             subjonctif ou de l’indicatif. Beaucoup considère l’infinitif et le participe comme des formes     nominales du verbe,   et ne reconnaissent que l’opposition subjonctif/indicatif. Enfin, certains       ne voient dans le subjonctif qu’une   « variante combinatoire »   de l’indicatif, déterminée par            des      contraintes syntaxiques ou lexico – syntaxiques.

Leeman-Bouix (1994) est l’une des autorités partisanes de l’analyse résumée ici par Galisson et Coste, et qui a consacré des dizaines de pages à l’élaboration  de cette analyse. Suivant  cette analyse, il ne resterait concrètement que les formes de l’indicatif comme les formes verbales de base en quelque sorte, les formes verbales que produisent les autres modes n’étant que des variantes marquées de «  l’indicatif (qui) est le mode non marqué, parce qu’il  `  convient pour représenter un procès comme simplement énoncé . . . sans aucune interprétation ‘ ».  (Galisson et Coste, 1976 :351). Ainsi, nous ne considérerons dans cette étude   du temps présent en français et en anglais, que le présent de l’indicatif pour ce qui est du français. Pour ce qui est de l’anglais, il est clair que ce sont les auxiliaires et les verbes modaux qui donnent des valeurs de modes aux formes de base que sont les formes du présent et du passé. Ainsi, si nous nous intéressons dans cette étude aux formes des divers temps du présent anglais, cela ne nous empêchera pas de considérer  les formes des autres temps anglais qui expriment les mêmes réalités que  le présent français. De même, nous examinerons aussi les autres temps français qui, à coté du temps présent, correspondent à un temps du présent anglais sur le plan de l’expression de la réalité.

Aspect

Si « tout verbe renvoie à un procès » comme nous le disent Chuquet et Paillard (1989 :77), c’est par la manière dont on considère le procès que l’aspect touche au verbe et aux formes verbales. Le procès c’est « ce que désigne un syntagme verbal » (Guillemin – Flesher, 1981 :494). Le procès connait deux types : l’état et le processus.

L’état est  un  procès  qui  n’est pas envisagé par rapport à un déroulement et auquel on ne peut donc pas assigner de « bornes ». Ce dernier terme symbolise le stade de déroulement d’un processus, la borne de gauche indiquant le début du processus et la borne de droite en indiquant le stade atteint. La borne de droite peut être fermée, ce qui veut dire un stade atteint, ou elle peut être ouverte

indiquant que le processus  qui a un début bien défini, continue encore. Lorsqu’on envisage un procès en tant qu’ état ou propriété, les bornes ne sont pas prises en considération. En exemples de verbes de procès d’ état, on cite souvent être, avoir, contenir, appartenir à, etc.(voir Chuquet et Paillard :loc. cit.).

Pour sa part, le processus est un procès  auquel on assigne les bornes, auquel est associée l’idée d’un début, d’un déroulement et d’une fin (d’un stade atteint). Peindre,  briser,  vieillir, écrire ont été cités en exemples des  verbes qui expriment  le processus.(cf. Chuquet et Paillard :ibid.). Apparemment donc, l’aspect se manifeste avec les verbes qui expriment le processus et non pas avec les verbes  d’état. Nous disons bien apparemment ici car comme nous le verrons bientôt au cours de cette étude, « un même verbe de surface peut se trouver construit dans un fonctionnement de type état ou de type processus selon les données situationnelles ou contextuelles et selon les propriétés des différents termes associés au verbe ». (Chuquet et Paillard, 1989 :78).

On entend alors  par aspect, « les valeurs qui se rapportent au mode de déroulement du procès, indépendamment du procès lui-même ». (Galisson et Coste, 1976 :50). La treizième édition revue du Bon Usage de Maurice Grevisse, refondue par André Goosse (Duculot, 1993 :1120) dira donc que l’aspect « est la manière dont s’expriment le déroulement, la progression, l’accomplissement de l’action ». Présentant la notion d’aspect par opposition à celle de temps, Baker (1992 :98 - 99) a ceci à nous dire :

Tense and aspect are grammatical categories in a large number of languages. The form

of the verb in languages which have  these categories usually indicates two main types of        information: time relations and aspectual differences. Time relations have to do with locating

an event in time. The usual distinction is between past, present, and future. Aspectual

differences have to do with the temporal distribution of an event, for instance its completion

or non-completion, continuation, or momentariness.

 

L’aspect se manifeste de deux manières dans les verbes – lexicalement et grammaticalement. On parle d’aspect lexical lorsque le mode de déroulement du procès fait partie du sens du verbe lui-même. Ainsi, pour reprendre les exemples fournis par  Chuquet et Paillard (loc. cit.) :

tenir est duratif      :  prendre est ponctuel

dormir est duratif      :   s’endormir est ponctuel et inchoatif

sit est  duratif     :   sit down est ponctuel

eat est duratif      :    eat up est terminatif/résultatif

Leeman-Bouix (1994 :52) a fourni les exemples de trouver et de chercher comme véhiculant respectivement les aspects perfectif et imperfectif :

Trouver indique par lui-même qu’un résultat est atteint, on parlera d’aspect perfectif ; tandis que chercher ne comporte pas l’implication d’une fin, on parlera d’aspect imperfectif. On peut reconnaitre qu’un verbe est perfectif au fait qu’il admet la spécification d’une durée nettement bornée, au moyen du complément de temps en + numéral + nom de temps :

Max a trouvé (la bague) en trente secondes

mais :

* Max a cherché (la bague) en trente secondes

En revanche, un verbe imperfectif admet la spécification d’une durée non bornée, au moyen du complément de temps introduit par pendant ou de l’adverbe longtemps :

Max a cherché (la bague) pendant deux heures

Max a longtemps cherché (la bague)

mais :

*Max a trouvé (la bague) pendant deux heures

*Max a longtemps trouvé (la bague)

 

On parle d’aspect grammatical lorsque l’aspect est exprimé par des moyens d’ordre grammatical. Naturellement, ce genre d’aspect varie d’une langue à l’autre. Essentiellement, l’aspect grammatical marque la façon dont le procès est envisagé par l’énonciateur. Ainsi, un même procès  peut être présenté de deux façons différentes comme Chuquet et Paillard l’ont démontré avec les exemples suivants :

  • procès envisagé dans son déroulement :
    • She is singing very well tonight.
  • procès  envisage globalement, dans son ensemble:
    • She sang at the concert last night.
  • procès  envisagé comme accompli et repéré par rapport au moment de l’énonciation :
    • I’m sure she has sung that song before.

On se rend  compte  alors, pour ce qui est de l’aspect grammatical, que «les marques d’aspect sont …                 presque toujours les mêmes que  les marques de temps » (Bescherelle, 1997 :469), ce qui vaut dire que les mêmes  marques  morphologiques peuvent véhiculer et les valeurs de temps et les valeurs d’aspects. Cela étant, un point crucial de notre étude sur les temps du présent c’est de savoir déterminer quand une forme verbale véhicule une valeur temporelle et quand cela véhicule une valeur aspectuelle, afin de savoir éviter de prendre un cas d’aspect pour un cas de temps et inversement. Dans la perspective comparée qui est celle de notre étude, comparant le fonctionnement des temps du présent en français et en anglais, cela revient à savoir préciser, entre autres choses, quand, le cas échéant, un temps présent dans le fonctionnement d’une langue correspond à un temps ou à un aspect dans le fonctionnement de l’autre langue,  car c’est  là ce qui peut profiter celui qui s’intéresse à ou s’engage dans l’usage concurrent de ces deux langues.

Notons aussi qu’il existe un lien entre l’aspect lexical et l’aspect grammatical. Selon Chuquet et Paillard (1989 :77-78),

Il est évident que le choix de l’aspect grammatical doit être compatible avec l’aspect lexical du verbe. Ainsi, un verbe de processus duratif sera plus apte à être envisagé dans son   déroulement  qu’un verbe de processus  ponctuel et inchoatif. . . On aura aussi des différences  aspectuelles  sur le plan grammatical entre verbes  d’état et verbes de processus. Mais il  faut souligner qu’ . . . il ne s’agit pas de catégories étanches. Un même verbe de surface peut se trouver construit dans un fonctionnement de type état ou de type processus  selon les  données  situationnelles  ou contextuelles  et  selon les propriétés  des  différents termes  associés  au  verbe. À preuve  l’exemple  suivant fréquemment  cité :

John is stupid               : :   Jean est idiot.                     ÉTAT

John is being stupid.              : :   Jean fait l’idiot.            PROCESSUS

 

Les propos cités  ci-dessus révèlent un autre point important pour la portée de notre  étude : le procès envisagé par l’énonciateur, et partant, l’aspect que celui-ci a choisi pour son énoncé, dépend non seulement du verbe, mais aussi des propriétés de certains autres éléments de l’énoncé. Les valeurs aspectuelles des énoncés viennent aussi, par exemple, des adverbes et des compléments dont la fonction peut être soit de venir préciser l’aspect du verbe :

Ex.          He has finished his work already ;

soit d’apporter une valeur aspectuelle à l’énoncé tout entier, le verbe ne permettant pas de trancher:

Ex.           He played hockey last Sunday.

He played hockey every Sunday last year;

l’aspect du premier énoncé étant celui d’une occurrence unique,  et celui du second étant itératif. (cf. Chuquet et Paillard, ibid.). Suite aux exemples cités ci-dessus, Chuquet et Paillard font une remarque importante en ces termes :

Que ce soit dans le domaine du temps ou dans celui de l’aspect, il faut veiller à distinguer les valeurs appartenant à la forme verbale elle-même de celles exprimées par d’autres éléments de l’énoncé.

Mais puisque la présente étude porte sur les temps présents du français et de l’anglais dans une perspective comparée, elle tiendra compte des valeurs aspectuelles exprimées par d’autres éléments de l’énoncé dans les cas où ce genre de valeurs aspectuelles dans une langue a des conséquences pour les formes verbales dans l’autre langue.

LES FORMES VERBALES DU PRÉSENT EN FRANÇAIS ET EN ANGLAIS

Rappelons que les analyses que nous avons faites dans la section précédente concernant les incidences du mode sur le temps présent en français nous a mené à ne considérer que le mode indicatif comme le mode de base ou le mode non marqué. Ainsi, le présent de l’indicatif serait le présent de base ou non marqué, ce qui le fait  la seule forme du présent à considérer en français dans cette étude. C’est le fonctionnement de cette forme verbale, c’est-à-dire, ses divers usages, en français, que nous allons maintenant considérer.

Pour ce qui est des formes verbales du présent en anglais, la grammaire traditionnelle de cette  langue reconnait les quatre tenses suivants : le simple present, le present continuous qui se dit aussi le present progressive (BE + - ING), le present perfect (HAVE + - EN), et le present perfect continuous ou present perfect progressive (HAVE + BE(-EN) + - ING). Ce sont les divers usages de ces formes verbales que nous allons maintenant considérer.

Cette section de notre étude va donc considérer, mais dans une perspective comparée, les fonctionnements des formes verbales française et anglaises précisées ci-dessus, en examinant des phrases qui les emploient typiquement dans leurs divers usages. Et pour la simple raison de la facilité de l’analyse comparée, nous allons procéder par groupement de formes verbales française et anglaise de manière suivante : présent français et simple present / present  continuous anglais, et puis, présent français et present perfect / present perfect  continuous anglais. Mais comme nous le verrons au cours de cette étude, il existe des usages de la forme verbale française en question ici qui ne correspondent à aucune des formes verbales anglaises précisées ci-dessus, tout comme il existe inversement des usages de ces formes verbales anglaises qui ne correspondent pas à la forme verbale française en considération ici. C’est le cas par exemple où le présent français correspond au prétérit anglais, et encore où le present perfect anglais, une forme verbale dite du présent, correspond au passé composé français, une forme verbale du passé comme l’indique son appellation. Ces cas de non coïncidences ou non symétrie (cf. Chuquet et Paillard, 1989 :79-80 par exemple) seront également examinés, mais après des cas de coïncidences représentés par les groupements signalés ci-dessus. Dans les cas des coïncidences et de non coïncidences, il s’agira d’examiner les procès exprimés par les formes verbales, et de noter des éléments ou propriétés des procès qui font appel à la forme verbale employée par l’une et l’autre langue. C’est ainsi que comptons faire sortir les situations dans lesquelles l’une et l’autre langue emploie telle ou telle autre forme verbale du temps présent, connaissance qui, à notre avis, assure l’usage  compétent des deux langues en question ici, surtout par ceux qui en font un usage concurrent tel que les traducteurs. À l’instar des travaux d’analyses comparées tels que Chuquet et Paillard qui nous a beaucoup aidé dans cette étude, nous partirons dans nos analyses, tantôt du français, tantôt de l’anglais, selon la nature du problème posé.

Présent français et simple present/present continuous anglais

Considérons les énoncés français et anglais suivants :

1    Le soleil se lève à l’est.        ::     The sun rises in the east.

2     L’homme est mortel.          ::      Man is mortal.

3 Je prends le taxi ici chaque matin.  ::      I catch a taxi here every morning.

Pour l’une et l’autre langue, il s’agit, pour ces trois énoncés, de ce que Chuquet et Paillard (1989 :81-82) appellent le présent de généralité, mais  pour en saisir pleinement l’usage, il faut examiner des éléments aspectuels de l’emploi. Dans les énoncés marqués (1), il s’agit d’un verbe de type processus, le procès étant envisagé comme propriété, hors déroulement. Dans les énoncés (2), il s’agit d’un verbe de type état,  qui exprime clairement une propriété du sujet, alors n’impliquant point de processus. Pour leur part, les énoncés marqués (3) emploient un verbe de type processus, borné d’ordinaire, donc ponctuel, mais à qui le complément chaque matin/every morning confère un aspect itératif, ce qui fait que ce processus soit envisagé hors déroulement, mais globalement, dans son ensemble, tout comme le procès dans les énoncés marqués (1). Dans ces trois paires d’énoncés, les procès sont en rupture avec le moment de l’énonciation, ce sont les faits qui restent vrais de tout temps. Les formes du présent français et du simple present anglais ne sont pas employées ici pour les considérations temporelles mais aspectuelles. C’est dire en d’autres termes que ces formes verbales française et anglaises ne renvoient pas à des valeurs de temps (tense) mais à celles d’aspect.

Considérons maintenant ce petit dialogue entre deux camarades :

4A   -  Qu’est - ce que  tu fais, Bernard ?        ::       -  What are you doing, Bernard ?

4B    -  Je répare ma moto.  ::        -  I am fixing my motor-cycle.

Dans les énoncés 4A et 4B, il s’agit en français et en anglais des verbes d’aspect lexical duratif, et donc

de processus envisageables, et effectivement envisagés dans leur déroulement. Pour les énoncés français, c’est cette valeur aspectuelle lexicalement véhiculée et qui permet d’envisager le procès dans son déroulement, qui permet enfin de le repérer par rapport au moment de l’énonciation, ce qui donne en fin de compte à cette forme verbale une valeur temporelle dans cet emploi. Mais pour les énoncés anglais, le changement de forme au BE + - ING souligne le trait aspectuel de déroulement en compatibilité  avec l’aspect duratif lexicalement véhiculé par ces verbes. Ce changement de forme au BE + -ING dans cette situation d’emploi particulière, par rapport à la forme du simple present dans les usages exemplifiés par les énoncés 1, 2 et 3 ci-dessus permet d’attacher à cette forme verbale (le present continuous ) la valeur temporelle que cet usage manifeste  par l’effet conjugué de la nature des verbes et le mode de repérage qui doit être compatible avec la nature du verbe. Le présent continuous anglais qui a ici une valeur de temps correspond dans cet usage au présent français qui fonctionne ici comme marque de temps mais ailleurs (cf. énoncés 1, 2 et 3 ci-dessus) comme marque  aspectuelle. C’est dire que dans cet usage particulier, il y a coïncidence entre la forme verbale dite le présent (de l’indicatif) français et la forme verbale dite le present continuous anglais : toutes les deux sont des temps verbaux dans le  vrai sens du terme.

Présent français et present perfect/present perfect continuous anglais

D’abord le présent français et le present  perfect anglais.  Et  pour l’analyse de l’emploi de ces formes, prenons l’un des exemples fournis par Chuquet et Paillard (1989 :81) à cet effet :

Vous êtes la première personne à laquelle je parle. ::  You are the first person I’ve spoken to.

Selon Chuquet et Paillard (loc. cit.), il s’agit, pour le français, d’une constatation dans l’actuel : les procès exprimés respectivement par les verbes être et parler sont contemporains de l’énonciation. La forme que prennent ces verbes, forme dite  présent de l’indicatif, est ici donc, forme temporelle ; il s’agit du temps (tense) proprement dit. Pour sa part, l’anglais, selon Chuquet et Paillard (ibid.), suivant en cela Gauthier (1981 :435-436), envisage obligatoirement le procès d’un point de vue aspectuel : le « point » désigné par  the first marque une borne, une frontière entre deux états, et l’anglais marque le passage de cette frontière par le present perfect, forme prenant en compte le processus.

Dit autrement, si le procès exprimé par be est un état en cours au moment de l’énonciation, faisant que are renvoie à l’actuel, ce qui le fait ainsi une forme temporelle ( temps = tense), le procès exprimé par speak est envisagé comme  processus ayant été accompli par rapport au moment de l’énonciation, ce qui fait appel à l’emploi d’une forme verbale composée (dans ce cas le present perfect) qui marque l’aspect accompli. (voir Leeman-Bouix, 1994 :49). Le present perfect anglais est ici une marque d’aspect et non une marque de temps (tense).

Ce que nous venons de voir ne représente pas le seul emploi de la forme verbale anglaise dite present perfect. Toujours comme équivalent du présent français, considérons  d’autres exemples de l’usage du present perfect anglais fournis toujours par Chuquet et Paillard (1989 :83) :

6    J’ arrive de Paris     ::    I’ve just arrived from Paris

7   Je viens vous dire que…….    ::    I’ve come to tell you that……..

8   Je vous apporte le livre que vous m’aviez   ::     I’ve brought you the book you asked me for.

demandé.

 

Suivant en cela Fuchs et Léonard (1979 :338), Chuquet et Paillard  expliquent qu’il s’agit ici d’un cas où le procès au présent en français est un verbe de processus dont le sens même désigne (selon Fuchs et Léonard) « le passage entre une localisation de départ et une localisation d’arrivée, défini par rapport à des points de repère externes » (exemples : aller, venir, arriver, apporter, etc.). Ce type de procès, inséré dans un contexte tel qu’il renvoie à l’état résultant du processus, sera traduit en anglais par un present perfect.

 

Si l’on quitte d’expliquer ce phénomène sur la base de la traduction pour l’expliquer sur celle du fonctionnement respectif de ces deux langues, nous dirons que le français envisage ces verbes de processus dans leur aspect contemporain avec l’énonciation : l’action d’arriver, de venir, d’apporter, est conçue ou envisagée comme se produisant encore au moment  se fait l’énonciation. Il s’agit de l’aspect du non accompli que marquent généralement les formes verbales simples par opposition aux formes verbales composées qui marquent l’aspect accompli. (cf. Leeman-Bouix, 1994 :49). Puisque le procès est conçu dans l’actuel où se produit l’énonciation, la forme verbale qui l’exprime, le présent de l’indicatif se fait alors une marque de temps (tense), une marque temporelle. Pour sa part, l’anglais conçoit le processus d’arriver, de venir, d’apporter, comme terminé par rapport au moment de l’énonciation : au moment où le locuteur parle, le voilà déjà arrivé de Paris, le voilà déjà venu et présent en chair et os chez son interlocuteur à qui il est en train de parler, et ainsi de suite. Comme le disent bien Chuquet et Paillard, c’est « l’état résultant du processus », ce qui vaut dire l’aspect accompli du processus que l’anglais marque par le present perfect qui est alors une marque aspectuelle.

Mais le present perfect anglais met aussi en valeur le processus préalable à l’état atteint. Le changement aspectuel est fréquemment accompagné d’un changement lexical, l’anglais utilisant un verbe de processus au present perfect là où le français emploie un verbe d’état au présent comme le démontrent les exemples (9) et (10) ci-dessous :

9   Tous les établissements scolaires sont fermés.                                 ÉTAT

All the schools have been closed.                                                    PROCESSUS

10   La liste du Parti Communiste enregistre un nouveau recul… ÉTAT

The French Communist Party has suffered a setback….. PROCESSUS

 

Dans tous les cas où nous venons de voir le présent français exprimer les mêmes faits que le present perfect anglais, on constate que quel que soit le type de procès qu’il exprime (état ou processus), le présent français fonctionne comme marque de temps tandis que le present perfect anglais fonctionne toujours comme marque d’aspect.

Et maintenant, le présent français et le present perfect continuous anglais. Considérons  les exemples (11) et (12) ci-dessous :

11  J’habite cette ville depuis l’âge de 10 ans :: I have been living in this city since I was ten.

12  J’ habite depuis plusieurs années une  ::  For the past few years, I have been living in vieille maison de campagne.  an old house in the country.

 

Dans ces deux énoncés, le français envisage le procès comme borné, et donc un processus. Cette borne se fait  par le moyen des compléments circonstanciels depuis l’âge de dix ans (exemple  11) et depuis plusieurs années (exemple 12), qui sont  en fait des déterminations temporelles. (cf. Chuquet et Paillard, 1989 : 82). Cette détermination borne le processus à gauche et précise ainsi le point de départ du déroulement du processus. Envisagé dans son déroulement à partir d’un point de départ bien défini (depuis…), et repéré par rapport au moment de l’énonciation, le processus est en français exprimé par le présent de l’indicatif qui est alors une marque de temps – ce processus se poursuit encore au moment de l’énonciation. Il importe de noter qu’en français, la détermination temporelle réalisée avec depuis….  renvoie et au point de départ du processus (depuis l’âge de dix ans…) et à la période écoulée (depuis plusieurs années…). Comme  nous allons le voir toute à l’heure, tel n’est pas le cas en anglais, avec des conséquences pour un usager de ces deux langues en situation de concurrence qui n’aurait pas bien maîtrisé  l’usage des formes verbales en question ici.

De son côté, l’anglais envisage différemment le même processus (exprimé par le verbe live en exemples 11 et 12), selon qu’il renvoie au point de départ du processus, et pour lequel il emploie la détermination temporelle since (exemple 11), ou selon qu’il renvoie à la période écoulée, et pour lequel il emploie  for (exemple 12). Tout comme en français, le processus dans les deux énoncés (exemples 11 et 12) est envisagé dans son déroulement et repéré par rapport au moment de l’énonciation comme étant contemporain à celle-ci – c’est que le processus se poursuit au moment même où s’exécute l’énonciation. Ainsi, la forme verbale dite le  present perfect continuous est, comme le present continuous que nous avons vu plus tôt, une marque de temps, et non pas, comme le present perfect, une marque d’aspect.

Présent français et autres formes verbales anglaises

Il existe des cas où le français exprime le procès avec la forme verbale dite du présent, alors que l’anglais l’exprime avec les formes qui ne sont pas considérées comme du temps présent. Considérons d’abord les énoncés suivants :

13  On s’excuse quand on est en retard.   ::  One should apologise for being late.

14  Cycling can be a hazardous pursuit.       ::  Le vélo n’est pas toujours sans  danger.

15     En Angleterre, les cigarettes s’achètent ::  In  England, you can buy cigarettes in aussi dans les supermarchés. supermarkets.

 

En français, il s’agit ici, de l’emploi de ce que les grammaires appellent le présent générique, qui, comme le remarquent Chuquet et Paillard (1989 :82), est étroitement lié à l’emploi du pronom on (voir exemple 13), à l’opération de renvoi à la notion (voir exemple 14), et à l’emploi pronominal des verbes (voir exemple 15). En anglais, il s’agit de l’emploi de modalité (should en ex. 13, et can en exs. 14 et 15). Notons à l’instar de Chuquet et Paillard (ibid.) que ce genre de l’emploi de modalité va de pair avec un fonctionnement différent de la détermination (repérage par rapport à un animé plus déterminé qu’en français : comme  you dans exemple 15, employé dans la situation où le français emploie la forme pronominale du verbe avec un sujet non animé  Les cigarettes s’achètent…). L’anglais emploie  aussi  la modalité là où le français emploie le présent  générique quand il s’agit  de renvoi à la classe par extraction qualitative – c’est le cas de can be qui va avec cycling et aussi le cas de should apologise qui va avec  One.

Toujours  sur les cas où le français exprime un procès avec  une forme verbale dite du présent là où l’anglais l’exprime avec une forme verbale qui n’est pas du présent, considérons les énoncés marqués (16) et (17) ci-dessous, et que nous avons empruntés à Chuquet et Paillard (1989 :81) :

16  Le lieutenant le contemple encore un instant ::  The lieutenant stared at him a little while sans rien dire.                                         longer without saying a word.

 

17  La grande heure de l’eurocommunisme   ::  Eurocommunism’s big moment came on sonne le 2 mars 1977.                                          March 2nd 1977.

 

Pour ce qui est du français ici, il s’agit de l’emploi de ce qu’on appelle communément le présent dit <historique> ou <de narration>. A l’égard de quel temps ou quelle forme verbale s’emploie en anglais dans les situations où le français emploie le présent historique, diverses autorités en la matière ont présenté plusieurs points de vues plus ou moins compliqués, et  qui, à notre avis, relèvent beaucoup plus de la démonstration de l’érudition que de la présentation de l’état pratique de l’usage quotidien de ces deux langues, et surtout de l’anglais. Deux remarques de Chuquet et Paillard (1989 :84-86) sont pertinentes, à notre avis, pour nous en sortir de toute confusion sur cette question. Dans un premier temps, Chuquet et Paillard observent que

 

La fréquence de cet emploi du présent en français pose souvent des problèmes de traduction. La faible détermination du présent français, renvoyant  simplement à la notion de procès, le rend compatible avec toutes sortes de repères dans le temps

(« time »). Les conditions d’emploi du présent anglais pour la narration d’événements passés sont beaucoup plus difficiles à déterminer.

Un peu plus loin, ces auteurs remarquent encore, à propos de la traduction en anglais des textes français portant la narration au temps présent  d’événements passés :

Il est significatif de noter que des anglophones confrontés à ce type de narration ont tendance naturellement  à passer au prétérit en anglais. Mais on ne peut pas pour autant affirmer que le présent soit impossible, et il ne faut pas ériger en principe ce qui est, peut-être, une des limites de la traduction, à savoir une certaine neutralisation

stylistique dans la langue d’arrivée par crainte du traducteur d’aller à l’encontre des tendances habituelles de la langue. [Nos gros caractères pour des raisons d’emphase]

 

Et pour appuyer ce point de vue, Chuquet et Paillard citent un passage  d’un roman anglais contemporain ( Waterland, Heinemann, 1984, par Graham SWIFT) qui emploie le present simple anglais pour la narration d’événements passés :

Jacob  Crick manned the mills at Stump Corner from 1748 to 1789. He never married.

In all those years he probably moved no further than a mile or two from his mills, which at all times he had to guard and tend. With Jacob Crick another characteristic of my paternal  family  emerges. They are fixed people […]  The biggest migration the Cricks ever made – before I, a twentieth-century Crick, made my home in London – was to move from the land west to the land east of the Ouse – a distance of six miles.

So Jacob Crick, mill-man and apprentice hermit, never sees the wide world. He never

learns what is happening in Quebec or Boston. He eyes the horizon, sniffs the wind, looks at

flatness. He has time to sit and ponder […].

Mais voilà que Chuquet et Paillard affirment, fort curieusement, que cet usage du présent en anglais  « pourrait paraitre audacieuse s’il s’agissait d’une traduction ». C’est dire que le public lecteur d’une telle traduction n’en sentirait pas le langage naturel. Sur l’usage du présent « historique » en anglais donc, nous sommes alors tout simplement de l’avis  qu’il n’est ni logique ni pratique de partir à la recherche  d’un usage  assez  bien rare  dans une langue et de le  proposer comme pouvant remplacer ou ayant la même qualité  qu’un usage  que l’on reconnait  comme relevant « des tendances habituelles de la langue ».

Notre avis bien humble, c’est qu’en matière de l’acceptabilité d’un usage langagier, ce que disent naturellement  les locuteurs autochtones d’une langue donnée, est  plus valide que ce que  dit un traducteur qui veut à tout prix  garder dans cette langue  les  traits qui sont en fait les particularités de la langue à partir de laquelle il a effectué la traduction. En toute évidence, le présent « historique » est une particularité stylistique du français : « la faible détermination du présent français, renvoyant simplement à la notion de procès, le rend compatible avec toutes sortes de repères dans le temps (« time ») », comme le disent bien Chuquet et Paillard, mais le  subtile esprit français, pour ainsi dire, sait bien jouer dans ce complexe de compatibilités pour produire ce trait stylistique dit le présent historique. Par contre, et comme le disent bien encore Chuquet et Paillard, « les conditions d’emploi du présent anglais pour la narration d’événements passés sont beaucoup plus difficiles à déterminer », ce qui fait que, même lorsque Chuquet et Paillard aient pu en trouver un exemple d’emploi ou d’usage concret à citer, cet emploi ou usage reste un cas marginal, un cas d’extrême. Nul doute alors que « cet emploi (du présent historique) en français pose souvent des problèmes de traduction » en anglais, comme l’ont remarqué Chuquet et Paillard. Un usage marginal ne saurait être tenu pour règle d’usage, et donc une correspondance ou un équivalent, dans une étude comparée de deux langues ou systèmes linguistiques. Le présent dit « historique » en français ne saurait donc avoir comme correspondant ou équivalent en anglais que le prétérit. Ce sont d’ailleurs  Chuquet et Paillard (1989 :92) qui disent dans une section consacrée à l’étude du prétérit en anglais, que  «(L)e prétérit est par excellence le temps de la narration d’événements passés et de la description non marquée, « objective », d’états et de situations passés. »  Le présent dit « historique » en anglais n’est donc, à notre avis, qu’une aventure stylistique, qui peut être heureuse ou malheureuse, selon le public.

Présent anglais et autres formes verbales en français

Considérons enfin des cas où l’emploi des formes verbales du présent en anglais correspondent aux formes verbales non présent en français. C’est dans une perspective aspectuelle visant les formes d’accompli que Chuquet et Paillard (1989 :99) par exemple, ont pu identifier la correspondance entre le present perfect anglais (forme verbale dite du présent), et le passé composé français ( forme verbale dite du passé). Considérons l’énoncé suivant donné en exemple par Chuquet et Paillard (loc. cit)

18  a political landscape which has changed much ::  un paysage politique qui a beaucoup plus more than we had supposed.                                     changé qu’on ne le supposait.

Il s’agit ici d’un procès envisagé comme accompli par rapport au moment de l’énonciation, en l’absence de toute détermination temporelle. Mais considérons à leur tour les énoncés marqués (19) et (20) ci-dessus, et empruntés toujours Chuquet et Paillard (1989 :99) :

19        I’ve already seen this film.  ::   J’ai déjà vu ce film.

20      My father hasn’t  come home yet. ::   Mon père n’est pas encore rentré.

Dans ces deux énoncés, il s’agit d’un procès envisagé comme accompli par rapport au moment de l’énonciation avec un adverbe marquant le rapport au moment de l’énonciation.  Remarquons que ces formes verbales anglaise  ( present perfect) et  française  (passé composé)  sont  les formes composées, et par là, elles expriment l’ aspect accompli. Pour ce qui est  donc des cas où l’anglais emploie une forme verbale dite du présent là où le français emploie une forme verbale qui n’est pas du présent, on constate encore qu’il s’agit, non pas de la catégorie de temps mais de celle d’aspect. C’est ce dernier qui permet de déterminer la forme verbale correspondante dans l’une et l’autre langue.

Conclusion

Sachant que le français et l’anglais connaissent toutes les deux les temps présents selon leur  grammaire traditionnelle , mais sachant aussi que les langues différentes conçoivent différemment les rapports entre les procès exprimés par les verbes dans le discours d’un côté, et le temps extra - linguistique (time) de l’autre, entraînant ainsi la différence entre les systèmes des temps grammaticaux des langues, nous avons entrepris la présente étude sur les temps  présents en français et en anglais afin d’identifier les réalités que ces temps expriment selon et au sein des systèmes respectifs de ces  langues, et ainsi  découvrir et saisir ce que  pourrait faire celui qui, (comme le traducteur), travaille simultanément avec ces deux langues en passant de l’une à l’autre, chaque fois qu’il a à faire avec ces temps.

Les temps grammaticaux étant en fait  les formes verbales, parfois en complément avec d’autres éléments du discours (surtout adverbes et locution adverbiaux, etc.), cette étude nous a précisé les formes verbales dites du présent qui se correspondent dans l’une et l’autre langue pour l’expression des réalités précises. Ce  genre de  connaissance est bien  pratique pour tout locuteur du français et de l’anglais  qui doit passer de l’une à l’autre langue pour   exprimer les  mêmes réalités. Ces correspondances ont été précisées, entre autres choses, dans l’avant-dernière grande section de cet exposé, et il n’est ni nécessaire ni commode de les répéter ici. À part ces correspondances, cette étude nous a révélé  d’autres points  valables sur la question des temps verbaux en général, et sur la question particulière des temps du présent en français et en anglais dans une perspective comparée. Et ce sont des points qui peuvent servir de  repères et  permettre à qui s’intéresse à  l’usage des temps verbaux de deux  langues  quelconques, et du français et de l’anglais en particulier, de bien s’orienter dans son enquête, afin de découvrir  la nature et la valeur justes de ces « soi-disant temps » dans l’une et l’autre langue, et ainsi savoir les employer comme il faut en passant d’une langue à l’autre. Ce sont ces points qu’il faut préciser à ce stade conclusif de notre exposé.

Cette étude nous a révélé la valeur de la catégorie d’aspect par rapport à celle de temps, dans l’appréhension de la réalité exprimée par le verbe dans le discours. Il importe de noter que la catégorie grammaticale d’aspect a été reconnue il n’y a pas très longtemps. Leeman-Bouix (1994 :47) par exemple, a dû noter que « jusqu’à une période récente, les grammaires courantes ne mentionnaient guère l’aspect. » Et pendant que la généralité des praticiens de l’analyse grammaticale ignorait l’aspect,  état de choses qui continue encore aujourd’hui chez certains, il régnait la confusion dans l’appréhension de la réalité qu’expriment les  verbes sous leurs diverses formes. Pour ce qui est de l’anglais, cette confusion est de deux genres. Comme nous l’explique Muir  (1972 :132) : « (1) confusion of tense and aspect ; (2) confusion of tense and time reference”. La catégorie grammatical d’aspect est venue révéler que les termes de present perfect et de present continuous par exemple, considérés jusqu’alors comme des désignations des temps (tenses), sont de appellations erronées, car chacune d’elles rapproche en une seule appellation qui se veut de désigner une catégorie grammaticale – celle de temps (tense) deux termes qui appartiennent chacun à une catégorie différente : le terme de present qui appartient à la catégorie de temps (tense), et continuous et perfect qui appartiennent à la catégorie d’aspect. C’est ce que signale Muir (1972 :132) sous la rubrique qui traite de « Tense », lorsqu’il note, à propos des termes  continuous present et  past perfect , que  « the components « continuous/present » refer to aspectual issues, and their combination with tense features serves to blur the tense features which are involved ». Muir(1972 :138) explique bien les choses en ces termes en cherchant à bien employer des termes pour désigner correctement les catégories grammaticales en question, et celle de temps (tense) surtout :

The clauses

(i)  I have eaten the apple.

(ii) I am eating the apple.

differ in tense, (i) being past [eaten] in present [have], (ii) being present [eating] in present [am]; and they differ in aspect, (i) being perfective [eaten], and (ii) being imperfective [eating]. But the clauses

(ii)  I am eating the apple.

(iii) I was eating the apple.

differ only in tense, (ii) being present [eating] in present [am], and (iii) being present

[eating] in past [was]; but both are imperfective aspect.

Le problème des temps (tenses) de la période du présent (comme d’ailleurs des tenses des autres périodes) en anglais, c’est alors celui de fausses appellations ou appellations erronées, qui alors induisent  en erreur dans l’appréhension des procès exprimés par les verbes dans le discours.

Pour ce qui est du français, nous avons déjà signalé, à l’instar de Bescherelle (1997 :469) que « les marques d’aspect sont, en français, presque toujours les mêmes que les marques de temps ». Étant donné cet état de choses, ce sont les éléments de la phrase pour ainsi dire, plus que les marques morphologiques du verbe, qui déterminent l’aspect en français. Bescherelle nous explique ce fait lorsqu’il dit en continuation des propos cités ci-dessus que

Elles [les marques d’aspect] indiquent que l’événement que l’on évoque est étroitement lié au moment où l’on parle ; on ne peut véritablement comprendre la phrase que dans la situation où elle est prononcée.

Tiens, je t’ai fait un beau dessin !

. . . Celui à qui l’on s’adresse écoute la phrase prononcée et en même temps voit le dessin qui a été réalisé. La présence de Tiens l’indique. Il ne serait pas possible, dans une telle phrase, d’utiliser le passé simple (même si c’est un temps qui marque le passé au même titre que peut le faire le passé composé employé dans l’exemple.

?? Tiens, je te fis un beau dessin !

La marque du passé composé est ici une marque d’aspect accompli ; elle indique que l’événement est achevé, mais qu’il ne faut pas le séparer du moment où l’on parle.

Considérons maintenant la phrase suivante :

Il est allé en France deux fois l’année dernière.

dans laquelle le complément circonstanciel de temps l’année dernière fait de la marque du passé composé une marque de temps et non pas une marque d’aspect qu’elle est  à cause de l’élément Tiens qui rattache le procès au moment où l’on parle dans l’exemple de Bescherelle présenté ci-dessus. On voit alors comment la marque morphologique du passé composé peut être, selon l’usage, une marque d’aspect ou une marque de temps.

Ce qui ressort de cette étude sur les temps du présent en français et en anglais peut être formulé de manière suivante ;

Elle nous a révélé et familiarisé avec la catégorie grammaticale d’aspect, et surtout avec sa valeur dans l’appréhension des procès exprimés par les verbes dans le discours.

L’aspect et venu démontrer que ce qu’on appelait et appréhendait comme les temps grammaticaux (tenses) du présent en anglais étaient des appellations incorrectes qui            confondaient des éléments des catégories de temps et d’aspect. L’aspect a révélé davantage que les marques morphologiques de temps étaient différentes des marques d’aspect. Il a réussi à préciser ce qu’expriment les marques d’aspect, ce qui nous permet ainsi de bien saisir les réalités des procès exprimés par les verbes dans le discours.

L’aspect est venu révéler, pour ce qui est du français, que malgré l’existence d’une forme de base unique dite « le présent (de l’indicatif), il est possible de préciser lorsqu’il s’agit de message     temporel et de message aspectuel, grâce aux autres éléments non verbaux dans l’énoncé.

L’aspect étant venu enlever la confusion de l’époque de l’analyse grammaticale qui ne voyait que les valeurs temporelles dans toute forme verbale conjuguée, et nous ayant permis ainsi de bien saisir les réalités de ce qu’expriment les verbes dans le discours, il est             maintenant facile à des personnes qui pratiquent ces deux langues en passant de l’une à l’autre,  d’établir correctement des correspondances entre ces langues à l’égard de ce qu’expriment les verbes sous ces formes qui se disaient autrefois les temps du présent.

 

Telle est la valeur de la catégorie d’aspect dans l’appréhension des réalités exprimées par les verbes ou syntagmes verbaux sous des formes autrefois appelées les temps. Ce qui se fait ici sur les temps dits du présent peut être répliqué sur les autres « temps » verbaux en français et en anglais, au profit de ceux qui pratiquent ces deux langues, et surtout de ceux qui les pratiquent en passant de l’une à l’autre, tel que le traducteur.

 

RÉFÉRENCES

BAKER, M. (1992), In Other Words: A Coursebook on Translation, London and New York, Routledge.

BESCHERELLE, (1997), La Grammaire pour tous, Paris, Hatier.

CHISS, J.-L., FILLIOLET, J. et MAINGUENEAU, D., (1992), Linguistique française : Initiation à la                   problématique structurale 2 : Communication, syntaxe, poétique, Paris, Hachette Supérieur             (Coll. « Langue, Linguistique, Communication »).

CHUQUET, H. et PAILLARD, M., (1989) Approche linguistique des problèmes de traduction :             anglais↔français, (édition révisée), Gap, Paris, Edition Ophrys.

FUCHS, C. et LÉONARD, A. M., (1979) Vers une théorie des aspects : les systèmes du français et de             l’anglais, Paris, Mouton.

GALISSON, R. et COSTE, D., (1976), Dictionnaire de didactique des langues, Paris, Hachette.

GAUTHIER, A., (1981), Opérations énonciatives et apprentissage d’une langue étrangère, Paris,       Langues Modernes.

GREVISSE, M., (1993), Le Bon Usage, (13e édition, refondue par André GOOSSE), Paris, Louvain-la-            Neuve, Editions DUCULOT.

GUILLEMIN-FLESCHER, J., (1981), Syntaxe Comparée du français et de l’anglais : problèmes de traduction, Gap, Paris, Edition Ophrys.

LEEMAN-BOUIX, D., (1994), Grammaire du verbe français : des formes au sens, Paris, Nathan-     Université (Série « Linguistique »).

MUIR, J., (1972), A Modern Approach to English Grammar : An Introduction to Systemic Grammar,  London, B. T. Batsford Ltd.

 

La Correction Paternelle et la structure

Théâtrale de Sous l’orage de Seydou Badian.

Pascal Adebayo ALAO,

Department of Nigerian and

Foreign Languages and Literatures

Olabisi Onabanjo University,

Ago Iwoye, Ogun State.

 

INTRODUCTION

Dans Presque toutes les familles africaines, il y a celles qui s’attachent à l’apport de la civilisation occidentale et il y a celles qui restent toujours fidèles à la tradition africaine. Un des conséquences de la rencontre de l’Afrique avec l’Occident est que le jeune Africain reçoit deux formes d’éducation. L’éducation selon la culture et la tradition africaine et l’éducation européenne. Cette dernière dont il s’agit dans Sous l’orage de Seydou Badian, un romancier malien. Avec l’école des Blancs en Afrique on arrive à acquérir la puissance technique et scientifique, car c’est la main qui défend l’esprit. Ainsi donc l’école européenne nous enseigne aussi sa morale, sa religion, sa philosophie, et nous sépare de notre civilisation africaine. L’histoire de l’Afrique nous fait savoir que les Européens sont venus en Afrique d’une part, la christianiser, la civiliser et d’autre part ils s’intéressaient d’exploiter des richesses naturelles. D’où l’éducation occidentale était introduite afin d’instruire des gens tant que comptables, interprètes et commis pour rendre plus facile l’exploitation. Le résultat en était la création des valeurs nouvelles pour les Africains.

Le conflit de culture opposant le père à ses enfants à travers Sous l’orage

de Seydou Badian.

 

Sous l’orage met en évidence la différence entre la mentalité des jeunes et celle des vieux. Benfa dans le roman a promis sa fille à Famagan, un vieux marchand riche qui a déjà deux épouses. Mais la belle Kany, son enfant est amoureuse du charmant Samou. On cherche à les séparer, La tradition et l’autorité paternelle vont-elles l’emporter sur l’amour entre les deux jeunes gens ?

La famille Benfa était donc divisée à propos de cette affaire :

Birama, Niamsan, Karamoko étaient du côté de Samou.

Tandis que le père Benfa et Sibiri l’ainé, ne pensaient qu’à Famagan’

Ainsi donc, le village se divise en deux camps : les jeunes, en même temps que les amoureux, se battent pour un nouveau mode d’existence permettant à chaque individu de choisir sa destinée ; les anciens défendent la coutume, ciment de la société traditionnelle.

En réalité, c’est un conflit intéressé entre l’autorité paternelle et l’amour de l’autre. Pour que l’amour triomphe, il faut que la jeune fille se révolte contre son père car, si elle cède, elle compromettra l’amour et ses études, tout en épousant l’homme qu’elle n’aime pas.

Les considérations avancées dans le chapitre antérieur portant sur la femme, ses droits, sa signification dans le milieu traditionnel africain et son rôle, nous ont permis de mettre l’accent sur la forme communautaire de la société rurale. Mais notons que le père africain tient d’importance à sa famille, et particulièrement veiller à ses enfants pour que tout soit en ordre jusqu’à l’âge de leur mariage. Aussi, un père africain ne néglige quère le régime de la parente en ligne paternelle ou maternelle. Ceci veut dire qu’il est toujours lié aux siens. Dans la famille africaine, le statut du père et ses droits sont bien distingués. Car avant de prendre sa décision, le père Benfa a convoqué ses frères pour demander leur avis sur celle-ci

Je voudrais parler à mes frères Tiémoko, Moussa et Sori.

Je veux qu’ils soient autour de moi au coucher du soleil. 2

Il faut aussi remarquer le père, comme tout être, fait preuve de certains sentiments tels que l’amour, le mépris, le patriotisme et la fierté. Pour bien voir comment ses sentiments distinguent le père particulièrement, il nous faut le voir à partir de ses activités dans le foyer.

Le foyer est un lieu de concertation, d’échange d’idées en vue de favoriser le bien-être de la famille et à une échelle plus grande de la communauté au sein duquel le père et sa compagne sont appelés à partager leur loisirs, leurs joies et leurs problèmes. Le foyer est encore un refuge où les enfants ont recours quand ils ont des problèmes et de la tension.

Ils les placent devant le père africain sous sa vigilance pour que rien ne lui échappe.

Il est capable de tendresse, mais il évite presque toujours de la montrer à cause de sa fierté et de son égoïsme.

Il veut se présenter tout le temps comme la source d’autorité, comme un dominateur sévère et infaillible. Il est le fondement solide du foyer et aussi le cœur de la lignée familiale.

Le succès d’un mariage dépend de la capacité d’un mari de contrôler ses femmes.

Sa faiblesse encourage la quarelle, et le combat parmi les co-épouses. Mais quand le mari se réflète sur le caractère de ses enfants, le père est le fondement solide de la famille et le détenteur du pouvoir.

Si le lien entre le père et la fille est incontestable, il est plus fort entre la mère et sa fille, et prend alors la forme d’une complicité. Les filles sont souvent plus proches de leur mère, qui ne peut empiéter sur l’autorité paternelle et parfois cède sa place de conseillère au Marabout Tiékoura.

Téné se rendit chez Tiékoura. Elle allait chercher par l’intermédiaire de ce dernier, des appuis surnaturels.

Elle allait se faire pour conjurer offrandes à faire pour conjure le mauvais sort et d’obtenir l’accord de ses ancêtres. 3

Maman Téné est très attachée à sa fille. Cela veut dire que le rapport entre mère et fille est intime et solide.

On comprend donc que ce projet de mariage, au lieu de la joie, inspirait plutôt de l’inquiétude à Maman Téné. Pour elle :

…ce mariage s’annonce difficile.4

L’inquiétude de Maman Téne, et le mariage de sa fille qui s’annonce difficile la poussent à la consultition du féticheur.

La Structure Théâtrale du Roman

Le refus irrévocable de Kany d’obéir à son père déclenche une série d’événements marquant un progrès  dans l’univers romanesque. La désobéissance de la fille provoque la colère du père et invite la correction paternelle. Le père Benfa décide alors d’envoyer Kany et son frère Birama chez son propre frère ainé dans le village.

Signalons que cette mesure punitive du  père ressemble à un coup de théâtral qui change d’une manière inattendue le dénouement de l’action dramatique.

Cet événement introduit deux éléments nour veaux dans le récit. D’une part, il crée un second espace romanesque. C’est. à. dire le village, le premier étant la ville où les jeunes fréquentent l’école. D’antre part, l’événement met en scène le personnage du père Djigui, le frère ainé du père Benfa qui jouera le rôle de médiateur entre Kany et son père.

Si l’on examine la nouvelle situation dramatique de ce roman, on constatera que la structure romanesque de Sous l’orage ressemble beaucoup à celle d’une pièce de théâtrale classique français [Debore 1963 :14] D’abord par son intrigue d’amour et ensuite par les événements imprévus  qu’on peut considérer comme des coups de théâtre. Mais ce qui est le plus intéressant est le rapport entre cette structure et le personnage du père.

Décrivant les obstacles et l’amour, Francis [Fouet 1971 :145] écrit.

Naturellement en Afrique comme ailleurs, l’amour rencontre des obstacles, le bohème en amour ne fait guère l’affaire du romanaier.

Dans la littérature africaine, ces obstacles serant en gros les mêmes que dans la littérature occidentale, mais certains y prennent un relief et une importance qu’ils ont pratiquement perdus dans notre littérature moderne. Ce sont d’abord les parents qui s’opposent aux amours de leurs enfants. Comme ceux-ci leurs obéissances doivent quasi absolue. Il n’y a guère que deux solutions au confit la passivité ou la rupture. Cette dernière étant fort  rare.

 

En effet, Francis Fouet a raison de dire que dans la littérature africaine, certains obstacles à l’amour y prennent un relief et une importance qu’ils ont pratiquement perdus dans notre littérature moderne. C’est-à- dire la littérature française. Par exemple, on peut dire à cet égard que l’autorité paternelle n’a plus d’importance dans la littérature moderne française. En revanche, comme on en a mentionné quelques exemples, l’autorité paternelle occupe une place importante dans le théâtre classique français. D’ailleurs, deux écrivains français, Tajan A et Volard R, les auteurs du Troisième père déclarent dans l’introduction de leur ouvrage collectif.

Toute notre littérature de Chateaubriand à Martin Du Gard, de Balzac à Zola, montre une certaine image de père, détenteur l’légitime d’un pouvoir qu’il exerça sans contexte.

Dans la société dite paternaliste du xixe siècle et même de la première moitié du  siècle.

 

Ce texte suggère que l’importance prise par l’autorité paternelle dans la littérature africaine est un phénomène qui disparaîtra avec le temps . Ce qui pousse aussi le vieux Aladji dans le roman en question à le répéter [le changement] au père Benfa :

Change, Benfa, les choses ont changé Nos enfants ne veulent plus nous suivre.

Ils refusent tout ce que nous leur donnons. Ils croient trouver ailleurs ce qui réellement ne se trouve chez soi. Que faire ?

[Sous l’orage] pg 181

Ces propos montrent que la rupture entre les vieux et les jeunes est consommée. Les jeunes se retranchent dans leur camp, et refusent quasi systématiquement l’autorité incarnée par les vieux.

Aujourd ‘hui, il ‘n’ y a plus rien. Plus de liens entre père et fils Plus de loyauté entre ami, plus d’égards entre jeunes et anciens 4 [Sous l’orage] pg 181

Cependant les vieux progressivement prendre conscience de la situation et témoigneront beaucoup plus de compréhension à l’égard des jeunes de façon à résoudre les confits qui opposent à ceux-ci pacifiquement. C’est ainsi qu’un des vieux arrive à leur demander.

Devons – nous faire de nos enfants des adversaires’

[Sous l’orage] pg 181

Alors, il conseille du pCrois – ère Benfa de manière suivante :

moi Benfa, au lieu de faire de ces jeune des adversaires, aidons-les plutif . 6

[Sous l’orage] pg 181

En effet au sujet du mariage par exemple, il convient de noter que selon la tradition africaine, il relève à la fois du droit et du devoir du père de bien marier son enfant. C’est un droit en ce sens qu’étant que, chef de famille, le père a l’autorité de choisir un époux où un épouse pour son enfant.

En principe, le problème du choix ne se pose pas dans la mesure où l’enfant ne peut pas refuser le choix de son père sans aliéner la tradition et la société que représente l’autorité paternelle. Cette autorité c’est la tradition, la coutume qui la lui donne.

Comme dit Freud [1977:43]

La tradition est soumise par l’autorité paternelle et la société

En effet, pour le mariage à l’africaine, la tendresse réciproque ne compte vraiment pas, même l’amour avant le mariage n’est pas conseillé.

Ecoutons Aminanta Sow Fall [1976:100] dans

Le Revenant sur ce point :

L’amour avant le mariage n’a aucune importance et même il estempe vite:

l’amour vient et grandit au fur et à mesure que l’union se solidifie […]

l’amour n’est pas seulement le plaisir pour un homme de rencontrer une femme, et vice : versa c’est le bonheur de lutter et de vaincre ensemble, de tenir un foyer, de voir vivre une famille.

 

On cherche souvent à voir dans ce théâtre, l’expression d’un “conflit de culture” dans lequel le “modernisme européen” s’oppose au “traditionalisme africain”. C’est insinué que la société africaine est exempté de tout mécanisme d’évolution endogène, reffractaire et tout esprit de changement. Or comme toute société humaine, la société africaine est vivante et, ici comme ailleurs, l’évolution ou le changement ne vont pas sans quelques résistances ou réticences, sans subir les effets des pesanteurs sociaux.

Selon Amadou Koné [1980:14]

… on ne change pas en un jour une façon de penser enracinée depuis des siècles. 12

Mais qui présente aussi l’évolution et le changement comme le moyen de reprendre « notre avenir entre nos propres mains. »

Sous l’orage évoque l’expérience nouvelle vécue par les Africains dans une ambiance délirante et cela appelle les quelques mois qui précèdent l’avènement de l’indépendance politique, et même jusqu’aujourd’hui dans plusieurs pays africain. Ce sont la frénésie et l’euphorie que peut déclencher la perspective de la liberté. Cependant, l’auteur comme par une sorte de nostalgie de l’époque en train de finir, se voit amené à reconnaître certains bienfaits du colonialisme

L’autorité paternelle n’est plus absolue et il souligne surtout un autre apport, pour mettre la correction paternelle en evidence. Ecoutons Sibiri dans le roman en question :

Il ne s’agit ni d’un nom ni d’une famille, mais de Kany C’est elle qui se marie C‘est à elle de choisir. Vous Croyez que les choses doivent demeurer en l’état où elles étaient, il y a des siècles. 4

 

Suivant l’analogie entre l’intrigue romanesque de Sous l’orage et cette d’une pièce de théâtre, on peut considérer cette attitude du père comme un autre rebondissement de l’événement, c’est-à-dire comme un troisième coup de théâtre, ce qui nous ramène au point de départ du conflit. Lorsque Kany apprend que son père n’a pas abandonné son projet de la marier avec Famagan, son euphorie se transforme en amertume.

 

 

 

 

 

 

CONCLUSION.

Bien avant la colonisation, et surtout avant l’éducation européenne, le problème du choix ne se posait pas puisque l’enfant ne doit pas faire obstruction à la décision parentale sans se rendre hostile à la tradition et à la société que représente les parents et leurs autorités.

Les femmes africaines d’aujourd’hui nous montre que l’avenir de la femme africaine ne peut être aussi défavorable et malheureux que son passé. Mais son présente en est la source de l’état malheureux des femmes, c’est la formation moderne qu’en leur a nié.

N’oublions pas aussi que l’amour joue un rôle très important dans ce conflit. L’amour est également un facteur d’individualisation dans la mesure où il amène les personnages à définir et à analyser leurs propos sentiments et, par la à développer leur vie intérieure.

Pour sa part, l’enfant considère la formation européenne comme un moyen de se libérer du joug de la tradition et de l’autorité paternelle. L’enfant ayant fréquenté l’école n’est plus prêt à épouser n’importe qui, n’importe quand. Il a une idée nouvelle  du mariage. Il veut un mariage d’amour et de choix personnel, et non plus un mariage précoce et forcé.

 

BIBLIOGRAPHIE

A. OEUVRE DE L’AUTEUR

BADIAN Seydou. Sous l’orage Paris, Présence Africaine 1963.

B.OEUVRES CITEE

DEBERRE, Jean Christophe. Critique sur Sous l’orage

de Seydou Badian, Paris, Présence Africaine, 1963.

FOUET, Francis. Le thème de l’amour chez les romanciers négro –africain d’expression français, Paris. 1973.

SIGMOND, Freud Totem et Tabou, Paris P.B.P 1977.

SOW Fall Aminata. Le Revenat, Dakar Nouvelle Edition

Africaines, 1976.

TAJAN A. et VOLARD R. Le Troisième Père, Paris, Payot, 1973.

 

 


AHMADOU KOUROUMA : LE PERSONNAGE DU GRIOT DANS SES ŒUVRES ROMANESQUES

Mme Ngozi UWAKWE

Departement des Langues Vivantes

Ambrose Alli University

Ekpoma, Edo State, Nigeria.

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RÉSUMÉ

La colonisation en Afrique noire était la source et l’aide majeure aux jeunes africains d’avoir l’occasion de voyager pour leurs études supérieures en occidentale. La colonisation même marque aussi le commencement de l’existence des vices comme la violence, l’exploitation, la discrimination raciale, l’assimilation, l’hypocrisie et les injustices des maître colons contre les Noirs, qui alors ne les oseraient pas opposer. Néanmoins, les érudits font leurs critiques indirectes par le chemin de leurs œuvres littéraires. Nous trouvons parmi ces érudits un écrivain Ivoirien, Ahmadou Kourouma. Pour lui, en ce qui concerne la critique littéraire, la littérature écrite n’est plus suffit pour l’emphase mais il suffit d’un style distingué dont la littérature écrite à été rendu a la nature orale. Il s’agit de la transmission de son message aux peuples de tous niveaux. Alors, en examinant attentivement son style, sa technique et son langage, on peut assurément conclure qu’Ahmadou Kourouma est le joueur du caractère du griot dans ses œuvres romanesques à vois Les soleils des Indépendances (1968), En attendant le vote des bêtes sauvages (1998) et Allah n’est pas obligé (2000).

 

Introduction

La littérature est la réflexion de culture, civilisation et de la société même. La littérature africaine dès le commencement était à la nature orale dont les conteurs des histoires ont pris la place critique avec beaucoup de rythmes, de chansons et puis de leçons à la fin.

La colonisation ayant tout changé, la connaissance et le statut des érudits leurs ont donné l’occasion de défendre les Noirs post coloniaux en faisant leur critiques par le moyen de la littérature combattante écrite. Et Kourouma est un de ces écrivains. Mais il a choisi d’employer dans ses œuvres un style qui diffère des autres « La singularité de sa technique narrative orale employé dans la forme écrite. »

Ce qui attire notre intérêt est le fait que cet écrivain a caché derrière les porte-paroles dans ses œuvres bien qu’il soit indirectement en charge de la narration et d’énoncer des vérités indescriptibles. Il s’agit dans ce travail aussi de montrer comment Kourouma au lieu de se présenter comme un romancier se présente alors comme un personnage du griot dans ses œuvres romanesques.

Kourouma et ses œuvres littéraires

Ahmadou Kourouma est né en Cote d’Ivoire en 1927. Il se défini comme musulman et Malinké par son ethnie et sa langue qu’il n’a jamais manqué de s’insérer dans ses romans. Ayant séparé de ses parents très tôt, il vit avec son oncle où  il a grandi et était initié dans les secrets des traditions Malinkés. Apres ses études secondaires, il rentré à l’École Techniques Supérieure. Mais étant contraint d’intégrer dans l’armée française, il est tirailleur en Indochine et après il rentre en France où il termine ses études, s’est mariée à Lyon avec une Française et revient en Côte d’Ivoire après l’indépendance en 1960.

Kourouma est emprisonné de complot par le président Félix Houphouët à cette époque-là. Donc, son premier roman, Les Soleils des Indépendance (1968) est né de cette expérience. Ce roman semble certainement le point marqué de départ d’une littérature africaine d’expression francise particulièrement pour des critiques littéraires africaines. Dans ce roman, Kourouma tend à dénoncer la place de la femme africaine dans la société africaine, l’excision, les tortures, la viol, les arrestations et les autres vices dans la société post indépendance (moderne).

Kourouma est revenu en Côte d’Ivoire de son exil en Algérie, il a écrit sa seule pièce de théâtre intitulée Le diseur de vérité (1972). Ayant s’expatrié au Cameroun et puis au Togo, il publie après vingt ans son deuxième roman Monné outrages et défis (1990) où il raconte une histoire de la colonisation passé en présentant les tyrans africains d’ère présente plus méchants que les colons.

Ayant revenu à Abidjan en 1994, en 1998 il publie son troisième roman, En attendant le vote des bêtes sauvages. Dans ces romans, Kourouma narre l’histoire de siècle sanglante, de coups d’état, d’annulation des droits de l’homme et de vexation. Il présente cette situation en dénonçant la vie sanglante d’un président africain qui est un haut dictateur, père de la nation et tête d’un parti unique, une situation trouvé partout en Afrique post indépendance.

En 2000, Kourouma publie son dernier roman, Allah n’est pas oblige. Ce livre est le produit d’une rencontre de l’écrivain avec des enfants soldats qui ont participé aux guerres tribales de Somalie. Il essayait de transposer leurs expériences au Libéria et à la Sierra Leone où il y avait également les guerres tribales. Il est décédé à Lyon le 11 décembre 2003. Nous notons que le message de ce grand écrivain, un géant de la littérature africaine, un griot remarquable se répand partout par la tradition connue africaine qui a qualifié la personne d’Ahmadou Kourouma.

Ahmadou Kourouma et son style remarquable

Ayant fait ses études supérieures en occidental avec des autres écrivains africains de son époque qui ont démontré leur militantisme en France, Kourouma a maintenu son caractère militant même quand il était en Afrique. Préparé pour les agitations politiquement menées, il s’est mit à la participation aux mouvements anticolonial et puis à la critique de la société post coloniale de son pays, Côte d’Ivoire.

En effet, la marque de distinction entre Kourouma et des autres écrivains négro-africains est preuve aussi par son style et langage employé dans son écriture romanesque. D’abord, son talent est démontré dans l’emploie de son style unique dans son premier roman, Les Soleils des Indépendances. Dans ce roman, Kourouma traditionnel africain inculque sa langue maternelle, Le Malinké dans son écriture en français qui a  été attiré beaucoup de critiques littéraires. Mais malgré les plusieurs critiques contre Kourouma et son style, il a fait preuve de son caractère par le garde de son courage, confiance et particulièrement en gardant encore son style et langage même dans ses autres œuvres littéraires : En attendant le vote des bêtes sauvages et Allah n’est pas oblige. Gassama cité par Tijana (2004 :104) relate l’affirmation et la défense de Kourmoua ainsi :

Qu’il n’est pas facile, pour un écrivain africain ni d’exprimer en langue étranger (en français) certaines situations ou réalités africaines ni d’écrire en langue africaine quand il veut communiquer ses idées dans une langue étrangère.

Cette manière de défense démontre que Kourouma a attaché beaucoup de sentiments et intérêt dans sa langue maternelle et la culture Malinké qui est la source de son existence, son héritage culturel comme des croyances, cultes, coutumes, lois, modes de pouvoirs politiques esthétique traditionnelle, la réparation des biens et la sagesse dans le concept de promotion des valeurs morales africaines. Osifisan cité aussi par Tijani décrit ce grand défenseur de la tradition africain ainsi :

Ahmadou Kourouma est enraciné dans sa culture qu’il entretient une relation symbolique avec elle. Donc, il a décide de garder et faire vivre à jamais ses valeurs culturelles.

Suivant ces évidences énumérées, il convient que ce grand écrivain a adopté une technique narrative dans ses œuvres romantiques où il a pris apparemment la place d’un griot. Nous prendrons comme point de départ pour notre présentation de griot ses romans : Les Soleils des Indépendances, En attendant le vote des bêtes sauvages et Allah n’est pas obligé.

Kourouma, un homme traditionnel n’hésite pas d’employer la narration orale (littérature orale) dans ses romans, parce que la société traditionnelle africaine attache beaucoup d’importance à la parole considérée comme une technique naturelle en Afrique noire car les noirs appris beaucoup de connaissances, sagesses et de leçons  morales. Les vieux africains dans ses paroles emploient des méthodes esthétiques comme les chansons, les proverbes, les contes, les ironies, les répétitions pour l’emphase pour transmettre leurs messages et aussi pour établir lien de continuité entre les générations passée et présentes.

Certainement, Kourouma a choisi cette méthode de transmission des valeurs culturelles malinké et notamment la vie africaine dans son style de narration par l’emploie des voix et corps des autres, proverbes, expressions noires, la répétition et le recommencement.

L’emploie de corps et voix des autres

La parole comme un aspect important dans la vie quotidienne africaine est montré dans l’œuvre romanesque de Kourouma par l’emploie de corps et voix des autres. Ce corps et cette voix employée décrivent le personnage du protagoniste et son rôle de narration dans le roman. Par la, on note le rôle de l’enseignement de morale et la transmission du message d’auteur.

La preuve de cette manière de travail est vu dans son premier roman, Les Soleils des Indépendances où Kourouma se mit dans le corps et voix de narrateur pour raconter les péripéties de l’histoire du héros du roman, Fama et sa femme Salimata en essayant à enseigner au lecteur les connaissances de là vie quotidienne africaine.

Puis, dans En attendant le vote des bêtes sauvages, l’auteur emploie l’aide d’un sora (griot) accompagné par son apprenti répondeur, un cordoua. C’est ce grand sora qui a pris la parole de l’auteur dans le roman. Le sora qui a la liberté de s’exprimer, à raconter avec la fierté en critiquant les vices de la vie et le règne du président Koyaga sans avoir peur :

Président, Général et dictateur Koyaga…nous disons la vérité…la vérité de votre dictature…Toute la vérité sur vos saloperies, vos conneries ; nous dénoncerons vos mensonges, vos nombreux crimes et assassinats. (p.10)

 

Il ne suffit pas de dénoncer les méchancetés du président Koyaga mais le sora a avenacé encore en lui conseillant d’arrêter d’exécuter tels vices de son règne et lui rappeler aussi la punition accompagné s’il ne retrace pas ses pas :

Arrêtes d’injurier un grand homme d’honneur et de bien comme notre père de la nation. Sinon la malédiction et le malheur  te poursuivront et te détruiront. Arrête donc ! Arrête ! (p.10)

 

Et puis, c’est la place et le rôle de griot que joue Kourouma dans le caractère ou le personnage de Petit Birahima dans son autre roman, Allah n’est pas obligé. Dans ce roman, Birahima est considéré comme porte-parole de Kourouma car il a pris le charge d’énoncer les péripéties de sa vie et par là le lecteur comprendra des vrais messages de l’auteur, Kourouma.

L’aspect de choix des mots

Pour conter une histoire en Afrique traditionnelle les conteurs ont l’habitude et coutume de mélanger leurs histoires avec des proverbes, des ironies et alors les répétitions qui servent comme des expressions esthétiques noires. Selon la croyance ethnique des Ibos au Nigéria dans l’Afrique de l’ouest, le proverbe est défini comme « l’huile somptueuse avec laquelle les Ibos mangent la parole » (notre traduction). En suivant cette définition, la parole africaine ne doit pas manqué ces expériences esthétiques noires qui ajoutent beaucoup de beauté à la parole africaine et cela est preuve par Kourouma dans ses œuvres romanesques.

Ainsi, prenons l’exemple des usages de ces expressions dans Les soleils des indépendances où Kourouma par demeurant dans la place d’un conteur a peint les valeurs profonde d’Afrique avec ces expressions esthétiques africaines. Au niveau du proverbe, nous avons par exemple :

« Un seul pied ne trace  pas un sentier » (p.174)

et

« Un seul doigt ne peut ramasser un petit gravier par terre (p.174).

 

Les proverbes ci -dessus impliquent que seul lui, le président ne pouvait pas construire le pays. Cela sera l’œuvre de tout le monde dans le pays.

Nous trouvons encore dans En attendant le vote des bêtes sauvages la signification que donne Kourouma au sora et son cordoua dans la critique de la dictature du président Koyaga, qui est conseiller d’arrêter à assassiner tous ceux qui tentent de l’opposer. Ils lui conseillent qu’il doit y avoir la paix, le calme pour que les gens puissent aie la foi et confiance en lui comme le chef et pour avoir aussi un gouvernement d’unité nationale :

« On ne reçoit pas dans sa maison avec les chiens de garde en laisse dans sa cour » (p.182)

 

Et puis, dans Allah n’est pas obligé, Kourouma avec l’aide de jeune Birahima a raconté son histoire avec plusieurs proverbes pou transmettre son message :

« Il faut toujours remercier l’arbre à sous lequel on a ramassé beaucoup de bons fruits pendant la bonne saison » (p.16)

 

Ce qui  signifie l’importance attaché à l’attitude d’être reconnaissant à quelqu’un des bonnes choses reçues.

« On n’a pas besoin d’être l’aire de l’excision pour savoir que, là-bas, on coupe quelque chose aux jeunes filles » (p.21-22).

 

Autrement dit, c’est très claire ce que se passe à l’endroit de l’excision des jeunes filles.

« Quand le creux du visage ne débordait pas de larmes, il s’éclairant d’une lueur.(p.19)

 

Ce qui signifie la beauté perdue à cause de la douleur.

« Le bébé de laitière dort en paix parce qu’il sait qu’il aura du lait quoi qu’il arrive » (p.181)

 

Pour signifier que même quand on a beaucoup d’ennemis on peut paisiblement dormir quand il est sous la protection formidable.

« Le genou ne porte jamais le chapeau quand la tête est sur le cou » (p.11)

 

En d’autres termes, un enfant sage qui s’assied parmi les vieux doit respecter et écouter la parole de la sagesse des vieux.

Encore nous voyons l’emploi des expressions africaines pour faire comprendre son message :

« J’emploi les mots malinké comme faforo !...comme gnamokode…comme walahé…Les Malinké est ma race à moi…nègres noirs africains indigènes… (p.10)

 

L’aspect intéressant de la narration employé par le conteur africaine qu’ajoute une beauté au conte et chant est les répétitions. La raison c’est soit pour attirer l’attention de ceux qui n’écoutent pas ou qui ne suivent bien pas le conte soit pour mettre l’emphase sur un aspect moral et intéressant de la narration. Cet aspect de la narration est utilisé par Kourouma dans la narration de ses œuvres.

C’est bien noter particulièrement dans Allah n’est pas obligé des mots comme :

« Faforo ! » « gnamokode ! » « Walahé ! » sont répétés du commencement à la fin du roman.

 

Toute la littérature du monde est un instrument de connaissance. Elle vise à apprendre la morale au public. C’est aussi un des rôles significatifs de la littérature africaine qui a démontré Kourouma dans ses romans. Par la nature de ses narrations, ses thèmes traités et la beauté des contenus des histoires  narrées, nous trouvons dans ces romans « Kourouma un enseignant véritable de la morale. »

Ainsi, dans Les soleils des Indépendances, avec le personnage de Fama, il fait la critique qui montre le détriment de la violence coloniale, l’effet négatif de la colonisation française en Afrique de l’ouest dont les hommes sont tombés victimes de la dictature des dirigeants africains. Ce romans sert comme un point de repère pour les nouvelles générations lesquelles leurs comportement doit être déterminé par les règles morales traditionnelles dépassés.

Dans En attendant le vote des bêtes sauvages, Kourouma a essayé de peindre et de dénoncer la pratique de la dictature par les dirigeants africains post indépendances. Il conseille ces dictateurs de repenser au continent africain pour qu’ils puissent engager toute réforme qui peut aider à l’accomplissement de la démocratie.

Nous trouvons aussi dans Allah n’est pas obligé la condamnation des guerres tribales en Afrique par Kourouma. Il a montré les conséquences et les problèmes de ces guerres. Il condamne surtout l’exploitation et l’emploie des enfants-soldats dans ces guerres et le crime commis contre le monde des innocents. Donc, il évoque l’intérêt des africaines vers le problème d’analphabétisme des enfants orphelins en Afrique.

Ahmadou Kourouma comme un personnage de griot

La signification ou le rôle du griot est d’une immense importance dans la narration d’une histoire. Le griot joue le rôle de la revalorisation du passé, il est le narrateur de l’histoire avec les références généalogiques aux événements et aux hommes illustrés. Nous constatons que Kourouma dans la narration de ses romans s’est présenté également comme un personnage de griot. Cela est abordé dans deux aspects : l’aspect de la narration de l’histoire et l’aspect de l’use des mots comique ou de l’humour.

L’aspect de la narration historique

Au niveau de la narration historique, nous constatons que les œuvres de Kourouma sont qualifiés comme des œuvres informatives de la situation sociale et politique dans la société africaine.

Son premier roman, Les Soleils des Indépendances est narré par l’emploie de griot. Cette histoire de Fama peint la société africaine des années des indépendances et la période post indépendance. Nous notons aussi comme la caractéristique ou le style de griot dans la manière dont Kourouma a chanté  les louanges de Fama. Kourouma aussi, met l’emphase sur le rôle de griot par le fait qu’il lui laisse prendre la parole pendant le moment de décision du destin de Fama.

Kourouma comme un personnage de griot a choisi l’usage subtil du discours indirect libre qui montre la source des paroles car lui-même malinké, partage le même système de pensée de Fama. Donc, le personnage de l’auteur joue un rôle de narrateur.

Dans En attendant le vote des bêtes sauvages, Ahmadou Kourouma transmets son message à travers le griot  (sora). Il essaie d’exposer la situation sociopolitique en Afrique en révélant par la chante le caractère terrible du président Koyaga d’une nation imaginaire de la république du Golfe où la dictature indéniable est l’ordre du jour : « Président, général et dictateur Koyaga…Nous dénoncerons vos mensonges, vos nombreux crimes et assassinats…. » (p.10)

Avec Allah n’est pas obligé, nous constatons le rôle profond de Kourouma dans la narration historique du roman par la bouche de Birahima, un récit de vie fait par un enfant-soldat et orphelin où il dénonce l’exploitation et l’abus des enfants orphelins et les crimes commis pendant les guerres tribales au Libéria et en Sierra Leone. Par cette histoire du roman, le lecteur apprendra la situation politique et sociale des pays de cette époque.

L’aspect du rôle humoristique et comique

L’un des rôles profonds et déterminant de narrateur ou de griot démure assurément dans sa capacité d’amuser le publique. Cette tache est accomplie par la sagesse employée dans son style, choix des mots, des ironies, manière d’expression et bien sûr le langage d’humour. Cela permet suffisamment la distanciation adéquate du lecteur (de la réalité du roman) qui sourit malgré l’horreur et les faits terribles et tragiques.

Nous remarquons que dans ses romans Kourouma au bout de la narration des histoires, n’a cessé d’occuper les lecteurs avec des divertissements comme un historien qu’il est, il sait manipuler sa parole.

Dans Les Soleils des Indépendances, même la construction du titre du roman est fait avec le langage d’humour où le soleil et indépendance est écrit en pluriel : « soleils » et « indépendances ». Aussi, Kourouma donne une place d’un titre, une phrase reprise telle quelle du récit, et du temps en temps se glisse dans les titres un proverbe.

Cela est aussi le même modèle employé dans En attendant Le vote des bêtes sauvages. D’abord, le titre semble comme un proverbe où on pense et demande la possibilité des humaines d’avoir les votes des bêtes pendant l’élection. Et puis, tous les sous-titres sont constitués de proverbes bien assénés dont le contenu en plus nous faire sourire.

L’humour de Kourouma s’est aussi remarqué dans Allah n’est pas obligé. Dans ce roman, on entend par les palabres du protagoniste Birahima des parables, paroles drôles, symboliques et le mélange des histoires comiques comme :

« grisgriman féticheur », « le général Baclay devenant une femme » (p.106)

 

Un autre exemple de tel humour est trouvé quand Birahima décrit la situation politique et sociale de la période pré et de post indépendance en Sierra Leone dans Allah n’est pas obligé où il dénonce la méthode d’élection au pouvoir du premier ministre qui favorise son ethnie et qui est corrompu ainsi :

« Les créole ou créos »  « Les colons colonialistes » « Les noirs nègre indigènes sauvages qui donne le vote au nègre noir avec Licence en droit qui sert rompu avec tous les caractère nègre, vieux et sage, qui s’installe le tribalisme et corrompu tolérable…. »

« On suit l’éléphant dans la brousse pour ne pas être mouillé par le rosée » (p.164 - 165).

 

Il y trouve aussi les mots impolis comme les suivants dans Allah n’est pas obligé :

« Faforo ! » (sexe du père) (p.10)

« Bilakoro ! » (garçon non circoncis) (p.13)

« Gnamakode ! (Putain de ma mère) p. 224

« Faforo ! (cul, bangala de mon père) p.224

Conclusion

Certainement, Ahmadou Kourouma comme un écrivain célèbre africaine s’est distingué des autres écrivains dans sa façon et son style d’écrire. Au-delà des grands thèmes historiques et sociaux abordés dans ces œuvres de Kourouma traités ici, on repère deux figures récurrentes à vois figure du griot et celle de médiateur. Par la figure du griot qui nous concerne, Kourouma est infatigablement devenu un pèlerin missionnaire de l’Afrique, de la culture et de la littérature pour aider les africains à penser juste.

Kourouma dans ces œuvres se présente comme « le personnage de griot » et « le maître de la parole » soit orale soit écrite. Cela est vu dans ses modes d’expressions culturelles africaines, son joue d’ironie, caractère comique et humoriste, enseignant de morale, éveilleur de la conscience et la beauté de son style narratif employé pour achever sa fonction historique littéraire bien unique. En fin donc, c’est à la manière des griots que Kourouma joue son rôle d’historien à travers ses livres.

 


LE BILINGUISME  NIGERIAN :

UN PHENOMENE SOCIOLINGUISTIQUE REALISABLE

BABATUNDE, Femi

Departement of French Studies,

Tai Solarin University of Education,

Ijebu – Ode, Ogun State, Nigeria

Résumé

Le Nigéria est un pays Anglophone qui est entouré de pays Francophones. Etant donné que le Nigéria fait partie des pays membres de la CEDEAO d’une part et membre des autres organisations internationales d’autre part,  alors cela implique une  nécessité pour les Nigérians de devenir bilingues. Ce travail est focalisé son essence sur le phénomène linguistique au Nigéria dès  1996 où l’ancien Président nigerian Sanni Abacha a fait des déclarations de politique linguistique. Face à cette nouvelle politique linguistique, il y aurait beaucoup de problèmes linguistiques et extra-linguistiques qui se poseraient lors de l’apprentissage de la Langue Française au Nigéria par les Nigérians. C’est pourquoi on a proposé quelques solutions qui vont contribuer à l’accomplissement de ce phénomène du bilinguisme au Nigéria.

Mots clés : Bilinguisme, Phénomène, Sociolinguistique, Anglophone.

Abstract

Nigeria is an anglophone country surrounded by Francophone countries. Despite the fact that Nigeria is a member state of ECOWAS on one hand and a member of some other international organization on the other hand, hence, this calls for the necessity of Nigerians to become bilingual. Thus, this paper focused on possibility of achieving linguistic phenomenon in Nigeria from the year 1996 as decleared by the former President Sanni Abacha. In view of this new linguistic policy, many linguistic and non - linguistic problems would surely arise during the process of learning French Language in Nigeria by Nigerians. That is the reason why we have proposed some solutions that would contribute the realisation of this phenomenon of bilingualism in Nigeria.

Key words : Bilinguism, Phenomenon, Sociolinguistic, Anglophone.

 

Introduction

Historiquement  parlant, l’enseignement du Français au Nigéria comme Langue Etrangère avait commencé depuis les années 60 quand les premiers licenciés en français ont été formé à l’Université d’Ibadan. Après cela, l’enseignement de cette langue était introduit au niveau secondaire. La méthode pendant cette époque là est basée sur la Traduction. Le but de l’enseignement était de savoir lire, savoir écrire et savoir communiquer (parler).

Le Nigéria est un pays Anglophone où l’anglais est employé comme langue officielle du gouvernement, langue de l’administration, de la presse et de l’enseignement. L’apprentissage du Français est donc nécessaire par le fait que le Nigéria est entouré de pays Francophones. A part cela, le Nigéria est membre des Organisations Internationales où ses peuples, doivent avoir la connaissance profonde de la langue française qui fait partir des langues de communication au sein de ces organisations.

Ainsi, il est certain que le Nigéria comme d’autres pays africains ait caractérisé par la diversité linguistique. C'est-à-dire le fait d’avoir plusieurs ou diverses langues (la diversité des langues). Au Nigéria on compte plus de 300 langues locales et dialectes. Il y a certes quelques langues de grande diffusion telles que le Yorouba, le Haoussa, le Igbo, le Efik, le Ijaw etc. Cependant, ces langues sont par apport à l’Anglais et au Français dans certaines mesures, de pauvres rivales pour diverses raisons.

Au Nigéria le gouvernement militaire avait fait une déclaration officielle concernant l’enseignement et l’emploi de la langue française à tous les niveaux. C’est-à-dire que le gouvernement Nigérian a considéré l’adoption d’une langue seconde (le Français) comme un aspect très important dans la Politique Internationale, le développement éducatif du pays. Donc, pour commencer cette tâche on va considérer ce que l’on entend par le bilinguisme par rapport à la sociolinguistique.

De plus, nous allons souligner dans ce travail que cette nouvelle politique linguistique du gouvernement Nigérian nécessite la planification à tous les niveaux pour qu’elle soit réalisable. On considère aussi dans cette communication que le maintien et l’emploi des deux langues internationales (le français et l’anglais) au Nigéria, dans les situations multilingues, soulèvent des problèmes linguistiques, sociaux, psychologiques, politiques et éducationnels. Finalement, je me bornerai ici à discuter l’apport de la langue française au développement du Nigéria contemporain.

 

Le Bilinguisme et la Sociolinguistique

Selon Larousse (1995 : 142), le bilinguisme est défini comme « la pratique de deux langues (par un individu ou une collectivité) » c’est aussi, l’état d’une population, d’un individu bilingue. Pourtant, si l’individu est bilingue, cela veut dire qu’il parle deux langues différentes. Or le bilinguisme est communément regardé comme l’emploi de deux langues dans des contextes donnés par une collectivité humaine. Larousse (1995 : 944), souligne que  la sociolinguistique est « une discipline qui étudie les relations entre la langue et les facteurs sociaux ».Il existe ainsi un bilinguisme de l’individu et un bilinguisme collectif – celui de l’Etat. Alors, le Bilinguisme de l’Etat implique nécessairement celui de l’individu. Cela ne veut pas dire toutefois que tous les membres de l’Etat Bilingue soient bilingues. En effet, le Bilinguisme ne conçoit que là où il y a des Unilingues ‘'.

De plus, la Sociolinguistique est conçue selon Dubois et Al, (1973 : 507 - 508), comme « Une discipline d’obédience linguistique » dont l’objectif serait d’après W. Bright de « mettre en évidence le caractère systématique de la convariance des structures linguistiques et sociales et éventuellement d’établir une relation de cause à effet ». Entre dans le domaine de la sociolinguistique l’étude :

-          Des situations de communication et des modes d’énonciation liés aux types de discours produits ;

-          Du statut social de l’émetteur en rapport avec ses performances linguistiques ;

-          Des types et des niveaux de discours employés selon les classes sociales ;

-          De l’attitude des sujets parlants vis-à-vis de leurs propres énoncés ;

-          Des jugements normatifs sur la langue ;

-          De la planification linguistique ;

-          Enfin de tout ce qui sert de substrat à la langue, qui conditionne son existence, donc qui entretient avec elle des relations étroites de solidarité sans être pris en charge par la linguistique »

De cette façon la Sociolinguistique se reflète jusque dans la multitude des appellations :

-          Sociologie du Langue

-          Ethnolinguistique

-          Anthropologie linguistique

-          Linguistique anthropologie etc.

Or selon le point de vue traditionnel c’est la société qui détermine le langage par conséquent l’étude des variantes linguistiques permettra de circonscrire avec précision les variantes sociolinguistiques (ou culturelles etc.) qui les ont produites. En un mot la sociolinguistique est une description de l’acte de communication dans une société donnée.

Considérant les définitions du Bilinguisme et de la Sociolinguistique ci-dessus, on constate qu’il y a un rapport étroit ainsi que des points de convergence entre ces deux énoncés au niveau du contact des langues.

Donc le contact des langues implique le Bilinguisme et le Plurilinguisme.

Dans le monde entier, il existe des Etats officiellement bilingues comme le Canada, le Cameroun, la Belgique etc. Un autre exemple d’Etat plurilingue est la Russie.

Notons également que le Bilinguisme pose beaucoup de problèmes Politiques, Juridiques et sociaux. Ces problèmes qu’implique le Bilinguisme tiennent en partie au fait que les langues en contact ne jouissent pas toujours du même statut et ne sont pas de la même origine.

Selon un linguiste Uriel Weinnreich « Deux ou plusieurs langues peuvent être dites » en contact si elles sont employées alternativement par les mêmes personnes.         Donc cela implique la diversité et la variation linguistique. La diversité linguistique est le fait d’avoir plusieurs ou diverses langues tandis que la variation linguistique est le fait de varier plusieurs langues. En Afrique, il y a plusieurs dialectes au sein d’une langue, c’est ce que l’on appelle la variété des langues. En effet la variation linguistique est causée par le contact des langues. Ceci motive le contact des peuples. Or le contact des langues mène à l’évolution linguistique qui conditionne la transformation et la modification des structures des mots. Par exemple la transformation du mot Caballum en latin égale cheval en français. Grâce à l’évolution linguistique le mot se transforme du  qu’on a avancé la prononciation comme suit :

/k/ est transformé à /s /

/b/ est transformé à /v/

Caballum                         Cheval

/kabal  m/                        /  ∂val /

Un autre exemple de modification de structure d’un mot est ce qui est arrivé au mot ‘bread’ en anglais qui se modifie en ‘buredi’en yoruba :

/ bred /                    / buredi /

Ici on a inséré  quelques éléments phonologiques et syllabiques. Ainsi il y a contact entre l’anglais et le yoruba. Evidemment le contact entre deux langues permet l’appropriation d’une réalité.

En fait le bilinguisme existe dans toute action langagière des pays africains. On peut dire alors que le bilinguisme africain semble avoir été encouragé par trois facteurs à savoir : la Colonisation, la Géographie et la volonté de sauvegarder « la personnalité » ou « l’âme » africaine.

 

LES RAPPORTS ENTRE LA LANGUE ET LA CULTURE

Selon les anthropologues et les sociologues, la langue en général est considérée comme un phénomène culturel tout en reconnaissant que la langue et la culture appartiennent à deux domaines différents. Pour Edward Sapir (1991p. 217-218) la culture est ce qui se passe et se fait dans une société, tandis que la langue est une manière de penser propre à une société. « Culture may be defined as what the society does and thinks. Language is a particular how of thought ». Pour ward Goudenough (1964) la culture n’est pas « un phénomène matériel: c’est le savoir faire et le savoir vivre qui permettent à l’individu de s’intégrer dans sa société. C’est le mode d’organisation qu’a une société donnée pour les émotions, les pensées et les actions de ses membres (…« Culture is not a materiel phenomenon; it does not consist of things, people, behavior or emotions. It is rather an organisation of these things. It is the forms of things that people have in mind, their models for perceiving, relating and other – wise interpreting them ». Ainsi, on peut déduire que Ward Goudenough considère la langue comme faisant partie intégrante de la culture.

Il est bon d’identifier le rôle de la langue dans une société donnée. D’abord la langue peut être considérée comme un objet socioculturel dans une communauté. Puisque la culture est la façon dont un peuple conçoit la vie et l’organise à tous les niveaux, la langue devient nécessairement l’instrument par excellence grâce auquel les aspects de la culture peuvent être réfléchis.

Mieux, la langue joue un rôle unificateur dans une communauté. Par contre, elle  peut devenir un élément de désagrégation dans une communauté plurilingue. Alors, la langue peut être considérée comme un élément de la nationalité car elle est employée dans tous les domaines d’activités nationales. Elle est aussi la cause de troubles politiques dans certains pays de l’Afrique.

Dans une communauté linguistique la langue est un facteur de solidarité, car elle aide à la prise de conscience nationale pour coopération plus fructueuse avec d’autres nations. D’après Kwofie E. N. (1982) cette prise de conscience nationale avait motivé la formation de l’OCAM.

Cette organisation commune regroupait les pays francophones de l’Afrique de l’Ouest et Madagascar. Cette coopération est aussi à la base du regroupement des pays du monde qui s’attachent à la langue et à la culture française : cela veut dire la Francophonie.

C’est ainsi que la conscience nationale en Afrique est considérée comme étant de première nécessité avant l’indépendance, un besoin des moins immédiats. Donc les deux langues de « Colonisation »

L’Anglais et le Français sont devenus des instruments de conscience nationale qui semblent avoir supplanté les langues autochtones qui sont souvent regardées comme des éléments importants de la Culture Africaine.

Etant donné que le Français et l’Anglais sont des Langues Internationales non seulement en Afrique mais dans le monde entier, nous sommes d’avis qu’il est possible pour le Nigéria de profiter  beaucoup de l’adoption du français comme deuxième langue officielle ayant l’Anglais comme première langue officielle.

 

LA NOUVELLE POLITIQUE DU GOUVERNEMENT SUR LE BILINGUISME

Du point de vue géographique, le Nigéria se trouve entouré de tous côtés par les pays francophones à savoir : le Bénin à l’Ouest, le Cameroun à l’Est, le Niger au Nord et le Tchad au Nord-Est. Notons également que la plupart des pays africains sont francophones, les Nigérians doivent alors pouvoir communiquer en Français pour assurer une bonne cohabilitation avec d’autres pays africains.

Politiquement, le Nigéria est considéré comme « le géant de l’Afrique »

A cause de son rôle capital en Afrique et sa richesse économique exceptionnelle parmi d’autres pays Africains. Pour cela le Nigéria jouait un rôle irremplaçable dans la Politique de la sous-région de la CEDEAO et de l’OUA. En fait, pour que la situation Nigériane s’améliore au sein de ces organisations internationales, il faut qu’il adopte le français comme la seconde langue officielle.

Selon l’Ambassadeur de France au Nigéria, Monsieur Philippe Peltier lors de son interview avec the News le 17 Mars 1997 intitulé – Our Business in Nigeria, (Notre Bisiness au Nigéria) disait :

« France is currently the third foreign investor in Nigeria in terms of cash flow behind the United Kingdom and the U.S.A »

(La France est actuellement le troisième investisseur étranger au Nigéria en terme de l’argent liquide, après l’Angleterre et les Etats –Unis), Notre traduction)

Monsieur Peltier a ajouté que l’intérêt de la France est représenté par les 115 sociétés Françaises au Nigéria.

La France de façon plus générale vend pour le Nigéria les pièces détachées, l’équipement de véhicules, les produits finis du pétrole, le fer pour la fabrication   des voitures et pour la fonderie. Avec ces vives déclarations de l’Ambassadeur français, nous acceptons déjà qu’il existe un rapprochement diplomatique et économique étroit entre les deux nations.

Ainsi les nigérians face à cette situation socio-économique très encourageante avec la France et d’autres pays Francophones dans le monde doivent apprendre, à parler, à lire et à adopter le Français.

C’est pourquoi la déclaration du Président, le Général Sanni Abacha du Nigéria était souhaitable et désirable lors du dîner annuel du Nigéria Institute of International Affairs le 14 Décembre 1996 quand il disait : « …Nigeria will embark on a various language programe that should ensure that our people, within the shortest possible time become bilingual. »

(« …le Nigeria commencera un programme linguistique divers qui assurait que nos peuples deviennent bilingues le plutôt que possible. ») (Notre traduction).

Il a précisé que les ressortissants nigérians doivent pouvoir communiquer en Français dans la sous région de la CEDEAO et au sein des organismes internationaux. Eh bien, il est nécessaire de réaliser ce dilemme linguistique au Nigéria en l’an 2000 pour améliorer notre situation parmi d’autres pays dans le monde entier.

Les nigérians, ont bien accueilli ce mouvement du bilinguisme avec des mains ouvertes. D’après le Ministre d’Education le Dr Mohammed Liman lors de la visite de courtoisie de l’Ambassadeur de France au Nigéria Monsieur Philippe Peltier à son bureau à Abuja le 21 Mars 1997 il disait :

« The teaching of French Language will be given the due attention it deserves in our schools and institutions of higher learning where the study of the Language is undertaken. »

Le Ministre a mentionné que l’enseignement et l’appréciation de la Langue et de la Littérature Française vont non seulement concrétiser l’amitié qui existait entre les deux Nations, mais elle va aussi promouvoir la paix et la stabilité en Afrique noire contemporaine.

Face à cette constatation du Ministre de l’éducation le Nigéria semble tout à fait prêt pour adopter la Langue Française comme deuxième langue officielle. Pendant cette rencontre épique Monsieur Peltier nous a fait savoir que la France est également prête pour contribuer sa part vers l’Enseignement, l’apprentissage et l’amélioration du Français au Nigéria. Alors ce bon geste de l’Ambassade de France avait motivé la mise en place d’un ‘’Task force’’destiné à planifier un bon programme pour l’enseignement et l’apprentissage de la Langue Française au Nigéria par le Gouvernement Nigérian.

Ainsi la présence française venait de se manifester de nouveau dans la vie sociale, économique, politique et Culturelle du Nigéria. Nous espérons que le Nigéria profitera beaucoup de ce développement symbolique vers le Bilinguisme Nigérian. Effectivement avec la coopération de tous les citoyens nigérians et l’aide au Développement de l’Ambassade de France au Nigéria tout ira le mieux.

LA REALISABILITE DE LA LANGUE SECONDE AU NIGERIA

PROBLEMES ET PROPOSITIONS

Comme nous avons déjà dit au commencement de ce travail que le Nigéria est un pays multilingue et plurilingue à cause de sa population hétérogène, on constate ainsi dans une telle situation où les deux langues Internationales comme l’anglais et le français vont être utilisées comme langues officielles, il y aurait des problèmes linguistiques (l’Interférence Linguistique) Politiques (statut de langues) et éducationnels (les problèmes de langue standard de bon usage et de la formation des Professeurs etc.). Selon Kwofie E.N. ces problèmes sont communs à toutes les communautés plurilingues qui ont passé par la colonisation et qui essaient d’échapper à une « balkanisation » linguistique.

LES PROBLEMES LINGUISTIQUES

Au niveau de la Linguistique, le Bilinguisme nigérian va soulever le problème de l’interférence c’est-à-dire que les enfants Nigérians ont déjà  connu leurs langues maternelles et la première langue officielle qui vont influencer leurs niveaux d’apprentissage de la deuxième langue officielle le français en tant que langue étrangère.

D’ailleurs le problème de plurilinguisme Nigérian peut être lié à une situation où les élèves Nigérians vont utiliser alternativement les langues maternelles différentes comme Yoruba, Igbo, Efik, Ijaw, Haoussa, etc…avec les deux langues officielles, l’anglais et le français. Ainsi le français devient la troisième langue à apprendre.          De cette manière le plurilinguisme mène à une confusion, un transport ou une transposition des éléments d’une langue dans une autre quand l’apprenant parle ou écrit.

Dans le domaine lexico-sémantique, l’interférence de l’anglais sur le français est évidente. Les apprenants transposeront le fonctionnement de la langue maternelle ou de l’anglais sur le français. Cela veut dire qu’ils penseraient d’abord dans une de ces langues pour arriver à une traduction directe ou littérale en français.

Enfin, on constate aussi que le problème des « faux amis » va se poser chez l’Etudiant Nigérian qui voulait être bilingue car il y a des mots par exemple en Anglais dont la signification en français est le contraire de leur propre sens en Anglais. Parmi les exemples sont les mots tels que :

- Figure # la figure                    le chiffre

- Library  #  la librairie                  la Bibliothèque

- Photograph  # le photographe                la photo

Voilà la confusion linguistique que le problème du plurilinguisme provoquera dans la pensée d’un apprenant du français.

 

LES PROBLEMES NON - LINGUISTIQUES :

Au niveau extra-linguistique, on distingue ces problèmes suivants qui se poseront à celui qui apprend le français comme langue seconde :

- manque de matériels pédagogiques

- le problème de la méthodologie

- le problème du milieu social

- manque de professeurs bien qualifiés etc.

Nous constatons au Nigéria actuellement que dans la plupart de nos écoles, il y a la pénurie de matériels d’enseignement comme les manuels, la Radio, le magnétophone, le projecteur, les films fixés et animés, le laboratoire de langue et ainsi de suite. Dans telles situations il y aurait un bas niveau d’apprentissage et l’absence de compétence langagière chez les apprenants Nigérians.

De plus le problème de la méthodologie se pose aux étudiants Nigérians qui veulent apprendre le Français comme langue seconde car les professeurs de Français Nigérians sont déjà frustrés par la situation socio-économique existante. Ainsi ils font  des méthodes pédagogiques adéquates pour les Etudiants.

Sur le plan social, les apprenants Nigérians se trouvent encore en face de problèmes de l’environnement socio-géographique qui influence déjà l’enseignement et l’apprentissage de la langue française. Ces environnements sociologiques comprend : la famille, la communauté, l’école, les groupes de loisirs, les contacts impersonnels et passifs tels que la radio, la télévision et les journaux. Ce sont là autant de problèmes qui rendent mal à l’aise les apprenants anglophones dans la pratique spontanée du français en tant que langue étrangère.

Surtout au niveau du cours secondaire au Nigéria le problème de manque de professeurs bien qualifiés se pose toujours. Quelques uns des enseignants actifs étaient mal formés tandis que l’enseignement du français la plupart du temps est bâclé.

LES  PROPOSITIONS

Compte tenu des difficultés rencontrées pour l’enseignement de la langue française comme langue seconde au Nigéria, nous proposons, ici quelques solutions qui amélioreront la situation Nigériane vers le bilinguisme.

Premièrement il faut une planification linguistique au niveau gouvernemental. C’est-à-dire que le Gouvernement nigérian doit reformer la politique Linguistique et éducationnelle du pays. Puisque le gouvernement actuel avait déjà signalé son intérêt pour dans cette langue internationale, la marche vers le Bilinguisme serait réalisée avec une bonne planification linguistique. Pour que cela soit réalisé, il faut tenir compte des facteurs suivants :

- Quelles fonctions la langue à enseigner ou à faire      adopter ou à acquérir doit-elle assurer ?

- La méthode d’acquisition qu’on va employer.

- La considération démographique. Cela veut dire, est-ce-que c’est toute la population ou une certaine partie du pays qui va apprendre ou à acquérir la nouvelle langue ?

Donc, pour rendre facile la planification linguistique au Nigéria, le Gouvernement doit introduire la langue française dans tous les aspects de la vie des Nigérians, soit dans l’éducation, soit dans la politique, soit dans la vie sociale etc...La durée de l’enseignement ou de l’acquisition doit être précisée par le gouvernement.

Au niveau Administratif le Français doit être parmi les matières obligatoires au primaire et au secondaire. L’Administration doit aussi embaucher les professeurs qualifiés et compétents pour la mise en œuvre de la planification linguistique nationale. On doit procéder effectivement à une formation en masse des Professeurs de français dans nos Universités et Collèges d’Education au Nigéria.

Surtout pour résoudre le problème de l’interférence linguistique, le Professeur est tenu d’utiliser la bonne méthode, la méthode communicative. En enseignant le Français, le Professeur doit combattre chez les apprenants des habitudes linguistiques qu’ils avaient déjà forgées à partir de la langue maternelle. De cette façon il essayera d’introduire le français standard, corriger les fautes commises, mettre l’accent sur la phonétique, la phonologie et la grammaire plutôt que sur la littérature dans nos écoles afin de réaliser le phénomène du bilinguisme au Nigéria pendant le nouveau Millénium.

Enfin, le gouvernement doit aussi s’appuyer sur l’emploi obligatoire de Français et l’Anglais comme moyens de communication de première importance pour les nigérians de milieux linguistiques différents. De la plupart des parents, qui ne connaissent pas ou qui ne peuvent plus apprendre le Français,  il est bon qu’ils encouragent leurs enfants et les obligent à parler le français pour qu’ils intègrent mieux linguistiquement et sociologiquement aux groupes cultivé de la société qui parlent couramment le français.

 

Conclusion

Pour conclure, on considérait la propagation du Français comme nécessaire au Nigéria en tant que pays anglophone car notre pays avait eu contact avec la langue française il y avait longtemps. Jusqu’à présent la France occupe une place importante parmi tous les investisseurs étrangers au Nigéria avec plus de 130 compagnies commerciales et Industrielles dans le pays et plus de cent mille employés Nigérians. Nous remarquons que des milliers de ces employés ont déjà acquits au moins une connaissance fonctionnelle de la langue française qu’ils ont considéré comme un outillage indispensable pour leur propre développement socioculturel et économique.

Notons que la coopération Franco-nigériane date d’une longue période et elle est d‘une diverse nature, c’est l’ambassade de France au Nigéria qui est chargé de la mise en place de la coopération linguistique, culturelle, scientifique, technique et bilatérale entre la France et le Nigéria. Ainsi, il existe des Organismes comme le Centre Culturel Français (Alliance Française) partout au Nigéria. The centre for French Teahing and documentation (C.F.T.D.) à Jos. Ces organismes visent à promouvoir la connaissance de la langue Française dans notre pays. Selon Aguesse Bruno, l’Attaché Linguistique à l’Ambassade de France au Nigéria, la France a essayé dans les années 1970 de transformer la coopération Franco-Nigériane  en nommant vingt coopérants civils sur tout le pays. Il a énuméré brièvement le rôle de l’Attaché Linguistique au sein du service culturel de Lagos qui est chargé de la mise en œuvre des programmes de coopération visant à développer l’usage de la Langue Française au Nigéria.

Pour finir nous espérons que le bilinguisme au Nigéria est tout à fait un phénomène réalisable en l’an 2000 avec une bonne planification linguistique au niveau gouvernemental tout en coopérant avec l’Ambassade de France au Nigéria. En fait le Français représente aujourd’hui l’un des plus prestigieux outils intellectuels de l’humanité. Dans l’avenir tout proche, le français deviendra pour le Nigéria la langue de culture et de raffinement, la langue de la philosophie et de la Littérature, la langue de la mode et de beauté et surtout la langue de diplomatie et d’amour qui appartiendrait à tout le monde.

 

NOTES ET REFERENCES

  1. Dictionnaire Encyclopédie de l’Enseignement, Larousse, Paris, 1975.P.168
  2. Jean Dubois et Christiane Marcelle : Dictionnaire de Linguistique, Larousse, Paris, 1973, pp.507-508.
  3. Weinreich: Languages in contact, P 1.
  4. La mise en présence de plusieurs langues. Cela peut être des langues étrangères ou locales.
  5. Le changement et développement temporel des langues.
  6. Jean Caudmont : Sprachen in Kontakt /Langues en Contact,

Tubingen, Narr, 1982pp.97-98.

Cité par Kwofie E. N. dans son article, « Le Bilinguisme Franco-africain  quelques aspects socio-culturels. »

  1. Jean Caudmont : op.cit., p98
  2. Jean Caudmont : op.cit., p98
  3. Jean Caudmont : Ibid., p98
  4. OCAM –l’Organisation Commune de l’Afrique et de la Malgache.
  5. Sanni Abacha : 14 Décembre, 1996
  6. Dr. Mohammed Liman ; Federal Ministry of Education, Abuja in a press release, ‘’French Language Teachers to receive boost. ‘’21st March, 1997. Publié dans la Revue de Presse, le Nigéria et la Langue Française, de l’Ambassade de France, Lagos, Nigéria, April, 1997, p. 2.
  7. Kwofie E.N. « La Langue Française en Afrique Occidentale », publié dans la Revue Ouest Africaine des Langues Vivantes, p.39.
  8. Aguesse  Bruno : « Le rôle de l’Attaché Linguistique, publié dans la Gazette des Profs., No. 10, P. 19, CFTD-NAFT, JOS, 1997.

 

Bibliographie

1-Ambassade de France (1997) : Revue de presse - Le Nigéria et la Langue Française, Mars – Avril, Lagos, Ambassade de France au Nigéria.

2- Aguesse Bruno (1997) : « le rôle de l’attaché Linguistique de l’Ambassade de France au Nigéria, 1997 » La gazette des Profs. La No 10, Jos CFTD.

3- Babatunde Femi (1997) : « les facteurs qui influencent l’apprentissage du français au Nigéria »- Paper submitted for publicaticaion into the Beacon, TASCE., I-Ode.

4-Brann C.M.B., (1973) Trends in French Teaching in Nigeria schools, Ibadan, University of Ibadan Press.

5- Caudmont Jean (1982) sprachen in Kontakt / Langues en contact, Tubigen, Narr.

6- Du Bois et al.(1973) Dictionnaire Linguistique, Paris, Larousse

7- David Jacques (1975) French in Africa, Ibadan, Evans.

8- Galisson R. et al.(1976) Dictionnaire  et Didactique des Langues, Paris, Hachette.

9- Goodenough (1964) « Cultural Anthropology and Linguistics », in Dell Hymes (ed) Language in culture and society Harper and Row.

10- Kwofie, E. N. (1975) La Langue Française en Afrique Occidentale, publié, dans la Revue Ouest Africaine des Langues Vivantes, Dakar.

11- Kwofie, E. N. (1979) the acquisition and use of french as a second Llanguage in Africa, Gressen –Liden, Hoffman.

12-Sapir E. (1921) Language, Paris Harvests books.   

 


[1] Africançais est un néologisme composé de deux vocables : africain et français, évoquant deux réalités culturelles en symbiose. Ce concept, nous l’avons trouvé suffisamment expressif pour caractériser l’écriture du texte africain d’expression française en tant que production littéraire véhiculant la culture d’origine des écrivains avec leurs spécificités esthétiques et normatives (Wamba et Noumssi, 2010 :26).

[2] L’indigénisation des langues exogènes, non seulement par l’introduction des proverbes africains, mais en calquant la syntaxe et les idiomes africains sur un style européen.

[3] - Ahmadou Kourouma : Monnè, Outrages et Défis, Paris, Le Seuil, 1990.

- Fatou Diome, Le ventre de l’Atlantique, Paris, Anne Carrière, 2003.

- Amadou Hampate Bâ, Oui mon commandant, Paris, Actes du Sud, 1994.

 

[4] L’écrivain ouest africain est stratégiquement à la recherche de la décolonisation et de la libération du vaste discours colonial dans lequel l’écriture a été préalablement enracinée.

[5] Derrière l’autorité scripturaire de la langue européenne, les restes imparfaitement effacés de la langue africaine peuvent encore être perçus.

[6] Dans ce processus d’indigénisation cependant, un échange a vu le jour. Ce nouveau support indigénisé conçu in vivo soutient le fait que la langue importée peut colporter la culture indigène.